The Hollywood Rush

Douglas Sirk

Né Hans Detlef Sierck en 1897 à Hambourg (Empire allemand) d’une famille danoise. Réalisateur prolifique engagé à la UFA, il tourne une dizaine de films en trois ans avant de préférer s’exiler à Hollywood en 1939 après deux ans d’errances en Europe de l’Ouest (il réalise deux films à cette époque avant de quitter définitivement l’Europe, un en Suisse et un autre en Hollande).

Il doit attendre 1943 pour tourner son premier film aux États-Unis, et c’est seulement avec L’Homme aux lunettes d’écaille en 1948 qu’il se fait remarquer par les grands studios. Il signe avec la Colombia, mais ce sera un peu plus tard, dans les années 50, avec Universal, qu’il réalisera ses chefs-d’œuvre, typiques de la flamboyance des années 50. Méprisé pour ne réaliser que des  “soaps”, la reconnaissance ne viendra que bien plus tard en requalifiant ses films… de mélodrames. En attendant, après Mirage de la vie en 59, Sirk s’est retiré en Suisse, y passant presque trente ans sans y réaliser le moindre film.

Robert Siodmak

Né à Dresde en 1900. Il se fait remarquer dès son premier film en Allemagne, Les Hommes le dimanche, en 1930. En 33, il rejoint Paris où il réalisera une demi-douzaine de films dont l’excellent Pièges.

Il quitte l’Europe pour les États-Unis et arrivé à Hollywood en 39, il tourne des films de série B pour divers studios ainsi que des films noirs dont certains sont devenus des classiques.

Il retourne en Europe en profitant d’un dernier film avec la Universal qui l’envoie en Italie, puis d’un autre pour la Warner où il retrouve pour l’occasion Burt Lancaster qu’il avait lancé dans Les Tueurs.

Il retourne en RFA en 1955, y faisant tourner Maria Schell et Cürd Jurgens dans les Rats.

Curtis Bernhardt

Né Kurt Bernhardt à Worms (Empire allemand) en 1899. Trajectoire classique : passage du théâtre au cinéma en 1926. il fait tourner Marlène Dietrich en 1929 dans L’Énigme. L’année suivante, il réalise le premier film parlant pour la UFA, Die Letzte kompagnie. Jusqu’à 1933, il réalise des films en version multilingue (comme le Tunnel, avec Gabin et Madeleine Renaud dans la version française). Obligé de quitter l’Allemagne, il rejoint la France. Il continue sur la voie des films multilingues, mais cette fois en français et en anglais pour les Britanniques (avec par exemple Le Vagabond bien-aimé, avec Maurice Chevalier dans les deux versions). Il termine avec deux films à Paris dont le dernier sortira après la guerre. Entre temps, il fuit vers l’Amérique.

Dès son arrivée en 40, il signe pour la Warner, My Love Came Back, avec Oliva de Havilland et Jane Wyman. Il américanise son prénom en Curtis et alterne mélodrames et films noirs pendant vingt ans.

Miklós Rózsa

Né à Budapest (Empire austro-hongrois) en 1907. Il compose et fait jouer ses œuvres dans toute l’Europe jusque dans les années 30 quand on lui conseille de faire de la musique de film. Il commence alors avec son compatriote Alexander Korda avec qui il collaborera à de nombreuses reprises.

Dès 1940, il s’installe à New York, puis à Hollywood où il finira par faire venir sa mère et sa sœur. En 1944, il compose la musique de Assurance sur la mort (il fera d’autres films avec Wilder, né aussi austro-hongrois). Suivrons des classiques d’après-guerre : Du sang dans le soleil, La Maison du docteur Edwards, La Poison, L’Emprise du crime (Lewis Milestone, expatrié russe), Les Tueurs et Criss Cross (Robert Siodmak, expatrié allemand), Les Démons de la liberté et The Naked City (Jules Dassin, bientôt expatrié… américain), Le Secret derrière la porte et Moonfleet (Fritz Lang, expatrié allemand), Madame Bovary, Madame porte la culotte, Ville haute, ville basse, Quand la ville dort, Quo Vadis, Jules César, Le Temps d’aimer et le Temps de mourir (Douglas Sirk, expatrié allemand), Le monde, la chair et le diable, les films de Richard Thorpe, de Cukor, de Mann, de Wyler, etc.

