The Company, Robert Altman (2003)

Note : 2 sur 5.

The Company

Titre original : Company

Année : 2003

Réalisation : Robert Altman

Avec : Malcom MacDowel, Neve Campbell

Chronique du vide reprenant le principe (entre autres) de Footlight Parade en en rognant tous les enjeux et l’épice. Dramatiquement pauvre et sans tenue.

Malcom MacDowell a certes un petit côté James Cagney en maître de cérémonie hautain, mais il n’est pas crédible une seconde en chorégraphe tyrannique. Le duo Neve Campbell (productrice et à qui on doit le projet) James Franco ne marche pas plus.

C’est pas donné de s’insérer dans la méthode Altman, et le boss ne semble manifestement pas très impliqué pour forcer un réalisme qui ne cesse de nous échapper tout au long du film.

Les séquences dialoguées sont lentes. Tous les rapports forcés sans la moindre nuance. Les scènes de danse sont longues et chiantes : même quand on aime la danse — ce qui est mon cas —, c’est un supplice : non seulement à force de danser sans lien avec la musique et en ajoutant les bruits des pas, on ne se laisse jamais porter par des gesticulations acrobatiques où la poésie n’est que trop absente (il faudrait manger un peu de Martha Graham pour se laver les yeux) ; et en plus de ça les dialogues qui sont censés illustrer ce qu’on y voit semble là encore forcés, peut-être techniques mais… pas forcément en rapport avec ce qu’on vient de voir et surtout de gros clichés ramassés sans la moindre nuance.

Company, Robert Altman (2003) | Sony Pictures Classics, Capitol Films, CP Medien AG

Le problème dans le style Altman, c’est souvent son intérêt pour la composition naturaliste des rapports humains, en particulier dans des milieux à la fois fermés ou bien définis, mais aussi avec de nombreux éléments ou personnages. Une troupe, ça devrait coller effectivement parfaitement avec son style. Sauf qu’à force de diluer la dramatisation dans une forme qu’on ne maîtrise plus, on perd les deux : le sens dramatique (la tension) et la saveur du réalisme. Dès qu’on assiste à un tournant dramatique, là où un Altman en forme se serait attaché à rendre le naturel de la chose sans l’éclipser, ici c’est au fond comme s’il s’en détournait de peur de tomber dans des excès « hollywoodiens ». Il y a un juste milieu entre le refus des conventions « classiques » dans le traitement des événements, et l’attachement à une forme naturaliste. Une forme d’alchimie : quand on croit plus à ce qu’on voit, même en se détournant assez des passages obligés pour augmenter la tension, le spectateur peut encore s’y identifier en adhérant aux enjeux qui sont encore là, rien que par le jeu des acteurs. C’est un peu comme quand on décide de jouer la carte de la distanciation (en opposition toujours à l’identification) : on prend toujours le risque de perdre son public.

Un exemple assez désastreux de rehearsal movie.



Listes

Liens externes :


Dans la vallée d’Elah, Paul Haggis (2007)

Crise améroïdaire

Dans la vallée d’Elah

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : In the Valley of Elah

Année : 2007

Réalisation : Paul Haggis

Avec : Tommy Lee Jones, Charlize Theron, Jonathan Tucker, Susan Sarandon, James Franco, Josh Brolin, Jason Patric

Un militaire est porté disparu dans une caserne américaine. Son père, lui-même ancien militaire, est prévenu et part à sa recherche. Le corps de son fils, ou ce qu’il en reste (il a été découpé en morceaux puis brûlé dans une vaine tentative de dissimulation du corps), est retrouvé près d’une route sur un terrain appartenant à l’armée. L’enquête est disputée par la police locale (par une femme flic au grand cœur interprétée par Charlize Theron) et par la police militaire américaine. Le père (Tommy Lee Jone) poursuit sa propre enquête.

Le film suit alors le schéma d’un film policier banal : les doutes des enquêteurs, les fausses pistes, les revirements intempestifs… Mais ce n’est pas tant le cadre d’une simple enquête à résoudre qui importe. Le film dépasse sa nature première et nous dévoile un malaise profond. Le malaise de l’Amérique tout entière, comme l’illustre symboliquement la dernière image du film avec un drapeau américain hissé à l’envers pour signifier la détresse d’une nation en péril. Et plus particulièrement, le malaise de l’armée us, l’armée censée apporter la liberté et la démocratie dans le monde, en Irak, et qui se révèle être une immense usine à fabriquer des psychopathes, comme l’avait déjà démontré par le passé la Guerre du Vietnam.

Dans la vallée d’Elah, Paul Haggis (2007) In the Valley of Elah | Warner Independent Pictures (WIP), NALA Films, Summit Entertainment

Une œuvre antimilitariste sans doute, qui échappe surtout au manichéisme et aux certitudes toutes faites. L’armée américaine n’est pas présentée comme un démon ; la politique de Bush n’est pas plus évoquée ; même si on prend connaissance des exactions pratiquées par les soldats américains en Irak, ce n’est pas le sujet, l’accent n’est pas porté là-dessus et le film évite l’écueil d’une indignation facile et stérile. Tout est mis en œuvre pour traduire la réalité des exactions en temps de guerres : elles sont inévitables. Une guerre n’est pas propre. Mais cruelle. L’occupation d’un territoire ennemi n’est évoquée que pour rappeler sa futilité et les dégâts qu’elle engendre malgré elle. Malgré l’histoire qui se répète, les occupants voient toujours comme légitime cette présence. Au lieu de résoudre les problèmes, elle ne fait qu’en produire d’autres, plus imprévisibles et plus sournois. Les militaires qui sont pris dans un conflit qui dure et dont ils ne comprennent pas le sens, perdent pied. Il n’y a alors plus que deux issues pour eux : la dépression ou la folie. Et dans tous les cas, le constat est le même, terrible et implacable : la guerre participe à la destruction de ceux qui la font. Il n’y a pas de gagnant ; la guerre profite à ceux qui ne la font pas.

