The Raging Moon / Une lueur d’espoir, Bryan Forbes (1971)

Une lueur d’espoir

The Raging Moon
Année : 1971

Réalisation :

Bryan Forbes

Avec :

Malcolm McDowell
Nanette Newman

8/10 IMDb

Listes :

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

C’est dans les yeux de celle qu’on aime qu’on trouve son chez-soi. Illustration avec le regard à double foyer de la plus belle des nénettes, Nanette Newman.

Parmi les acteurs, il y a ceux qui savent écouter et les autres. Mais il y a aussi ceux qui savent regarder, ou plutôt, qui savent reproduire ce type de regards mouillés, aux pupilles dilatées, tendus vers l’être supposé chéri : le partenaire de jeu.

On appelle ça l’effet puits. À ne pas confondre avec les yeux de merlans frits : ceux-là ne sont tendus que vers le vide. Ceux de Nanette (ou de ses comparses illusionnistes qui en un clin d’œil vous mettent le main sur le cœur et les yeux en émoi) glissent avec tendresse sur la margelle mouillée du partenaire (aussi appelée « blanc des yeux », mais c’est un abus de langage : on se regarde bien dans le noir dilaté de la pupille, voyons !).

Ça glisse autour de la margelle, ça se demande si ça va plonger tout entier dans le creux vertigineux de l’amour, ça se balade, un coup sur la bouche, sur les cheveux… et le puits a beau être profond, s’y reflète de l’autre côté le même jeu de sidération amoureux.

Les anglophones parlent de eye contact ou de flirt. Moi je parle d’une actrice formidable qui m’a laissé l’aimer le temps qu’elle a aimé, elle, cet idiot de Malcom McDowell.

C’était en 1971, et la magie du cinéma, elle s’opère aussi là. Nanette et Malcom joue des handicapés, et ils ne le sont pas. Ils jouent à s’aimer, mais pendant qu’elle regardait son Malcom en prétendant l’aimer, je n’avais d’yeux que pour elle. Et ça ce n’est plus du cinéma, c’est de la magie. Ce n’est pas non plus de la réalité, parce que pendant les contrechamps sur cet idiot de Malcom McDowell, je pouvais me demander si un jour une femme me regardera ainsi ou si par hasard c’était déjà arrivé.

Embrasse-la Malcom, c’est du cinéma. Vous vous aimez, moi non plus.

Attention toutefois, le film propose des renversements brutaux capables de choquer certaines âmes sensibles. The Raging Moon, A Love Story.

The Company, Robert Altman (2003)

The Company

Company Année : 2003

4/10 IMDb

Réalisation :

Robert Altman

Avec :

Malcom MacDowel
Neve Campbell

Chronique du vide reprenant le principe (entre autres) de Footlight Parade en en rognant tous les enjeux et l’épice. Dramatiquement pauvre et sans tenue.

Malcom MacDowell a certes un petit côté James Cagney en maître de cérémonie hautain, mais il n’est pas crédible une seconde en chorégraphe tyrannique. Le duo Neve Campbell (productrice et à qui on doit le projet) James Franco ne marche pas plus.

C’est pas donné de s’insérer dans la méthode Altman, et le boss ne semble manifestement pas très impliqué pour forcer un réalisme qui ne cesse de nous échapper tout au long du film.

Les séquences dialoguées sont lentes. Tous les rapports forcés sans la moindre nuance. Les scènes de danse sont longues et chiantes : même quand on aime la danse — ce qui est mon cas —, c’est un supplice : non seulement à force de danser sans lien avec la musique et en ajoutant les bruits des pas, on ne se laisse jamais porter par des gesticulations acrobatiques où la poésie n’est que trop absente (il faudrait manger un peu de Martha Graham pour se laver les yeux) ; et en plus de ça les dialogues qui sont censés illustrer ce qu’on y voit semble là encore forcés, peut-être techniques mais… pas forcément en rapport avec ce qu’on vient de voir et surtout de gros clichés ramassés sans la moindre nuance.

Company, Robert Altman (2003) | Sony Pictures Classics, Capitol Films, CP Medien AG

Le problème dans le style Altman, c’est souvent son intérêt pour la composition naturaliste des rapports humains, en particulier dans des milieux à la fois fermés ou bien définis, mais aussi avec de nombreux éléments ou personnages. Une troupe, ça devrait coller effectivement parfaitement avec son style. Sauf qu’à force de diluer la dramatisation dans une forme qu’on ne maîtrise plus, on perd les deux : le sens dramatique (la tension) et la saveur du réalisme. Dès qu’on assiste à un tournant dramatique, là où un Altman en forme se serait attaché à rendre le naturel de la chose sans l’éclipser, ici c’est au fond comme s’il s’en détournait de peur de tomber dans des excès « hollywoodiens ». Il y a un juste milieu entre le refus des conventions « classiques » dans le traitement des événements, et l’attachement à une forme naturaliste. Une forme d’alchimie : quand on croit plus à ce qu’on voit, même en se détournant assez des passages obligés pour augmenter la tension, le spectateur peut encore s’y identifier en adhérant aux enjeux qui sont encore là, rien que par le jeu des acteurs. C’est un peu comme quand on décide de jouer la carte de la distanciation (en opposition toujours à l’identification) : on prend toujours le risque de perdre son public.

Un exemple assez désastreux de rehearsal movie.