Le cinéma français souffre-t-il d’un complexe d’infériorité ?

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complexe d’infériorité et cinéma français

La question est naïve, innocente, et je m’étonne de la retrouver souvent dans la bouche du consommateur de films français, tout tourné vers la marchandise américaine, et se désolant de la “qualité” des produits bien de chez lui. Si la question peut paraître au premier abord un peu idiote, il faut reconnaître que, comme pour toutes les questions des enfants, elle en dit long sur autre chose. Car si la qualité du cinéma hexagonal est ce qu’il est, peut-être pourrions-nous aussi nous interroger sur ceux qui le regardent, et donc, ceux qui produisent et distribuent des films pour ceux-là. Parce qu’au fond, système d’aide ou pas, il y a toujours un consommateur qui demande, et un distributeur qui offre.

Comparer, c’est exister.

D’abord, il faut peut-être reconnaître que se poser une telle question, c’est déjà admettre qu’on puisse comparer « cinéma français » avec « cinéma américain » (puisque c’est bien de celui-là dont il s’agit ; une telle question ne viendrait pas à la tête du cinéphile qui mange du film sans discerner l’origine de ce qu’il regarde). Dans certains pays, même la plupart, la question ne se poserait pas ainsi. Au lieu d’opposer « cinéma domestique » et « cinéma américain », on opposerait plutôt « cinéma mondial » (world cinema) et « cinéma américain » (entendu Hollywood, les majors).

Parce que si dans l’esprit du même consommateur étranger (non anglophone), le monde est tout aussi binaire que celui du petit Français innocent, il se limite donc bien là à “Amérique” contre le « reste du monde ». Le reste du monde, pour le Français, c’est la France. Parce qu’à ses yeux, le monde n’est composé que de deux types d’individus : les Américains cools et les Français ringards. Le complexe est déjà là. À celui-là, on pourrait lui parler du système social américain qu’il serait persuadé que c’est mieux juste parce que c’est américain. J’exagère à peine. Être capable de se poser une telle question, c’est déjà préjuger qu’il y a ceux qui font de bonnes choses parce qu’ils vivent là-bas, et ceux qui n’ont rien compris, parce qu’ils vivent ici.

Mais en un sens, notre arrogance, ou notre ignorance, du « reste du monde », permet au moins d’être lucide si une chose. Le cinéma français existe bel et bien.

Que compare-t-on ?

Le seul problème, c’est que ce cinéma-là est jugé en fonction des critères “américains”. Le mangeur de hot-dog pourra toujours manger une salade niçoise qu’il trouvera ça fade parce que, selon ses critères, une salade ne peut tout simplement pas concurrencer avec un bon et gros hot-dog.

La question, on le comprend, concerne uniquement la “qualité” (ou l’état…) de l’industrie cinématographique française face à l’américaine. Il n’est pas question ici d’histoire ni même des chefs-d’œuvre passés. Ironiquement, même, ce qui passerait ici pour une qualité indéniable aux yeux de l’Américain ou du Reste du monde, serait perçu par une insulte passéiste, ou une preuve même, que le cinéma français… c’était avant. Or, le consommateur s’attache lui aux produits bien frais. Pourquoi irait-il se gargariser d’histoire ou de grands films qui ne sont plus à faire et dont il se moque de toute façon ?

Le critère ici est donc non seulement l’industrie, mais encore, il faudrait encore se restreindre, dans l’esprit de ce consommateur innocent français, à la production des gros films locaux, ceux que son multiplex lui propose et qu’il verra quelques mois ou années après avec mamie au salon. Autrement dit, la comédie produite autour de vedettes du petit écran, qu’il déteste, mais vers lesquels il est le premier à se ruer dès sa sortie pour s’en moquer (syndrome Cinquante Nuances de Grey, qui n’a rien de français par ailleurs, mais on excusera mon ignorance en la matière, je regarde peu de films récents, peu de films français récents, et peu de comédies françaises récentes calibrées avec des vedettes de la télévision), ou parce que par ailleurs, ce qu’on irait lui proposer en salle… de français, c’est cette sorte de cinéma intello infecte qu’il connaît trop bien pour s’être toujours refusé de s’y intéresser (selon le principe « le cinéma américain, c’est cool, le cinéma français, c’est ringard : et moi, je suis cool »).

La France ne produit donc, certes, pas de grosses machines telles que les Américains sont capables de nous offrir, mais est-ce juste alors, d’attendre du cinéma français ce que d’autres font mieux ? Est-ce qu’il faut rajouter un peu de saucisse dans notre niçoise pour satisfaire aux goûts de notre bon gros consommateur de hot-dog, ou est-ce que chaque plat n’a-t-il pas ses spécificités, ses qualités, ses défauts ?…

L’originalité.

Parmi les critères de qualité étrangement affectés au cinéma américain, on trouve… l’originalité. Ce n’est pas une blague. En fait, il faut entendre là, peut-être, une recherche sophistiquée, ou une diversité, dans les différents pouvoirs dont un super-héros sera pourvu…

Sérieusement, par définition, l’originalité, on la trouverait plutôt dans des exceptions, des miracles, et ces générations presque spontanées, je ne suis pas certain qu’un certain type de production nationale soit plus apte à les favoriser… Quand on parle d’industrie, on parle de films formatés. Et le formatage, c’est bien sûr le contraire de l’originalité. Après, on peut bien sûr chercher à savoir en quoi le nouvel Iphone est original… par rapport au précédent… On reste, comme on dit chez les mecs cools, dans le mainstream. Au mieux pourra-t-on parler de capacité d’une industrie à renouveler ses formats, ses clichés… On peut bien croire ici que l’industrie américaine soit mieux lotie que d’autres, mais c’est un peu la marque des industries en position de force, voire de quasi-monopole, d’être capable d’imposer ses critères. Sur notre territoire. Parce qu’on pourrait aller parler de la force de l’industrie américaine en Inde qu’ils n’en auraient rien à battre. Là encore, le complexe d’infériorité est moins dans le système français que dans l’esprit du spectateur dont l’attention est toute tournée vers un système, qui se trouve être celui de « là-bas ».

Un peu d’histoire.

Je m’en veux de devoir faire un peu d’histoire, mais ça me semble nécessaire pour mieux cerner la perception de certains problèmes ou idées reçues.

Si la France ne produit pas de films de super-héros, on pourrait se dire que c’est tout naturellement parce que ce n’est pas dans sa culture, parce qu’on n’en a jamais produits, que tout cela est une invention de l’Oncle Sam, qui d’ailleurs, s’il est leader, chez nous, ou ailleurs (en Amérique, donc le Reste du monde), c’est parce qu’il a toujours joui d’une position dominante. Et si un jour la France était leader en quoi que ce soit, c’était un peu parce que ça concernait tout ce qui aujourd’hui pourrait sembler ringard…

Eh ben, pas tout à fait. S’il faut s’ôter de la tête que le cinéma est une invention française (le Cinématographe oui, mais le “cinéma” ne veut rien dire de bien précis avec une date de naissance bien déterminée), il faut reconnaître au cinéma français d’avoir été, un jour, l’industrie leader dans le domaine. Je parle bien d’industrie. Quant au domaine, je ne parle pas de films d’art ou autres machins dédiés aux vieux schnocks à moustache, mais bien de « grosses productions », de films populaires, et même, au hasard, de films de super-héros. Eh oui, fut un temps où l’industrie cinématographique était leader, et l’était même en proposant aux spectateurs du monde des feuilletons où la notion « d’auteur » était parfaitement, alors, inexistante. Et puis la guerre est passée par là, et l’industrie s’est écroulée, laissant la place au futur leader… Et puis le parlant est arrivé, et comme pour le reste, le cinéma parlant français n’a pas résisté à un certain effritement de la parole française dans le monde…

Tout cela est vrai, mais il ne faut pas oublier que ce prestige passé, il en reste encore quelque chose. Et qu’il devrait au moins nous convaincre qu’il serait possible de proposer une industrie cinématographique basée sur des critères bien français. Tout en reconnaissant, et c’est important, que oui, l’importance de la parole et de la culture française dans le monde n’est plus la même qu’il y a un siècle. Il serait idiot de comparer la France (nous les nuls) avec les autres qui comptent, seuls, dans le monde, l’Amérique (les cools). Doit-on pour autant s’en accabler ? Est-ce que le déclin de « l’empire français » n’a profité qu’à l’essor du seul « empire américain » ? Peut-être serait-il temps de ne plus regarder le cinéma comme autant de systèmes locaux et de le voir comme un ensemble capable de produire ici et là des “produits” de qualité. Alors, certes, il n’y a guère plus qu’Hollywood pour créer des super-héros (bien que Mad Max, tout en n’étant pas vraiment un super-héros, ne soit pas non plus Américain), mais le cinéma du monde se porte excellemment bien, merci pour lui.

N’y a-t-il donc pas de problème ?

On peut toujours améliorer les choses bien sûr, espérer qu’un système évolue pour répondre à nos goûts. Et ici, s’il y a des regrets à avoir, je pense qu’il concernerait surtout la diversité. C’est un comble, la France est censée faire de cette diversité un “critère” bien français, donc forcément, universel, et notre industrie, ou système, souffrirait, là, de manque de diversité ?

Là encore, on pourrait voir une sorte de dualité coupable dans ce qu’on produit en France. D’un côté les grosses productions calibrées par et pour les chaînes de télévision, et de l’autre, les films intellos parlant toujours des mêmes histoires personnelles dont le spectateur (de télévision) se fout pas mal. C’est peut-être binaire, mais il y a, pour une fois, un peu de ça.

Notre système produit certainement un certain nombre de films en marge, plein « d’originalité », reste que les films qui comptent, ceux qu’on remarque, ne reste bien que les deux types de films décrits plus haut. Et là, force est de constater, que même en oubliant la diversité des super-héros, notre industrie manque pour le moins de cinéma de genre. Autrement dit, le cinéma bis est totalement inexistant. Ces petits films produits en marge qui sont censés être des laboratoires, des moteurs à idées, des supports ou des prétextes à audace ou à expérimentation, ne sont en fait produits que dans le seul but de devenir du cinéma A, qu’il soit celui d’auteur, ou celui de masse.

S’il y a un problème majeur dans notre système, en oubliant le « reste du monde » et la qualité bonne ou mauvaise de nos « hauts de l’affiche », c’est qu’il se tient sans base. Comment tient-il alors ? Eh bien la culture, le cinéma, bénéficie sans doute de ce que celle (de culture) des agriculteurs ne dispose plus : d’aides et d’un système d’exception…

Et les règles d’exception… Est-ce que le système est bon parce qu’il permet à toute une industrie de se maintenir à flot, ou est-ce que des initiatives ne pourraient pas être mises en place pour faire en sorte qu’une réelle industrie de base puisse se développer sans le concours de qui que ce soit d’autre que le simple spectateur ?

La responsabilité des industriels.

Avoir une industrie cinématographie, c’est bien. Ce serait mieux, donc, si elle faisait en sorte qu’elle ne soit plus dépendante d’un système d’état. Le problème, c’est bien que ceux qui bénéficient d’un tel système n’ont aucun intérêt à ce que d’autres, ou certains d’entre eux, prennent des risques… Imaginons qu’ils réussissent ? Sortir de la dépendance, ça peut faire mal. Être aidé plus qu’on s’aide soi-même, c’est toujours plus confortable, alors pourquoi tenter le diable ?…

En gros, on a donc le système suivant : beaucoup de blé d’aide et d’investissements pour un nombre restreint de films (la mise de départ servant à minimiser les risques) et beaucoup moins pour beaucoup de productions mineures dont la vocation à rester mineure est sans faille (peu d’investissements, c’est peu de pertes, et c’est ça qu’on appelle l’aide à la culture, Arte, etc.).

