Echanges symptomatiques sur l’impossible communication en milieu hostile (les réseaux sociaux)

L’exemple SensCritique

Les sujets : Cultural Mind et moi-même avec pas mal de guests évoqués. 

L’objet : l’usage des uns est rarement l’usage de l’autre, donc quand l’usage des uns ne fait pas le bonheur de l’un, c’est toute la possibilité d’un dialogue qui se vautre.


Exemple d’embrouilles qui apparaissent nécessairement sur les réseaux sociaux (même culturels comme SensCritique). Même avec des personnes avec qui on s’entend bien au départ, vient souvent un moment où les usages diffèrent et où ils peuvent même être à l’origine d’incompréhensions, de mésententes et de fâcheries.

Je ne garde que mes traces, pas pour laisser paraître dix ans après que j’ai raison — personne n’a raison dans ces situations, chacun fait valoir des préférences et des usages qui ne sont pas conformes aux attentes de l’autre —, mais parce que les messages, bien que publics, de mon interlocuteur non seulement lui appartiennent, mais en plus, ils ont depuis disparu. C’est l’avantage des réseaux sociaux : vous n’êtes pas propriétaire du contenu que vous publiez, vous n’en devenez auteur que quand vos propos sont susceptibles de poser des problèmes à l’éditeur — le site —, si bien que le site en question peut supprimer ces « traces » quand bon lui semble. On est en somme « auteur » de ce qu’on écrit que quand ça tombe sous le coup de la loi. Version Internet du « privatiser les récentes, mutualiser les pertes ». Même si pour le cas présent, je pense que l’auteur en question a plus simplement — avant de le regrette — supprimer son compte. Comme dans la vie en fait, ces brouilles, ces échanges d’incommunicabilité, finissent en simple traces. Ne participant plus aux réseaux sociaux, avoir gardé certaines de ces traces permet au moins de me rappeler parfois à quoi j’échappe.

Un petit exemple ici, donc, typique avec moi en tout cas, probablement en 2014-2015 avec Cultural Mind en bas d’une de ses critiques où j’apportais quelques commentaires formels, factuels (pas forcément toujours pertinentes d’ailleurs, mais c’est aussi parfois pour soulever un débat, voire mes propres erreurs) :

(Le texte est en revanche corrigé. Certaines fautes de dyslexique me font honte.)

Tu préfères quoi ? Les passages en coup de vent ou une vraie lecture de tes critiques ?

[…]

Et tu fais bien la preuve de ce que tu reproches aux autres. Tu es dans l’émotion, toujours, et tout échange devient impossible parce que rien n’est rationnel. Quand on te demande d’arrêter les commentaires ou les compliments creux, tu prends ça pour du mépris, et tu finis par cracher ton venin sur la personne qui te demande un peu de mesure. Tout dans l’excès et la disproportion. Le retournement est spectaculaire. On passe d’échanges assez constructifs, parfois, mais trop rares, à des compliments totalement hors de propos et disproportionnés sur à peu près toutes les activités, et hop, retournement, tu deviens le pire des enculés, et il est bon que ça se sache… Bon, ma foi, que je sois un con parce que j’ai certaines exigences (comme le fait de ne pas être emmerdé sur chaque critique pondue par des terroristes du bon sentiment), ça ne surprendra personne. En revanche, faire passer chacune de mes interventions pour des tunnels d’insultes et de mépris, c’est encore être dans des disproportions hallucinantes. Mais il y a des cas assez sévères sur le site, tu n’es pas le seul. Et c’est à se demander si c’est bien utile d’échanger. Parce que si on me reproche l’immonde délayage de mes posts, c’est oublier qu’on peut ne pas être d’accord sans pour autant aller cracher à la figure de son interlocuteur. Seulement, avec toi, ou avec d’autres, las d’être obligés de délayer à votre tour, vous décidez d’un coup d’y mettre fin. On passe alors par le blocage, ultime tentative de se prouver que si on n’est pas d’accord avec le type qu’on a en face, c’est forcément parce que c’est con. Irrationalité, me voilà. Respecte juste l’avis et les désirs de tes interlocuteurs : je n’ai pas eu à demander deux fois à oso (et à bien d’autres) de ne pas venir hurler son amour sur chacune de mes activités forcément formidables, et de savoir au moins tomber d’accord sur l’impossibilité de se mettre d’accord. Just move on. C’est assez amusant de voir que je passe pour le grand salaud du site, ma foi, si c’est le prix à payer pour ma tranquillité… Une tranquillité que tu ne peux pas accepter pour toi-même parce que toutes tes actions sur ce site ont une finalité qui se trouve bien éloigné de l’échange. C’est bien dommage de se priver d’échanges constructifs, mais si je ne peux rien faire à ta popularité, certes, tu auras raison, contente-toi de relayer l’idée que je suis une salope. Ça me fait bien de la peine, mais peut-être plus pour toi et pour les autres que pour moi-même. Certains ont certes moins d’intérêts à échanger du contenu, des idées, que des bons sentiments lancés à la mitraillette. Va encore prétendre que c’est du mépris ; c’est de l’amertume. Tes petits cadeaux de Noël, tu peux les balancer à qui en veut ; pour moi, un échange constructif qu’on me refuse désormais, c’est un échange définitivement perdu. Ce n’est pas dramatique, remarque, j’ai autre chose à faire. Mais autant de démesure dans les réactions, c’est bien dommage.

[…]

Les prétendues interventions méprisantes sont en fait l’expression de mon ras-le-bol face au spam produit sur la moindre activité. Il y a ceux qui disent qu’ils vont disliker et qui ne le font pas, et il y a les petits vicieux qui lancent des mots d’amour qui, le jour d’après, se mettent à te traiter comme de la merde. Tu ne veux pas comprendre que pour moi tes activités creuses (et c’est pas du mépris, t’as autre chose pour définir le genre de petits commentaires que tu déposes sur 150 profils tous les jours ?) sont des agressions. Pas la peine de chercher bien loin pour trouver la preuve de tous ces commentaires sur le site. Sur les 150 profils que tu noies dans la vaseline tous les jours, ou encore sur mes listes et critiques avant que tu prennes la mouche quand je t’ai demandé pour la énième fois d’arrêter tes conneries, […].

Pour ce qui est des éclaireurs-poubelles, ma foi, je ne peux pas vérifier dans quel contexte c’était parce que pour une raison que j’ignore, gallu m’a bloqué. N’ayant jamais eu d’anicroche avec lui, je ne doute pas que tu es y pour quelque chose, et je t’en remercie. Continue partout où tu vas à répandre l’idée que je suis méprisant et à multiplier les épouvantails sur ma personne, tu oublieras que je ne suis pas dans la même course que toi vers la popularité. Plus les types me méprisent parce qu’ils se font tout un film à mon sujet, moins ils viendront avec leurs commentaires polluer mon activité. Tout échange nécessitant réciprocité, je me vois dans l’obligation de te bloquer ; et sois certain que d’ici quelques semaines, tu ne le seras plus. Il y a les vrais cons qui aiment se donner de l’importance en se créant des ennemis imaginaires, et il y a ceux qui font semblant de l’être pour être en paix. En voyant chaque jour ton activité remplir mon live à travers mes éclaireurs, la paix, je ne l’aurais sans doute qu’en me désabonnant de tous ceux que tu cajoles de ton amour grossier. J’ai fini par avoir la paix aux aurores, mais tu as repris le flambeau pour ce qui est de la suractivité et de la recherche d’amour quelque peu invasive. T’es un champion. Maintenant, ce n’est pas le tout de me bloquer ; à moins d’avoir réellement envie d’échanger sérieusement, retiens-toi de commenter à ma suite pour laisser supposer encore que toutes mes interventions sont remplies de mépris. Je suis assez discret sur le site pour que tu puisses, en me croissant, une fois l’an arrivé, à réprimer un commentaire pour le fourguer sous une autre forme plus fleurie dans les multiples fils auxquels tu participes chaque jour. Je ferai la même chose et finirai encore plus dans les méandres poussiéreux du site pour ne plus t’y trouver, toi et ta « racaille des aurores ».

[…]

La qualité de tes productions, ou de celles de pepper, ou de gallu, n’ont pas changé. Je l’ai d’ailleurs toujours dit, et je vous suivais tous les trois alors que vous me bloquiez. Je n’insiste pas, qu’on m’envoie des mots d’amour ou de la merde à la figure, c’est la même farine excessive. Et je n’ai jamais remis en question l’intérêt des mp échangés, c’est bien pourquoi je regrettais ton blocage ou tes spams (du genre de ceux que tu viens de déposer ici même, remonte vers le premier commentaire de ce fil…).

[…]

Concernant Aurea, je n’ai jamais mené de charge contre elle. Ça, c’est justement ce que je réprouve : les attaques ad hominem. Je menais une charge contre les comportements abusifs qui polluaient le site. Et j’avais la même exigence envers mes éclaireurs ou abonnés. La très grande majorité le comprend.

Quant à gallu, tu délires, il ne m’a rien dit, rien écrit. Et c’est pas plus mal, parce que les motifs de blocage sans souvent bien ridicules [mais toujours légitimes quand il s’agit de préserver et d’aménager son confort en ligne].

[…]

gallu ferait bien de se demander pourquoi il ne m’avait pas bloqué. C’est un joli exemple de faux souvenir. Il croit que je l’ai insulté, croyais m’avoir bloqué, et se laisse alors influencer par l’excellente réputation de chieur que j’ai sur le site. Mais il n’y a aucun problème, tous ces petits errements cognitifs, c’est bien passionnant, et ça m’amusera toujours de voir qu’il suffit de suggérer à certains individus qu’un type est un connard pour qu’ils en soient persuadés des semaines après sans trop se rappeler pourquoi. S’il était parfaitement rationnel, il se demanderait pourquoi il ne m’avait pas bloqué « sur le fait », parce que, pourtant, en général, on est plutôt prompt à dégainer.

Concernant Aurea, toujours, tu es bien gentil, mais j’ai toujours pris soin de ne jamais l’attaquer personnellement, de ne jamais citer son nom publiquement et de m’en prendre clairement sur les usages et rien d’autres. C’est bien pourquoi, d’ailleurs, je n’ai jamais mené une guerre contre elle, mais contre des pratiques dont elle était le maître, comme d’autres. C’est peut-être difficile à comprendre pour toi, mais j’apprécie aussi certaines de ses productions, pas les listes, mais des critiques, oui. Et je l’ai toujours dit. Pour en revenir à gallu, lui s’était bien gardé de ne pas citer directement son nom sur la liste en question, c’est dire qu’il faisait peu de cas de sa personne. Donc contrairement à ce que tu sembles penser, je ne m’attaque pas aux personnes, mais aux comportements, aux usages. Pour une simple raison, les personnes j’en ai rien à foutre. Je ne suis ni dans l’intérêt, ni la sympathie. Je discute avec qui veut parler de fond, je prends des informations, j’exprime mon aversion pour des pratiques, et je me barre. Si j’étais dans le mépris et l’insulte comme tu le prétends, ça ferait longtemps que mes posts seraient supprimés et que j’aurais le site sur le dos. Je comprends qu’au premier abord je puisse passer pour méprisant, qu’on n’ait aucun mal pour avoir alors une opinion de moi des plus exécrables, surtout quand je ne me défendrai peu d’être effectivement « un connard » ; en revanche, méprisant, insultant à l’égard des membres de ce site, certainement pas. Au moins, suis-je capable de renvoyer ce qu’on m’envoie à la figure. Libre à toi donc, ou à vous, de vous laisser piéger par le jeu des apparences et de vous complaire à vous trouver de bons ennemis, c’est probablement plus dommageable pour moi que pour vous, encore que, je passe pour un con, et je ne m’en trouve que plus tranquille par la suite. Merci. S’il faut ça pour ne pas avoir ses critiques ou ses listes polluer par d’innombrables messages d’amour creux, pour ne pas être pris dans le tourbillon ridicule du « bouche-à-oreille » (en passant par le trou de balle et le reste), eh bien, ma foi, je peux bien me passer de quelques échanges intéressants (avec toi, gallu ou d’autres), étant entendu que dès qu’un type vous titille, il est encore plus pratique de le bloquer pour rester dans son petit confort et sa petite dose d’amour virtuelle quotidienne.

[…]

Et je te confirme que liker des critiques qui sont ostensiblement écrites avec les pieds (je parle des miennes bien sûr), ça laisse bien supposer une pratique douteuse. Une fois, de temps en temps, ça se conçoit. Quand ça devient systématique, quand tu demandes à ce que les likes cessent, non. J’ai récemment demandé à jivago d’arrêter de liker chacun de mes [listes de] sondages, il semble l’avoir très bien compris. Je ne vois pas ce qu’il y a d’extraordinaire là-dedans. En réalité, la très vaste majorité des membres du site a un usage parfaitement mesuré du like ou des petits commentaires d’une ligne. Là où ça gonfle, c’est bien l’excès et le systématisme.

[…]

gallu m’a probablement plus bloqué suite à l’intervention sur son statut planté sur Hobbit que sur un oubli de me bloquer, il y a des semaines… Je suis certes invisible, mais il ne faut pas exagérer, s’il voulait me bloquer il aurait très probablement eu l’occasion de le faire en revoyant ma bonne bouille de geisha [l’image de profil] sur le live. Le motif de blocage est donc tout aussi futile et irréfléchi que celui par exemple de peterkmad qui lui m’avait bloqué pour on ne sait quelle raison et me débloque pour une raison tout aussi fumante. Libre à chacun de suivre et bloquer qui il veut, et tu l’as rappelé, j’ai déjà bloqué pour moins que ça. Je fais juste remarquer qu’il est assez peu probable que le motif du blocage soit celui avancé. On a tous les droits quand il est question de bloquer d’ailleurs. J’ignorais juste les raisons de ce blocage.

Concernant aurea, tu sembles ne pas comprendre la très subtile différence entre messages publics et messages privés. Je ne vois pas ce qui m’empêcherait de la nommer dans des messages privés. La question du respect de la personne, elle se situe au niveau des interventions publiques. D’ailleurs quand j’ai à nommer vos pratiques d’échange de likes matinaux (et il s’agit toujours des pratiques, jamais des individus que je pointe du doigt), si j’utilise des métaphores, c’est pour être plus dans la gentille raillerie, que dans l’insulte. Si tu y vois ensuite du mépris, c’est que tu dois savoir au fond qu’il n’y a aucune gloire à tirer de telles pratiques. On me moque bien pour autre chose, je ne vais pas en retour bloquer les affreux jojos qui se permettent des mêmes railleries à mon encontre. En fait, ça me rappelle l’intervention d’un ami de notre chère reine des aurores venant me reprocher de l’avoir insultée en disant qu’elle suçait des queues. C’est sortir volontairement du contexte des propos (qui sont le plus souvent déformés pour avoir plus d’impact) pour se convaincre soi-même que la personne en question use abusivement de l’ad hominem ou de l’insulte. Ici, quand je parle « d’affreux jojos », tu comprends l’ironie n’est-ce pas ? Il n’y a aucune malveillance ou mépris, au contraire, c’est du sarcasme désabusé. Au contraire, plus c’est gros, plus c’est censé ne pas être pris au pied de la lettre.

[…]

On peut continuer si tu veux sur le travestissement de la réalité et la déformation de propos… Où ai-je donc prétendu qu’elle plagiait ses critiques ? J’ai dit qu’elle copiait dans ses listes des textes chopés ailleurs et qu’elle se gardait bien d’en donner les sources. Question de respect, et d’honnêteté. Tu copies des textes d’auteurs que tu sembles apprécier puisque tu recopies leurs écrits, la moindre des choses, c’est de les citer. Il y a comme une indignation à géométrie variable. Quand certains font des choses (et quand ils ne le font pas, on s’amuse à travestir leurs propos pour leur faire faire), ça devient excessivement grave, tandis que pour d’autres, tout leur est permis. Désolé, je ne suis pas comme ça ; je dirai même que je suis encore plus exigeant avec ceux que j’apprécie. Aurea devrait donc en être flattée (ce qui n’est, je l’ai bien compris, pas le cas).

