Notes de visionnage 2018


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Janvier – avril 2018

La Première Charge à la machette, Manuel Octavio Gomez (1969)

Sorte de docu-fiction pseudo-intello sur une page d’histoire cubaine. On demande aux acteurs chargés d’interpréter des personnages historiques d’improviser et on se retrouve avec tous les défauts d’un tel exercice : jeu forcé et dialogues insipides. Et quand ça ne bavasse pas, c’est violent, interminablement. Un supplice cinématographique.

Le Journal d’Anne Frank, George Stevens (1959)

J’éviterai de dire que c’était plaisant, mais difficile de ne pas se laisser émouvoir par un tel récit et un rendu certes classique, sans doute fidèle, mais en tout cas sensible avec quelques bons moments de poésie.

De mère en fille, Anne Claire Poirier (1968)

Joli film documentaire adoptant le point de vue et la voix intérieure d’une jeune maman canadienne attendant son second enfant et s’interrogeant de la place de la mère dans la société contemporaine, du rapport aux enfants. Une voie assez rare et originale dans le documentaire, très beau aussi (la voix apaisante des commentaires de la mère pour elle-même).

Dillinger est mort, Marco Ferreri(1969)

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Maman Kusters s’en va au ciel, Rainer Werner Fassbinder (1975)

Direction d’acteurs assez sidérante. On pourrait y réciter la bible, Fassbinder arrive à faire naître sous-texte et simplicité chez ses acteurs. Pour un metteur en scène lui-même acteur, mais acteur cabot, c’en est presque amusant. La volonté de reprendre en permanence les mêmes acteurs en tout cas elle vient de là, de la nécessité pour lui d’avoir immédiatement à porter de main et pour le moindre second rôle (eux-mêmes écrits avec soin) d’excellents acteurs. Un acteur, sans directeurs à la baguette, c’est un flemmard, il se contente de jouer le texte ; le sous-texte exprime certaines contradictions, contre-points que seul souvent le metteur en scène peut imaginer. On le voit ici par exemple très bien avec le personnage du journaliste, au premier abord, intrusif, antipathique, mais que Fassbinder arrive à mener tout en douceur et en nuance vers un personnage qui comprend malgré tout que le boulot qu’il fait heurte la sensibilité et l’intimité de sa “victime”.

Pour la simplicité, c’est sans doute ce qu’il y a de plus compliqué à trouver pour un acteur, et pour cela il faut s’assurer que la situation soit comprise, que ses objectifs, que les enjeux, ses intentions à chaque seconde, que tout cela soit parfaitement claire dans son esprit tout en laissant place à assez de liberté pour arriver à offrir assez de spontanéité et d’aisance. Un acteur qui ne sait pas où il va et ce qu’il fait va non seulement s’appuyer sur le texte, mais en plus forcera son jeu. Il y a également la question du rythme à adopter pour chaque séquence ou pour un film tout entier, un peu comme on choisit la lumière dans son film. Et peut-être dans aucun autre film Fassbinder arrive à maintenir en permanence ici une même couleur, un même rythme, une même atmosphère, celle du deuil (dont la tonalité est de manière assez étrange la même que celle adoptée quand on ne veut pas réveiller un bébé qui dort dans une autre pièce) : on ne s’interdit pas d’élever la voix mais on ne s’autorise aucune surenchère (Ingrid Caven donne parfaitement le ton, il faut l’avouer…).

Prenez garde à la sainte putain, Rainer Werner Fassbinder (1971)

Faire un film raté sur le tournage d’un film qui ne se fait pas… Wenders s’en tirera mieux avec L’État des choses.

Gestion laborieuse de l’espace. Son côté théâtral peut-être. Il en a sans doute rien à carrer d’avoir des figurants pour faire tapisserie, seulement ça donne dans tous ses films une étrange impression d’espaces désincarnés. Parfois l’alchimie prend, et je pense même que dans celui-ci c’est plutôt bien géré parce qu’il y a une logique à ce qu’il y a pas mal de second rôle, beaucoup de personnages de l’équipe, et en dehors de ça un hôtel totalement vide, et puis parfois ça marche pas du tout.

