Paris nous appartient, Jacques Rivette (1961)

Paris nous appartient

Paris nous appartient
Année : 1961

Réalisation :

Jacques Rivette

Avec :

Betty Schneider
Giani Esposito
Françoise Prévost
Daniel Crohem

8/10 iCM IMDb

Listes :

MyMovies: A-C+

Films français préférés

Cent ans de cinéma Télérama

Étrange film, assez loin des autres films de la nouvelle vague, même si on reconnaît déjà peut-être le goût pour Rivette pour les enquêtes décalées menées par des femmes (Cf. Céline et Julie vont en bateau). De la nouvelle vague, on y retrouve surtout le besoin impératif de passer par des décors naturels, en extérieur comme en intérieur, avec ce charme des chambres de bonne qui se perdra bien trop par la suite. Plus que les chambres de bonne, certains extérieurs de Paris valent le détour : quelques escaliers extérieurs, un petit théâtre en demi-cercle sur une terrasse face à un immeuble désaffecté (jamais entendu parler de ce lieu magique), les rues étroites et pavés d’un Paris prolo qui ne semblent plus exister, le quartier de l’Odéon, le théâtre du Châtelet vu des toits du théâtre de la Ville ou vice-versa (ou ailleurs), le pont des Arts…

Paris nous appartient, Jacques Rivette (1961) | Ajym Films, Les Films du Carrosse

Ce qui diffère beaucoup plus ici surtout, c’est l’intrigue : une suite curieuse de fils tortillant autour d’un bigoudi et ondulant jusqu’à ne plus savoir de quel fil on se chauffe. J’avais parfois l’impression tour à tour d’être perdu entre un Grand Sommeil parisien et En quatrième vitesse. L’un pour le vertige qui finit par vous assommer à force de rien plus comprendre aux nœuds du problème ; l’autre pour l’enlisement marqué dans la paranoïa. Ça parle de complot mondial, d’exilés mystérieusement suicidés. On enquête tout du long sur un personnage que tous les autres ont connu sauf le principal : une gamine de vingt ans qui ne croit pas tant que ça aux rencontres fortuites et aux coïncidences en goguette et qui s’applique à vouloir retrouver un enregistrement à la guitare d’un suicidé qui pourrait être précieux pour son nouvel ami, un metteur en scène obscur et amateur de midinette facile à séduire (pléonasme)… Un vrai cinéma de roman de gare.

À partir de là, je n’ai plus compris grand-chose, la gamine passe d’un personnage à l’autre telle Ulysse secoué d’une île à l’autre et livré au hasard ou aux caprices des dieux. Son frère semble la dissuader de poursuivre ses recherches, une femme fatale souffle avec elle le chaud et le froid, un économiste la prend de haut mais semble se méfier de ce qu’elle pourrait être amenée à trouver… Un vrai délire parano, un jeu de l’oie calquée sur un labyrinthe mental de Escher.

La fin est assez rocambolesque, pleine de mystère, avec une paranoïa à son paroxysme, et une bande de paria réunie dans une maison cachée dans les bois qui n’est pas sans rappeler l’atmosphère des serials de Feuillade.

Les acteurs sont tous aussi formidables les uns que les autres. Les amis cinéastes de Rivette s’enchaînent d’ailleurs : on reconnaît Chabrol faisant tourner ses glaçons de façon hypnotique dans son verre, Demy qui parle à son jambon, et l’incontournable vedette, Godard, toujours aussi lunaire, obsédé et drôle dans les rares apparitions qu’il a pu faire à l’époque (ou plus tard dans ses propres films). Le seul reproche qu’on puisse faire à cette distribution finalement, c’est que le rôle principal soit justement tenu par une gamine sans charme ni intelligence ou humour. On peut être ingénue et apporter une réelle plus-value à son personnage.

La vie est un théâtre, mais certains de ces personnages auraient presque toujours tendance à penser que le fond du problème est en coulisses. Peut-être ne sont-ils que des marionnettes à s’agiter dans une boîte de Pandore ou des ombres projetées sur une pièce à double face oubliées dans une vieille remise (en abîme). Qui sait.

Jeannot le fou


 

Fort de Brégançon, poste avancé contre les invasions de Covid

On était soi-disant en guerre contre le coronavirus. C’était en tout cas ce qu’avait prétendu Macron avant de déserter sur le fort de Brégançon. Si on prend au pied de la lettre ce qui avait été annoncé, voilà ce qu’aurait dû être fait depuis, disons, avril-mai, époque de ces déclarations solennelles au plus fort de l’épidémie en France (mais pas dans le monde), et voilà ce que ça aurait pu donner une gestion de la crise en mode « lutte totale contre le coronavirus » (et en fonction de diverses préconisations lues ici ou là en France ou à l’étranger) :

Phase 1 : dépistage, circonscription et éradication en France

_ Confinement des zones touchées par le virus. La circulation n’étant pas homogène, il est inutile de confiner des populations où le virus n’est pas présent. En revanche, interdiction pour les personnes de se déplacer en dehors d’une zone définie pouvant être la ville pour les zones denses. Il vaut mieux circonscrire que confiner à l’aveugle.

_Seuls les divers personnels de maintenance, ainsi que les métiers de la restauration (recyclés pour certains dans la livraison à domicile), des transports et de la santé sont autorisés à sortir de ces zones de circonscription. Dans la mesure du possible, les travailleurs sont accueillis dans des hôtels séparés de leur famille.

_ Fermeture des frontières internationales. Le seul vecteur de propagation du virus sur de grandes distances, c’est l’homme ; il faut donc réduire drastiquement les brassages de population. Mise à l’isolement pour quatorze jours pour les résidents de retour de l’étranger avec prise en charge obligatoire dans des hôtels dédiés.

_ Toute l’économie, toutes les capacités de production, sont orientées vers l’objectif de tester mieux, contenir en vue d’éradiquer le virus, et de subvenir aux besoins de premières nécessités de la population.

_ L’industrie est réquisitionnée, voire nationalisée, et tournée vers ces objectifs. Cela signifie que des secteurs d’activité entiers peuvent être réorientés pour satisfaire à l’objectif de lutte contre le virus. Au lieu d’aider une économie du « monde d’avant », on réoriente l’économie vers une demande urgente et principale : la lutte contre le virus.

_ Création de brigades « Quoiquillencout » chargées du dépistage de la population et du traçage. Pas de saupoudrage et d’effets d’annonce : on ne déclare pas la guerre en réduisant les effectifs parce que ça pèse lourd sur le budget de la dette. Si nécessaire, passage par la mobilisation.

_Mise en place d’une application obligatoire développée dans le but de recueillir quotidiennement la température des zones où la population est la plus touchée en fonction soit des données fiscales, soit de l’assurance maladie afin de toucher toute la population (l’Assurance maladie pourrait gérer cette application, même s’il manque un CDC ou un NHS à la française avec un pouvoir plus large en matière de prévention et de santé publique).

_Les résidents étrangers sont invités à télécharger l’application et de renseigner les mêmes informations sur leur santé générale. Possibilité de gérer des sorties hebdomadaires via l’application suivant des tranches horaires réservées en fonction du nombre de membres dans le foyer et de la densité de personnes à l’extérieur. (Taïwan a très bien fait ça en indiquant à la population les densités de population dans les lieux publics en temps réel.)

_Pour les personnes testées positives et/ou malades, l’application procède à un suivi redoublé et fourni des outils supplémentaires au malade : accès privilégié à un référent médical et un autre administratif, l’un pour le suivi médical, l’autre pour le traçage des cas contacts et l’aide administrative (si besoin, un troisième référent peut être ajouté : une assistante sociale ou psychologique).

_Traçage généralisé des concentrations de virus dans les eaux usées dans les zones denses où circule le virus. Mise en place de toute une brigade chargée d’effectuer ces prélèvements dans les métropoles. Pas de saupoudrage. Hors Covid, ces brigades seront toujours utiles en période épidémique pour repérer les foyers émergents.

_ Pour les zones confinées : distribution mutualisée de nourriture à partir des restaurants et des industriels du secteur de l’alimentation : la brigade de livreurs dépose d’abord dans chaque boîte aux lettres un planning de passage et un moyen de commande privilégié par le destinataire suivant quelques plate-formes spécialisées prédéfinies ou un restaurateur/magasin spécifique ; la brigade revient ensuite tous les jours relever dans les boîtes aux lettres ou devant la porte les commandes des habitants. Possibilité de former un panier fraîcheur composé à l’échelle communal à partir d’accords passés avec les producteurs et industriels locaux.

_ Pas d’attestation de sortie autre que celle pour le personnel autorisé à sortir (confinement strict, les seuls lieux autorisés sont les espaces publics ouverts) : les magasins d’alimentation générale sont appelés à continuer à travailler sans accueil du public et cela pour les produits de première nécessité : la livraison se fait par le biais des brigades de livreurs (objectif d’1 livreur pour 20 habitants).

_ Distribution de munitions : masques livrés par La Poste avec instructions d’usage. Au sein d’un même foyer, possibilité d’un maintien des gestes barrière si cas suspect ou en contact dans les jours qui précèdent avec un cas avéré. Les cas personnes malades, testées ou non positives, les cas asymptomatiques, sont séparés du reste du foyer avec mise à disposition de chambre d’hôtel.

_ Ces hôtels réquisitionnés doivent être au plus près d’un établissement hospitalier et les personnes isolées peuvent recevoir la visite de personnel médical (souvent hébergés dans les mêmes hôtels afin d’être séparés également de leur famille pour éviter de possibles contaminations).

