The Hollywood Rush

L’une des Majors, Universal, a été créée principalement par des émigrants d’Europe centrale et de l’Est :

Carl Laemmle né en Allemagne en 1867.

Mark Dintenfass, né à Tarnów (Empire austro-hongrois) en 1872.

La création du plus vieux studio américain se fait sur la côte est en 1912 et dès 1915 la compagnie installe ses principaux studios à Hollywood.

Sessue Hayakawa

Né au Japon le 10 juin 1889. C’est à 22 ans qu’il rejoint l’Amérique, d’abord à Chicago, puis alors qu’il s’apprête à retourner au Japon par la Californie, il découvre le théâtre à Los Angeles et finit par y jouer dans des pièces amateurs. Il est remarqué par Thomas H. Ince, pionnier américain du cinéma sur la côte ouest (convaincu comme D.W. Griffith que le cinéma doit se jouer en extérieur et qu’il y a là tout un potentiel exotique à exploiter, en particulier avec des westerns ou des reconstitutions historiques), qui l’incite à tourner pour lui aux côtés de Tsuru Aoki une série de courts en 1914. Dès l’année suivante, Sessue Hayakawa apparaît dans Forfaiture, de Cecil B. DeMille, tourné toujours en Californie pour la Jesse L. Lasky Feature Play Company, future Paramount et axant sa politique sur le star stystem. Jouissant à l’époque d’une grande popularité, il est une des premières stars à s’installer dans les quartiers de Hollywood. Le déclin de sa carrière commencera dès les années 20 et tournera alors partout dans le monde, jusqu’à apparaître bien des années plus tard dans le Pont de la rivière Kwaï.

(Alla) Nazimova

Née Miriam Edez Adelaida Leventon à Yalta (Empire russe) en 1879. Formée par l’école de Stanislavski à Moscow, elle découvre l’Europe à travers des tournées où elle joue Tchekhov et Ibsen. Elle rejoint New York en 1906 où elle deviendra une star de Broadway. Elle apparaît dans son premier film en 1916. Elle signe avec la Metro, future MGM. Elle a pour partenaire, à la vie comme à l’écran, l’acteur britannique Charles Bryant. Elle participe à la production, aux décors et à l’écriture de la plupart de ses films. Et est une des premières stars installées à Hollywood, possédant à Hollywood Boulevard une villa qui sera le lieu des premières grandes fêtes hollywoodiennes, participant ainsi au mythe d’un Hollywood dépravé que les studios ne cesseront de combattre au cours des décennies suivantes. Après plusieurs échecs dans les années 20 (dont Salome), elle retourne à Broadway.

Rudolph Valentino

Né Rodolfo (……) di Valentina d’Antoguolla en 1895 (Italie). Il immigre à New York en 1913 et vit de petits boulots.

En 1917, il suit une troupe musicale en tournée sur la côte ouest et noue des relations à San Francisco avec Norman Kerry et rejoint Hollywood. Après quelques seconds rôles, il apparaît déjà en vedette dans une comédie Universal en 1918, Allez-vous coucher ! Trois ans plus tard, il tient le rôle principal des Quatre Cavaliers de l’apocalypse qui est un immense succès. La star de l’époque, Nazimova, le réclame pour être son partenaire dans La Dame aux camélias. Son contrat avec la Metro s’achevant, il rejoint le grand studio de l’époque, Paramount. Il y tourne Le Cheik en 1921, mais dès l’année suivante, il rentre en conflit avec eux. Suivront quelques films avec divers studios et une mort prématurée en 1926.

Louis B. Mayer

Né Lazar Meir en 1884 à Minsk (Empire russe). Passé cinq ans dans le Rhode Island ; élevé au Canada. Arrivée à Hollywood en 1918 (déjà actif sur la côte est).

Cofondateur de la MGM.

(Vague canadienne)

William Fox

Né Wilhelm Fried à Tolcsva (Empire austro-hongrois) en 1879. Départ immédiat pour l’Amérique.

Créateur de la Fox Film Corporation, future Twentieth Century Fox, en 1915. D’abord basée à Fort Lee dans le New Jersey (comme beaucoup d’autres compagnies pionnières), la “Fox” ira comme les autres s’installer en Californie à la fin des années 10.

Anna Q. Nilsson

Née à Ystad (Suède) en 1888, elle quitte l’Europe alors adolescente pour l’Amérique en 1905, devient modèle et dès 1907, on parle d’elle comme la plus belle femme d’Amérique. « Anna Q. » commence à tourner en 1911 sur la côte est au sein des studios de la Kalem Company.

La Kalem réalise un certain nombre de westerns tournés au Texas ou en Arizona. La compagnie cherche déjà, comme toutes les autres pionnières situées autour de New York, à implanter des studios d’hiver pour compléter sa production. Ce sera d’abord en Floride, puis rapidement en Californie.

En 1915, Anna Q. Nilsson tourne sous la direction de Raoul Walsh (Régénération). Elle apparaît également à cette époque dans des films de Allan Dwan, Henry King ou Léonce Perret.