John Alton (directeur de la photo)

Né Johann Altmann à Sopron (Empire austro-hongrois) en 1901. Émigré très tôt dans les années 20 à Hollywood où il est encore simple technicien. Bref passage en France, puis départ pour l’Amérique du Sud où il devient directeur de la photographie.

Il revient à Hollywood au début de la guerre pour exercer cette fois entant que directeur de la photo, pour de nombreux films indépendants, notamment pour Bernard Vorhaus et pour la firme Republic. En 1947, il met en lumière son premier film noir, The Pretender, toujours pour la Republic. Il poursuit avec Bury Me Dead, et c’est toujours en 47 qu’il signe la photo d’un classique du genre pour Anthony Mann, La Brigade du suicide. C’est le tournant, Mann le prend dans ses bagages quand il réalise pour la MGM Incident de frontière et La Porte du diable. Avec ce dernier film, il prouve qu’il peut photographier des westerns, ce qu’il fera avec Allan Dwan en collaborant pour Quatre Étranges cavaliers et Le mariage est pour demain. Il participe encore à quelques films noirs comme Association criminelle avec Richard Conte, mais la MGM s’oriente surtout vers des drames et des comédies colorées, donc il travaillera avec Minnelli sur La Femme modèle, Le Père de la mariée et Allons donc, papa !, ou avec Richard Brooks pour Le Cirque infernal. Ses dernières réalisations sont de haute volée : Thé et sympathie pour Minnelli, Elmer Gantry et les Frères Karamazov pour Brooks.

George Pal

Né György Pál Marczincsák en 1908 à Cegléd (Empire austro-hongrois). Études d’architecture à l’école d’art de Budapest. Il met au point des techniques d’animation innovante dans les années 30, d’abord en Allemagne, à Prague, puis en Angleterre.

Au début des années 40, il rejoint Hollywood et réalise pour la Paramount une série de films d’animation en couleurs qui lui vaudront en 1944 un Oscar d’honneur et plusieurs nominations. Fort de son succès, il produit son premier long métrage non-animé, The Great Rupert, en 1950, auquel suivront divers films de science-fiction comme le légendaire nanar La Conquête de l’espace. En 1958, il tourne lui-même Les Aventures de Tom Pouce, suivi de son « chef-d’œuvre » mainte fois diffusé le jour de Noël sur FR3, La Machine à explorer le temps.

André De Toth

Né Sâsvári Farkasfalvi Tóthfalusi Tóth Endre Antal Mihály à Makó (Empire austro-hongrois, aujourd’hui en Hongrie à la frontière roumaine). Il se fait d’abord connaître sur la scène de Budapest et passe brièvement à la direction de film avant que la guerre éclate en Europe. Il se réfugie en Angleterre et collabore avec Alexandre Korda.

Il rejoint Hollywood en 1942 et réalise son premier film pour la Columbia l’année suivante Passport to Suez. Il tourne ensuite en indépendant des films noirs, puis un western avec sa femme d’alors, Veronica Lake (Femme de feu). Il se spécialise dans ce même genre dans les années 50 mettant en scène principalement Randolph Scott.

Paul Henreid

Né Paul Georg Julius Hernreid Ritter Von Wassel-Waldingau le 10 janvier 1908 à Trieste (Austro-hongrois). De famille aristocrate, il fait ses débuts sur les planches à Vienne sous la direction de Max Reinhardt. Dans les années 30, il apparaît dans quelques productions allemandes, puis émigre en Angleterre où il joue en 1940 dans deux classiques britanniques, Goodbye, Mr. Chips et Train de nuit pour Munich.

En 1942, il rejoint Hollywood et tourne pour RKO et avec Michèle Morgan, Jeanne de Paris, mais surtout la même année travaille sur Une femme cherche son destin et sur Casablanca. Il passera réalisateur et mettra en scène notamment en 1964 sa partenaire, Bette Davis, dans Dead Ringer.