Phase 2 : déconfinement ciblé et reprise des activités circonscrites à une même zone.

_ Seuls les départements ou villes ne disposant plus de nouveaux cas de contaminés et de nouvelles entrées à l’hôpital peuvent rouvrir (absence de transmission communautaire avérée), mais seulement dans les limites du département ou de la ville (ville pour les zones denses et fortement touchées ; département pour les zones rurales). La règle reste la limitation des déplacements interrégionaux pour limiter la propagation du virus. La circonscription du territoire reste la norme, ainsi que l’interdiction d’entrée du territoire depuis l’étranger.

_ Les voyages internationaux ainsi sont toujours restreints pour limiter les possibilités de nouveaux cas par importation. Les arrivées aux aéroports sont systématiquement suivies d’un dépistage et d’une quatorzaine avec obligation de télécharger l’application de suivi.

_ Les habitants souhaitant se rendre pour raisons personnelles dans une autre zone devront passer à leur arrivée une quatorzaine et notifier leur changement de résidence sur l’application dédiée.

_ Dans les zones déconfinées, possibilité de se rendre à son lieu de travail si télétravail impossible et si celui-ci est différent de son département/ville de résidence (autorisation de l’employeur). Mais les deux zones traversées doivent être toutes deux en phase de déconfinement ; les zones avec circulation du virus effective restent circonscrites.

_ L’industrie des zones ouvertes doit en priorité s’orienter vers la production de matériel, de biens ou de denrées tournés vers l’approvisionnement des zones fermées (« en guerre »).

_ Le fort de Brégançon devient un lieu de stockage des masques.

Phase 3 : coopération et éradication dans le monde du virus

_ Dès que dans une zone géographique non circonscrite la transmission communautaire du virus est avérée, interdiction des liaisons de passagers, quatorzaines systématiques pour les voyageurs de retour de ces zones. La même règle pour les destinations à l’étranger comme pour celle dans le territoire français : la logique sanitaire doit s’affranchir des traités. Un virus ne connaît pas de frontières.

_ Dès que l’épidémie est contenue partout dans l’hexagone, poursuite de la même politique d’éradication du virus avec les zones européennes puis internationales. Pas d’ouverture des frontières sans contrôle et sans restrictions sanitaires.

_ Aucun principe de réciprocité : l’ouverture ou la fermeture des frontières ne se décide pas en fonction de critères diplomatiques ou économiques, mais en fonction de la situation sanitaire.

_ Pour ce qui est des pays disposants de moyens de dépistage évolués, possibilité d’ouverture des frontières si le pays (ou une zone concernée si le pays circonscrit de la même manière des zones en fonction du niveau épidémique) répond aux mêmes critères établis pour les différentes zones au sein du territoire français (s’il n’y a plus de transmission communautaire avéré).

_ Pour les pays moins sûrs, tant sur le plan sanitaire que sur la mise à disposition des données sanitaires, les zones concernées doivent être considérées comme étant des zones épidémiques actives et soumises à des restrictions strictes d’entrées su le territoire (à minima, quatorzaine obligatoire).

_ Coopération possible avec les pays faisant appel à la force sanitaire mise en place pour lutter sur le territoire le temps où l’épidémie était très active et en coordination avec l’OMS. Une coopération qui devient même une nécessité si l’objectif est l’éradication du virus.

Et voilà ce qu’on a fait sous Macron chef de guerre, preuve que, cynisme absolu du politique, Macron se sert d’une crise épidémique non pas en chef d’État responsable occupé à gérer au mieux une crise, mais comme d’un tremplin personnel, un événement comme un autre, sur quoi reposera jusqu’à l’infini ce qu’il a toujours fait, de la communication :

Phase 1 : communication, communication et communication

_ Après avoir nié le risque sanitaire notamment en demandant à la population de continuer à sortir en soutien à l’économie, le chef d’État décrète un confinement généralisé sur tout le territoire, même dans les zones peu touchées : il faut frapper fort les esprits. Mais pas trop, donc on déclare une première période, et personne chez les spécialistes ne croit qu’elle sera suffisante.

_ Les masques sont inutiles parce qu’on n’en dispose pas assez. Soit, alors faisons en sorte, au moins, que ce soient les soignants qui disposent de ce matériel précieux.

_ Déclaration en grande pompe de la fabrication de milliers de respirateurs par l’industrie française (des respirateurs qui se révéleront inutilisables).

_ Des milliards d’euros seront prêtés à de grandes entreprises touchées par la crise, principalement dans le secteur de l’aéronautique et de l’automobile.

_ On appelle ces fainéants d’artistes à se réinventer.

_ Les soignants auront leurs primes… demain. Allez bosser en attendant.

_ La France des obscurantistes est fan du gourou de Marseille, alors le chef des armées rend visite à ce Raspoutine du XXIᵉ siècle pour peaufiner sa popularité et brouiller le message sanitaire (il n’y a pas de remède à la Covid, mais on va tout de même dire bonjour à son grand découvreur).

Phase 2 : l’épidémie est finie

_ Grâce au confinement, la présence du virus a presque disparu. Au lieu de viser une éradication complète, il est plus sage de rouvrir la baraque le plus vite possible pour que ça recommence comme avant (le fameux monde d’après), et donc laisser le virus circuler à nouveau (mais cette fois, promis, on se lavera les mains).

_ Ouverture au compte goutte de toutes les frontières terrestres et aériennes selon un principe de réciprocité. Pour les voyageurs venant de pays à risque, il leur est demandé de faire un test PCR dans leur pays d’origine, sinon, seule une « information sur les conditions dans lesquelles une quatorzaine doit être effectuée » leur sera délivrée à leur arrivée. Ils doivent par ailleurs présenter une déclaration sur l’honneur « qu’ils ne présentent pas de symptôme d’infection à la Covid-19 et qu’ils n’ont pas connaissance d’avoir été en contact avec un cas confirmé de Covid-19 dans les quatorze jours précédant le vol » (le fameux auto-test).

_ Le masque devient obligatoire pour faire ses courses, mais pas au travail et pas au cinéma (quand on regarde un film, le virus regarde aussi le film et n’en profite pas pour se faire la belle chez le voisin).

_ Il faut que tout le monde puisse aller en vacances pour soutenir le secteur du tourisme (et le virus, qui après plusieurs semaines de confinement, ne serait pas une petite résurgence de brassage de populations).

_ Aux États-Unis, ils ont rouvert trop tôt : les Américains sont des imbéciles. La France rouvre trop tôt : les Français sont invulnérables quand ils déposent les dates de leurs vacances.

_ Après plusieurs semaines de répit, des signes inquiétants voient le jour et la communauté scientifique tire la sonnette d’alarme. La cote de popularité du Président est au plus haut, son nouveau Premier ministre s’agite comme un fou en explosant son bilan carbone, donc où est le problème. La guerre est finie (faute d’avoir combattu).

_ Deux mois après avoir déclaré la guerre au virus, le Président prend trois semaines de vacances sur son fort dans le Var. En temps de guerre, chacun son île…

Qui a commencé à dire « le Covid » et pourquoi c’est fautif ?

Il n’est pas inutile de rappeler pourquoi il y a une guéguerre et comprendre (apparemment) d’où c’est parti. Parce que quand on comprend comment tout a commencé, plus facile de remettre en question l’argument avancé par certains de « l’usage ».

Au tout début de l’épidémie, au mois de janvier, on a parlé un peu partout dans les médias, donc dans la population, du « coronavirus » ou du « nouveau coronavirus ». Puis le 11 février, l’OMS donne un nom au virus ET à la maladie :

La Covid-19 pour la maladie et le SARS-CoV-2 pour le virus.

https://www.who.int/fr/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019/advice-for-public/q-a-coronaviruses

Cette information est reprise, semble-t-il par l’AFP, qui, parce que les journalistes ne sont pas connus pour être des experts en sciences (et la pression de l’actualité faisant que les correcteurs ne sont alors peut-être pas consultés quand on a besoin de sortir une info rapidement…) est la première à faire la méprise. Une méprise qui sera reproduite partout.

Je parle bien de méprise. La méprise entre le virus et la maladie provoquée par le virus.

L’OMS était pourtant claire dans son communiqué (et déjà en français). Seulement, pour l’AFP, et pour tous ceux qui suivront et qui ne prendront pas la peine de retourner à la source de l’AFP se contentant de la recopier, si le communiqué de l’OMS est clair, eh ben il pose problème aux vulgaires vulgarisateurs d’informations que sont les agences de presse : Covid-19, la maladie, c’est plus simple à retenir que SARS-CoV-2, le virus. Dilemme, depuis janvier, l’usage (là, oui), il est de parler du virus, celui auquel on se réfère en parlant de « coronavirus » ou alors plus justement de « nouveau coronavirus ». Et puisqu’on parlait jusque-là du virus pourquoi changer ? Méprise volontaire ou non de l’AFP et de ceux qui ont suivi, le fait est qu’on a préféré utiliser le terme de la maladie pour l’employer à la place de celui du virus. Ce n’est donc pas une question d’usage, mais une méprise des médias qui ont interverti les termes pour aller au plus simple. Ces termes ne sont pas tombés du ciel par l’usage populaire, il s’agit de termes définis par des organismes scientifiques selon des règles qui sont propres à la science. Il n’y a pas un usage populaire et un autre scientifique : l’usage, ici, doit suivre ce qui est prescrit par ceux qui ont défini les termes. De la même manière qu’il serait fautif de parler aujourd’hui de Pluton comme d’une planète alors que cette désignation lui a été retirée par ceux chargés de nommer les planètes, il est fautif de parler du Covid.

