Room, Lenny Abrahamson (2015)

Room

RoomAnnée : 2015

8/10 iCM TVK IMDb

Vu le : 6 août 2019

Réalisation :

Lenny Abrahamson


Avec :

Brie Larson


Listes :

MyMovies: A-C+

Il y avait à peu près tout dans ce film pour me rebuter. Pourtant, si je sors du film satisfait, avec la conviction que malgré quelques défauts, c’est un bon film, c’est un peu parce que je lui reconnais l’incroyable exploit de ne pas me hérisser. La prouesse, c’est bien qu’il faut du talent pour éviter le nombre faramineux de pièges qui se dressent devant vous quand vous décidez de vous attaquer à un tel sujet.

Reconnaissons pour commencer une première qualité de l’auteure du scénario (et du livre) : le fait de ne pas se concentrer uniquement sur la détention avec un récit concentré sur les diverses tentatives d’évasion. On échappe ainsi au thriller claustrophobe d’un goût douteux. Le récit décide ensuite de ne plus s’intéresser du tout aux poursuites ou aux recherches du ravisseur, et c’est encore à mon avis un excellent point. Le film se concentre alors sur la difficile reconstruction de la mère et de son fils, et ça c’est plutôt un angle original parce que si le point de départ du film ressemble à certains faits divers glauques, au-delà très souvent de la sidération « biger than life » de voir que de telles situations peuvent exister, s’il y avait un sujet de film, il était bien de se concentrer sur l’après. Ce qui ne veut pas dire pour autant que c’en devient moins casse-gueule. Dès qu’on touche aux faits divers, ou à ce qui en a l’apparence, à des événements à la fois aussi ancrés dans le réel mais difficiles à croire, la fiction n’est probablement pas le meilleur médium pour illustrer son horreur (disons que les faits divers ne sont jamais aussi bien placés — pour le public quel qu’il soit — sur la place publique, préservés des artifices vulgaires de la fiction dans les dernières pages qu’un journal quelconque). Jusque-là, bravo.

Ça se complique ensuite. Si on échappe au thriller séquestré dans une boîte à chaussure, on pourrait craindre d’une autre côté le drame calibré pour Sundance, avec ajout de poussière et de crasse sous les doigts désignées dans un lavabo d’effets spéciaux, avec les pires chemises à carreaux qui soit (neuves). C’est peut-être parce que le film est canadien qu’on échappe à ce nouvel écueil, mais force est de constater que malgré l’emploi de certains usages américains, on pourrait tout autant avoir affaire à un film européen (sorte de téléfilm Arte pour le sujet, mais qui pour sa maîtrise volerait à des hauteurs rarement atteintes par la petite chaîne franco-allemande). Ce n’est pas pour faire de l’anti-américanisme primaire, mais plutôt parce que pour des raisons (esthétiques) qui me regardent, j’ai du mal à encaisser les films calibrés Sundance (ceux avec des stars dedans, qui ont accepté de baisser leurs tarifs, mais qui en plus de Sundance rêvent d’une petite nomination pour les Oscar). Il ne m’a pas échappé que l’actrice est une future vedette de chez Marvel, mais ne la connaissant pas, j’ai pu regarder sa performance sans souffrir d’un énorme hiatus plastique concernant sa présence dans un film crasseux où elle tire massivement la tronche.

La performance, c’est parfois important quand il apparaît dans la quasi-totalité des scènes, et forcément, dans ce type de films, c’est aussi un point potentiel sur lequel tout le film peut d’un coup faire fuir le public. Là encore, il faut le reconnaître, compte tenu du fait qu’on a affaire à un sujet des plus sensibles (casse-gueule), je trouve qu’elle s’en sort merveilleusement bien. Son jeu est contenu tout en restant expressif, et ça c’est pas rien quand il aurait été si facile de se rouler par terre en pleurant ou, au contraire, de se dire qu’on aurait mieux fait de jouer tellement “contenue” qu’on exprimerait au final plus grand-chose. Chapeau donc. Parce que si certaines scènes sont compliquées à jouer par leurs excès intrinsèques, la difficulté est alors de trouver un juste milieu vers le “moins” qui fera qu’on parviendra à rester crédible. Je n’ai pas non plus vu d’effets trop tire-larmes ou d’appels trop évidents au pathos : même si on y a un peu recours, on échappe bien au pire.

