Cinq Cartes à abattre, Henry Hathaway (1968)

Tagada Christie

Cinq Cartes à abattre

Note : 4 sur 5.

Titre original : 5 Card Stud

Année : 1968

Réalisation : Henry Hathaway

Avec : Dean Martin, Robert Mitchum, Inger Stevens, Roddy McDowall, Yaphet Kotto

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Plus qu’un western lorgnant le film noir, Cinq Cartes à abattre est un whodunit western. Inutile de venir y chercher du suspense : on plante sa pipe dans le bec, on lève les yeux au ciel et on se laisse envoûter par la fumée en faisant semblant de réfléchir… Tout le contraire du suspense en somme. Le film est aussi tendu qu’un vieux slip de grand-mère, et l’ambition est ailleurs. On ne trouve par ailleurs aucun des codes du film noir. Un whodunit en revanche, c’est un canevas cérébral, un jeu de l’oie tout pépère ou un jeu de mots croisés (crosswroads). L’identité du coupable intéresse beaucoup moins que le parcours, un peu comme si on tirait sur le nœud coulant du mort et voyait avec surprise ce qui en ressortait… De l’imprévu, des petites surprises bariolant la trame narrative : tout le contraire du suspense.

Suspense et mystère (les deux moteurs du récit pour deux cylindrées que tout oppose) jouent sur l’appréhension. C’est là que notre belle langue montre sa sublime subtilité. D’un même terme (l’appréhension), ces deux principes narratifs en tirent deux définitions différentes. Le suspense joue avec « l’appréhension » du public, il est question de la crainte de ce qui pourrait arriver ; on est dans l’anticipation et l’inquiétude qui l’accompagne. Quant au mystère, s’il joue avec « l’appréhension » du public, il s’agit de « compréhension », de la faculté de chacun à saisir des vérités cachées ; on est dans la déduction, la réflexion. Avec Sherlock Holmes, on déduit, on renifle les traces du passé, et on cherche à comprendre avec lui ; avec le personnage de Vera Miles dans Psychose, on anticipe, on flaire les prémices du crime à venir, et on cherche à s’échapper avec elle.

Dans Cinq Cartes à abattre, le récit est donc clairement basé sur le mystère, la compréhension, le jeu de piste : à la croisée des chemins entre Les Dix Petits Nègres et le slasher movie. Il est même amusant d’y retrouver Yaphet Kotto qui tournera dix ans plus tard dans un autre film faisant le lien entre Agathie Christie et les slashers des années 80 : Alien. Le principe de l’élimination méthodique des pistes (ou le jeu carrément de massacre) est le même. Comme aux échecs : une pièce après l’autre. On pourrait même s’amuser à noter l’étrange similitude de certaines morts : celle d’un de la bande de lyncheurs sera filmée à l’identique par Ridley Scott pour la mort d’Harry Dean Stanton dans le même Alien.

Cette scène préfigure un des codes de mise en scène du slasher (ici sans le chat d’Alien). La scène s’éternise sur un personnage sans raison apparente, la caméra se positionne légèrement en retrait derrière la future victime pour suggérer la présence de l’assassin, et pour le coup, on est à l’échelle de la scène, pleinement dans le suspense. Tout indique qu’il va se faire buter : si on reste là c’est qu’il va se passer quelque chose, et comme le destin d’un second rôle, c’est de se faire buter…, on le bute. Alors quand je lis que la mise en scène de Henry Hathaway est médiocre… On est dans la suggestion et l’économie de moyens. Hathaway sait que le spectateur connaît les principes du champ contrechamp, et qu’en fonction de la place de la caméra et de la composition du plan, n’importe quel spectateur peut détecter la présence d’un autre personnage hors-champ. Il suffit d’utiliser les mêmes codes : si la future victime n’a aucune idée qu’il y a là un autre personnage, nous le savons grâce au découpage et à l’attente annonçant sa mort. Non pas parce que « bof, c’était prévisible, il est nul cet Hathaway », mais parce que c’est Hathaway qui nous donne toutes les clés ici non plus pour comprendre, on est à l’échelle de la scène plus dans le mystère, mais pour avoir peur. Au lieu d’avoir une intensité qui court tout au long d’une histoire, elle ne se joue que sur quelques secondes. Du suspense de circonstance en quelque sorte.

