The Lady Eve, Preston Sturges (1941)

Les Voyages du cœur

Un cœur pris au piège

Note : 4 sur 5.

Titre original : The Lady Eve

Année : 1941

Réalisation : Preston Sturges

Avec : Barbara Stanwyck, Henry Fonda

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Autant j’avais moyennement apprécié Les Voyages de Sullivan pour son message bidon et ses digressions, autant là je suis conquis par ce vaudeville bien ficelé. Preston Sturges oublie Capra et se recadre en produisant un film dans son époque, en alliant romance et burlesque pour en faire une screwball comedy.

Il m’aura fallu tout de même attendre la fin de la première partie sur le paquebot, très bien écrite, plutôt conventionnelle et assez peu burlesque, pour me poiler vraiment. Il fallait bien ça pour oublier que j’étais en train de regarder un Preston Sturges… Le quiproquo à ce moment est parfaitement mis en place. Le personnage de Barbara Stanwyck vient se venger et se moquer du candide fils à papa interprété par Henry Fonda. Pour une fois, dans une comédie, l’acteur des Raisins de la colère trouve le bon ton, c’est-à-dire, arrive à jouer au premier degré : aucune ironie chez lui, et c’est justement ce qui est tordant.

La scène romantique imaginée par « Lady Eve » avec son Jules et le cheval derrière est hilarante. Là encore, si Stanwyck se retient de rire, Fonda, lui, garde le même sérieux malgré le cheval qui veut absolument poser pour la photo dans cette scène au clair de lune, ou presque. La scène dans le train n’en est pas moins bluffante. Et durant la scène de réception, c’est la répétition qui fait rire, l’excès, et toujours ce premier degré, cette candeur incrédule du personnage de Fonda. Une candeur assez inhabituelle parce que c’est généralement un sentiment attribué aux jeunes filles. Ce personnage de Fonda a tout de la riche fille à marier séduite par tous les mâles alentour… au masculin. Et il sera candide jusqu’à la dernière seconde, puisqu’il n’aura toujours pas compris la supercherie… Comme souvent, c’est Stanwyck qui mène le bal.

Le comique le plus évident est l’héritage du burlesque. Autant se servir des codes mis en place durant le muet. Il y a le choix. Le buddy movie à la Laurel et Hardy ; la catastrophe ambulante à la Buster Keaton ; l’imbécile heureux à la Roscoe Fatty Arbuckle… ou le couple. L’homme et la femme étaient le plus souvent déjà mariés, à la Feydeau ; lui, vagabondant en quête de plaisir et de vice, elle, l’attendant avec son rouleau à pâtisserie (comme dans l’excellent Mighty Like a Moose de Leo McCarey). Le parlant rendait possible les échanges verbaux, et non plus de coups et de poursuites, ce qui a permis de voir plus généralement des couples en train de se former. La comédie romantique, ou la screwball comedy pouvait naître. Les racines du genre sont évidentes. C’est le burlesque. Et pour une fois Sturges est dans cette lignée. Les comédies romantiques sont des films initiatiques à elles seules : le voyage est celui du cœur. Pas besoin d’y adjoindre une quête superficielle comme celle d’un gros lot ou de la « recherche du cœur du pauvre », l’incertitude de la romance est là, et suffit amplement. Quand on n’est ni Lubitsch, ni Wilder, ni Capra, il faut bien s’en contenter pour faire de bons films.


Un cœur pris au piège, The Lady Eve, Preston Sturges 1941 | Paramount Pictures

Show People, King Vidor (1928)

Naissance d’une passion

Mirages

Note : 5 sur 5.

Titre original : Show People

Année : 1928

Réalisation : King Vidor

Avec : Marion Davies, William Haines

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Il était temps ! j’aimerais presque dire. Je suis très très loin d’apprécier les films muets. En dehors des Chaplin et de certains autres, je m’y ennuie la plupart du temps. Or là, on ne s’ennuie pas une seule seconde, malgré l’absence de dialogues et pas mal de panneaux. La musique ajoutée dans les 80’s (avec pas mal de bruitages pas forcément utiles) y apporte beaucoup. Reste à savoir ce qu’on jouait à l’époque dans les salles pour ce film (un piano ? rien ?).

On est à la toute fin du parlant (1928, un an après Le Chanteur de jazz). En dehors d’une bobine un peu cramée dans le film, tout est parfait, et on n’a pas ce côté saccadé de certains muets (dû je crois me souvenir à une différence de rythme d’images par seconde, et le muet nécessitant une norme commune à 24 images par seconde).

La différence se fait remarquer dans le jeu des acteurs. Parce qu’ils montrent une gamme incroyable de ce qui est possible dans le muet, à travers l’outrance de la comédie. On sent bien que Vidor, ou du moins les scénaristes, se méfie des extrêmes. Ainsi, on refuse d’une part les mimiques ou lazzi du jeu de scène des acteurs des films burlesques (du slapstick : en gros, je te mets un coup de pied au cul, tu sautes deux mètres plus loin en faisant une grimace), on refuse de se grimer comme dans le cinéma « d’art » comme on l’appelle dans le film, où le but, est comme au théâtre, d’accentuer les émotions en jouant du crayon ou de la poudre de riz. Enfin, on est un peu moins dans un jeu de pantomime dans lequel chaque geste est accentué. Forcément, en rapprochant la caméra, on a moins besoin d’utiliser ces procédés, propre aux (formes de) théâtres qui avaient pour but de styliser un jeu d’acteur en fonction du genre de la pièce, et surtout pour passer la rampe. Là, l’histoire du film se déroulant dans le milieu de cinéma à Hollywood et le personnage principal passant des grossières comédies burlesques qu’elle déteste aux très sérieuses histoires de « films d’art » (des mélos surtout ou films en costumes), on les voit jouer dans ces différents styles ses scènes avec ce jeu outrancier, et une fois qu’on retourne à la « vraie vie », les fards s’estompent, on joue plus simplement.