Entre les deux, il n’y a rien. Autrement dit, personne ne va placer un peu d’argent pour des produits qui ne casseront pas la baraque, mais qui resteront rentables. C’est d’eux pourtant que peut surgir cette “originalité”. Surtout, personne n’a intérêt à proposer autre chose, de peur que le château de cartes ne s’effondre. On sait toujours ce qu’on perd, on sait jamais ce qu’on gagne… Et ça pourrait être pire…

Est-ce que c’est la faute du système d’aides ? Hum, plutôt celle des industriels, des initiateurs, ces conservateurs… Le manque d’originalité vient de là. On peut toujours rêver et voir quelques entrepreneurs débarquer de Mars et se lancer de zéro en produisant leurs films de genre bien de chez nous… On peut aussi rêver que les industriels, ou les acteurs économiques du secteur qui ne sont pas leaders et qui auraient intérêt à bousculer les lignes en travaillant à la base d’une production, plutôt que, comme ça arrive trop souvent, en cherchant à se frotter tout de suite aux sommets.

Un film a vocation commercial, dans notre idée, doit forcément être une grosse production. Là encore, notre point de vue est très probablement altéré par ce qu’on voit du système américain. C’est oublier qu’eux aussi ont des productions intermédiaires, une base, et que ce que l’on voit et qui débarque chez nous, c’est seulement les productions dédiées au marché international, ou les petits miracles. Les Américains aussi ont leurs comédies lourdingues avec les habituelles vedettes du petit écran. Mais ils ont aussi, c’est vrai, tout un système de base (même si ça me semble de moins en moins le cas) dont on ne voit pas grand-chose, et qui est apte à produire de « nouveaux produits ». Parce qu’il n’y existe pas de système d’aide, et parce que les Américains sont cools et ils ont solution à tout.

Des grands films, en France, je suis persuadé qu’on en fera toujours. À quel rythme, c’est une autre histoire, mais je crois toujours aux miracles de la création, et quand on produit, arrive toujours ces engins étranges qui peuvent creuser leur sillon dans l’histoire… Ce qui manque en revanche, ce sont…, j’insiste, des petits films. Non pas des petits films produits et distribués comme des grands, mais bien des films sans prétentions, s’adressant à un public de niche.

Le problème, en dehors du manque d’audace peut-être des industriels, c’est aussi sans doute que ces niches existent déjà et que leur attention est déjà toute tournée vers des produits étrangers, pas forcément américains, mais « reste du monde ». Pourquoi regarder un film d’horreur à deux balles français quand on peut voir un film d’horreur à deux balles coréen ?

Alors pour changer les idées reçues, les habitudes. Une seule alternative. Le super-héros, le vrai, le seul, que le cinéma ait connu : le créateur.

La responsabilité des créatifs.

Où sont-ils ceux-là ? Parce que rejeter la faute sur les industriels, leur frilosité, c’est bien joli, mais encore faudrait-il qu’ils aient de petites mains pour faire le boulot. Or, y a-t-il des créateurs pour un cinéma de la base ? Pour un cinéma sans prétentions ? Peu cher mais rentable ? Peu cher et… sans grande qualité ? Du cinéma pop-corn… ou plutôt jambon beurre ? Pas sûr… Si rares sont déjà sans doute ceux qui rêveraient d’être Carpenter, encore plus rares sont ceux probablement qui rêveraient d’être ce que Carpenter cherchait, seulement, à être à ces débuts : un simple faiseur de films. Faire, rentrer dans ses frais, faire un autre film… Produire, rentabiliser, oublier, produire… Qui rêverait aujourd’hui de passer à la trappe ? Parce que pour mille petits Carpenter, il y a certes un gros Carpenter, mais pour certains créatifs, il ne serait pas question d’être les 999 autres. Malgré ce que ceux-là prétendraient, ce qu’ils aiment en Carpenter, ce n’est pas sa capacité tout ouvrière à bâtir des églises filmiques en papier, mais bien l’auteur (reconnu comme tel). Ah, on peut cracher sur les Cahiers, on n’en reste pas moins toujours assujetti à leur système de pensée. On pousse même le vice, comme eux, à mettre en avant les auteurs tout en se moquant de ce que cela peut bien vouloir dire…

Parce que, chers spectateurs innocents, ce qui différencie cinéma cool américain et cinéma ringard français, c’est qu’au-delà des productions, il y a des créateurs qui connaissent leur travail. Raconter des histoires, c’est connaître et comprendre les règles d’une dramaturgie. Or, quand on se balade sur des forums ou quand on questionne des spectateurs, des cinéphiles, des cinéastes en devenir…, tous ont le même intérêt pour une seule chose : l’intention de l’auteur. Tout ce qu’on retient d’un film, et en premier lieu notre adhésion à ce qu’il propose, donc sa qualité, est lié à cette seule intention de l’auteur. Le quoi, plus que le comment.

Or, le charpentier, pour bâtir ses petits trésors en papier, commence par le comment. C’est bien beau de savoir ce qu’on veut construire quand on a aucune idée de comment on fait. Non, il ne suffit pas d’assembler des bouts de bois et de prier pour que cela tienne tout seul.

Certains font quand d’autres se contentent de penser.

Et le créatif en France, il pense. (Et on n’en est pas pour autant convaincu qu’il existe.)

Les règles, les principes, les structures, tout ça c’est du travail de chantier et ça nous répugne. Bien plus gratifiant (pour les “créatifs”, ces “auteurs” avec leurs belles intentions, ou pour les spectateurs qui commentent) de s’interroger sur la philosophie du pourquoi plus que sur le comment. Dans les querelles de chapelles, ce qui compte, c’est moins les plans que les idéaux. Sans la croyance en un bon Dieu, les hommes n’auraient jamais eu l’idée de construire des cathédrales. Sauf que les cathédrales, on les veut, on les espère, mais elles ne se construisent pas avec les belles intentions d’un missel ou d’un bréviaire.

Remarque il y a aussi un intérêt à ça. Voir des Américains, super cools dans leur genre, faire des films noirs, et avoir aucune idée qu’ils sont en train de faire des films noirs ; puis voir les Français dire « ça, c’est des films noirs ! » ; bah, c’est presque aussi beau que le prophète qui dit qu’il faudrait une maison de Dieu digne du Seigneur, qui part un demi-siècle poursuivre les chèvres et les bergères, et qui revient de sa montagne une fois que d’autres se sont chargés du travail : « eh ben, voilà ! ça, c’est… une cathédrale ! » « Ah ? Nous, on pensait juste faire une grande église, mais cathédrale, ça sonne pas mal, ouep. »

On peut aussi regretter que le système mette à l’honneur des créatifs « vu à la TV », ou des cinéastes qui ont « la carte », et qu’au final le même conservatisme se retrouve chez ces créatifs. Ils pourraient bien sûr se plaindre que les distributeurs (les chaînes surtout) ne leur permettent pas de développer leurs projets les plus subversifs, les plus… originaux, c’est peut-être aussi que ces aristocrates du divertissement ou de la culture ne sont pas les mieux placés pour proposer des “produits” réellement en marge, audacieux ou… personnels ; et que s’ils avaient une réelle volonté de proposer autre chose, s’adresser aux mêmes canaux qui ne s’intéressent qu’à la distribution de masse n’est pas la meilleure preuve de leurs audaces ou de leur volonté (voire capacité) de “créer”. Ce qui manque surtout, c’est donc bien encore la présence d’acteurs économiques intermédiaires, indépendants non seulement de la course au succès (se contentant tout juste de rester dans leurs frais) ou des aides à la créativité (dont le cinéma de genre, de la marge, est presque par définition exclu).

Mais ce manque d’audace, de créativité, de diversité n’existerait pas sans un spectateur… aux basses exigences.

La responsabilité du spectateur.

L’offre… et la demande. Si un certain type de cinéma peut se maintenir grâce aux aides et ne pas se soucier alors des souhaits du public, et que cela offre plus ou moins de la qualité, c’est plutôt une bonne chose, même si le système peut avoir certains effets pervers. De l’autre côté, en revanche, on peut se demander ce qui pousse le spectateur à courir dans les salles où on lui donne à manger le dernier film français « à succès » dont il sait déjà qu’il ne fera que le convaincre de la suprématie du cinéma cool américain… Tout ce qui brille n’est pas d’or… Or, il faut le reconnaître, ce spectateur français qui se rue facilement dans les salles pour voir ce qu’il sait déjà être médiocre aime à se laisser prendre par la publicité, ne jure que par ce qui “buzze”, et ne cesse de vomir sur un « autre cinéma » qu’il méprise sans même daigner lui porter la même attention que le cinéma médiocre qu’il aime détester.

C’est qu’on va moins au cinéma, on regarde moins un film, on consomme moins, pour la qualité, pour ce qu’on pourrait y trouver pour soi-même, que pour la nécessité de communier avec les siens autour d’une même messe que l’on sait ennuyeuse et inutile, mais qui est toujours un bon prétexte à se retrouver… La critique étant, dit-on, plus facile, on peut même craindre que ces spectateurs prennent goût à voir des films médiocres rien que pour se conforter dans leurs idées qu’ils ont raison… Qu’auraient-ils à dire ceux-là devant un film qui leur plaît ? Pire : regarder un film d’auteur chiant, français, et se surprendre à aimer ça ! La honte… La risée de la jungle ! mes amis Facebook ne le comprendraient pas !…

Parce que, amis spectateurs…, si vous ne jetiez pas votre fric dans ces poubelles que vous êtes les premiers à dézinguer, et privilégiez des œuvres qui vous plaisent plus, même américaines, on n’en serait peut-être pas là, à parler de la lourdeur des comédies françaises préfabriquées pour le succès parce qu’aucune ne serait jamais rentable. Le spectateur se plaint toujours du faible choix qui lui est proposé quand le choix au contraire n’a jamais été aussi grand (sauf en matière de cinéma bis, donc). Encore une fois, ce qui intéresse ce spectateur, c’est la culture de l’instant, celle qu’on lui sert toute faite et qui se relaie, bonne à être cliquée et partagée, sur les réseaux sociaux. Voir un film français dont tout le parle, c’est exister ; voir un film hongrois qui nous passionne, seul, c’est prêcher dans le désert. Et on veut exister.

Si on n’existe pas en pensée… peut-être peut-on compenser nos faibles existences en… consommant et en communiant ?… J’existe parce que mon voisin peut me confirmer que j’existe. J’existe parce que j’ai des contacts dans mon réseau. J’existe parce que quand je parle d’un film dans un dîner en ville, chacun sait de quoi je parle, alors que celui qu’on avait invité la dernière fois et qu’on ne se hasardera plus à inviter, lui, dès qu’il parlait d’un film, ça nous faisait lever le sourcil… Non mais pour qui se prenait-il celui-là ! Et il prétendait en plus voir de bons films… hongrois ! ou qu’il y en avait tout autant de français d’intéressants et qu’on refusait de voir, même s’il regrettait l’absence d’un cinéma de genre bien de chez nous… Mais genre, nous, on sait que ce cinéma-là dont il parle et prétend aimer ça parle que de cul et de journal intime ! On le sait !… parce qu’on ne veut pas savoir !… Et parce que, mince, comment une niçoise pourrait être aussi nourrissante qu’un hot-dog ? Putain, mais c’est pas crédible !… (Vous avez reçu 50 likes et vous avez supprimé l’aut’ snob de votre liste de contacts. Vos 498 autres contacts “aiment” que vous ayez supprimé l’aut’ snob de votre liste de contact. Vous êtes très populaire. Voulez-vous regarder la bande-annonce du dernier film de Benoît Poelvoorde ? Seuls les plus cools pourront accéder à l’avant-première de cette bande-annonce exclusive, êtes-vous cool ?)

Qu’on cesse de dire que ce n’est la faute que des distributeurs. On est encore libre d’éteindre le robinet, de sélectionner ses contacts, ses informations, ses centres d’intérêt, et faire le choix d’exister pour soi-même et non pour les autres. Quand on n’en est pas à interpréter les intentions d’un auteur, il faut encore qu’on vienne avec ses propres prétentions : je consomme, donc j’existe.