Cinq Cartes à abattre, Henry Hathaway 1968 5 Card Stud Hal Wallis Productions, Paramount Pictures Corporation, Wallis-Hazen (2)

Cinq Cartes à abattre, Henry Hathaway 1968 5 Card Stud | Hal Wallis Productions, Paramount Pictures Corporation, Wallis-Hazen

« Western en plaid et charentaises. Le verbe y est plus important que le nerf. On y fait référence plus à Poirot qu’à Hercule. »

Si les codes du film noir (femme fatale, flashback, antihéros, jeux d’ombres, etc.) sont inexistants ici, les codes du whodunit et du slasher eux sont bien présents :

— La mise en scène des morts : puisque chaque mort a un sens pour le meurtrier, il doit laisser une signature, identifiable à travers une mise en scène. Autrement dit, après avoir tué, il place le corps d’une manière particulière pour qu’on puisse y lire une signification (et le jeu quand on reproduit sans cesse le même code, c’est la créativité dans un principe très strict, ce qui pousse très tôt — et déjà ici — au grotesque, voire au Grand-Guignol). C’est un code que le slasher partage avec le film de serial killers. Un tueur de slasher cherche surtout à venger et à se mettre à la place de « Dieu » pour réparer ses erreurs ou agir en son nom (comme c’est très clairement exprimé ici avec le personnage de Mitchum), tandis qu’un serial killer reproduit de manière impulsive des meurtres sophistiqués avec des victimes n’ayant aucun lien autre que celui que le meurtrier voudra bien leur donner (les prostituées pour Jack l’éventreur).

— Un mode opératoire unique (à quoi peut répondre ironiquement et symboliquement une ritournelle comme dans M le maudit et comme ici avec Maurice Jarre). Le meurtrier utilise la strangulation. Un mode opératoire censé donner du sens à ces meurtres comme pour éveiller l’intelligence du spectateur chargé, comme les acteurs de ce jeu macabre, de trouver le coupable (ou de faire semblant comme on fait semblant de croire qu’on peut gagner face à un illusionniste). Non seulement la strangulation rappelle la manière dont a été tué le tricheur de cartes (pendu), mais ça permet également de brouiller les cartes au cours du récit puisque celles qui n’utilisent pas d’armes — ou des rasoirs… — se révèlent être innocentes (tout est fait pour, en temps voulu, au moins, suggérer leur culpabilité), et c’est celui qui joue de la gâchette qui se révélera être le coupable…

— Le motif des crimes est presque toujours une vengeance, cherchant à réparer une justice (des hommes ou divine) défaillante. (À noter que seul le spectateur dispose à la fin de cette information, car le tueur a tué l’unique personnage qui avait su le comprendre.)

— Les fausses pistes (par définition, on ne trouve pas de fausses pistes dans le film à suspense, puisque la tension naît de l’appréhension de ce qu’on sait déjà ou devine). On reproduit en fait le jeu des illusionnistes : on sait qu’on est en train de se faire avoir, ce serait un peu idiot de chercher à rentrer dans le jeu et prétendre trouver qui est le coupable. Il n’y a rien de cérébral, il faut se laisser enfiler la corde autour du cou jusqu’à être obligé de supplier pour qu’on arrête de tirer. (Est-ce qu’il y a vraiment des lecteurs d’Agatha Christie qui prétendent prendre du plaisir à la lire en étant convaincu d’avoir été plus fort qu’elle et d’avoir résolu l’énigme avant tout le monde ?… J’ai toujours trouvé ridicule les lecteurs venant se vanter d’avoir découvert le coupable avant tout le monde et prétendre que, pff, c’était un peu prévisible. L’intérêt est ailleurs. Comme dans Columbo ou le Mentaliste par exemple.)

— Même principe ou presque avec le jeu des stéréotypes : prendre des acteurs bien connus, les mettre dans leur rôle habituel, et en faire glisser tout à fait certains à l’opposé quand les autres joueront en permanence entre les lignes, multipliant les fausses pistes sur la nature respectée ou non de leur personnage connu. Retrouver Roddy McDowall dans un western, ça met déjà la puce à l’oreille, parce que, dans un western traditionnel, personne n’imaginerait le voir dans un rôle de gardien de troupeau. Encore moins dans un personnage antipathique (à la Henry Fonda dans Il était une fois dans l’Ouest). Quant au personnage de Mitchum, la référence à son personnage de La Nuit du Chasseur est évidente, ce n’est pas une simple référence polie, c’est pour jouer avec ce qu’on sait du personnage ; tandis que figé après d’innombrables liftings, celui de Dean Martin reste invariablement droit, charmeur et… sobre.