Ici le montage des séquences ou le rythme qu’il essaie de créer semble un peu vain. Il n’avait pas de sujet assez intéressant dès le début à mettre en scène à l’exception de l’idée de départ, et c’est pas la forme qu’il arrive à appliquer au film ensuite qui rattrapera le coup. Quand je regarde Maman Kusters par exemple, le sujet de départ est fort et par la suite je trouve qu’il se perd un peu mais qu’il parvient à proposer un très bon film grâce à son talent de mise en scène, donc à sa gestion des espaces et de la temporalité (du rythme notamment). Il y a un élan qui sonne juste dès le départ ; alors qu’ici, on comprend le sujet (faire un film sur un film qui ne se fait pas) mais c’est une sorte de Nuit américaine un peu vaine, un peu forcée avec des personnages dont Fassbi ne semblent pas savoir quoi faire.

Faut dire aussi que la présence de Lou Castel n’aide pas à trouver une certaine harmonie dans le jeu. Ils se marchent pas mal sur les pieds, les deux, Lou Castel et Fassbinder — l’acteur. Et de manière générale, je préfère ses films avec des personnages féminins ou avec Gottfried John (qui possède une sorte de grâce féminine malgré un physique d’australopithèque). Lou Castel, il cabotine, comme Fassbinder, sans aucune grâce, et c’est assez pénible de le regarder (cette grâce il l’avait dans Les Poings dans les poches, en étant plus jeune et plus… mince — encore une histoire de bonne temporalité et… d’espace). Lou Castel + Fassbinder, les deux qui gueulent, j’ai l’impression de voir un film diabétique.

Huit heures ne font pas un jour, Rainer Werner Fassbinder (1972)

Oui, Fassbinder peut être drôle. Humour léger sans méchanceté, peinture sociale et familiale entre Tora-san, Bergman et Tennessee Williams. Le meilleur de Fassbinder est peut-être à chercher dans ses productions pour le petit écran. Loin de la tonalité de Berlin Alexanderplatz, mais une mini-série de haute qualité.

Partner, Bertolucci (1968)

Bertolucci qui se prend pour Carmelo Bene… L’esprit de 68 encore et toujours mise à l’honneur lors de la première de la Quinzaine des réalisateurs. Pas pour le meilleur.

Le Bouc, Rainer Werner Fassbinder (1969)

Des plans-séquences fixes d’une vingtaine de secondes, quelques décors en extérieur, mais l’art de l’écriture et de la direction de Fassbi. Le Fassbinder version nouvelle vague, c’est aussi pas mal du tout.

L’Été, Marcel Hanoun (1968)

Essai à la Chris Marker entre poésie et politique. La politique est à jeter (injonctions et jolis aphorismes de mai 68), la poésie à voir.

On espère un moment mieux, enthousiaste devant la forme, le montage, les propositions esthétiques très « nouvelle vague », le charme de l’ensemble, et puis malheureusement ça mène nulle part. Le fond de l’air est creux.

Whity, Rainer Werner Fassbinder (1971)

Est no moricaud qui veut. 

Pour une fois Fassbinder semble vouloir faire confiance aux seules images et surtout à la musique, mais rien ne marche. La musique est plate, les situations sans intérêt et sa mise en place, lente, ne parvient jamais à gagner une once (upon) de magie. Les acteurs sont aussi étonnamment mauvais. Fassbinder lui-même en bon cabot qu’il est, et dans un rôle de méchant (c’est son emploi comme celui de Hanna Schygulla est souvent celui de la prostituée), plus que mauvais.

Berlin Alexanderplatz, Rainer Werner Fassbinder (1980)

Parcours chaotique et brutal d’une rédemption impossible… Jamais Fassbi n’aura été aussi cinématographique qu’à la télévision. 

L’épilogue en revanche est puissamment pénible. Il provoque une certaine gêne propre à certains génies capables de vous émerveiller par leurs audaces bienvenues et qui tout d’un coup vous mettent mal à l’aise parce qu’ils vont trop loin. Un foisonnant délire inutile. Tout ce qui précède est parfois difficile à supporter émotivement parlant, surtout en ne faisant que ça sur deux jours, mais on ne peut que s’émerveiller devant un tel morceau.

Gibier de passage, Rainer Werner Fassbinder (1972)

Les tendances sirkiennes de Fassbinder : amours interdits, petites manipulations, crime stupide. La théâtralité s’adapte mal au fait divers. Anecdotique.

The Trip, Roger Corman (1967)

De la dynamite sous acide pour les épileptiques et les migraineux. Séquences stroboscopiques imbuvables. 

Madame Oyu, Kenji Mizoguchi (1951)

(Revu) Qu’il est beau de se sacrifier pour l’amour d’une sœur… — Le problème, c’est quand l’autre fait de même, et que l’homme… attend.