Le film, comme bien d’autres par la suite, est une mise en abîme. Le cinéma qui parle du cinéma. C’est particulièrement jouissif. En dehors de la possibilité pour les acteurs et le metteur en scène de jouer avec les différentes techniques de jeu du muet, c’est surtout l’occasion de montrer l’arrière des décors, de montrer tout ce cirque imposant qu’est Hollywood à cette époque. On est en 1928… à croire qu’Hollywood était déjà centenaire, à croire que déjà à cette époque, des midinettes venaient de leur campagne pour rencontrer leurs stars préférées ou pour tenter leur chance elle-même !

Le thème du film sera repris de nombreuses fois, comme dans All about Eve, A Star is Born, Cover Girl, etc. L’ambition d’une jeune artiste qu’on suit jusqu’au succès et souvent au déclin. Avec l’opposition presque cornélienne entre le désir de réussir et l’amour de l’être aimé… L’autre aspect du film, le contexte hollywoodien, sera également le sujet de chefs-d’œuvre comme Chantons sous la pluie (énormément de similitudes, notamment la moquerie des mauvaises actrices en particulier… l’héroïne principale du film, Marion Davies — je vais y revenir), Boulevard du Crépuscule ou même Citizen Kane (qui met encore en scène à sa manière Marion Davies, “muse” imposée par son amant Hearst, Kane dans le film de Welles). Arriver déjà à prendre cette distance dans un film muet, à montrer une telle subtilité (renoncer aux genres “durs” pour adopter un genre intermédiaire où tous les genres se mêlent un peu comme chez Shakespeare — lui-même très amateur de la mise en abîme et du théâtre dans le théâtre), c’est assez hallucinant. Et sans l’arrivée du parlant, j’aurais aimé voir le développement du cinéma… Finalement, il est à parier qu’il aurait évolué au même rythme que le parlant… sans les dialogues sonores. Après tout, mettre un gros plan, un champ contrechamp, un insert, un mouvement de caméra quand nécessaire, utiliser la musique ou les panneaux, la couleur ou l’écran large…, bah, c’est déjà du cinéma.

Peggy Pepper arrive avec son père de Georgie pour tenter sa chance à Hollywood. Ils arrivent aux portes des grands studios et demandent à parler au directeur. Ils comprennent alors que ce n’est pas aussi simple et qu’il y a des dizaines de milliers d’autres artistes qui travaillent de manière industrielle. Peggy va dîner avec son père à la cantine des artistes (on se croirait presque à l’usine) et rencontre en acteur assez fantasque qui propose à Peggy de le rejoindre sur le plateau d’un film qu’il est en train de tourner parce qu’ils ont besoin d’une fille dans son genre. Peggy arrive sur le plateau fardée comme un clown sans la moindre idée de ce qu’elle va tourner. Elle est tout de suite mise dans l’ambiance quand on lui demande d’attendre le signal du metteur en scène pour entrer. Elle entre, c’est un joyeux chahut : on est dans une cuisine et on se bagarre à coups de tartre à la crème. On demande à Peggy de jouer l’étonnement, mais pas le temps de se concentrer…, on lui envoie un bon jet d’eau sur le nez. La surprise ravie le réalisateur et tous les techniciens qui rient à gorge déployée. Peggy se sent humiliée. Elle qui voulait faire du « vrai cinéma », du cinéma « d’art »… Billy, le comédien qui l’a amenée lui remonte le moral, lui dit à quel point elle était marrante, qu’elle avait du talent, etc. C’est l’histoire d’amour qui commence. Dès lors, Peggy accepte de continuer sa carrière dans ce genre de films.

À la projection (on la voit notamment chevaucher un porc), c’est un grand succès, mais elle est horrifiée. À la sortie du théâtre, un petit homme vient lui demander un autographe. Elle le refoule d’abord jusqu’à ce que son compagnon reconnaisse le petit homme et demande à sa fiancée d’accepter. Le petit homme s’éloigne en souriant et disparaît dans une grosse voiture. Impressionnée, Peggy demande qui c’était : « Charlie Chaplin », répond Billy.

Une nouvelle carrière commence pour Peggy qui est réclamée au siège du plus grand studio d’Hollywood (le Comet studio, alors que la boîte de production de Hearst s’appelait le Cosmopolitain pictures dans la vraie vie ; et alors que Peggy est inspirée de la propre vie de son actrice Marion Davies — et de Gloria Swanson —, et que le précédent film de Vidor, voire celui-ci est produit par Hearst lui-même, si ce n’est pas une mise en abîme ça !). On fait faire des essais à l’actrice qui se révèlent catastrophiques (grand moment de comédie et de cinéma tout court…, tout cela avec une actrice, soi-disant mauvaise, or il n’y a rien de plus dur pour un acteur de jouer les mauvais acteurs). Elle rencontre finalement un acteur de mélo, André Telefair, qui va l’aider et qui va faire d’elle une star (en lui prodiguant tout un tas de mauvais conseils, tous aussi ridicules les uns que les autres).

