American Sniper, Clint Eastwood (2014)

Indiens & Envahisseurs

American SniperAnnée : 2014

3/10 IMDb

Réalisation :

Clint Eastwood

Avec :

Bradley Cooper, Sienna Miller, Kyle Gallner

On voudrait donc nous faire croire qu’il y avait des terroristes en Irak avant l’invasion US. Un joli conte de fêlés… Au moins la morale est sauve, ce très honorable tueur en série, qui d’après ses dires, n’a pas assez exécuté de “sauvages” en opération, l’a été (exécuté) par un des siens dans son propre pays. Oui, la guerre élève des monstres, et pas qu’un peu ; si tu te vantes et te donne un peu trop le beau rôle sans respecter cette règle qu’aucune guerre au monde n’a jamais contesté : y a un retour de bâton. On ne va pas dire que c’est bien fait pour sa gueule, mais pour tous les types qu’il a butés pendant sa carrière, et globalement pour tout ce que les types comme lui représentent comme gros fouteurs de merde dans le monde, eh ben c’est pas volé.

La nuance apportée en cours de route par Clint pour justifier la mise en scène de l’hagiographie d’un criminel en série est risible. Le bonhomme dézingue des “sauvages” et participe à une guerre illégale, lui et les siens se plaignent du chaos et des terroristes qu’ils ont eux-mêmes aidé à s’implanter dans un pays, le type a de vagues remords pour sa première partie de chasse où il dégomme un enfant et sa mère qui, ouf quand même, s’apprêtaient à jeter un obus sur les gentils envahisseurs, mais, mais… la vie d’un héros qui rentre à la maison ce n’est pas si facile ! La solitude du tueur en série… Mais que voulez-vous, la tension est trop élevée (salauds de sauvages, ça doit être de leur faute) : tu ne vois pas tes gosses grandir (que tu élèves en futurs tueurs pour poursuivre la tradition familiale), alors merde quoi, c’est tragique, un peu de compassion pour ces cow-boys envahisseurs qui vont chaque jour buter des musulmans à l’autre bout de la planète et qui sont trop loin pour rentrer tous les soirs à la maison ! Les héros de guerre absents de leur foyer, c’est une vraie cause oubliée aux USA, on le dira jamais assez.

D’autres détails agacent. La vision de la famille américaine décrite dans le film est à gerber. Probablement une réalité cela dit. Mais voir un père amener son aîné à la chasse pour tuer du gibier et lui apprendre à devenir un homme, voir ce gosse refaire la même chose avec son propre fils, ça passe mal. On est au XXIᵉ siècle, qu’un film montre ça, çe me paraît totalement hors du temps. Que Kyle ensuite s’amuse avec un flingue dans sa baraque pour le poser sans y prêter attention n’importe où, le tout avec deux enfants à proximité, c’est peut-être du cinéma, mais je n’ai pas envie de voir ce type de comportements dans un film surtout si c’est pour valoriser de soi-disant valeurs familiales. Même chose quand le bonhomme demande à son fils de prendre soin des femmes de la maison en son absence. Là, t’as juste envie de dire… mais putain, connard, quoi. Trop, c’est trop. Même les westerns des années 50 sont plus progressistes.

La seule note positive du film, c’est l’interprétation de Bradley Cooper. Il arrive à humaniser une ordure par son intelligence, son charme, sa présence. On le sent à la limite du contre-emploi, et ça participe peut-être à une volonté d’Eastwood de lisser le personnage de Kyle qui en réalité était pire que ce qu’il nous en montre ici. On passe en quelque sorte du « j’en n’ai pas tué assez », qui est grosso modo le discours du vrai Kyle, à un policé : « j’en ai pas sauvé assez ». Ça ne sauve évidemment pas le reste. Ce serait un film dénué totalement de son histoire, de la réalité, on parlerait d’une autre guerre, le film serait appréciable pour toutes les qualités qu’il peut posséder, techniquement, par ailleurs. Le fait est qu’il est question de l’hagiographie d’un tueur en série au service d’une guerre sale et illégitime. On se galvaniserait peut-être à une autre époque d’un tel criminel, comme les corsaires d’autrefois ou des as de la Première Guerre mondiale, mais c’est bien de la guerre en Irak dont il est question. Une guerre lancée sur des accusations mensongères, aux motifs non-avoués et douteux, pour des conséquences géopolitiques catastrophiques. Pour une petite misérable vie pleurée en Amérique, des millions d’autres sacrifiées sur le “terrain”.