Pour les likes, je vais te répondre pour la énième fois ce qui m’agace : l’échange de like (le plus souvent matinal sur les productions quotidiennes et entre une petite douzaine de membres) et le systématisme. Ça t’a peut-être échappé, mais je like parfois aussi à l’occasion. C’est une question de mesure. Et aussi de respect. J’essaie tant qu’à faire de lire les critiques plus anciennes de membres que je ne connais pas forcément quand je viens à lire et apprécier une critique plus récente d’un éclaireur. Oui, le copinage, l’échange de like dont on légitime sous couvert de bonne ambiance, ça me rebute, je n’aime pas l’injustice, c’est comme ça. Je ne vois pas pourquoi j’irai systématiquement liker les productions des mêmes personnes (dont je peux par ailleurs apprécier le contenu, là n’est pas la question) tout en ignorant le reste. Et on me parle de mépris ? J’ai participé innocemment à tout ce cirque pendant quelques mois, et puis au bout d’un moment, il y a la quelque chose qui s’appelle la conscience, qui vient t’interroger et te rappeler qu’il y aurait d’autres critiques à lire, d’autres membres moins omniprésents qui mériteraient peut-être d’être lus. Pourquoi est-ce que ceux-là n’auraient pas droit d’être aussi “liké” comme les quelques “copains” s’échangeant les likes pour en inonder le live ? Tu parles de mépris, je le vois là, le mépris. Parce que quand tu fais le compte des critiques qui ne sont écrites ni par tes “potes”, tes éclaireurs ou tes abonnés, ça fait un sacré paquet sur le site. Est-ce que seulement ceux-là tu les lis ? De temps en temps, la lecture désintéressée, le remerciement à des étrangers (voire des zombies disparus du site), ça ne fait pas de mal. Et là aussi, ça va te surprendre, ça peut faire plaisir à celui qui le reçoit.

[…]

Si je pollue, là, présentement, sur ce fil, oui, j’en suis conscient. Je fais assez confiance à oso pour le supporter et pour supprimer tout ça s’il le souhaite si ça n’a pas de fin. Toutes mes excuses donc à lui (oui, j’ai une tendance à faire suer en priorité les personnes que j’apprécie, et peu importe si ça se retourne contre moi, parce qu’encore une fois, le copinage, a fortiori sur un réseau social, ça me débecte pas mal).

Les orgies communautaires, ça ne m’a jamais réussi. Je préfère le huis clos plan-plan de ma solitude.

[…]

Je n’ai jamais prétendu ne pas avoir d’excès. Je suis con, mais pas à ce point. Seulement, mes excès je sais les reconnaître, et j’accepte même qu’on puisse m’en tenir rigueur. Le plus amusant dans l’histoire, c’est qu’on me laisse passer mes coups de nerfs les plus spectaculaires, et qu’on finit par me bloquer pour des broutilles. Je peux comprendre, la goutte d’eau, toussa… Après, il faut accepter la disproportion des réactions à mon égard comme moi je reconnais mes propres excès ; or, on préfère rejeter tous les torts sur moi, c’est encore plus pratique. Les miens portent d’ailleurs assez peu à conséquence ; on m’emmerde, je bloque, et deux semaines après j’y pense plus, et je débloque. Encore une fois je n’ai jamais nié le fait qu’on puisse avoir du mal à me suivre et à supporter mes corrections permanentes. Seulement il y a un moment, c’est préférable de revenir à la raison. Or, mes coups de sang sont rares et spectaculaires, excessifs, et ça s’exprime essentiellement en blocage intempestif. En revanche, ce serait parfaitement injustifié de dire que j’insulte les membres ou les méprise. Ce que tu appelles des « remarques désobligeantes », j’appelle ça l’honnêteté. Quand quelqu’un écrit une phrase qui n’a ni queue ni tête, je le fais savoir comme j’aimerais qu’on me le fasse savoir sur mes propres productions (en dehors des merdes invariablement mal écrites), les films proposés à la coupe me semblent léger, je le dis. Ça me retombe sur la figure et je renvoie à la figure ce qu’on m’a envoyé. Ainsi, je me barre et personne n’aura la bonne idée de revenir me chercher. Sauf que ça ne se passe jamais comme ça. Quand je propose un tunnel de correction pour rendre service, ce que je reçois en retour ? Des « quel connard ! » et des tonnes de liens reportant vers cette critique où j’aurais exprimé à ce point un degré de “connardise” qu’il soit légitime de me jeter au loup. Ce n’est pas faute d’essayer, on revient toujours au même problème : mes excès sont le résultat d’autres excès ou absurdités du site. Quand je me fais traiter de connard, c’est signalé ? Non. Certains ont droit de se voir victimisé et prétendument insultés parce qu’ils sont soi-disant des anges, et d’autres on les laisse se faire insulter parce que ce sont des connards reconnus par tous. On a bien compris, le site se voulant de plus en plus « réseau social », ce n’est pas fait pour moi. Parce qu’il y a une certaine forme d’injustice rampante et de compromission puante derrière les prétentions d’une « bonne humeur ». Et quand on essaie de se concentrer sur l’essentiel, il y a toujours quelqu’un ou quelque chose pour venir foutre la merde dans ton espace (et je suis conscient que je peux être ce quelqu’un, mais laisser penser que c’est intentionnel en disant que je suis un troll serait profondément injuste). Encore une fois, c’est bien pourquoi je réclame la suppression de ces conneries de gadgets piqués à facebook (les likes) ou à Twitter (com’ limités, followers). Et c’est bien pourquoi je trouve parfaitement légitime de bloquer direct une connasse m’invectivant en mp avec un “salut”. Excessif ? Moi, c’est le royaume du réseau social qui m’excède. Je ne suis pas là pour taper la discute, or tout m’y ramène. C’est vain oui, tu commences à t’intéresser à quelqu’un ou quelque chose, et tu as de grandes chances que ça t’attire des emmerdes et qu’en faisant le compte, tu trouves que tu y as plus perdu que gagné.

À propos des mp, en dehors de ceux envoyés à des éclaireurs pour leur signifier que je me désabonnais, je n’ai jamais fait d’envois massifs. Tu changes en « dizaine de membres » ce que j’avais signifié à deux ou trois, et le sujet n’était pas de dégommer la personne en question, mais de leur expliquer pourquoi je les avais bloqués. Là, ce n’est pas tordre la réalité, c’est carrément du mensonge. En revanche, il m’est arrivé de parler en mp, oui, de la personne en question en termes pas très flatteurs avec quelques membres. C’est du domaine privé, tu ne me feras pas croire que tu ne parles pas des autres en mp avec d’autres. C’est notre côté concierge, et je ne vois pas bien pourquoi, en privé, on ne pourrait pas s’autoriser un langage plus direct, surtout quand il est entendu qu’on est déjà d’accord. Ce n’est pas glorieux, mais de là à venir s’outrager de ça quand c’est pratiqué par tous… Ce qui le serait plus ce serait de le faire en public. Si tu ne vois pas la différence entre ce qui se dit entre deux ou trois membres, ou même une dizaine, en privé, je ne peux pas grand-chose pour toi.

« Pourquoi est-ce gallu qui fabulerait, et pas toi qui aurais omis l’une de tes innombrables interventions véhémentes ? »

C’est vrai, même si improbable. Je n’oublie pas non plus que gallu aime bien par ailleurs venir aux infos pour ses cours, envoie des messages à je ne sais combien de membres, reçoit les réponses, et ne daigne jamais remercier ou répondre. Certains s’en offusqueraient, moi j’en avais rien à foutre, je suis une bonne âme, j’aime rendre service. Et même bloqué, je ne rechigne jamais à apporter un peu d’aide quand on la réclame, c’est dire que je suis con. Mais je vais songer à ne jamais plus répondre et à ne plus rien partager, quand on voit les merdes qu’on a en retour… Et finalement, c’est pas plus mal de voir que des films dont personne à rien à foutre.

[…]

Oui, sur la pratique du like, on ne sera jamais d’accord. Pas étonnant, pas un drame. Je ne vois pas ce qui rendrait nécessaire que l’un convainc l’autre ; c’est justement le problème du site : ne pas laisser aux membres de choisir d’utiliser ce système, il nous est imposé.

(Les derniers échanges avaient finis sur cette activité. Les deux comptes ayant été supprimés… huit ans après, oso semble parler tout seul.)




Visionnage de films en cours

Les capitales

Éducation

 

Cinéma en pâté d’articles 

SUJETS, AVIS & DÉBATS

Commentaires simples et réponses 

 

Je suis contre.

Je n’ai jamais compris la nécessité de montrer des œuvres de cinéma dans le cadre scolaire. Et j’ai encore moins compris le fait de faire participer des « acteurs de l’histoire ». Si c’est en marge des cours, pourquoi pas, comme on monte des clubs d’astrologie ou de théâtre, mais un cours doit rester objectif. Or, une œuvre, ou un témoignage direct, c’est de la pure subjectivité. Et on change les classes pour en faire des cafés du commerce. Ce n’est pas le rôle de l’école. Autrement, pour sortir de l’émotion et du racolage moralisateur qui sont tout sauf de l’histoire, il faudrait également illustrer un cours en diffusant aux élèves Le Juif Süss. Pas sûr que ce soit bien perçu à la fois par les élèves, leurs parents ou les professeurs. Quoique… On comprendrait alors qu’on ne fait qu’illustrer un cours d’histoire en se forçant à prendre du recul par rapport à une œuvre.

Est-ce qu’on pousse à la distance quand on regarde un film ? J’en doute. Il faudrait alors précéder ce visionnage d’un cours d’histoire de l’art ou de philosophie, c’est sans fin.

Je me souviens avoir également vu Germinal à l’école pour justifier de je ne sais quel cours. Et ça ne fait là encore qu’enfoncer le clou sur l’incohérence d’un système scolaire qui se veut désormais grand maître de la morale et des consciences en remplacement des religions. Tout faux. Va expliquer ensuite à un môme la cohérence des prises de position de l’État sur tel ou tel sujet, comme ces derniers jours sur la différence de traitement de Charlie Hebdo et Dieudonné concernant la liberté d’expression. L’école délivre des savoirs objectifs, non des niaiseries plus ou moins grandes au service d’un pouvoir, d’une idée ou d’une morale.

Qui va les définir ces valeurs humanistes ? Chaque professeur dans son coin ? Désolé, j’ai eu des professeurs communistes, racistes, anarchistes, cathos et sans doute bien autre chose, et tout en s’en défendant, chacun utilisait des œuvres pour illustrer leurs croyances personnelles ou leurs valeurs. Les élèves n’ont pas à être abreuvés de telles conneries. C’est déjà assez compliqué de proposer un regard objectif sur l’histoire pour qu’en plus les professeurs se permettent d’utiliser des œuvres comme support de leurs seules convictions. Il n’y a pas à s’étonner ensuite que ces élèves en aient après « l’autorité ». Pourtant les professeurs n’ont fait que propager la bonne parole, ils ne comprennent pas…

J’ai bien compris que c’était ce vers quoi l’éducation nationale tendait depuis 30-40 ans, et je comprends que pour des professeurs, c’est plus valorisant de procéder ainsi. Seulement, pour moi, il est bien là l’échec du système basé sur l’enseignement de principes vaporeux dont l’interprétation est laissée aux professeurs, non sur la transmission stricte d’un savoir. Même en sciences humaines. Ça part de bonnes intentions, toujours, et toujours on en finit par tomber dans les mêmes mièvreries qui dénaturent la réalité des faits. Ça, c’est le rôle de l’art, donc d’un film.

Le problème de la mise en avant de la subjectivité du professeur (ou des élèves, puisqu’ils sont invités à réagir, et comble de l’horreur pour moi qui refusais de participer, on te fait bien comprendre, et on te note en fonction de ta capacité à participer à ces brèves de comptoir…), c’est que quand tu réveilles tout à coup un ou deux élèves qui jusque-là n’étaient pas intéressés, tu en perds quelques autres pour les mêmes raisons. C’est ainsi que les profs font appel à l’affect, aux sensibilités et finalement aux affinités et au copinage pour intéresser les élèves, et que par conséquent, on en vient à se plaindre que trente élèves (potes) par classe, c’est trop. Forcément, si être treize à table, c’est déjà le maximum, trente, c’est plus possible. Que certains élèves, à cause d’un manque d’affinité avec tel ou tel professeur, décrochent complètement, on s’en fout pas mal parce qu’on ne veut voir que ceux qui tout à coup s’intègrent dans le beau mythe du « j’ai été sauvé par mon prof de… ». Et ça entretient l’idée que dans sa vie professionnelle, pour réussir, il faut pratiquer le copinage et accepter les usages de “cour”. Ça ne me paraît pas tout à fait cohérent avec les « valeurs humanistes » ou républicaines qu’on voudrait nous inculquer par ailleurs. Il y a même peut-être là-dedans une des raisons pour lesquelles les étudiants français sont parmi ceux qui décrochent le plus à la fac. Quand tu te retrouves là, pour le coup (et ça concerne aussi les sciences humaines), dans des amphis sans possibilité réelle de t’acoquiner avec le professeur, ça peut faire un choc (c’est combien la limite en amphi ? trente ?).

Et je ne parle pas des élèves, certes en minorité, qui ne sont pas réceptifs du tout à ce qui est “subjectif”, qui s’ennuient comme des rats morts en cours, et qui parce qu’ils attendent en vain l’apparition de faits objectifs au milieu d’un habillage de chantilly bon à amadouer les papilles des autres élèves, finissent eux aussi à décrocher (quand on ne leur demande pas de sortir tout simplement). Quand tu présentes un film à des élèves et que tu le fais précéder ou suivre d’un débat, d’un recadrage ou de je ne sais quoi, certains, avec ce mélange de subjectivité et d’objectivité, finissent par être complètement perdus à ne plus savoir ce qui est en rapport avec l’art, la poésie, la suggestion, l’émotion, et ce qui est en rapport avec le fait historique. A+B+C+D, quelque chose de carré, de concret. Or, même sans utilisation de support… (comment disent-ils déjà ?) transversal (peu importe), comme un film, certaines disciplines (humaines) sont parasitées par une approche qui pour certains ne fait absolument pas sens. L’intervention du subjectif jusque dans des savoirs pratiques, concrets, dans ce qui doit pourtant servir de base pour la suite à ces élèves ne fait que parasiter le savoir qu’on est censé leur prodiguer. Quand tu apprends la grammaire, l’orthographe, tu as besoin qu’on t’entoure tout ça de mièvreries subjectives ? Non. Alors pourquoi arrivés au collège ou au lycée, tout à coup, on en vient à tremper tout ça dans un bol de subjectivité ? Dans certaines disciplines, au bout du compte, les élèves ne savent plus si on leur demande de reproduire des faits objectifs, des connaissances, ou « un avis sur ». Et finalement, tu résumes l’enseignement à une trajectoire absurde que tu peux résumer ainsi : Question : « que pensez-vous de… ? » ; puis vient la correction contradictoire : « il ne maîtrise pas les savoirs fondamentaux de la discipline ».

Il y a des cours qui font appel directement et pleinement à la subjectivité ; ce sont les disciplines liées à la créativité (dessin, théâtre, cinéma…). Mais pour des disciplines comme l’histoire, le français ou la philo, qu’on ne me fasse pas croire qu’il n’y a pas des savoirs concrets délivrés en priorité aux élèves.

Enfin bon, je vois avec un immense plaisir que depuis vingt ans les méthodes n’ont pas changé. Je me sentirais toujours aussi peu concerné aujourd’hui (surtout lors des projections de films ou de ces horribles débats où tout à coup la classe s’anime comme au bistro du coin). « Ne semble pas bien concerné par ce qui se passe en classe. » Non, je confirme. Sans doute plus intéressé par les écureuils qui chahutent dans les arbres du parc (oui, j’ai eu de la chance) que par la « séquence émotion » du jour.

« On ne prépare pas des futurs citoyens en leur apprenant uniquement à gober et ingurgiter le savoir du professeur comme on le faisait avant, ça ne marche plus. »

Il est bien là le problème pourtant. La mission de l’école n’est pas de former des citoyens, mais de transmettre des connaissances. Avant oui, on ne faisait qu’ingurgiter le savoir et on retenait mieux les leçons. Manifestement, cette leçon qui ressort sur le niveau des élèves français, études après études, est une leçon difficile à ingurgiter.

C’est sur France Inter et l’émission « Pendant les travaux, le cinéma reste ouvert » qu’il y était question de l’enseignement du cinéma par des professeurs. C’était follement intéressant de voir l’un des deux présentateurs s’insurger que cet enseignement soit fait par des professeurs d’un peu toutes les matières après des stages sommaires (voire aucun sans doute, je n’ai pas beaucoup de souvenirs). Je ne vois pas bien ce qu’on peut apprendre à des élèves si on se contente de faire un cours basé sur le principe de café du commerce ou si l’œuvre ne sert elle-même que de support à une autre discipline.