« Le coronavirus » est ainsi devenu « le Covid-19 » en pensant se référer au virus, alors que « Covid-19 » a toujours été la maladie.

Et quand l’Académie française rappelle qu’il faut dire la Covid et non le Covid, elle ne fait que rappeler ce qui avait été décidé quelques semaines plus tôt à l’OMS. L’Académie ne décrète rien du tout. Et l’OMS va encore moins consulter des linguistes ou des académiciens pour savoir quoi dire : c’est elle, l’OMS, qui décide, et elle décide en fonction d’une logique on ne peut plus simple : une maladie, c’est féminin. La tuberculose, la grippe, la variole, etc. Le Sida, par exemple, n’est pas désigné comme une maladie, mais comme un syndrome, et est donc… masculin. Ce n’est pas une question d’usage, mais de grammaire basique, et donc de mauvais usage. Et même s’il était question d’usage, l’usage c’est d’utiliser « la » pour un nom féminin.

Pour finir de s’en convaincre, il suffit de trouver un synonyme à « Covid-19 », si vous dites « le Coronavirus », c’est bien que vous parlez du virus pour ce qui est en fait désignée comme une maladie.

Dès le 11 février, Le Monde reprend la dépêche AFP et reproduit la méprise en parlant de Covid-19 pour le virus :

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/02/11/coronavirus-le-president-chinois-demande-des-mesures-plus-fortes-alors-que-le-bilan-depasse-les-1-000-morts_6029127_3244.html

Joli moment de confusion : « Le virus s’appellera désormais officiellement « Covid-19 », a annoncé mardi le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève. Cette dénomination remplace celle de 2019-nCoV, décidée à titre provisoire après l’apparition de la maladie. »


septembre 2020

Ironiquement, quand un compte certifié Twitter les mentionne pour s’expliquer de leur usage du masculin, les correcteurs du Monde répondent :

Je réponds à mon tour en citant la phrase de février où ils font une méprise entre le nom de la maladie et celui du virus. Aucune réponse, mais une tripotée de clics sur mon profil. 68 abonnés certifiés, « danseur sur table », j’ai pas le bon profil pour espérer une réponse.

Pseudo-féminisme et misandrie, un exemple

Au rayon du féminisme, il y en a un qui m’exaspère et que j’évoque souvent dans mes billets, c’est le féminisme radical, qu’on peut également appeler pseudo-féminisme parce que ça n’a rien d’une lutte pour la défense des droits des femmes. On peut encore tout simplement parler pour cette dérive de « misandrie » (ces femmes se définiront d’ailleurs volontiers misandres, comme s’il y avait de la gloire à mépriser autrui).

Ce qu’il y a de profondément exaspérant dans ces dérives agressives, c’est qu’elles sont particulièrement visibles sur les réseaux sociaux, voire télégéniques dans les médias, et que ça donne une image du féminisme absolument déplorable, et de ce fait hypothèque une bonne partie de la crédibilité d’un mouvement de lutte qui milite encore pour dénoncer les dernières inégalités dont les femmes sont victimes. C’est un peu comme avoir la peste comme avocat.

Et je ne sais pas si les féministes ont conscience que la violence de certaines qui se présentent comme féministes (mais semblent aussi parfois en être de véritables idéologues suivies puisqu’elles sont celles qui gueulent le plus fort) est telle qu’elle rend impossible tout dialogue, et donc toute avancée. Si le but c’est d’emmerder le monde, c’est réussi, si c’est crier sa douleur, ça peut se comprendre mais c’est pas pour autant que ça changera quelque chose (autant faire des prières au ciel), mais si c’est pour avoir gain de cause, y a fort à parier que le résultat, ce sera zéro. C’est difficile de comprendre que la haine et la violence, ça ne provoque que haine et violence en retour ?! Si le but, c’est de se faire plus violent que les hommes, de changer les inégalités actuelles pour en provoquer d’autres au profit des femmes, je doute que ces messieurs se laissent faire. Et en attendant, à part crier dans le désert et jouer parfaitement le rôle que certains leur donne, celui d’hystériques, je ne comprends pas bien la manœuvre…

Donc si les féministes ne dénoncent pas ces comportements agressifs, eh ben je vais le faire, à l’ombre de ma condition d’homme privilégié. Quoi de telle que l’élite pour dénoncer les pratiques des gueuses ?… Non, désolé de ne pas obéir à une logique de mâle, ou de groupe auquel j’appartiens (sic), par nature, et auquel je ne me revendique pas en tant qu’individu. Je parle en tant qu’individu soucieux de justice et d’égalité, individu qui se doit de dénoncer des comportements néfastes aux causes auxquelles il croit. Je ne suis pas féministe, m’ayant entendu dire d’ailleurs une fois que ça m’était interdit étant, physiologiquement, un homme (et comme je suis susceptible, quand on m’ostracise d’un groupe, je n’insiste pas), en revanche, je suis égalitariste. Et c’est en tant qu’égalitariste (non en tant qu’« homme ») que je m’exprime. Je n’ai pas le droit ? Eh bien, je le prends, parce qu’en plus d’être égalitariste, je suis un emmerdeur. C’est bien à ça que sert un billet d’humeur (et comme de toute façon, dès qu’on discute, on se fait bloquer sur les réseaux sociaux, c’est encore le meilleur endroit où s’exprimer).

Bref. On va prendre un exemple précis afin d’illustrer l’absurdité, le mépris et la violence que certaines de ces pseudo-féministes peuvent développer. Ça devient une habitude, je suis sur Twitter, le pire endroit sans doute pour discuter : pas assez de place pour mettre de la nuance dans ces messages, on ne sait pas parfois à qui on s’adresse, donc les échanges se passent tout bonnement de politesses, et ça prend rarement des gants quand on pense « tenir un connard » et qu’on veut lui faire la fête avec l’approbation de sa « communauté ».

Le contexte. Un Youtuber fait un fil pas très adroit, c’est le moins qu’on puisse dire, en se livrant à une suite de pseudo-révélations sur les pires choses qu’il a pu faire dans sa vie. Au milieu de tout ce bazar balancé, on le saura, volontairement sans précautions, il y a un message qui fait hurler, et qui m’a valu de pondre mon précédent billet, ironique celui-ci (mais l’ironie n’est pas gratuite sinon, là encore, elle est maladroite est vaine) : le garçon affirme commencer à faire l’amour à sa copine alors qu’elle est encore endormie, y ajoute quelques tournures vulgaires et méprisantes à l’égard des victimes de viol, et finit avec une pirouette pour dire que si c’est un viol, alors c’est sa copine qui le viole une fois sur deux. On peut difficilement bricoler affirmations plus tendancieuse, et visiblement, c’était le but recherché, du moins en partie. Je ne reviens pas sur la question soulevée, cela faisant objet de ce précédent billet, et le sujet m’interpellant quand même, les réactions outrées de certains me faisant parfois ouvrir grand les yeux plus que pour le message original, je me laisse aller dans mes lectures, et de fil en aiguille, je me retrouve où il ne fallait pas : un compte écrivant :

« Quand les féministes disent « les hommes », ça veut dire « le groupe social homme », et non « tous les individus hommes ». On peut avancer maintenant messieurs ? »

Honnêtement, une telle phrase pour moi ça ne veut rien dire, et en plus de ses grands airs savants (pure foutaise, le groupe social homme n’existant pas, mais ça je capte bien que c’est véhiculé par une idéologie, la même qui a inventé la notion de « patriarcat », dérivant d’un concept lui bien réel de « société patriarcale »), ça prend un ton méprisant qu’on peut comprendre puisque la personne en question se présente comme autiste, et c’est vrai que c’est un ton cassant typique des autistes, mais comprendre ne veut pas dire laisser faire (un autiste a du mal à user de diplomatie, mais avoir du mal ne veut pas dire qu’on doit le laisser s’émanciper des bonnes manières, surtout, pardon, quand on veut convaincre). On pourrait ajouter que si on voulait parler clairement, et ne pas être, pour le coup, inclusif, on peut prendre la peine de nuancer ses syntagmes afin de ne pas inclure « tous les individus hommes » dans le lot. Parce que sinon, ça fait un peu provocation gratuite, histoire de laisser penser, aux hommes, qu’on parle de tous les hommes pour les froisser, pour avoir le plaisir ensuite de s’entendre répondre qu’on n’y inclut pas tous les hommes, et en plus de ça d’y mettre le ton pour bien faire comprendre à ceux qui pourraient se sentir visés, non seulement qu’ils sont stupides, mais que s’ils se trouvaient visés, c’était peut-être pas sans raison… L’art de prendre les gens pour des cons. Ce petit plaisir qu’on a à rabaissé l’autre pour bien lui faire sentir combien il est inférieur… Et j’aurais dû me méfier, parce que toutes ses réponses sont comme ça. C’est presque ironique de voir quelqu’un se donner autant de mal pour dénoncer la domination autoritaire des hommes et user soi-même d’une autorité déplacée pour asséner ses vérités et répandre sa haine. D’ailleurs, c’est assez étonnant, elle ne sait pas toujours si ses interlocuteurs sont des hommes ou des femmes, donc, a priori, elle semble juger que ceux qui n’abondent pas dans son sens sont des hommes…

Moi, tout innocent que je suis (enfin pas tout à fait, j’avais déjà lu quelques-unes de ses réponses), et parce que je ne suis pas autiste, j’essaie de me parer de mes jolies sandalettes de diplomate, ça racle quand même un peu, et je rétorque sur son fil de discussion : « Et quand certaines féministes disent « les féministes », ça ne signifie pas « nous, toutes les féministes », mais « le courant féministe auquel j’appartiens » ou « moi, féministe ». On peut avancer maintenant ou est-ce qu’on se dénigre comme vous le faites en commentaires ? »

En ni une ni deux, blocage direct sur le réseau. Mentalité « si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi ». Ah oui, si c’est avec ça que les féministes (toutes) comptent avancer, je peux prendre le pari qu’on est au bout des avancées en matière de lutte contre les inégalités.

