La Promesse de l’aube, Eric Barbier (2017)

La Promesse de l’aube

La Promesse de l’aubeAnnée : 2017

6/10 IMDb

 

Réalisation :

Eric Barbier


Avec :

Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg


Vu le : 20 janvier 2018

Je n’ai rien contre les adaptations historiques si elles savent transgresser leur sujet pour proposer autre chose qu’une simple illustration d’événements pliés sous quelle que forme que ce soit : purement historique, ou comme ici, adaptatée d’un récit de Romain Gary. Eric Barbier fait le job en ce qui concerne l’adaptation, mais l’invention cinématographique est pauvre. C’est certes un écueil rarement dépassé, parce qu’il faut savoir et oser s’approprier un sujet, le charcuter, le violer presque. Mais on ne fait pas de bons films en respectant (trop) une matière qui n’est pas encore ou pas du tout du cinéma : une œuvre préexistante, comme un scénario, ce n’est déjà plus une œuvre, et ce n’est de toute façon déjà pas du cinéma. On retourne, et c’est malheureux, aux critiques que les tenants de la politique des auteurs pouvaient faire dans les années 50 à propos du cinéma d’adaptation…

Le meilleur acteur, c’est à souligner, il n’a qu’une scène : c’est l’usurier qui refuse le samovar à la mère de Romain, et qui lui propose de travailler pour elle.

Antichrist, Lars von Trier (2009)

S∀W

Antichrist

Année : 2009

Réalisation :
Lars von Trier
5/10 lien imdb lien iCM

 

Avec :

Charlotte Gainsbourg
Willem Dafoe
Vu le : 7 mai 2017

Déchet publicitaire sans queue ni tête.

L’hommage final à Tarkovski est risible, il faudrait peut-être que Lars relise Le Temps scellé, parce que tous les effets de ralenti ou autres procédés pour faire joli et qui dénature le rythme et la beauté intrinsèque de l’image, Tarkovski avait fini par renier certains de ces effets présents dans le Miroir par exemple, pour leur manque d’authenticité et leurs facilités.

L’effet plutôt que les faits. Ça, c’est le péché mignon de Lars depuis trente ans. Ses histoires sont souvent vides de propos, décousues et prétexte seulement à proposer des images ou des tableaux qu’il voudrait saisissants. Seule la mise en forme l’intéresse, c’est pas nouveau. C’est d’ailleurs bien pourquoi il est toujours aussi tourné vers le scandale et la provocation. Quand le sujet manque de consistance ou d’honnêteté, on le cache à travers une forme de violence instantanée qui prendra l’allure d’un discours subversif, quand ce ne sera au mieux que du vent dans les forêts. Le talent visuel de Lars von Trier se rapproche de celui d’un Gaspar Noé par exemple, avec la même vulgarité pour cacher l’absence patente de fond.

Alors Lars commence à nous chatouiller les neurones du compassionnel avec la mort du môme, ça devient un film sur le deuil, mais c’est trop chiant de se contenter de ça, pas assez provocant, alors il faut envoyer ses personnages dans les bois et leur faire croiser leurs loups intérieurs. Qu’est-ce que le loup intérieur pour un homme qui au mieux, et c’est triste à dire, vomit ses propres peurs et fantasmes sur pellicule ? Ben, la femme. La femme, ce monstre. Le môme est bien loin, il a servi d’amorce, de prétexte encore à embrayer sur autre chose, et maintenant on plonge gland en tête dans une histoire de sorcière bien misérable mais suffisamment vulgaire pour faire croire à notre Danois provocateur qu’il tient là son sujet.

On est désormais dans le film d’horreur, le Projet Blair Witch avec quelques élans d’images publicitaires au ralenti qu’on voudrait faire passer pour du Tarkovski. Récit et dialogues sont charcutés et jetés au rebut. Ne reste plus que la violence en action, la pornographie sanglante : la dernière demi-heure est pathétique, du Grand-Guignol puant dans lequel Lars von Trier perd totalement son sujet (ou ses sujets, vu qu’il a toujours été incapable de s’imposer un sujet dont il n’a que faire) et ne fait plus que du gore, du survival ou ché pas quoi.

La rigueur, la simplicité, l’audace et oui, le génie, de Breaking the Wave, sont bien loin. C’était là l’objet improbable et presque miraculeux d’un cinéaste qui avait perdu son temps depuis dix ans à ne proposer qu’un cinéma d’effets et d’images sensationnelles, et qui semblait s’en repentir en invoquant avec des potes la nécessité de tuer tout effet, tout artifice. Cette recherche d’épure ne le correspondait pas, mais transgressant le dogme 95, déjà, avec Breaking the Waves , demeurait la nécessité de trouver le ton juste, idéal, la forme parfaite entre simplicité et audace, et cela au service d’un sujet, d’une histoire. Breaking the Waves, le titre disait tout… Briser en soi cette volonté permanente de vouloir se faire passer pour « une nouvelle vague »… Le fracas et la douceur, la dualité composée, le juste milieu, l’art de l’harmonie… Et tout ça Lars l’a perdu en ne devenant plus qu’un vilain garçon, vulgaire et gâté, dont la seule ambition est d’attirer l’attention sur lui, quitte à utiliser les artifices les plus grossiers.

La Science des rêves, Michel Gondry (2006)

Manège enchanté

La Science des rêvesla-science-des-reves-michel-gondry-2006Année : 2006

Réalisation :

Michel Gondry

7/10  lien imdb

Vu le : 25 août 2007

Je ne suis pas un amateur des bidouillages, des rafistolages, de la récup, du grotesque ou de l’onirisme oui-oui de Michel Gondry. Mais c’est un univers singulier et parce que le langage est intéressant, sans vouloir prétendre qu’il invente des trucs cent fois employés ailleurs, ça se laisse regarder sans trop de problème.

Ça ne fait pas trop gadget, les trucs de Gondry finalement servent l’histoire. C’est un peu ennuyeux qu’on n’arrive pas à « s’entendre » avec le personnage principal… Il y a un truc qui n’a pas marché, peut-être une identification difficile à cause de son accent, mais aussi sans doute au manque de fantaisie de l’acteur. Et là malheureusement on voit que Gondry n’est pas un directeur d’acteur parce qu’il avait laissé aller Jim Carrey dans ce même ton sinistre dans son précédent film (Carrey qui voulait prouver qu’il était crédible en personnage sérieux refoulait sa “folie” qui aurait été utile pour son personnage, mais lui s’en sortait avec un charme gagné par la poésie, le sentimentalisme). Il y a Chabat et Gainsbourg qui rattrapent le coup tout de même.

Contrairement au précédent (Eternal Sunshine of the Spotless Mind, donc), ça manque un peu de densité et certains choix de scènes sont assez médiocres, et auraient nécessité un peu plus de travail, mais ça donne aussi peut-être le charme du film, son côté improvisé, fait avec trois fois rien.