Peggy devient une star, déjeune désormais à leur table (de l’époque et dans leur propre rôle). Pendant ce temps, son père et son petit ami se désespèrent de ne plus la voir. Mais c’est que Peggy est désormais Peggy Peppoire (à la française, ça fait plus distingué à l’époque), et elle est ne peut plus fréquenter un acteur de caniveau.

Seulement, avec la suffisance de l’actrice, le succès n’est plus au rendez-vous. On lui demande d’être plus proche de son public, mais elle s’en moque et voudrait continuer à faire « de l’art » (sujet encore à la mode ça). Elle retrouve finalement par hasard Billy lors d’un tournage à l’extérieur. Il faut voir la rencontre de costumes : elle, en duchesse, lui, en… guêpe, un truc burlesque en tout cas. Elle ne veut pas se montrer avec lui…

Finalement Peggy Peppoire et André Telefair préparent leur mariage, mais Billy compte bien s’inviter à la noce pour perturber leurs plans et arriver à ramener Peggy à la raison. Tout cela se termine dans une cuisine…, et dans un joyeux chahut avec le futur mari (sans un poil d’humour) qui fait son apparition… Les tartes à la crème fusent. Et Peggy rincée de tous ses fards, voyant son bellâtre entarté, comprend qu’ils ne sont tous deux que des “fakes” et que le seul être véritable, c’est Billy « le minable ». Malheureusement, il est trop tard et Billy est parti… Il n’y aura pas de mariage.

Ellipse. On retrouve Peggy dans un tournage à l’extérieur, dirigé par un certain… King Vidor en personne, elle demande de faire une surprise à Billy qui va pour la première fois jouer dans un film « d’art » (il s’agit d’un film de guerre : la scène d’un retour de soldat dans sa patrie…). Billy arrive, Vidor lui donne les instructions pour la scène, lance l’action et Peggy sort de sa maison pour accueillir son héros… Billy la reconnaît. Ils doivent jouer la scène, s’embrassent. Vidor lance le “couper”. Sauf pour les deux tourtereaux. The End.

Pas besoin de mots pour décrire cet excellent film muet. Deux panneaux décrivent l’humour “linguistique” qu’on verra très vite dans tout Hollywood. C’est la scène du film d’essai de Peggy où on lui demande désespérément de pleurer :

Marion Davis / King Vidor Show People / MGM, Cosmopolitan Productions ©

Le violon, les supplications du metteur en scène, l’ail de l’accessoiriste, rien n’y fait… Et ça dure cinq minutes comme ça. On dirait du Lubitsch.

The Thin Man, W.S Van Dyke (1934)

Screwball whodunit

The Thin Man

Note : 4.5 sur 5.

Aka : L’Introuvable

Année : 1934

Réalisation : W.S. Van Dyke

Avec : William Powell, Myrna Loy

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Assez déroutant au début. À cause du mélange des genres. On croit voir un film policier pur et dur en voyant le nom d’Hammett au générique (Le Faucon maltais, La Clef de verre), et en fait, le film tourne à cent à l’heure comme une comédie. Les balles fusent, mais ce sont celles des répliques de screwball

Au bout de quelques minutes, un premier meurtre, suivi d’une disparition. On est alors dans le roman noir, avec faux coupables, fausses pistes, enquête de détectives, etc. Mais pendant tout le film, l’humour est toujours là, accompagnant ce couple impossible et amoureux : l’ancien fameux détective, et sa femme audacieuse qui voudrait le voir reprendre du service pour cette affaire. Le couple n’arrête pas de se chamailler gentiment. C’est un peu Spencer Tracy et Katharine Hepburn sous marijuana. On est plus dans un jeu d’enquête plein de distance et d’ironie comme chez Agatha Christie, Conan Doyle, voire pour rester so british, comme chez Hitchcock. Ce n’est même plus de la distance que prennent ces deux-là à ce niveau. On frise le surréalisme ou l’absurde. Chaque situation étant prétexte à un nouveau jeu. Ça se titille, ça se chamaille, et… c’est souvent raide bourré — elle, n’étant pas la dernière à se saouler. Au contraire souvent de l’image du détective alcoolique vécu comme un fardeau et véhiculé dans les films noirs qui viendront après, ici, c’est une fête… Ils sont pépètes la moitié du film. Le couple n’est pas sans rappeler d’ailleurs les couples d’enquêteurs qu’on trouvera plusieurs décennies plus tard à la télévision dans des séries comme Chapeau melon et botte de cuir ou Remington Steele. Ce sera même un genre qui reviendra à la mode dans les années 80 : le budddy movie. Parce qu’ici, l’avantage de ce couple, c’est qu’ils sont déjà ensemble. Nul besoin de se séduire (le principe de la screwball à venir se fera souvent sur une nécessité de se séduire à nouveau, c’est pour cela qu’on appelle ces comédies parfois comédies de remariage). Ce sont donc deux potes (ce qui reste un fantasme, parce que si les hommes rêvent d’être pote avec leur femme, ça arrive assez rarement). Et la gageure quand une femme accompagne ainsi son mari, c’est de ne pas tomber dans la vulgarité. Ça ne peut marcher que quand on a la classe. Aucun ton sur ton. Malgré leur apparence distinguée, bien comme il faut, ils sont d’une insolence rare. Mettez-y James Cagney et ça le fait déjà moins.

