The Hollywood Rush

William Wyler

Né en 1902 à Mulhouse (alors dans l’Empire allemand). Fils d’un Suisse et d’une Allemande, il passe le début de sa vie entre la Suisse et la France. Après la guerre, il travaille à Paris dans le textile (Willie dans le Sentier), sans réussite. Heureusement pour lui, il est le neveu de Carl Laemmle, l’un de fondateurs d’Universal. Wyler arrive donc à New York en 1921, vivant de petits boulots pour Universal mais pas seulement.

Il décide de traverser le continent pour rejoindre Hollywood en 1923. Il continue à Universal, mais il commence tout en bas de l’échelle. C’est finalement en 1925 qu’on lui confie la réalisation d’une série de westerns. Réalisateur mineur du muet et du début du parlant, il faudra attendre son départ d’Universal et sa collaboration avec Samuel Goldwyn pour le voir passer du statut de réalisateur anecdotique à un des tous premiers cinéastes de l’époque.

Victor Sjöström

Né en Suède en 1879. Pionnier en Suède avec des films comme La Charrette fantôme ou Les Proscrits, il répond à une invitation de la MGM en 1924.

Il réalise Name the Man d’abord, puis Larmes de clown. Suivront une demi-douzaine de films tournés pour la MGM, parmi lesquels des classiques : La Lettre écarlate, Le Vent (tous deux avec Lillian Gish) et The Divine Woman.

À l’arrivée du parlant, il retourne en Europe et abandonnera peu après la réalisation d’un dernier film en Angleterre en 1937.

Hans Dreier (décorateur, art director)

Né à Brême en 1885 (Empire allemand), il travaille à la UFA au début des années 20, puis rejoint Hollywood, nouvel El Dorado des artistes européens. Il commence avec Paradis défendu du son compatriote Lubitsch. Suivront plus de cinq cents films en un quart de siècle et 23 nominations aux Oscars pour son travail.

À noter que dans le système hollywoodien, l’art director n’est pas seulement responsable des décors, mais de tout l’aspect visuel d’un film en collaboration avec le directeur de la photo et le metteur en scène.

À son actif par exemple pour comprendre l’importance de son travail, les films de von Sternberg (Crépuscules de gloire, X27, Les Damnés de l’océan, Une tragédie américaine, Shanghai Express, L’Impératrice rouge), ceux de Lubitsch (Sérénade à trois, La Femme et le Pantin, Haute Pègre, Le Lieutenant souriant, L’Homme que j’ai tué, La Huitième Femme de Barbe-bleue). Il est également responsable de l’aspect visuel de films noirs avec le duo Lake-Ladd (Tueur à gages, Le Dahlia bleu, La Clé de verre), ou Assurance sur la mort, Boulevard du Crépuscule, Espions sur la Tamise, L’Emprise du crime, La Grande Horloge, Raccrochez, c’est une erreur ; et d’autres films avec Veronica Lake comme les Voyages de Sullivan, Ma femme est une sorcière (et comme il a travaillé assez souvent avec Billy Wilder, on peut penser à une private joke puisqu’il a travaillé sur Uniformes et jupon court, là où Wilder se moque de la mode de la frange de Veronica Lake) ; ou encore les films de Mitchell Leisen (La Baronne de minuit, Remember the Night, Vie facile…), et puis Un cœur pris au piège, Beau Geste, Peter Ibbetson, Désir

Josef von Sternberg

Né Jonas Sternberg à Vienne en 1894. Allers-retours entre Vienne et New York avant de s’installer définitivement en Amérique.

Débuts en bas de l’échelle à la World Film Company basée à Fort Lee (NJ). Pendant plusieurs années, il travaille entre l’Europe et les États-Unis pour différentes compagnies. Affecté au service des communications pendant la guerre, il revient à New York en 1919 pour assister Emile Chautard, réalisateur de la World, sur le Mystère de la chambre jaune.

En 1925, un acteur britannique de studio (Fox, Paramount) lui avance l’argent pour réaliser son premier film. Connu comme étant le premier film indépendant, Les Chasseurs de salut, tourné en Californie, lui permet d’attirer l’attention des plus grands.

Il tourne alors des films pour la toute fraîche United Artists mais ses films sont détruits. Et c’est en 1927, après avoir travaillé sur “It” que la Paramount fait appel à lui pour réaliser Les Nuits de Chicago. Un succès surprise qui lança la mode des films de gangsters et la carrière de Ben Hecht.

Greta Nissen

Grethe Ruzt-Nissen, née à Oslo en 1905. Danseuse de ballet au sein du Théâtre National d’Oslo, elle apparaît dans deux films danois en 1923 et 1924. Elle est remarquée par Lasky (de la Famous Players, qui deviendra… la Paramount) à Broadway alors qu’elle était en tournée.