Une des grandes réussites du film par ailleurs, c’est son humour. En soi, un slasher, un whodunit ou tout autre film jouant sur le principe de mise à mort de chacun des personnages par un autre qui se cache parmi eux, puisque tous ces genres jouent avec les codes, sont des films pleins d’ironie. Souvent dans l’histoire d’ailleurs, certains genres ont eu leur âge d’or, et à leur crépuscule, les codes étaient tellement connus du spectateur qu’il devenait inévitable de jouer sur l’ironie (le film sait que le spectateur connaît les codes et le spectateur sait que le film sait qu’il connaît ces codes… — ce qui a provoqué dès la fin des années 90 par exemple une surenchère dans les twists jusqu’à l’absurde). On est ici à l’agonie du western hollywoodien et le western spaghetti prolongeait à cette époque le genre grâce à cette ironie et au retournement des codes. Pour prendre un autre exemple, à la fin de la grande époque des films d’horreur (ironiquement très sérieux en Italie dans les années 70-80 avec le giallo) le genre retrouve un second souffle par l’intermédiaire du sous-genre qu’est le slasher inventant avec Wes Craven le slasher burlesque avec une série de films jouant là encore avec les codes…

À première vue, l’alliance entre l’humour et le western ne fait pas franchement envie. Pourtant, on est loin de Mon nom est Personne ou du Shérif est en prison, et on n’est pas tout à fait dans du Sergio Leone (dans la forme en tout cas). En fait, dans cette désinvolture face à la mort, dans cet usage du contre-pied permanent, de mise en suspens de l’action pour la « réflexion » (la repartie), on peut y reconnaître quelque chose de Tarantino. Un cinéma qui ne se prend pas au sérieux et qui pendant qu’il fait du cinéma sait qu’il fait du cinéma… Au point qu’une scène peut tout à coup s’éterniser pour permettre à des répliques bien trouvées de fuser. Certaines phrases sont inutiles d’un point de vue dramatique, mais elles permettent de caractériser les personnages, de jouer là encore avec le stéréotype qu’ils représentent (« si je suis encore vivant ce soir, je viendrai m’asseoir à cette table et je jouerais aux cartes » à quoi répond la patronne : « tu as raison, un homme respectable se doit de travailler »), ou de se moquer du genre (« ça alors ! je suis arrivé ici en sachant peu de choses, et j’en ressors en en sachant encore moins ! »). Rien n’est pris au sérieux et ça papote souvent dans le seul but de s’envoyer des absurdités délivrées dans la plus grande solennité (le côté sentencieux des discours de beaucoup de personnages de Tarantino).

Cinq Cartes à abattre, Henry Hathaway 1968 5 Card Stud Hal Wallis Productions, Paramount Pictures Corporation, Wallis-Hazen (3)Cinq Cartes à abattre, Henry Hathaway 1968 5 Card Stud Hal Wallis Productions, Paramount Pictures Corporation, Wallis-Hazen (4)

Rappelons qu’on est l’année d’Il était une fois dans l’Ouest, mais niveau répliques ça envoie également du lourd :

— Quand te décideras-tu à te fixer ?

— Ceux qui se fixent n’ont nulle part où aller…

— Pourquoi vous battez-vous ?

— Il faut une raison pour se battre ?

— Oui, j’en ai une : je ne t’aime pas.

— Dis-moi adieu.

— Très bien… (Il l’embrasse)

— Il était vraiment minable ce baiser !

— Un seul genre de personne me déplaît : les inconnus…

— Quelqu’un vous a élu ?

— Dieu. Et Monsieur Colt fait élire beaucoup de monde.

— Il en élimine tout autant. Laissez Dieu faire son travail.

— Je le remplace jusqu’à ce qu’il arrive en ville…

— On lui a offert une nouvelle cravate. Sauf qu’elle était en fil barbelé et qu’on a serré trop fort.

— Un homme peut bien se conduire en parfait idiot de temps à autre. Ça prouve qu’il est encore en vie.

(Chez la « barbière » :) « Rasage 1 $. Divers 20 $. »

Bref, tout est comme ça. Un bonheur pour mes oreilles de vieux canasson.