Pourquoi pas après tout. Si les profs sont convaincus que leur méthode est la meilleure et que si elle largue une partie des élèves, c’est parce qu’ils ne font pas preuve de bonne volonté (quand l’autre partie arrive à suivre parce qu’aidée à la maison).

On me répond : « Ta conception en dit très long sur l’invasion des sciences expérimentales et de leur logique froide sur le reste du savoir (sauf que même cette prétendue “logique” est en fait absente des sciences expérimentales quand on les étudie en profondeur). Or, l’histoire ne fonctionne pas sous cette forme de logique. L’enseignement des langues ne fonctionne pas avec cette logique non plus. »

Oui, j’ai en effet pu m’apercevoir que, par exemple, en anglais, l’apprentissage de la langue procédait à une logique propre. Une prononciation correcte doit certainement obéir à une science qui doit rester étrangère au professeur. Et gare aux intrépides élèves qui y décèleraient les incohérences d’un professeur à l’autre. Après tout, chacun sa méthode, chacun sa prononciation. L’anglais, c’est un état d’esprit, une façon d’être ; les langues ne fonctionnent pas avec la logique d’une science… (Yes, that’s a straw man; I’m a bit sarcastic.)


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Kazan et la chasse aux sorcières

— Kazan et la chasse aux sorcières —

Commentaire rédigé quelque part en 2015.

Comment regarder un film d’Elia Kazan aujourd’hui tout en sachant qu’il a été appelé à témoigner durant la Commission des activités antiaméricaines et qu’il a dès lors été catalogué comme « délateur » ?

On peut d’abord se dire que Kazan, non, n’a pas « participé à la chasse aux sorcières » et qu’il en a été, au contraire, victime, comme bien d’autres. Être obligé de dénoncer des petits copains pour continuer à travailler, et vivre avec ça toute sa vie, ce n’est pas “participer”. Il n’a rien initié. On peut ensuite affirmer que l’art est tout sauf politique… Tout dépend de quoi on cause. Faudrait pas inverser les rôles. Sans cette fêlure intérieure, et bien réelle, Kazan le reconnaît lui-même, un film comme Les Visiteurs ne se serait sans doute jamais fait, pas plus qu’America America. C’est le même débat avec Céline à un degré toutefois bien différent, ou avec Woody Allen pour d’autres raisons. Admettons qu’un type à qui on pose des questions à une commission soit un délateur, eh bien même si ce qui en résultera de son travail personnel est bien réel, cela en révèle finalement assez peu sur l’artiste. Un artiste est rarement peu recommandable. On peut tout à fait être un con fini et produire par ailleurs des chefs-d’œuvre. Et Kazan n’avait rien d’un con. Les limites dont on fait preuve face au harcèlement d’un pouvoir politique ne sont pas celles de sa probité, mais de sa résistance. Kazan en a fait des chefs-d’œuvre, des tas, en plus d’avoir initié par ses techniques d’acteurs un chemin sur lequel on est encore aujourd’hui. Se détourner d’un tel cinéaste, à la production si variée, aussi majeur, pour d’obscures raisons, c’est un peu incompréhensible. C’est curieux, quand il n’y a pas de politique, et je parle là de films, il faut toujours qu’on arrive à en voir quand même. On retrouve les mêmes restrictions concernant Naissance d’une nation (« film raciste ») ou Metropolis (« film nazi »…). Un film, il faut l’apprécier pour ce qu’il est, pas pour les merdes qui tournent autour, surtout quand les procès qu’on leur fait sont ridicules et anachroniques. Ce qui gagne dans l’histoire, ce qu’on retient, ce n’est toujours que le trait grossier d’un événement, d’une posture, alors que tout dans l’histoire n’est que zone grise. C’est pourtant ce que les meilleures histoires, les petites, celles qu’on trouve au cinéma, et celles que Kazan a racontées, nous montrent toujours. S’il y a un sens politique à l’art, il ne peut être que là. Il nous éduque. Encore faudrait-il qu’on en comprenne la leçon, qui va toujours dans le sens de la tolérance, de la mesure et du doute.

Encore un joyeux travestissement, ou une courbure, de l’histoire. Si on pose son regard aujourd’hui sur les années 50 sans en connaître, ou avant d’en connaître, le cinéma de l’époque, il est probable qu’à travers, par exemple, des livres d’histoire, ou des notes, des références, pour contextualiser ce cinéma et cette époque, on en vienne à la chasse aux sorcières, et alors le nom de Kazan apparaîtra. Il apparaîtra avant même de connaître l’importance du personnage dans le cinéma de cette époque. Les grosses lignes gagnent toujours. Alors, tout naturellement, parce que ce serait la seule chose qu’on connaît de lui, ou la première impression…, on aurait quelques réserves au moment de découvrir ses œuvres… On peut même craindre qu’on retraduise tout son parcours à la lumière seule de cet épisode malheureux. Spectateurs de l’histoire, et acteurs de l’histoire, seront malheureusement toujours prisonniers de cet étrange biais.

Le plus inadmissible, c’est que plus on s’écarte des événements, plus notre compréhension est faussée, trompeuses, floues, stéréotypées… L’angle ne cesse de se restreindre comme l’encart d’une fenêtre minuscule qui s’éloigne de nous et d’où bientôt plus rien ne peut filtrer sinon une image grossière et trompeuse… Relativisons donc ce que nous savons. Nous ne savons rien, nous ne voyons le réel qu’après son passage à travers le reflet de mille miroirs déformants. Quand l’image qui se présente à nous n’a rien de cohérent, comme c’est probable après un tel mâchouillage dans les trompes de l’espace-temps critique, on se mettra, par une sorte d’insidieuse persistance rétinienne, à en combler les trous… Tout cela en parfaite ignorance. L’histoire, la grande comme les petites, ne tolère pas le vide : quand il n’y a rien, ou plutôt quand on n’y voit rien, quand on ne sait pas, on s’arrange, pour voir et savoir, créer… C’est un principe qui nous rend les histoires plus efficaces au cinéma ou ailleurs en jouant sur les suggestions ; mais dans le réel, c’est une perception fautive dont chacun devrait apprendre à se méfier. Comme on apprend à se méfier des rumeurs, des virus informatiques, des arnaques, des biais cognitifs, des sophismes, de la rhétorique, des hoax… Ferions-nous l’effort ? La méfiance impose parfois le silence, la prudence, et dans un monde où il faut affirmer, prétendre, être catégorique, c’est peut-être trop nous demander. Nous ne faisons déjà pas cet effort quand il est question d’événements bien plus malheureux, ou pour tout ce qui tient aux « idées » ou aux « opinions » à la « politique »… pourquoi irions-nous douter, ou remettre en cause, ce que l’on sait de l’histoire des artistes… Après tout, désormais, cette histoire-là, parallèle à celles qu’eux nous écrivent, apparaît presque comme plus importante que la leur. Il n’y a donc aucun espoir. La vérité n’est pas ailleurs comme dit l’autre, elle est partout et on se refuse à la voir parce qu’elle nous pousse à l’inconfort et à l’indécision. Plutôt la récréer que se l’imaginer parcellaire, imparfaite, ou renvoyant l’image incohérente de ses trop grandes incertitudes.

Au fond, sans l’histoire, celle de la chasse aux sorcières, Kazan, c’est quoi ? Des films. Une méthode. Et c’est bien ça qu’il faut dire et préserver dans nos mémoires.

Kazan, c’est le savoir-faire de la mise en scène. Sur le plateau, pas seulement en jouant avec la caméra. Si on ne peut pas imaginer histoires aussi différentes que Sur les quais, Le Lys de Brooklyn, America America, Les Visiteurs, La Fièvre dans le sang, on peut y reconnaître la même sensibilité, la même tension, la même justesse et le même goût pour l’exploration de « l’âme » humaine. Le truc en plus qui fait que deux réalisateurs, avec le même scénario et les mêmes acteurs, feront deux films différents. L’avantage de Kazan, il est d’avoir commencé au théâtre où on sait qu’on peut proposer une multitude de visions différentes sur une même œuvre et où on se donne les moyens de peaufiner cette vision en répétition. Dans le cinéma classique des années 30-40, le montage se fait autour des dialogues. Avec Kazan, méthode stanislavskienne oblige, le montage se fait autour des situations, d’une ambiance (souvent réaliste). C’est un tournant essentiel à cette époque, similaire un peu au néoréalisme italien, et qui ira jusqu’à influencer le Nouvel Hollywood.


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America, America

La Fièvre dans le sang

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Charlie Hebdo, c’est quoi ?

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Violences de la société

Charlie, c’est l’exercice du 4ᵉ pouvoir et ½ dans une société qu’on peut encore qualifier de libre et de paisible. 4ᵉ pouvoir, celui de la presse, ou des médias en général, ½, comme dans Dans la peau de John Malkovich où le personnage travaille au 7ᵉ étage et ½ d’un immeuble. Chez les Grecs, on donnait des représentations sur quatre jours, les trois premières, on y présentait des tragédies où le sacré était à l’honneur ; et le dernier jour, on y présentait une comédie pour désacraliser tout ça. La désacralisation de ce qu’on aurait vite fait de contempler comme des objets de culte inamovibles me semble avoir un rôle indispensable pour la bonne santé d’une société. L’agitation, la discussion, le rire, la moquerie, la dérision : ce sont ces marques d’une société libre et paisible. Les sociétés où plus rien ne se dit, où la peur, la censure, le dogme ou l’autocensure règnent, ont toute l’apparence de l’ordre puisqu’on opprime toute possibilité de contestation, justement, au nom de l’ordre.

Et dans l’espace public, Charlie, c’était un des derniers poils à gratter dans un univers où tous les médias, tous ces éléments du 4ᵉ pouvoir, tendent vers l’ordre, la bienséance, le politiquement correct, le sacré, toujours au nom de l’ordre et de la bien-pensance. Mais même Charlie pouvait lui-même être victime de ce conformisme béat. Ce qu’on s’autorisait à faire pour les musulmans ou pour d’autres, on se le refusait pour les juifs. Preuve qu’il y a encore un tabou juif dans notre société qui tendrait à desservir la cause qu’il prétend défendre (comme tous les tabous). Personne n’est donc à l’abri de la connerie, surtout pas Charlie (ou Val). C’est en soi une leçon qui doit nous pousser à réfléchir.

Parce que si on organise le sacré pendant trois jours, à quoi sert-il donc de se pousser à tout détricoter le quatrième ? Eh bien, justement par peur de se prendre trop au sérieux et de voir certaines règles s’ériger en dogmes ou en fanatismes. Le rire déconstruit les structures savantes de la société, démystifie le pouvoir du roi, apaise et dévoile les frustrations. Dans l’idée de dérision, il y a la volonté de montrer autrement les choses. Souvent en grossissant un trait, en accentuant un caractère connu de tous, mais finalement tellement commun, qu’il finit par devenir invisible. C’est le principe de la caricature. Elle ment à la fois parce qu’elle est injuste en discriminant certains points au détriment de quelques autres, mais elle ne ment pas non plus justement parce qu’elle se présente comme une caricature. Celui qui regarde rit d’abord parce qu’il remarque un trait gênant qu’il ne voulait plus voir, qui le dérange, le gêne, et dont il peut tout à coup s’excuser en le purgeant dans le rire. Mais si tout va bien, il questionne ce qu’il voit et se demande si ce que cela dévoile nécessite examen de sa conscience. « Ah, tiens, je ris, c’est con. Mais au fait, qu’est-ce que cela dit sur moi et sur les autres ? » La caricature est toujours injuste, peut-être même inju-rieuse, mais elle sert de révélateur. C’est l’inspecteur des travaux finis. Celui qui déconstruit quand on croit que tout est bien conforme et parfaitement mis en place.

C’est pour cela qu’il ne doit y avoir aucune distinction (ou presque) entre le traitement fait à un groupe de personnes et à un autre. Les juifs tout autant que les musulmans ont droit de passer au radar de la caricature. Est-ce qu’on doit s’interdire d’user de son pouvoir de dérision par peur de se voir traiter d’antisémite ? Si une caricature est toujours injuste et grossière, elle est forcément, quand on y décrit des juifs, antisémite. Le rire discrimine. Mais il y a deux formes de discrimination. La discrimination dont la discrimination est la finalité, et qui est par nature une idéologie du rejet et de la peur de l’autre. Et il y a la discrimination sans laquelle aucune intelligence ne serait possible. Pour distinguer une chose d’une autre, on discrimine, c’est ça l’intelligence. Et là, elle n’est donc pas la finalité, mais un outil d’examen et de compréhension. La finalité de la caricature, est-ce l’exclusion de l’autre, la stigmatisation facile, l’injure, le mépris ? Non, c’est un outil de révélation. Peu importe si la caricature est mal habile, injuste ou blessante, parce qu’elle a un rôle d’examen, de déconstruction, de démystification et de réflexion.

J’ai tendance à dire que ceux qui sont prompts à montrer du doigt ce qui leur semble raciste, injurieux, antisémite ont eux-mêmes un problème avec ce qu’ils s’empressent de défendre ou prétendre défendre. On crée ainsi une psychose, une peur, on cherche qui dérive de la bienséance pour se ranger du côté des infâmes monstres qui s’attaquent à notre si chère paix sociale. Les inquisiteurs de la bonne morale, de l’uniformité trouveront toujours comme premières cibles ces clowns chargés de faire dévier le réel, dévoiler le furoncle, ou désacraliser nos certitudes. Parce que le clown est visible et que tous les autres se cachent. Mais que faisons-nous quand il n’y a plus de clown pour se moquer du roi ?

Avec « je suis Charlie », je préfère penser qu’il y a derrière ce grand élan de compassion, un désir d’abord de communion, pendant trois jours, et puis un retour des fous irrévérencieux, le quatrième jour. En quelque sorte, malgré tout, les « je ne suis pas Charlie » (et toutes les variantes), c’est déjà un retour de la dérision. Être ou ne pas être, telle est la question ; être ou ne pas être Charlie. L’ordre, c’est le désordre cantonné au 4ᵉ jour, c’est le maintien du 4ᵉ pouvoir et ½. C’est être et ne pas être Charlie. Car il n’y aurait rien de plus totalitaire (et de finalement discriminant) que de dire ce qui est et ce qui n’est pas. La dérision, c’est le trouble, l’incertitude. Le droit à la connerie et à la maladresse. Le droit de se sentir blessé et de l’exprimer. Le droit de rire de ou avec pour que jamais on n’ait peur. Peur, non pas des terroristes, mais de nous-mêmes. La seule terreur dont il faut se méfier, c’est celle qui restreint en nous la capacité, l’envie, le droit de nous moquer de tout et de tous. Parce que rire de quelqu’un, c’est peut-être aussi un peu le respecter. Comme pour le mettre au scanner pour dévoiler en lui ses blessures. Si le rire dévoile et démystifie, pourquoi le rendre responsable de ce qui nous ronge ? Oui, l’islam est rongé de l’intérieur par le fanatisme. Ce n’est pas en fermant les yeux que le mal disparaîtra. Et oui, les juifs ont tout autant droit à leur quatrième jour. Parce qu’ils ne sont pas différents, et qu’on devrait s’interroger dès qu’on parle d’exception pour les juifs. Et parce que sans désacralisation, sans 4e jour, l’antisémitisme se trouvera une voie royale pour se développer.

Et puis, tout de même, sans le respect de ce 4ᵉ pouvoir et ½, on finirait tous à travailler 48 h par semaine. Charlie Hebdo, c’est aussi ça. L’égalité pour tous. Si on tue des gosses de 70 ans parce qu’ils dessinaient sur leur table et appliquaient la semaine des 4 jours et ½, où va le monde, Charlie ? Où va le monde… ? (Il fallait bien terminer par une connerie déstructurante, je respecte infiniment les règles, moi, monsieur le commissaire)

Pour des athées, c’est normal d’être islamophobe. Cette tolérance vis-à-vis des religions, c’est aussi ça qui conduit des débiles mentaux à tuer des gens au nom de leurs croyances délirantes. Il n’y a pas, par exemple, ni islam fanatique ni islam modéré (même si à l’usage, c’est pratique). Il y a une complaisance dans l’ignorance et la bigoterie qui mène naturellement des individus qui n’ont rien à attendre de la vie à une interprétation différente des “textes”. Je vois mal pourquoi il y aurait un bon islam et un mauvais islam. Les deux reposent sur un mensonge, et c’est bien parce qu’on est dans le délire et le mensonge que tout est permis.

