Manchester by the Sea, Kenneth Lonergan (2016)

Grunge dance

Note : 3.5 sur 5.

Manchester by the Sea

Année : 2016

Réalisation : Kenneth Lonergan

Avec : Casey Affleck, Michelle Williams, Kyle Chandler 

Un peu de mal à se mettre en route. C’est toujours une gageure pour moi d’adhérer aux excès naturalistes du cinéma dit indépendant américain. Y a jamais rien qui va dans le ton et les effets employés. On sent les efforts pour faire plus « européen », l’application à toucher au réel, mais pour ce faire, ça en vient toujours à creuser des tombes avec des tonneaux de larmes et à se gratter les fesses pour se donner de la contenance de plouc de la classe ouvrière comme on l’apprend à l’actors studio. Des gens bien portants jouant des gens du bas peuple, ça fait toujours une impression bizarre à l’écran. Je serais curieux de savoir quelle est la part des cinéastes américains présents à Sundance qui n’ont pas fait d’université…

C’est ce qui arrive quand on vit dans une société aussi déséquilibrée que la société américaine et qu’un type de cinéma (indépendant, celui qui ne cesse d’être loué à Sundance mais rarement ailleurs) doit se démarquer de son pendant hollywoodien. C’est pas la norme, donc on prend toujours le risque de tomber dans un excès contraire, celui du drame lourd et misérable faisant dévier le drame naturaliste vers le mélo involontaire. La distance nécessaire dans le cinéma indépendant américain est souvent recherché, rarement trouvée.

Paradoxalement, les meilleures réussites de ce cinéma indépendant, je le situerais plutôt dans les années 60 avec des films réalisés par des cinéastes de documentaires ou s’efforçant à chaque fois d’éviter de prendre des stars, à moins que ce soit ces stars elles-mêmes qui mettent en scène précisément ces films. C’est paradoxal, parce que oui, dans ce cinéma naturaliste, volontairement austère, certains de ces meilleurs films ont été réalisés par des acteurs hollywoodiens : Cassavetes bien sûr, mais aussi Paul Newman, Robert Redford ou Clint Eastwood. Seulement j’ai peur que ce cinéma indépendant américain ait pratiquement disparu avec ces cinéastes. Si Clint a abandonné la veine naturaliste, toute la génération qui suit n’a jamais su ré-adopter les codes quasiment artisanaux des années 60. Fini le noir et blanc au format dégueu (surtout valable pour les cinéastes issus du documentaire), désormais, tout à l’écran resplendit et même la crasse, librement exposée, ressemble à de la fausse crasse. Plus on en voit à l’écran, moins on y croit. La même chose pour l’expression, la dégaine ou les larmes des acteurs : on peut rarement y croire.

Alors, dès que je vois Casey Affleck dans un film, qu’il se force à courber l’échine et parle dans sa barbe, je ne peux m’empêcher de ne pas y croire. C’est presque un carnaval d’acteurs hollywoodien venus se détendre et jouer (au sens ludique), les bouseux (et quand je dis hollywoodien, je devrais plutôt dire new-yorkais, mais ce n’est pour autan bon signe). On pourrait être d’autant plus méfiants à ce propos quand on voit le CV de l’auteur du film (on est loin du documentaire ou du cinéma provincial, mais on se rapproche de la caricature « New-York vue par Hollywood »). Même voir Matthew Broderick jouer les bons pères hyper-croyants et propre sur lui, je ne peux m’empêcher de ne pas y croire et de me penser tout d’un coup propulsé chez Madame Tussaud. C’est comme si tout devait passer, chez les tenants de la « method » actors studio, par l’excès et la « composition ». Plus on est loin de son tempérament, plus le trait est forcé, plus on « imite » et fait preuve de ses talents d’imitateur ou de composition, plus on pense qu’on sera loué pour notre travail. C’est un cirque qui se donne les atours du cinéma du réel et une plaie dans le cinéma indépendant américain à ne pas savoir trouver le ton juste et s’obliger à s’infliger pareils écarts.