Elle rejoint Hollywood en 1925 et débute avec Le Fils prodigue de Raoul Walsh. Elle tourne pour Lasky une série de films, notamment avec Adolphe Menjou, mais tourne également pour Universal, la Fox ou la First National, avec qui elle retrouve Raoul Walsh pour son dernier film muet, l’Insoumise, puis une dernière fois à Hollywood, trois ans après, toujours avec Walsh pour Women of All Nations. Elle passera ensuite la moitié des années 30 à Londres pour se produire sur scène et participer à quelques films, avant de revenir aux États-Unis, s’étant mariée à un acteur américain et ayant adopté la citoyenneté américaine.

Greta Garbo

Née Greta Lovisa Gustafson en Suède en 1905. Elle commence par des rôles mineurs avant de voir sa carrière réellement débuter avec un premier rôle en 1924 dans un film de Mauritz Stiller, La Légende de Gösta Berling, dans lequel elle a déjà changé son nom pour celui de Garbo. Pabst la fait immédiatement tourner dans la Rue sans joie, et la même année, Louis B. Mayer, patron de la MGM, l’engage.

Elle traverse l’atlantique avec Mauritz Stiller, mais bien qu’ayant signé un contrat avec la MGM, le studio semble hésitant. On lui impose une transformation physique pour obéir aux canons de l’époque et se conformer à la logique du star system déjà bien mis en place par les studios, et c’est en 1926 seulement qu’elle tourne son premier film : Torrent. Le film est un succès, mais c’est son producteur, Irving Thalberg, qui en tire principalement bénéfice : Mayer lui demande désormais de superviser les productions de la compagnie. Ce qu’il fera, puisque durant ses années, la MGM ne ce sera jamais aussi bien portée. Thalberg a l’idée de faire reposer ses films non pas sur une star, mais sur deux. C’est ainsi que la même année, Garbo fait la paire pour la première fois avec John Gilbert sur le chef-d’œuvre de Clarence Brown, La Chair et le Diable. Suivrons Anna Karenine, Intrigues et plus tard La Reine Christine. L’idée de Thalberg, plutôt paradoxale mais compréhensible, vient à faire de Garbo la plus grande star de la fin du muet, comme si tous ces partenaires vedettes servaient à la mettre en avant. Quand la logique publicitaire rejoint la logique théâtrale…

Garbo est donc la plus grande star du muet, tous ses films sont des succès, et la MGM craint le passage au parlant pour sa grande Suédoise. Mais la Divine reste la Divine et Anna Christie, Grand Hôtel, Le Roman de Marguerite Gauthier, Mata Hari et enfin Ninotchka dans lequel Lubitsch arrivera à dérider la figure hiératique de l’actrice, tous seront des succès.

Commence alors la légende du renoncement, quand à seulement 36 ans, elle renonce au cinéma. Greta Garbo était l’image même de la star, et cela au cours du muet comme pour le début de l’âge d’or (les meilleures années de la MGM en fait), pourtant elle s’est toujours refusée à ses obligations de “star”, ne se présentant jamais à la cérémonie des Oscars, ne signant jamais d’autographe, et répondant rarement à des interviews. Une classe supérieure.

Vilma Bánky

Naissance entre 1898 et 1903 dans l’Empire austro-hongrois. Débuts sur l’écran dans des films allemands, hongrois ou français entre 1919 et 1924. Lors de son voyage en Europe en 1925, Samuel Goldwyn la découvre (en même temps que Mayer “découvrait” Garbo) et la fait signer.

Elle tourne son premier film avec l’habitué parisien de cette liste, George Fitzmaurice. Suivront trois années fastes où elle sera notamment la partenaire de Rudolph Valentino et de Ronald Colman. Elle stoppera sa carrière à l’arrivée du parlant.

Michael Curtiz

Né Kertész Kaminer Manó à Budapest (Empire austro-hongrois) en 1886. Prolifique réalisateur basé d’abord à Budapest pendant la guerre, il passe brièvement par le Danemark et continue à travailler en Autriche au moment des troubles en Hongrie (proclamation d’une république soviétique, intervention franco-roumaine, instauration de la monarchie et terreur blanche avec notamment une chasse aux juifs).

Impressionnée par son Sodom und Gomorrha, la Warner le fait traverser l’Atlantique en 1926. Il lui restera fidèle pratiquement pendant toute sa carrière.

Deux autres réalisateurs hongrois ont fui Budapest à cette époque : Alexander Korda, qui continuera sa carrière principalement en France et en Angleterre, et Paul Fejos, qui finira pas immigrer vers les États-Unis et aura une brève carrière à Hollywood, tout comme László Benedek.

Autre figure marquante aux origines hongroises :
George Cukor, né à New York d’une famille juive hongroise.