Je suis loin de penser que Charlie Hebdo passait son temps à provoquer les “musulmans”, mais rire des cons où ils se trouvent, c’est plutôt une bonne chose parce que ça participe à l’éducation de ces esprits mal formés. Si on est capable de vouer sa vie à un dieu, ça laisse peu d’espoir pour le reste. Si tu ne dis jamais au type que tu as en face de toi qu’il a un morceau de salade ridicule coincé entre les dents, ce n’est pas l’aider. Le terme islamophobe est d’ailleurs un peu dur, mais ça va plutôt dans le bon sens. La société française s’est pas mal purgée de sa chrétinitude et de sa judéité, une grande partie des Français catholiques, protestants ou juifs sont athées (tout en se revendiquant souvent d’une culture religieuse), il y a à espérer que les musulmans aillent dans ce sens. Il n’y a rien à gagner dans une société à aller dans le sens de l’irrationnel et de la connerie.

Deux mots au sujet de la situation après les attentats de Charlie Hebdo

Les capitales

Violences de la société

Comme je ne sais ni dessiner ni rire (d’autre chose que de moi-même — et encore), j’ai pris ma pelle et mon sot (moi) pour en faire un pâté.

Quand je vois certaines discussions interminables (je ne parle que de celles des autres bien sûr) concernant le rôle de l’islam dans ces attaques terroristes, ou de l’échec de « l’intégration », il me semble qu’on cadre assez mal le problème et qu’on tombe dans le piège des terroristes. (J’ai raison, vous avez tort.)

Parler d’islamistes, c’est exactement ce que les terroristes veulent nous voir faire. Qui sont les terroristes ? Les (des) musulmans ? Non, ce sont des groupes étrangers qui prennent une religion en otage pour légitimer leur soif de puissance et qui trouvent comme ambassadeurs de leur folie, non pas des musulmans, mais des repris de justice qui se trouvent sur le tard une vocation de djihadiste pour faire un doigt d’honneur au monde dans lequel ils peinent à s’intégrer. La religion est un moyen tout indiqué pour gagner du pouvoir, et les victimes sont tout d’abord ceux qui croient sincèrement à leurs fadaises (pour changer). Le problème ne vient donc pas des musulmans, ni de l’islam, mais de ceux qui utilisent l’islam et les musulmans pour leurs desseins pas très catholiques. Ce serait une erreur de se tourner vers ces zozos pour leur demander des comptes alors que leurs seuls torts (ce qui ne les libère par pour autant de leurs responsabilités), c’est leur crédulité et leur incapacité à dissiper la confusion voulue par ces « fous de Dieu ».

Qui sont donc ces groupes qui se revendiquent ouvertement de l’islam ? D’un côté Al-Qaïda et de l’autre DAESH. Rien que cette alliance étonnante laisse rêveur sur la manière dont auraient été commanditées les attaques terroristes. Entant « qu’ONG terroriste » on croyait Al-Qaïda sur le déclin face à un groupe militarisé qui profitait du chaos issu à la fois de la guerre en Irak et en Syrie pour s’imposer cette fois en tant que force militaire capable de revendiquer un territoire. Si les talibans sont tombés en Afghanistan à cause des « opérations extérieures » de leurs petits copains terroristes, non parce qu’ils étaient directement en guerre avec l’Occident, DAESH n’a aucun problème à considérer l’Occident comme son ennemi vu qu’il s’oppose à sa progression militaire avant même que le groupe puisse revendiquer son fauteuil aux Nations Unis. Mais de là à penser qu’ils s’organisent sérieusement pour mener une guerre de terreur contre l’Occident alors qu’ils sont encore focalisés à prendre le contrôle de l’Irak et de la Syrie, il y a de quoi rester sceptique… Commander et déléguer, ce n’est pas tout à fait la même chose. Il y a sans doute une opportunité saisie pour eux de frapper leurs ennemis de l’extérieur, mais s’ils daignent y investir quelques forces, cela vient à mon avis surtout d’un autre facteur qui là les toucherait plus directement dans leur combat sur place. Pour gagner la guerre, c’est leur intérêt d’appeler au djihad partout où c’est possible, et donc particulièrement sur le Net pour recruter de nouveaux combattants parmi les musulmans ou désaxés venus d’Occident (ou d’Asie). Comme dans toutes les guerres idéologiques (à l’image des Brigades internationales lors de la guerre d’Espagne pour soutenir les forces républicaines), il est de l’intérêt de ceux qui se revendiquent de cette idéologie d’accueillir des combattants étrangers, et donc d’inciter l’arrivée de ces nouveaux combattants. Ces hommes venus d’Europe pour l’essentiel sont utilisés pour combattre dans les zones de guerre (ils sont en général dociles car souvent « plus royalistes que le roi »), mais ils peuvent se révéler également utiles pour faire pression contre les pays occidentaux et aimanter à leur tour des soldats vers les zones de combat. Deux méthodes : l’enlèvement et leur meurtre d’Occidentaux, souvent par des recrues occidentales, et le terrorisme. Dans les deux cas, on est dans une guerre de propagande dont on sait l’Occident très vulnérable. Paradoxalement, l’intervention timide des Occidentaux est une aubaine pour ces groupes, parce que leur implication militaire est limitée (refus d’envoi de troupes), et qu’en retour, ils peuvent se poser en victime, trouver une légitimité à une contre-attaque, et encore une fois, comme dans toutes les guerres idéologiques, peuvent espérer voir débarquer des hommes qu’ils n’auraient pas eus autrement. Depuis plus de dix ans en fait, cette situation est le résultat des errances politiques des Occidentaux dans cette région. Et les attaques contre Charlie Hebdo, les policiers et la supérette casher sont les conséquences directes de ces erreurs passées. Là encore, avant d’accabler les « musulmans », commençons par nous-mêmes, nos dirigeants, et nos propres idéologies.

La difficulté est sans doute de déterminer le degré d’implication de ces groupes pour commanditer des opérations à l’extérieur, mais pour savoir comment répliquer à son tour, ou mieux, éviter les vocations, il est avant tout important de comprendre les origines du mal et qui se cache derrière ces attaques.

Je repose donc la question. Les musulmans ? Non. Une coalition DAESH-Al-Qaïda ?… Sérieusement ? Tous deux peuvent s’y retrouver en ayant un intérêt commun, car un ennemi commun (l’Occident) mais ils n’ont, en tout cas pour le premier, pas un grand intérêt à porter ses attentions vers l’extérieur que là où ils en ont le plus besoin, sur le terrain. Si cela dénote une réelle volonté de leur part de toucher l’Occident, il faut donc pour eux, en quelque sorte, sous-traiter ces opérations, ou laisser se créer des franchises capables de se revendiquer de leur cause si elles parviennent à entrer en action, et cela pour limiter leurs coûts humains, en ressources, en force… S’ils peuvent espérer d’un tel « coup médiatique » un retour avec un afflux de combattants, je persiste à penser que pour DAESH, qu’un tel coup peut se révéler être à double tranchant pour eux (retour de bâton façon talibans après les attaques du 11 septembre) ; alors qu’il y a plus d’intérêt à accueillir les Occidentaux et à les embrigader sur le Net, pour s’en servir dans leurs combats en Syrie et en Irak ; parce que leur priorité, leur attention, elle est là, et qu’ils n’auraient pas forcément intérêt à voir les forces occidentales s’intensifier en réponse à des attentats trop sanglants alors qu’elles ne parviennent pas pour l’heure avec leurs frappes aériennes à les ralentir comme ils le voudraient (et ça semble déjà commencer à changer avec la perte de la ville de Kobané…). Il est donc plus probable que ces attaques ne soient que tolérées dans le cadre d’une idéologie générale et peut-être dans l’espoir de créer des tensions en Europe qui leur fournirait alors toujours plus de combattants faciles à manipuler.

S’il n’y a qu’une forme de volonté molle de toucher l’Europe en son sein (quand on légitime sa violence par l’idéologie, il faut bien faire des concessions à cette idéologie et se résoudre alors à voir des combattants ne plus être que des VRP de leur cause idéologique), il faut donc que la volonté la plus ferme de s’impliquer dans ces attaques vienne de ces combattants occidentaux. Il semblerait que celui qui ait été le moteur principal des attaques soit Coulibaly.

Or là, le profil du terroriste est presque toujours le même. Des locaux se revendiquant d’un combat extérieur, sur fond d’idéologie religieuse ou de choc des civilisations, pour légitimer des attaques locales. Ce ne sont non pas des musulmans, mais des petites crapules des quartiers. L’islam, toute zozoterie qu’elle est, est à la fois l’otage et le ciment idéologique d’une logique de confrontation avec l’Occident.

Est-ce la preuve de l’échec de l’intégration (ou de l’assimilation), de la réinsertion ? La question ne doit pas se poser en ces termes à mon avis. Se poser la question de l’intégration, c’est en soi affirmer son échec… et le perpétuer. On est intégré quand on arrête de se poser la question de l’intégration. Les problèmes sont sans doute révélateurs de nombreux maux que cumule la société française, pas un groupe d’individus en particulier. Si on tient tant que ça à pointer du doigt la « communauté musulmane », il faudrait sans doute évoquer le fossé générationnel et culturel existant parfois entre membres d’une même famille. L’absence du père, mais aussi celle des aïeux censés véhiculer les valeurs de l’islam à leurs jeunes. La crise identitaire commence quand on ne parle correctement la langue de ses parents et qu’on est incapable alors de suivre un prêche à la mosquée délivré en arabe. Entre une génération d’immigrés qui ne fait pas de vague en préférant rester transparente et une autre née en France qui manque de repères, il y a un grand écart, et c’est peut-être bien aux anciens de prendre conscience qu’ils vont devoir se forcer à réapprendre leur intégration pour montrer la voie à ces jeunes qu’on a balancés trop vite dans le monde en leur disant qu’il fallait se contenter de la liberté et de rester caché. C’est moins un problème d’intégration qu’une dissociation profonde entre des générations d’une même « communauté ». Quand on parle de fossé générationnel, il me semble qu’il est encore plus grand dans certains ghettos où la transmission des aïeux vis-à-vis des plus jeunes est défaillante, parce qu’ils estiment peut-être à tort que la république ou l’école de la Nation doivent jouer ce rôle. Or la première des intégrations, c’est l’intégration identitaire à sa propre famille, à sa propre histoire. La notion d’identité française ne veut pas dire grand-chose, ça ne s’apprend pas à l’école, on ne devient pas Français. En revanche, l’identité personnelle, elle, passe par la transmission de valeurs que seul l’entourage peut offrir aux plus jeunes. Si les anciens laissent cette place en pensant qu’elle revient naturellement à « la république », ces enfants auront toutes les chances de manquer de repères et de se trouver fragilisés face aux obscurantismes.

Autre mal de la société révélé par cette jeunesse tourmentée des « banlieues », la responsabilité de l’État dans la situation de certaines régions, ou zones, qu’on l’appelle « banlieues » ou « ghettos ». Une responsabilité qui à mon sens ici est totale et coupable. Depuis les premières politiques « de la ville », on a sans doute eu beaucoup de belles idées, mais très peu de résultats. Pour une raison simple : ces villes n’ont jamais été bâties pour être des villes. C’est bien parce que ces zones n’avaient rien de « villes » qu’elles ont fini par être la caricature d’elles-mêmes et que les classes moyennes les ont désertées. Il leur manque une chose essentielle : l’activité. Personne ne veut habiter des zones qui sont entièrement ou presque dédiées à l’habitat. Si certaines « villes-dortoirs » de riches sont possibles, c’est que le cadre de vie est tout autre. Barres d’immeuble, puis barres d’immeuble, belle idée de l’aménagement du territoire. Il n’y a qu’à voir la vénération qu’on a pour les îlots directionnels pour comprendre en quoi ce pays souffre d’un trop-plein de béton. Et pour dormir, le béton, ce n’est pas terrible.

Depuis 20-30 ans, l’échec de la ville, il est là. La résolution du problème commençait par l’abandon du concept de zones (urbaines, commerciales, industrielles). Dans une ville, une vraie, tout se mêle et l’activité devient un foisonnement positif où chacun a sa place parce que personne ne sait précisément qui est qui est pourquoi il est là. Un individu qui se rend à une zone commerciale, va travailler, un autre qui retourne le soir à une zone résidentielle rentre chez lui… C’est Kafka, chacun se définit en fonction de son activité et de sa zone. Le début de « l’intégration » commence alors par une forme de fourmillement « sans étiquette ». On a Paris sous les yeux et personne ne semble la voir !… Et c’est cette impression de mal-être, d’abandon et d’éloignement du pouvoir et de l’activité, qui force l’aliénation et la criminalité. Le chômage est haut dans ces zones et ça devrait être de leur faute ? L’intégration de l’activité, elle se fait où ? Au milieu des barres d’immeuble, sur les toits, sur les terrains vagues ? La seule fois qu’on y implante des activités, ce sont des tribunaux ou des CAF. Il y a des vocations qui se créent… Le premier des aménagements à faire, c’est donc de respecter les normes parisiennes en matière de hauteur de bâtiments : l’exception culturelle sans doute, celle des termitières laissées aux seuls banlieusards. On aime le béton ? Qu’on construise de vraies villes sur le modèle français de centre urbain.

Et qu’on construise des prisons. Avant de taper sur ses délinquants, la France ferait bien de commencer par cesser de l’être en étant sans cesse montrée du doigt pour la condition dans laquelle elle traite ses détenus. Avec des prisons dans un tel état, je suis même surpris de voir qu’il n’y ait pas encore de gangs entiers qui se forment pour ravager le centre parisien.

Tout cela a un coût ? Oui, mais le bien-être et la paix n’ont pas de prix (Les Chefs-d’œuvre du sophisme, Ed. de La Palice).

Est-ce qu’il est donc si raisonnable de nous attaquer aux musulmans, à l’islam ? Ce serait accepter de rentrer dans une guerre idéologique où on aurait tout à perdre, et c’est exactement ce dont ont besoin ceux qui nous combattent.

N’est-ce pas ce que fait précisément Charlie Hebdo, pourrait-on se demander ?

Il y a quelques mois, se posait la question de savoir comment nommer ce groupe militaire qui intervenait au Moyen-orient. D’ « État islamique » on est passé à DAESH. Mine de rien, la suppression du terme « islamique » est très importante, parce qu’il enlève symboliquement à ce groupe la possibilité de se revendiquer de l’islam. La guerre est d’abord guerre de propagande, et quand on n’a pas conscience d’être en guerre (non pas contre « le terrorisme » mais contre des groupes terroristes et contre des groupes armés se revendiquant par ailleurs de l’islam ; les conseillers en communication seraient bien avisés de regarder à qui sont destinées nos bombes), on ne peut que la perdre. Il est donc important de choisir les termes qui servent nos intérêts plutôt que ceux de l’ennemi. Celui qui a le choix des armes a un avantage, et comme les mots peuvent aussi être des armes de propagande… autant choisir ce qui est à notre avantage.

Est-ce qu’il est donc de notre intérêt de continuer à faire le jeu de ces groupes en parlant « d’islamistes », de « musulmans », de « djihadistes » et d’opposer « musulmans modérés » à « musulmans intégristes ». Entre d’un côté des zozos qui tuent et de l’autre des zozos qui se taisent, qui ont honte, et qui sont en aucun rapport avec les groupes terroristes, pourquoi force-t-on un rapport qui n’est pas à notre avantage et qui ne fait que multiplier nos tensions internes ? Il n’y a pas de bons et des méchants musulmans, il y a des musulmans qui vivent en paix et des groupes barbares qui se revendiquent de l’islam. Il n’y a vraiment pas beaucoup de rapport entre les deux et forcer le lien, c’est pousser des zozos bien de chez nous à aller se perdre chez les zozos barbares pour finir par en revenir tout aussi zozos et bien plus barbares. Alors certes, dans un monde sans propagande organisée, on laisse ça derrière la responsabilité et l’intelligence de chacun, mais s’il faut se forcer, c’est justement à distinguer qui sont les ennemis, non à accabler les innocents ou les prier en permanence de se distinguer des « fous d’Allah ». On ne serait pas si rapides à pointer du doigt son voisin pour l’accabler de tous les torts qu’on aurait sans doute la tête un peu plus sur les épaules et les yeux en face des trous pour voir en réalité qui nous menace. Je suis rationaliste et en tant que rationaliste la religion musulmane comme les autres peut être la cible de mes piques, mais il n’est pas question de cela ici ; il ne faudrait pas s’y tromper : ce n’est pas l’islam ou les musulmans qui s’attaquent à Charlie ou à des Juifs.

