Portrait d’une jeune fille de la fin des années 60 à Bruxelles, Chantal Akerman (1994)

Portrait d’une jeune fille de la fin des années 60 à Bruxelles

Portrait d’une jeune fille de la fin des années 60 à BruxellesAnnée : 1994

6/10 IMDb

 

Réalisation :

Chantal Akerman

Bien écrit, bien réalisé, mais comme à son habitude, Chantal Akerman dirige mal ses acteurs. Manque la fantaisie de J’ai faim, j’ai froid tourné dix ans plus tôt.

À noter deux séquences que Chantal Akerman montera dans son autoportrait tourné pour la télévision, les deux meilleures du film : le tout début montrant l’errance du personnage féminin décidant de faire l’école buissonnière ; et un plan-séquence tout en légèreté d’une danse à la boom, la caméra s’attardant le plus souvent sur Michelle, mais captant également les autres personnages, puis finissant sur elle en un long gros plan où elle regarde son amie partie avec un autre… La première séquence marche parfaitement parce qu’elle est improvisée, et démontre là encore une certaine fantaisie, un humour bien particulier (qui bien qu’improvisé est la marque du meilleur des Akerman) ; la seconde est sans dialogues, visuelle et très cinématographique.

Toujours les mêmes qualités et les mêmes défauts. Quand il y a des dialogues, quand on n’a pas une actrice formidable pour lui apporter un style et du rythme, ça ne marche pas. C’est pourtant pas si mal écrit, comme toujours, mais Akerman vient du cinéma expérimental, et ça se voit. L’emploi de la caméra pourtant, à minima et durant tout le film, est formidable : quelques travellings latéraux (l’une des marques de fabrique de la réalisatrice), mais surtout une caméra mobile alternant les sujets, gros plans, plans à deux, permettant des champs contrechamps souvent dans le même plan.

À force d’expérimentation, en tout cas en fiction, au lieu de la recherche de l’expérience au sens « maturité », « expertise », Akerman donne l’impression de se chercher sans jamais trouver l’approche adéquate. Elle montre plus de certitude et de régularité dans ses documentaires.


Le film, tourné pour la télévision, fait partie de la collection d’Arte, Tous les garçons et les filles de leur âge, un des symboles de la nouvelle production française naissante dans les années 90, dont on trouve notamment Travolta et moi, US. GO Home ou la version TV  des Roseaux sauvages.


 

J’ai faim, j’ai froid, Chantal Akerman (1984)

Douce Fiction

J’ai faim, j’ai froid
Année : 1984

Réalisation :

Chantal Akerman

Avec :

Maria de Medeiros
Pascale Salkin

8/10 IMDb iCM

Listes :

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Lim’s favorite comedies

Films français préférés

La fantaisie d’Akerman… Pourquoi ne pas avoir poursuivi dans cette voie…

L’étrange dans l’histoire, c’est que les dialogues sont tellement écrits et récités rapidement, à l’italienne, qu’on reste malgré tout toujours un peu dans une certaine forme de distanciation. Et la Chantal, la distance, elle adore. Seulement ici, contrairement à ses autres films, qu’ils soient de fiction ou documentaire, ça va à cent à l’heure : ça joue comme chez Blier ou dans un Rohmer en accéléré, et au second degré (ce ton parfois si singulier chez Akerman mais qu’on peine justement trop à déceler).

Le ton est si particulier avec une désinvolture telle, un mécanisme dans les situations si étrange, qu’on imagine un peu que Tarantino ait pu avoir vu le film et adopté dix ans après Maria de Medeiros pour Pulp Fiction. À moins que ce soit l’actrice qui parvienne à apporter d’elle-même cette note de fantaisie…