L’idée du décalage ne vaut pas seulement pour le genre, ça marche aussi avec le jeu de cartes. On passe du jeu de cartes au jeu de massacre, mais on sent bien que tout est fait pour multiplier les références : ceux qui cachent leur jeu, ceux qui bluffent, ceux qui jouent un double jeu, ceux qui se couchent, ceux qui abattent leurs cartes, etc. Tout est jeu, mais un amusement légèrement cérébral comme peut l’être une partie de cartes ou une histoire drôle. Rien de grossier, ce sont les astuces qui remplissent le film qui servent à amuser le spectateur parce qu’il est censé connaître les codes du western et du whodunit, et donc se laisser manipuler tout en sachant qu’il n’en sortira pas vainqueur (encore une fois il n’y a que les abrutis qui croient pouvoir gagner au bonneteau en suivant parfaitement les gobelets des yeux — et en y jouant tout court ; la finalité, ce n’est pas le gain, mais bien le jeu).

Contrairement à ce que j’ai pu lire ici ou là, la mise en scène est excellente. On reste dans un type de mise en scène classique, on ne va pas demander à Henry Hathaway de faire autre chose. Seulement encore faut-il reconnaître la valeur et l’excellence du classicisme. Si Leone met en avant sa caméra, ça participe au plaisir des yeux, seulement un metteur en scène qui est capable de se mettre en retrait pour mettre l’accent sur les acteurs, la situation et les mots, c’est tout aussi précieux (et rare). Il y a par exemple dans la direction d’acteurs un savoir-faire qui n’est pas donné à tout le monde : quand deux acteurs se font face et se dévorent des yeux sans qu’une ligne de leur texte indique qu’ils doivent à cet instant précis flirter, c’est que le metteur en scène leur demande (les acteurs sont flemmards, et comme tout le monde, pudiques, donc ils n’auront pas l’idée, ensemble, de flirter ainsi). Comprendre un texte, savoir déceler en quelques échanges ce qui se joue précisément dans la situation, ce qu’on peut y apporter de plus pour souligner ou au contraire enlever, c’est un art très délicat. Bouger des caméras et choisir des angles ou des focales, c’est certes compliqué mais c’est un art bien moins subtil que celui d’imaginer le sous-texte et le mettre en œuvre, ou de trouver le ton juste, l’atmosphère juste, l’intensité juste, le rythme juste… Sans compter qu’on peut souvent truquer au montage quand on a foiré des idées de plan. Alors qu’une scène qu’on a mal comprise et donc mal dirigée, c’est foiré pour de bon au montage.

5 Card Stud



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Le Plongeon (The Swimmer), Frank Perry, Sydney Pollack (1968)

Le Plongeon

Note : 5 sur 5.

Titre original : The Swimmer

Année : 1968

Réalisation : Frank Perry, Sydney Pollack

Avec : Burt Lancaster

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Réponse à Renaud/Morrinson (Je m’attarde) concernant l’interprétation du film :

Je pense que toutes les interprétations sont possibles, c’est l’intérêt de la chose presque. Je ne me rappelle d’aucune idylle par exemple (sauf avec la blonde baby-sitter — qui n’apparaît pas dans la nouvelle, je crois), et je doute que tout cela ne soit qu’un rêve. Je n’ai pas non plus pensé à un récit passé > présent. Pour moi, il s’agit bien d’une journée complète, on ne sait pas d’où il sort, et ce passé auquel il court, ou plonge, il le retrouve à travers ses rencontres, mais bien au présent, après sans doute un traumatisme ou quelque chose de ce genre. Je l’ai vu comme un type qui après une séparation ou une tragédie personnelle, après un séjour à l’asile, serait peut-être sorti, aurait perdu la mémoire, et se repointerait chez lui comme si de rien n’était en ayant oublié les dix dernières années de sa vie, et en devant alors faire face aux réactions médusées des gens qui l’ont connu.

Ça me semble évident, mais c’est peut-être parce qu’il m’est déjà arrivé de rêver ça : me retrouver là où j’avais vécu gosse, comme un point zéro marquant, avec tes habitudes, où tu voudrais bien revenir, mais où tu sais que tu ne pourras jamais.

