Possession, Andrzej Zulawski (1981)

La mouche

Note : 4 sur 5.

Possession

Année : 1981

Réalisation : Andrzej Zulawski

Avec : Isabelle Adjani, Sam Neill

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Le meilleur Zulawski que j’ai pu voir jusqu’à présent (L’Important c’est d’aimer et La Femme publique, d’autres films français, ne m’avaient pas bien convaincu).

Celui-ci est particulièrement déjanté en plaçant ses deux personnages (un couple en pleine période conflictuelle) en permanence sur une corde raide. Pendant bien une heure et demie, on y retrouve les excès d’un Lars von Trier ou d’un Cassavetes quand ces deux-là axent également leur travail sur le couple. Les allusions horrifiques ne me dérangeaient alors pas tant qu’elles restaient cachées et qu’on pouvait alors interpréter le film à travers le prisme de la psychologie. Cela aurait obligé à ne pas ouvrir aussi parfaitement les portes de l’horreur.

C’est pourtant vers quoi Andrzej Zulawski finit par nous embarquer. Le film perd alors un peu de son charme et la fin frise le Grand-Guignol extraterrestre. Une petite baisse de régime pas bien grave, tout ce qui précède pendant une heure sinon plus demeure fascinant.

Le film est sidérant dans son rythme (ce n’est pas tant jouer les funambules qui impressionne, c’est de le faire à cent à l’heure sans jamais se gaufrer — sauf sur la fin), son manque de fausses notes malgré un sujet et des excès très casse-gueule. Il y a comme un petit miracle à voir autant de justesse et de complicité avec des artistes ne parlant pas la même langue. Probable que le fait de s’accorder sur l’essentiel, une couleur générale, une sorte d’élan, une impulsion primale, au lieu de discuter de tous les détails pour en faire des éléments essentiels ou de se concentrer sur des subtilités de communication verbale, ait aidé à mettre tout ce petit monde cosmopolite sur une même longueur d’onde… Les vibrations des tripes quand elles se soulagent par tous les orifices. Est-ce qu’on dit « parler avec ses tripes » en polonais, en français, en allemand et en anglais ? Possession quoi qu’il en soit nous dégueule bien quelque chose qui fait mouche dans la gueule.

Distingué.


Possession, Andrzej Zulawski 1981 | Gaumont, Oliane Productions, Marianne Productions


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La Journée de la jupe, Jean-Paul Lilienfeld (2008)

La Journée de la jupe

La Journée de la jupeAnnée : 2008

Réalisation :

Jean-Paul Lilienfeld

B-/10  IMDb

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Une nouvelle fois, Arte sort un de ses téléfilms au cinéma.

Beaucoup aimé pour ce que c’est (un petit film cherchant à viser juste, sans s’éparpiller, sans grandes ambitions non plus), en dehors de la performance d’acteur de quelques-uns, Denis Podalydès en tête… Mais les élèves sont convenables et Isabelle Adjani, c’est Adjani… l’une des meilleures actrices françaises avec Catherine Deneuve et Isabelle Huppert.

Le thème est fort. Il y a certaines répliques bien vues. Une tension incessante, des revirements inattendus et une révélation finale qui sonne juste.

Un film sur la société. Indispensable. Parce que ça a le mérite de poser tout un tas de problèmes.


La Journée de la jupe, Jean-Paul Lilienfeld (2008) | Mascaret Films, ARTE, Radio Télévision Belge Francophone (RTBF)


L’Histoire d’Adèle H., François Truffaut (1975)

Le meilleur film de François T.

L’Histoire d’Adèle H.

Note : 5 sur 5.

Année : 1975

Réalisation : François Truffaut

Avec : Isabelle Adjani, Bruce Robinson, Sylvia Marriott

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Ce n’est pas un film, c’est une fulgurance. Une unité d’action parfaite, un seul personnage et un récit qui fuit jusqu’à une issue prévisible et fatale.