Adaptation d’un roman de Tanizaki, spécialiste apparemment des canevas sentimentaux bien compliqués, que Masumura adaptera par trois fois : Passion, La Chatte japonaise et Tatouage. Interprétation tout en minimalisme de la part de deux des plus grandes actrices de l’âge d’or du cinéma nippon (Kinuyo Tanaka et Nobuko Otowa).

Les 47 Rōnins, Kenji Mizoguchi (1941)

La pire déclaration d’amour de l’histoire du cinéma : « Dites à votre père que je suis son gendre. » Le film m’est presque sauvé par la présence (à la Portia) de Mieko Takamine.

L’Épée Bijomaru, Kenji Mizoguchi (1945)

C’est en devenant forgeron qu’on se forge un nom… 

Un homme de tropCosta-Gavras (1967)

Un parfum de La 317ᵉ Section. Rythme, humour, tension… Le personnage de Piccoli est fascinant. L’indécision est toujours trop louche.  pourtant il faut bien plus de courage pour déserter que pour se ranger parmi les maquisards. Le déserteur, lui, est toujours seul, et le premier à abattre pour tous ces pourris qui auront toujours tout compris mieux que les autres. Même les meilleures guerres ne sont que des guerres de lâches. Le vrai courage, c’est celle de ne pas se battre, et de résister contre la corruption. De la grandeur du (faux) lâche. (C’est fou de voir à quel point Pierre Clementi était à la mode dans les années 60-70…)

Lucia, Humberto Solás (1968)

L’écueil éternel du film à sketchs (trois parties), trouver l’unité. Pari perdu, seul le dernier fragment sur une histoire contemporaine (une femme à la fois battue et séquestrée par son jeune mari qui lui refuse l’accès à l’éducation) vaut le coup d’œil. 

Los Angeles Plays Itself, Thom Andersen (2003)

L.A, ville verticale du bout du monde, tourne des kms de pellicule sur elle-même et comme dans une belle photo de famille rien n’y est vrai. 

Les Chasses du comte Zaroff, Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel (1932)

Plutôt expéditif. On « comte » les séquences. Au mieux, il y en a 5. Décevant.

Tous les biens de la terre, William Dieterle (1941)

L’evil est Belle.

Le classicisme n’a pas que du bon. Ça ruisselle de bons sentiments et de bondieuseries.

La Dame de Musashino, Kenji Mizoguchi (1951)

Sac de nœud sentimental et cornélien opposant les valeurs d’un Japon vaincu à celle d’un monde où les amours se consomment comme le reste. Plutôt réussi.

La Victoire des femmes, Kenji Mizoguchi (1946)

Film féministe pour obéir aux désirs de l’occupant. Mise en place laborieuse, mais l’opposition gagne en tension dès que le procès commence. 

Mizoguchi semble s’ennuyer à filmer en intérieurs. Sa lenteur, ses plans-séquences et ses travellings ne sont pas fait pour ça. En revanche, c’est parfait pour les scènes de tension, les actrices ayant tout loisir de montrer l’étendue de leur génie. (Un film auquel répondra un peu plus tard Flamme de mon amour, lui aussi dans une veine soft power au profit des valeurs libérales de l’occupant. Faudra attendre encore pour ressortir les jidaigeki des placards, avec La Vie d’O’Haru femme galante en 51, précédé en 50 par Kurosawa et son Rashomon.)

Image, Flesh and Voice, Ed Emshwiller(1970)

Certaines images sont magnifiques et rappellent les expérimentations de Norman McLaren dans Pas de deux. Malheureusement les propos en voix off sont plus qu’encombrants.

Fuoco!, Gian Vittorio Baldi(1968)

Un tireur solitaire, muet, sans revendications et sans émotions, qui achève froidement sa famille lors d’une même nuit. D’un naturalisme sec et brutal. Aucune introduction, un huis clos, aucune explication, et le montage qui s’articule autour d’ellipses pour décrire des événements compactés en quelques heures.

Le Brave Guérillero, Gustavo Dahl (1968)

Le cinéma politique est (un oxy)more. 

Un jeu pas à la hauteur, des dialogues ronflants ne traitant que d’enjeux politiques. C’est un peu la politique vue comme une grande mafia. Sans doute du vrai là-dedans, mais rien de cinématographique.

Brasil Ano 2000, Walter Lima Jr. (1969)

Entre L’avventura, La dolce vita, pour ses errances métaphysiques pleines de la sève de l’incommunicabilité, et… du SF polonais (les films de Piotr Szulkin). Ou comme un Zulawski apaisé avec des fleurs dans les cheveux. Jamais l’apocalypse n’aura été montrée aussi colorée.