Je pleure un peu parce que je suis sensible. Puis je reviens faire un tour quelque temps après sur le fil via un autre navigateur (je suis bloqué, hein), et je vois qu’elle a suspendu son compte (mis en privé je crois). Le lendemain, en faisant quelques recherches, je lis ici ou là des followers prétendant qu’elle s’est faite agresser ou harceler… Je suis à moitié surpris vu l’agressivité qu’elle déploie, elle, à travers ses nombreux tweets, La haine provoque la haine comme disait un vieux professeur… Et il se trouve que pour le coup, il ne faut pas compter sur moi pour chercher à savoir si c’est vrai (il y a quelques tweets désobligeants qu’elle a masqués ou bloqués, mais de là à parler de harcèlement… son fil était devenu viral, les gens réagissent dans les deux sens) ou s’il faut montrer un peu d’empathie à quelqu’un qui manifestement ne veut pas en avoir (l’autisme n’excuse rien, et d’ailleurs, à ce niveau, elle n’a pas encore tort, puisque le manque d’empathie n’est pas en soi immoral). Ce qui est immoral en revanche, c’est insulter et agresser des interlocuteurs (hommes, presque toujours, donc c’est bien précisément des agressions sexistes, misandres). Et ça, elle se permet de le faire en permanence, alors non pas forcément directement face à ses interlocuteurs, mais publiquement (diffamation). Celle qui devient agressive quand elle vient à parler de ces hommes qui parlent de « salopes » quand il est question de certaines femmes et qui insulte donc certains hommes en particulier en les traitant à plusieurs reprises de « connard » (pas sur le fil en question mais sur de nombreux autres tweets). Va expliquer aux hommes que tu exiges la fin des privilèges des hommes (sic) en le traitant de « connards », c’est pas gagné.

Je retranscris la suite de tweets qu’elle a écrit parce que ça illustre parfaitement le discours général, agressif, méprisant, haineux de ces pseudo-féministes :

« Si vous ne comprenez toujours pas, il s’agit de la différence fondamentale entre les comportements de groupe et induits par le groupe, et les comportements individuels »

>(Resterait à prouver que les « hommes » forment un groupe social distinct.) (Faudrait aussi qu’elle arrive à prouver que chacun de ses contradicteurs appartiennent à ce groupe dit social.)

« Maintenant, si vous êtes calmés* et ouverts à entendre quelque chose de moins agréable : Comme vous faites partie du groupe social “hommes”, vous avez chacun votre part de responsabilité, à degrés divers, dans la misogynie du système. »

*on tend un peu vers un complexe de persécution, mais selon le docteur ce n’est pas encore préoccupant.

>D’accord, donc je résume la pensée : tous les hommes naissent libres et égaux, mais quand tu nais avec une paire de couilles, tu es à la naissance responsable des inégalités dont est susceptible d’être victimes celles qui naissent avec un vagin. On est dans le « naissent libres et égaux MAIS ». Par essence, l’homme est coupable. OK, donc tu veux construire une société sur ce principe, à savoir que de toute façon, l’homme doit être tenu responsable des inégalités dont souffrent les femmes… Ce genre de discours qui détruit toute notion de libre arbitre et de liberté, c’est assez dangereux en fait. On mettrait « race » à la place de « groupe social hommes » que ça ferait encore plus tourner de l’œil.

Et puis… même si on n’est pas d’accord avec cette grille de lecture stigmatisante, haineuse et basée sur du flan, admettons qu’on arrive à imposer l’idée que tous les hommes sont des connards, on fait quoi après ? Un tel discours repose sur quel types de revendications ? Quelles solutions ? Non, c’est « je vous prouve que les hommes sont des connards », et puis plus rien. Ce qui est normal, on voit mal comment on pourrait construire un projet de société avec un groupe qu’on désigne intrinsèquement comme persécuteur d’un autre.

La suite :

« C’est pourquoi certaines féministes font le raccourci « all men are trash », parce que même si vous, individuellement n’êtes pas un connard qui viole des femmes, vous êtes bien souvent un peu trop silencieux face à ces violences, »

>Oui, mais de toute façon, à quoi bon qu’il y ait des hommes qui dénoncent les viols puisqu’on arrivera à leur dire qu’ils appartiennent à un groupe social qui reste trop silencieux face à ça… C’est sans issue, quand tu n’es pas coupable, tu es coupable du silence des autres. C’est même pratique au fond, parce qu’à quoi bon que des hommes prennent fait et cause pour les femmes, ou des victimes en particulier (de viol ici), puisqu’ils sont quoi qu’ils fassent déjà coupables ? Si l’homme est par essence soit un violeur soit complice par son silence, et donc si tous les men are trash, à quoi bon faire l’effort de lutter pour ces causes ?!…

« ou bien un peu trop inconscients de comportements misogynes que vous avez ou avez pu avoir. Parce que vous n’êtes pas qu’un individu. Vous êtes un élément d’un groupe. »

>Oui, de quels comportements misogynes on parle ? Là encore, on suggère qu’il y aurait, par nature, des comportements généraux misogynes. D’accord, mais si on ne les identifie pas clairement, comment lutter contre ? Non, rester aussi vague en fait, ça permet… de créer des groupes, qui par leur seule nature sémantique s’opposent. La vue de groupe, c’est très pratique pour ne pas se laisser enquiquiner par la nuance. Et puis je veux bien croire qu’on est tous un élément d’un ou de plusieurs groupes, mais du groupe des hommes… Ben, non. C’est même assez incroyable qu’on puisse d’un côté lutter autant pour masquer l’appartenance à un sexe (sur les cartes d’identité par exemple, est-ce que c’est utile ?), et puis trouver bien pratique de réveiller ces appartenances pour en faire un totem ennemi à abattre (cf. mon billet sur les totems).

« Exemple : Si vous êtes dans une foule, vous pouvez très bien vous dire « moi je veux aller tout droit ». Mais s’il y a un mouvement de foule, vous dévierez avec la foule quoi que vous fassiez, et sans vous en rendre compte. »

>OK…

« Vous pensez peut-être être un « mec bien ». Cependant, vous avez été éduqué à être un homme dans une société où le viol est banalisé (culture du viol), où les hommes sont encouragés à avoir certains comportements de supériorité, etc. Il est impossible que vous en soyez vierge. »

>Ah oui, « impossible » carrément. Si je veux bien croire que des gamins soient éduqués pour valoriser leur virilité, je doute que beaucoup s’identifient pleinement à ça… Et bon sang, quelle tristesse si on était éduqué à devenir des « hommes » (et donc des femmes, ça vaut aussi pour elles, non ?)… On note en tout cas la jolie rhétorique du « on peut être un mec bien mais ».

« Et ce, même si vous avez été élevé par des familles respectueuses des femmes. Votre famille n’est responsable que d’une partie de votre éducation. Il y a aussi l’école, les publicités, les lois, les médias, les groupes sociaux dans lesquels vous évoluez, etc. »

>familles respectueuses des femmes… Il y aurait donc des familles où on serait élevé pour ne pas respecter les femmes ?! Ce délire… Et puis désolé, mais la principale éducation qui forge un individu, c’est soi-même. On décide soi-même de qui on est. Chacun, certes, avec certaines limites imposées par le cadre dans lequel il vit, mais si ce cadre est lâche, je vois mal comment il pourrait être en mesure de contraindre un individu. Dans un pays libre, personne ne décide pour nous. Elle, par exemple, quelqu’un l’a éduquée pour devenir féministe radicale ? Non, c’est le fruit de son parcours personnel, pas celui d’un formatage de la société. À moins qu’il n’y ait que les féministes qui aient ce pouvoir merveilleux de s’émanciper des groupes que la société désigne pour tous ? Ça donne un petit air de Spartacus à toutes ces femmes opprimées appartenant à ce groupe auto-désigné comme celui des femmes, groupe dominé par celui des hommes, et auquel quelques femmes éclairées et méritantes, celui des féministes, parviendraient seules à s’émanciper. On gagne sur tous les plans : non seulement, on désigne un groupe comme responsable des inégalités homme femme, mais en plus, puisqu’on est les seules capables de révéler cette nature des choses, cela fait du même coup de nous des esclaves éclairées, des Spartacus. On retrouve cette manière tordue d’arranger la réalité pour se voir en prophète jusque chez les tenants du créationnisme, du reptilisme, des divers complotistes, religieux ou sectes. Que certains rationalistes tombent dans le piège et adhèrent à de tels extrêmes est assez navrant.