Tout le film tient donc dans ce mélange d’humour, de légèreté et de crime. Parce qu’il y a tout de même des enquêtes que notre détective, dans sa nonchalance, devra résoudre. Avec la facilité du héros à comprendre les nœuds qui se profilent devant lui, on pourrait penser que ce n’est plus tout à fait un whodunit, mais plutôt un whodunit ? whocares ?… Ce qui compte ce n’est pas l’enquête (on n’y comprend que dalle comme d’hab’ — Chandler, Hammett, même combat) mais les ambiances, les confrontations, les revirements, et bien sûr l’attitude des deux personnages principaux… Un polar qui part dans tous les sens, où le crime est ludique. À l’époque où les romans noirs et les screwball comedies mijotent encore avant de s’imposer dix ans plus tard, ce Thin Man fait de la résistance en gardant une inspiration très britannique. Le dénouement par exemple, où le détective réunit tous les suspects dans un dîner chez lui pour confondre le meurtrier, n’a rien du roman noir. C’est un jeu à la Agatha Christie. Le plaisir de l’énigme, et le prétexte de l’énigme. Aucune ambiance glauque, aucun malfrat qui se rebelle une fois démasqué. C’est comme un sudoku avec des rires. « On a réussi ! Buvons un verre ensemble ! »

Étonnant de voir que ce récit baroque et hybride est l’adaptation de ce qui sera le dernier roman d’Hammett. 1934, c’est l’année des débuts du code Hays. Hammett aurait-il senti le vent de la moralisation tourner ? S’est-il amusé avec ce dernier récit à imiter ses compères anglais pour tirer sa révérence ? Le film noir, héritier direct de ces romans de truands qu’on appellera plus tard romans noirs, naîtra de toute cette période de moralisation du cinéma. Mais Nick et Nora Charles s’ils n’ont rien des gangsters de l’époque sont encore moins des personnages dont Hammett a lui-même contribué en en créant les archétypes ; ils ont l’apparence de ce que le code voudra voir à l’écran, à savoir des représentants de la haute société. Il y a dans le film noir une renonciation, une fatalité. L’impertinence est celle des héros qui n’ont plus rien à perdre. Et les Charles sont impertinents, eux, parce qu’ils s’amusent comme dans une screwball comedy.

Hammett sera plus tard victime de la chasse aux sorcières. Pourquoi a-t-il arrêté d’écrire des romans ? Pourquoi précisément après celui-ci qui paraît si anachronique ? Mystère. Quoi qu’il en soit, ça a fait un film sublime, pétillant (forcément, même si ce n’est pas du champagne qu’on y boit), lumineux et rythmé. De nombreuses suites viendront se greffer à celui-ci.

À signaler l’excellente performance des acteurs pour incarner ces personnages à la fois pleins de classe et de fantaisie. William Powell n’a pas aujourd’hui la renommée qu’il mériterait. Cette présence, ce détachement, ce charme… Et le minois de Myrna Loy est intemporel…


L’Introuvable The Thin Man, W.S Van Dyke 1934 | Cosmopolitan Productions, Metro-Goldwyn-Mayer (MGM)

Clerks, les employés modèles, Kevin Smith (1994)

Clerks

Clerks Année : 1994

IMDb  iCM

MyMovies: A-C+

Lim’s favorite comedies

7/10

Réalisateur :

Kevin Smith

Ça sent le film d’abord écrit pour le théâtre*. C’est un huis clos presque strict qui se passe dans une supérette du New Jersey. Il ne s’y passe jamais rien, donc tout ce qu’on fait c’est causer. Pas besoin d’histoires extraordinaires pour captiver, il suffit d’avoir la langue bien pendue et d’un peu d’imagination…

*1 En fait, non.

Une petite copine qui n’est sortie qu’avec six gars, mais qui a sucé 37 queues (celle du présent incluse), un caissier de vidéo club qui va louer ses films dans le vidéoclub plus grand du centre commercial voisin et qui y choisit un film porno mettant en scène des hermaphrodites, un vieux pervers demande à utiliser les toilettes privées de la supérette pour se branler discrètement, une petite amie d’enfance qui revient de l’Ohio pour retrouver son chéri et qui viole sans faire exprès le macchabée qui n’est autre que le vieux pervers qui a succombé à une attaque cardiaque, une partie de hockey sur le toi de la supérette, une gamine de quatre ans qui vient acheter des cigarettes, un représentant de chewing-gum qui incite les clients à ne plus consommer de cigarettes, des dealers complètement débiles, des clients tous aussi fous les uns que les autres, des vendeurs désabusés, un proprio absent, des petites copines de passage. Un grand n’importe quoi totalement délirant et superbement bien écrit.


Clerks, les employés modèles, Kevin Smith 1994 | View Askew Productions, Miramax


Sourires d’une nuit d’été, Ingmar Bergman (1955)

Comédie érotique d’une nuit d’été

Sourires d’une nuit d’été

Note : 4.5 sur 5.