Et il y a pire que de ne plus voir de films de super-héros français. Croire que regarder, et apprécier, un film franco-hongrois de qualité, ce serait ne pas exister.

Pour exister, il faut cesser de penser ; et commencer, pour les uns, par regarder, pour d’autres, par faire, et encore pour d’autres, par se risquer.

Si on regardait des œuvres pour elles-mêmes (ou au moins pour ce qu’elles pourraient nous apporter de personnel) et non pour les autres, on aurait plus à se plaindre de la qualité de ce qu’on nous fait manger. Il n’y a guère que celui qui regarde TF1 qui se plaint que certains regardent trop cette chaîne… Prends un balai. Perso, je n’ai certes pas à me plaindre de la qualité des comédies françaises, ou de l’industrie du cinéma hexagonal, pour ce que j’en vois… Nul besoin de devoir se taper mille merdes pour espérer voir un bon film, quand on ne cherche que le meilleur, français, américain ou reste du monde, peu importe.

Parce que quand je tombe sur un Tomboy, par exemple, je n’ai pas à me dire « putain, enfin un bon film français », parce que je n’en ai rien à faire de la nationalité du film, de qui l’a financé ou réalisé. Je veux juste voir un bon film.

Et ça, je ne suis pas persuadé que les cools Américains soient plus aptes à faire ce genre de films. Quand je vois à côté les films de Linklater, je préfère encore voir les histoires de fesses bien de chez nous.

Chacun ses super-héros.

Pour rester sur le même sujet, réponse à cet article de BFM : Pourquoi le cinéma n’attire plus le public en salle ?

J’ai du mal à suivre. Au final, on ne sait pas si le problème, c’est la baisse des entrées ou la baisse de la qualité du cinéma domestique.

Pour les entrées, ben, il y a comme une pandémie. Quand je lis que les spectateurs n’ont peut-être pas envie de mettre un masque… heu…, peut-être surtout qu’il y en a beaucoup qui sont raisonnablement prudents et qui ne font pas se fourrer dans un lieu public clos où les gens ne sont pas contrôlés s’ils portent un masque ou non et où rien n’est fait pour améliorer ou informer sur la qualité de l’air. Les gens sont probablement moins idiots qu’on voudrait le laisser penser. Il y a une pandémie, les mesures sont, au mieux, inadaptées, aucune raison de prendre des risques et d’en faire prendre aux autres. Le cinéma est avant tout une activité conviviale, j’ai comme l’impression que le cinéma n’est pas la seule victime de cette pandémie. Et encore une fois, au lieu de nier à la suite du gouvernement les risques liés à l’enfermement deux heures dans un lieu clos potentiellement vecteur de virus, peut-être que le public n’aurait pas été aussi méfiant si on avait arrêté de le prendre pour un con et que d’un côté on prenait des mesures pour améliorer l’accès et la qualité de l’air, et d’un autre on informait ce public des mesures prises. Ç’aurait été tout à l’honneur des exploitants de ne pas être rangés du côté des multiples désinformateurs que le pays a compté.

S’il est question en revanche dans l’article de pointer du doigt l’éternelle médiocrité de la production française, ben oui, ça doit probablement faire 90 ans que le cinéma français n’est plus à la pointe.

Pourtant il y a du bon et du moins bon. Quant à savoir si c’est toujours pire qu’avant, je crois que faire confiance à des critiques de cinéma pour porter un regard pertinent sur le cinéma actuel, celui de notre époque, quand eux voient cinquante merdes par semaine, je crains qu’ils manquent un peu du recul nécessaire pour répondre à la question (n’ayant pas compris la question originale, il me semble toutefois que nombre de leurs réponses pourraient être valides ponctuellement… selon de quoi on parle — je suis sûr que Dupieux voit où je veux en venir). Autant demander à des économistes de prévoir des crises.

Dans le positif, on pourrait dire que malgré tout, la production reste, il me semble, assurée (grâce à un système que les pays ne pouvant même pas assurer une production de basse qualité nous envient ; c’est un luxe que tous les fils à papa sortant de la FEMIS ou autre puissent financer leurs films avec l’argent des pauvres venus acheter une place pour voir un Marvel). Que, malgré tout, la production dispose d’une certaine diversité (une certaine, pas idéale) grâce notamment au nombre important d’acteurs dans le secteur de la production et de la diffusion. La TV continue, malgré tout, encore, de produire du cinéma, et si on peut évidemment se plaindre des facilités des chaînes de merde, on peut faire confiance sans doute à Arte, mais à un nombre fou d’acteurs divers, pour aider au financement à des trucs qui, pardon, mais depuis trente ans ne se serait jamais fait sans elle. Cela vaut pour le cinéma domestique, mais il me semble que la place d’Arte dans le financement à l’étranger est encore plus indispensable Arte, c’est le Minitel qu’il ne faudrait pas bousiller sous prétexte que Netflix, c’est américain donc forcément mieux.

Et puis, j’ai un certain mépris pour toutes les écoles de cinéma à papa, mais au-delà du fait qu’on n’y entre probablement pas quand on vient d’une cité ou de la campagne, qu’on n’y apprend sans doute que dalle sinon à se branler en famille en louant les vertus de la consanguinité, eh ben ce sont des structures qui permettent à ces gosses de riche de tisser leur réseau. C’est une sorte de mélange de corps diplomatique et de start-up nation qui a son lot de réussite. Ou son utilité. Et parfois, sur un malentendu, certains arrivent à conclure. Parce que le cinéma indigeste français, ç’a encore souvent un certain cachet dans les mêmes types de cercles « bobos » internationaux. Vous pourriez mettre l’odeur de Paris en flocon et appeler ça « L’égout de Paris », que ça fera un tabac parce que « de Paris », ça fait encore autorité dans les milieux aisés étrangers. La nouvelle vague, c’est un peu ça. Quand il est rappelé que dans les années 60, tout le monde parlait des films de Godard, pardon mais j’ai un doute. D’ailleurs, personne n’allait (plus) voir les films de Godard (après trois ou quatre films). Et même son invention, la nouvelle vague, a été créée par une journaliste qui n’était pas critique, pour des critiques faisant du cinéma, sans doute un peu pour remarquer la cassure, sans doute un peu salutaire, par rapport à un fonctionnement qu’elle avait elle-même connu dans ses débuts (le parisianisme est un petit monde). Elle en a donc inventé le terme, mais par la suite, son histoire, a surtout été écrite à travers les yeux des critiques internationaux. Dans les années 60, alors que le public allait voir des comédies en couleurs dans les salles (la mode n’a pas changé), la critique en dehors des frontières regardait leurs collègues parisiens faire mumuse avec leurs nouveaux jouets. C’est un peu détestable, mais ça marche. Et aucune raison que ça marche moins aujourd’hui qu’hier. On peut ne pas apprécier, mais tant que les films de Claire Denis ou que des films comme Portrait de la jeune fille en feu écriront l’histoire du cinéma français… ailleurs, faut prendre.

Là où ça devient plus dramatique, c’est probablement le niveau du cinéma de genre en France.

Même en comédie où on monte des films sur un nom (vu à la TV) ou sur un scénario. Le moteur des comédies, c’est soit des pièces à succès, soit des acteurs : et on tente depuis des années de faire avaler des Lino Ventura dans La Grande Vadrouille. Pardon, mais si le grand acteur comique de notre époque c’est Jean Dujardin, il y a effectivement un problème.

Il paraît qu’il y a du léger mieux au rayon du fantastique et de l’horreur, tant mieux, je n’y connais rien. Et je n’ai pas été convaincu par ce que j’ai vu. À vue de nez, toujours le même problème : on ne sait pas choisir entre film d’exploitation résolument, d’abord, mauvais, mais qui en donne à son argent au public qui sait ce qu’il va falloir et l’accepte, et film d’auteur. Si vous vendez à un fan de films d’horreur, et que ça se révèle être un film d’horreur intello, le fan, il ne revient pas. Pour deux ou trois miracles dans une génération de cinéastes dans une production d’exploitation, il y a des tonnes des navets insipides qui plaisent à un certain public. Sans eux, pas de miracles. Or, ne pas choisir entre exploitation et films d’auteur, ça revient toujours à dire que c’est un film d’auteur, parce que l’auteur mise toujours sur la possibilité de conclure avec un critique sorti de nulle part criant au génie, et ça finira dans les festivals, et ça deviendra des chefs-d’œuvre pour tous les autres critiques pète-culs pas habitués à voir des zombies en salle.

J’ajoute que pour les places à 10 €. Ben, vous les foutez à 15 €, et puis…, la place ouvre automatiquement à un abonnement non renouvelable illimité pour le mois en cours. Fini le ticket unique, finie l’obligation des abonnements : la place unique est chère, mais incite à revenir, justement parce que ce n’est pas un ticket d’entrée qu’on achète mais un abonnement direct et sans engagement d’un mois. La fête du ciné continuelle en somme.


Cinéma en pâté d’articles

SUJETS, AVIS & DÉBATS


Autres articles cinéma :


Ninjutsu, Hiroshi Inagaki (1957) (Yagyû Bugeichô)

Partie de mikado, première manche

Ninjutsu I

Note : 2.5 sur 5.

Titre original : Yagyû bugeichô

Année : 1957

Réalisation : Hiroshi Inagaki

Avec : Toshirô Mifune, Yoshiko Kuga, Kyôko Kagawa, Mariko Okada

Deux clans se réunissent pour s’affronter autour d’une partie de mikado. Leurs chefs respectifs se disputent la légalité d’un coup, et pour cela, impliquent les ninjas qui devront alors déterminer si le mikado avait bel et bien bougé… Sauf que quand Toshiru Mifune débarque, c’est tous les bâtonnets qui tremblent, et c’est à lui que les deux clans finissent par faire la guerre…

Bref, je n’ai rien compris à cette intrigue livrée à bâtons rompus. Dès le début, on est plongé dans une intrigue politique dont il est difficile de se retrouver. Il doit y avoir quelque chose là-dedans de familier pour un Japonais du milieu des années 50, mais pour moi ce fut bien obscur. Difficile de s’emballer pour une telle histoire, au point souvent, comme on dit sur le continent, qu’on ne distingue plus Qi est Qi.

Le reste n’est guère plus brillant. Ne serait-ce que la lumière justement… Si l’histoire est opaque, le cliché est lumineux. Trop sans doute. Je reproche souvent la même image criarde à Inagaki. Les productions japonaises de l’époque ne font pas dans l’originalité : ce goût pour l’enluminure était à la mode partout ailleurs, signe des grands films populaires voués à concurrencer le petit écran en plein essor. Si aux États-Unis, on s’en sort encore mieux qu’ailleurs (de mémoire, African Queen ou Distant Drums proposaient ce genre de photos affreuses), c’est un peu aussi ce qui symbolisa en France certaines productions dites du « cinéma de papa », cette certaine qualité française tant décriée par les futurs cinéastes des Cahiers. Un peu plus tôt, en 47, on dit que Michael Powell avait dû ajouter du rouge à lèvres à Deborah Kerr dans Le Narcisse noir, alors que le rôle ne s’y prêtait pas du tout. Pourquoi ? Parce que la pellicule offrait des couleurs si fadasses qu’on ne pouvait pas y couper. C’est le piège de certains films en couleurs des années 50, et Inagaki me semble y être toujours tombé. D’un côté, certaines couleurs semblent crier à l’écran avant d’agoniser ; d’autres ne sont rien d’autre que la lumière crue, clinique, si commune aux hôpitaux. L’habitude était encore pour les acteurs de se grimer de blanc, comme au théâtre, seulement ici, on les croirait tous badigeonnés de crème comme préparés à se faire rôtir au soleil ou au four. C’est que leur peau luisante a bien quelque chose de la dinde déplumée et savamment farcie avant de la foutre au feu…

Comme film de production « qualité japonaise », il y avait pourtant de quoi faire. On y retrouve un assemblage impressionnant de petites stars de l’époque, et même, une des égéries du cinéma des années 60 avec la délicieuse et crémeuse Mariko Okada, future femme de Yoshida.