Je persiste à penser que la véritable vocation de Chantal Akerman, c’était la comédie. On le voit même dans un documentaire, Dis-moi, où elle apparaît interviewant une grand-mère juive, l’accueillant chez elle, lui racontant son histoire et tenant à ce que Chantal mange le gâteau qu’elle a préparé pour elle. Le cocasse s’invite dans un documentaire sérieux, et peu à peu Akerman délaisse son sujet : la grand-mère l’invite à dîner chez elle, elle accepte, mais ça tourne au cauchemar, car la vieille dame regarde la télévision en mangeant et décroche quelques regards vers son invitée. Akerman fait alors mine de s’endormir, offense quelque peu son hôte… Un personnage étrange cette Akerman, à la fois attachant et provocateur, une audace troublante, qui peu être certes la marque d’un certain génie, mais paradoxalement aussi d’une certaine maladresse ou d’un inaccomplissement coupable parce que de ce génie à peine esquissé, on en verra trop peu tout au long de sa carrière, finalement. C’est ce qui apparaît dans ce court de 18 minutes, avec une actrice faite pour elle, et dont on peut regretter qu’elles ne se soient pas croisées par la suite : Maria de Medeiros.

Les Années 80, Chantal Akerman (1983)

Les Années 80

Les Années 80Année : 1983

6/10 IMDb

Réalisation :

Chantal Akerman

 

L’une des qualités principale de Chantal Akerman, c’est l’audace. Elle est capable de faire n’importe quoi avec un film, ou un film de n’importe quoi. Du casting pour un film à venir (déjà un certain pari puisqu’il s’agit d’une comédie musicale, et qui deviendra Golden Eighties), elle en fait un autre film. Dans cinéma expérimental (et Akerman en vient), il y a expérience… C’est plutôt réussi d’ailleurs, mais c’est surtout un film pour acteurs, un film instructif, pas vraiment une forme d’art, ou même un réel document, au sens film documentaire.

On voit ainsi comment Chantal Akerman dirige ses acteurs, et on comprend les raisons pour lesquelles elle ne s’y est jamais bien prise : elle les mène comme si c’était des chevaux, sans leur laisser la moindre liberté, cherchant à les guider à chaque instant pour les diriger, questionnant chaque intonation, interdisant aux acteurs de se libérer du texte et de rentrer dans une situation et laisser leur propre imagination se dévoiler sous ses yeux à elle. Autrement dit elle dirige comme un directeur d’acteurs amateur, en pensant qu’on dirige un acteur (un être humain avec sa propre imagination) comme on peaufine un texte à la virgule près. C’est ne pas comprendre que jouer, c’est un élan, une respiration, et qu’on peut difficilement rendre cette liberté en étant à ce point derrière un acteur.

Le résultat fait peine à voir, même Aurore Clément est ridicule (tout en restant classe, toutefois, et talentueuse, parce qu’elle arrive à transformer les approximations de sa réalisatrice en fantaisie, signe peut-être qu’elle la connaissait bien).


 

Les Rendez-Vous d’Anna, Chantal Akerman (1978)

Les Rendez-Vous d’Anna

Les Rendez-Vous d’Anna
Année : 1978

Réalisation :

Chantal Akerman

Avec :

Aurore Clément
Helmut Griem
Magali Noël
Lea Massari
Jean-Pierre Cassel

8/10 IMDb

Listes :

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Films français préférés

Jeanne peut se rhabiller. On le sent bien poindre ici l’humour de Chantal avant de se rétracter comme un téton excité qui s’excuse. Délicieusement sinistre, dépressif et drôle. Mon Akerman préféré jusque-là. Parfaitement réussi, et enfin Akerman qui convainc en fiction, mêlant comme il faut le pesant et le léger.

Suffisait de trouver une actrice pour elle (bien que Delphine Seyrig soit aussi parfaite dans Jeanne, mais j’ai le droit de m’y être emmerdé). Parce que la différence avec Jeanne, au-delà de l’humour qu’on devine, c’est qu’on prend l’air. Le huis clos, le côté Akerman qui aime filmer les chambres, c’est pas mon truc. Alors que son côté voyageuse, road movie, donc à l’opposé, tout de suite ça prend une ampleur différente, on s’évade, on fuit presque même, mais l’enfermement est le même. Il y a moins de ton sur ton, et la légèreté est là. Une légèreté d’ailleurs que parvient à apporter Jean-Pierre Cassel autant qu’Aurore Clément. De quoi être au rendez-vous, il suffit d’un rien, merci.