On peut même dire la même chose au sujet du môme. Non seulement il est crédible, mais il arrive à ne pas trop taper sur le système comme c’est bien trop souvent le cas des acteurs en herbe si dévoués et “professionnels” au point de perdre toute spontanéité, fantaisie ou bêtise propres à leur âge. C’est d’ailleurs à travers lui que passe un des effets narratifs peut-être les plus lourds, “américains”, et forcément un peu inutiles, du film : on suit le film à travers le regard (en passant par la voix off) de son personnage. Le récit n’insiste pas trop sur le procédé, on échappe donc encore là au pire…

J’ai pu lire ici ou là que le récit encore contenait trop d’incohérences. De mon côté, j’ai vite mis ces incohérences sur le compte du “naturalisme”. Aussi paradoxale que cela puisse paraître, le sujet se rapportait tellement à des faits divers connus que tout en échappant au rebutant « d’après une histoire vraie », on sait par expérience que dans la réalité, les gens ne réagissent pas forcément comme attendu, et que les détails les plus invraisemblables sont parfois les plus “réels” (combien de fois s’est-on entendu dire « ce serait dans un film on n’y croirait pas ? »). Alors, il ne faut pas multiplier les facilités ou les raccourcis (la mansuétude dont il m’arrive de faire part à l’égard de certains objets filmiques ayant ses propres limites), mais justement, je crois qu’on y échappe pas mal, et je pense même que certains détours ont réellement été choisis pour leur légère incohérence, et pour l’incrédulité qu’ils pouvaient susciter chez le public (vous êtes terriblement incrédule face à cet argument, n’est-ce pas ?). Un risque à prendre parfois : il faut alors faire appel à l’expérience et à la confiance du spectateur, à sa bienveillance aussi, afin d’éviter qu’il ne vous accorde plus aucun crédit face à de nouvelles incohérences qui seraient pour lui de trop (c’est un peu comme faire le pari de se foutre sous une guillotine et de faire confiance au public pour qu’il ne l’actionne pas…).

Écueil après écueil, c’est donc surprenant d’être passé à travers tout ça. Sans être brillant, le film me paraît maîtrisé, et je crois qu’on peut même dire qu’il arrive pas loin de changer en or ce qui se présentait à première vue comme du plomb.

Reste un dernier écueil. À quoi bon ? Et là, on retourne au piège du film écrit à la « fait divers ». Un fait divers vaut pour lui seul. On le raconte sur la longueur, et ça perd pas mal de son sens. Un fait divers qui s’étale sur la durée, c’est rare, et c’est presque toujours lié à une situation inchangée qui s’étale dans le temps. Faire le récit d’un événement assimilable à un fait divers et poursuivre sur autre chose, je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a malgré tout là quelque chose de bancal ou de non justifié (paradoxale, puisque c’est aussi un atout du film). Un peu comme il y a aucun intérêt à étaler une blague Carambar sur un film de deux heures. L’angle choisi qui est de se concentrer sur l’après est intéressant, assez bien exploité, mais si ce n’est ni divertissant, ni révélateur de ce que nous sommes, ni puissamment émouvant ou dépaysant, à quoi bon ? Certains y trouveraient en fait, je suppose, un certain attrait émotif, mais ma petite idée qu’ils se seraient en fait beaucoup plus portés par le sujet et que le reste aurait été le seul fruit de leur imagination (si dans la vraie vie, à l’écoute de tels événements, on est assez prompts à nous faire tout un film derrière les seuls faits entendus, on en encore plus capables sur la longueur de tout un film). Parce que je n’ai justement pas l’impression que le film tombe dans les excès de pathos. Je le trouve même, sur la forme, assez froid et discret. Manque le génie, mais après tout, pour avoir échappé à une cascade de problèmes, il est peut-être là le génie. Et il faut sans doute s’en contenter.

