Berlin Express, Jacques Tourneur (1948)

Berlin Express

Berlin ExpressAnnée : 1948

6/10 IMDb

 

Réalisation :

Jacques Tourneur


Avec :

Merle Oberon, Robert Ryan, Charles Korvin


Vu le : 9 septembre 2017

Film noir avec un coup de rouge dans le nez faisant semblant d’agiter le drapeau blanc pour mieux moucher l’ennemi.

Le film a à la limite peut-être plus d’intérêt documentaire et historique en décrivant la situation géopolitique dans l’Allemagne occupée. Pour ce qui est de l’intrigue, on sent que c’est fignolé par des pros mais rien ne pourra rien changer aux quelques invraisemblances qui enlèvent à chaque fois le crédit qu’on serait prêt à refiler au film. Les références, ou les influences, sont aussi trop évidentes, et à force de les multiplier sans jamais aller au bout de l’idée, le film n’a aucune tenue.

Film de train ? pas trop, au bout de vingt minutes, on se retrouve dans la ville en quête du disparu (Charles McGraw, qui jouera plus tard dans L’Énigme du Chicago Express, y tient d’ailleurs un rôle minuscule). Enquête autour d’un personnage disparu et énigmatique ? même pas, le pot aux roses est livré en express, et ça tue tout le mystère. Film noir ? Tourneur fait le job, c’est certain, mais de là à appeler ça un film noir… Film d’espionnage ? non plus ; certes les méchants sont des Allemands cachés dans l’ombre qui rêvent de poursuivre la guerre…, mais on n’y croit pas une seconde et leur boss manque d’être un personnage suffisamment charismatique pour foutre vraiment les pétoches ou le trouver véritablement dangereux. Les retournements sont ridicules (l’un des derniers est risible : pendant que le petit comité de l’alliance amicale chargée de protéger leur ami grand professeur sur la paix disserte sur les soupçons qui pèsent sur l’un d’entre eux, ils laissent justement ce type seul avec le professeur… ; quoi que le passage de l’espion clown suivi par son clown authentique est lui aussi bien tordant).

Le casting était pourtant fabuleux.

(La fin est merveilleusement naïve. « Allez le rouge, on fait ami-ami, finalement. Nous, c’est la paix qu’on veut, et on a gagné la guerre ensemble. »)

His Kind of Woman (1951)

L’Opération diabolique

Fini de rireHis Kind of WomanAnnée : 1951

IMDb link 7,1 icheckmovies.com
Noir, noir, noir…

MyMovies: A-C+

Réalisateur :John Farrow, Richard Fleischer (non crédité)

8/10

Vu le : 27 avril 2016

Avec  :
Robert Mitchum,
Charles McGraw,
Jane Russell,
Raymond Burr,
Vincent Price

Film noir plutôt baroque mais agréable. Un joueur professionnel se voit proposer un travail un peu particulier au Mexique, participer en aveugle à une sorte de jeu de télé réalité où les participants sont réunis dans un hôtel sans en connaître encore les règles. Ce que ne sait pas notre joueur, c’est qu’il va être le « dindon de la face » et qu’il sera sauvé de cette horreur par le plus improbable des personnages.

L’idée de départ est formidable. Elle permet de réunir les protagonistes dans un même lieu pour en faire un quasi huis clos pendant un bon moment, et ainsi de les développer, alors que l’intrigue, et le dévoilement des raisons de la présence du personnage principal dans ce petit nid perdu loin de tout, sont divulgués au compte-gouttes. Le récit avance en montage alterné, et surtout à la fin, ça participe à donner au film un rythme soutenu et un contraste plutôt rare dans les films noirs (quand on alterne, on le fait plutôt entre le personnage principal et ses opposants, ici Vincent Price s’en mêle). Quand l’action s’emballe et que la menace prend forme, on sort du film noir pour… quelque chose d’indéfinissable, sans grande unité, mais ce n’est pas si gênant. On casse le huis clos, on fait intervenir le western noir, le crime film brutal à la limite du documentaire (passage sur le yacht) et même… le grotesque, le parodique, on ne sait pas trop, mais on y prend goût.

Si la mise en scène laisse parfois un peu à désirer, le design (avant que Price fasse intervenir son légendaire bon goût et qu’on se perde au large) et surtout les dialogues, sont savoureux. Il y en aurait assez pour écrire un bouquin entier. Et dans tous les styles. De l’habituel répartie “aphorique” (« Je suis joueur professionnel. » « Qui ne l’est pas ? ») au vaudeville sur la soupe (Vincent Price enferme Jane Russell dans son armoire à jouets devant les yeux de sa femme aimante qui lance alors : « Je refuse catégoriquement de partager mon bungalow avec une autre femme ! »).