Ruusujen aika, Risto Jarva (1969)

THK sans complexe n’est que ruine de l’âme.

Expiation, Camille de Morlhon (1918)

D’où l’expression « être de mèche ».

Une femme dont on parle, Kenji Mizoguchi (1954)

Au-delà de l’intrigue amoureuse, comme un refrain qui s’entête : quand les femmes cesseront-elles d’être obligées d’en passer par là.

Mizoguchi terminera sa carrière là-dessus, sur ce même refrain cette fois dépouillé d’une intrigue principale pour se concentrer sur la vie et la condition des femmes de bordel. Déjà, la même fin désillusionnée sur… La Rue de la honte. Et la même innocence venant se jeter dans la gueule du loup. La composition de Kinuyo Tanaka est tout bonnement exceptionnel, comme d’habitude.

Invasión, Hugo Santiago (1969)

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Hurler de peur, Seth Holt (1961)

À hurler de rire. Peut-être le finale le plus stupide et le plus grotesque vu au cinéma. Faut pas pousser mémé…

La Chanson du pays natal, Kenji Mizoguchi (1925)

Apologie de la bêtise et de l’isolationnisme.

Sirocco d’hiver, Miklós Jancsó (1970)

Séquence ça finit ?

Sérieusement, Miklós Jancsó s’amuse avec sa caméra pour proposer le plus de plans-séquences possibles, il force la lenteur, mais peine à masquer le grand inintérêt des situations décrites.

Un lâche, Reginald Barker et Thomas H. Ince (1915)

Passé un 1ᵉʳ acte suppositoire, l’héroïsme latent du lâche se révèle et la mise en action se fait enfin. L’honneur, vieille valeur de papa.

Notre-Dame des Turcs, Carmelo Bene (1968)

Cinéma de vide-grenier hystérique.

La Mère porteuse, Im Kwon-taek (1986)

Un sujet en or pour une exécution sans faille. Un cinéma d’ambiance rappelant Yimou, Tsui Hark ou déjà La Chanteuse de pansori. Et La Mère porteuse les précède tous. Une esthétique très HK80’s avec téléobjectif, montage-séquences, musique ronflante… C’est d’une beauté…

Peau de pêche, Marie Epstein et Jean Benoît-Lévy (1929)

La même fascination que le frangin pour le tulle et les surimpressions. Une histoire d’amour maternel qui aurait gagné à rester sur Paris.

La Loi de la jungle, Antonin Peretjatko (2016)

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Ma vie de Courgette

Il eût été appréciable que l’artisanat ne s’applique qu’à la mise en image. Le scénario est en carton-pâte.

Ma vie de chien, Lasse Hallström (1985)

Encombrant clébard dont on fait bien de se débarrasser au plus vite. Les animaux humains décrits ici y sont tellement plus sympathiques… Film fort bien réussi.

Peaux de vaches, Patricia Mazuy (1988)

Deux acteurs formidables sauvent l’affaire, mais globalement western campagnard foutraque et grotesque.

Les Femmes de la nuit, Kenji Mizoguchi (1948)

Le génie de Mizoguchi et de Kinuyo Tanaka au service de la propagande anti-prostitution de l’occupant. Naruse s’en tirera mieux (avec La Bête blanche).

L’Intendant Sansho, Kenji Mizoguchi (1954)

(Revu). Disperser aux quatre vents les fils d’une même pelote, se libérer du rouet du temps, tirer sur le nœud ombilical, et devenir… fil prodigue.

Un homme en or, Jean Dréville (1934)

Harry Baur en fait des tonnes dans la minimalisme. Son ascension rapide n’a aucun sens, et la morale bourgeoise pro-cocu fait peur à voir.

Silence, Rupert Julian (1926)

Mélodrame qui ne vaut que pour quelques effets de montage digne de Slavko Vorkapich. (Film retrouvé par la Cinémathèque française.)

Erotikon, Gustav Machatý (1929)

Rarement le cinéma aura aussi bien décrit l’attraction des regards et des chairs lors d’un coup de foudre. 

Regards dilatés, hors du temps et en champs contrechamps. Quelques secondes de grâce tout simplement.

Le Voleur, Louis Malle (1967)

Il y a un joyau après lequel le voleur ne cesse de courir sans pouvoir l’attraper, la famille. La vie de ce côté ne recèle aucune surprises.