Titre original : Sommarnattens leende

Année : 1955

Réalisation : Ingmar Bergman

Avec : Ulla Jacobsson, Eva Dahlbeck, Harriet Andersson

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Un vrai bonheur de film. Une comédie légère, une sorte de pièce de Marivaux sous le soleil éternel, doux et frais de l’été suédois. J’imagine que c’était, avant que Bergman l’adapte, une pièce qu’il a montée au théâtre de Malmö. C’est en tout cas structuré comme une pièce de théâtre (comme beaucoup de ses œuvres de toute façon).

Comme chez Marivaux donc, on a les jeunes ingénus qui ne connaissent rien à l’amour, qui sont les proies des vieux… Tout ça flotte dans un grand libertinage, tout le monde badine avec tout le monde, mais ce n’est pas pour autant une invitation dans le lit… On s’amuse. On fait l’amour avec les mots. Tout est futile, léger, il n’y a pas une once de drame dans tout ça. La force du film, c’est ce ton. Léger donc, un peu folâtre (une comédie du bonheur, un peu farce, mais où on n’ira pas jusqu’à se taper sur les cuisses).

Le début est un peu lourd avec le personnage du mari volage, un peu austère, marié à une jeune fleur de trois fois son âge. Dès que le film se tourne sur les personnages féminins, là c’est le grand bonheur. La jeune épouse donc, toujours vierge (« Crois-le ou non, voilà deux ans que je suis marié et ma jeune épouse est encore vierge. Je ne tiens pas à la brusquer. […] Mais elle aime beaucoup ma vieille pipe ») ; elle a la lèvre boudeuse, de jolis poils de paille sous les aisselles ; elle déshabille innocemment le fils de son mari ; il est encore question de pipe, et le fils s’exécute sans rechigner. La servante (un personnage typique du théâtre français, voire italien) qui se plaît « à rouler des hanches » (le cul c’est vulgaire) devant, toujours, le jeune fils du mari (qui déprime de ne pouvoir vivre autant dans le péché que tous ces vieux libertins) ; elle l’allume, mais quand le fils tente de l’embrasser brutalement… : « Non, non, si je t’allume, c’est pour mieux te repousser, mon mignon ». Et enfin, la maîtresse du mari, actrice, volage aussi, à qui on ne la fait plus, qui se laisse convoiter par deux maris et qui a perdu ses illusions de jeunes filles… Comme souvent chez Bergman, ce sont les femmes qui ont le pouvoir.

La troisième partie du film me fait penser à Milou en mai. C’est un peu les chaises musicales dans les couples alors que tout le monde s’est réuni à la campagne. Et bien sûr, c’est la jeunesse qui finit par gagner le combat.

À noter, Sarko dans le rôle du deuxième amant de l’actrice, une sorte de Matamore tout à fait ridicule.

Harriet Anderrson, Eva Dahlbeck et Ulla Jacobsson, c’est tout de même de la belle blonde à mâter. Photo magnifique en noir et blanc, très claire, avec une grande profondeur de champ… En gros plan, on voit les poils blonds des bras d’Ulla Jacobson scintiller en contre-jour, ou les larmes sur ses joues qui brillent comme de minuscules petites loupes. On voudrait presque y mettre la langue, sentir au moins le parfum frais de sa chevelure dans la nuit claire… Des sourires plein les yeux, des poitrines blanches et généreuses (ah, la scène où Harriet Andersson dégrafe son bustier et l’ouvre de cour à jardin pour venir y glisser la main du fils de son mari…), des postures avec un maintien comme on n’en voit plus aujourd’hui.

Rideau. L’automne arrive. Rhabillez-vous. La saison des comédies guillerettes de Bergman vient de s’achever.


Sourires d’une nuit d’été, Ingmar Bergman 1955 | Svensk Filmindustri Sommarnattens leende


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La Folle Ingénue, Ernst Lubitsch (1946)

Délectation des trompes

La Folle Ingénue

Note : 5 sur 5.

Titre original : Cluny Brown

Année : 1946

Réalisation : Ernst Lubitsch

Avec : Charles Boyer, Jennifer Jones

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Bang, bang ! Ça, c’est du chef-d’œuvre ! Aussi parfait que Ninotchka… Et toujours très cosmopolite. Un film américain mise en scène par un Allemand, avec un Français en rôle principal jouant un Tchécoslovaque, tout ça pour une histoire prenant place en Angleterre. On continue les oppositions forcément génératrices de situations irrésistibles. Ici, l’histoire tourne autour des luttes des classes en Angleterre (ou plutôt de la non-lutte, du conservatisme).

Lubitsch partage avec l’humour anglais le goût pour l’absurde, le ton décalé, toujours distingué. Une sorte de non-sens agrémenté d’une petite touche perso : les allusions sexuelles… Jennifer Jones, légèrement bourrée, vautrée sur un canapé qui fait miaou miaou… Le mythe de la vamp qui éclate comme des bulles de champagne… Il serait vain de décrire ce qu’est la Lubitsch touch, parce qu’au fond elle n’existe pas… Le réalisateur n’a pas toujours été l’auteur des histoires qu’il mettait en scène. Une constante, peut-être : des situations impossibles avec pour seul moteur, les mots. Le ton est loufoque sans jamais tomber en plein dans l’absurde le plus cru et gratuit, comme celui d’Hellzapoppin. Pas de slapstick avec ses tartes à la crème, mais des dialogues qui pétillent comme dans une pièce de Feydeau, et la même distance amusée que Guitry. Jennifer Jones est trop distinguée pour être plombier, Charles Boyer est trop désinvolte pour être un réfugié politique, c’est du grand n’importe quoi assumé, tout est dérision.