Tous les acteurs sont formidables. Un film qui dispose à son générique de Raymond Burr et Charles McGraw peut difficilement être mauvais… Sur la fin, Price vole même presque la vedette à Mitchum (du fait donc pas mal aux montages alternés), alors que le voir précédemment rouler des yeux comme à son habitude et tâter le cul d’un poulet déplumé, c’était pas gagné. C’est ce qui rend le film plutôt sympathique d’ailleurs : l’idiot du village qui décroche la timbale. Priceless.

T-Men, Anthony Mann (1947)

Une brigade d’acteurs et de personnages formidables

La Brigade du suicideT-Men, Anthony Mann (1947) Brigade du suicideAnnée : 1947

Liens :
IMDb link 7,1  icheckmovies.com

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MyMovies: A-C+

Noir, noir, noir…

Réalisateur : Anthony Mann

Note : 8/10

Avec  :

Dennis O’Keefe, Charles McGraw, Wallace Ford, Alfred Ryder

Vu en août 2010

Comment un film de propagande à la gloire du fisc américain arrive à être produit par une société de production anglaise ?!… Et surtout, comment arrive-t-on à tirer le meilleur sur un tel sujet ? Non, mais pourquoi ne pas faire de bons polars avec des huissiers de justice aussi…

L’idée est donc plutôt originale, au départ. Les agents du fisc, vu comme ça, ça ne donne pas vraiment envie. Sauf qu’on les voit en pleine action, mener une large infiltration dans tout le milieu des faux monnayeurs. Film noir, oui. Des flics, bien particuliers, qui ne sont pas pour une fois à la poursuite d’un meurtrier ; des gangsters, mais un milieu très peu montré au cinéma, et c’est sans doute dommage, parce que les usages ne changent pas de ceux qu’on peut voir dans les autres films « policiers », leurs méthodes restent les mêmes.

Le plus réussi ici, c’est l’atmosphère de film noir. Le sujet se prête particulièrement bien au genre. Des flics qui s’infiltrent chez l’ennemi. Un ennemi qu’il faut d’abord identifier. C’est un peu comme un jeu de pistes : il faut débusquer l’ennemi, se faire passer soi-même pour un faux monnayeur et remonter petit à petit les échelons qui vous mèneront au boss des boss. On n’est pas loin d’un scénario de jeu vidéo. Rarement le même décor, une rencontre avec des tas de personnages secondaires (je vais y revenir)… C’est pas statique. Rarement une scène dépasse les deux minutes. Au point de vue du rythme, c’est typique du film noir : des scènes lentes mais courtes, auxquelles quelques scènes des violences servent de contrepoint, tout ça monté très rapidement ; seule l’action de la trame générale qui doit mener le héros à s’approcher de plus en plus prêt du grand boss, compte. Aucune scène ou dialogue superflus. À la limite d’une démonstration, d’un documentaire — un play by play d’une opération du fisc pour approcher et faire arrêter ces faux monnayeurs.

Le ton est volontairement sérieux, austère, avec une voix off assez didactique, qui pour une fois dans un film noir ne reflète pas la pensée du héros, mais présente en quelque sorte le point de vue du Trésor américain (le film commence d’ailleurs par un représentant du Trésor… est-ce un comédien, un mec qui « joue » son propre rôle ? difficile à dire, mais ça donne au film son caractère, ancré fermement dans la réalité). Mêler style documentaire et film noir, avec ses ambiances étouffantes, c’est quelque chose qui se marie bien.