Pas moyen non plus de reporter son intérêt sur les scènes de combat. On est, là encore, loin des films des années 60.

J’ai une deuxième manche qui m’attend. J’espère éviter la farce.


Révision pour le second volet (vu le 19 mars) : Étonnement, la photo y est bien meilleure. Le jour et la nuit. Préfigure les opusculaires ou les Uchida à venir. L’histoire, elle, reste… mikadesque.



Liens externes :


La Pendule acariâtre

Il y avait autrefois dans mon village une vieille pendule à trois portes connue pour ses humeurs. Elle avait quatre poignées qui s’ouvraient de l’intérieur et quand on frappait pour comprendre l’étrange mécanisme qui la faisait tourner, une voix de hachoir électrique répondait : « Je ne te demande pas l’heure qu’il est, pignouf ! »

Eh ben, je ne vous demande pas l’heure qu’il est.


SensCritique, ou la Communauté de l’annale

Les capitales

Réseaux sociaux

Dis-moi combien de fois ils ont cliqué l’année dernière et je te donnerai ta valeur en bourse.

« SensCritique, La communauté du cinéma… en France »… beurk.

Bien content d’avoir été viré de ce site. On y parle « communauté du cinéma » au lieu de “cinéphilie”, et on s’attache à se focaliser sur ce qui est susceptible le plus de plaire et de buzzer : l’actualité, et le village français. Rien à voir avec la cinéphilie, encore moins avec le « sens critique », ni sur le plan de la “critique” (on parle de nombre de notes plus que du contenu) ni sur celui de la vision critique du cinéma.

SC est leader sur les « notes de films sortis en 2015 », mais sur la pertinence de la ligne éditoriale, sur le « nombre de notes des films péruviens sortis en 1965 » ? Du flan, de la semoule, du trompe-l’œil. Merci de m’avoir viré.

Remerciez-moi en retour d’avoir enrichi, comme d’autres utilisateurs naïfs, une base de données de l’ombre qui ne compte que pour du beurre, car n’est légitime auprès des fondateurs et des utilisateurs de cette “communauté” (beurk) que les données des quatre cent un films sortis l’année précédente. Qui c’est l’idiot numéro 1 ?


Merci d’avoir supprimé, avec mon compte, autant de listes poubelles, si contraire au « senscritique » et à la ligne éditoriale du site :
Tadao_Sato_ses_300_Films_Japonais
Golden_Horse_Film_Festival_Les_100_Meilleurs_Films_en_Langue_chinoise
Une anthologie du cinéma français (Claude Beylie)
Les 365 westerns à voir avant de tomber de sa selle
The Hollywood Rush
Les_meilleurs_films_du_siecle_selon_Telerama
(Pour ne citer que les plus insultantes)

Merci aussi d’avoir refusé de me donner accès à mes innombrables tops perso laissés, ô insulte, en privé sur le site au lieu de les partager dans des sondages utiles à la communauté.

Merci d’avoir refusé de me filer un fichier avec tous mes commentaires avant de les supprimer, ainsi que mes annotations, véritables insultes au “senscritique”, alors pourtant que la loi française les y oblige (merci pour le fichier à peine lisible des critiques cela dit). Parce que oui, les commentaires, peut-être pas pour l’utilisateur moyen, mais pour moi si, ça a de la valeur, et jusqu’à preuve du contraire, j’étais propriétaire de ce contenu. J’ai dû en retrouver certains à la main, les plus récents, mais le plus important, toutes mes notes de visionnage, scotchées en commentaire de film ont disparu en supprimant mes notes.

Merci d’avoir volé tous mes messages personnels.

Merci d’interdire aux utilisateurs de régler la configuration de leurs activités pour décider eux-mêmes ce qui tient du privé et ce qui tient du public. Ils n’ont probablement pas assez de sens critique pour juger eux-mêmes de ce qui doit l’être. Quand j’avais demandé à ce que, par exemple, je n’ennuie pas certains ou une partie de mes contacts s’il me venait l’idée de noter les chansons de la Compagnie créole, je me suis vu répondre qu’il fallait assumer… Bien sûr… Je décide de me balader à poil chez moi, et il faut assumer ? Réseau social ou pas, Senscritique est tout comme Facebook régi par les mêmes règles concernant la vie privée. Tout comme le droit à l’oubli, quand le site nous interdit de supprimer une activité particulière ou en la passant en privé. Peut-être bien qu’à l’avenir, la CNIL ira se pencher sur la question pour que les droits des utilisateurs soient respectés, et que, pour le mieux, comme dans tout réseau social qui se respecte (ce qu’est SensCritique, on est d’accord ? Ce n’est pas un site culturel, mais bien un réseau social prenant la culture en otage, ou comme prétexte) ses utilisateurs puissent décider avec qui discuter et décider quel type d’activités doit être relayé en notification.

Merci enfin de ne gérer aucun modérateur sur le site. Les attaques de trolls sont fréquentes, on peut être amenés à côtoyer des utilisateurs bloqués sur d’autres pages quand sur le moindre forum par exemple leurs messages seraient masqués. Qu’on ne s’étonne donc pas, quand certains qui se font sans cesse attaquer… pour la longueur de leurs messages, finissent par en avoir marre d’être raisonnable, de devoir répondre par cent lignes à des emmerdeurs qui se contentent d’une seule. Ça servira toujours de prétexte à virer celui qui demande que ses droits soient respectés et que le site respecte ce pour quoi il semblait être dédié pour certains. Un joli nom “senscritique” pour un site. C’est surtout une jolie supercherie : le sens critique y est non seulement mal vu, il est en permanence traîné dans la boue, et la règle, c’est le mépris et les jeux de cour laissant peu de place à l’intérêt réel que pourraient avoir certains pour des œuvres ou des échanges. D’échanges, sur « sens critique », j’en ai rarement eu. Et c’est pas faute d’avoir essayé.

Une preuve de la bêtise et de l’absence de « sens critique » de ses membres : je poste une nouvelle en critique sur un film. Celle-ci reçoit cinq likes pour cinq dislikes avant d’être tout bonnement supprimée avec le compte. Une nouvelle. Certainement pas un chef-d’œuvre. Combien des utilisateurs ayant liké ou disliké la page ont pris le temps de la lire ? Probablement aucun. Et la longueur est une insulte. Fini de réclamer l’exigence et de me faire agresser pour cela. À présent, mes longueurs et mes petites exigences d’emmerdeur pathologique, c’est ici et pas ailleurs. Je m’en veux presque de ne pas y avoir pensé avant et rien que pour ça…

Merci senscritique.

Adada, Im Kwon-taek (1987)

Le bidet

Note : 3 sur 5.

Adada

Titre original : 아다다 

Année : 1987

Réalisation : Im Kwon-taek

Avec : Hye-soo Shin

Comment dit-on, déjà ? Inégal. Voilà. Im Kwon-taek assure pendant trois bons quarts d’heure, nous laissant espérer le meilleur pour la suite ; et puis, tout d’un coup, à force d’épicer son film d’un humour mesuré, comme son personnage, il finit par laisser tomber son bol, et son film finit par ne plus ressembler à rien.

C’était donc pourtant bien parti. On est dans ce qui fera le succès du cinéaste dès La Chanteuse de Pansori, et là où manifestement, il est le plus à l’aise et le plus efficace : le mélodrame rural sur fond de traditions coréennes. La même année Gong Li et Zhang Yimou entament leur collaboration en Chine avec le Sorgho rouge, et il faut reconnaître que c’est dans cet aspect-là, proche des traditions (et sans doute des clichés), que les histoires peuvent paradoxalement plus facilement toucher le regard d’un Occidental.

Adada est donc maladroite, travailleuse, mais elle est aussi muette. Pour s’en débarrasser, on lui propose alors de se marier avec un voisin ni très fute-fute ni très riche. La dot des parents de la jeune fille parviendra à convaincre la famille de son futur mari, et la voilà donc embarquée (étonnante similarité entre les cultures du monde) vers un nouveau foyer… Adada n’y trouve rien à redire… et accepte son sort comme un devoir. Là, on craint le schéma mille fois répété, celui de la bru méprisée par des Thénardier de l’autre bout du monde. En fait, on échappe, un temps, à cet écueil, et c’est une des raisons du plaisir qu’on prend à la suivre dans la première moitié du film. L’humour y est encore très léger et donne à ce drame annoncé une saveur toute particulière.

Et puis, tout se gâte quand son mari (censé donc être stupide), dépense plus que nécessaire l’argent du foyer, en ville, et surtout dans un nid à putes où il s’entiche d’une poupée à bouclettes. Jusque-là, encore, tout va bien, le mari volage, on l’a vu à l’œuvre chez Naruse notamment, et c’est toujours une bonne manière de faire tomber les péripéties tragiques. Sauf que tout s’étiole pour de bon quand le mari revient après une longue absence, riche et… avec une seconde femme. On se demande où est passé le bon goût, la mesure, et on a des haut-le-cœur à suivre le passage d’un genre à un autre (le retour est presque une farce, et avec un peu plus de goût, de rigueur ou de mesure, on aurait pu glisser vers la satire italienne).

Tout d’un coup, l’histoire devient presque insipide. Pire, les acteurs eux-mêmes ne semblent pas bien savoir quelle partition jouer. Les scènes s’étirent en longueurs, deviennent répétitives (le père et la mère du mari ne cessent de se chamailler quand on aurait préféré à cet instant de l’histoire plus nous concentrer sur le sort d’Adada), et le jeu est souvent excessif, voire carrément peu crédible. Ainsi l’acteur jouant le mari, était plutôt convaincant jusque-là en benêt, et une fois l’étrange détour dramatique amorcé, au lieu d’en atténuer le peu de vraisemblance en gardant son air idiot, monsieur ne se contente pas seulement du costume trois pièces, des lunettes à la japonaise et de la gomina, il faut qu’il adopte un petit air intelligent qui le ferait presque passer pour son clone nord-coréen (peut-être que deux invraisemblances font une vraisemblance…).

Heureusement, au milieu de tout ce désordre, on ne sait guère comment, Im Kwon-taek arrive malgré tout parfois à proposer quelques instants de grâce, préfigurant la Chanteuse de pansori (et ce qui suit). En restant dans le registre de l’émotion, de la contemplation (l’utilisation à cet effet de la musique est parfaite, notamment les coups de… tambours — ou de battoirs, ou que sais-je, elle tape sur des bambous et ça lui va bien). Il faut dire que bien souvent, à ce niveau, il suffit d’un paysage (ah, les chemins…) et d’un joli minois. Pas un de ces visages tout gentils choisis pour faire beau. Non, Shin Hye-soo, sans avoir la beauté de Gong Li, montre ici la même dureté, le même regard noir et… doux. L’œil parfois un peu hagard, absent, qui ne dit rien mais qui bout de l’intérieur et vous fixe quand vous mettez à l’épreuve son intelligence et sa fermeté… Il serait facile de la rapprocher sans doute plus d’Hideko Takamine (qui a joué d’ailleurs une muette dans Happiness of Us Alone), avec ces personnages féminins souvent bafoués et dignes. « Non, je pleure pas, je t’emmerde. »

Sans elle, le film était foutu.

Son personnage d’ailleurs finit comme le reste, à agacer, quand le récit s’attarde inutilement dans une répétition de destin qui voit son nouvel amour (lequel avait vaguement essayé d’être présenté comme un premier amour) reproduire les mêmes vices que le précédent… La ficelle est un peu grosse, la morale en poil trop évidente, si bien que quand Im Kwon-taek revient à ce qu’il maîtrise le mieux, le mélo, ça tombe (et c’est de circonstance) à l’eau, tant on a fini par ne plus s’émouvoir du sort d’Adada (et avec elle, de son quasi premier amour). Le subtil prétexte, à ce moment-là, pour la noyer dans les limbes du spoil, est en ce sens, quelque peu ridicule : après avoir jeté l’argent par la falaise, elle oublie soudain son petit œil d’insolente et ses exigences (les mêmes qui l’avaient poussée ainsi à se débarrasser du magot), pour obéir à son amant qui lui enjoint de ramasser ce qu’elle vient de laisser tomber. Pour une fois que c’était volontaire…

Une constante toutefois, le réalisateur sait parfaitement où poser sa caméra et, malgré tout (même s’il y a donc des exceptions ici), aller à l’essentiel permettant de naviguer d’une péripétie à l’autre sans trop s’ennuyer. Après une centaine de films au compteur, on n’en attend pas moins d’un metteur en image.