Juste en passant, depuis l’intervention de ces héros glorifiés par le cinéma et les autres, comment se porte ce pays qu’une armée de serial killers étaient censés venir lui apporter la paix et la démocratie ? Bien, n’est-ce pas. Y a deux types d’enfoirés : ceux qui ne se cachent pas, et ceux qui se font passer pour des anges ou des héros. La plus grosse menace, elle vient des seconds. Clint est tombé dans leur piège, ou il en est un lui-même.


 

Mystic River, Clint Eastwood (2003)

Dirty River

Mystic RiverMystic River, Clint Eastwood (2003) Année : 2003

9/10   IMDb  iCM

Listes

Limguela top films

MyMovies: A-C+

Réalisation :

Clint Eastwood

Avec :

Sean Penn
Tim Robbins
Kevin Bacon
Laurence Fishburne
Laura Linney
Marcia Gay Harden

Pas compliqué pour Clint : il prend le meilleur polar du moment (il doit y avoir une richesse en littérature us en ce moment pour qu’ils nous pondent des trucs comme ça à chaque coin de rue !), il prend les meilleurs acteurs (eux-mêmes cinéastes, pour parler le midi à la cantine) et il en fait un film.

Comme toujours il n’y a pas de déchets dans la mise en scène. C’est précis, juste. Déjà son premier film l’était. Et dans le ton justement, il y a quelque chose qui ressemble à son premier film : très feutré, avec la mort qui rôde.

Le principal atout du film (à part les acteurs… j’adore Kevin Bacon, Tim Robbins, Penn…) c’est vraiment l’histoire (et là encore comme à chaque fois avec Clint : il s’efface au profit d’une histoire forte). Et il y a un procédé qui a attiré mon attention… Un procédé dramatique « d’énigme », que je crois n’avoir jamais vu : c’est qu’on a affaire à une énigme, mais on ne le sait pas avant la fin du film (enfin, si on joue pas les cons et si on se laisse prendre par le jeu… ─ ça énerve les gens qui disent « moi j’avais tout de suite compris… »).

En gros, il y a un meurtre et tout de suite, le récit adopte le point de vue d’un type, qui est fait de telle manière qu’on va croire que c’est lui le coupable… Enfin croire : pour le spectateur, il n’y a pas un doute. Et pourtant… Parce que le type, on ne va pas le croire… Forcément : c’est le meurtrier. Par la suite, quand il y a l’enquête et que les flics se trouvent face à deux pistes, deux suspects, nous on croit savoir qui est qui et on regarde ça comme dans bien d’autres récits où le spectateur sait déjà qui est le coupable : parce que ce n’est pas présenté comme un récit à énigme, mais un récit à suspense : on sait (ou croit savoir), le tout est de voir comment il va se faire prendre. On a donc aucun doute pendant tout le film, et à la fin, à l’heure du dénouement, on se fait avoir, de la meilleure des manières.

Mystic River, Clint Eastwood (2003) | Warner Bros, Village Roadshow Pictures, NPV Entertainment, Malpaso Productions

Reste l’épilogue, qui amène une autre dimension au film. On touche à l’absurde, à la futilité, au néant. Une sorte de dernière surprise pour en remettre une nouvelle couche dans le genre : « Hé hé, je vous ai bien eus ». Il y a un côté symbolique : le récit semble se mordre la queue et même si ça donne une morale un peu douteuse au film, le procédé de mise en miroir, de monde fermé comme on veut, ça donne quelque chose de jouissif. Pour résumer le schéma : trois gamins font des bêtises en bas de chez eux, une bagnole arrive, un type se présente comme un flic et les réprimandes. Il demande aux deux premiers où ils habitent : ils habitent juste là. Le troisième répond qu’il habite un peu plus loin : soit, le flic lui dit qu’il va le raccompagner pour qu’il en parle à sa mère… Pas de bol, c’était un pédophile. Le môme reste enfermé pendant quatre jours avant de s’évader. C’est le point de départ… l’harmatia (la faute originelle qui va conditionner tout le reste).