Stella, femme libre, Michael Cacoyannis et Mihalis Kakogiannis (1955)

Stella voudrait être libre, elle est émotionnellement instable et immature. Des qualités face à la bêtise et la possessivité des hommes.

Vendemiaire, Louis Feuillade (1918)

Propagande anti-allemande plutôt lourdaude, flashbacks digressifs sans fin et mélodramatiques. Belle exécution.

À noter un travelling d’accompagnement arrière en plan américain (les mouvements de caméra en dehors des panneau étant inexistants, ça surprend et l’effet est magnifique). Des raccords dans l’axe très bien exécutés, et un découpage efficace. Des intérieurs rares, donc on prend l’air frais du midi.

Cinerama Holiday (1954)

Écarte postale.

The Passer-by, Oscar Apfel (1912)

En dehors d’une excellente interprétation, d’un court montage alterné, un flash-back prétexte à deux grands travellings avant et arrière.

Le procédé génial, parfois repris par Ophüls sous différentes formes, toujours pour apporter un petit plus narratif, a au moins un précédent : en 1910 dans The Song that Reached His Heart :

https://youtu.be/NkoJBxqI3zE .

Cœur fidèle, Jean Epstein (1923)

Avant-garde évoquant plus le naturalisme d’Antoine avec des effets de surimpression assez peu convaincants. Très inspiré de La Roue.

Memory of Justice, Marcel Ophuls

Une seconde partie un peu confuse, peut-être trop bien ancrée dans son époque, mais le discours sur la difficulté de juger demeure. Croisement intéressant à faire avec The Fog of War, puisque seulement évoqué, McNamara pourra y jouer le rôle que joue essentiellement Albert Speer ici, celui de l’enfoiré tellement génial qu’il en devient séduisant, tellement intelligent qu’il sait saisir toutes les opportunités pour s’en tirer au mieux.

Giordano Bruno, Giuliano Montaldo (1973)

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Fast Workers, Tod Browning (1933)

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Ma cousine de Varsovie, Carmine Gallone (1931)

Pièce montée de quiproquos amoureux. On frise l’indigestion sur la fin, mais la Popesco à défaut d’être jolie est d’une étonnante justesse. 

Golden Eighties, Chantal Akerman 1983

Personne n’a jamais trouvé la planète sur laquelle Chantal Akerman pouvait bien habiter. 

L’Enfant aimé ou Je joue à être une femme mariée, Chantal Akerman
Claire Wauthion, 3 quai du Commerce, prépare son riz. Et c’est manifestement plus rapide qu’éplucher des patates. Prépa, 30 m. Manger chaud.
Iron Man, Tod Browning (1931)

C’est triste à voir mais Tod Browning, s’il sait placer parfaitement sa caméra, n’a aucun sens du rythme. Le muet lui allait mieux au teint. 

La Marchande de rêves, Tod Browning

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Miracle for sales, Tod Browning 1939

Browning fait son Grand Sommeil. Pari réussi, on comprend rien à l’intrigue et on n’entendra plus parler de lui les vingt années suivantes. 

Le Cerf-Volant du bout du monde, Roger Pigaut (1958)

Heureusement que la confédération des enfants veille sur le monde pendant que les adultes font des bêtises. 

Fièvre, Louis Delluc (1921)

Un lieu, une action, un temps compacté. Ce qui marche grâce aux dialogues au théâtre ne marche pas sans. Le procédé tourne au fait divers.

Loin vers l’est, Tod Browning (1929)

Mélo qui prend comme décor l’Orient pour une seule raison… : l’arme du crime. Gare au gorille. 

La Marque du vampire, Tod Browning (1935)

La seule marque dans le film, c’est celle de Carol Borland qui actualise le modèle de la vamp initié par Musidora dans les Vampires pour en faire l’icône gothique des adolescentes attendant de voir le loup.

The Deciding Kiss, Tod Browning (1918)

Mélodrame classique avec un Browning appliqué et d’une sobriété étonnante. (Ni membre coupé, ni inceste consommé, ni maquillage gothique.) 

Le Talion, Tod Browning (1928)

Un peu comme si Conrad avait été dévoré par L’Inconnu. Après avoir joué les hommes-troncs, Chaney s’essaye aux culs-jattes. Acteur complet.

À croiser avec avec Lord Jim, La Folie Almeyer, et si ce n’est suffisant, on tentera toujours de croiser les bras.

La Morsure, Tod Browning (1927)

Qu’est-ce qui fait que les femmes sont toujours attirées par les beaux escrocs ? Un siècle que le cinéma se pose la question.