Bien dommage en somme parce qu’on y voit clairement l’Im Kwon-taek des années 90, celui du moins que j’apprécie et que je connais, celui de la Chanteuse et de ce qui suit… Moins d’humour, adieu la satire ou la morale, et adoption de la carte traditionalisme à fond, à la Mizoguchi.

Et j’en reviens à ma marotte : où sont donc passés nos films de cape et d’épée, nos films de chevalerie, nos contes ruraux, nos films de troubadours… et le reste (en même temps, j’aurais trop peur de voir ce qu’on en ferait).


아다다  / Adada , Im Kwon-taek 1987 | Hwa Chun Trading Company


Liens externes :


Rationalisme et scepticisme, méthode scientifique, doute

 

 

 

 

Les capitales   

Science, technologie, espace, climat   

 

Réponse apportée à la question du scepticisme

Il faudrait sans doute commencer l’apprentissage des sciences par le commencement, c’est ça qui est un peu idiot et qui entraîne des comportements assez peu “conforme” à l’esprit scientifique. L’histoire des sciences (et donc des “paradigmes”), la logique, les pièges de la rhétorique, les biais cognitifs, l’histoire des supercheries, l’épistémologie, etc. En fait, on commence par les mathématiques, ce qui est une base logique (elles mènent à la philosophie et à la physique) et très vite apparaît l’enseignement de la physique ; c’est un peu un contresens. Si tu n’enseignes pas le doute, l’esprit de recherche, la connaissance de l’importance des erreurs dans l’histoire, tu es incapable d’avoir ce recul “sceptique” sans quoi il n’y a pas de méthode scientifique. On enseigne aux petits la physique comme on enseigne le coran dans une madrasa, ce qui peut bien sûr provoquer par la suite une approche dogmatique de leur pratique.

Cependant, il me semble que la recherche se fait en équipe et que dans une discipline particulière on parle toujours de « communauté scientifique ». Or, si individuellement, on peut imaginer que certains éléments de cet ensemble puissent manquer de “scepticisme” (pour faire court), il n’en reste pas grand-chose au niveau du discours “officiel” (comme aiment à le décrire certains), c’est-à-dire quand la “communauté” s’entend sur un consensus. On peut difficilement penser qu’à ce niveau, il reste encore des dogmes, l’expression d’intérêts ou de biais personnels. La question des “scientifiques” a surtout un sens quand on la comprend entant que communauté, parce que prise individuellement, finalement, si certains ont des “croyances” ou manquent de discipline rationnelle, il n’en restera rien dans ce qui est essentiel pour la recherche : l’expression d’un consensus (et avec cette idée de consensus, c’est déjà les idées de dogme, d’aboutissement, de certitudes, qui volent en éclats). Si l’ensemble de la communauté respecte les principes de la méthode scientifique, il n’y a aucune raison de penser que cette communauté puisse dans son ensemble manquer de scepticisme. Après, il y a peut-être une différence fondamentale entre sciences dures et sciences humaines…

Il y a une confusion souvent en français avec le terme de “sceptique” qui dans le langage courant signifie “douteux” et qui pour les « sceptiques scientifiques » seraient plus synonyme de “scientisme” (perso, je préfère parler de scientisme quand on est dans le dogme, à l’absence d’ouverture, donc le refus de toute possibilité de “doute” — une des grandes “vertus” pourtant de la science est d’être capable de dire qu’elle n’a pas réponse à tout, ou qu’elle ne sait pas, on ne sait pas encore avec certitude) ou de zététique.

N’étant pas scientifique moi-même, j’essaie d’appliquer ce “scepticisme” dans mes “croyances” personnelles et cela jusqu’à la perception de l’art et en particulier du cinéma, et là aussi on me reproche souvent mon “nihilisme”. En l’occurrence ici, en l’absence de méthode ou de paradigme, chacun forge un peu tout seul ses propres conceptions, et on se heurte trop souvent à celles des voisins (mais c’est bien cette absence de “canon” qui participe à l’intérêt de l’art, et ça ne me semble pas si éloigné de la science, chaque artiste devant chercher à créer sa propre cohérence à l’intérieur de son œuvre).

En revanche, les reproches faits aux sceptiques scientifiques vont très souvent bien au-delà de leurs certitudes. Bien sûr, le scepticisme n’est pas une discipline en soi ; c’est une posture, une méfiance rationnelle, qui se veut rigoureuse, une modération, un recul… (une forme d’ascétisme, si j’osais). Il doit donc se pratiquer dans sa vie de scientifique, tous les jours et pour toute chose, en particulier quand il est question de juger de son propre travail et de celui de ses pairs. Mais pour les côtoyer parfois en dehors de ce cadre (encore une fois je n’ai aucune formation scientifique), ils sont surtout amenés à s’exprimer, ou à exprimer ce “scepticisme” dans le cadre des discussions scientifiques ou pseudo-scientifiques ouvertes à tous et qui se sont multipliées depuis Internet. Or là, il y a de très nombreuses critiques à faire concernant ces “dialogues” ou “échanges” qui vont donc bien au-delà des simples certitudes de quelques-uns. D’abord, l’expression de ce “scepticisme” s’exerce le plus souvent en dehors de leur champ de compétence (on ne sait d’ailleurs jamais qui est spécialiste de quoi, et souvent les intervenants n’ont aucune formation particulière — ça a en revanche une vertu, celle d’échapper à pas mal d’arguments d’autorité, même si au final, l’autorité devient celle de la renommée — ce n’est donc pas forcément mieux). On peut voir ça comme un problème parce qu’on entend souvent dire qu’on est “sceptique” dans un domaine qu’on connaît, a fortiori dans son domaine de prédilection ou sa spécialité, et qu’on peut ne pas l’être dans un tout autre domaine (par manque de connaissance, à cause de préjugés, etc. ici les scientifiques dans des domaines qui ne sont pas les leurs ne seront pas forcément mieux armés que les non scientifiques — c’est en tout cas une forme de scepticisme qu’ils expriment souvent eux-mêmes). Par ailleurs, on peut voir ces échanges interdisciplinaires comme des pratiques ou des exercices enrichissants justement parce qu’ils permettent d’être confrontés à des logiques ou des méthodes différentes (donc prendre du recul sur ses propres pratiques, avoir un regard critique sur sa discipline, etc.) On peut donc voir ça comme des forums (au sens presque premier) où tout sujet devient prétexte à un exercice d’échange, de débats, et… d’engueulades. Plus que des certitudes, ce qui leur est reproché, c’est surtout une absence de volonté d’échanger, d’expliquer ; et ça peut se comprendre, avec des pseudoscientifiques ou des naïfs venant faire part de leurs interrogations (ou formidables découvertes). Le “scientifique” ici finit par manquer de patience et peut donner en effet l’impression qu’il a la tête faite de plein de certitudes ; mais je pense que c’est surtout une fatigue de devoir « faire la leçon » à des apprentis savants, des rigolos, des ignares, et même souvent des fous. Or — et là je me fourvoie peut-être complètement — mais il me semble qu’il y a là, dans ces échanges, un formidable outil de promotion, à la fois de la science, mais aussi et surtout de l’esprit scientifique, de la rigueur, du “cartésianisme” (au sens populaire). Et Dieu sait si notre monde fourmille d’idées à la con, de croyances rigolotes mais potentiellement dangereuses, et pour lesquelles ces échanges, parfois confus, qui n’ont évidemment rien de scientifiques (et souvent même rien de sceptiques, il faut être honnête — il y a des idiots partout, les “sceptiques” n’échappent pas à la règle), sont des mines.

Cet enseignement, ce savoir, si on ne nous le transmet pas dans les premières années de notre vie (on a bien des cours d’éducation civique, on pourrait aussi avoir des cours d’éducation logique…), il n’est pas inutile de pouvoir découvrir certains principes plus tard, si ce n’est donc à travers une pratique sérieuse de la science, à travers de tels “forums”. Étant “littéraire” à la base, je peux dire que je n’ai eu aucune de ces notions qui sont propres à la méthode scientifique ; et les découvrir, même en simple observateur, en dilettante, je crois, entant que citoyen ou qu’homme, m’a été très utile (même si bien sûr, je serai toujours incapable de raisonner avec une logique “scientifique”).

Peu importe donc si certains effectivement font preuve de certitudes, d’un faible esprit pédagogique, manque de patience, ou se révèle comme certains pas du tout “sceptiques”. L’important en les côtoyant est de s’interroger sur soi-même sur ce à quoi on croit, sur notre capacité à douter, sur notre capacité à reconnaître certaines erreurs, certaines méprises, les supercheries, à se pousser à raisonner rationnellement, justement en évitant les certitudes… Et pour reprendre la phrase que je citais précédemment, là où ça devient intéressant, là où les “sceptiques” et de manière générale les “scientifiques” deviennent encore plus utiles (ou font comprendre leur utilité — combien de fois on peut entendre dire « à quoi ça sert ces trucs, franchement ? »), c’est quand ils appliquent leur scepticisme… non pas à eux-mêmes, mais aux autres. Pour les autres, pour la collectivité, pour la connaissance (populaire). Qu’ils soient sceptiques, j’aimerais dire « j’espère bien ! c’est la moindre des choses », mais qu’ils aident la société à l’être un peu plus, voilà qui devient “intéressant”.

(J’ai essayé de faire un effort de concision au début, et puis… Comme j’ai souvent les idées qui se faufilent sur les routes comme un grand jour de départ en vacances, c’est l’embouteillage.)


 

Les capitales     

Science, technologie, espace, climat   

 

Barrabas, Louis Feuillade (1919)

Jacques, je suis ton père…

BarrabasBarrabas FeuilladeAnnée : 1919

Réalisation :

Louis Feuillade

8/10 IMDb iCM

Listes :

MyMovies: A-C+

Le silence est d’or

Films français préférés

Une histoire du cinéma français

Douze épisodes de 35 minutes environ. Du pur roman de gare, ce qu’on n’a plus jamais vu au cinéma en France laissant ça aux ricains… Feuilleton, BD, cinéroman, cinéma mélodramatique (au vieux sens du terme, pas tire-larmes, mais avec des événements tirés par les cheveux en pagaille), peu importe comment on appelle ça, c’est du cinéma grand spectacle. Et ça vaut le détour.

Dès qu’ils sont à Nice (la moitié environ), ça devient excellent : un type qui saute d’un train, des avions, des bateaux, des villas au bord de mer ou dans l’arrière-pays. Et tous les éléments obligés pour faire un bon roman de gare (la marque indélébile du méchant, les fausses identités, voire les parentés révélées, les messages secrets, les kidnappings, les évasions, les explosions, l’utilisation du chloroforme… tous les clichés, c’est magnifique). On mélange allègrement les phases sentimentales, d’action, de tension, d’humour, et de mystère…

Sur le plan de la mise en scène, Feuillade maîtrise. Beaucoup de rythme. Du montage alterné pour mettre un peu de tension (il arrive même parfois à multiplier les actions simultanées : trois, quatre…). À chaque scène, on change de personnages ou presque, à la Star Wars, entre le camp des gentils et celui des méchants (on retrouve le même élément en épilogue d’ailleurs où Feuillade fait le compte en appuyant bien sur le bouton « retour de chacun chez soi, tout est bien qui finit bien »). Le découpage en échelle de plans est sobre (forcément) mais efficace, aucun faux raccord, et c’est toujours utile. Bien sûr aucun effet gancien ou d’avant-garde, on ne fait pas de l’art, on divertit. Sans honte.