« Et tout ceci n’a rien avoir avec votre « nature profonde d’homme ». Ce n’est pas de l’essentialisme. C’est votre identification par la société au groupe “homme” qui vous met dans cette situation. »

>Justement. Il faudrait demander aux hommes s’ils s’identifient au groupe « hommes ». Identification, c’est se reconnaître. Donc si on se reconnaît, on est capable de nommer ce groupe. Or, si on nie l’existence même de ce groupe, et donc en être un élément, on nous rétorque qu’on n’a rien compris. Joli raisonnement circulaire. Par définition, on ne peut pas s’identifier à quelque chose dont on ne reconnaît pas l’existence…

« La société n’est pas neutre. Elle est parcourue de rapports de dominations de groupes les uns sur les autres. Chaque groupe social influence et conditionne les individus qui le composent, malgré eux. Etre un homme dans un système social misogyne ne fait pas de vous des connards Ce qui fait de vous des connards c’est bien sûr quand vous êtes misogynes individuellement, par conviction, mais aussi quand vous refusez de reconnaître ce système et votre responsabilité dans celui-ci »

>Ne reconnaissant pas ce système, je suis donc un connard. Est-ce qu’en retour ça me donne le droit de traiter tous ceux (ou celles) qui pensent qu’on appartient à groupe d’hommes (ou de femmes) de connards ou de connasses ? Je suis égalitariste, tout le monde devrait être capable de traiter chacun de connard.

Et cette volonté d’attribuer des étiquettes aux individus (quand on est soi-même pas mal esclave des étiquettes qu’on se choisit pour soi-même : amusez-vous à repérer à quels groupes ou pratiques s’identifie par ailleurs une personne se disant si ouvertement féministe, on peut souvent en faire toute une liste), ça me rappelle une expérience perso en 6ᵉ d’un môme qui me soutenait que j’étais catholique parce que j’avais été baptisé. Ben non, je suis libre, c’est moi qui décide à quel groupe j’appartiens. Et je pense même qu’appartenir à aucun groupe, il n’y a pas plus grande liberté. Et mon sexe physiologique n’est pas un groupe social auquel je peux m’identifier. Le genre n’est pas un groupe social.

« Même si votre responsabilité est dans la plupart des cas issue de votre conditionnement d’homme. Ces comportements misogynes que vous ne voyez pas font aussi souffrir les femmes, même si vous ne les violez pas. »

>D’accord, donc on a compris, tous les hommes sont des connards… Et après.

Eh bien, après, c’est bien ça le problème. Le pseudo-féminisme, ou féminisme radical, ou misandrie, c’est un mouvement de pensée haineux, qui ne propose rien. La seule chose que propose le pseudo-féminisme, c’est la haine d’un groupe désigné par un autre groupe qui se désigne lui-même comme victime de l’autre (tordu). Tu n’as rien fait, tu es déjà désigné comme coupable à travers un groupe qu’on a attribué pour toi. Ça rappelle quand même les pires heures de notre histoire cette affaire… Et sans aller jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, cette attribution arbitraire et haineuse à des groupes prédéfinis sur des caractéristiques physiques, perso, ça me rappelle l’absurdité ethnique qui a mené au génocide rwandais. Donc oui, je suis en train de dire que laisser passer une telle haine de groupe auto-désigné, c’est potentiellement dangereux. Et ça commence par la légitimité des violences individuelles.

Le reste du fil où elle tacle systématiquement les personnes venant discuter :

https://twitter.com/astrono_girl/status/1282713000160514048

(Il faut lire les commentaires masqués, dont certains n’ont rien d’offensant et ne déploie certainement pas autant d’agressivité qu’elle peut le faire quand elle s’adresse à des comptes identifiés « hommes ».)

Quelques exemples de cette jolie courtoisie misandre : « Si tu es un homme et tu veux faire avancer les choses, fais comme les hommes qui font avancer les choses : tais-toi, écoute les femmes, ne critique pas leur façon de crier leur souffrance, éduque les hommes autour de toi. » « Bordel, faut vraiment qu’une femme t’éduque au respect élémentaire ? »

Sinon : « T’es sérieux là ? t’es pas capable de comprendre la différence entre un groupe et les individus qui le composent ? Les effets de groupes qui surpassent les actes individuels, t’en as vraiment jamais entendu parler ? Les actes de conformation, les mouvements de foule, tout ça ? »

(Moi j’en ai entendu parler au rayon des pseudo-sciences.)

Et puis, exemple de logique tordue (et amusante) : « Quand une femme dit « all men are trash », elle dénonce le système de domination masculine et l’inaction des hommes pour le changer. Quand un homme dit « toutes des putes », il méprise les femmes (et les travailleuses du sexe), par pure haine. »

Je proposerais bien une expérience sociale vu que c’est à la mode : comparer les réactions sur un réseau social à un tweet disant « all men are trash » et un autre « toutes les femmes sont des putes ». On verra le niveau d’acceptabilité. Pourtant, non, le niveau d’irrespect est bien identique, et derrière le « all men trash », il n’y a rien d’autre qu’une insulte misandre qu’on tente de faire accepter en disant qu’on s’attaque à un système dominant. Petit point godwin du jour : dire que les juifs étaient dominants partout dans les sociétés européennes de l’entre-deux-guerres, c’était justement une excuse pour les désigner responsables des principaux maux de ces mêmes sociétés. Parce qu’ils étaient supposés dominants, ça légitimait l’agressivité qu’on avait à leur égard. On légitime, on théorise même, une violence, d’accord…

Maintenant, on peut mettre cette agressivité sur le compte de l’autisme de cette personne, mais on pourrait alors se demander comment on peut élaborer une telle idéologie des rapports sociaux tout en feignant d’ignorer une des règles sociales les plus élémentaires : le respect.

C’est triste de voir un tel déploiement de fausse intelligence érigée en vérités absolues, indiscutables (surtout par des hommes) et prônant une telle haine d’un groupe qui n’existe pas mais dont les individus visés, eux, existent bien. Sérieusement, si par exemple, on veut traiter la question du viol avec ce logiciel, à quel moment les revendications et les propositions apparaissent ? C’est une suite de mise en accusation permanente avec zéro capacité à présenter des solutions pour aider les victimes et sortir les agresseurs de leurs travers sexuels et oppressifs. Pour éradiquer un problème, on cherche à le comprendre ; si avant de désigner le problème, on a trouvé le coupable… ça commence pas très bien. En l’occurrence ici, s’il est question de viol, eh bien, pour lutter contre, ça ne sert pas à grand-chose de se démener pour faire à comprendre aux hommes qu’ils en sont de toute façon coupables… Pour lutter contre le viol, on cherche à comprendre les situations susceptibles de tourner en viol, on éduque hommes et femmes, individuellement pour qu’ils soient conscients des processus et des situations menant au viol, puis collectivement, on définit aussi ce qu’est un viol (l’épisode du viol conjugal au petit réveil montre que ce n’est pas si évident à définir), et globalement on fait en sorte de changer la société pour que les femmes aient plus facilement accès à des postes de direction et de pouvoir (parce que ça impliquera plus fortement l’idée qu’une femme n’est pas un individu au service d’un autre… du sexe opposé) que l’image de la femme dans les médias, la culture et la publicité ne soit plus rapportée à celle d’un objet ou d’une potiche (on ne peut pas forcément imposer les choses, mais il faut penser à des programmes d’incitation, de quotas, voire si ça ne suffit pas en passer par des taxes et par la loi : c’est difficile par exemple d’interdire la publicité dégradant l’image de la femme ?). Bref, une recherche de solutions, pas de faux coupables.

Autre absurdité de la rhétorique pseudo-féministe et qui permet à ses tenants d’avoir toujours raison : accuser leurs détracteurs d’être masculiniste et de n’avoir aucune légitimité à parler parce qu’ils profitent d’un rapport de domination. Tu peux toujours dire que cette demoiselle agressive dessert la cause qu’elle prétend défendre, on te fera un grand fil condescendant comme ça :

https://twitter.com/Marie_Peltier/status/1282410002955870211

Et elle n’aurait pas l’excuse de l’autisme, elle se désigne comme autrice et vit donc de ses théories de haine et de la mise en scène des violences qu’elle peut subir.

Continuez de donner le bâton pour vous faire battre.

On pourrait faire un petit jeu. Depuis les années 70 que ces théories existent, quelles sont les avancées en matière de droit des femmes gagnées par les tenantes de ces théories, et quelles sont les avancées à mettre au crédit des féministes ou des hommes qui les supportent ?

Est-ce que faire l’amour à son partenaire endormi, c’est un viol ?

— Il paraît que si je te fais l’amour au réveil alors que tu es encore endormie, c’est un viol.

— Ç’a l’est si on ne s’est pas mis d’accord avant.

— Ah, et nous, on s’est mis d’accord ?

— Non.

— … D’accord.

— Mais j’adorerais que tu me fasses l’amour au réveil.

— Quand tu dors ?

— Oui. Pourquoi tu ne l’as jamais fait ?

— Te faire l’amour au réveil alors que tu dors ? Ben, parce que je dors aussi.

— Tu te couches souvent tard alors que je dors. Tu pourrais essayer de me faire l’amour.

— Ce ne serait pas un viol ?

— Non, puisque je te le demande.

— Et si tu veux pas ?

— Si je ne veux pas quoi ? Que tu commences à me faire l’amour alors que je suis encore endormie ?

— Oui. Si tu dors, c’est peut-être que tu es fatiguée…

— Je te le dirais si j’étais fatiguée.

— Comment tu peux me dire que tu es fatiguée si tu dors ?

— Je te le dirais à mon réveil.

— Donc il faut que je te réveille pour te demander si tu veux faire l’amour ? Du coup, ce n’est plus te faire l’amour alors que tu dors. C’est te réveiller pour savoir si tu peux à toute heure répondre à mes désirs obscènes.

— Mais non ! Tu me caresses, tu me fais des choses, je me réveille, et si je n’ai pas envie, tu arrêtes.