Début de réponse ici apportée par Browning, le maître de l’étrange : le justaucorps hypnotique à rayures de John Gilbert. La morsure, c’est celle presque de la guêpe. Bel exemple en tout cas d’histoire avec un « confidence man ».

À croiser avec American Gigolo et Pickpocket, pour le côté rédemption (passant par la femme aimée et dévouée à son imbécile d’escroc bien sûr).

D’Est, Chantal Akerman

Hiver 93, Moscou. Dix centimètres de neige, la RATP fait grève. Chantal Akerman se propose de ramener tout le monde en travelling. 

À croiser avec Polustanok, La Station, de Sergei Loznitsa (2000).

Chéri-bibi

Rarement vu Pierre Fresnay aussi mauvais et bouffé un à un par presque tout le reste de la distribution. 

Portrait d’une jeune fille de la fin des années 60 à Bruxelles, Chantal Akerman (1994).

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J’ai faim, j’ai froid, Chantal Akerman (1984)

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Les Années 80, Chantal Akerman

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Les Rendez-Vous d’Anna, Chantal Akerman

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Toute une nuit, Chantal Akerman (1982)

La Fièvre du samedi soir vu par Roy Andersson. Je suis toujours tenté de situer Akerman entre Tati et Bresson. On sent les tentatives d’humour, c’est même parfois drôle, mais la maîtrise de la forme narrative me laisse bien circonspect. Entre fiction et expérimentation, Akerman penche peut-être ici un peu trop vers l’expérimentation. Et ça finit par lasser.

Je, tu, il, elle, Chantal Akerman (1974)

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Lettre d’un cinéaste: Chantal Akerman

Ackerman qui fait du Luc Moullet. J’aurais bien voulu voir Les Essais d’ouverture de Jeanne Dielman sur une bouteille de Pepsi 1L

Chantal Akerman par Chantal Akerman

Avoir une si belle langue et proposer essentiellement un cinéma sans paroles…

News from Home, Chantal Akerman

Si vous avez perdu vos clés quelque part à New York en 1977, Chantal Akerman vous laisse une chance de les retrouver en regardant son film.

Hôtel Monterey, Chantal Akerman

Trente pèlerins à la cinémathèque à regarder les murs d’un hôtel pendant une heure… Cinéma de la lambination.

La Captive, Chantal Akerman (2000).

Incompétence sidérante. J’ai presque de la peine pour les acteurs, à se retrouver impliqués si jeunes dans des projets avec des vieux disposant d’un savoir-faire proche du néant en matière de direction, et devoir ensuite assurer le service après-vente.

Jenny, femme marquée, Samuel Fuller

Superbe travail de Douglas Sirk, excellente distribution, mais voilà, c’est Fuller à l’écriture, et ça tourne vite au nanar.

Quarante Tueurs, Samuel Fuller

Voilà mon Fuller préféré. Le bon Sam ne peut pas s’empêcher de tirer des coups stupides avec son scénario, mais on va être compréhensif pour cette fois…

Le Malade imaginaire, Lucien Jaquelux & Marc Méranda (1934)

Où est passée la farce ? Molière, c’est de la commedia dell’arte… On ne joue pas Molière comme on joue Sacha Guitry. Joli travail d’amateur

Prénom Carmen, JLG

Le meilleur de mon petit Gody, c’est encore dans l’absurde qu’il faut le trouver.

Balkonas, 2008

Le charme des premiers amours, la nostalgie du communisme révolu… Charmant mais vain et indolore. 

> Les séances croisées « jeune public », ou l’envoi au casse-pipe des programmateurs de la Cinémathèque. Nouvelle entrée dans les « ratés de la Cinémathèque« .

Passion, Masumura (revoyure)

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La Belle, Arunas Zebriunas (1969)

Chef-d’œuvre sur les lumineuses promesses de l’enfance. L’enfant qui fleurit sous les frondaisons de la tyrannie sera un adulte libre.

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The Children from Hotel America (1991)

Entre Good Bye Lenin et Le Péril jeune. Plutôt dispensable. La Lituanie, à peine sortie du communisme, joue déjà la nostalgie.

Sangailė / Summer, Alante Kavaite (2015)

Les bons cinéphiles ne font pas forcément de grands cinéastes. Alante Kavaite parle très bien des films qu’elle aime (elle a présenté La Belle et Passion), mais rien de cette cinéphilie ne transparaît dans son film.