La première chose à faire est donc de laisser nos zozos musulmans en paix en évitant de leur faire un faux procès. Ils ne sont nullement responsables des atrocités perpétrées par des barbares, au Moyen-orient, comme en Europe. Et leur demander des comptes ne ferait qu’augmenter leur propre sentiment d’insécurité (voire leur donner la preuve de leur non « assimilation ») et que les pousser à rejoindre une cause qui n’est pas la leur.

En revanche, puisque les musulmans sont aussi les premiers à côtoyer ces fous, il ne serait pas inutile qu’ils se déniaisent, ne serait-ce que du point de vue de leurs propres croyances, en pointant du doigt, eux, leurs faux prophètes, et que, tout en prenant soin de ne pas faire le lien avec les terroristes, qu’ils se questionnent sur ce qui les gêne tant dans ces caricatures. Si on parle d’amalgame, il est à regretter qu’il naisse aussi d’un discours maladroit et peu clair à l’attention d’une pratique qui, selon leurs principes, n’a aucune raison de les choquer.

On pourrait aussi penser que si certains apprentis zozos sont assez stupides pour filer en Syrie en la prenant pour la terre promise de l’islam, c’est bien qu’ils sont zozos de haut niveau, et que, sans espérer les voir garnir les rangs de la sainte église athée, il serait bon qu’ils arrivent à faire face à leur irrationalité. À cette irrationalité, seule, c’est-à-dire à leur fantastique capacité à croire. Si on joue le jeu du choc des cultures et des guerres idéologiques en leur demandant des comptes, on a déjà perdu… Il est vain de demander à des croyants de faire preuve d’un peu de logique, mais on peut leur demander de l’être dans la logique de leurs croyances…

Alors, Charlie Hebdo manque-t-il de respect à l’égard des religions ? Oui, et c’est son droit. Mais quand on dit qu’il n’y a pas de délit de blasphème, c’est reconnaître que cela peut en être un. Or pourquoi s’emmerder à créer un monstre quand on peut l’éviter ? Le propre de la zozoterie, c’est bien d’être suivie par des idiots. Il ne faut donc pas jouer les idiots à son tour et expliquer en quoi des caricatures ne sont pas « blasphématoires ». Même pas. En tant que musulmans, vous vous sentez offensés ? Pourquoi ? Rien ne dit dans le Coran que le prophète ne peut être représenté. Il y a même des exemples où il était représenté au début de l’islam. Faudrait-il brûler ces documents ? En tuer les auteurs ? S’offusquer ? Le plus amusant par ailleurs, c’est qu’il est probable que cet usage ait été influencé… par la religion juive, et cela, à une époque où « l’ennemi », le « croisé » n’était pas « Israélien » mais européen et chrétien (avec tous les excès ostentatoires et iconographiques de la contre-réforme et de l’orthodoxie). Il faudrait peut-être une bonne foi(s) pour toute qu’on leur rappelle à tous ces zozos monothéistes que le dieu des juifs, des chrétiens et des musulmans, c’est censé être le même. Et que les musulmans en particulier ouvrent leur bouquin et le lisent (je l’ai fait et c’est une véritable torture) qu’on y parle d’Abraham, de Moïse et de Jésus comme de prophètes. Je sais que la bêtise et l’ignorance sont les premières alliées des religions, mais un petit effort sur ce point ne serait pas inutile. Si donc, pour les cathos, les juifs ou les athées, il est mal venu de demander des comptes aux musulmans quand trois tarés viennent répandre la terreur, il ne serait pas inutile non plus que les musulmans eux-mêmes sortent de leur propre racisme et comprennent leur propre religion. Et ça commence en écoutant ce qu’en disent les anciens…

Aux musulmans qui s’entre-tuent ou s’attaquent à tout ce qui est en rapport à l’Occident en ce moment même en Afrique, il n’y a sans doute rien à espérer, mais des musulmans français, ou Français musulmans (ou Français, et musulmans), on peut espérer au moins faire appel à leur intelligence. Et encore une fois, il est plus que nécessaire de leur demander ce qui les choque dans ces dessins. Quand la caricature d’un personnage présenté explicitement comme étant le prophète vient à violer une chèvre ou des nonnes, l’offense, bon, pourquoi pas. Mais il n’est même pas question de cela. Ce qui offense la religion et le prophète, c’est la caricature d’un personnage présentant vaguement des traits arabes en couv’, portant une pancarte « Je suis Charlie », et surmontée d’un message d’amour qui dit « tout est pardonné » ? Dieu… quelle offense ! Où est-il dit qu’il était question du prophète ? D’une part. Et d’autre part, cette interdiction, cet usage, de ne pas montrer les traits du prophète, quelle en est la raison, l’origine ? On dit que le prophète est « sacré ». Avec ma grande ignorance, j’avais pourtant compris le contraire : si la non-représentation du prophète est une référence à l’usage dans la religion juive, elle se rapporte à l’interdiction de vénérer des idoles. Donc non seulement cette interdiction ne s’applique qu’aux croyants, mais c’est tout le contraire du sacré. Si on n’y touche pas, c’est justement pour ne pas le vénérer. Le prophète est censé être un guide, pas un dieu. Seul Dieu est sacré. (Enfin, de ce que j’en comprends…) Qui blasphème, alors ? Si certains veulent voir « un peu plus de musulmans s’expliquer sur les agissements de nos trois barbares », il y a une seule chose, moi, que je leur demanderais (ah…, s’ils pouvaient, pour me répondre, se réunir en concile et délivrer au monde une parole audible !) : comprenez votre propre religion. (À défaut de faire comme tout adulte qui se respecte ; cesser de croire au Père Noël.)

C’est surtout une guerre entre la bêtise et l’intelligence. Certains prétendent que les caricatures de Charlie Hebdo sont stupides et provocatrices. Pour moi, leur provocation est un appel à l’intelligence. Ils ne provoquent pas pour insulter ou blesser, mais pour révéler nos contradictions, nos petites bêtises. Ça a toujours été le rôle de la caricature. La caricature est-elle raciste ou islamophobe ? Par essence, une caricature est injuste et grossit le trait. Donc oui, une caricature est raciste ; oui une caricature stigmatise. C’est son rôle. Mais non pour attiser la haine, ou blesser, mais pour éveiller les consciences, stimuler l’intelligence. La caricature joue sur les différents degrés de représentation. On est d’abord choqués, gênés, et puis on prend conscience que ce n’est qu’un dessin, qu’une représentation, qu’une grossièreté. Une caricature est injuste parce qu’elle joue sur les apparences, les croyances, les perceptions, les préjugés. Mais le sens de la dérision, c’est de grossir le trait pour nous rappeler que tout cela n’est bien sûr pas à prendre au sérieux, ou au premier degré, et que la caricature déforme pour nous pousser à voir autrement. Elle est là l’intelligence. En montrant l’artifice, on nous pousse à voir au-delà des artifices. Quand on nous montre Sarkozy en petit diable, on est amené à nous interroger sur la pertinence d’un tel rapprochement. Même chose pour Marine Le Pen en Bavaroise. La caricature est injuste et ne fait que nous amener à réfléchir sur notre propre capacité à nous écarter de nos propres préjugés, croyances et perceptions. Et ça, manifestement, certains n’en sont pas capables. Parce « qu’on leur dit » qu’il s’agit du prophète, c’est forcément le prophète. Puisqu’on leur dit que c’est forcément offensant, c’est offensant. Est-ce que la religion est-elle capable de laisser les individus réfléchir par eux-mêmes ou sont-ils condamnés à être esclaves de leur bêtise ?

Qu’on ne me réplique pas que je suis intolérant. Il n’y a aucune tolérance à avoir face à la bêtise. Donc face aux religions. Et par ailleurs, puisque ce n’est pas mon intolérance à leur bêtise qui les empêchera de croire et d’aller au paradis où est donc le problème ? Qu’on me laisse creuser ma place en enfer, ça ne regarde que moi. Quant à mon sort ici-haut, il n’y a pas encore de délit d’intolérance face à la bêtise. Et si je me goure sur toute la ligne ? Eh bien, c’est le principe Charlie : l’intolérance à la bêtise quand il est question du droit de l’exprimer, mais également la tolérance à la bêtise au niveau du droit. La bêtise ne se condamne pas pénalement. On a, en même temps, le droit d’être stupide et le droit de révéler (par des caricatures ou autre) la bêtise de l’autre. Si notre bêtise ne nous permet pas ou plus d’aller dans l’espace ou de retrouver les traces des dinosaures sous nos pieds tant pis pour nous, c’est notre droit le plus strict. Parce que p’t-être bien qu’en faisant les cons parfois on touche juste. Mieux vaut en rire donc. Eux, de la nullité des caricatures de Charlie, nous (Charlie) de leurs zozoteries.

Alors, il faut reconnaître, que peu de musulmans sont venus expliquer que de simples dessins n’avaient en soi rien d’offensant pour la religion… Mais oui, où sont-ils tous ces musulmans dont on parle ? Où se cachent-ils ces fripons ? Mais…, mais… Mais, doit-on, peut-on, en même temps leur en vouloir ? Et face à ces événements gravissimes est-ce si important ? D’une part, les personnalités musulmanes invitées dans « les médias » sont assez rares, et surtout en leur reprochant ce silence, on ne ferait encore une fois qu’aller dans le sens de ceux qui ne voudraient que voir des « communautés » s’opposer les unes aux autres dans notre pays.

Certes, parfois il suffit de peu de choses. Par exemple, les déclarations du frère du policier assassiné lâchement sur le trottoir m’ont mis la larme à l’œil. Il y avait chez lui une volonté non seulement de bien identifier les auteurs de cet acte comme des fous, et certainement pas des musulmans, mais surtout, il a évoqué à plusieurs reprises des termes comme antisémite et synagogue pour les mêler à « raciste » et « Mosquée ». Il ne prêchait pas pour sa paroisse, il parlait en français excédé de la folie des hommes. Il ne se posait pas en victime d’une communauté face à une autre, il identifiait parfaitement les fous, et ceux que ces mêmes fous voudraient voir s’opposer pour grandir les rangs des fous. Reprocher aux musulmans de ne pas s’exprimer, c’est donc un peu fort, puisque quand l’un d’entre eux prend la parole, on ne l’écoutera plus à partir du moment où il ne se revendiquera plus comme étant musulman mais Français ou simple victime de la folie humaine. Il faut aussi savoir écouter. On ne peut pas réclamer aux musulmans de prendre la parole pour se revendiquer presque de ne plus l’être, et leur reprocher quand ils le font, de devenir transparents. Alors, si les musulmans ne prennent pas la parole pour évoquer un tragique fait divers, et se contentent entre eux d’en discuter comme n’importe quel Français le fait, accoudé au bistro du village, moi foi, je n’ai rien contre ; quand on peut faire l’économie de quelques bondieuseries, c’est toujours pas plus mal.

Allah là, que ferait-on sans les querelles de clochers.

Dernières choses concernant l’éducation et la liberté d’expression.

Il semblerait que comme réponse à tout ce chaos, le gouvernement, toujours bien prompt à proposer des solutions qui ont de la gueule plus que de la crédibilité et du fond, a décidé de lancer de grands débats, heures de cours, de formation, etc. concernant l’apprentissage des religions. Personnellement, je trouve ça bien idiot. Avoir de bonnes intentions et déniaiser ses petits bouts de chou, ce serait plutôt une bonne chose si on était en capacité de le faire. Le problème, c’est qu’on se heurte ainsi à plus de nouveaux problèmes qu’on en résout. Parler d’histoire des religions peut être intéressant si on se limite à l’histoire des religions et rien d’autre. Or je doute qu’on puisse (les enfants surtout) se détacher de ses propres croyances pour juger de simples faits historiques, et la question de la foi (de certains) arrivera forcément à un moment ou à un autre, et on risquerait alors de voir des dérives pas franchement en accord avec le principe de laïcité. Rien ne prouve d’ailleurs que même relayées sans problème, ces connaissances aient une quelconque utilité concernant les divers problèmes liés aux religions. Si le premier problème est la connaissance même de ces religions par les croyants, c’est une connaissance liée au culte, aux croyances, aux usages, pas (ou peu) à l’histoire. Ensuite, le problème majeur en classe, c’est que mettre au cœur de l’école ce qui ne sont que des sujets de société, c’est inutile et passablement foireux. Une école est un lieu où on étudie, on apprend des faits concrets, pas où on discute de tout et de n’importe quoi et avec n’importe qui. Les élèves sont comme tout le monde, ils discutent de ces sujets en dehors des cours. Apporter ces sujets en cours n’y apportera rien de plus concret, sinon un avis, pas plus éclairés ou accepté, qui sera celui du grand guide spirituel qu’est le professeur. L’école n’est pas là pour dire la bonne parole ou faire de la morale. Quand autrefois on avait des cours d’éducation civique, c’était pour apprendre du concret, pas pour exposer ses idées sur la peine de mort ou l’IVG. Et les professeurs auraient d’autant plus de mal à être dans le concret qu’il faudrait expliquer les propres incohérences de la république. Ainsi, comment expliquer à des mômes, que la liberté d’expression à travers des caricatures, c’est « sacré », et que la liberté d’expression pour un spectacle qu’on juge antisémite avant d’être donné, c’est moins « sacré » ? Je veux bien croire que parmi les profs beaucoup arrivent à s’en tirer, mais s’il y a des partisans de Dieudonné par exemple parmi ces profs (qu’on ne me dise pas que c’est impossible) est-ce qu’on est certain que ceux-là arriveraient à faire comprendre toutes les subtilités de la république et faire accepter ses incohérences ? Non, on pourrait tout aussi bien faire l’économie de tels débats dans nos écoles. Apprendre à être citoyen, c’est déjà savoir qu’on est libre d’échapper à toutes ces discussions au sein de l’école. Les avis, les opinions, les croyances n’ont pas leur place à l’école. Ça commence au comptoir du bar et ça finit dans un isoloir, mais entre les deux, il n’y a certainement pas l’école. C’est ça aussi la laïcité. Ne pas se laisser polluer par les débats foireux de l’extérieur. Des faits, pas de l’opinion ou de la croyance.

Par ailleurs, si on veut commencer à lutter contre les croyances folles et la bêtise, il faudrait commencer par nos propres croyances, en particulier celles qui nous permettent en tant que « nation » de nous gargariser d’être le centre du monde et des valeurs suprêmes. Deux exemples. Non, la France n’est pas le « pays des droits de l’homme ». Belle suffisance, vive l’ignorance. On dirait une vieille fille essayant de se convaincre qu’elle est toujours belle en se rappelant une beauté supposée d’autrefois. La France est le pays de sa « déclaration des droits de l’homme et du citoyen », point. Ce texte n’a aucune valeur universelle dans le monde (peut-être autrefois dans nos colonies et encore). Non seulement, on se plaît à confondre ce texte issu de la Révolution française avec le texte établi par l’ONU au sortir de la seconde guerre mondiale et qui lui a une valeur universelle, c’est-à-dire reconnu par la grande majorité des pays du monde ; mais en plus, il n’a aucune influence sur quoi que ce soit par ailleurs. Au contraire, le texte, dans le même esprit, est précédé par d’autres qui ont eu eux beaucoup plus d’influence dans l’histoire, et en ont encore beaucoup aujourd’hui, en particulier un texte britannique et un autre américain (1689 pour le premier, 1776 pour l’autre). Pays des droits de l’homme, donc, et mon cul… Allez dire à un Italien ou à un Japonais que la France est le pays des droits de l’homme…

Autre exemple, l’idée que la France est le pays de la pensée des Lumières… C’est évidemment faux. Le siècle des Lumières est un mouvement philosophique qui s’est répandu à travers toute l’Europe au XVIIIe siècle… Pas plus en France qu’ailleurs. Pour un courant basé sur la lutte contre les obscurantismes et les crétinismes, ça le fout mal de se prévaloir de lui tout en ignorant précisément ce dont il s’agit. On pourra donc toujours s’émouvoir devant ces musulmans incultes n’ayant jamais lu le Coran, on en fait autant. C’est encore à se demander ce qu’on apprend en cours d’histoire et en cours d’éducation civique (et j’avoue mon ignorance, je ne sais pas si ça existe encore) si c’est en effet pour nous raconter de telles conneries. Essaie-t-on de présenter aux élèves une vision de l’histoire qui soit plutôt objective et détachée du culte de la « nation » ? Quand il est question d’évoquer les dinosaures (oui j’aime bien les dinosaures — le ciel leur est tombé sur la tête et c’était même pas… Dieu), là, ça ne pose pas de problème (enfin j’espère). Mais dès qu’on arrive à l’histoire moderne, au mieux, elle est centrée sur l’Europe (d’où le principe de Moyen Âge, précédant l’époque dite moderne — et on aurait bien raison d’occulter — nous les Lumières — une époque florissante pour le monde… arabe), au pire, centré sur la France. Ce n’est pas de l’histoire, mais de la propagande. Une propagande nationocentrée (et ça, ce n’est pas du français).