C’est probablement en 1918 qu’elle s’installe en Californie (à l’époque de No Man’s Land). Elle tourne aussi bien avec la firme de Zukor, la Famous Players-Lasky, qui deviendra la Paramount, qu’avec Metro Pictures de Louis B. Mayer avant qu’elle devienne la MGM, ou Universal.

En 1921, alors qu’elle est une star reconnue (une trentaine de longs métrages en quatre ans dont une bonne part en tête d’affiche), elle retourne brièvement dans son pays natal et y tourne Les Gens du Warmland. Sur le chemin du retour, elle en profite pour tourner des films en Angleterre, en Italie, puis en Floride, au Canada, pour retrouver la Californie en 1923… une dizaine de films et d’escales plus tard. Et elle repart pour un tour. Sur le même rythme.

Après quelques films oubliés, perdus ou produits par des maisons indépendantes, elle tourne de nombreux films avec la First National Pictures (qui sera plus tard absorbée par la Warner). Elle ne tient alors plus que des premiers rôles. Et pour comprendre à quel point l’histoire travestit la mémoire d’une époque, en 1926, elle serait nommée actrice la plus populaire de Hollywood*. Peu de temps après, elle fait une mauvaise chute à cheval et reste plusieurs mois éloignée des plateaux. Mauvais timing, les micros pointent déjà le bout de leur nez sur les plateaux.

Elle fera une apparition dans un film de Mervyn Leroy en 1933, mais fera partie de ces actrices, immenses stars au temps du muet, qui disparaîtront du jour au lendemain de la mémoire des spectateurs. Billy Wilder lui rendra hommage dans Boulevard du crépuscule, en la confrontant brièvement à Gloria Swanson.

* http://youtu.be/uyMp7XqSqno

Émile Chautard

Réalisateur français puis américain, né à Paris en 1864. D’abord acteur de théâtre il passe réalisateur dans les productions françaises des années 10. En 1914, il part pour Fort Lee dans le New Jersey où se trouve alors le plus gros de la production américaine et où beaucoup de Français participent à la Word Film Company, qui deviendra la Famous Players Film Company puis la Paramount. Ses films de l’époque n’ont pas survécu, mais il semble avoir eu son petit succès.

Après guerre, alors que certains artistes français retournent en France, il fait le choix, comme Maurice Tourneur de rejoindre Hollywood. Après quelques réalisations, on peut le voir surtout aujourd’hui en tant qu’acteur chez von Sternberg (qui avait travaillé sous sa direction à l’époque de la World), Borzage ou Lubitsch (tous des acteurs-cinéastes).

Les contre-exemples français :

Les Français ayant participé à la Hollywood Rush (et uniquement ou principalement) sont assez rares. Fort est de constater que souvent ils ont raté le coche. Dans les années 10, la côte est était le centre du cinéma américain (et cinéma américain n’était pas encore synonyme de cinéma tout court – bien qu’on n’y réalisait principalement des courts). Et nombreux sont les cinéastes français venus faire la « leçon » à New York, dans le New Jersey ou en Virginie à nos petits Américains. Papa Selznick a regroupé beaucoup d’entre eux dans sa World Film Company basée à Fort Lee. Selznick se ruinera et finalement les réalisateurs français participeront assez peu au développement du cinéma à Hollywood, et pour beaucoup, ils reviendront en France.

Parmi ces cinéastes, il y a Léonce Perret par exemple. Très populaire en France dans les années 10, il sent le vent tourner et rejoint l’Amérique (côté est) juste avant la fin de la guerre, mais il n’ira pas au bout de sa logique. Il tournera un seul film en Californie, mais au lieu d’y rester et de se dire que l’endroit est merveilleux pour développer un business (et bon, un peu d’art quand même), eh ben il reviendra en France pour participer à la société Franco-Film, qui avait pour ambition de rivaliser avec ce qui était déjà devenu après-guerre les grands studios américains. La France ne donnait déjà plus le ton au cours des années 20, elle suit. Pour faire du cinéma, il faut du soleil : les studios étaient pourtant basés à Nice. A big fail.

Autre exemple (assez significatif des méthodes utilisées dans les studios pour créer de toute pièce des stars). En 1923, la star ultime de l’époque, Rudolph Valentino, devient gourmand avec la Paramount, le studio se voit donc obligé de trouver un acteur beau gosse pour le remplacer. Il faut créer de toute pièce une star en piochant un acteur de second plan, de préférence avec un pedigree européen C’est un peu comme quand un joueur de foot brésilien démarque, il y a une forme d’aura immédiate, un préjugé favorable. La Paramount choisit Charles de Rochefort (changé en « de Roche », ça fait plus classe). Notre beau gosse tourne donc en deux ans de sa courte carrière hollywoodienne, quelques films où il tient le haut de l’affiche. On peut lire ainsi dans une revue* sur le cinéma de 1923, un article accrocheur : « Cet homme peut-il prendre la place de Valentino ? » (et deux pages avant, séparé par une pub de lessive, la Paramount fait trois pages de promo). Le beau Charles commence donc avec Sous le soleil d’Espagne (on sent déjà l’erreur marketing), il poursuit avec Justice de Tziganes, La Flétrissure (avec Pola Negri). Il joue Ramsès dans la 1ère version des Dix commandements. Et puis, c’est à peu près tout. Et aujourd’hui, Rudolph Valentino, si son nom reste dans les mémoires et rares sont ceux qui regardent encore ses films, le petit Français, lui, a échoué à faire oublier Valentino… Fail, again.