J’en ai déjà dit pas mal sur l’histoire, donc inutile de dévoiler le reste. Je voudrais revenir sur les personnages et les acteurs. Rarement, j’aurais vu dans un film autant de personnages secondaires si bien écrits, parfaitement définis. Souvent des archétypes du film noir (le truand couard et apeuré, la fille de bar qui sert de messager, l’homme de main, le flic dévoué mais malchanceux — en opposition avec le personnage principal souvent plus roublard, qui lui a un bol toujours énorme dans son malheur : d’un côté le récit a besoin de le plonger dans des intrigues impossibles, et d’un autre il arrive toujours à s’en sortir par la ruse, la chance… — la femme fatale, le technicien à lunette indispensable dans un organigramme, etc.). Ils sont pratiquement tous là, et le film arrive pourtant à leur laisser suffisamment de champ pour qu’on les identifie bien, même si on ne les voit que pendant une, deux scènes. C’est même ça le force du récit : dans un tout autre film, on a des personnages secondaires, on les voit une fois et on les oublie. Là ce sont bien souvent de vraies scènes avec le personnage principal, et ils sont un peu comme des repaires sur une pelote de laine que le héros tire pour arriver au boss : dans un premier temps la pelote en tirant dessus dévoile un à un ses personnages, puis on tire dessus pour à nouveau faire apparaître d’autres personnages qui sortent de la pelote. Ils naviguent autour du personnage principal comme des satellites ou des mouches commandés par le boss qui, lui, reste dans l’ombre, alors que ses hommes font les go-between entre lui et le héros.

Les acteurs, pour cela, aident bien. Il faut pour ces personnages secondaires fabuleux, des comédiens pleins d’autorité et d’intensité. C’est un peu comme dans l’Île au trésor : le récit nous dévoile un à un au début du livre les hommes de Long John Silver, tous de braves gaillards qui inspirent à la fois crainte et fascination dans l’esprit de Jim, jusqu’à la rencontre avec le boss… crescendo… On n’est donc pas du tout dans l’optique des moins que rien travaillant pour un boss. C’est beaucoup plus intéressant et spectaculaire ainsi. Il fallait trouver des acteurs de qualité pour cela. Ils donnent au récit une tenue bien plus crédible que s’il y avait une star et à côté des zouaves : là le personnage principal est excellent acteur mais pas une star, et les autres sont à son niveau (chacun ayant droit à ses gros plans si c’est nécessaire).

Nous avons donc Dennis O’Keefe en infiltré du Trésor américain (un petit côté Dana Andrews).

Charles McGraw, en homme de main (chargé des interrogatoires : la scène est visible sur youtube). Grosse carrière pour lui : il est notamment l’entraîneur des gladiateurs dans Spartacus ou le policier dans l’excellent Énigme du Chicago Express.

Les femmes y ont un rôle très anecdotique, mais on les remarque dans des scènes marquantes. June Lockhart, qui joue la femme du coéquipier infiltré. On ne la voit que dans une scène aux conséquences terribles pour son mari.

Mary Mead, qui joue la fille de bar (boîte de nuit plutôt, qu’il faut avoir dans tout bon film noir).

Le meilleur pour la fin, un rôle un peu moins anecdotique, celui du personnage le plus haut placé après le boss, donc une surprise de voir cette vamp à cette place (et dire que ça fait seulement trois ans que les femmes ont le droit de vote en France… et là, on voit que le Premier ministre de la pègre est une femme). Jane Randolph ; avec son petit nez assassin à la Janet Jackson.

Il faut remarquer aussi la belle ironie du titre français (Brigade du suicide), qui rappelle bien à quel point cette opération d’infiltration est dangereuse. Le « T » de T-men renvoie lui à Treasery dans Secretary of Treasery. C’est le surnom des supers gentils que les supers méchants ont inventé pour les identifier (la mission est d’autant plus difficile qu’ils se savent infiltrés et la suspicion est donc permanente dans le film : il suffit de voir le regard Mrs Simpson…).

La Ruée vers l’Ouest (Cimarron), Anthony Mann (1960)

L’urée de l’Ouest

Cimarron La Ruee vers l'Ouest (Cimarron), Anthony Mann (1960)Année : 1960

Vu en janvier 2008

Liens :

lien imdb    lien iCM

Note :  5/10
Réalisation :

Anthony Mann

Les 365 westerns à voir avant de tomber de sa selle

Avec :

Glenn Ford 
Maria Schell 
Anne Baxter 
Charles McGraw

Une épopée qui manque vraiment de souffle. C’est une excellente idée de vouloir raconter l’histoire d’un pionnier de l’Amérique, un idéaliste qui ne tiendra pas en place, incorruptible, tandis que tous ses amis finissent pas s’enrichir. Il s’agit en fait plus d’un film sur sa femme qui reste à la maison et qui l’attend tandis que lui vit des aventures aux quatre coins de l’Amérique ou du monde. L’épopée prend du plomb dans l’aile. L’idée, on le sent, c’était sans doute de vouloir faire une sorte d’Autant en emporte le vent sur ce thème des pionniers, avec Maria Schell au centre de cette histoire en lieu et place de Vivien Leigh. Mais Scarlett est toujours au centre de tout, elle est active, c’est elle la pionnière quand son mari est lui aussi on ne sait où. Le personnage de Maria Schell n’a rien de passionnant. Si c’était vraiment l’histoire de Cimarron, il aurait fallu le suivre dans ces périples, ses envies de bougeotte. On aurait eu notre épopée et le titre du film (français) aurait un sens. C’est dommage parce que ce film reste à faire.