Il y a un petit côté Alzheimer chez lui et, dans mon interprétation, c’était bien quelque chose de pathologique, une amnésie, liée très probablement à un traumatisme, une dépression, etc. Ensuite, ce n’est qu’une interprétation ; encore une fois, l’intérêt du film, c’est que rien n’est explicité et que chacun peut se créer sa sauce interprétative. Si quelqu’un explique le film en ayant tout compris et en imposant une seule version possible (je ne me rappelle plus très bien de ce que dit Thoret, mais c’est probable qu’il ait envie une nouvelle fois d’expliquer, trouver des symboles vaseux, etc.), ça n’a plus d’intérêt. Ça fait partie de ces histoires, presque mythologiques, qui deviennent universelles en en disant assez sur la vie et le monde tout en gardant une part de mystère. Il est normal alors que ça ne touche pas forcément certains spectateurs puisque c’est comme une boîte vide : si on n’y amène rien, si ce qu’on y voit ne nous inspire rien, ça sonnera… vide. Mais si on s’y laisse entraîner, si on commence à y venir avec ses propres bagages émotionnels, son histoire, ses peurs, ses obsessions, et qu’on y trouve toujours un écho dans le film, la boîte vide s’est remplie, et chacun aura une boîte différente. C’est le génie de l’art, capable de s’adresser à tout le monde, parfois, tout en s’adressant spécifiquement à chacun, comme un effet de miroir. Il suffit que l’angle donné ne soit pas le bon et on ne s’y reconnaît pas.

Thoret s’y est sans doute très bien vu et vu son imagination, sa capacité à voir des symboles, des références ou des révolutions partout (ou des intentions — surtout là où on peut difficilement parler d’auteur), c’est compréhensible qu’il adore le film et le mette au même rang que Le Lauréat. Il n’aurait pas tout à fait tort d’ailleurs. Quelle que soit l’interprétation que lui en fait, on ne peut pas nier que les deux films ont une approche “européenne” du cinéma (influencé par Blow up, je crois surtout). C’est-à-dire que tout à coup, les histoires n’avaient plus peur d’exposer l’ombre des choses, les mystères, l’incompréhensible, ou pour revenir à Antonioni, l’incommunicabilité. Toutes les années 70 seront sur ce même ton jusqu’à ce que Spielberg et Lucas y mettent un terme.

J’apprécie souvent ce genre d’histoires a priori absurdes qui refusent toute explication, sorte de machin existentialiste qui ne ressemble à rien, parce que ça me semble être un regard à la fois particulièrement déformé et pourtant si vrai de la réalité (Shakespeare ne disait pas autre chose, par exemple, déjà, tout comme Calderón avec La vie est un songe ou Cervantès à la même époque). Et ça, au XXᵉ siècle, ça a été pas mal transmis en France en tout cas par le théâtre de l’absurde. En attendant Godot, c’est tout aussi bizarre, existentiel et sans explications possibles. Pour reprendre le titre d’un machin de Peter Brook : tu as un espace vide, et c’est à celui qui regarde de le remplir, grâce aux suggestions de la scène ou de l’écran.


Le Plongeon (The Swimmer), Frank Perry, Sydney Pollack 1968 | Columbia Pictures, Horizon Pictures


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Kill, la forteresse des samouraïs, Kihachi Okamoto (1968)

Je suis yakuza !

Kill, la forteresse des samouraïs

Note : 4.5 sur 5.

Titre original : Kiru

Année : 1968

Réalisation : Kihachi Okamoto

Avec : Tatsuya Nakadai, Etsushi Takahashi, Yuriko Hoshi, Tadao Nakamaru, Akira Kubo, Shigeru Kôyama

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Plus encore qu’avec Sergio Leone, c’est avec la comédie italienne qu’on peut faire le lien, et avec les pièces historiques de William Shakespeare. J’ai même cru voir le visage de Vittorio Gassman un instant dans une mimique ahurie de Tatsuya Nakadai. Et c’est vrai qu’on navigue sans cesse dans ce second degré, ce double jeu, si commun aux comédies italiennes. Le personnage de Tatsuya Nakadai manipule les puissants comme autrefois Brighella ou Scapin. Toujours faux-cul, à un tel point dans l’excès ou la caricature que c’en est presque un aparté : pas besoin de se tourner vers la caméra comme on pourrait le faire en commedia dell’arte pour créer une connivence avec le spectateur. Elle se fait d’elle-même par l’exubérance du jeu. On comprend tout de suite qu’il joue un rôle, et qu’on est les seuls, à voir ce qu’il trame quand les autres personnages s’y laissent prendre. Cette connivence avec le héros solitaire et rusé est jouissive pour le spectateur.

Je pense à Vittorio Gassman notamment dans la Grande Guerre. Tellement italien dans l’esprit.