Il y a une époque où il y avait encore une tradition feuilletonesque, où les critiques critiquaient les facilités du genre, et où le public suivait. Et si les premiers ont pu retourner leur veste un demi-siècle plus tard pour y trouver un nouvel intérêt, le public, lui, n’a toujours que trop bien appris sa leçon. Les héros, ça fait longtemps qu’on ne les pense plus qu’en Amérique. Il n’y a pas de crime organisé en France. Ah ?…


Barrabas, Louis Feuillade 1919 | Société des Etablissements L. Gaumont


Four Faces West, Alfred E. Green (1948)

Four Faces West

Four Faces WestFour_Faces_WestAnnée : 1948

Réalisation :

Alfred E. Green

8,5/10  IMDb

— TOP FILMS

Listes :

Limguela top films

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Lim’s favorite westerns

Les 365 westerns à voir avant de tomber de sa selle

Excellent western sans prétentions. Pas de grands moyens, ni de grands effets, mais un ton juste et une moralité à toute épreuve. Un de ces anti-westerns où les coups de feu sont rares (aucun n’est tiré ici et on ne manque jamais de le rappeler, subtilement, dans le film) et où les hommes sortent grandis.

Tout cela, la même année que le Moonrise de Borzage, où un personnage allait de la même manière se laisser convaincre de se rendre, et où la justice, la loi, l’ordre, sont rendus par des hommes justes. Un peu d’espérance, et de naïveté, ça aide à montrer la voie. « Ici est passé Ross McEwan », qu’on peut lire sur la roche. Oui, il était bien le seul.

L’actrice principale, Frances Dee, est formidable, ainsi que Joel McCrea comme d’habitude (ces deux-là seront mariés très longtemps), mais aussi tous les autres acteurs de la distribution. Les fausses pistes sont parfaitement menées comme dans un bon petit film noir (un côté The Narrow Margin au début, lors d’une séquence dans un train) et les partis pris sont sans détour. Larmoyant, naïf, idiot, moralisateur, diront certains. Non, simple et juste.

Un bon petit film de coco si vous voulez mon avis.


Four Faces West, Alfred E. Green 1948 | Enterprise Productions, Harry Sherman Productions


Usage de la psychologie dans les contes à travers l’exemple de La Nuit du chasseur

Le personnage de Robert Mitchum dans La Nuit du chasseur est-il nihiliste ?

Si on considère La Nuit du chasseur comme un conte cauchemardesque et s’il joue donc sur la simplicité à travers des archétypes, à travers une forme assumée de manichéisme (plus encore que de dichotomie), on peut bien sûr y voir du nihilisme chez le personnage de Mitchum, mais est-ce qu’il est opportun de faire de la psychologie dans un conte ? Je n’en suis pas certain. C’est comme se demander si le loup dans le petit chaperon rouge est sadique et éprouve du plaisir dans son travestissement. Ce sont des personnalisations du mal, des ombres malveillantes. Ce n’est qu’un rêve, et derrière lui toutes les interprétations, personnelles, sont possibles. Mais les personnages, eux, n’ont aucune psychologie en dehors du stéréotype qu’ils représentent, et ce serait peut-être une erreur de leur en donner ou de prêter une trop grande attention à cet aspect du film.

Si La Nuit du chasseur est un conte cauchemardesque, c’est aussi un peu une ode à la naïveté de l’enfance. La fin est finalement positive, c’est comme si l’histoire du petit chaperon rouge était inversée, le loup arrivant chez la grand-mère après l’arrivée de la fillette. Du coup, l’histoire se repose naturellement plus sur elle, la grand-mère, sa sagesse, son savoir, son courage très américain, et le faux prophète apparaît alors comme le perturbateur nécessaire pour que la protection de la grand-mère ait un sens. C’est basique, le Bien contre le Mal. On peut renforcer l’histoire en y apportant (ou en cherchant à y voir) des particularités psychologiques, mais elles resteront limitées car personnelles. Plus que du nihilisme, je verrais dans le personnage de Mitchum un motif crapuleux (une idée fixe) et une incarnation du psychopathe, sorte d’ogre moderne (avec un trait psychologique quasiment unique : l’absence d’empathie).

Tout personnage est-il doté d’une psychologie ?

Pour moi, non. Les personnages ne sont pas des êtres vivants, pas des personnes, ils n’ont que la psychologie que les spectateurs leur prêtent. Décrire l’état psychologique d’un personnage, suivre le sillon déjà bien établi d’un archétype, ce n’est pas créer une psychologie. Encore moins pour un conte où les personnages n’ont pas vocation à donner l’illusion du réel. Une histoire dessine et suggère des traits psychologiques principaux, ce sont ensuite à la fois à l’acteur et au spectateur de faire le reste du travail.


La Nuit du chasseur, Charles Laughton 1955 The Night of the Hunter | Paul Gregory Productions, Criterion Collection trailer

Star Wars, le Réveil de la force (2015)

De la piété filiale

Note : 3.5 sur 5.
Star Wars, le Réveil de la force

Titre original : Star Wars: Episode VII – The Force Awakens

Année : 2015

Réalisation : J.J. Abrams

Avec : Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac

J’aimerais pouvoir dire que J.J. Abrams honore son père avec ce réveil de la force, en fait, il y a de ça, oui, par atavisme. Et c’est probablement là le problème. Dans la première trilogie, l’initiale, le thème de la filiation rôde d’abord comme un fantôme dans le film. Dans le merveilleux, Lucas l’avait sans doute compris, il faut commencer dans le brouillard. Et peu à peu, on avance, tout s’éclaircit. Tout se fait par suggestions, si bien que le film qu’on aime, c’est celui qu’on se fait dans sa tête, celui que personne ne viendra trouver pour nous y imposer ses jouets ou ses mèmes entendus près à l’emploi. Le problème, une fois les premières révélations passées (et il faut attendre la fin de L’Empire contre-attaque pour voir la lumière), c’est que tout le reste devient explicatif, au mieux, illustratif. On y perd tout mystère. Forcément.

Si en 1977 on pouvait entrer dans Star Wars en y découvrant un monde nouveau, plein d’appréhension et d’émerveillement, un peu comme quand on débarque dans un nouveau pays, une nouvelle entreprise, un nouveau cercle d’amis, suivant le principe de la franchise (c’est-à-dire quand, après avoir honoré papa, on honore de ces royalties, les fils à papa, les ayants droit, les successeurs, les princes), eh bien, les découvertes y sont désormais beaucoup moins merveilleuses. Pire, pour légitimer une filiation, les princes pourraient être tentés de rappeler à tout bout de champ que s’il faut les aimer ce n’est pas pour eux-mêmes, mais par respect pour ce qu’a été leur père.

C’est ainsi que fonctionne une mythologie, certes ; au point qu’au bout du compte, on ne sait plus par où commence véritablement une histoire. Seulement nous, on la connaît l’histoire. Et encore pour beaucoup, celle-ci a pris place en 77 et tout le reste n’a été que répétition. Voir le fils, chercher une légitimité à travers le rappel filial, ça sonne un peu comme une grossière facilité. Après tout, si l’on est en république, Star Wars a toujours baigné dans la philosophie orientale. Mais si j’ai de la bienveillance pour un Lucas qui achève son cycle pour aller au bout de sa logique (quitte à oublier le merveilleux pour le politique avec ses références historiques un peu appuyées), la magie pour la science, j’en ai a priori moins pour un J.J. Abrams que j’exècre.

J’aime les escrocs. Les bons raconteurs d’histoires sont de bons escrocs. Seulement Abrams a toujours été pour moi un charlatan de seconde zone. Il a berné son monde en s’adressant en priorité aux crédules et aux jeunes cons. L’atavisme est là. Et il est un peu symptomatique d’une société qui voue un culte païen à la jeunesse et qui, en même temps, méprise ces jeunes cons, parce qu’ils finissent par trop ressembler (trop tôt) à ce que sont devenus leurs parents (pas à ce que ces mêmes parents pouvaient ressembler quand leurs propres parents les regardaient en levant les yeux au ciel — c’est clair ?). L’adulte, le responsable, dans cet univers, n’existe plus. Il n’y en a que pour l’amour des vieux. On daigne les respecter parce qu’ils sont déjà tout près de la sortie. Il suffirait de leur ouvrir la porte pour éviter le parricide, et pour les jeunes, censés représenter la populace juvénile qui se rue en masse depuis une certaine année 77, en rejetant leurs parents au salon.

Star Wars, le Réveil de la force (2015 Star Wars Episode VII – The Force Awakens Lucasfilm, Bad Robot, Truenorth Productions (1)

On voudrait nous faire croire que Leïa (et Solo) a pu avoir un gosse à cinquante ans passés. Je veux bien qu’une histoire joue sur le principe de crédulité avec une vraisemblance à géométrie variable selon le spectateur qui s’y soumet. Seulement là, c’est un peu forcé et tiré par les cheveux. Leïa a-t-elle gardé ses macarons ovariens dans la carbonite ? Sa frange royale a-t-elle goûté tardivement à l’âpreté du cheveu blanc ? Les midi-chloriens repoussent-ils l’âge de la ménopause ?… Bref, non, Leïa et Solo ne sont pas les parents de notre nouveau Anakin : dans notre imaginaire, ils sont ses grands-parents. Tout autre chose tiendrait du miracle.

Chez Disney, si l’on ne peut pas honorer le parent, l’adulte, parce que le spectateur moyen donc ado doit pouvoir s’identifier à ce qu’il voit, on honore alors, par atavisme, ces vieilles peaux du passé. Voilà ce qui n’est jamais qu’une autre manière de tuer le père, de dire : « Tu vois, je suis un adulte parce que je peux respecter d’autres adultes, mais pour te prouver que je me rebelle face à ta toute-puissance, c’est vers tes propres parents que je me tourne ». On ne tue pas seulement une génération pour prendre le pouvoir, on la saute. On l’ignore, elle n’existe pas. Même le Général Méchant de service a l’âge du spectateur moyen dans la salle. Pour rien au monde, on ne viendrait voir, et applaudir, magnifier, des personnages qui auraient l’âge des cons qui nous imposent leur loi chaque fois que l’on rentre de l’école. L’atavisme a du bon. Disney le sait bien : les conseils des grands-parents sont toujours les plus avisés, les mieux reçus, et ça se mesure, là encore, en toute fin d’année lors des fêtes où ils sont les rois. Et les petits-enfants, les princes.

Je me garderais bien toutefois de donner un avis définitif sur ce nouvel opus, justement parce qu’il faut probablement le juger à la lumière des deux suivants, et que malgré tout, j’ai envie de lui laisser une chance. Piété filiale ou pas.

Le pop-corn était du rendez-vous, c’est déjà ça. Reste que pour l’instant, je ne suis guère convaincu par l’ensemble et qu’il faudrait un miracle pour que le tout arrive à prendre forme avec plus de consistance. Si tout ce qu’il y a de nouveau dans cette oraison hypocrite à l’égard des gâteux qui nous gâtent une fois l’an peut encore passer, l’hommage en lui-même frise parfois la nécrologie ou la maltraitance sénile. Si les jeunes peuvent être cons, ils restent encore malgré tout le nouvel espoir de demain. Les vieux, eux, ont été et ne seront jamais plus. Être compréhensif envers les jeunes, d’accord. Avec les vieux, beaucoup moins. Un vieux, ça crache son fric, ça rouspète comme dans une vieille comédie du remariage, ça flingue et vomit sur la jeunesse onze mois sur douze, ça donne des leçons de sagesse… mais si, à l’américaine, le vieux tâche de faire de son possible pour montrer encore qu’il peut le faire… qu’il peut le faire… comme les jeunes, non. Ce n’est pas être impoli de le dire. Harrison Ford et Carrie Fisher, si ça me fait bien plaisir de les revoir, comme de vieux amis retrouvés sur copains d’avant, ils sont ridicules, fatigués et ronflants. « Ah, regardez comme ils sont mignons papy et mamy ! Et ils viennent toujours à la maison avec leur énorme clebs ! Je les adore ! »… Moi, pas. Je troque ma piété filiale pour ma grande pitié à l’égard de leurs vieux os rabougris. Un comble : C3PO est plus rutilant et inutile que jamais (mais il paraît que le service aux personnes âgées c’est l’avenir industriel des grandes puissances), il est en tout cas bien plus en forme que nos deux humanoïdes parcheminés. Avec une direction d’acteurs digne des meilleurs escrocs et prestidigitateurs, peut-être s’en seraient-ils mieux tirés. En attendant, on les y croirait raidis et préservés par la carbonite.