Laurence Anyways, Xavier Dolan (2012)

Laurence l’Hallali

Laurence AnywaysLaurence Anyways, Xavier Dolan (2012)Année : 2012

Liens :
  IMDb iCM TVK

 

Réalisateur : Xavier Dolan

 

Note : 4/10

Avec  :

Melvil Poupaud Emmanuel Schwartz Suzanne Clément

Vu le : 14 mai 2015

Eh ben, en voilà un champion du bon goût et de la subtilité… Le monde tourne décidément mal si on est capable de voir dans cette chose hideuse et puante un film de qualité. Je vois rarement des films contemporains, et voilà encore un film qui me rappelle pourquoi il n’y a pas grand intérêt à en voir tant la nouvelle génération semble incapable de produire un langage, des sujets, un ton, qui lui soit propre. Ce n’est pas tant le sujet, stupide et racoleur au possible, dans le genre film à thèse gonflant qui enfonce les portes ouvertes, mais l’extrême nullité de sa mise en scène qui me laisse un peu stupéfait. Techniquement, esthétiquement, c’est à gerber. La facilité des moyens de tournage, et cela sans doute depuis Lars van Trier, rend l’espace, les mouvements et la captation de la lumière, d’une laideur sans nom. Le Danois avait un génie à la fois pour l’improvisation à quoi il avait le bon ton d’y adjoindre des jump cuts. Il réinventait un espace bien avant de se perdre dans son dogme il avait su y adjoindre dans Breaking the Waves, une belle photo et une certaine unité d’atmosphère qui avait alors quelque chose de rafraîchissant, un peu comme si les réalisateurs anglais des années 80 se mettaient tout à coup à filmer en cinémascope… C’était à mon sens probablement la dernière trouvaille esthétique d’intérêt, tout le reste ça vaut les jeans taille basse, délavés ou usés à l’achat, avec des coutures tronquées, etc. Ce n’est pas parce qu’on utilise des gadgets qu’on croit originaux que ça en devient plus intéressant. « Hé, tu l’a vu ma caméra ? » Oui, le petit Dolan filme comme Poupaud se maquille. On nous demande de ne pas tenir compte des apparences et pour ce faire on fait du « show off ». Ça tient pas la route. Tu veux qu’on te respecte, tu évites de chercher déjà à en mettre plein la vue. Parce que ce qui dégoûte, ce n’est ni la jupe ni les boucles, mais l’insolence et la prétention avec laquelle on veut montrer sa bite, son cul ou ses nibards en gros plan. Remarque que Poulpaud s’y prend bien mieux que son réal et qu’au moins ça, le fait de prendre un acteur français de l’école de la véritude plutôt qu’un boulet de l’actors studio, c’est peut-être la seule bonne, et modeste, idée du film. Tout le reste est vulgaire et bien consensuelle comme une page pour le dépistage du cancer du sein avec de la Jet set les nibards tout sourire dans Elle. Le plus inattendu dans tout ça, c’est que le film, malgré tout, le plus subtil sur un sujet aussi enclin aux poncifs et au mauvais goût, ça reste Glen or Glenda d’Ed Wood. Justement parce qu’il jouait sur l’étrangeté, parce que dans sa nullité, sa naïveté, au moins Wood, échappait aux convenances de la bonne conscience. Au début du film, le personnage joué par Poupaud lance un clin d’œil à un élève, on a l’impression que Dolan fait la même chose avec nous. Son intention n’est pas de nous faire réfléchir, de nous questionner sur nos propres limites, nos propres acceptations des différences, toutes les différences… « Ah ouais ? est-ce que tu es sûr que tu es aussi tolérant ? » Non, Dolan filme avec la même subtilité qu’une publicité pour une banque ou pour une crème hygiénique, et il traite son sujet avec la même profondeur, les mêmes certitudes, et la même connivence avec son public. C’est peut-être ce qu’il y a de plus puant dans ce film. Il est entendu qu’on vient jouer avec la bonne conscience du spectateur, et qu’on lui fait comme un chantage : si tu n’aimes pas mon film, c’est parce que tu es intolérant. Non, ton film, mon petit Xavier, c’est de la merde parce que ça schlingue la suffisance, parce que c’est filmé avec une caméra endoscopique, parce que tu ne sais pas raconter une histoire, parce que ton sujet vaut pas grand-chose, et grosso modo, parce que tu n’as rien à dire ou à montrer. Signe d’une époque où parce que tout est permis, prétendre qu’on peut encore défoncer des portes closes relève de l’idiotie et de la prétention. Heureusement que le film est un peu sauvé par Melville Poupaud et Nathalie Baye, qui mêmes dirigés par une queue de pelle, prouvent leur talent, eux. Je retourne à de vrais films ; ciao 2012.
(Mes pâtés, je les structure comme Dolan structure son montage : du grand n’importe quoi ; si ça emmerde quelqu’un, il est intolérant, et je le dénonce à la police de la bonne conscience.)