Quand ce n’est pas avec le spectateur, cette connivence, elle se fait avec un autre personnage. On peut revoir Vittorio Gassman dans son irrévérence, son impertinence, ses ruses, dire hypocritement quelque chose à un homme haut placé (un maître, un général, un samouraï…) et se tourner tout de suite vers un autre, hausser les épaules et lever les yeux au ciel.

Ce qui est encore plus remarquable, c’est qu’il ne s’agit qu’un ton employé dans la mise en scène et le jeu d’acteur. Rien dans le scénario ou les dialogues ne laisserait penser qu’on est dans cette impertinence permanente. Seule la volonté du héros d’être toujours entre les lignes, de manœuvrer avec les uns et les autres pour les tromper et les mener là où lui décide de les mener laisse voir la parenté avec les bouffonneries italiennes ; l’humour n’est pas forcément évident.

Kill, la forteresse des samouraïs, Kihachi Okamoto Kiru 1968 Toho Company (1)

Kill, la forteresse des samouraïs, Kihachi Okamoto Kiru 1968 | Toho Company

Tout tient dans la subtilité du jeu des acteurs. Ce qui m’ennuie souvent dans les comédies japonaises, c’est que l’humour est forcé, chaque scène et dialogue sont construits pour arriver à cet effet, le rire, et ce n’est pas toujours très fin. Pour une fois, c’est tout le contraire, et c’est là qu’on se rapproche des pitreries d’Eli Wallach dans Le Bon, la Brute et le Truand ou de quelques personnages secondaires dans Il était une fois dans l’Ouest. L’humour effleure les choses, c’est une insolence sourde, c’est le petit regard complice en coin. On passe d’une chose à une autre, un lazzi à la fois, les meilleures sont les plus courtes. Une image, on comprend, on sourit, et on passe à autre chose au lieu de s’éterniser sur une situation, forcer le rire, et dire « vous voyez comme elle est drôle mon image ? ».

Shakespearien aussi dans l’alternance des scènes. Montage alterné, passage d’un camp à un autre. Effet qu’on peut bien sûr utiliser à l’intérieur d’une même séquence, comme a été le premier à le faire Ford au cinéma. Mais à l’échelle des scènes, Shakespeare utilisait déjà le procédé : un camp, puis un autre, puis retour au premier, etc. L’angle et l’unité dramatique ne ressortent pas d’un seul personnage, mais de l’action dans sa globalité. Ce qui compte, c’est de suivre les événements tels qu’ils se déroulent, permettant ainsi, en avançant par ellipses, d’avancer rapidement et de ne pas se perdre en psychologie. Seul compte ce qui fait avancer l’action et quelques lazzis bien assez suffisants pour identifier les personnages et apporter du piquant à la situation.

On passe d’un camp à un autre comme d’un ton à un autre. Souvent même, différentes tonalités affleurent au même instant à l’écran. Quand on a Scapin et son maître dans une même scène, on perçoit le sérieux du maître et la duperie de Scapin. C’est la force de ces situations où chacun possède une tonalité propre, et où elles vibrent ensemble jusqu’à s’accorder ou rentrer en conflit et être la source de nouvelles situations.

On voit bien dans le jeu des acteurs qu’on n’est pas dans le réalisme. Tout est exacerbé. Comme dans une pièce de Guignol, c’est pour faire ressortir l’identité et la personnalité de chacun. On leur mettrait des masques, et ce serait pareil. C’est l’art du grotesque (et des masques) qu’on retrouve dans toutes les cultures anciennes : de la Grèce à l’Italie, en passant par le Japon, partout. On reste aujourd’hui beaucoup dans un réalisme et cet art précieux l’exubérance et de la grossièreté légère si elle est bien mesurée a tendance à se perdre. Elle joue pourtant un rôle de dévoilement, elle montre par la satire, la caricature la réalité d’un trait de caractère, d’un type de personnages. Cet esprit a encore perduré dans les comédies italiennes, certains westerns spaghetti (qui ont malheureusement inspiré le duo Bud Spencer et Terence Hill) et donc ici. Pas un genre — ce n’est pas une comédie — mais bien un esprit, un ton.


Kill, la forteresse des samouraïs, Kihachi Okamoto Kiru 1968 Toho Company (4)Kill, la forteresse des samouraïs, Kihachi Okamoto Kiru 1968 Toho Company (6)Kill, la forteresse des samouraïs, Kihachi Okamoto Kiru 1968 Toho Company (7)Kill, la forteresse des samouraïs, Kihachi Okamoto Kiru 1968 Toho Company (8)


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Funny Girl, William Wyler (1968)

Une étoile est nez

Funny Girl

Note : 4 sur 5.