Pour moi, le meilleur film, et de loin, de François Truffaut (dont je suis loin d’être fan). À la fois, le premier film révélant le génie d’Isabelle Adjani en tant qu’actrice adulte, et aussi sans doute encore son meilleur film également (elle reviendra un peu plus de dix ans après avec un film assez similaire, Camille Claudel).

L’histoire retrace une époque de la vie d’Adèle Hugo, fille du poète, follement amoureuse d’un lieutenant anglais qu’elle suit jusqu’en Nouvelle Écosse alors que lui ne veut plus la voir. Amour impossible, à sens unique, qui se transforme petit à petit en obsession et en folie. Tout le film, Adèle est au centre de tout. Quand on la quitte brièvement, ce n’est que pour montrer les conséquences de ses actes et de ses audaces folles. Le sujet, c’est Adèle, son obsession pour son homme, et rien d’autre.

My father is Hugo, Victor Hugo

Le sujet a un côté littéraire, voire théâtral, qui a dû bien plaire au cinéaste en bon fan de Balzac qu’il était, car Adèle occupe ses journées et ses nuits à écrire son journal (journal réel qui sert de base au film). L’occasion pour Truffaut d’utiliser des effets baroques qu’il a rarement utilisés, mais qui donnent un côté romanesque, romantique, au film. C’est le Taxi Driver de Truffaut, son Apocalypse Now. Pas besoin de voix off cependant. Les « monologues », c’est Adèle qui les produit en direct en écrivant son journal ou ses lettres. L’effet aurait pu tomber dans le ridicule avec une actrice ordinaire, seulement, c’est peut-être la meilleure actrice qu’ait connue le cinéma français (avec Isabelle Huppert, Jeanne Moreau ou Catherine Deneuve). Adjani a vingt ans dans ce film, et je n’ai pas le souvenir d’avoir vu une performance d’acteur aussi parfaite, aussi pleine d’imagination, de folie, de création, de sensibilité, de justesse, à cet âge… Un véritable génie qui déjà à 17 ans interprétait le rôle d’Agnès dans L’École des femmes à la Comédie française (il y a des images assez connues de son « le petit chat est mort »[1]).

Un film que je revois pour la quatrième ou cinquième fois avec toujours autant de plaisir.


[1] Pas trouvé la représentation filmée, mais des extraits sur le site de l’INA : http://www.ina.fr/art-et-culture/arts-du-spectacle/video/CAF90050388/l-ecole-des-femmes.fr.html

L’Histoire d’Adèle H., François Truffaut (1975) Les Artistes Associés, Les Films du Carrosse, Les Productions Artistes Associés


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La Reine Margot, Patrice Chéreau (1994)

La Reine Margot

La Reine MargotAnnée : 1994

6,5/10 IMDb

Réalisation :

Patrice Chéreau

Journal d’un cinéphile prépubère : vu le 18 mai 1997

Très bon, mais ça manque de génie : trop d’attention portée sur le casting, les costumes et les décors, alors que la mise en scène manque d’audace et d’identité, surtout dans la première partie.

L’adaptation du roman de Dumas est dans cette première partie trop politique. La question n’est pas du respect de Dumas ou de l’histoire, car Chéreau semble les avoir adaptés. La politique est ce qu’il y a de moins cinégénique : c’est anecdotique et pas assez personnel, trop officiel, ça manque d’identification. Le héros, c’est l’histoire, plutôt que les personnages, c’est donc chiant à suivre et pas émouvant, là où le fait prime sur les caractères.

La Reine Margot, Patrice Chéreau (1994) | Renn Productions, France 2 Cinéma, D.A. Films