Star Wars, le Réveil de la force (2015 Star Wars Episode VII – The Force Awakens Lucasfilm, Bad Robot, Truenorth Productions (2)

Parmi les jeunots, d’ailleurs, si force est de constater que Rey s’en tire très bien, c’est peut-être un peu aussi parce qu’on l’a sortie de l’hypersommeil, elle. S’il semble acquis que le (grand) père honoré, c’est Luke, on remercie J.J. d’ouvrir les possibilités d’une seconde trilogie, préquel là encore, où l’on pourra assister aux chamailleries précodiennes, ou screwballiennes à nouveau, on s’en contentera, entre Luke Skywalker et sa chère et tendre dulcinée, Helen Ripley. Si R(ipl)ey a (ou aurait) hérité du sabre et de la trogne du père, en plus du caractère débrouillard qui comprend tout et mieux que tout le monde du grand-père, elle a surtout hérité de ce qu’il y avait de plus charmant dans le caractère de sa mère (Helen Ripley, donc). Si son père en avait peu et que c’est probablement sa mère qui les lui aurait arrachées, Rey, elle, en a certainement. (Des couilles.) Un personnage féminin qui en a, qui tient le haut de l’affiche, c’est à la mode depuis Helen, mais au moins, on n’honore pas vraiment ici les aïeux (du moins, Helen, tel Anakin dans Un nouvel espoir, reste dans l’ombre, encore, et c’est bien pourquoi ce film-là, en tout cas celui que J.J., ne nous impose pas, est forcément meilleur que le sien). Rey pourrait avoir par exemple une sœur se faisant remarquer dans les Hunger Games… Un troc de carbonite pour de l’hypersommeil, il n’y a pas à dire, cette Reynette-là, elle a de la gueule. Princesse Macaron peut tirer sa révérence.

Je serais moins optimiste avec Monsieur Finaud. Être un no name ne garantit pas l’adhésion immédiate du public. Difficile à dire si quelque chose cloche dès le départ dans le scénario de J.J. Abrams (c’est presque répondre à la question en le présentant comme ça) ou si l’acteur est un peu fade pour ce qu’on lui demande… À croire qu’il y a derrière tout ça un gigantesque complot juif pour se délester du rôle qui leur est échu depuis quelques siècles, celui de têtes de Turc, au profit (si l’on peut dire, mais les mauvaises langues ne manqueront pas de dire que tout n’est toujours question que de profit pour les Juifs) des Noirs qui pourront alors, certes, se plaindre qu’aucun acteur avec un petit côté obscur ne soit jamais nominé aux Oscars… C’est qu’on s’arrange toujours pour ne filer des rôles qu’aux plus mauvais. Notons d’ailleurs qu’il n’est pas plus mauvais qu’un autre, c’est juste qu’il y a ce petit côté détestable à daigner filer des rôles à des colorés uniquement si ceux-là peuvent montrer patte blanche si l’on veut… il leur faut, et ça marche depuis Sidney Poitier, un petit air innocent, docile et gendre idéal, qui légitimerait le fait d’avoir un Noir dans une production, un peu comme pour dire : « Voyez, chers amis blancs, mon nègre ne mord pas ». Et pourquoi qu’ils mordraient pas ? Un Noir Disney capable de chanter son bonheur de ramasser le coton dans les champs, ah, la belle image du bon sauvage… ! On ne voudrait surtout pas présenter un Noir dans un rôle plus trouble. Les acteurs colorés peuvent alors bien se plaindre, la question n’est pas d’avoir des acteurs nominés, mais plus d’avoir des rôles intéressants retomber dans leurs pattes. Un personnage qui se trouve être noir doit être immédiatement sympathique, et il est là le problème. A-t-on jamais vu Bretzel Washington dans autre chose qu’un rôle sympathique, ou lisse ?… Bref, on l’aura compris, si le personnage avait quelque chose, là encore, de bien rafraîchissant face aux vieux croûtons accrochés à leur déambulateur, il ne tient malheureusement pas toutes ses promesses (je dis bien toutes). Les deux partis pris possibles qui sont à peine esquissés ne tiennent jamais la route, par manque de conviction, de précision, de développement, ou simplement parce qu’ils sont contradictoires.

D’abord, en faire un personnage tourmenté, traumatisé par ce qu’il a vécu en tant que soldat, c’est très bien et ça aurait enrichi le côté insupportable des acteurs chocolat au lait (je troquerais bien mon Noir méchant et salaud pour un Noir traumatisé et un peu lâche — oui, ça peut être sympathique, ça marche très bien avec un droïde), sauf qu’après cinquante peaufinages Disney, si la couleur reste pour faire bonne impression, tout le reste est gommé. Le déserteur qui se mue tout à coup en grand dévot à la cause rebelle, on y croit moyen (même pour faire rire). On ne verra plus qu’un acteur jouant, mimant, le traumatisme, comme un ado n’ayant rien vécu encore et qui se trimballerait les résurgences de ses traumatismes comme un hoquet qui ne tardera pas à passer. Ça reste, et ça restera toujours, le défaut majeur de Star Wars d’ailleurs (comme Disney de longue date, mais là c’est plus compréhensif, le public étant a priori plus jeune) : une représentation du « mal » et des « maux » quelque peu grossière, puérile, que certains voudraient rapprocher encore une fois des facilités du mythe. Je pense au contraire que ça affadit incroyablement la perception et les possibilités de devenir ou d’identification des personnages, non plus situés à la bascule entre le bien et le mal, mais dans un flou permanent à la fois indéfinissable et trompeur. La ligne « claire » de la représentation des « maux » chez Lucas comme chez Disney est toujours indolore. Les maux, ça pète comme du pop-corn au visage et ça disparaît. On s’y trancherait des mains, des bras, des oreilles, des langues ou l’on y crèverait des yeux, que ça n’y changerait rien à ce caractère parfois plus miteux que mythologique (avec l’exception du détour tragique de la fin de l’Empire contre-attaque qui vaudrait peut-être à lui seul tout un répertoire anthologique : se faire trancher la main, en apprendre une belle sur ses origines, non, ce n’est pas indolore ; on reviendra pour la remise des médailles).

Star Wars, le Réveil de la force (2015 Star Wars Episode VII – The Force Awakens Lucasfilm, Bad Robot, Truenorth Productions (5)

Ensuite, il semblerait que pas mal de situations comiques aient été mises au crédit de son personnage (Finn). Un Noir, s’il ne sait ni chanter ni danser, on espère au moins le voir nous faire rire… Manque de « peau » (ou peut-être est-ce fait justement pour casser le cliché…), ça fait rarement mouche. Pas mal de recyclage là encore, mais surtout, ni J.J. Abrams ni l’acteur n’arrive à trouver le ton et le rythme juste pour que la sauce prenne. On ne peut certes pas être à la fois le tourmenté et l’amuseur de service. C’est ici, me semble-t-il, un des défauts d’Abrams, à se concentrer sur l’effet du moment plus que sur la cohérence d’ensemble… Ça s’en ressent presque toujours dans sa réalisation forcée, explicative, mais surtout à travers des personnages mal dessinés, et une certaine faiblesse à se saisir de l’occasion pour sortir et dire un truc cool. Et peu importe si ça correspond au personnage ou non. Han Solo en fait aussi les frais quand tout à coup Indiana Jones se matérialise grâce sans doute au Saint-Esprit de John Woo, et qu’on le voit décocher une balle vers un type qu’il ne regarde même pas — « tu fais partie de la famille maintenant Han, et la Force a toujours été forte dans la famille ». On appelle ça de la couérence. Il suffit de le vouloir pour le croire.

Chewbacca, ensuite, souffre du syndrome Boba Fett (pas à la même échelle toutefois) quand on tient à « approfondir » son rôle de plante verte hurlante avec une séquence finale toute en œillades libidineuses qui feraient presque penser que cet animal-là pourrait être beaucoup plus que la simple bête désintéressée et innocente qu’on traîne dans sa chambre à coucher avec madame : parce que dans ce regard, on y voit presque celui du vieux tordu qui nous prend sur le fait en train de nous tripoter la branche en nous disant qu’il n’y aurait pas à avoir honte si l’on partageait un petit moment ensemble… Vicieux, cet animal-là. On l’appellera bientôt « gorge profonde » pour autre chose que ses hurlements. D’autant plus que la fille rapportant le sabre phallique de son père, ça devait suffire au petit côté dégoûtant de la chose. Preuve qu’il ne suffit pas de vouloir copier son voisin, et avoir appris dans les méthodes d’écriture qu’à la fin, qu’importe le reste, il faut que le chien soit sauf.

Dans ces détours larmoyants, il y a tout de même bien pire : une sauce suave et collante qui montre à quel point J.J. Abrams manque de goût et d’à-propos. On le remarque dans ce finale, mais avant ça déjà par exemple lors de la confrontation du père et du fils Solo. Quand on tient à faire dans l’oraison filiale, il arrive qu’on s’y vautre complètement et qu’on prenne le risque que le fils n’arrive jamais à la hauteur du père (ou du grand-père). Si la confrontation Vador-Luke répondait à celle de Vador-Obi wan, on a là tout à coup l’impression de voir Han Solo faire le récit d’une histoire que C3PO aurait mieux raconté que lui, et de se la raconter, lui qui a toujours préféré rester en dehors de tout ça, un peu comme un idiot surenchérissant une bonne blague d’un pote par une autre blague. La révélation, c’est comme la vanne, ça marche par l’effet de surprise, s’il y a de l’écho, que l’effet recherché soit l’humour ou le pathos, aucune chance que ça réussisse. Et il y a beaucoup d’écho qui sonne creux dans cette scène. Han Solo, comme le nom l’identique, c’est un solitaire, un vaurien ; selon moi, il a été inspiré par le personnage de Clint Eastwood, un peu dans les Leone, mais surtout dans Sierra Torride : est-ce qu’on imagine et accepterait de voir Blondin jouer les grands-pères ? Quand les cow-boys dans les westerns disent vouloir se faire du fric pour se retirer dans une ferme, on les y retrouve jamais — ce sont des Achille. Je veux bien que dans une mythologie, les rôles et les personnages puissent évoluer, mais voir Han Solo s’avancer sur la passerelle et obéir à sa princesse pour retourner son fils et le convaincre d’arrêter la drogue et les mauvaises fréquentations, je veux bien encore que ça passe mieux quand c’est grand-père qui parle plutôt que papa, mais désolé, ça ne marche pas une seconde. Solo, c’est celui qui dit non. Manque de clairvoyance le Abrams. Parce que si la scène était à faire (pourquoi pas après tout), il aurait fallu installer un peu de conflits dans tout ça : Solo pas d’accord avec Leïa, puis les circonstances l’auraient poussé à rencontrer son fils, et là, oui, il change d’avis et essaye de faire ce que lui a demandé la princesse… Et ça lui sera fatal. Pour une fois qu’il obéit, il se fait charcuter. La politique et l’éducation des enfants (c’est la même chose), ce n’est pas pour les vauriens solitaires. Là, ça aurait été tragique. Et au contraire, on se retrouve avec une scène affreusement larmoyante, faussement conflictuelle parce qu’on pousse sur le pathos mielleux plus que sur l’opposition réelle. On est bien chez Disney : il faut que la violence soit indolore. Parce que si Abrams se devait de ne pas s’écarter du modèle, c’est bien ici : précédemment, Vador, se retrouve face à Obi Wan qui l’attendait au tournant, puis venait lui à l’encontre de Luke. Un jeu de chat et de souris. Qu’a-t-on ici, sinon un père (ou un grand-père) qui jette un œil sur les manières de son fils et qui lui demande s’il compte aller habillé comme ça à l’école. « Hé ! J’ai un mot à te dire ! » Sérieusement ? Et les mômes dans la salle sont prêts à accepter ça ? C’est censé être son grand-père ou pas ? On peut très bien s’imaginer Han Solo en grand-père (même si l’idée n’est pas très séduisante), mais alors on ne lui demanderait pas autre chose qu’être un vieux chnoque un peu réac », et cool, parce que « il est en dehors de tout ça ». En se présentant sur la rampe, Solo finissait d’être un outsider et ressemblait tout à coup à monsieur tout le monde. Qu’on apprécie ou pas l’acteur jouant son fils, le problème majeur à mon avis commence là.