(On est tout autant centré sur notre petite personne en littérature, mais c’est vrai qu’on peine à savoir à partir de quand — ou si seulement — on commence à passer d’un cours de langue française à un cours de lettre — perso je n’ai pas bien compris s’il y avait un basculement, et s’il y a, on ferait bien de se questionner sur la nécessité de garder un véritable cours de français jusqu’au bac, et garder la littérature, toutes les littératures, à un autre cours — la langue, la grammaire française est assez subtile et son domaine d’étude suffisamment vaste pour qu’on puisse en faire une discipline à part entière pendant toute la scolarité).

Concernant enfin la liberté d’expression. On voit là encore toutes les limites d’un système restrictif à la française (oui là encore, désolé de taper sur la France quand les libertés sont mieux respectées ailleurs). Quand on définit des limites à cette expression, on se heurte forcément à la difficulté de définir ces limites et on laisse alors le soin à un magistrat d’interpréter la loi. C’est surtout l’expression d’une société réactionnaire et qui, s’étant séparée de l’Église, est tentée de délivrer sa bonne morale. Ce n’est pas à l’État ou la loi à définir ce qu’est l’histoire, encore moins de définir des groupes pour qui il serait plus intolérable de se montrer intolérant. Les seules limites à la liberté d’expression tiennent au devoir de la collectivité de protéger les plus vulnérables, ses bambins, ainsi que chacun de ses citoyens des propos diffamatoires. Ce qui concerne donc tout le reste, je serais pour une fois plus favorable à une loi « à l’américaine » dans laquelle tout serait permis. Que les cons puissent s’exprimer librement, on aurait au moins l’avantage d’échapper à leur publicité quand ils délivrent leurs conneries. Et des propos dits dans le cadre d’un spectacle ne pourraient pas à mon sens être alors perçus comme diffamants étant entendu qu’un spectacle, comme une caricature, n’est pas la réalité, mais un travestissement de la réalité pour obliger le spectateur à se questionner sur ses rapports avec cette même réalité… Si les fous du roi sont d’intérêt public en riant du roi, les rois eux-mêmes auraient tout intérêt à ne pas tenir autant à ressembler à leurs caricatures.

(Je disais ça comme ça. C’est juste qu’il me restait du sable de l’autre jour qui me démangeait entre les doigts de pieds…)

Les Partouzeurs de l’aube

Ode aux amis qui se lèvent tôt

À deux mains, dès l’aube, à l’heure où blanchit la compagne
J’épouillerai la raie. Vois-tu, je sais que tu me tends.
Je jouirai par ta forêt, je lierai tes montagnes.
Je marcherai les yeux fixés sur cent autres triques.
Sans rien voir au-dehors, sans entendre vos bruits.
Seul avec toi, et toi, et toi, et toi, au milieu de tous, le dos courbé, les reins rossés,
Cuistre, et vos joues pour moi seront comme des huîtres.
Je ne me fierai ni à la croupe du soir qui tombe
Ni aux poils obliquent descendant sur vos sœurs.
Et quand je jouirai, je lâcherai ma bombe
Sur vos gouttières de mous verts et vos jarretelles en sueur.

Les Partouzeurs de l’aube.

— Allô, service des cooptations bonjour !

Il se murmure aussi qu’ils sont échangistes, se donnent en spectacle depuis leur club « Le Bouche à oreille », et ne font jamais rien sans les autres. La haute société du like. L’amour industriel. Le talent, le vrai, le nique. Les plus beaux, les plus chauds. Ceux auxquels la plèbe rêve de ressembler. Ceux qui en sont. Ceux qui font la pluie et décident de l’heure du levé. Ceux qu’on regarde et qu’on lit. Ceux qu’on admire et qu’on peep. Ceux qui pourraient sauver le monde depuis les coulisses de leur gouvernement sélect.

Tu niques ?

On n’y échappe pas, ils sont partout les partouzeurs. Ils nous lisent, nous aiment, permettent d’un geste que nous nous reproduisons. Il faut les aimer parce qu’eux nous aiment de tout leur être. Avec leurs fesses, leurs lèvres, leurs seins. Avec la pulpe des doigts, ils chatouillent notre petit bout et c’est du matin au soir notre profil qui s’anime tout autour. Un amour, suivi d’un autre, qui se susurre entre toutes les bouches et jusqu’aux oreilles dans une giclée de neige irrépressible. Il faut être là au levé, quand les œufs sont frais et les rosebuds prêts à se faire chatouiller, quand tous dans le beau « Bouche à oreille » s’enlacent, et quand derrière la vitre nous les voyons jouir au milieu de la rosée, et quand d’un soupirail s’évade, défèque, cet agréable remugle propre à ceux qui s’aiment dans la courtoisie.

Partouzeur pour la vie. Dans l’arène lubrique de nos amours. Un jour peut-être ma queue s’y déroulera. Un jour peut-être ma queue s’y roulera. Un rêve, une espérance, un nœud pieux. La bande n’est pas encore pour moi. Pas assez de chatouilles. Trop d’oreille et pas assez de bouche. Pas de pieu suffisamment noué sous mes fesses pour que je m’y couche. Alors, caresse-toi en attendant. Tripote ton voisin de queue qui t’y fera rentrer peut-être. Lèche celui qui te précède et tends les deux fesses à celui qui te suit. Partout les partouzeurs. Bientôt tu en seras.

La cooptation des cloportes

En bon transmetteur culturel (de la bouche à oreille, de l’oreille au cul, du cul à la bouche et de la bouche à l’oreille…), SensCritique nous suggère des listes “appréciées” quand on navigue sur d’autres listes. Un petit encart popup s’affiche à droite, et quand ce n’est pas des sondages, on peut s’étonner de ne voir toujours que les mêmes listes. Des listes assez anciennes mais on peut surtout s’amuser à voir qui les a composées. C’est tout mignon.

La bouche, tout le monde en a une, mais on s’arrange quand même que les oreilles de la plèbe écoutent parfaitement toujours les mêmes bouches. Et ça marche, puisque le peuple balance innocemment profusion de “likes” à ces listes, le plus souvent idiotes, inutiles voire incomplètes (ce qui n’est pas tant que ça un problème étant donné que le petit peuple piaille d’une liste à une autre pour se convaincre qu’il existe et qu’il ne fout jamais les pieds en page 2 — si tant est qu’il est au moins jeté un oeil à la première).

Ces éléments, servent-ils réellement à promouvoir les listes “appréciées” du moment ?

Liste non exhaustive.

Liste de Clément (fondateur du site), autopromo :

http://www.senscritique.com/liste/Films_que_tu_sais_que_ca_va_etre_pourri_mais_que_tu_mattes_q/72

http://www.senscritique.com/liste/Une_fin_qui_twiste/106

http://www.senscritique.com/liste/Je_suis_un_homme_je_pleure_pas_ou_alors_un_tout_ptit_peu/95

http://www.senscritique.com/liste/Y_a_du_dialogue_mec/96

Liste de Coriolano :

http://www.senscritique.com/liste/Les_romans_historiques_valables_qui_n_ont_pas_ete_ecrits_jus/3298

et

http://www.senscritique.com/liste/Ceux_qui_pensent_que_la_SF_est_un_sous_genre_n_ont_pas_lu_ce/2991

et

http://www.senscritique.com/liste/Litterature_beat_et_deglingos_des_livres_qui_sentent_sous_le/6810

Liste de RlndGrn :

http://www.senscritique.com/RlndGrn

http://www.senscritique.com/liste/Si_a_50_ans_on_n_a_pas_lu_ce_bouquin_on_a_rate_sa_vie/9456

Liste de anna:

http://www.senscritique.com/Anna

Liste de fabprems

http://www.senscritique.com/fabprems

http://www.senscritique.com/liste/Les_films_dont_on_aimerait_ne_plus_entendre_les_repliques_en/563

Liste de Prodigy

http://www.senscritique.com/Prodigy

http://www.senscritique.com/liste/Les_films_coup_de_poing/791

Liste de nanark

http://www.senscritique.com/liste/Je_n_aime_pas_par_principe_D_ailleurs_je_ne_l_ai_pas_vu_j_ai/682

et

http://www.senscritique.com/liste/Encore_un_film_francais_ou_on_se_demande_comment_ils_ont_pu/256

http://www.senscritique.com/liste/Mes_navets_cultes/126

Khomille http://www.senscritique.com/khomille

liste promue via fb

https://www.facebook.com/senscritique/posts/260924554013755

http://www.senscritique.com/liste/Les_208_films_qu_il_faut_avoir_vus/14250

Echange de bons procédés, puisque Camille est journaliste à Libé et a reçu Clément à son émission 56Kast:

http://ecrans.liberation.fr/ecrans/2014/06/06/le-56kast-28-du-droit-a-l-oubli-au-senscritique_1035036

Plug_In_Papa

http://sens.sc/Q5q4pl

enilua http://sens.sc/RThqug

20 bonnes raisons de ne pas avoir d’enfant


L’anthologie du pire SensCritique

Les capitales

Réseaux sociaux

Tu likes ou tu raques.

Petit manuel des usages et comportements qui pourrissent SensCritique

 

sc

 

L’auréole on peut se la foutre au cul. Manger le pain des apôtres pour qui tout est amour ou le vomir, il faut choisir.

Like me if you can :

SensCritique est un site communautaire dit-on. La règle est donc de jouer du « like » pour en avoir en retour. Notez qu’il vaut mieux avoir un niveau d’anglais, au moins collège, pour saisir le sens du like.

La pratique de la mère Ubu : liker trois cents fois par jour pour voir fleurir en retour les likes dans son jardin.

Et ça marche, pourquoi s’en priver ?

Les likes permettent une visibilité pour ses critiques et ses listes. La visibilité offre des likes gratuits en retour. L’assurance d’une rente future.

La bonne pratique :

  • Liker sans boutonner, à l’invisible.
  • Utilisation parcimonieuse du like.
  • Blocage des membres assujettis aux likes ; blocage des élèves qui suivraient les traces de leur(s) professeur(s).

Le témoin de Jéhovah :

Quand on s’est déjà aguerri dans l’art du like, on doit se construire un domaine. Il est évident qu’on ne saurait être lié qu’aux autres seigneurs du like. En quête d’abonnés, donc, tu iras. Certes, la pratique de l’échange de like est une valeur sûre pour faire apprécier son activité, mais il faut surtout prêter attention au petit peuple, celui qui n’use pas de ces pratiques, ou qui se connecte vingt minutes par jour. Il faut donc être à l’affût des nouveaux (qui seront toujours flattés de voir un roi ou une reine à leur chevet), mais aussi parcourir le fil d’actualité « tout le monde » pour courir les membres qu’on n’aurait pas encore brossés dans le sens du poil.

La pratique de la mère Ubu : c’est de la merdre.

La bonne pratique : on ne mesure pas une quéquette à la longueur de ses abonnés (masquer ces informations n’est pas prévu).

Une obole pour les pauvres :

Une fois qu’on a tout plein d’abonnés, il faut savoir donner la béquée à la plèbe. Ça n’oblige pas à la lecture, faut pas pousser, un like c’est vite fait. Mais il faut toutefois laisser penser qu’on lit ce qu’on like. Il ne faut donc pas seulement liker la dernière critique ou la liste la plus en vue, il faut fouiner dans les archives. Tout ce qui ressort de l’ordinaire doit être apprécié. Inutile de s’attarder, faut pas pousser, une visite officielle à l’hôpital, c’est de la com'(munauté). Et le malade pourrait même avoir la lèpre et ne jamais montrer de considération en retour — tous ces efforts ne garantissent pas contre l’ingratitude coutumière des petites gens.

La pratique de la mère Ubu : Command & Conquer. Laisser deux ou trois minutes entre chaque like, le contraire paraîtrait suspect.

Bonne pratique : parcourir le site pour trouver des membres partageant des goûts similaires ou pouvant nous éclairer, pas le contraire.

L’échange de bons procédés :

Il est clair que sur un site communautaire, on finit malgré tout à créer des liens. C’est vrai que ça prend un peu sur le temps qu’on devrait passer à liker, mais tout n’est pas perdu parce qu’on tend naturellement à adopter les mêmes pratiques quel que soit le membre en face. « Like ! » « ah, ah ! merci ! Like ! » « Ah ! j’en étais sûr, like ! » « Like ! like ! » « Vous êtes trop like les copains ! ».

Il paraît qu’on appelle ça la convivialité. C’est peut-être aussi le niveau zéro de la discussion et de l’échange.

Les notifications qui tuent :

Rien n’est plus agréable quand on rentre du boulot, de trouver sur son profil une cinquante de notifications qu’on espère être en rapport avec la critique publiée au petit matin. Cela permet de compter ses petits, voir avec la minutie d’un percepteur des impôts s’il ne manque personne à l’appel. Reste qu’il y a des membres un peu sournois. Certains, les goujats, au lieu de liker listes ou critiques, se permettent de liker une activité annexe. Du fait d’un trop grand nombre de roulages d’yeux derrière les écrans, cette pratique serait à l’origine des déboîtements du nerf optique rapportés ces derniers mois : « tu as aimé ma critique, j’aime ça ! » Ah oui, Gérard, on s’en fout ! Viens plutôt liker une critique en retour !

Autre exemple pas moins exaspérant quand on attend une pluie de likes productifs : « J’aime que tu aimes Peter Brook ! » C’est un peu comme se retrouver dans une foule étrangère, recevoir tout plein de sourires bienveillants, écouter compliments et bonnes intentions, sans en comprendre un mot et ne pouvoir répondre qu’un « Oui, oui bien sûr… » tout en pensant « Qu’est-ce qu’il me veut celui-là ? »

Comment te dire ?…

On aurait tort de croire qu’un like suffit à amadouer nouveaux membres ou abonnés. Si on n’attire pas les mouches avec du vinaigre, reste aussi qu’on n’ira pas loin avec deux ou trois gouttes de miel. Pour gagner gros, il faut miser haut. Les pertes sont rares, donc garanties. Pour assurer le coup, la politique du grand seigneur, c’est de l’accompagner d’un petit commentaire bienveillant. Et comme il est quelque peu ennuyeux de lire les critiques, ou pire, les listes en détail, il faut savoir s’entourer d’une armée de compliments prêts à l’usage. Plus diversifiés sont ces soldats de miel, mieux ce sera. C’est tout un art inspiré du coucou. Le coucou pond dans le nid d’une victime pour lui laisser le soin de nourrir sa progéniture. That’s money in the bank.

Le terme est identique : pour que le subterfuge réussisse, il faut encore que le coucou passe pour autre chose qu’un vulgaire « coucou ! »

Attention, c’est un travail sérieux. Certains se lèvent aux aurores pour être les premiers à duper leurs victimes.

Alors, comme je suis beau joueur, je proposerai en commentaires de cet article toute une panoplie de commentaires coucoufiants. Libre à chacun d’y venir déposer les fientes coucouiées par hasard sur son balcon.

L’appel à la Reine :

Il y a au tarot, quand il se pratique à cinq, ce qu’on appelle pour le preneur, « l’appel au roi » qui consiste à désigner au hasard un joueur qui aidera le preneur à accomplir son contrat. Or, il arrive, rarement, quand le preneur dispose d’un jeu du tonnerre, qu’il possède les quatre rois. Il se voit alors contraint d’appeler une reine. Eh bien, sur SensCritique, c’est pareil. Quand on a su se rendre maître de son domaine, qu’on possède le meilleur jeu qui soit, que les points tombent tout seuls, on ne veut laisser aucun pli à l’adversaire. Alors quand on perd un abonné, il faut tout de suite partir à la conquête du petit et s’enquérir poliment de la raison de cette coupe franche. C’est un des revers de la fortune. Quand on gagne trop, certains se mettent à quitter la partie ou à faire leur propre écart — les chiens !…

Là, inutile de se perdre dans un long message personnel. Le message type est de rigueur. Il n’a pas pour but de convaincre le renégat de rejoindre la cour. Non, mais il est utile d’avoir une réponse pour comprendre les motifs d’un tel écart. C’est qu’on peut être seigneur et chercher à bien gérer son domaine. Il en va encore de l’honneur de la reine.

