La Ruée vers l’Ouest (Cimarron), Anthony Mann (1960)

L’urée de l’Ouest

La Ruée vers l’Ouest

Note : 2.5 sur 5.

Titre original : Cimarron

Année : 1960

Réalisation : Anthony Mann

Avec : Glenn Ford , Maria Schell , Anne Baxter , Charles McGraw

Une épopée qui manque vraiment de souffle. C’est une excellente idée de vouloir raconter l’histoire d’un pionnier de l’Amérique, un idéaliste qui ne tiendra pas en place, incorruptible, tandis que tous ses amis finissent pas s’enrichir. Il s’agit en fait plus d’un film sur sa femme qui reste à la maison et qui l’attend tandis que lui vit des aventures aux quatre coins de l’Amérique ou du monde. L’épopée prend du plomb dans l’aile. L’idée, on le sent, c’était sans doute de vouloir faire une sorte d’Autant en emporte le vent sur ce thème des pionniers, avec Maria Schell au centre de cette histoire en lieu et place de Vivien Leigh. Mais Scarlett est toujours au centre de tout, elle est active, c’est elle la pionnière quand son mari est lui aussi on ne sait où. Le personnage de Maria Schell n’a rien de passionnant. Si c’était vraiment l’histoire de Cimarron, il aurait fallu le suivre dans ces périples, ses envies de bougeotte. On aurait eu notre épopée et le titre du film (français) aurait un sens. C’est dommage parce que ce film reste à faire.

La Ruée vers l’Ouest (Cimarron), Anthony Mann (1960) | Metro-Goldwyn-Mayer (Image tirée de la b-a)

Ce qui dérange également, c’est le manque d’unité d’action. On ne sait pas trop quel est véritablement le sujet du film. Ça part dans tous les sens, et à force de s’égarer, on ne va nulle part. Un film sur les pionniers, d’accord, mais dans ce cas, il faut rester là-dessus, creuser ça au lieu de perdre de vue le personnage de Glen Ford en route et surtout l’envoyer dans des lieux qui n’ont plus rien à voir avec l’histoire de ces pionniers… Entre Cimarron et la Ruée vers l’Ouest, il faut choisir (d’ailleurs la confusion entre le titre us et français symbolise bien ce manque de cohérence). Un tel sujet aurait nécessité plus d’ampleur, plus de cœur. On a droit à une histoire du type « triangle amoureux », mais ce n’est pas creusé, et c’est un de ces éléments qu’on perd en route sans raison.

Dommage, un tel thème mériterait son film, sa grande épopée. Il y a un certain nombre de thèmes qui sont à peine développés et qui auraient été plus intéressants si le récit y avait montré plus d’attention. On a une suite de scènes réussies prises séparément mais inégales et sans rapport. Le film ne vaut finalement que pour ces quelques scènes. Par exemple on a la scène qui va déterminer les places de chacun dans le nouvel état qui vient de se créer et qui est encore inhabité, l’Oklahoma : tous les pionniers se tiennent sur un ligne et quand l’armée lance le départ, tous s’élancent à l’assaut de leur parcelle de terrain sur leurs chevaux, à bord de leur chariot, à pied, sachant qu’il n’y aura pas de place pour tout le monde. C’est un peu l’ouverture des magasins le jour des soldes, sauf que là, le magasin, c’est tout un État. Ensuite, il y a aussi cette scène dans laquelle, une petite fille indienne se prépare à rentrer à l’école pour son premier jour de classe. Elle entre dans l’école, sa veuve de mère la regarde toute fière en compagnie de Glen Ford et de Maria Schell qui sont les amis de cette Indienne, et quelques instants après, la petite fille sort de l’école, vient dans les bras de Ford et lui dit qu’ils ne veulent pas d’elle… 1960, dans le Sud, on assistait à des scènes identiques… Le côté obscur de cette ruée vers l’Ouest. Ce n’est malheureusement pas creusé, tout comme le thème de l’incorruptible Cimarron, à qui on propose de devenir gouverneur, mais qui refuse parce que c’était l’un de ses amis pionniers, un magnat du pétrole qu’il avait aidé à une époque, qui voulait le mettre en place… La morale de l’histoire est claire : il est facile de réussir, si on met ses idéaux au placard ; et les véritables pionniers, ceux qui se sont enrichis, sont ceux qui se sont laissés corrompre ou qui ont eux-mêmes corrompus. Le parcours de cet ami de Cimarron est justement intéressant, mais toujours… anecdotique dans le film. Ford le rencontre sur la route vers l’Oklahoma, alors qu’il n’a même pas de cheval pour tirer son chariot, Ford l’aide, puis il échoue pour récupérer une terre cultivable, Ford lui conseille de rechercher du pétrole, il en trouve finalement des années plus tard, devient riche, vient alors la scène où leur destin s’oppose. Ford vient tout heureux apporter une nouvelle qui le ravit : les Indiens qu’on avait enfermés dans une réserve, sur une terre que personne ne voulait, ont finalement trouvé du pétrole… Son ami, lui dit qu’il est déjà au courant et qu’il s’est empressé d’acheter les terres de la réserve… Encore une fois Ford-Cimarron, l’idéaliste ne supporte pas le sort réservé aux Indiens. Et c’est d’autant plus douloureux venant de l’ami qui lui doit tout…

Il y avait matière à un super film, mais il est trop mal fichu. Et Mann est probablement un des cinéastes les plus surcotés de l’Ouest. Ses autres westerns sont corrects sans jamais être transcendants. Et ses meilleurs films sont des films noirs (T-Men[1]) ou des films de guerre (Men in War[2]).

L’original tourné trente ans plus tôt est bien meilleur.


[1] T-Men

[2] Men in War


L’Énigme du lac noir, Michael Gordon (1951)

L’Énigme du lac noir

The Secret of Convict LakeThe Secret of Convict Lake Année : 1951

6/10  IMDb  iCM

Liste :

Huis clos – behind locked doors (or almost)

Réalisation :

Michael Gordon

Avec :

Glenn Ford
Gene Tierney
Ethel Barrymore

Ça n’a pas l’air, mais c’est un western.

Des évadés traversent les montagnes les fers aux pieds et trouvent « secours » dans une petite collectivité (une sorte de ranch familiale avec trois ou quatre huttes perdues dans le froid) qui n’est habitée que par des femmes. Bonjour l’ambiance. C’est un peu comme si la veille d’un combat, on disait, à deux boxers qui allaient dormir dans la même chambre…

On retrouve pas mal de personnages traditionnels du western, c’est conforme à la mythologie donc. On est pas loin aussi du conte pour faire peur aux enfants qui fait peur. Oui, un côté western dans la nuit assez intriguant. Apparemment ce serait une histoire vraie — le genre d’histoires qui fait le mythe des pionniers d’Amérique.

Glenn Ford, c’est l’éternel acteur qui à l’air d’en avoir toujours rien à foutre (une sorte de cool attitude très américaine aussi ; qu’il joue une brute ou un prof, c’est toujours pareil, mais c’est efficace). Plus surprenant, on y retrouve Gene Tierney. La douceur et la glace, ça correspond bien au film, mais peut-être un peu trop sophistiquée pour la circonstance.

Mise en scène correcte. Ce sera son dernier film avant d’être victime de son temps et de revenir dix ans plus tard — pas facile de faire des films en 1950 quand on était de gauche…