Un jeu.

Et comme quand on joue aux cow-boys et aux Indiens, l’intrigue importe peu. Eh, oui ! les histoires qui « tiennent sur des tickets de métro » sont souvent les meilleures. La sophistication est une complication laissée aux esprits brouillons. Ninotchka aussi allait droit au but, et ne s’encombrait pas de vraisemblance pour raccorder les scènes entre elles, ou pour rendre crédible les évolutions des personnages. Lubitsch serait prêt à tuer pour un bon mot. Rien d’autre n’a de l’importance. La vraisemblance, elle est au placard, avec l’amant de madame… L’humour, c’est le contraire de la vraisemblance. Ce qui compte c’est la situation « au jour le jour », le plaisir de l’instant présent, la richesse des dialogues, la folie douce des personnages, leur bêtise aussi, parce que la bêtise, c’est l’innocence, et c’est tout le monde. On ne peut que se détendre quand un film dépeint nos travers, et ne fait que s’en moquer gentiment : « regardez, on rit de vous, mais c’était pour le mot d’esprit, le plaisir ». Le rire détourne le regard justement, quand la grossièreté insiste, s’attarde. L’humour doit avoir cette légèreté du papillon qui semble voler de fleur en fleur, innocemment, s’abreuvant du ridicule de toute chose, et passant rapidement à autre chose. Le sucre ne reste pas longtemps en bouche, il s’affadit, devient aigre… Et Lubitsch, bien sûr, papillonne, et sait rester léger. Rien de tout cela n’est sérieux. Pas d’histoire à raconter : la principale est trop… simple ou bizarre. Le plaisir est dans le détail, le rythme de la mise en scène. Imaginez une demoiselle vous offrant généreusement et à l’improviste, un bisou : on en redemande. Et plutôt deux fois qu’une. Eh bien l’humour de Lubitsch, c’est ça. Un bisou, une touch sur la joue, suivie d’une autre et encore d’une autre. Ça ne s’arrête plus, on rougit, on est heureux, et on n’est même pas parasités par quelques idées en dessous de la ceinture, parce qu’évidemment tous ces petits plaisirs sont tout ce qu’il y a de plus innocent. Même quand Lubitsch évoque la sexualité. Ici, on en parle, mais on ne touch pas. Est-ce qu’on jouerait aux cow-boys et aux Indiens avec de vraies flèches et de vraies balles ? On parle donc, plus qu’on n’agit, et ces dialogues sont ceux d’un cinéma non pas parlant, mais beau parleur.

Cluny Brown… Cluny Brown, c’est quoi ce titre ? On dirait la marque de petits gâteaux anglais. Cluny, comme clunky, maladroite, comme loony, timbrée. Brown, comme clown. Brown… qui ruisselle. Une fille timbrée qui se répand en gestes maladroits et amusants ?… Ah oui, c’est charmant. Surtout pour un plombier. L’humour, c’est aussi l’alliance des improbabilités… Invraisemblable ? Eh bien, Dieu merci ! C’est aussi impertinent. Lubitsch mettait en scène à une autre époque Ossi Oswalda. En voilà une autre fofolle ! Va trouver de l’humour dans de l’ordinaritude… Non, non, l’humour, c’est l’inversion des genres, des classes, des robes, des porte-monnaie.

Cluny Brown, donc, reste insaisissable… On pourra toujours essayer de le définir, on n’y arrivera jamais… Comme ce papillon qui souffle la vie et le bonheur, et qui toujours, nous échappe quand on cherche à s’en approcher. Alors d’accord, c’est peut-être ça finalement la Lubitsch touch… Un humour insaisissable qui vous accroche comme rien d’autre. Un de ces plaisirs rares qui sait durer.

Il y a l’humour lourd, sensible à la pesanteur, et il y a les films de Lubitsch.

La Folle Ingénue, Ernst Lubitsch (1946) | Twentieth Century Fox


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Les Indispensables du cinéma 1946

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My Sassy Girl, Kwak Jae-yong (2001)

L’Amour vache

My Sassy Girl

Note : 4.5 sur 5.

Titre original : Yeopgijeogin geunyeo

Année : 2001

Réalisation : Kwak Jae-young

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J’avoue, je suis tout émoustillé par ce film.