Plusieurs décennies plus tard, des deux qui ne sont pas passé par la cave du pédophile, un est flic (et c’est lui qui va mener l’enquête), l’autre est un ancien truand rangé des voitures pour voir grandir sa fille. Le troisième, est un foireux sur qui repose le mystère du récit : c’est ni un méchant ni un gentil, mais c’est un loser un peu dérangé (voir carrément).

Ils se sont perdus de vu depuis cette époque, mais leur histoire se recroise quand la fille de l’ancien truand se fait tuer dans sa voiture en pleine nuit. Pleurs du papa, le flic qui vient enquêter… Et à ce moment-là, il ne fait pas de doute pour nous spectateur que c’est le loser parce que la nuit du meurtre, nous est montré non pas la scène du meurtre (qu’on ne verra jamais), mais un planting nous exposant ce loser rentrant chez lui en sang, disant à sa femme qu’il s’est fait agresser et qu’il a probablement tué son agresseur. On comprend donc tout de suite, en même temps que sa femme que c’est lui le coupable. Le récit n’offre pas d’autres alternatives (puisqu’à ce moment-là les enjeux du film, le sujet, c’est plus « comment il va se faire finalement épingler » qu’un « la vengeance est aveugle et pourtant elle peut vous planter une balle entre les deux yeux »).

L’enquête donc… Et comme toujours dans ces cas-là, pour alimenter le récit, on fait des fausses pistes, même si l’idée n’est pas de duper le spectateur, mais encore une fois puisqu’il ne se doute de rien (sauf s’il fait le malin en se disant : « oh ouais, mais pourquoi y’a qu’une seule fausse piste ?! ») pour lui c’est du remplissage : tout développement nécessite une suite de péripéties pour arriver finalement au but voulu, définit au départ dans les enjeux (l’éternel : « trouver le coupable », le plus intéressant étant moins l’énigme annoncée que le déroulement de l’enquête ─ même principe qu’utilise Hitchcock, donc, avec le suspense : il annonce ce qu’il va se passer et il nous file la frousse avec ça). Et la fausse piste en question nous mène à des mômes (qui irait soupçonner des mômes ?).

Le récit enfonce bien le pseudo meurtrier et là on croit le voir mentir quand il s’effondre devant sa femme et qu’il lui dit la « vérité » : lui, abusé par un pédophile dans son enfance n’a pas tué la fille de son ancien camarade de jeu (alors que maintenant tout dans l’enquête des flics et dans son comportement, pour nous spectateur, l’accable), mais que cette même nuit, il avait fait la chasse au pédophile et en avait tué un ! Ce qui même si ça recoupe avec ce qu’il avait dit à sa femme en rentrant cette nuit-là paraît tellement gros qu’on ne peut y croire, et en premier lieu sa femme, qui maintenant certaine qu’il est le coupable va le dénoncer… au père de la fille assassinée…

Arrive alors un dénouement croisé (du genre du Parrain) avec d’un côté le père qui reprend son habit de truand pour faire la scène où il demande au meurtrier de sa fille d’avouer sinon « kill le tue », le gros méchant… Et de l’autre côté le véritable dénouement pour nous : à savoir que les véritables meurtriers étaient en fait deux gamins (j’entre pas dans les détails, c’est anecdotique, comme toutes les histoires de gamins). Bien sûr, les scènes en parallèle s’achèvent avec l’exécution du faux meurtrier par le père de la gamine qui veut se faire justice tout seul comme un bon vieux connard de la meilleure espèce, et au cas où des neuneus n’auraient toujours pas compris, on nous met bien dans la figure en insert des plans de la scène où le loser tabasse le pédophile, alors qu’il essaye de dire la vérité au truand, mais que ce n’est pas la vérité qu’il veut entendre…

À ce stade, la morale de l’histoire, c’est : il ne faut jurer de rien, ne pas se fier aux apparences, laisser la justice faire son travail, etc. La morale dramatique si on peut dire, celle délivrée par le flic (le héros typique de la mythologie us) c’est : « Ce jour-là, quand on était gosse, il n’y a pas eu que lui qui a été enfermé dans cette cave, on y était tous les trois un peu à notre manière… » On nous prouve qu’on (spectateur) ne vaut pas mieux que ce type puisque nous aussi on est tombé dans le piège tendu par le récit. Ce type ce serait fait lyncher en public (comme dans Furie ou L’Étrange Incident).