— Donc là, si tu n’es pas consentante, ce n’est plus un viol, mais du harcèlement. Parce que je te tripote sans ton consentement.

— Tu crois ?!…

— Mais si je commence directement par la pénétration ?

— Tu sais très bien que ce n’est pas possible.

— Ah bon ?

— Bien sûr. Comment veux-tu me pénétrer sans passer par les préliminaires. Il n’y a qu’un mec qui pense qu’on peut pénétrer une femme directement.

— N’importe quoi. Si je mets mon sexe dans ta bouche alors que tu dors, c’est une pénétration.

— C’est vrai.

— Ce serait donc un viol.

— Hum…

— Tu es déjà moins consentante, là.

— Pourquoi on parle de ça ? Où c’est que tu as vu ça encore ?

— Un type se vante sur les réseaux sociaux de violer sa femme tous les matins quand elle dort.

— Elle est d’accord ?

— On ne sait pas. Il parle pas de ça. Mais il a l’air de dire que parfois, c’est elle qui lui fait des trucs pendant que lui dort.

— Donc, elle est consentante.

— Ben, on en sait rien. On sait pas s’ils se sont mis d’accord avant. Parce que c’est bien ça l’idée, se mettre d’accord avant. Ou bien, est-ce que par principe, même si on est d’accord, ça reste un viol.

— Mais non. Ça marche pas pour les couples. Le viol dans cette situation, c’est quand l’homme impose un acte sexuel à une inconnue et la prend par surprise alors qu’elle dort. Si on est en couple, ça compte pas.

— Donc il ne peut pas y avoir de viol dans un couple ?!

— Ce n’est pas ce que je dis. Le contexte joue beaucoup.

— Quel contexte ? Si on s’est mis d’accord ou pas ?

— Oui.

— Et si on n’en a pas parlé ? Mettons que cette nuit, je me réveille, et je te fais l’amour.

— Là, ça compte pas. On vient d’en parler. Et je t’ai dit que j’étais d’accord.

— D’accord. Alors, disons, si hier, je t’avais réveillée pour te faire l’amour.

— J’aurais adoré.

— Ce n’est pas ce que je te demande. Est-ce que ça aurait été un viol ?

— Non. Parce que j’aurais aimé ça.

— Donc, si la personne à qui on fait l’amour sans lui demander aime ça, ce n’est plus un viol ?!

— Hum, oui. C’est tordu. La notion de plaisir ne doit pas rentrer en compte…

— Donc, c’est un viol. Enfin, ça aurait été un viol.

— Ben, oui, mais j’aurais été consentante… a posteriori.

— Ah. Et tu crois que ça a une valeur légale, ça ?

— Roh, mais on n’en est pas à passer en jugement !

— D’accord, mais c’est important de définir les choses. Il ne faudrait surtout pas banaliser la question de viol ou ignorer celle du consentement.

— C’est vrai. Mais justement. Dire que tout peut être un viol tend à banaliser le viol. Le véritable viol.

— Parce que violer quelqu’un qu’on ne connaît pas au petit matin et avec qui on ne s’est pas mis d’accord avant, ou encore la question du consentement en couple, ce n’est pas une question de « véritable viol » ?

— Je sais plus. Tu me laisses dormir ?

— Je peux te faire l’amour alors quand tu dors ?

— Non, je suis fatiguée.

— Tu as dit que tu étais d’accord pour que je te fasse l’amour quand tu dormais.

— Oui, mais là, je suis fatiguée.

— Mais tu ne seras peut-être plus fatiguée quand tu dormiras…

— Oui, mais j’ai pas envie.

— Mais si je te caresse, tu auras envie.

— Oui, mais j’ai pas envie. N’insiste pas.

— Tu étais d’accord tout à l’heure, et maintenant tu ne l’es plus. C’est particulièrement féminin ça.

— Et ça, c’est misogyne. Laisse-moi dormir.

— D’accord, bonne nuit.

— … Mais si tu me fais l’amour quand même et que je n’ai pas envie, ce ne sera pas pour autant un viol.

— Quoi ? Mais on a justement dit que c’en était un !

— Oui, mais là, ce n’en sera pas un. Tu pourras, un jour, quand j’en aurais envie.

— Comment je peux savoir quand tu en auras envie… si tu dors ?!

— Ah, je sais pas. Laisse-moi dormir, il faut que je réfléchisse.

— Tu réfléchis pendant que tu dors, toi.

— Parce que je suis une fille ! Les filles, c’est plus intelligent que les hommes. On arrive très bien à réfléchir pendant notre sommeil.

— Ah. Je te laisserai y réfléchir alors.

— Tu sauras si un jour j’en envie qu’on fasse l’amour pendant notre sommeil. Ce sont des choses qu’il faut sentir ça.

— Donc maintenant, on peut faire l’amour alors que les deux dorment. C’est un nouveau concept.

— Ce n’est pas ce que je voulais dire, mais faudrait essayer.

— Je te laisserai y réfléchir pendant que tu dors, et je te laisserai prendre les choses en main alors. Parce que moi, quand je dors, je dors.

— Ah ! Et tu ne sais pas jusqu’à quel point tu as le sommeil lourd !

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Je t’ai déjà fait des choses pendant que tu dormais, et tu ne t’es jamais réveillé.

— Ah bon ?! Sans me demander ?! Mais c’est un viol !

— Peut-être, mais tu semblais aimer ça.

— Si j’avais aimé tant que ça, je m’en souviendrais et j’aurais commencé par me réveiller… Et ça resterait un viol.

— Ah, c’est comme ça ?! Donc si toi, tu veux me faire l’amour pendant que je dors, ce n’est pas un viol, mais si c’est moi qui te fais des choses quand tu dors, c’est un viol ?!

— Tu m’as dit que tu étais d’accord. Moi, pas question que tu me fasses des choses dans mon sommeil. Surtout si j’en ai aucun souvenir.

— Dans ce cas, pas question à ce que tu me fasses l’amour dans mon sommeil non plus ! Je ne suis pas une poupée gonflable !

— Même si tu as « envie » ?!

— J’ai pas envie ! J’ai plus envie du tout !

— Eh bien, dors alors.

— Je n’ai plus envie de dormir du tout !

— Est-ce que, puisqu’on est réveillés, tu es d’accord pour qu’on fasse l’amour ?

— Oui, faisons-le tant qu’on est éveillés ! Après il sera trop tard !

— Arrête de crier !

— C’est tellement romantique de donner l’impression aux voisins qu’on se dispute ! Ça m’excite ! Fais-moi hurler !

— Oh, oui !

— Oui !

— Ah ! Ça c’est du consentement, ma chérie !

— Oui ! Oui !

— Oui !

— Encore ! Encore, ne banalisons jamais l’amour…

— Ou même le viol !

— Oui ! J’allais le dire !

— Ah !…

— C’est tellement bon en vrai ! Faire ça en dormant, ça doit être une mauvaise idée ! C’est excitant quand on y pense, mais à le faire, ça doit être beaucoup moins drôle ! Surtout pour celui qui dort !

— Ou celle !

— Oh, mon Pedro, qu’est-ce que tu peux être inclusif, ça m’excite !… Encore !

— J’y suis, j’y suis ! Oh, la la, celles et ceux qui pensent avoir découvert l’eau chaude en proposant de faire l’amour quand leur aimé(e) est endormi(e)… ne savent pas…

— Oh, c’est trop bon ! Quelle idée de vouloir faire l’amour quand on dort ! C’est une négation totale de l’autre ! C’est tellement mieux, conscients, à deux ! Les yeux dans les yeux !

— Oh, ma Conchita, tu ne fais pas que réfléchir dans ton sommeil, tu réfléchis admirablement bien quand tu fais l’amour !

— Oh, mon Pedro !… Quoi ?! Déjà ?!!

— J’étais trop excité !

— Mais non, on continue.

— Je peux plus.

— Si, on continue !

— Je peux plus.

— Si !

— Ce serait un viol.

— Oh, arrête !

— C’est ce que j’ai fait, j’ai plus envie.

— Moi, si.

— Hum.

— Encore, sers-toi de ta langue pour changer, homme de peu d’appétit !

— …

— Il dort ! L’escroc ! Le lâche ! Monsieur fait sa petite chose et il s’endort !

— …

— Est-ce que si je lui fais des choses, c’est un viol ? Il a dit qu’il n’avait pas envie…

— …

— Égoïste !


(Ceci n’est pas un extrait des Belles Endormies de Kawabata.)

Trois Tristes Tigres, Raoul Ruiz (1968)

Trois Tristes Tigres

Tres Tristes Tigres
Année : 1968

Réalisation :

Raoul Ruiz

Avec :

Shenda Román
Nelson Villagra
Luis Alarcón

8/10 iCM IMDb

Listes :

Limguela top films

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Peut-on dire qu’on n’a rien compris à un film, et pourtant qu’on l’a adoré ? Avec la jurisprudence du Grand Sommeil, sans doute, oui. Il faut avouer qu’il m’en faut peu pour que je me détourne à la première occasion des indices narratifs éparpillés çà et là dans un récit, disons, classique, et pour que mon attention s’ébahisse tout à coup par autre chose, un détail de film. Alors, quand Raoul Ruiz m’incite à regarder autre chose qu’une trame rigide et froide, je m’embarque facilement avec lui, si toutefois ce qu’il propose par ailleurs, ces détails étonnants, arrivent à tenir éveillé mon intérêt assez longtemps.