* http://www.archive.org/stream/Picture-playMagazineFeb.1923/PicturePlay0223#…

Lewis Milestone

Né Leib Milstein en 1895 à Chișinău (Empire russe, aujourd’hui Moldavie). Immigration en 1912.

C’est à l’armée pendant la guerre, au service des communications, qu’il commence à s’intéresser au cinéma. C’est tout naturellement qu’il rejoint Hollywood après la guerre. Parti de rien, il deviendra un des réalisateurs les plus reconnus notamment pendant la période charnière de l’arrivée du parlant avec À l’Ouest rien de nouveau.

Autres exemples d’émigrés russe devenus réalisateurs pionnier ou ayant travaillé à Hollywood : Ivan Abramson, Dimitri Buchowetzki (cf. Pola Negri).

Jack Warner (and bros)

Né Jacob Warner 1892 d’une famille juive polonaise élevé au Canada. Arrivé à Hollywood en 1920 (à Curver City plus précisément).

(Vague canadienne)

Paula Negri

Née Apolonia Chałupiec à Lipno (Empire russe, aujourd’hui Pologne) en 1896. Formation de ballerine à Varsovie. Arrêt brutal de sa carrière suite à la tuberculose. À son retour du sanatorium, elle entame une carrière d’actrice au début des années 10, sur les planches toujours à Varsovie, puis au cinéma où elle fait ses premières apparitions au milieu de la décennie.

En 1917, elle se rend à Berlin et se fait remarquer par Ernst Lubitsch. Elle est engagée par la UFA et les deux artistes tourneront de nombreux films ensemble : Madame DuBarry, Sumurun, la Chatte des montagnes… Ces films auront un succès phénoménal à travers le monde et la Paramount (alors la Famous Players-Lasky Corporation) se charge de distribuer Madame DuBarry aux États-Unis.

Zukor et Lasky, les deux pontes de la Paramount, se disent finalement que face au nouvel élan des productions européennes, et surtout allemandes, le mieux était encore de faire venir travailler ces stars chez eux. Si Lubitsch est à son arrivée phagocyté par Mary Pickford et recraché aussitôt (permettant au réalisateur de produire ses propres films), et s’il retrouvera très vite la Paramount, Paula Negri, elle, signe immédiatement avec Zukor et Lasky.

Elle arrive en 1922 à Hollywood comme première star européenne réellement recrutée par un studio américain (un peu comme si un club de football chinois se payait aujourd’hui Ronaldo). Son premier film, signé du réalisateur d’origine française, George Fitzmaurice, est Bella Donna. Elle ne retrouvera Lubitsch que l’année suivante en 1924 pour Paradis défendu. Elle tourne plusieurs fois avec le réalisateur d’origine russe Dimitri Buchowetzki (des films aujourd’hui perdus), puis avec le mentor de Greta Garbo, Mauritz Stiller pour Hotel Imperial, Barbered Wire et Confession.

En 1927, elle se marie avec un prince géorgien et tourne ses derniers films pour la Paramount l’année suivante pour se consacrer à son mariage et à son château de Vigny. Ruinée par la crack de 29, obligée de vendre son château et son prince avec, elle revient au cinéma devenu parlant. Elle tourne A Woman Commands pour la RKO en 1932, puis deux ans plus tard, en France, Fanatisme. Après la réussite d’un film allemand tourné par Willi Forst, l’UFA, devenue objet de propagande nazie, lui fait les yeux doux. Suivront quelques films tournés en Allemagne, mais en 1940, Paula Negri décide de rejoindre l’Amérique où elle ne tournera qu’un film en 1943 durant lequel elle retrouve Adolphe Menjou qui fut son partenaire à de nombreuses reprises au temps du muet.

Ernst Lubitsch

Né en 1892 à Berlin. C’est en réalisateur déjà reconnu en Allemagne que Lubitsch arrive à Hollywood en 1923. C’est Mary Pickford (Canadienne donc), séduite par son travail avec Ossi Oswalda et Paula Negri, qui le fait venir pour adapter Don César de Bazan. Choix étrange. Les deux ne s’entendent pas. Peu importe, il est à Hollywood, et après une séparation avec United Artist, c’est la Warner qui fait appel à lui pour réaliser The Marriage Circle (où il retrouve une autre actrice canadienne : Marie Prévost).

La Paramount l’engagera à son tour à la fin de la décennie pour effectuer la transition vers le parlant et mettre en scène une autre star étrangère, Maurice Chevalier.

La MGM lui proposera de renouer brièvement avec ses grandes productions allemandes, mais il retourne finalement à la Paramount pour y superviser les films en plus des siens, avant de se concentrer un peu plus tard à sa seule production.