Sauf qu’arrive l’épilogue qui vous tue à votre tour. On comprend que le truand et sa bonne petite famille, sa petite femme bien élevée, tout ça c’est la famille d’un pédophile… un type qui viole avec le consentement (l’amour même on pourrait dire, voir l’encouragement) de sa femme, ses autres filles. On comprend alors deux choses : la gamine voulait fuir l’amour un peu trop « démonstratif » de son père, et en quelque sorte, la boucle est bouclée. Quand le flic disait qu’ils avaient été eux aussi dans cette cave, l’un tuait donc les pédophiles, un autre les recherche (même s’il y a une autre piste évoquées, mais pas développée dans la vie du flic qui restera un mystère) et le dernier… en est un.

La seule chose douteuse, c’est que celui qui est devenu le plus méchant, c’est celui qui à l’origine était déjà le plus violent… L’idée très ricaine que la violence est dans les gènes.

Chef-d’œuvre donc. Une tragédie moderne, noire, nihiliste : le méchant garde son secret (pas de happy end pour ses deux filles cadettes) et le flic qui sait qu’il a tué le loser, ne peut l’arrêter (faute de preuve, lui… : la Justice elle passe pour les « innocents », elle ne passe pas pour les criminels…).

Et j’en reviens à mon procédé d’énigme qui ne veut pas dire son nom : on a un récit à suspense, avec le principe du « le lecteur sait tout, ce qui importe, c’est la tension qui naît dans le déroulement de l’histoire, de l’enquête » et en plus on a droit aux effets d’une surprise finale qu’apporte souvent une énigme. Deux effets pour le prix d’un : celui sur le long terme et celui plus immédiat. Miam miam, il y en a pour tous les goûts.

Lettres d’Iwo Jima, Clint Eastwood (2006)

Lettres d’Iwo Jima

Letters from Iwo JimaLettres d'Iwo Jima, Clint Eastwood (2006)Année : 2006

7/10

IMDb iCM

Vu le : 16 septembre 2007

Réalisation :

Clint Eastwood

Avec :

Ken Watanabe
Kazunari Ninomiya
Tsuyoshi Ihara

Second volet de sa fenêtre « guerre du pacifique : la guerre c’est pas bien ».

Ce n’est pas si mal que ça. Contemplatif, comme du Eastwood, mais avec des acteurs japonais. Surprenant toutefois, comment un metteur en scène peut-il diriger des acteurs qui parlent une autre langue que la sienne ? Le résultat a toujours donné — en tout cas en français, pour ce que je peux en juger — des catastrophes. Le japonais n’était pas ma langue maternelle, difficile de juger du résultat… Il n’y a finalement aucun recoupement avec le premier film, et c’est sans doute pas plus mal — cela aurait été un peu gadget. Mais on a du mal à s’attacher à ces personnages enfermés dans leur trou. Malgré le savoir faire, dans le rythme surtout d’Eastwood, on finit par se moquer de leur sort, sans doute parce que Clint s’en moquait aussi. Pas de scènes références, longues comme dans Un monde parfait par exemple. Chez Eastwood, c’est souvent à la fin qu’il nous tient — là rien.

Un coup pour rien malgré la bonne tenue générale, mais on attend toujours du vieux Clint quelque chose qui fasse mouche. Chez lui, c’est souvent le sujet qui importe, et c’est bien là où le film peine à nous intéresser. Encore une fausse bonne idée (je parle du diptyque).

Lettres d’Iwo Jima, Clint Eastwood (2006) | DreamWorks, Warner Bros., Malpaso Productions

Flags of Our Fathers (mémoires de nos pères), Clint Eastwood (2006)

Flags of Our Fathers

Mémoires de nos pèresFlags of Our Fathers, Clint Eastwood (2006) Année : 2006

8/10  IMDb  iCM

Liste :

MyMovies: A-C+

Réalisation :

Clint Eastwood

Avec :

Ryan Phillippe
Barry Pepper
Joseph Cross

Sans doute le plus gros film d’Eastwood, en termes de production. Aidé ici par Spielberg, il fallait bien.