Cette première partie n’est qu’une suite de scènes de foule traitée sans épisme (sic). On a voulu comparer La Reine Margot aux mises en scène Visconti. Ça n’a rien à voir. Cela ressemble parfois dans les décors et les magnifiques costumes à du Fellini, mais chez Chéreau, c’est surtout la mise en scène qui pêche, en manquant de contrôle, de style, et donc d’audace. Le naturalisme, voilà le maître-mot de la mise en scène de Chéreau. Un non-genre à la mode. Seule la direction d’acteurs est à la hauteur, mais ce choix pèse sur l’intensité : sans contrôle, sans artifices, il n’y a pas de tension, d’attention. Chéreau distribue son pain simplement alors qu’il faut être parcimonieux. La mise en scène toujours, sans style défini, paraît trop chaotique, imprécise, mais aussi trop dense : il montre tout ce que la réalité du quotidien lui inspire. Rien ne se passe, on perçoit un gros machin tout mou et sans saveur particulière se mouvoir devant nous. Or une mise en scène procède par choix successifs. L’inventivité, c’est le contrôle qu’on opère sur l’unité du style. L’intensité, donc l’attention du public, on la gagne grâce à un traitement ralenti du temps réel. Voilà ce qu’est la mise en scène, un regard attentif, choisi, ne dévoilant que le nécessaire pour le développement de l’action et des personnages. Sans cela, le spectateur ne peut s’identifier à ce qu’il voit. On ne lui montre pas une histoire en ouvrant un œil sur des événements, on lui en raconte une en décidant ce qui est au premier plan, au second et ce qui n’est pas porté à la connaissance du spectateur.

Quand l’image passe devant notre regard trop vite, on ne voit rien, et on ne retient rien. C’est comme au théâtre, si le comédien est trop anxieux, il bouge subrepticement et on le voit plus vaciller, lui l’acteur, plutôt que le personnage. Ce manque de grands espaces par ailleurs est étouffant : atteints de myopie, ne voyant évoluer devant nos yeux que des personnages au premier plan, on fatigue et cesse rapidement de suivre.

Cela dit, si la forme ressemble fort à des téléfilms, elle est traitée avec plus de talent. Par exemple, pour le découpage, même si les plans n’obtiennent jamais une forme d’identité propre qui nous laisserait comme subjugués devant elles.

La seconde partie est à la fois plus intimiste, recentré sur un aspect plus dramatique. C’est là de l’excellente « qualité française » que n’aurait pas reniée Truffaut…

Il y a une forme de justice, quand la seule à avoir un jeu plus retenu, moins « naturaliste », Virna Lisi, a reçu le prix d’interprétation à Cannes dans un rôle qui n’est pourtant pas omniprésent.

On imagine éclectisme des genres de mise en scène dans le cinéma quand on pense à ce qu’aurait pu en faire par exemple un Coppola sur un tel sujet, et pourquoi pas avec un script plus shakespearien, moins « passe-moi le sel, comment ça va ? ». Ce n’est pas qu’une question de moyens.


Mortelle Randonnée, Claude Miller (1983)

Mortelle Randonnée

Mortelle RandonnéeMortelle Randonnée Année : 1983

IMDb  iCM
Cent ans de cinéma Télérama

Réalisateur :

Claude Miller

Note : 6/10

Avec  :

Michel Serrault
Isabelle Adjani
Guy Marchand

 

Jusqu’à la fin, l’incertitude et l’ambiguïté règnent concernant la nature des relations entre le détective et la fugitive. Le scénario utilise des leitmotivs incessants : la porte de la mort, la mélodie (musique du film ou fredonnée par le détective), Shakespeare, les poires, les cigarettes, et les répétitions dans la scène finale de l’hôtel.

Procédé également intéressant : la narration, tantôt on, tantôt off. L’échange de pensées en off des deux personnages, raccordés, donne l’illusion d’un dialogue. Un récit avec une évolution particulière. D’un style « roman noir français ».

Deux étapes : les meurtres (tout va bien, le drame se met en place), et la fuite (un long dénouement). Certainement un des grands films réussis à la même époque. Tous les éléments sont réunis : une bonne réalisation (sombre, alternée sans être étouffante, petit côté « gothique » parfois avec des décors), excellente histoire d’Audiard père et fils (le père pour ses dialogues, le fils pour ses futurs bons scénarios : Regarde les hommes tomber, Un héros très discret), et des acteurs parfaits (Isabelle Adjani et Michel Serrault).

5 septembre 1996


Mortelle Randonnée, Claude Miller (1983) | Téléma, TF1 Films Production