La Promesse de l’aube, Eric Barbier (2017)

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Vivre libre, Jean Renoir

Charles Laughton est exceptionnel, le reste c’est de la propagande hypocrite à vouloir brandir haut des valeurs qu’on voudrait universelles. 

In Memory of the Day Passed By, Sharunas Bartas (1990)

Le meilleur de Bartas, c’est peut-être encore dans le court qu’il faut le trouver… Le film était présenté à la Cinémathèque dans le cadre de la rétro Lituanie et avec deux autres courts métrages de la même époque. Le film d’Audrius Stonys était également pas mal du tout. On sent une forte influence, un peu pesante malgré les effets d’antigravitation, de Tarkovski.

Petit malaise lors de la discussion avec les cinéastes. Une idiote prend la parole et se mue en procureure de je ne sais quelle affaire d’agression sexuelle dont serait accusée l’un des invités. Celle-ci se fait immédiatement houspiller par une spectatrice criant « Mais est-ce que c’est du cinéma ?! » Tous les mecs se taisent et semblent chacun se caler les burnes bien à côté l’une de l’autre pendant que la maîtresse de cérémonie de la Cinémathèque reprend le micro à l’intervenante. L’hôte explique, un peu agacée, que ce n’est pas la place pour une telle question et demande s’il n’y aurait pas d’autres intervenants moins inspirés par le féminisme radical et l’inquisition improvisée. Gagné : une demoiselle demande le micro au premier rang. Question éminemment pertinente, et posée avec quelle audace pour rattraper le malaise, mais elle triche un peu parce qu’elle travaille pour la maison (du moins, de ce que je peux en voir). Joli rapprochement avec Tati (d’ailleurs, elle me l’a piquée celle-là, sauf que je parlais de Montero mais quand même, hein !…). Bref, ravi de voir qu’il reste, au moins dans cette institution, une minorité qu’on imagine silencieuse, évidemment féministe, refusant toutes sortes de radicalismes aboyeurs, méprisants et vains, et qui sait aussi, à l’occasion s’affirmer quand le besoin s’en fait sentir. Parce que ce n’est pas le directeur cette fois qui prend la parole au nom de la Cinémathèque (attaquée ces derniers mois à cause d’une programmation d’aucuns jugeront inopportune) mais ses employées. (Mention spéciale aussi à l’excellente traduction maison.) (Il y avait en fait plus à voir après que pendant… tout l’intérêt de ces petites soirées. Sans compter qu’une merveilleuse blonde lituanienne est venue poser sa silhouette juste à côté de moi et a posé une question fort longue qui m’a quelque peu échappée — c’était probablement très intéressant parce que tout le monde acquiesçait.)

Ordre secret aux espions nazis, Samuel Fuller

Fuller et ses grosses ficelles… Rarement vu un personnage féminin aussi mal dessiné avec des revirements à peine crédibles.

Le Kimono pourpre, Samuel Fuller

« Samuel, ton objectif pour ce film est de t’en tenir à ton idée de départ. » « Et s’il y a une jolie actrice ? » « Pas d’initiatives personnelles. »

Et comme toujours Sam déserte son propre film pour s’intéresser à tout autre chose.

Feelings, Algirdas Dausa, Almantas Grikevicius

Un joli blanc aseptisé à la Yoshida mais un scénario incompréhensible, une reconstitution paresseuse, et une direction d’acteurs inexistante (j’ai du mal à suivre quand on est censé être en pleine guerre, entrer ou sortir dans des habitations où il fait un froid de canard, et que tous les acteurs donnent l’impression d’avoir passé une bonne journée, qu’ils sont frais et bien coiffés comme après une bonne douche). Un classique lituanien semble-t-il.

Dressé pour tuer, Samuel Fuller

Donc un chien qui tue trois ou quatre personnes après que ses dresseurs et propriétaires découvrent qu’il attaque les Noirs, on continue de chercher à le « dresser » alors que ses victimes baignent encore dans une flaque de sang ? Crédible. La logique de Fuller, on dira.

Trois Jours, Sharunas Bartas

Bartas se rêve en Tarkovski mais tout ce qu’il propose c’est un montage aléatoire des scènes ratées et sinistres d’un film de Roy Andersson.

Frost, Sharunas Bartas

Ça ne vole pas bien haut, il faut le reconnaître. La seconde partie est probablement un peu ratée, l’intermède dans l’hôtel polonais est lui aussi raté, mais voir un Bartas un peu bavard c’est reposant, et surtout il a le mérite d’être au moins informatif sur une situation en Ukraine dont on ne sait pas grand-chose.