Les contre-exemples sont nombreux, mais quand des acteurs se font remarquer dans des films indépendants réussis, ils sont presque toujours récupérés par le système hollywoodien et se retrouvent fatalement à jouer dans des superproductions et à jouer les super-héros… À l’image de sa société, toujours, le cinéma américain n’évite pas les grands écarts. Jennifer Lawrence est formidable dans Winter’s Bone, et hop, le système l’avale et on la propulse dans X-Men puis dans Hunger Game. Brie Larson se fait remarquer dans Room, et on la retrouve dans Captain Marvel. Casey Affleck, c’est vrai, n’est sans doute pas tombé dans ce genre d’écarts, au contraire du frangin, et c’est même son frangin qui l’a parfaitement mis en scène dans un polar réaliste qui savait justement éviter le poisseux factice d’un certain cinéma indépendant (c’est une veine qu’a plus cherché à suivre et avec réussite Eastwood dans ses débuts). Le problème, c’est que d’un côté je trouve que le Casey en fait souvent trop, et que d’un autre ses capacités à aller vers l’émotionnel me paraissent assez limitée. Je pense même que s’il joue si voûté, s’il baragouine plus qu’il ne parle, ou s’il s’efforce le plus souvent de jouer les apathiques renfrognés, c’est plus pour masquer ses manques que par réel choix ou conviction dans la construction de son personnage (comme on dit chez les praticiens de la méthode stanislavskienne). Et quand il se retrouve face à l’actrice qui représente à elle seule l’image du cinéma indépendant américain de ces dernières années, Michelle Williams, elle le bouffe complètement lors d’une scène de retrouvailles toute aussi intense qu’inopinée. C’est bête parce que pour prendre une métaphore sportive, la Michelle était partie avec une longueur de retard suite à leur précédente scène en commun : elle jouait les femmes scotchées au lit ; or, un rhume, c’est comme la vieillesse, ça se simule assez mal, et elle n’était pas bien brillante dans une séquence qui, pour le coup, était plus à l’avantage d’un Casey Affleck plus à l’aise dans des séquences moins tire-larmes. Et puis la revanche arrive, on joue plus dans un registre qui est favorable à Michelle Williams, elle est parfaite dans ce registre de l’émotion lacrymal, et lui se fait ratatiner se voyant obligé de forcer l’émotion mais étant incapable de la faire remonter presque naturellement (grâce aux souvenirs personnels) comme on apprend pourtant à le faire à l’actors studio.

Le cinéma, ce n’est pas des performances individuelles ou des séquences prises individuellement, c’est un tout. Et s’il y a beaucoup à dire sur la « méthode », si c’est très inégal voire hybride et plein d’excès, il y a une qualité générale d’écriture certaine. Non pas dans les dialogues parce qu’on est dans le réalisme, et on s’autorise à l’occasion quelques libertés semble-t-il, ce qui se fait rarement pour améliorer la qualité d’un script, mais au niveau de la chronique presque post-traumatique du machin. On s’habitue aux flash-backs un peu explicatifs au début, on les accepte, et puis, à l’usure, on s’attache à ces personnages bourrus à qui la vie n’a pas réservé le meilleur. Peut-être beaucoup par pitié, c’est vrai (ça reste un principe d’identification vieux comme le théâtre antique), mais comment ne pas finir non plus ému par un type sans doute champion en collection de déveines dont il est pour beaucoup en partie responsable, et qui s’enfonce dans une spirale négative justement parce qu’il se sait en être responsable…

C’est pas forcément toujours très subtil, à l’américaine, il faut que ça avance vite, il faut qu’on souligne bien les avancées dramatiques pour être sûr que celui qui bouffe son pop corn au fond de la salle ait bien compris lui aussi, mais bon, j’ai tellement vu pire dans le domaine que pour une fois je peux me montrer charitable. Et j’en viens même à me demander s’il n’y avait pas eu Hollywood, si le cinéma américain ne s’était pas constitué autour de studios commerciaux ayant fini par tout avaler dans leur gosier avant de le remâcher à sa manière (ou le contraire), et par définir ses propres règles d’uniformisation, celles qui ont fait son succès international mais aussi sa pauvreté domestique en termes de diversité, si au fond ce cinéma « indépendant » du Nord-Est des États-Unis, avec un peu moins de travers et de mauvais goût (les chemises à carreaux, c’est pas possible), n’aurait pas pu être aussi convaincant et habituel que nombre de productions européennes ou désormais asiatiques dans ce domaine (le drame ou la chronique naturaliste). Cassavetes n’a pas fait beaucoup de petits, les réussites restent rares.

Manchester by the Sea, Kenneth Lonergan 2016 | Amazon Studios, K Period Media, Pearl Street Films


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Certaines femmes, Kelly Reichardt (2016)

Certain Women

Note : 3 sur 5.

Certaines femmes

Titre original : Certain Women

Année : 2016

Réalisation : Kelly Reichardt

Avec : Michelle Williams, Kristen Stewart, Laura Dern

C’est pas du Sundance mais ça y ressemble.