Parce que c’est bien ce que Ruiz semble faire ici : se détourner d’une logique narrative classique pour se concentrer sur les à-côtés, ce qu’on ne voit pas d’habitude dans une histoire, sur la forme, le jeu d’acteurs ou les cadrages (pas si improvisés que cela pourrait laisser paraître).

Trois Tristes Tigres, Raoul Ruiz (1968) | Los Capitanes

À certains moments, ça ressemble aux errances de Fellini comme celles de La dolce vita. Les rencontres avec des amis se multiplient, ça papote, et on n’a aucune idée de quoi tout ce petit monde peut bien discuter. On commence à comprendre à peine qui sont les personnages, mais on les suit un peu fasciné parce qu’il n’y a pas une seconde où il ne se passe rien. C’est du Raoul Walsh appliqué aux comptoirs de bars et aux rencontres interlopes. Des rencontre, des rencontres, des rencontres.

À la même époque, c’est Cassavetes qui propose le même type de cinéma, même si on y sent un peu plus la trame, rigoureusement naturaliste, en toile de fond.

Cet hyper-naturalisme, c’est d’abord ce qui attire l’œil : la caméra de Ruiz se trimbale d’un acteur à l’autre avec un semblant de naturel ou d’improvisation à chaque fois, mais on sent bien pourtant que tout est calibré comme il faut, avec des petites actions qui apparaissent toujours au moment où la caméra est présente. Et les acteurs sont fabuleux.

Le naturalisme c’est quoi ? C’est quand les acteurs ont mille objectifs dans la tête et que ce qu’ils pensent, ou ce qui se passe dans leur environnement (notamment avec l’interaction avec les autres acteurs), modifient sans cesse ces objectifs ; de ces objectifs naîtront avec plus ou moins de densité toutes sortes d’humeurs différentes, qui parce qu’elles sont nombreuses et superposées, prennent une couleur atténuée, lisse, ce que les mauvais acteurs et les mauvais spectateurs appellent « l’intériorité ». Ce n’est pas de l’intériorité, c’est être impliqué, concerné, par ces différents objectifs qui nous animent chaque seconde dans la vie et qu’il faut être capable de reproduire en tant qu’acteur. Si Ruiz ne s’intéresse ici qu’au sous-texte, ses acteurs ne font pas autre chose puisqu’ils cherchent avant tout à être présents à un moment donné en étant habité par tous ces objectifs du moment et souvent simultanés qui constituent la « nature » d’une situation. Ce que certains appellent intériorité, c’est souvent cette manière qu’on a en permanence de cacher ce qu’on pense tout en en laissant nous échapper une très grande part, mais de manière… atténué. Alors que des acteurs qui ne jouent qu’une couleur, une intention, le texte, s’impliquera totalement dans cette couleur et s’appliquera à éclairer toute la logique du texte.

En comparaison, un acteur de cet hyper-naturalisme, pourra être concerné à un moment par le fait de se servir un verre tout en répondant à son interlocuteur et sans avoir à structurer son jeu en fonction de l’évolution de la situation. Car s’il y a une situation générale (qu’on voit à peine ici, mais ça semble bien volontaire), toute la mise en scène consiste à noyer le spectateur derrière une profusion de micro-situations.

Avec ce principe, Ruiz arrive à la fin de son film avec une tension physique et psychologique qui serait avec d’autres types de mise en scène beaucoup plus artificielle et directe. C’est une forme de distanciation. La caméra s’intéresse aux détails, dévoile les recoins de la pensée des personnages à des moments particuliers de leur existence, mais au présent, et semble se dissocier d’un niveau narratif supérieur censé éclairer l’intrigue. Plus on est prêt, plus on est en dedans des personnages, et donc en dehors de la trame logique qui nécessite un regard à une autre échelle. C’est un peu comme se retrouver nez à nez dans la rue ou dans un bar avec un petit groupe de personnages qui s’invectivent : on ne comprend rien à la situation, on la décrypte autant que possible à travers des indices qui nous sautent aux yeux ou se révèlent peu à peu, et pourtant on s’identifie assez, sur des détails, à tel ou telle personne en fonction de ce qu’elles nous montrent sur le moment, alors que sur le fond de leur histoire, leur sujet de polémique, on ne sait toujours rien, en tout cas pas assez pour avoir une vision claire du conflit qui les anime. On reste distant de leur objet, mais on entre en empathie avec les sujets.

Voilà une expérience cinématographique saisissante, rare (parce qu’il faut être capable de diriger ses acteurs), mais au fond, on y retrouve déjà pas mal de ce qui fera parfois le cinéma de Ruiz : le goût pour la forme qui le fera glisser souvent vers le surréalisme et une densité très affirmée dans le montage (à la manière de certains écrivains sud-américain avec leur écriture extrêmement dense et prolifique en images). Parce que l’essentiel est là : il n’y a pas une seconde dans le film où il n’y a rien à voir. Et pourtant, on pourrait dire qu’il ne s’y passe rien d’important ou de compréhensible…


Le film est disponible gratuitement et restauré sur la plateforme HENRI de la Cinémathèque française. Les captures sont issues de ce lien.


 

‘Le chat qui fume’ édition et DVD durables

Il n’est jamais bon de se lancer dans des discussions sur Twitter (ou ailleurs sur les réseaux sociaux). D’habitude, quand je pose des questions innocentes, on ne me répond tout simplement pas. Au mieux, on ne me lit pas, au pire, on me prend pour un troll. Mais quand on me répond, j’avoue que je ne retiens jamais cette promesse que je peux me faire à moi-même quand je me retrouve embarqué dans des discussions qui n’en sont en fait pas vraiment. Les gens défendent leur gagne-pain. Leur cerveau est configuré en fonction de leur porte-monnaie. Donc quand on ose remettre en question une partie de ce qu’ils font, ils n’hésitent pas à raconter n’importe quoi, et au lieu de vous répondre, finissent par utiliser la méthode classique du retournement (entre autre) pour déplacer le problème que vous soulevez dans votre jardin. Vous pourriez leur opposer tous les arguments du monde, ils ont leur bifteck à défendre, et ils déploieront toute la mauvaise foi imaginable pour ne pas voir la réalité à laquelle vous tentez de les soumettre.

Je devrais essayer une fois de plus de me rappeler qu’aucune discussion n’est possible, où que ce soit, avec qui que ce soit, et que la réalité des échanges entre personnes sur les réseaux ou ailleurs doivent strictement se constituer d’amabilités. Et comme c’est loin d’être mon truc, il serait bon que j’arrête tout bonnement de discuter. Cependant, je me connais, je suis curieux, et je pense malgré tout que certaines questions méritent d’être posées (tandis que les réponses profitent toujours in fine à celui qui ne veut pas y répondre).

Gardons ça là, pour mémoire.

Ici, il est question de l’utilisation du terme « durable » dans une pétition regroupant le monde de l’édition physique de films DVD. Je n’ai rien, a priori, contre les éditeurs de DVD, la plupart sont également distributeurs dans des cinés d’art et d’essai, mettent en lumière certaines œuvres rares ou méconnus, et participent ainsi à faire connaître des auteurs, des univers, des cinéphilies en marge ou du « patrimoine ». Quand ils se contentent d’être des marchands en profitant du talent des autres, c’est déjà moins ma tasse de thé, mais impossible de faire un tel procès d’intention quand on ne connaît pas les structures ou les personnes qui les constituent — et même à ce stade, je veux bien concevoir que leur profit particulier puisse également bénéficier à ceux qu’ils mettent en lumière ou à qui ils « délivrent » leurs produits.

Là où ça commence à me poser problème, c’est quand on prétend, en plus de ce que je viens de mentionner et qui est louable (salut à toi, feu Vidéo Futur), qu’on est un secteur « durable ». La phrase qui attire mon attention, c’est « [La vidéo physique] propose de beaux objets, durables, transmissibles et qui répondent à une envie unique, à l’opposé de la culture au débit ».

« Durable », c’est quoi ? Depuis quelques années déjà, quand on parle de « durable », que ce soit les produits ou leurs moyens de production, c’est relatif à l’environnement. Et sans trop être spécialiste, on comprend depuis un moment déjà que c’est pour qualifier un produit ou un moyen de production vertueux, à opposer à un autre qui serait polluant, énergivore ou rapidement obsolète.

Je pose donc ma question en toute innocence, adressée au compte de celui qui a partagé la page de la pétition où tout ce petit monde de la distribution demande de l’aide en ces temps de crise :

Juste une question : « Elle propose de beaux objets, durables, transmissibles » En quoi, le support physique est-il durable ?

Le chat qui fume, c’est le nom de l’éditeur DVD, répond :

Ah bon, c’est une si étrange question de demander en quoi un DVD est-il un produit durable ? Ça coule de source, non ?