Le Mensonge de Nina Petrovna, Tourjanski

Curiosité française des années 30, toujours, avec Isa Miranda. Des décors et costumes somptueux, un scénario et une mise en scène à la Ophüls, de bons acteurs, mais tout sonne faux. Ça voudrait ressembler à Liebelei (notamment avec le duel au pistolet de la fin), mais ça ressemble à rien. Ah, c’est avec ce genre de films qu’on comprend combien l’art de la mise en scène consiste surtout à accommoder une somme de détails qui une fois parfaitement agencés donnent l’illusion d’une évidence, celle de la simplicité.

L’Hôtel du libre échange, Marc Allégret

Curiosité française des années 30. Du vaudeville comme on en fait plus. Du bonheur à tous les étages.

L’Île des amours, Paulo Rocha

La punition de l’après-midi. Ce Rocha est insupportable. Le plus malheureux c’est qu’on voit où il veut en venir, ou plutôt, qui il veut copier (Visconti). Mais l’élégance ne s’improvise pas. Rocha aurait autant d’allure qu’une Emma Bovary dans un bal à Vienne.

Les Bas-Fonds new-yorkais, Samuel Fuller

Occupation favorite de Fuller, le prince des grosses ficelles : faire passer des chameaux dans le chas des aiguilles. 

Les maraudeurs attaquent, Samuel Fuller

Je crois que c’est encore le plus que je peux supporter du vieux Samy. Ça reste sobre malgré tout pour un film de guerre.

Le Veau gras (Serge de Poligny) & Un oiseau rare (Richard Pottier)

Il y a vraiment du bon dans ces comédies françaises des années 30. C’est bien malheureux que tous ces films soient voués à l’oubli… Pour le Veau gras : Délicieusement théâtral. Des décors en studio, des acteurs comme on n’en fait plus, et des tartuffes difficiles à mépriser.

Toboggan, Henri Decoin

La femme, ce combat perdu d’avance. (Film de boxe à la morale implacable et délicieusement suranné. Ça reste très anecdotique.) 

Les Noces de Dieu, Monteiro

Y a du cinéma. On dirait du Tati  bouffé par Arrabal ou par Jodorowski (mais c’est la même chose). Non seulement c’est drôle (bon, on se tape pas sur les cuisses, autant que pourrait l’être un Cervantès adapté par cet autre escogriffe qu’est Tati, disons que c’est cocasse et picaresque — mais un picaresque de palais), mais en plus la maîtrise formelle est impressionnante. L’usage des plans fixes qui s’étalent parfois en plans séquences et qui d’un coup s’élancent comme un dormeur qui s’étire, ç’a quelque chose de prodigieusement cinématographique. Et quel obsédé !

Les Vertes Années, Paulo Rocha

Ça commence comme du Olmi, ça finit comme du Fuller.

Les soucoupes volantes attaquent

Scénarisé par Donald Trump : « Vous voulez nous attaquer, pseudo-puissances venues de l’espace avec votre technologie des années 50 ? Sachez que l’Amérique a une technologique plus grosse que la vôtre ! »

Violence à Park Row, Samuel Fuller

Entre Capra et Citizen Kane, Fuller peine à faire rentrer son arbre de Noël dans une boule à neige. Il faut toutefois remarquer l’effort, l’audace même, de Fuller, capable en dehors du système des studios de pondre ce genre de films de sa poche. Manque malheureusement l’ampleur. Parce que c’est là le problème toujours de Fuller : si ses films sont si imparfaits, c’est qu’il les écrit, les monte et les produit seul comme si c’était des films de studio.

J’ai tué Jesse James, Samuel Fuller

Superbe casting pour une 1ère production, mais déjà un scénario bancal et un rythme qui s’enrayerait si la musique ne nous entraînait pas dans son sillon.

Le Baron de l’Arizona, Samuel Fuller

Plus c’est gros plus ça passe qu’on dit en matière de fraude. Fuller aurait dû toute sa vie se contenter de raconter des histoires d’escrocs. Pas fait pour la subtilité le Samuel.

Monsieur Ripois

Difficile de s’attacher à un personnage aussi antipathique. Dommage, les acteurs sont parfaits.

Palombella Rossa, Nanni Moretti

C’est à Nanni rien comprendre ! Et le meilleur de Moretti sans doute. Absurde à souhait, à la limite même parfois du surréalisme. Dieu que ça joue mal en revanche, en dehors d’Asia Argento toute jeunette…

La Maison de bambou, Samuel Fuller (1955)

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