Next Floor, Denis Villeneuve (2008)

Le cri du foie

Next Floor

next-floor-denis-villeneuve-2008Année : 2008

Réalisation :

Denis Villeneuve

5/10 lien imdb 7,6 lien iCM

 

 

Vu le : 13 septembre 2014

Critique poussive de la société de consommation. On engloutit, on vole, on produit, et quand ça pète, on fait comme si de rien était, et on recommence, jusqu’à l’absurde. Dans le même registre que Indignez-vous ! Ça joue les donneurs de leçons, ça transforme même le message bête et naïf en allégorie lugubre pour faire mine d’apporter un angle, un regard sur cette idée follement subversive, mais au final, tu fais quoi pour changer le monde, l’artiste ? L’artiste, il produit, c’est sa raison d’être, c’est comme ça qu’il peut lui aussi s’asseoir à la table des consommateurs. À ranger dans le tiroir des belles fausses idées qui vont à l’encontre de ce qu’elles dénoncent. Il est là l’absurde.

En dehors de défoncer les plafonds comme les fausses évidences, la mise en scène reste dans le ton grossier et surfait. Image à dix mille dollars, effets de caméra qui donnent la nausée, acteurs qui en font des tonnes dans le registre du « je suis un connard hautain ». Le film commence et se termine d’ailleurs sur le regard péteux et machiavélique du majordome qui lui donne des airs de diablotin ou de manipulateur. En plus d’être grossière, la dénonciation est donc ridicule ou malhabile, car elle identifie le responsable de ce carnage à celui qui sert, « qui donne à manger », qui entretient la mascarade, et place donc ces gros porcs de consommateurs dans la situation de victimes qui s’ignorent. Mon Dieu, c’est horrible, nous, braves consommateurs sommes victimes du pouvoir en place, de la crapuleuse oligarchie, du capitalisme sournois et aveugle. « C’est une machination ! Réveille-toi citoyen ! — Oui mais comment ?! — En produisant des films sur la consommation et en criant au complot !… Réveille-toi citoyen ! et indigne-toi en regardant mon film ! (bon et si tu pouvais faire passer le message sur facebook ce serait cool, on a déjà plus de 10 000 000 vues sur Youtube ! yohou ! “Abats” le complot capitaliste ! »

Ah oui, manifestement, l’absurdité du monde est une évidence, mais la situation est encore trop simple et absurde alors on préfère y voir une logique et une cohérence dans la marche du monde… Discours habituel du crétin complotiste qui se croit intelligent à déchiffrer les pseudos secrets du monde. Être parfaitement dans ce qu’on dénonce… Comme le type qui à travers la phrase « Arrêtez de regarder TF1, vous êtes des moutons ! » ne cherche qu’à se prouver à lui-même qu’il peut y arriver, lui… à ne pas regarder autant cette chaîne. Pourquoi TF1 ?… On arrête de la regarder et tout à coup on commencerait à voir les vérités cachées du monde ? Whooh. Je ne vais pas m’arrêter de regarder ce que je ne regarde déjà pas, mais toi arrête de fumer !…

Ce n’est pas de la dénonciation ou de l’indignation, c’est la consommation goulue, fanatique, auto-satisfaite d’une posture de révolte. Autrefois, on allait à la messe et on jetait des pièces pour les pauvres pour se donner bonne conscience. Aujourd’hui, on s’insurge contre la marche bancale du monde, on s’indigne, on se révolte et… on rentre chez soi pour consommer. Imaginons qu’il y ait dans le monde une grave pénurie de peinture. C’est absurde, tout le monde s’indigne, et personne ne fait rien. Alors, pour dénoncer cette incapacité à faire quoi que ce soit, l’artiste, le peintre, décide de faire une peinture qui en mettra plein la vue et qui aura pour ambition de dénoncer cette pénurie de peinture. « Non mais quand même ! il fallait que ce soit dit ! » Heu, oui, merci d’enfoncer les portes ouvertes. Sinon ça va, t’as eu besoin de pas trop de peinture pour y arriver ?…