Elia Kazan

Né Elias Kazantzoglou en 1909 à Istanbul (Empire ottoman). Ses parents immigrent deux ans après sa naissance. Membre du Group Theater, inspiré de l’American Laboratory Theatre, et qui donnera plus tard l’Actors Studio. D’abord acteur, il passe à la mise en scène, toujours au théâtre, et toujours à New York. Il monte Mort d’un commis voyageur et Un tramway nommé Desir, découvrant au même moment Tennessee Williams, Monty Clift, Marlon Brando, Karl Malden…

Fort de son succès sur les planches, il est appelé à Hollywood en 1945 et réalise immédiatement un chef-d’œuvre avec le Lys de Brooklyn. Il travaille alors quelques années entre la Californie et New York où il fonde en 47, l’Actors Studio.

Autre figure marquante du Group Theater, puis de l’Actors Studio (co-fondateur du premier après avoir été élève à l’American Laboratory Theatre, et directeur du second), Lee Strasberg. Né Israel Strassberg en 1901 à Budaniv (Empire austro-hongrois, aujourd’hui en Ukraine).

Les techniques de jeu importées de Russie n’entrent pas seulement dans le cadre du cinéma, donc d’Hollywood. La révolution s’est d’abord faite sur les planches, à New York, et il a fallu vingt à trente ans pour que la “Method” s’impose au sein de la culture américaine, devenant une évidence dans les années 60 avec les réalisateurs du Nouvel Hollywood.

Erwin Piscator

Metteur en scène de théâtre et théoricien du théâtre épique avec Brecht, il émigre en 1939 à New York où il enseigne ses techniques de jeu au Dramatic Worshop. L’impact à l’époque est similaire à l’autre “method”, les professeurs et élèves passant naturellement de la méthode stanislavskienne, psychologique, enseignée plus tard à l’Actors Studio, à la méthode objective, visuelle, de Piscator.

Il retournera ensuite en Allemagne après guerre, mais son influence restera intacte auprès des acteurs de la nouvelle génération, ceux qui s’imposeront autant sur la scène new yorkaise qu’à Hollywood.

Zsa Zsa Gabor

Née Sári Gábor le 6 février 1917 à Budapest (Empire austro-hongrois). Miss Hongrie en 1936, elle se produit alors en Europe sur scène et fuit l’Europe en guerre pour les États-Unis en 1941 pour apparaître à l’écran dix ans plus tard dans des seconds rôles. Surtout connue pour sa plastique et sa collection de maris.

Boris Kaufman, directeur de la photographie.

Né en 1906 à Białystok (Empire russe, aujourd’hui en Pologne). Il est le frère cadet des cinéastes soviétiques Dziga Vertov et Mikhail Kaufman.

À la révolution russe, il part pour la Pologne où il passe son enfance et rejoint ensuite Paris dans les années 20, d’abord comme étudiant puis comme directeur de la photo. Il a collaboré ainsi à tous les films de Jean Vigo ainsi qu’à quelques films de son compatriote Dimitri Kirsanoff (pas pour ses films les plus notables toutefois). Il travaille ainsi en France avec divers cinéastes dans les années 30 jusqu’à la guerre (il s’engage dans l’armée française).

Après la défaite, d’origine juive, il fuit l’Europe pour le Canada puis les États-Unis en 1942. Il ne peut toutefois pas s’établir à Hollywood sans l’aval des syndicats et s’installe alors entre la côte Est et le Canada où il réalise divers documentaires. On est en plein maccarthysme et il est forcé de stopper ses relations épistolaires avec ses deux frères (Dziga Vertov mourra en 1954). Loin d’être un handicap, tous ces petits tracas lui donneront sa chance à l’est (NY), car au sortir de l’âge classique de Hollywood les productions en décors réels et à New York en particulier prennent un peu plus de place. C’est là que Elia Kazan le repère, en 1954 (deux ans après son audience à la commission), et le choisit pour signer la photographie de Sur les quais. Le film possède toutes les caractéristiques d’un « néoréalisme » à l’américaine et bien sûr Kaufman a contribué à faire de ce nouvel esthétisme une alternative au cinéma de studio tourné à Hollywood (c’est lui qui convainc Kazan de tourner entièrement Sur les quais en décors réels). Comme un retour aux sources des pionniers vers la côte Est… et en plein air. Il collabore avec Kazan sur trois films durant cette décennie (un Oscar pour le premier et une nomination pour Baby Doll). Commence alors pour lui un autre tournant, puisqu’un jeune réalisateur de télévision fait appel à lui pour signer la lumière de son premier film : Sidney Lumet, pour Douze Hommes en colère. Il travaillera pour lui sur la plupart de ses films dans les années 60.