On navigue entre la comédie sentimentale et le burlesque. Il y a dans le film deux parties bien distinctes. L’une traditionnelle où on nous raconte l’histoire de deux personnages qui vont finir par se rencontrer, s’accepter, et la seconde nous montre ce qu’on voit rarement : l’après. Un peu comme si on nous montrait ce qu’il se passait dans un conte. Après le « ils se marièrent et eurent plein d’enfants insupportables ». Or là, ç’a un sens : la relation des personnages principaux, si elle a eu un dénouement dans la première partie du film, on peut dire qu’ils n’ont pas conclu. C’est ce qui fait l’originalité de cette histoire : avec un personnage aussi imprévisible que celui de la fille, pas étonnant qu’on soit un peu perdus. Ils sortent ensemble, mais comme des amis…

My Sassy Girl, Kwak Jae-yong (2001) | Shin Cine Communications

Les traditionnelles unités d’action et de ton sont loin d’être respectées. Ça va dans tous les sens, comme dans la vie en fait. Le mélange des genres surprend au début, surtout dans la première partie, mais dans la seconde, quand la comédie sentimentale gagne en profondeur, le film devient irrésistible. C’est parfois grossier, mal fait, mais c’est un peu le burlesque qui veut ça (c’est un style, somme toute, qui a disparu et qui manque de code aujourd’hui).

De fait, puisqu’il n’y a pas d’unité d’action et de ton, chaque scène devient une sorte de saynète qui se suffit à elle-même. On peut alors avoir le pire comme le meilleur.

Le plus intéressant dans le film, c’est ce rapport entre les deux personnages, particulièrement contemporains dans son traitement, et que personnellement je ne me rappelle pas avoir vu traité au cinéma. Les nouveaux rapports d’égalité entre les hommes et les femmes imposent une nouvelle donne : les femmes peuvent être moins coincées et être plus entreprenantes, voire vulgaires. On est dans l’amour vache. Un rapport sado-maso irrésistible source de nombreuses scènes comiques et une opposition réelle motrice entre les personnages. La fille apparaît, au premier contact, plutôt insupportable, vulgaire, violente, insolente, mais tout comme le personnage du garçon, on s’y fait, et on se laisserait bien botter le cul par un si parfait tyran.

Quand ils vont sur une montagne pour admirer le paysage et que la fille demande (commande plutôt) à son ami d’aller grimper sur la montagne d’en face pour voir s’il l’entend crier, il s’exécute. Il ne l’entend pas, et là, la fille en profite pour lui dire ce qu’elle a sur le cœur… Bien trouvé et très émouvant.

J’ai revu deux fois la seconde partie du film, c’est dire si ça m’a plu. Ça m’a permis de comprendre que j’étais passé à côté de l’identité d’un personnage secondaire, trop attaché sans doute à la première vision au duo principal, et ému. Les allusions finales sur l’ironie du destin m’avaient échappé, et elles ne rendaient que plus intéressant le film.

On rit, on est ému, on tombe un peu amoureux de la fille (et pourtant elle ne fait pas envie au début du film), que demander de plus ?



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Ma femme est une sorcière, René Clair (1942)

Ma sorcière s’appelle revient

Ma femme est une sorcière

Note : 4.5 sur 5.

Titre original : I Married a Witch

Année : 1942

Réalisation : René Clair

Avec : Fredric March, Veronica Lake

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77 mètres de film, 1cm51 de Lake…

Un bonbon ! Une pure comédie comme en faisaient les studios ricains à cette époque. Que du bonheur… Le film a la « qualité » du code Hays où tout est strictement « épuré », emballé. À se demander comment certaines scènes ont passé la censure. La robe en mousseline de Veronica Lake où on voit poindre ses tétons, l’auréole en prime. Ou ses jambes nues au-dessus des genoux… Arrêtez ! Ce que c’est sexy ! C’est suave, c’est bon…

Bon, bon bon…

Le film a inspiré Ma sorcière bien aimée. Seule différence notable, mais elle a son importance, le couple n’est pas marié, mais c’est papa et sa fifille. C’est tout le moteur de film de Clair. Ensuite… une voiture volante qui s’écrase sur un chêne magique… tiens, tiens, ça rappelle JK Rowling — un hommage sans doute, ou un vieux chocogrenouille collé sous une table.

Veronica Lake jouera plus tard dans l’excellent Dahlia bleu, et enchaînera en quelques mois Le Voyage de Sullivan, Tueurs à gage et la Clé de verre. Trop acide en bouche la Veronica… Dommage qu’on ne l’ait pas vue plus souvent derrière son écran cellophane. Quelle bombe ! 1m51 à sucer ! Quel magnifique bonbon !

À noter aussi l’apparition de Susan Hayward en caramel mou. Une autre bombe acidulée qui sera plus savoureuse en couleur… Parce que la Lake, par sa seule présence (minuscule), elle met de la couleur à la pellicule. Parfaitement éclairée par René Clair, il est vrai.

Vous entendez ce petit crissement derrière l’écran ? J’ai rouvert la boîte. J’en redemande. Veronica Lake fond trop vite en bouche…


I Married a Witch, René Clair (1942) | Rene Clair Productions, Paramount Pictures

Le Magnifique, Philippe De Broca (1973)

Le Magnifique

Le Magnifique Le Magnifique, Philippe De Broca Année : 1973

Réalisation :

Philippe De Broca

9/10  

Avec : Jean-Paul Belmondo, Jacqueline Bisset

Les Indispensables du cinéma 1973Les Indispensables du cinéma 1973Les Indispensables du cinéma 1973

Ça faisait bien vingt ans que je n’avais pas vu le film. Je ne me rappelais pas que c’était aussi con (donc forcément génial).

Tout petit j’étais fan de Bebel et de Bruce Lee. J’ai arrêté le karaté après deux séances et j’ai fait dix ans de théâtre après avoir vu Belmondo dans Cyrano. J’avais complètement oublié mes premiers amours !