Je crois que c’est Douglas Sirk qui disait dans le documentaire de Scorsese, qu’un film qui ne laissait pas assez de part à l’imagination, qui ne laissait pas assez la possibilité au spectateur de se faire son propre film, qui montrait trop clairement la voie, était un mauvais film. Un film peu avoir un message, du moins, c’est toujours mieux de sentir une intention et une cohérence derrière des événements, des enjeux ; mais si le message ne laisse aucune possibilité au spectateur de se faire sa propre idée, si on lui impose une conclusion, une vision, il y a de fortes chances qu’on tombe dans l’excès, la grossièreté et la suffisance (c’est fabuleux comme j’ai toujours raison quand je me parle à moi-même). Les artistes ne sont pas là pour gouverner le monde et dire vers quelle direction il faut aller ; ça ne saurait être autre chose que de la démagogie ou de l’ignorance. Ils sont là pour poser les problèmes, suggérer des issues, et alors, laisser le spectateur tirer lui-même les conclusions qui s’imposent. Et c’est justement parce que la direction d’acteurs est si mauvaise, ne laissant planer aucun doute, en insistant sur les sentiments des uns ou des autres (gloutonnerie et gourmandises des uns face au machiavélisme du majordome), que le film dévoile trop clairement ses “vérités”. Les neuneus qui “savent” déjà que les responsables ce sont toujours les autres y trouveront sans doute leur compte ; les autres auront le droit de hausser les épaules devant le ridicule des moyens employés et la naïveté béate, voire terroriste du propos :

« T’as pas aimé ? mais t’es qu’un gros porc de collabo capitaliste ! T’as conscience que tu exploites la planète et que tu es coupable de ton inaction ?! »

Ah oui, et toi, tu fais quoi pour le monde ? Tu veux comparer nos bilans carbone respectifs, monsieur l’indigné ?

Loin d’elle, Sarah Polley (2006)

Loin de nous, près de lui

Away from HerLoin d'elle, Sarah Polley (2007)Année : 2006

Liens :
 7,6  icheckmovies.com

 

 

Note : 7

 

 

Vu chépakan

 Réalisateur : Sarah Polley
 Avec  :
Julie Christie
Gordon Pinsent
 

 

 

Un film qui se regarde avec beaucoup de plaisir. Même si je ne suis pas sûr que le mot « plaisir » soit le plus approprié… On est happés du début à la fin par cette histoire d’amour. On pourrait croire au début que c’est un film sur la maladie d’Alzheimer avec une description étape par étape de la lente descente vers la fin et l’oubli. Le film nous laisse d’ailleurs le croire pendant quelques minutes. En fait, la maladie, n’est qu’un contexte autour duquel se mettra en œuvre des événements rarement traité au cinéma (on peut penser à Amour de Haneke par exemple). Ce qui y est décrit toutefois serait assez éloigné de la réalité de la maladie. Chaque époque a ses tabous. Aujourd’hui, il semblerait que certaines maladies communes comme celle-ci, le cancer ou tout simplement la vieillesse sont des sujets qu’on préférerait éviter. On les traite sérieusement quand il serait plus judicieux pour les démystifier de les attaquer sur tous les fronts.

Dès le début du film, quelques indices nous suggèrent qu’il ne sera pas tout à fait ce qu’on attendait. Le montage présente en parallèle deux ou trois époques. À différent stade de la maladie. Seulement, on ne sait pas encore où et quand on est et pourquoi on nous montre certaines scènes. Ce mystère permet à Polley de faire avancer l’action comme un magicien présentant les différents éléments de son tour avant de l’exécuter. Un mystère qui demeurera finalement jusqu’à la fin. Des indices, mais aucun certitude. La position du spectateur est celle du mari, obligé à ne pouvoir donner aucune réponse à ces interrogations provoquées par le comportement de sa femme. Le film reste donc dans l’incertitude, faute de pouvoir partager avec elle des souvenirs rongés par la maladie.