Depuis vingt ans il y a une mode, ou un savoir-faire, qui permet outre-Atlantique de proposer des films exigeants en marge des circuits commerciaux traditionnels. Reste que quand on ne s’applique pas à reproduire les recettes des grosses machines, on peut parfois craindre qu’on en utilise d’autres pour avoir une chance à concourir les festivals à travers le monde. Le cinéma indépendant américain a pourtant par le passé produit quelques miracles avec des films singuliers, des sujets forts et une forme souvent imperméable à toute référence, certains citeraient Le Petit Fugitif mais pour moi l’œuvre-étalon, et du peu que j’en connais, reste Nothing But a Man. Certains films sont comme touchés par la grâce, sonnent comme des évidences, et dans d’autres, tout paraît formaté ou reproduit autour d’un modèle d’usine. Leur blueprint répond parfaitement aux stéréotypes qu’on pourrait s’en faire : l’Amérique profonde, sa déprime, ses sandwichs gras, ses hommes à barbe, son injustice, sa froideur, sa violence sociale…

Ça sonne rarement juste dans un film américain. Il y a une forme de justesse à laquelle ils arrivent rarement à tendre sinon seulement à lorgner finalement vers ce qu’ils savent le mieux faire, les petits polars sans prétention, quand tout à coup, au milieu de cette Amérique de nulle part, le genre, le thriller, l’artifice assumé vient pointer le bout de son nez. Quand Wim Winders vient tourner Paris Texas, il garde son style, mais ne cherche pas à rendre cette Amérique pesante ; au contraire, il restitue une part du rêve, ou des couleurs, des parfums acidulés pour proposer un contraste et poursuivre une longue fascination du public pour ces espaces aux mille mirages comme dirait mon pote Joseph Campbell. Ici, aucune chance au mirage, y en a pas. Et c’est bien le risque de tout film quand il manque de nuances et s’égare dans le ton sur ton. L’Amérique, la vraie, c’est glauque, c’est cruel, c’est laid, c’est pauvre, c’est con et c’est chiant, alors je vous la montre telle qu’elle. D’accord, le dévoilement est toujours louable sauf que la porte était déjà ouverte et on a déjà tout vu. L’art — oui l’art —, c’est bien d’arriver à proposer un regard, un angle, une vision qui détonne avec ce qu’on pourrait attendre de ce genre de films “exigeants”. On pourrait penser à Short Cuts ou d’autres Altman… Le ton, c’est de l’art, le ton sur ton, c’est de la conserve de sardines. Un Altman, c’est pas un Wenders, seulement derrière le naturalisme, le dévoilement, il y a un jeu de mirage qui lui seul est capable de saisir, de sidérer presque, le spectateur ; comme une manière de lui dire : « Ah oui, c’est beau, mais heu… non, non en fait, non… Ah oui mais quand même… Ah non, non. » Qu’est-ce que disait Sirk déjà ? Qu’on ne forçait pas la main du spectateur, qu’il fallait lui laisser interpréter seul, et pour cela ne pas lui donner trop d’éléments qui pourraient lui faire croire que le film, ou celui qui est derrière, l’oriente trop vers une interprétation, une morale, un constat. Et dans ce cinéma-là, trop affecté, trop soucieux de donner à voir du glauque, du pauvre, du social, du déprimé, on ne peut que respecter l’effort, mais on ne pourra jamais être séduits parce que tout le plaisir du spectateur, il est bien d’ouvrir les portes une à une, de regarder ce qu’il y a derrière, revenir, en ouvrir une autre, se perdre, revenir sur ses pas, voir autrement le paysage qui s’y trouve, la refermer, etc. Certaines femmes est un road movie. Si on lui donne sa place, le laisse avancer au pas comme au drive-in, et qu’on lui sert ensuite tout le film sur un plateau, c’est perdu.