Le film pourrait être résumé en deux scènes. La première, quand l’un des trois meurtriers du fils du personnage de Tommy Lee Jones révèle toute son histoire durant un interrogatoire. On apprend pourquoi son fils était surnommé Doc (il s’amusait à planter ses doigts dans les plaies des Irakiens qu’ils ramassaient) et le militaire n’éprouve aucun ressentiment par rapport à son acte. Il reste pourtant lucide : ça aurait pu être lui un autre soir. Pour eux, cette violence est simplement devenue leur lot quotidien, une routine née en Irak pour tuer les principaux ennemis du soldat : l’ennui et la peur. La seconde scène, quand Tommy Lee Jones revient à la fin du film, dans la chambre de son fils, à la caserne. Il y croise un rookie venant s’installer. Ce soldat, qui n’a encore rien vu, rien vécu, n’échappera pas au futur que les démons de la guerre ont préparé pour lui… Comme le fils de Tommy Lee Jones, comme les amis de son régiment, comme l’armée us dans sa totalité, comme les idéaux et les illusions de l’Amérique… Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort nous nous vîmes vains mille en amenant la mort…

Le film ne dénonce pas, il constate. Et il n’en est que plus efficace. Efficace, la mise en scène l’est également. Elle colle à son sujet, adopte un ton approprié, digne, se refusant les effets de style… Le ton, c’est celui, grave et morne, adopté en respect du deuil des victimes de cette guerre qui s’est officiellement achevée en 2003 : ennemis et victimes des soldats, soldats eux-mêmes. Et leur famille.

J’avais tort d’être méfiant après avoir vu Collision, qui se perdait trop vers la fin dans le pathos. Là, même si l’émotion est encore au centre de tout (à cause du personnage de Theron surtout), la mise en scène parvient à la garder contenue et à épurer ses effets.

Le cinéma américain prouve une nouvelle fois qu’il est prompt et efficace à mettre en scène ses propres démons. La qualité de la culture américaine tient aussi et surtout dans cette capacité à être honnête avec elle-même. Elle ne se cache pas, au contraire, en n’hésitant pas à démystifier la part d’ombre de son rêve (américain). On n’a peur que de ce qu’on ne connaît pas (à l’instar de ces soldats us qui sont envoyés à l’aventure dans un pays qu’ils ignorent, ne comprennent pas, et qu’ils ne peuvent appréhender que par la peur). Et si la culture us est si omniprésente, c’est qu’en dévoilant les contours de sa réalité, côtés obscures compris, on la cerne dans son ensemble. Et la connaissant mieux, on peut s’autoriser à l’aimer. On n’apprécie que ce qu’on connaît. Difficile pour une culture qui ne sait pas faire son autocritique de se faire apprécier. Ce sentiment d’amour-répulsion que cette culture inspire dans le monde, c’est de l’amour. ─ La France elle, attend toujours un film efficace sur la Guerre d’Algérie, sur le scandale du sang contaminé, sur le scandale des banlieues, sur ses syndicats pourris, sur les magouilles financières, sur l’impuissance chronique et la puérilité de ses dirigeants, sur le fonctionnement et le mode de promotion dans les entreprises. Pour elle donc, ni amour, ni répulsion ; mais de l’indifférence.


 


Listes sur IMDb :

MyMovies: A-C+

Liens externes :


Tristan + Iseult, Kevin Reynolds (2006)

Mon cop1 va clack-er

Tristan + IsoldeTristan + Isolde Année : 2006 

6/ 10

IMDb  iCM

 

Réalisation :

Kevin Reynolds

Avec :

James Franco
Sophia Myles
Rufus Sewell

(Encore un titre pour nous rappeler le kitchissime Roméo + Juliette).

Pour ce que c’est, là aussi c’est pas trop mal. Un film sans grande ambition (en même temps, c’est pas avec ce mythe qu’on va casser la baraque) et à voir comme un film de Kevin Reynolds, c’est-à-dire comme un vieux machin. D’habitude tout juste apte à réaliser des grandes productions en aquaplanning (casse-gueule) avec son ami Kevin, il veut se racheter une conduite en faisant simple et c’est tout à fait ce qu’il fallait pour cette histoire moyenâgeuse. Ça reste un petit film et c’est mieux comme ça.

En plus c’est bien parce qu’on en apprend un peu plus sur ce mythe archi connu mais dont j’avoue je ne connaissais pas vraiment l’histoire (il me semble avoir une vieille adaptation française, mais je sais plus ce que c’est ni si c’est vraiment ça).

James Franco en revanche… je suis loin d’être convaincu. Il était moyen en fiston triste ou en colère dans Spiderman : là c’est tout pareil, on a du mal à y croire… Ah les jeunes premiers, c’est pas ce qu’il y a de plus facile à jouer…

Mais en dehors de ça, c’est très agréable à suivre, et puis là encore, non non pas une bombe, ni un canon, c’est pas le genre à vous taper dans l’œil avec de la poussière effervescente, mais celle qui joue Yseult est vraiment très bien. Pas la plus belle femme du monde mais beaucoup de charme, de douceur… la femme rêvée quoi, pas du genre à sortir ses lolos à n’importe quel naufragé sur la plage (quoi que… elle le connaît à peine qu’elle se frotte à lui toute nue ! — désolé, je déflore encore le canevas du film… — je la rhabille tout de suite…).