Kylo Ren, parlons-en. Je serais moins sévère que certains. Après tout, on acceptait à l’origine la bêtise puérile de Luke parce qu’il y avait le reste, et une logique. Si la logique est, semble-t-il, d’en faire un jeune con bien de notre époque, l’idée serait plutôt séduisante (s’il met un masque, c’est parce qu’il a ses écouteurs intégrés), sauf que ce qu’en fait Abrams ne va pas bien loin. S’il voulait un exemple d’insolence, de puérilité et d’impulsivité, je pouvais me porter candidat pour lui expliquer vers où aller. Là, monsieur ronchonne et s’enferme dans les toilettes pour y refaire la peinture… Qu’est-ce que c’est subversif, dis donc !… Sans doute pour Disney oui. Un jeune qui vocifère et fait caca par terre, ça doit être le summum de l’insolence. On a donc manqué l’occasion d’avoir un vrai fils de pute en action : quand il n’est pas content, il se trimballe dans les couloirs et il zigouille les stormtroopers qui se trouvent sur son passage… Il ne craint rien, son patron voudrait le voir probablement filer ainsi du côté obscur de la force, et bien. Seulement non, Disney et Star Wars ce n’est pas les Affranchis. C’est con, ça aurait été splendide. On attend toujours que ça tourne un peu rock and roll et le plus rocailleux qu’on puisse y trouver c’est le banjo fatigué d’un vieux contrebandier et deux notes d’un jazz fiévreux comme une culotte de grand-mère dans une cantina bis. Piété filiale toujours : les grands-parents se trémoussaient comme des sauvages à leur époque, mais quand vient le temps des plaids et des charentaises, on fait la leçon aux jeunes et on leur fait croire qu’avant tout était beaucoup plus strict et respectueux… Disney parade. Et les jeunes tombent dans le panneau. Il n’y a pas plus conservateur qu’un jeune qui veut faire bonne impression à ses grands-parents pour mériter les cadeaux de sa communion.

Petits cons.

Mais bon… le jeune a une excuse. Il est jeune. Ce qui est beaucoup moins acceptable, c’est d’avoir fait de Han Solo une lavette sénile.

Dans le petit jeu des incohérences maintenant, Abrams a fait fort. Quelques exemples. Luke Skywalker ne peut plus former ses Jedis et s’en va bouder dans un coin ; tous les méchants veulent le retrouver (comme les gentils), au fond, pourquoi ? On ne sait pas. C’est qu’il doit être follement important et doit être capable à lui seul de contrecarrer les plans du Premier Ordre ?! Parce qu’en son temps, Yoda et Obi Wan avaient vu également l’Empire à leurs trousses ?… Bon, admettons. Mais alors là où ça devient encore moins crédible, c’est que le Luke, il boude, mais pour que ses amis puissent le retrouver, il crée un jeu de piste follement compliqué pour le retrouver (pourquoi faire d’ailleurs, vu que ça ne change rien à l’affaire… « Ayé ! Prems, on l’a trouvé ! »). Et là, attention, on retrouve le Luke fute-fute qu’on adore : il remet une partie de la carte… à sa sœur (qui elle-même la refilera à son meilleur pilote) et l’autre… à son fidèle droïde. On peut se refiler le tableau de la fin magnifique de l’Empire contre-attaque, et pour retrouver sa trace, il suffirait en quelque sorte de suivre ceux qui lui sont le plus proches. Hé, je n’ai rien contre l’autoplagiat, encore faudrait-il arriver à rester à la hauteur de ce qu’on copie. C’est digne d’un scénario de Spy Kids ou d’un épisode de Lost

Je reviens aussi deux secondes sur une des incohérences les plus évidentes du film (à moins que les films suivants nous éclairent un peu plus…). Le fait que Rey puisse aussi rapidement maîtriser la Force. Une manière pratique et séduisante à l’affaire, ça aurait été de la montrer dès le début en capacité à user de la Force sans savoir bien ce que c’était et à l’abri des regards indiscrets. Les adolescents, habitués à se tripoter honteusement sans comprendre forcément ce qui se passe dans leur corps, auraient pu apprécier. Et la première scène du pillage aurait été un terrain idéal pour introduire cette idée. Puis, une fois qu’elle se serait retrouvée avec son grand courageux pas très finaud, elle serait poussée à utiliser ses talents honteux et passerait un bout de temps à nier l’évidence. On aurait eu un joli mélange de Solo et de Luke, le premier présentant une certaine incrédulité face à cette magie, l’autre, une capacité forcément naturelle pour elle… « Hé, mais tu fais ça comment ? » « Je sais pas, ça vient tout seul… » « Tu as la Force ! » « La quoi ? »

Star Wars, le Réveil de la force (2015 Star Wars Episode VII – The Force Awakens Lucasfilm, Bad Robot, Truenorth Productions (4)

Parmi les autres aspects qui me chagrinent pas mal dans le film, ce sont ces liens incessants, parentaux (j’y reviens). Encore et encore, c’est le principe des mythologies, d’accord. Sauf que multiplier les couches comme dans un glossaire évangélique, c’est craindre qu’un jour tout ça finisse par de la consanguinité, ou pire, un inceste même pas réalisé par ceux chargés d’inventer les nouvelles histoires… Une galaxie aussi vaste et pourtant, au bout de trois trilogies on ne va que reparler sans cesse de la même famille ?… À un moment, j’étais comme perdu, à ne plus savoir qui était le fils de qui, et tout d’un coup j’ai compris que, probablement (en tout cas, comme ça nous l’est suggéré), Kylo Ren et Rey étaient cousins. La belle affaire, on me dira, et c’est sans doute pour ça qu’on a évité un ridicule « Rey, je suis ton cousin » lors de la séquence d’interrogatoire. Reste que dans ce simple rapport familial, tout est dit : Abrams en cherchant à honorer le père (ou le grand-père) joue des mêmes effets, mais se contente, comme évoquer plus haut, d’être le niais qui dans un dîner rit aux blagues suspectes et en rajoute toujours une couche pour prouver qu’il a compris la blague… Il fait pareil, en pire. Le nœud de l’affaire, c’est que Ren et Rey sont cousins. Hum, et alors ?


« Rey, je suis ton cousin…

— Hum… ?

— Ben oui regarde, tu es la fille de Luke Skywalker…

— Deux secondes, rien n’est encore sûr…

— OK, OK, bon après, Luke et Leïa sont…

— Amants ?

— Non ! concentre-toi ! J’essaie de te former…

— Je n’ai pas besoin d’être formé, je connais bien plus de choses que toi !

— Ah oui ? comme quoi ?

— … comme, la Force. Qu’est-ce que tu y connais à la… ? Attend-tan-tan, qu’est-ce que tu disais sur Leïa et Luke ?!

— Ils sont jumeaux ! Frère et sœur.

— Pas possible ! T’en es sûr ?

— Mais oui, c’est ce que j’essaie de t’apprendre…

— Tout ça me paraît bien obscur, si tu veux savoir…

— Arrête, c’est super facile.

— Lumineux presque… Donc attends, s’ils sont jumeaux, et si Han Solo est ton père, et si Leïa est ta mère… et si mon père (supposé) est Luke Skywalker… ça veut dire… que nous sommes… attends il doit y avoir un nom pour ça…

— Cousins ! C’est ce que j’essaie de te faire comprendre depuis tout à l’heure, idiote !

— Oh. OK. Et donc on est cousins. Et alors ?

— Bah rien. On est juste cousins, je dis ça comme ça.

— OK. Bon, tu te charges de me couper le bras ou tu préfères que je coupe le tien ?

— C’est moi qui suis censé être le méchant garçon…

— Oui d’accord, mais ça mériterait un petit changement. Et tu vas tuer ton propre père alors…

— Attends, quoi ? Comment tu sais ça ?

— Eh bien, c’est l’avantage d’être du côté clair de la Force. On peut prédire l’avenir, même si l’avenir, toujours est en mouvement. Donc, ce serait plutôt à mon tour de te faire quelque chose de vraiment méchant.

— Ah, non mais ça, ça m’appartient. Je dois vraiment être très très méchant. Laisse-moi te couper le bras.

— Je sais pas, c’est un symbole phallique tout de même. Je ne pense pas que ça ait le même effet avec une fille. D’ailleurs, c’est ton propre grand-père qui a coupé le bras de mon père.

— C’était ton grand-père aussi..

— Pas possible !… Attend-tant-tan. T’as raison, j’ai un peu de mal à m’y retrouver là.

— La confusion est un bon moyen pour passer du côté obscur ! Allez, rejoins-moi, et ensemble nous dirigerons la galaxie comme… cousin et cousine !

— Houla, ça sonne vraiment faux cette histoire… Quand tu dis “ensemble”, tu veux dire que… enfin, tu sais bien, tu voudrais qu’on soit plus que cousins ?

— Nan, mais tu rigoles !

— Ah ! J’avais peur.

— Attend-tan-tan ! En voilà une idée ! Bientôt parricide pour me plonger un peu plus du côté obscur et maintenant…

— L’inceste ?! Mais pas question !

— Oui, mais un petit inceste, c’est pas pareil entre cousins !

— Mais tu rigoles ! Et puis d’ailleurs, j’entame juste une relation avec quelqu’un et je crois que c’est du sérieux.

— Mais tu sais pas que c’est impossible si tu veux devenir un jedi ?

— Non ! Et moi qui pensais que le problème majeur c’était que c’était un no name, et peut-être un peu aussi parce qu’il est noir, enfin je veux dire afro-kaminoïen.

— Il est black ? Wow, tu vas vraiment avoir des gros problèmes pour gérer le côté clair de la force. Je te préviens, le côté obscur est bien plus facile. Aucune discrimination, pas de règles. Tous les chats sont gris la nuit.

— Attend-tan-tan, qu’est-ce que tu racontes ?

— La nuit, tous les chats… Laisse tomber. On peut vraiment dire que t’es la fille de ton père, idiote.

— Et t’es sacrément… arrogant dans ton genre, cousin ! »

Sur ce dans Star Wars VIII, un autre personnage commence à voir clair, il était temps…

Princesse Leïa : « Attend-tan-tan !?! Je suis la fille de Dark Vador ?! Je n’avais jamais réalisé ! Eh bien, la galaxie est si vaste et pourtant, on est tout près du risque de se marier entre frère et sœur… Chewee ?! Tu sais que j’ai toujours trouvé que tu avais le poil soyeux ? »

Kylo Ren : « Oh, maman, c’est dégoûtant ! Allez, viens, rejoins-moi du côté obscur ! »


On n’a pas fini de lever les yeux au ciel. Mais c’est aussi là qu’on y trouve de l’espoir.

Star Wars, le Réveil de la force (2015 Star Wars Episode VII – The Force Awakens Lucasfilm, Bad Robot, Truenorth Productions (3)

Star Wars, le Réveil de la force 2015 Star Wars Episode VII – The Force Awakens | Lucasfilm, Bad Robot, Truenorth Productions



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