Autrement, savoir-faire donc, mais le minimum, ou l’attendu : des acteurs qui peuvent montrer toute l’étendue de leur talent mais qui sont assez pauvrement dirigés. Quand un acteur en fait trop pour exprimer justement ce ton sur ton et la déprime ambiante, il faut être capable de lui dire d’en faire toujours moins. Or la sobriété, c’est manifestement rare dans la culture de jeu américaine, et ce depuis que Marlon s’est gratté les fesses dans Un tramway nommé Désir (sauf qu’avec de la musique jazzy ça passe, parce qu’il y a dans ce cinéma naturaliste des origines, encore une forme de lyrisme voire de panache ou de valorisation de la spontanéité, de la performance). Alors qu’ici, on dirait un concours de jeu tout en retenu, mais une retenue ostensible, qui cherche à se faire voir dans le sens « regardez bien comme je joue en gardant tout en moi ». Vous savez, un peu comme la jolie fille qui se sait regarder et qui fait mine de regarder ailleurs… On en viendrait presque à apprécier le jeu des acteurs chez les Dardenne, parce que là la caméra reste invisible, le montage n’est pas là non plus pour insister, en prendre le plus “expressif” des réactions en contrechamp, car c’est justement ces petites réactions, qui donnent souvent le rythme aux mises en scène américaines, qui charcutent et mettent en pièce une séquence qu’on voudrait “naturaliste”, avec l’impression « d’y être ». Car quand on assiste à des situations « en vrai », aucun monteur n’est là pour nous dire quand tel ou tel acteur exprimera la réaction significative qui nous fera comprendre son for intérieur et la cohérence nue d’une situation. Il est peut-être là le problème de cette “culture” du “faire” dans les films indépendants, ils ont beau se nourrir de films “exigeants” internationaux, ils gardent le même réflexe, celui de chercher à donner à voir en permanence au lieu de laisser des moments de flottements où le spectateur comme plongé dans la situation, sans être pris par la main par un monteur, essaie de comprendre avec le peu qu’on lui donne. Le montage, les acteurs, les cinéastes ont tous cette culture, qui est à la base du cinéma des premiers temps, du champ contrechamp, dans lequel un raccord, s’il ne peut se faire à travers un mouvement doit pouvoir se faire par une réaction. Manque donc quelques partis pris radicaux que ce cinéma reste incapable de prendre : ralentir franchement le rythme (choix de Wenders dans Paris Texas), ou reculer sa caméra et limiter les coupes (comme l’a souvent pratiqué bon nombre de cinéastes européens, ceux de l’incommunicabilité, de la distanciation), ou encore jouer sur le ton, l’ironie, la satire, le bizarre, des approches capables de se marier avec le naturalisme (faudrait qu’ils apprennent plus de Kiarostami, sans rire, l’Iranien a un ton bien à lui, parfois c’est presque du Tati, involontaire peut-être, mais c’est drôle, cocasse, et il y a de la vie, pas de la soupe à la grimace pleine de ketchup dedans).

Quant à l’écriture, en montage parallèle, à moins d’y voir justement un procédé altmanien timide car réduit à trois unités narratives, je n’y vois pas grand intérêt, sinon à donner du rythme, artificiellement. Certaines femmes, d’accord, pourquoi pas d’autres ? Le film doit être trop intelligent pour moi.


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Shutter Island, Martin Scorsese (2010)

L’île de Minos

Shutter Island

Note : 2.5 sur 5.

Année : 2010

Réalisation : Martin Scorsese

Avec : Leonardo DiCaprio, Emily Mortimer, Mark Ruffalo, Ben Kingsley, Max von Sydow

J’ai cru revivre Inception… Le même délire sans fin d’une réalité pas tout à fait comme on pourrait le penser, la mise en abîme facile d’un monde à l’intérieur d’un monde, des énigmes forcées pour maintenir le spectateur dans une ambiance mystérieuse…

Sauf que tout est forcé. On croit pas une seconde à cette histoire. Du moins, on entre pas du tout dans le jeu ou la tête de Di Caprio. Difficile de croire dès le début à cette histoire de policier qui vient enquêter sur une île de fou sur une disparition… tant l’enquête est rapidement mise de côté pour les délires paranoïaques, hallucinatoires, du personnage de Di Caprio.

Le but du récit ici semble clair : il veut nous dire dès le départ que c’est Di Caprio qui est fou et qu’il va devoir s’évader… de sa propre folie. Intéressant. Sur le papier. Sauf que c’est un peu comme essayer de se repérer dans un labyrinthe sans lumière ou… sans fil directeur. Tenter de sortir d’un casse-tête, c’est intéressant à partir du moment où on a une idée d’où il faut aller. Si on navigue à vue, c’est rien qu’un grand huit où les effets se suivent. Aucun enjeu. Di Caprio enquête. Sur quoi ? on en sait rien. Son passé, des disparitions ? il cherche son pote ? rencontre des fous tout aussi fous que lui, qui dit la vérité ? On finit par s’en foutre totalement vu qu’on sent qu’on joue avec nous, sans nous laisser la possibilité de nous laisser croire que ce qu’on voit est vrai ou pas. C’est un peu comme vouloir faire un effet de surprise dans un film d’horreur et l’annoncer une heure à l’avance…

Tous les effets sont là pour faire de l’esbroufe. Scorsese se regarde entre train de nous tromper, et on le regarde en train de nous prendre à son propre piège… C’est du n’importe quoi. Les effets sont plus importants que l’histoire (vu que finalement il n’y en a pas : le fin mot de l’histoire est révélé à la fin, mais on s’en moque, ça ressemble à un prétexte de scénariste pour justifier ses gesticulations, alors qu’on devrait sentir cette réalité pendant tout le film sans le voir, on devrait avoir des indices… que dalle).