On suit d’abord Julie Christie au premier stade de sa maladie. Pas d’annonce mélodramatique, elle le sait dès le début. L’introduction est tout juste utile à tisser les liens entre les deux mariés : une relation presque fusionnelle pour mieux la détruire par la suite. Elle décide qu’il vaut mieux qu’elle aille dans une institution spécialisée. Le mari la prie de ne pas le laisser seul. À cet instant, c’est encore lui qui est dans une position de faiblesse (comme beaucoup d’hommes suspendus aux décisions de leur femme). C’est possible tant qu’elle est en capacité de décider. Le drame suggéré ici, c’est la perte du contrôle de soi ; une perte d’autant plus grande que la femme avait un contrôle total sur sa vie (même principe pour ces secrets qui donneront l’impression de se perdre sans trace comme une carte au trésor jeté au feu).

Le mari est obligé de la laisser un mois dans cette maison sans la voir — règle étrange —, et quand il revient, elle s’est entichée d’un homme devenu muet après un petit séjour dans le coma. On ne peut qu’imaginer la souffrance de ce mari obligé de constater que sa femme s’est éloignée de lui. Il vient tous les jours pour essayer de recréer le lien perdu, mais sa femme s’accroche au bras de son amoureux légumineux. À travers diverses conversations avec elle, il commence à suspecter sa femme de lui avoir caché une aventure lointaine avec cet homme et doit la regarder sans broncher à la voir tous les jours heureuse auprès de son nouvel (ou ancien) amant.

La femme de Monsieur Légume décide de le reprendre auprès d’elle ; le personnage de Julie Christie se retrouve désemparée. Comprenant sa souffrance, son mari prend contact avec Madame Légume. Et les deux amoureux malades sont à nouveau réunis… La réelle nature de cette relation restera une énigme. Comme le raconte le personnage d’Anthony Hopkins dans les Ombres du cœur (oui ça va, chacun les références qu’il peut) : on ne dissocie pas le personnage de l’intrigue, le personnage, c’est l’intrigue. Et alors, on ne se perd pas en pourquoi, on ne fait que suivre un personnage à travers un parcours, ses actions (il décide, il agit, on ne saura jamais pourquoi). Les origines de cet amour, donc, est hors propos. Seules les conséquences comptent. Les différentes époques permettent une différente approche et peuvent laisser croire à une résolution, un dénouement, mais c’est mieux pour nous perdre. Une structure épique légitimée bien sûr par le sujet. La description chronologique d’une maladie, à la Love Story, tend naturellement au mélodrame larmoyant, facile et forcé. C’est donc aussi un moyen de prendre une distance nécessaire pour échapper à cet écueil d’un récit linéaire.

Bref, c’est drôlement bien monté. La mise en scène est épurée, simple, non-intrusive, non-directive. Sarah Polley a bien suivi les leçons de son maître, Atom Egoyan. Si le scénario n’a rien d’un Egoyan, la mise en scène se rapproche du style du cinéaste canadien.

Julie Christie est à tomber. Au fil du film bien sûr, on est un peu moins sous le charme, non pas parce que la maladie est plus présente, mais simplement parce qu’on s’éloigne d’elle, comme le titre l’indique, en adoptant le point de vue du mari.

Tous les acteurs sont parfaits. Ce n’est pas une surprise, être dirigé par une actrice est un gage de réussite à ce niveau. Honneur au muet Michael Murphy qui sait rester convaincant dans son rôle de Monsieur Légume. Sans trop en faire — bluffant.

Allan Dwan

9/10

  • La Femme qui faillit être lynchée (1953)

8/10

  • Deux Rouquines dans la bagarre (1956)
  • Quatre Étranges Cavaliers (1954) … commentaire
  • Le mariage est pour demain (1955)

7/10

  • Surrender (1950)
  • Douglas le nouveau D’Artagnan (1917)

6/10

Quatre Étranges Cavaliers, Allan Dwan (1954) Benedict Bogeaus ProductionRKO Radio Pictures

Woman They Almost Lynched, Allan Dwan (1953) Republic Pictures

Woman They Almost Lynched, Allan Dwan (1953) Republic Pictures


 


 

 

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