Le Clint élargit sa palette de manière étonnante… Après avoir fait des westerns, des films de complot, des thrillers, des comédies douces-amères, des road-movies, des chroniques, le voilà maintenant avec un film « historique », façon Il faut sauver le Soldat Ryan. Le plus étonnant encore, c’est qu’on reconnaîtra toujours sa patte : sans corrompre son talent dans de grands effets de mise en scène, il colle au plus près de l’histoire et va à l’essentiel. Ce qui offre au récit une structure dense et transparente.

On accroche moins parce que c’est beau ou parce qu’il y a « matière à voir ou à regarder », mais parce qu’on entre toujours de la meilleure des manières dans l’histoire, en collant au plus près des personnages. Les enjeux sont simples et clairement définis, on sait où il veut en venir, et cela procure à la vision une certaine confiance, un abandon, parce que sachant qu’il nous mène quelque part, on le sait aussi capable de résister à la tentation d’une scène à faire parce que « tiens ça serait intéressant de faire ça… »

Flags of Our Fathers, Clint Eastwood (2006) | DreamWorks, Warner Bros., Amblin Entertainment

C’est un auteur à la Howard Hawks, capable de s’adapter à son sujet avec la même maîtrise. Malheureusement, c’est sans doute avec le recul qu’on s’apercevra qu’il est l’un des réalisateurs les plus importants du cinéma, parce qu’il a touché à tout. Pour beaucoup, il reste encore l’Inspecteur Harry ou l’acteur de western spaghetti… Il n’y a guère qu’en France où il passe pour un excellent réalisateur. Étonnant pour un style si académique. Honkytong Man, Un monde parfait, Sur la route de Madison, Impitoyable (que personnellement je n’aime pas), et bien d’autres westerns, ça tient souvent la route (c’est le cas de le dire). Jamais le même film, mais un thème qui pourrait être récurrent : qui sommes-nous derrière les apparences ? On y retrouve souvent un certain dépit, une mélancolie, et cette ironie qu’il avait quand il faisait l’acteur et qu’on décelait à peine derrière le masque…

Sinon, le film ? Il est bien. (Je fais des progrès, je ne spoile pas).

(Commentaire sur Lettres d’Iwo Jima)


 

Clint Eastwood

Filmographie et classement :

10

9

8

  • Richard Jewell (2019)*
  • Sur la route de Madison

7

  • Sully
  • Gran Torino
  • Lettre d’Iwo Jima…. voir le commentaire
  • Mémoires de nos pères… voir le commentaire
  • Million Dollar Baby
  • Space Cowboys
  • Impitoyable
  • Josey Wales hors la loi
  • Breezy
  • Un frisson dans la nuit

6

  • Jugé coupable
  • Minuit dans le jardin du bien et du mal
  • Les Pleins Pouvoirs
  • La Relève
  • Chasseur blanc, cœur noir
  • Le Maître du guerre
  • Pale Rider
  • Le Retour de l’inspecteur Harry
  • Firefox
  • L’Épreuve de force
  • L’Homme des hautes plaines

5

  • Bird

3

*commentaires simples :

Richard Jewell (2019)

Dans la lignée des films américains sur le thème du faux coupable, de l’homme de la rue face aux institutions (police et médias). Magistral. Avec des performances d’acteurs top niveau.

Un monde parfait, Clint Eastwood (1994) Warner Bros., Malpaso Productions

Un monde parfait, Clint Eastwood (1993) Warner Bros., Malpaso Productions

Un monde parfait, Clint Eastwood (193) | Warner Bros., Malpaso Productions

Mystic River, Clint Eastwood (2003) Warner Bros., Village Roadshow Pictures, NPV Entertainment Malpaso ProductionsMystic River, Clint Eastwood (2005) Warner Bros., Village Roadshow Pictures, NPV Entertainment Malpaso Productions

Mystic River, Clint Eastwood (2004) Warner Bros., Village Roadshow Pictures, NPV Entertainment Malpaso Productions

Mystic River, Clint Eastwood (2004) | Warner Bros, Village Roadshow Pictures, NPV Entertainment, Malpaso Productions

Lettres d'Iwo Jima, Clint Eastwood (2006) DreamWorks, Warner Bros., Malpaso Productions

Lettres d’Iwo Jima, Clint Eastwood (2006) | DreamWorks, Warner Bros., Malpaso Productions