De la masturbation nolanesque. Les effets pour les effets. Par exemple, quand il interroge une nana, celle-ci profite que son partenaire ait le dos tourné pour lui écrire un mot sur un papier : RUN ! Wow énorme la révélation ! Tout ça pour ça. Aucun rapport avec le sujet réel du film qu’on apprend qu’à la fin, à savoir que Monsieur est fou et qu’il est le sujet d’une expérimentation de ses professeurs pour le faire sortir de sa folie (intéressant comme sujet, même si méga naïf et peu crédible, mais ça l’est encore moins, crédible, quand on ne joue cette partition qu’à la fin).

Et ultime revirement, quand Di Caprio revoit enfin le fin mot de l’histoire, de son histoire (scène pathétique de révélation à la limite du Grand-Guignol… du genre on va vous révéler le fin mot de l’histoire… il manquait que les trompettes et le petit texte à la Tarantino : « La Révélation »). Le processus expérimental de recouvrement de la raison semble avoir porté ses fruits. Ils semblent avoir gagné contre la folie et la paranoïa (comme si on pouvait faire comprendre à un fou qu’il l’était… la psychiatrie c’est pas du domaine de la logique, mais de la chimie : les troubles ils n’apparaissent pas parce que les sujets sont “déraisonnables” mais parce qu’il y a des dérèglements dans leur cerveau, bref, c’est de la science-fiction leur truc). Il semble donc avoir recouvré la raison… jusqu’à la scène finale où il craque et parle à celui qui jouait dans cette manipulation mentale son partenaire et qui est en fait l’un de ses psy, comme s’il était toujours son partenaire… Mmmh…

Revirement stupide, inexpliquée et dérisoire, que pour faire beau. Exactement comme dans Inception, le but n’est pas de raconter une histoire, c’est juste d’en mettre plein les yeux et la tête du spectateur. Au moins, contrairement à Inception, on ne ressort pas avec un gros mal de crâne parce qu’on a essayé de tout suivre… Là, on nous explique tout de suite qu’il est fou, qu’il ne faut pas faire attention à toutes ces scènes où il enquêtera vu que… il est comme dans un rêve. On regarde Di Caprio avec distance, on entre pas une seule seconde dans sa tête de maboule. Il peut pleurnicher et s’effrayer tant qu’il voudra, on en a rien à faire, vu qu’on sait qu’il est fou… jusqu’à la révélation finale du pourquoi, qui n’est qu’un prétexte à tout ce cirque…

Un grand n’importe quoi que beaucoup trouveront fascinant parce que le scénario fait semblant d’être compliqué. Des effets dans tous les sens, des énigmes (des anagrammes mêmes, comme si un dingue pouvait construire sa folie autour de choses aussi rationnelles que des anagrammes… c’est pas un film c’est un jeu de mots croisés en image… C’est même pas des énigmes, on nous montre ces anagrammes alors qu’on ne s’est jamais posé la question… en quelque sorte c’est comme un jeu de mots croisés certes, mais avec déjà toutes les cases remplies, y a pas d’énigme, que des dénouements, des fausses révélations : « wow c’était des anagrammes ! bah pfiou… on s’en tape »). Tout ça, ça ne fait pas un bon film. Un peu comme LOST. Ça doit être la mode. On fout plein d’énigmes à la suite, au bout d’un moment, on a une overdose parce qu’on a jamais le fin mot de l’histoire et que seuls les effets de mystère compte, et le fin mot de l’histoire est du genre « c’est un rêve, c’est un fou »… Pratique, quand c’est un rêve, on peut toujours prétendre que telle ou telle chose n’est pas crédible et vraisemblable…

La mise en scène, la photo ont beau être excellentes, ça fait pas un bon film.


Shutter Island, Martin Scorsese 2010 | Paramount Pictures, Phoenix Pictures, Sikelia Productions


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