Là, je lui explique qu’un DVD, c’est fait principalement en plastique, et ironiquement, je luis dis que s’il est « durable », c’est dans le sens où il peut potentiellement rester durablement dans la nature. Autrement dit, c’est pas biodégradable. Bref, je lui dis que ça se recycle mal (les boîtiers sans doute plus que les DVD eux-mêmes qui sont constitués de plastique et de métaux, et là, aucune technologie n’est capable de recycler à 100 % un tel produit, et si c’était possible, ce serait immensément cher et énergivore ; et puis, loi de l’entropie oblige, on ne revient jamais à un état précédent, c’est irréversible, donc en soi, le recyclage, c’est mieux, mais c’est pas la panacée qui rendra la société de consommation… « durable »). Et j’insiste sur le fait que, que ce soit après dix jours ou dix ans, un tel produit, on va bien finir par s’en débarrasser, et pour la planète, ça revient strictement au même. Tu stockes trente ans ton plastique sur des étagères, tu meures, ben, à l’échelle géologique, c’est comme si ça retournait tout de suite dans la nature. Et le pétrole, il ne va pas retourner à la nature sous forme de nappe d’hydrocarbure piégée dans un sous-sol saoudien, il va se répandre dans l’air ou sous forme de microparticules dans les océans. Tu regardes ton film de deux heures, tu le laisses vingt ans dans ta bibliothèque, avec un peu de chance, il suit un cycle de recyclage, puis peut-être, ô miracle, un autre, au final, ton produit d’origine, il ne va pas retourner bien au chaud dans la poche où il était piégé depuis des millions d’années. Donc oui, ironiquement, on peut dire que c’est « durable ». Une pollution durable.

Il ne comprend pas l’ironie, donc pour lui il n’y a pas débat : je reconnais que c’est « durable ». OK.

Là, je deviens moins poli, Esther.

Ici, le petit pollueur en herbe repousse sa responsabilité écologique sur le grand épouvantail de notre époque, la Chine.

Oui, parce que si le racisme, c’est moche, j’aimerais bien comprendre un jour pourquoi le racisme anti-jaune est toujours aussi bien accepté. Parce qu’ils sont loin et ne peuvent se défendre s’en doute. Plus t’es loin, plus t’as tort. Après, je veux bien croire que la Chine soit le plus gros pollueur du monde, mais non seulement c’est pas le sujet, mais ce n’est pas ce qui est dit. Et pour faire dans le personnel, des t-shirts chinois, j’en ai justement renouvelés mon stock, il y a quatre ou cinq ans, et ils sont d’excellente qualité (après, c’était pas tout à fait 3 €, mais à ce prix-là, faudrait que je teste dans dix ans pour ma prochaine garde-robe… — oui, parce que chez moi, les t-shirts, même chinois, ça me fait vingt ans ; il me reste même quelques affaires achetées il y a 30 ans et qui font pour certaines un lavage tous les mois).

Ma réponse :

Je le traite de pollueur et de xénophobe, normal de ne pas apprécier. En retour, il paraît que ça le fait marrer de voir un mec aussi stupide que moi.

Je le fais peut-être marrer, mais là il a raison. Faudrait que j’arrête de tweeter.

En revanche, il faut oser dire que mes tweets et mon site polluent plus que son usine à plastique. Oui, mes activités polluent, j’en suis le premier désolé. Mais 1/ j’essaie tous les jours de réduire mon impact et je crois pas trop me tromper en disant qu’il est relativement faible en comparaison avec les hommes de mon âge vivant dans la même région… 2/ c’est pas ma consommation d’énergie qui pose problème, je suis pas à prétendre que je fais du « durable » (sauf si on considère que les longs articles, c’est « durable »…).

Je réponds :

(Quand je commence à appeler un mec « mec », c’est pas bon signe, mais on est d’accord pour dire qu’un « mec » qui se fout aussi ouvertement de ma gueule, ça mérite pas beaucoup de considérations, si ?)

Non, je ne le dis pas, parce que :

Dans l’article en question, ça dit bien qu’il y a des voies pour tenter de recycler les DVD, mais d’une part, c’est très limité, ce n’est pas obligatoire, et surtout, ben… c’est pas effectif. Dire qu’un objet est recyclable, ça ne veut pas dire qu’il sera recyclé. Et encore une fois, même si une bonne part de ces objets « non durables » était recyclée, elle ne pourrait pas l’être ni en totalité, ni à l’infini.

Mais je pense qu’il n’apprécie pas mes aphorismes récessionnistes.

Le pollueur qui dégrade la planète sans le savoir doit apprécier Molière pour balancer autant d’apartés. Ce sera sans doute le seul point commun qu’on pourrait se trouver.

Après, sa question m’interroge… On peut vraiment penser qu’il faut polluer pour se cultiver ?! On se cultive seulement depuis la révolution industrielle ? Depuis l’apparition du… DVD ? Depuis qu’on pollue ?… Ah.

Et puis, jolie tentative d’attaque ad hominem concernant ma culture personnelle. On dirait un gamin dans une cour de récré qui tente de filer un coup de pied aux couilles d’un camarade, le rate, et se retrouve les fesses au sol. Même Milou a plus de repartie.

Mais d’accord, ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est le « durable », hein. Mais comme je suis stupide, je me fais piéger par son concours de bites, et je continue sur sa lancée au lieu de revenir au point initial :

Ensuite, c’est lui qui pose une question intéressante :

C’est beau cette naïveté, feinte ou non, du pollueur qui demande comment sauver le monde s’il ne peut pas le polluer. Mais oui, comment ?!

(Et puis, maintenant, je sais qu’on écrit DVD avec des capitales, parce que c’est CULTUREL.)

Les DVD, c’est du plastique et du métal, y a besoin de quoi d’autre comme argument pour lui faire comprendre que c’est pas « durable » ? C’est si difficile à comprendre ou on est à niveau de greenwashing qui ne convaincrait même pas un actionnaire Total.

Alors comme je ne suis pas un troll, mais un emmerdeur attaché au sens des mots, soucieux du devenir de la planète (un peu plus que les hommes — et quand je dis « planète », je pense surtout aux autres animaux, à toutes les richesses végétales, voire minérales, qu’on est en train de saloper en un clin d’œil), je lui réponds :

Et pour compléter, honnêtement, je ne vois pas où pourrait être son piège. Si c’est le détail écolo-bobo qu’il fournit par la suite, c’est, disons… assez pathétique : ils vendent leurs DVD donc… dans des boîtiers en carton. D’un coup, je me sens transporté dans un magasin Nature & Environnement, je suis impressionné.

Maintenant, c’est lui qui trolle :

C’est amusant, quoi qu’on fasse sur cette planète, c’est toujours « utile ». C’est probablement ce qu’ont toujours essayé de dire ceux qui travaillaient dans des secteurs dépassés pour convaincre leurs contemporains de continuer à faire appel à eux. « Utile. »

Le bonhomme essaie de me tendre des pièges sur ma propre consommation. Je rappelle que c’est un type qui parle au nom d’une boîte de produits de consommation, et qu’il répond à un particulier qui lui demande en quoi son secteur est « durable » en lui demandant, à lui, si sa consommation est vertueuse…

« Monsieur Total, vous polluez ! » « Et toi, petit Africain, tu crois que tu pollues pas ! »

Pour répondre, je sors ma plus belle paire de grolles :

Bon, les normes de grandeur sont un peu exagérées. Tout le monde n’est pas forcément capable de garder des chaussures si longtemps ou de rafistoler à l’infini comme je le fais… Mais l’idée est là. Un DVD, il est « utile » combien de temps à celui qui l’achète comparé à une paire de chaussure ?… Sans compter que, si de plus en plus souvent on se chausse en pétrole, le cuir est encore très largement utilisé, et pour plusieurs raisons : c’est de meilleure qualité, ça dure bien plus longtemps et ça peut être rafistolé. Mais pour sûr, on trouve moins de bonus avec des grolles confectionnées bêtement en cuir.

J’ai ensuite droit à du haut niveau :

Réponse :

Sa réponse :

Ne pas voir la différence entre le papier et le DVD, c’est un peu flippant quand même.

Et puis j’ai droit à la plaidoirie habituelle (quoi que j’ai échappé à d’autres arguments du genre parfois utilisés : « je suis entrepreneur, je fais travailler des gens, nous sommes dans le local, si vous ne nous aidez pas, ce sont les multinationales qui gagneront », etc.) :

C’est très bien tout ça, mais ça répond à la question ? Est-ce que c’est pour autant durable ? J’ai aucun problème avec le fait de dire qu’il faut qu’il y ait des animateurs de la vie culturelle. Mais est-ce que c’est « durable » ? Si je vends du pâté, je vais pas en plus prétendre que c’est bon en lotion énergétique pour le corps. Ici, le problème, c’est pas de polluer dix ou cent, mais de dire ou non si c’est « durable ». Oui, je suis chiant. Mais on peut faire des trucs (par ailleurs légitimes) sans raconter de la merde, non ?

Je réponds donc :

Je pose une question légitime : en quoi est-ce “durable” de faire de l’édition de DVD. Tu vis sur une autre planète pour ne pas être concerné par les enjeux environnementaux ou ça te fume et tu préfères regarder ailleurs en prétendant que le problème vient… des Chinois ?

Et c’était ma dernière intervention. Ses réponses étaient tellement crétines que j’ai commencé à me dire que j’allais surtout recopier tout ça dans un article pour me calmer, tout en me promettant d’essayer à l’avenir d’arrêter de mettre les gens dans leur caca. Je suis mal élevé, non seulement ça ne se fait pas, mais surtout ça ne change rien et je passe pour un troll (doit y avoir du vrai, maman troll m’ayant toujours dit qu’il y avait pas grand-chose d’humain en moi).

Ses réponses pour finir, la première (celle en bas sur la capture) m’a tout de même fait éclater de rire.

Je le laisse deviner.

Bref, non seulement, pas question pour moi d’aider un secteur qui lâche des déchets dans la nature en prétextant qu’ils sont « la culture », mais si en plus je venais à tomber sur un film distribué par ce chat fumant, j’irais directement aller le télécharger pour avoir accès au film source (moi, j’aime la culture, l’originale) et pour boycotter des pollueurs qui nous enfument en prétendant faire du « durable ».