George Fitzmaurice

Né le 13 février 1885 à Paris. D’abord décorateur de théâtre, Pathé Frères l’envoie en 1914 dans leurs studios américains du New Jersey. Le studio souhaitant limiter ses activités aux États-Unis, Fitzmaurice s’allie avec un autre Parisien, ayant quitté Pathé, Louis J. Gasnier, pour rejoindre Astra film. Il y réalise une série de films avec la star de l’époque Fannie Ward au sortir du succès de Forfaiture (1915, Demille, Paramount). Les scénarios sont alors des adaptations de pièces de Broadway adaptées ou des scénarios originaux de sa femme, Ouida Bergère. Fitzmaurice rejoint alors la Famous Players-Lasky (Paramount) en 1919 avec The Avalanche. Il poursuit avec une autre série de films avec Mae Murray en 1920 (toujours sur la cote Est).

En 1922, il rejoint Anna Q. Nilsson en Europe durant son bref retour pour y tourner Les Trois Revenants et The Man from Home (Ouida Bergère se charge toujours du scénario). La Paramount le charge des films d’autres stars du studio, comme Betty Compson, ainsi que les premiers films américains de Pola Negri en 1923.

Alors que la Paramount se développe de plus en plus sur la côte Ouest, Fitzmaurice semble toujours privilégier la côte Est. En 1923, l’ancien de la Famous Player, Samuel Goldwyn, lui propose de coproduire ses films. Fitzmaurice rejoint alors Hollywood mais n’est plus assisté de sa femme Ouida Bergère (qui arrêtera l’écriture de scénario pour se consacrer à la vie mondaine et à la gestion de la carrière de son nouveau mari, Basil Rathbone). Il tourne alors principalement avec Ronald Colman et Vilma Bánky et ses films sont maintenant distribués par la First National, concurrente de la Paramount. Il tourne en 1928, avec Gary Cooper et Colleen Moore, Ciel de gloire et l’année suivante, à l’éclosion du parlant, il donne son premier rôle à Barbara Stanwyck dans The Locked Door.

L’année suivante en 1930, il retrouve Samuel Goldwyn et Ronald Colman pour quelques films et commence à faire tourner Garbo pour la MGM. Il réalise ensuite toujours pour le studio qui vient de perdre Irving Thalberg quelques films un peu oubliés avec Robert Montgomery ou William Powell. Il réalisera un dernier film en 1940 (année de sa mort)… pour la Paramount.

Conrad Veidt

Né le 22 janvier 1893 à Potsdam. Acteur prolifique du cinéma expressionniste, il entame une première carrière à Hollywood en 1927 avec ce film adaptant la vie de François Villon (il joue Louis XI). Il travaille deux ans aux États-Unis pour Universal, sous la direction de Paul Fejos notamment, mais surtout sous Paul Leni dans L’Homme qui rit. Il revient ensuite en Allemagne, à la UFA, avant de devoir quitter l’Allemagne nazie. Il poursuivra une carrière en Angleterre et en France (il prend la nationalité britannique) avant de retourner définitivement à Hollywood pour jouer les « vilains nazis ».

Charles Vidor

Né Vidor Károly à Budapest (Empire austro-hongrois) en 1900. Il rejoint Berlin après la guerre pour travailler pour la UFA commençant comme apprenti monteur pour finir assistant réalisateur. En 1924, il décide de rejoindre les États-Unis. C’est à New York qu’il s’installe d’abord où il travaille comme chanteur.

En 1927, il rejoint Hollywood et y rencontre son compatriote Alexander Korda avec qui il va travailler entant qu’assistant durant son éphémère mais prolifique carrière outre-atlantique. Il écrit et réalise un court-métrage en 1929 qui lui permet de se faire remarquer. Trois ans plus tard, non crédité, il co-réalise Le Masque d’Or. En 1933, ce sera Sensation Hunters, premier film d’une longue série de films de série B.

En 1939, il signe pour la Colombia et tourne pour la première fois avec Rita Hayworth et Glenn Ford dans le remake de Gribouille (Marc Allégret 1937), The Lady in Question. Il retrouvera Hayworth pour ses deux chefs-d’œuvre : Cover Girl et Gilda.

Paul Leni

Né en 1885 à Stuttgart (Empire allemand). Élève remarqué à l’école des beaux-arts de Berlin, il débute sa carrière au théâtre. Il poursuit son travail au cinéma pour la Continental et pour Joe May en 1913 entant que directeur artistique (métier qui n’a pas d’équivalent en France et qui est souvent de la responsabilité du metteur en scène, voire du décorateur ou du directeur de la photo ; disons qu’il s’occupe de tout l’aspect visuel d’un film). En 1916, il réalise son premier film, Das Tagebuch des Dr. Hart, peut-être son film le plus significatif de sa période allemande, et continue de travailler en parallèle pour May ou Lubitsch par exemple.

En 1927, à l’invitation du plus allemand des studios américain, Universal, il rejoint Hollywood et réalise La Volonté du mort, un classique du film d’horreur. Il participe à l’influence expressionniste dans cette seconde moitié des années 20, et réalise en deux ans trois autres films, dont L’Homme qui rit, considéré comme un des chefs-d’œuvre du muet. À l’image du Murnau, il ne verra pas l’avènement du parlant : il meurt en 1929.