 

Je, tu, il, elle, Chantal Akerman (1974)

Je, Tu, Il, Elle

Je, Tu, Il, Elle Année : 1974

3/10 IMDb

Réalisation :

Chantal Akerman

Avec :

Chantal Akerman, Niels Arestrup, Claire Wauthion

Une histoire du cinéma français

J’en viendrais presque à apprécier plus l’actrice Akerman que la réalisatrice. Une réelle fantaisie dans le regard qui ne se décèle pas toujours dans son cinéma, et le charme fou, l’imprévisibilité des grands timides.

La forme toutefois me laisse complètement froid. La première partie est une expérimentation naïve et maladroite (on pense à Un homme qui dort, sorti la même année). La seconde est toute dédiée au talent de Niels Arestrup, qui se défend pas mal en improvisation, mais Akerman gère mal la chose en demandant à son acteur de faire semblant de conduire un camion par exemple. Quant à la troisième partie, elle est sans intérêt, bêtement provocante et mal interprétée (Akerman d’ailleurs reprend son actrice de L’Enfant aimé, et on sent que tout ça formera la soupe de Jeanne, on l’y voyait déjà préparer pendant une heure un plat de riz à sa fille).


 

Chantal Akerman

9/10

8/10

7/10

  • Chantal Akerman par Chantal Akerman (1997) *

  • No Home Movie (2015)
  • Lettre d’un cinéaste: Chantal Akerman *

6/10

5/10

  • News from Home (1977) *
  • Sud (1999)
  • All Night Long (1982) *
  • Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1975)

4/10

  • Down There (2006)
  • L’Enfant aimé ou Je joue à être une femme mariée (1971)*
  • Golden Eighties (1986) *

3/10

  • Hôtel Monterey (1973) *
  • Un divan à New York (1996)
  • Je, tu, il, elle (1974)
  • Almayer’s Folly (2011)

2/10

  • La Captive (2000) *

1/10

  • Saute ma ville (1968)
  • La Chambre (1972)

 


Simples notes :

Golden Eighties

Personne n’a jamais trouvé la planète sur laquelle Chantal Akerman pouvait bien habiter. 

L’Enfant aimé ou Je joue à être une femme mariée)
Claire Wauthion, 3 quai du Commerce, prépare son riz. Et c’est manifestement plus rapide qu’éplucher des patates. Prépa, 30 m. Manger chaud.
D’Est

Hiver 93, Moscou. Dix centimètres de neige, la RATP fait grève. Chantal Akerman se propose de ramener tout le monde en travelling. 

À croiser avec Polustanok, La Station, de Sergei Loznitsa (2000).

Toute une nuit

La Fièvre du samedi soir vu par Roy Andersson. Je suis toujours tenté de situer Akerman entre Tati et Bresson. On sent les tentatives d’humour, c’est même parfois drôle, mais la maîtrise de la forme narrative me laisse bien circonspect. Entre fiction et expérimentation, Akerman penche peut-être ici un peu trop vers l’expérimentation. Et ça finit par lasser.

Lettre d’un cinéaste

Ackerman qui fait du Luc Moullet. J’aurais bien voulu voir Les Essais d’ouverture de Jeanne Dielman sur une bouteille de Pepsi 1L

Chantal Akerman par Chantal Akerman

Avoir une si belle langue et proposer essentiellement un cinéma sans paroles…

News from Home

Si vous avez perdu vos clés quelque part à New York en 1977, Chantal Akerman vous laisse une chance de les retrouver en regardant son film.

Hôtel Monterey

Trente pèlerins à la cinémathèque à regarder les murs d’un hôtel pendant une heure… Cinéma de la lambination.

La Captive

Incompétence sidérante. J’ai presque de la peine pour les acteurs, à se retrouver impliqués si jeunes dans des projets avec des vieux disposant d’un savoir-faire proche du néant en matière de direction, et devoir ensuite assurer le service après-vente.

 

Chantal Akerman