Exemple de mp standard :

« Salut Lâcheur,

c’est tout à fait par hasard que j’ai vu que tu m’avais supprimé(e) de tes éclaireurs, ce qui est ton droit le plus strict bien sûr, mais

Puis-je juste te demander pourquoi ?

Merci d’avance et bonne nuit,

La Reine, lauréate du concours Éclaire mon cul ma tête est malade»

Les relances :

La qualité des postes étant ce qu’elle est, mieux vaut s’assurer qu’une critique envoyée il y a quelques mois ait bien été reçue. La date est traître, mais la plupart des membres lisant à peine ce qu’on leur envoie, ça passera comme une lettre… Et mieux vaut être confondu par une date qu’une critique perdue dans les limbes. Une broutille certes, reste qu’il faudrait voir si tout le monde faisait la même chose.

La méthode de Jean du Rocher, petit seigneur sans domaine depuis sa dernière retraite, est simple mais efficace (il faut bien vivre : quand on n’a ni écuyer ni femme de chambre, on a des idées) : revenir à la poste, demander l’oblitération de sa précieuse, revenir sur sa décision, là, parler du temps qu’il fait à la directrice des postes, qui distraite, accepte sa précieuse et la dépose même en haut de pile en oubliant de la lui faire payer.

La conclusion de l’histoire, c’est Jean du Rocher qui nous la révèle lui-même : « Vous pouvez vous lisser la moustache, le tour s’est joué sans patin ni roulette. »

C’est beau l’amour.

Si t’as Sion, t’es pas con :

Quand on n’a rien à dire, on le fait dire par d’autres. La citation peut être un art, mais la source vaut tout autant que le texte partagé entre guillemets. Or certains, certunes, ce sont spécialisés dans l’art du pillage de tombes en collectant dans leurs listes, ou parfois même en ouvrant une galerie complète (comprendre, en critiques), toute une suite de citations sans référence, parfois même sans guillemets. On croira que le texte est le sien, et dans le cas contraire, on pourra toujours prétexter l’oubli ou les guillemets. L’art ici du faussaire étant de jouer sur les apparences et sur la naïveté de ceux qui le suivent. Et c’est d’autant plus regrettable quand ces listes sont en tête de gondole sur les trois quarts des films du site.

La sainte recommandation :

La communauté se renouvelant sans cesse, il est donc nécessaire pour augmenter son nombre de followers d’aller à la chasse aux jeunots. Mais comme nos seigneurs sont assez faignants, ils se tiennent rendez-vous le dimanche pour une chasse à courre durant laquelle on chasse la même cible et on la harcèle de recommandations et de messages bienveillants.

Ça commence en général par un like de son top10. On fait alors tourner sa carte de visite dans tout le Live. C’est le signe d’attroupement attendu. La cible a intérêt à être active ce jour-là pour pouvoir répondre aux propositions. Toute contente de cet afflux inattendu, elle baisse la garde et en redemande. Elle vient renifler les profils de ses nouveaux amis, et là, flattée de voir de tels membres si éminents venir lui dire bonjour, elle mord à l’hameçon. La panse pleine de films qu’elle ne verra sans doute jamais, elle tombe directement dans le panier de nos grands seigneurs.

Une fois fait, le bouton « ajouter comme éclaireur » est activé. Ça correspond pour le nouvel “éclaireur” à un « merci et au revoir ».

Si les cibles ainsi harcelées prennent rarement part par la suite aux orgies de likes entre grands seigneurs, elles restent toutefois un atout pour eux. Cinq minutes à peine passées sur le compte d’un nouveau membre, et c’est le nombre « d’abonnés » qui explose si on reproduit la chasse plusieurs fois.

La course entre grands seigneurs peut ainsi continuer.

De son côté, le nouvel abonné se trouve avec une cinquante de likes dans la journée, autant de films à voir et de nouveaux éclaireurs. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est qu’il va retourner très vite à sa petite vie de grand anonyme du site. Tu peux toujours trimer dur, cher abonné, pour intéresser le peuple à ton activité. Si tu ne pratiques pas les mêmes usages aristocratiques, c’est peine perdue.

Du contenu et du vide [participatif] :

SensCritique, c’est un peu Facebook, mais c’est aussi un peu Twitter avec sa quête du contenu viral. Si on n’est pas grand seigneur parce qu’on n’a rien à vendre, on fait comme dans la vie : on vend quand même, mais du vide. Les grands seigneurs qui méprisent ces usages de petits peuples (mais qui daignent participer au buzz pour montrer à leurs gens qu’eux aussi aiment les chansons paillardes et les blagues obscènes), ont une expression pour ces méthodes de parvenus : l’incontinence virale.

À Nulle part ailleurs, Jérôme Bonaldi présentait des inventions rigolotes et finissait ses camelotages par un « C’est totalement inutile et donc rigoureusement indispensable ». Le principe est le même. Une idée “géniale” de liste, et, le contenu étant totalement inutile, il faut s’arranger pour la rendre rigoureusement indispensable.

Il faut donc un concept, de la bonne humeur, puis remplir sa liste avec des films qu’on n’a pas vus mais qui illustrent vaguement l’idée (un peu comme là) de chacun des points fabuleusement inutiles mais rigoureusement trop fun vendus par le concept de la liste. Plus important encore : se référer aux membres sur qui on compte pour répandre sur le réseau l’indispensable liste : les membres “éminents” (la private joke pas si private que ça), les membres qui nous suivent (plus à même de liker donc d’initier l’épidémie), et les éclaireurs (toujours bien de flatter ceux qui refusent toujours de nous porter un peu d’attention, on sait qu’ils feront tourner en trouvant enfin là une “bonne” raison de les remercier de les suivre).

Résultat ? Une liste où on se marre comme au pub. On a rempli le vide de son existence inutile par un autre vide, lui, indispensable. L’auteur de la liste est content, son concept a tourné un peu partout.

Belle allégorie du monde moderne. Où on demande à chacun d’être “créatif” pour vendre du vide et accéder à son quart d’heure de célébrité.

L’occasion donc pour moi de remercier ces créateurs de l’invisible. Ces magnifiques escrocs. Oui, votre contenu est parfaitement inutile, mais votre présence est aussi rigoureusement indispensable. Grâce à vous, steka peut lire tranquille, et oso remplir le site de contenu critique dans la plus totale indifférence.

Notez qu’on se demande bien pourquoi le site s’appelle SensCritique en voyant sur le compte Twitter du site les listes promues par l’équipe*. À croire que Bonaldi est leur mentor.

*voir la Cooptation des cloportes

La mitraille de l’ombre

Il y a ceux qui mitraillent de likes les listes et critiques, il y a les rochers qui mitraillent dans le vent, et il y a les mitrailleurs de l’ombre. Qu’ils soient spécialistes des intrigues politiques ou dealers d’égoglobine, la finalité est toujours la même : se composer un petit capital d’abonnés capable de vous apporter du crédit auprès de la communauté.

La méthode est d’une facilité déconcertante, et à grande échelle (on parle bien de mitraillage), le gain est assuré. Bien sûr, plus votre profil est complet (critiques, nombre imposant d’œuvres, nombre d’abonnés) plus votre coefficient de pénétration dans le vide critique sera important.

Vous avez une critique dont vous êtes fiers ? même plusieurs ? vous avez noté une œuvre moyennement connue ? Ruez-vous sur la fiche de l’œuvre en question et mitraillez de likes les membres ayant produit une activité récente sur l’œuvre (de préférence ceux susceptibles de lire votre critique ou ayant noté pareil). Le champ est grand et à couvert, les balles fusent, personne ne vous regarde tirer. Personne ? à part ceux sur qui vous tirez. Pourquoi ? Parce que votre fil d’actualité ne relève que vos appréciations de critiques ou de listes. Pas celles lancées sur les notes ou les appréciations (mise en abîme du rocher du type « j’aime que tu aimes », seulement le rocher ne s’adresse qu’à ses éclaireurs). Sur cent likes prodigués en une vingtaine de minutes, c’est donc autant (cent) de membres qui viendront se présenter à vous pour vous dire « on m’a tiré dans le dos, t’aurais pas vu qui c’est ? » « Ah non… Attends, je vais t’aider. » « Ah merci t’es sympa ». Pour draguer, il y a le coup de la panne, mais il y a aussi l’astuce du bienfaiteur. Ici c’est encore mieux : pas besoin d’associé. Vous tirez dans le dos, votre victime ne verra pas vos basses intentions.

Vous pouvez tester. Argent facile.

– Mort aux likes — du spam rien de plus –

L’opportuniste :

Tiens, Hôtel Rwanda repasse à la télévision ? Si je réactualisais ma critique et la faisais passer pour une nouvelle ? Le recyclage est une bonne chose.

Ah… des likes ! Ils adorent ! Viendez mes amis ! entrez dans le monde fantastique de mes passions astiques !

Demain, je distribue mes bons points : mes Gérard d’Or ! Viendez voir la lumière !

La parade des parvenus :

Un bon seigneur sait avant tout s’entourer de bons paysans pour produire ressources et chair à canon. Un bon seigneur sait aussi qu’il faut travailler son éducation pour en imposer en public, et qu’il faut autant être habile de la plume que de l’épée. Mais il faut aussi savoir faire bonne figure à la cour et savoir quand et comment s’entourer. L’art de la diplomatie. Montre-moi ton carnet de bal, je te dirai combien tu pèses. C’est bien d’être l’élu de ton fief, d’être suivi par la plèbe ; si on est maître qu’en son royaume, on ne restera jamais qu’un vulgaire seigneur de province. Il faut monter à Paris, jouer alors d’intrigues, déjouer les complots, fomenter les pires alliances pour se tracer une voie qui ne pourrait être que royale pour notre noble personne.

Être courtisan, ce n’est pas s’entourer des seigneurs avec lesquels on s’entend le mieux, ceux avec qui on fait commerce, avec qui on a des affinités. Non, il faut avancer ses pièces, toujours, et savoir qui ajouter et quand sur son carnet. User de certaines familiarités un peu trop tôt avec un courtisan de haut rang quand on n’est qu’un petit parvenu et tout est perdu. Le temps et l’intimité sont ses meilleurs alliés. Il faut d’abord former un petit cercle d’autocongratulateurs, on grandit ensemble, tes gens sont les miens… Et puis alors, l’autorité se faisant petit à petit, on gagne le droit de s’asseoir à la table des grands. Il faut y aller d’abord avec humilité, déférence, et les plus hauts courtisans daigneront peu à peu intégrer l’idée qu’ils auraient aussi intérêt à accepter ces parvenus parmi leurs contacts. D’un étage à l’autre, les mêmes règles. Et bientôt, l’autorité et la légitimité arrivent toutes seules.

Le parfait courtisan, s’il veut rester alors un favori, devra savoir intégrer les seigneurs les plus influents du moment, les plus à la mode, pour rester à sa place. Certains font souvent preuve ici de légèreté, de paresses, ou pire, d’arrogance. Et c’est naturellement que certains seigneurs cherchent à leur prendre la place, plutôt que s’allier… Mais c’est du travail. Plutôt qu’entretenir un grand carnet de bal, il faut parfois faire des choix. Au risque de passer soi-même pour un opportuniste ou un béni-oui-oui à force d’être toujours d’accord avec tout le monde et de s’asseoir à toutes les tables. Il faut ainsi savoir se délaisser parfois de certains amis encombrants. Il ne faudrait pas prendre le risque de se compromettre. La réputation avant tout.

Les saintes écritures

Être un bon souverain, c’est une chose, on se fait respecter par son autorité, on reste en place grâce à ses relations, mais pour avoir l’appui du peuple, il faut aussi savoir le divertir, ou le détourner de l’essentiel, lui épater les yeux, lui faire croire en des choses qu’il n’imagine même pas mais qui lui feront passer toute envie de se révolter ou d’aller voir ailleurs. Alors pour cela, le souverain doit montrer la Lumière, la dire, et comme la lumière ne vient pas en chantant, parfois, il arrive qu’on en vienne à la chercher ailleurs, sans le dire. Si certains politiques se font écrire leurs discours par d’autres, il arrive parfois que parmi nos dignes souverains, certains partent surfer quelques heures sur des plages privées, et, munis d’une pelle et d’un seau, en retirent quelques parcelles de sable fin et riche. Après tout, l’océan est vaste, personne n’y verra rien, et si la plage, elle, est privée, ce n’est pas un ou deux seaux de ce joli sable qui nous fera perdre notre honneur. Alors pourquoi s’en priver ? Voilà de la poudre aux yeux qui fera son petit effet sur la plèbe qui attend les lumières de son maître.

Alors certes, les plagiaires semblent plutôt rares, mais la pratique existe, et elle est d’autant plus sournoise qu’on imagine que « voler un peu », ce n’est pas si grave. Des annotations dans des listes pillées sans les citer dans des critiques trouvées sur le Net ; des critiques “institutionnelles” qu’on partage tout à fait honnêtement sous son propre compte mais c’est « une bonne chose de partager ce qu’on apprécie (mais pas au point d’y foutre une source, non » ; et ça va même jusqu’à l’inspiration en panne qu’on aiguille en allant piocher syntagmes ou phrases entières parce que « merde tu rigoles c’est pas du plagiat ça, je reprends que les idées ».

Inutile alors de le faire remarquer. En France, c’est celui qui dénonce qui passe sur le billot. Souverains ou simples plébéiens ayant passé un petit séjour à la plage s’en sortiront toujours, avec l’assentiment bienveillant (accompagné d’un petit air outré à l’égard des vils dénonciateurs) de leurs “contacts”.

Souriez, plagiez. Tout le monde s’en fout.

avril 2014

Échec scolaire et « constante macabre ».

Les capitales

Éducation

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Je viens d’en apprendre une bonne… On sait tous que le système de notation (sur 20) est bien pourri pour l’avoir expérimenté. Au lieu d’encourager l’élève à travailler, la note porte un jugement de valeur sur son travail et par extension sur l’individu. Système qui a pour conséquence de mettre sur la touche un certain nombre d’élèves « mal notés », qui ainsi mal noté ne voient pas l’intérêt de travailler plus vu qu’ils ne sont jamais récompensés pour ce travail. Maintenant, le fait qu’on organise dans le milieu scolaire l’échec scolaire de certains en les notant (et donc derrière de juger leur travail et non spécifiquement évaluer des connaissances spécifiques ou juste récompenser un travail quand il est effectué mais qu’il comporte certaines lacunes), c’est une chose, mais j’ai appris que consciemment ou inconsciemment les professeurs jugeaient mal un certain pourcentage (un tiers semble-t-il) d’élèves dans une classe. C’est ce qu’un professeur appelle « la constante macabre ».

Donc en gros, imaginons une classe d’excellents éléments, avec des connaissances sûres, un travail soigné et volontaire, bah il faudra toujours dégager (le terme est approprié…) un certain pourcentage de mauvaises notes pour que la notation générale, moyenne de la classe soit crédible. Il faut avoir une moyenne de dix… quand bien sûr la moyenne d’une telle classe « d’élite » serait plus autour de 15.

Le résultat c’est quoi ? C’est qu’on fabrique de l’injustice et de l’échec scolaire. Et même au-delà de ça, on crée toute une mentalité « à la française » basée sur l’échec, la punition. Y a pas à chercher bien loin pourquoi les Français sont râleurs…^^

Et si je viens là pour parler de ce truc tordu et vicieux, c’est bien sûr pour râler comme je sais bien le faire^^ mais également pour crier haut et fort que oui je suis une victime de « la constante macabre » ! Pourquoi alors que je pense m’être toujours intéressé au monde, j’ai toujours refusé de me laisser enseigner des choses dans ce cadre scolaire ? Je pense pas avoir été particulièrement idiot, ni même avoir montré une grosse mauvaise volonté, seulement il était clair pour moi que dès que je faisais un effort ou que je montrais un intérêt pour une discipline, le plus souvent cet intérêt n’était jamais récompensé… et donc qu’au bout d’un moment je lâchais l’affaire et m’intéressait à autre chose… chez moi, dans mon coin. L’école a été pour moi une perte de temps, parce que tout le temps que j’y passais, c’était du temps perdu… à ne pas apprendre, à ne pas m’intéresser au monde. Un comble.