Lettres d'Iwo Jima, Clint Eastwood (2007) DreamWorks, Warner Bros., Malpaso Productions

Flags of Our Fathers DreamWorks, Warner Bros., Amblin Entertainment (2)

Flags of Our Fathers, Clint Eastwood | DreamWorks, Warner Bros., Amblin Entertainment

American Sniper, Clint Eastwood (6)

Clint Eastwood

Un monde parfait, Clint Eastwood (1993)

La Flèche de Clint

A Perfect WorldA Perfect World Année : 1993

IMDb iCM

— TOP FILMS

Limguela top films

MyMovies: A-C+

Réalisateur :

Clint Eastwood

 

10/10

 

Avec  :

Kevin Costner

Clint Eastwood

Laura Dern

Depuis l’arrivée des “cavaleurs” dans la famille d’agriculteurs, jusqu’à la mort de Butch, tout le film est formidable, mais c’est bien cette fin somptueuse, absurde et tragique qui rend le film quasi parfait.

Cette fin offre au film une saveur particulière, âpre, qui s’éternise pour notre plus grand plaisir. L’échelle narrative qui était alors jusque-là dense, change de niveau et s’achève sur une séquence de dénouement interminable. L’attente, l’incertitude, l’opposition psychologique, commandent alors l’action quand avant ça le film reposait essentiellement sur une densité d’événements et d’actions liés à la fuite et à la découverte de deux hommes, l’un faisant l’initiation de l’autre, et l’autre assistant à la dernière épreuve de l’autre, se chargeant presque d’inscrire ses initiales sur sa tombe… Il y a des mariages qui ne se font qu’entre témoins.

Il est temps de faire les comptes, dans ce que l’enfant aurait pu apprendre de ce voyage initiatique peu ordinaire, purement américain, fait de violence et de grands espaces, et dans ce que Butch peut encore espérer de la vie alors qu’acculé au pied d’un arme plus aucun espoir ne lui est permis. On y retrouve naturellement un dénouement à chaque thème développé : ce que voudrait l’enfant, l’Alaska… Mais ce qui est remarquable également, c’est que cette fin ne s’applique pas à nous présenter ce qu’on attendait, elle brouille les pistes, et en s’éternisant, permet de créer une dramaturgie propre à la scène avec une multiplication des temps de l’action dans une scène unique valant presque par elle seule (l’une de ces histoires sordides dont l’Amérique n’a de cesse de reproduire dans les médias).

Un monde parfait, Clint Eastwood (1993) | Warner Bros., Malpaso Productions

Au lieu de voir les solutions apparaître d’un coup, on refait le point sur ce qu’elles sont, les possibilités offertes, les aveux de toutes sortes. Et puisque aucune solution ne peut être trouvée, il faut faire intervenir le hasard, qui se manifestera à travers un tireur, achevant ainsi brutalement une histoire qui ne pouvait finir qu’en tragédie.

La structure commande le récit, la nécessité, son rythme. Et la fin doit être la clé de voûte de tout ce qui précède. Le réel étiré n’est plus le réel, mais la vision d’une réalité dont il faut s’appliquer à reconstituer et retranscrire parfaitement tous les détails.

L’écueil alors quand on a le choix de décider de la distance avec l’histoire, c’est de ne pas adopter l’angle, le ton, idéal. Chose qu’on évite quand tout est au même niveau. On y perd aussi en unité ce qu’on gagne en intensité, mais un film doit être comme une flèche, avec un empennage fort et massif, une tige droite et sans ambages, et enfin une pointe d’acier qui fait mouche.

C’est une chose de le savoir, une autre de le réaliser. On peut savoir que la pointe est ce qu’il y a de plus important, on est toujours tenté en route de s’attarder sur le moindre détail pour forcer l’importance qu’on voudrait donner à son récit. Le cœur d’ouvrage doit illustrer ce qui est énoncé au début, et annoncer, préparer son dénouement. Il est si simple de vouloir lâcher toutes ses forces en plein milieu du match quand le point essentiel et sur lequel il faut s’appesantir, c’est toujours celui qui vous donne la victoire.

Le road movie, qu’il soit une fuite ou une errance (ou les deux), propose souvent ce type de structures linéaires avec un dénouement solide et perdurable comme une tombe. Paris Texas en est un autre exemple.

23 mars 1997