Ce qui dérange également, c’est le manque d’unité d’action. On ne sait pas trop quel est véritablement le sujet du film. Ça part dans tous les sens, et à force de s’égarer, on ne va nulle part. Un film sur les pionniers, d’accord, mais dans ce cas, il faut rester là-dessus, creuser ça au lieu de perdre de vue le personnage de Glen Ford en route et surtout l’envoyer dans des lieux qui n’ont plus rien à voir avec l’histoire de ces pionniers… Entre Cimarron et la Ruée vers l’Ouest, il faut choisir (d’ailleurs la confusion entre le titre us et français symbolise bien ce manque de cohérence). Un tel sujet aurait nécessité plus d’ampleur, plus de cœur. On a droit à une histoire du type « triangle amoureux », mais ce n’est pas creusé, et c’est un de ces éléments qu’on perd en route sans raison.

Dommage, un tel thème mériterait son film, sa grande épopée. Il y a un certain nombre de thèmes qui sont à peine développés et qui auraient été plus intéressants si le récit y avait montré plus d’attention. On a une suite de scènes réussies prises séparément mais inégales et sans rapport. Le film ne vaut finalement que pour ces quelques scènes. Par exemple on a la scène qui va déterminer les places de chacun dans le nouvel état qui vient de se créer et qui est encore inhabité, l’Oklahoma : tous les pionniers se tiennent sur un ligne et quand l’armée lance le départ, tous s’élancent à l’assaut de leur parcelle de terrain sur leurs chevaux, à bord de leur chariot, à pied, sachant qu’il n’y aura pas de place pour tout le monde. C’est un peu l’ouverture des magasins le jour des soldes, sauf que là, le magasin, c’est tout un État. Ensuite, il y a aussi cette scène dans laquelle, une petite fille indienne se prépare à rentrer à l’école pour son premier jour de classe. Elle entre dans l’école, sa veuve de mère la regarde toute fière en compagnie de Glen Ford et de Maria Schell qui sont les amis de cette Indienne, et quelques instants après, la petite fille sort de l’école, vient dans les bras de Ford et lui dit qu’ils ne veulent pas d’elle… 1960, dans le Sud, on assistait à des scènes identiques… Le côté obscur de cette ruée vers l’Ouest. Ce n’est malheureusement pas creusé, tout comme le thème de l’incorruptible Cimarron, à qui on propose de devenir gouverneur, mais qui refuse parce que c’était l’un de ses amis pionniers, un magnat du pétrole qu’il avait aidé à une époque, qui voulait le mettre en place… La morale de l’histoire est claire : il est facile de réussir, si on met ses idéaux au placard ; et les véritables pionniers, ceux qui se sont enrichis, sont ceux qui se sont laissés corrompre ou qui ont eux-mêmes corrompus. Le parcours de cet ami de Cimarron est justement intéressant, mais toujours… anecdotique dans le film. Ford le rencontre sur la route vers l’Oklahoma, alors qu’il n’a même pas de cheval pour tirer son chariot, Ford l’aide, puis il échoue pour récupérer une terre cultivable, Ford lui conseille de rechercher du pétrole, il en trouve finalement des années plus tard, devient riche, vient alors la scène où leur destin s’oppose. Ford vient tout heureux apporter une nouvelle qui le ravit : les Indiens qu’on avait enfermés dans une réserve, sur une terre que personne ne voulait, ont finalement trouvé du pétrole… Son ami, lui dit qu’il est déjà au courant et qu’il s’est empressé d’acheter les terres de la réserve… Encore une fois Ford-Cimarron, l’idéaliste ne supporte pas le sort réservé aux Indiens. Et c’est d’autant plus douloureux venant de l’ami qui lui doit tout…

C’est dommage, il y avait matière à un super film, mais il est trop mal fichu. Et Mann est probablement un des cinéastes les plus surcotés de l’Ouest. Ses autres westerns sont corrects sans jamais être transcendants. Et ses meilleurs films sont des films noirs (T-Men[1]) ou des films de guerre (Men in War[2]).

L’original tourné trente ans plus tôt est bien meilleur.


[1] T-Men

[2] Men in War