Alors comment on en est arrivé là ? Je commence à comprendre avec cette « constante macabre »… Diagnostiqué assez tôt comme dyslexique en primaire, j’ai été victime de ce handicap dès le début, jugeant mon travail, mes copies en fonction de mes difficultés naturelles en orthographe et non en fonction du contenu, de mon intérêt, de mes efforts, voire et je pense que c’est encore plus grave, de mes connaissances. Il a été facile pour les enseignants à cause de cet handicap de me balancer dans le tiers misérable de la classe, ne tenant jamais compte réellement de ma dyslexie dans mon travail (ce serait un peu comme punir un élève muet parce qu’il ne répond pas à une question posée par son professeur), et encore plus facile les années suivantes durant toute ma scolarité, facile pour mes professeurs de suivre la voie qui m’était tracée : peu importait ce que le petit limaçon faisait, si ses précédents professeurs l’avaient mis parmi les mauvais élèves (hou parmi les “méchants” on dirait presque, c’est maâhl…) c’est qu’il devait bien y avoir une raison, donc on se foulait pas, je rentrais direct dans le quota de mauvais élèves… Je comprends mieux comment pourquoi à chaque nouvelle discipline rencontrée comme l’espagnol ou la philo, j’étais au début très enthousiaste de découvrir un monde nouveau, et au bout de quelques semaines, après les premières évaluations, j’arrêtais de m’y intéresser, vu que mon intérêt n’était jamais récompensé… Il fallait des mauvais élèves, des mauvaises notes pour qu’il y ait une constante macabre, une crédibilité générale des notes dans la classe, ça tombait sur moi. (Peut-être aussi que j’étais moins doué que les autres, bien que j’en doute…, mais dans ce cas, le problème c’est la “productivité” de l’enseignement qui casse tout net l’enthousiasme de « mauvais élèves » en les mettant dans un coin et en leur faisant bien sentir qu’ils sont de la merde et que ça sert à rien qu’ils se bougent le cul, vu qu’ils n’arriveront jamais à rien…)

Voilà comment je me rappelle avoir parfois travaillé comme un malade sur des devoirs dont le sujet me plaisait et comment je me disais presque au final qu’on ne m’y reprendra plus à m’intéresser pour un de leur truc, suite à une note cata… Je me rappelle par exemple un devoir sans doute un peu bâclé et bourré de fautes dont le sujet était un poème de Verlaine. Une trentaine de pages pour disséquer ce malheureux machin pour au final ne pas être récompensé ou encouragé. Si c’était si mauvais que ça, il aurait fallu reconnaître au moins l’enthousiasme, l’envie, et identifier les lacunes et faire un suivi de ces problèmes dans le temps… On donne confiance ainsi à l’élève, on lui montre de l’intérêt, on reconnaît ses efforts, son travail… Là j’étais qu’une merde, un con, qui avait mal soigné son travail… À côté mon pote n’avait fait qu’une page et demi, n’avait aucun intérêt pour l’œuvre qu’il devait commenter et il avait deux fois ma note. La pédagogie, c’est pas une question de bien ou de mal, mais de justice surtout, mais dans le sens “juste”. Donc pendant toute ma vie de petit écolier, j’ai eu droit à des « trop confus » dans la marge et à des « soigne ton orthographe ». Bah ok, t’es professeur non ? tu m’expliques comment faire pour arriver à ordonner mes idées, éviter ces putains de parenthèses ?! Que dalle, il faut croire qu’il ne faut pas trop porter attention au « tiers macabre » de peur que les autres élèves de la classe se rendent comptent qu’ils ne sont pas si idiots que ça… Si je redis parfois dix fois la même chose différemment entrecoupé de parenthèses, bref si c’est le bordel quand on me lit, vous pouvez remercier ces chers professeurs qui ne savent qu’enlever des points à chaque faute ou remarque en rouge dans la marge mais qui finalement nous apprennent rien. L’important ce n’était pas les connaissances, mais la manière de les présenter comme eux ils voulaient (ils doivent pas aimer les nuances ou les argumentations hésitantes…) et donc s’il faut remplir un quota de mauvais élève dans la classe. Les professeurs sont des juges qui semblent dire sans cesse « nul n’est censé ignorer la loi »… Bah ok tu me rappelles qui est censé nous l’apprendre ?! Il faudrait plus de pédagogues et moins de juges.

Parce que la réalité, c’est que si j’ai toujours été un mauvais élève (selon leur critère), je pense avoir été le plus souvent dans d’excellentes classes. On n’y trouvait pas forcément de gros travailleurs, mais il n’y a jamais eu d’élément perturbateurs (sauf moi quand je me faisais vraiment suer…) et surtout on était tous assez curieux. Forcément, j’imagine qu’avec des théâtreux, on n’est plus intéressé par les choses bien que plus flemmards^^. C’est vrai aussi qu’on hérite des meilleurs professeurs qui veulent avoir ces petits monstres pseudo intello que sont les théâtreux. Mais « bons professeurs » ne veut pas dire non plus qu’ils vont cesser avec cette pratique honteuse de notation et surtout de cartographie macabre de la classe… Comment expliquer sinon que tous les ans pendant dix ans les professeurs proposaient le redoublement à mes parents et que tous les ans je continuais mon chemin l’air de rien… Si j’avais tant de lacunes, elles auraient dû s’accumuler au fil du temps, surtout que plus ça allait moins je travaillais, vu que par expérience, je savais que ça servait à rien (jusqu’au bac où un prof m’a enfermé deux jours dans sa bibliothèque au fond de son jardin pour réviser — quoi, deux jours, c’est énorme !^^ — et qu’au final à l’examen on tombe sur quelque chose de totalement imprévu), et donc j’aurais dû être une grosse merde arrivé en terminal, sans avoir jamais travaillé, ou un peu quand le sujet m’intéressait (mais sans succès comme je l’ai dit… donc sans suite) ; et donc m’éclater au bac.

Mais le problème de ces techniques de notation et de discrimination, c’était pas finalement le bac. Tout le monde peut l’avoir le bac… Le problème, c’est le regard qu’on a sur soi-même et la volonté par la suite de continuer ou pas. Comment vouloir continuer ses études à la fac quand on n’y est pas obligé (oui pour moi l’école c’était une prison, c’est obligatoire quoi, un peu comme avoir le bac, c’est un peu aussi socialement obligatoire — le minimum), on n’est pas maso, on n’y va pas. Pourquoi continuer à suivre toutes les étapes en nous entendant dire qu’on est que de la merde et qu’on vaut rien, alors que les faits nous disent le contraire ?… (si vous le faites passer il sera en grande difficulté, il aura trop de lacunes… mon cul oui, on les entend souvent parler de “lacunes” sans les identifier… si l’école doit apporter un certain nombre de connaissances, j’étais en plus loin d’être le plus ignare… donc je les emmerde ! — Et en parlant de connaissance, ils peuvent faire les beaux… j’avais une prof de français en terminale qui se vantait de ne pas regarder Question pour un champion parce que c’était trop facile pour elle… Et un jour elle me dit ne pas savoir qu’il y avait Renoir père le peintre et Renoir fils le cinéaste… Ils sont comme tout le monde, y a des ignares et des cons partout et ils profitent de leur situation pour se la raconter… ça doit être le plus frappant au lycée où on se retrouve avec des professeurs pas assez “bons” pour être professeurs d’université et où bah leurs connaissances se retrouvent confrontées à de jeunes adultes qui commencent à connaître un certain nombre de trucs… donc parfois le côté « maître-élève » qu’il devrait y avoir vole en éclat : pour avoir envie d’apprendre, il faut encore avoir l’impression que son maître en sait largement plus que vous ; parfois même c’est juste une question d’autorité pour aimer apprendre sous les ordres d’un maître… mais quand tous les profs aujourd’hui n’ont plus aucune autorité on devient insolent en classe parce qu’on n’accepte pas leur manque d’autorité et on passe notre temps à les mettre à l’épreuve… Comment avoir du respect par exemple pour un professeur qui vous saque avec des notes et des commentaires assassins sur vos copies et vient vous voir comme une midinette dans les coulisses du théâtre pour vous dire à quel point elle est contente de voir « qu’enfin » elle peut voir qu’on est doué à quelque chose… Bah t’aka pas me mettre direct dans la « constante macabre », peut-être alors que j’aurais fait des efforts et montré plus d’intérêt dans tes cours chiant à mourir). S’il y a tant d’étudiants qui quittent la fac la première année, les raisons sont peut-être dans ce système de notation dévalorisant qui créé de l’injustice en stigmatisant les “mauvais” élèves et en en créant d’autres de toute pièce.

Merci au système scolaire de créer autant d’injustice et de favoriser la culture de l’échec, ça forge toute une mentalité « à la française ». Je préfère encore la confiance béate des Américains quand ils disent que leurs enfants sont bons, voire comme ils disent souvent en confondant un peu tout : “intelligents”. Quand je suis allé dans une famille pour l’été là-bas, c’était une fierté pour les parents de me dire que leurs enfants avec que des A(s). « What about you ?! »… « Oh you know the French system is kind of weird… If you have B(s) it’s ok… » « hum, C-… Ok D… Don’t look me like that ! Ok… E… PLUS… Don’t you know the French death constant ?! » « Constant Who ?! »

Au moins, on a des choses à dire. On fait plus de progrès en anglais quand il faut expliquer pourquoi on a un E, que dire simplement que bien sûr on a que des As. (Les As c’est bien pour eux pour jouer au poker, mais en France, on joue au tarot, et la meilleure chose qu’on puisse faire c’est s’excuser).

L’échec il est aussi significatif à la fac. Questionnement personnel ou pas, on devrait pouvoir être accueilli à l’université avec nos problèmes et nos incertitudes, au lieu de ça on entend le truc direct « y a trop de monde, c’est invivable en début d’année mais au bout de quelques semaines il y aura déjà moins de personne »… Soit disant les plus sérieux resteront… Bah non, c’est pas les plus sérieux, ce sont ceux qui s’adaptent le mieux. Moi j’y suis resté deux jours, j’ai pas encaissé « l’impersonnalisation » de la fac. J’avais de compte à rendre à personne, donc je me suis barré quand on m’a suggéré de partir. C’est trop facile et surtout on est poussé à ça.

Si les cours étaient seulement plus chers, ça responsabiliserait les étudiants, ils réfléchiraient sans doute plusieurs fois avant de s’inscrire. Il y a des bourses sinon pour ceux qui ne pourraient pas se le permettre, on peut aussi faire des prêts à 0 % pour les étudiants… Parce que là, on s’inscrit n’importe où, le plus souvent parce qu’on est mal orienté ou parfois parce qu’on ne sait pas quoi faire, et dès qu’on voit que ce n’est pas conforme à ce qu’on attendait, on se barre. Il y a la solution des campus aussi. Un lieu plus fermé qu’une fac où là c’est le moulin : tu entres, tu pourrais être n’importe qui, donc au final, tu deviens n’importe qui, et tu te casses en devenant personne.

Je ne vois pas de différence entre un gamin qui fait l’école buissonnière à 15 ans et à qui on demande des comptes parce qu’il est mineur et que l’école est obligatoire jusqu’à 16 ans, et un étudiant un peu perdu, mais aussi lâché par le système, qui parce qu’il est perdu décide de laisser tomber avec aucun diplôme en poche. Les études, ce n’est pas seulement un droit. On devrait avoir le devoir de rendre des comptes à la société qui tant a dépensé depuis qu’on est à la maternelle. Parce que le tout ça pour ça, quinze ans dans le système scolaire pour finir par un « casse-toi t’es libre de le faire, vu que t’es un adulte responsable », c’est un peu irresponsable de la part de la société. Il n’est pas question d’interdire aux étudiants de lâcher son cursus, mais qu’au moins on lui envoie le signal qu’on sait qu’il renonce ou qu’il a des doutes, et alors on lui donne rendez vous avec un conseiller d’orientation ou tout autre personne du système pour connaître ses problèmes et ses doutes. Les mecs sont lâchés dans la nature, ça inquiète personne, on le pousse même parce qu’on nous fait comprendre qu’il y a trop de monde et que tout le monde n’a pas forcément sa place. Moi je suis tombé dans une branche, mal orienté, il y avait du monde de trop, j’ai pris ça pour moi quand un professeur m’a demandé de partir le deuxième jour, et j’ai dit : « OK c’est moi, donc je me casse, vous êtes plus légitimes que moi ». La sortie du cursus si elle est décidée par l’élève doit être notifiée symboliquement par un rendez-vous physique avec un conseiller. S’il ne vient pas au rendez-vous bah il est toujours considéré comme faisant parti des élèves et comme au collège on doit rendre des comptes. Là, on est adulte, mais signer dans une université, ça devrait être comme un contrat : tu viens pas, tu donnes aucune explication ? OK bah t’as une amende. L’enseignement public, la fac, c’est pas un moulin. Et ça il faut le faire comprendre à l’étudiant. Quand aujourd’hui, le message qu’on lui envoie c’est tout le contraire. Autre solution, faire en sorte que chaque étudiant dès son inscription, soit parrainé par un élève de seconde année au moins. Dès le départ au moins, on prend contact avec le cœur de l’université, ses élèves. Au moins quand on décide de quitter, ce n’est pas seulement que la fac, mais la fac et au moins un élève.

Bref, c’est con, mais c’est tellement facile de trouver des solutions pour ces trucs ; le problème, c’est de les mettre en application… Le mammouth, son problème c’est pas qu’il est trop gras, c’est qu’il est déjà mort depuis belle lurette.


Supplément

Décembre 2022. Réponse à l’émission La science CQFD sur la désaffection des mathématiques :

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-science-cqfd/education-echec-et-maths-3258879

Je reprends la comparaison faite avec le sport. La principale raison de la désaffection des mathématiques (mais pas que), c’est la volonté d’identifier chaque élève à des « bons » et des « mauvais » élèves dès le CP.

Imaginez un exercice de saut en longueur. C’est amusant, le but, c’est d’abord de comprendre les règles qui encadrent le saut, puis on apprend quelques astuces pour mieux sauter. Et puis, chacun saute à tour de rôle, et immédiatement après, on attribue à chaque sauteur des qualités : les « bons sauteurs » et les « mauvais sauteurs ».

Vous avez raté votre saut, tant mieux, vous serez identifié toute votre scolarité à un mauvais sauteur et on vous expliquera sans cesse que vous n’avez pas compris « les bases du saut » sans jamais vous les expliquer.

Vous êtes plus grand que les autres pour votre âge, votre saut a été en conséquence meilleur que celui des autres alors même que vous n’avez pas plus ou mieux compris les « règles » que vos camarades, et on vous attribuera l’étiquette de « bon sauteur ».

Bien sûr, on ne manquera pas de faire comprendre que le saut en longueur est une affaire de garçons et que les filles ont pour se rattraper la corde à sauter qui n’est pas au programme.

Un peu comme nombre de disciplines, le désamour des mathématiques vient de cette volonté macabre (certains parlent de « constante macabre ») à attribuer des « notes » ou des qualités à des élèves. Là, les « bons » à qui on donnera invariablement les bonnes notes parce qu’ils ont eu la chance de maîtriser avant les autres les « gestes mentaux » (je reprends l’expression utilisée dans l’émission) que personne ne prend le temps d’expliquer aux élèves. Ici, les « mauvais » à qui on associe ainsi n’importe quelle discipline à une forme de nullité ou de bêtise qui leur serait propre. L’un aurait littéralement mordu la première marche du saut en longueur qu’est la scolarité, et apprendre sera pendant tout ce temps pour lui synonyme de stigmatisation de ses capacités ou de sa motivation.

Je n’ai jamais entendu les professeurs parler de « bases » (en parlant de manques) sans jamais les définir. Quand on vous rappelle sans cesse que vous ne comprenez pas sans vous expliquer, on comprend vite qu’on se fout de votre gueule. Et que la base en question, c’est surtout

d’avoir à définir dès les premiers âges des étiquettes, des stéréotypes pas seulement de genre mais de capacité ou de motivation propres à chacun des élèves. Et il est triste que pendant longtemps alors, le seul rapport qu’ont certains élèves avec une forme de mathématiques compréhensible, c’est la note que l’on affiche ostensiblement sur leurs copies afin de stigmatiser ses capacités propres.

Quand on vous rabâche que vous êtes nuls en saut en longueur que vous trouviez pourtant jusque-là amusant, vous rechignez à sauter et à apprendre à mieux sauter.

La scolarité est pour cela une merveilleuse machine à perdre, à fabriquer de l’échec et de la mésestime de soi. Les premiers responsables de ces échecs, ce ne sont pas les élèves comme on leur rabâche sans cesse, mais bien un système qui veut voir perdurer une décomposition artificielle et stigmatisante de bons et de mauvais élèves.