Dans le genre cabots géniaux. On a eu Bebel en France, Gassman en Italie, Kinski (même si dans un registre plus réaliste : lui était vraiment fou et faisait un peu moins rire), les Anglais ont eu Peter Sellers (mais tous les acteurs anglais sont des cabots et depuis 50 ans, ils ont les meilleurs acteurs du monde), les Américains ont eu Pacino et Deniro mais Clooney est plus dans ce registre comique, et au Japon on a même eu… Cobra (directement inspiré de Bebel).

Aujourd’hui, Dujardin tente de reprendre la main, mais malheureusement ç’a beau être un pitre et un cabot, ce n’est pas un bon acteur (et puis moi il m’est antipathique comme garçon : le cabotinage n’est jamais trop loin de la prétention et on devient prétentieux quand on force le cabotinage, quand on est toujours en représentation et paradoxalement quand il joue les humbles). Et puis malheureusement, il faut de bons scénaristes derrière : le Magnifique, c’est Veber, OSS, j’n’en sais rien mais le scenario est vide…

Ah Bebel…

Sur le film, je n’ai rien à dire. Une allégorie de moi qui « critique » un film :


Le Magnifique, Philippe de Broca 1973 Les Films Ariane, Mondex Films, Cerito Films

Le Magnifique, Philippe de Broca 1973 | Les Films Ariane, Mondex Films, Cerito Films


 


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Ils étaient neuf célibataires, Sacha Guitry (1939)

Tournez manèges

Ils étaient neuf célibataires

Note : 4.5 sur 5.

Année : 1939

Réalisation : Sacha Guitry

Avec : Sacha Guitry, Max Dearly, Elvire Popesco

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Pour moi, l’un des meilleurs films français d’avant-guerre. Les personnages, les situations, et surtout les mots… de Guitry ! Évidemment il faut aimer les jeux de mots, les reparties, l’esprit de Guitry et le personnage qu’il joue dans ses films, sorte d’escroc séducteur (un Clooney français de l’époque : pas tout à fait le même look mais la même dérision, la même insolence mouillée dans une classe et un flegme presque britannique).

Il ne faut pas voir ses films pour suivre une histoire, car chez Guitry, il y a toujours un procédé. La forme prime toujours sur le fond (qui de toute façon est toujours le même : « Cette fille me plaît, je dois la séduire, mais comment ? »), ce n’est donc jamais réaliste, les situations au final sont tirées par les cheveux, mais on se plaît à y croire parce qu’on entre dans le jeu de Guitry qui ne trompe pas : on comprend tout de suite que c’est une fantaisie où les mots les situations absurdes primeront sur l’histoire. D’ailleurs le plaisir de Guitry (et le nôtre) est de mettre dans une situation similaire (et en trois actes) huit personnages. En deux mots : les étrangers vivant en France vont bientôt être obligés de repartir dans leur pays à cause d’un nouveau décret (du Sarkozy de l’époque sans doute, sauf que là il ne s’agit pas de Maliens, mais de comtesse polonaise ou de danseuse japonaise… — la classe de Guitry, que certains trouveraient sans doute démodée aujourd’hui), bien sûr Guitry tombe amoureux de cette comtesse polonaise (comme ça en un regard : voilà pourquoi rien n’est réaliste, il ne s’embête pas avec la vraisemblance, ce n’est pas son sujet ; car le sujet, c’est comment il va parvenir à la faire tomber dans ses bras alors même qu’elle le trouve insolent, français quoi…). Et puisque Guitry est un escroc (l’intro sur l’apologie de l’escroquerie est un bijou), il ne peut trouver un autre moyen pour la séduire que de monter une arnaque… Le voilà donc qui crée à Neuilly (c’est toujours là où tout finit toujours par commencer…) un institut de vieux célibataires FRANÇAIS ! Un gros n’importe quoi. Mais chez Guitry, plus c’est gros, mieux c’est (toujours la forme, l’excentricité…). Et très vite les étrangères se bousculent pour se “marier” avec les huit (et pas un de plus) célibataires qui sont en fait tous des vagabonds qui se sont passé le mot… Une bonne partie du film repose donc dans un premier temps à la rencontre forcément étonnante entre ces femmes étrangères (sauf une bien française, exerçant un métier bien français de l’époque…) et ces vagabonds. Le génie de Guitry c’est que pour l’instant, il n’y a pas d’arnaque puisqu’il ne ment pas sur ses intentions ni aux uns ni aux autres (sauf bien sûr aux autorités) : un petit arrangement gagnant-gagnant… L’escroquerie viendra après (pas la peine de dévoiler ça car c’est une chose qu’on prend plaisir à découvrir dans le film puisque c’est une chose qui titille Guitry — il dit lui-même qu’il improvise dans ces escroqueries et qu’il trouvera au moment venu comment rallier tout ça à sa dame polonaise). Le film prend encore une autre saveur quand les vagabonds alors mariés décident d’aller « dire bonjour » chacun à leur manière à leur “femme” — et c’est bien sûr autant de scènes et de situations hilarantes…

Bref un chef-d’œuvre. Pas le Guitry le plus connu mais sans doute mon préféré.

 


Ils étaient neuf célibataires, Sacha Guitry 1939 | Les Films Gibé