Année : 1968

Réalisation : William Wyler

Avec : Barbra Streisand, Omar Sharif, Kay Medford, Anne Francis, Walter Pidgeon

Dernier succès de William Wyler, peut-être le cinéaste le plus récompensé à Hollywood. C’est un peu un symbole que ce soit un vétéran qui mette en scène l’une des dernières comédies musicales… À la même époque, le western hollywoodien et la comédie musicale flamboyante vont tomber en désuétude. Grand spectacle, Technicolor, mélange de comédie et de drame…, c’est la comédie musicale, genre propre au système des studios qui s’évapore sous nos yeux.

Peu importe, c’est un bonheur. Le film est porté par le talent et la personnalité, de Barbra Streisand. Elle sait tout faire : chanter, danser comme une poire, et surtout, faire rire ! On aura rarement vu une fille jouer aussi bien les petites idiotes. C’est qu’il en faut du génie pour jouer avec spontanéité et sincérité l’étonnement éberlué de son personnage quand elle croise Omar Sharif pour la première fois. Elle a un sens du rythme qu’elle arrive à manier avec une certaine forme de spontanéité. Il y a un charme, une intelligence qui ressort de tout ça, c’en est presque troublant. Parce que oui, Barbra Streisand est belle. On en vient à adorer cet énorme nez, à être hypnotisés par ce regard louche. Une telle vitalité, ça donne de l’énergie (et dans la vie les gens comme ça, ça épuise plus qu’autre chose, mais c’est cinégénique).

Le scénario n’est pas d’une grande perfection. L’histoire semble un peu être calquée sur celle d’Une étoile est née, avec son mari boulet vivant avec les plus grandes difficultés la réussite de sa star de femme. L’addiction au jeu de Omar Sharif remplace en quelque sorte l’alcoolisme de Frederic March ou de James Mason. Sergio Leone semble aussi avoir emprunté la scène finale des retrouvailles dans les loges pour Il était une fois en Amérique. C’est vrai que ça fait de belles scènes, pourquoi se priver.


Funny Girl, William Wyler 1968 | Columbia Pictures, Rastar Productions


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Je t’aime, je t’aime, Alain Resnais (1968)

Cat Soup

Je t’aime, je t’aimeAnnée : 1968

Réalisation :

Alain Resnais

6/10  IMDb

Vu en septembre 2008

Un exercice de style comme les aime Resnais. Un de plus.

C’est moins réussi que d’habitude. Trop formel. Il faut savoir piocher dans ce qui nous est proposé. Le film est un peu comme une boîte de chocolats. On choisit, on aime ou on n’aime pas. Les différentes saynètes sont de valeur très inégale. Et dommage que l’introduction, obligatoire pour comprendre le contexte, n’apporte finalement rien à ce qui va suivre.

Quelques répliques, des situations absurdes, en chocolat :
— il y a une quantité de choses qu’on n’apprend pas dans les livres. (Ah)
— la réponse à la question « qui sommes-nous et pourquoi » : et si Dieu avait créé le chat à son image et que quelques millénaires après il aurait créé l’homme dans le seul but de servir le chat. (Ah, ah)
— Claude Rich à son chat : « ah, tu es réveillé toi ? tu ne veux pas aller au bureau à ma place ? »
— la leppre d’excute à un plient écride en charatia et que pourbant on cromtrend partaitement… (surréaliste)
— le guide Michelin des cimetières (ça, c’est une idée)
— la scène du crayon (on croirait du Cocteau, surréaliste)
— le type qui tue sa copine parce qu’elle sourit pendant son sommeil et qu’elle est malheureuse dans la journée — jaloux d’un rêve presque…
— « quand je fais l’amour avec des filles, c’est comme si je restais happé par toi » « c’est tout de même désolant que tu vois d’autres filles » « peut-être mais je ne pourrais pas savoir ce que je viens de te dire »
— « je suis toujours ponctuel dans mes retards » « tu devrais écrire une encyclopédie des excuses pour ne pas aller travailler »

Bref, on y retrouve la déconstruction du récit et de l’histoire du Nouveau Roman, la même attention portée aux mots.

Il y a un peu de la Jetée dans l’histoire (le film de Chris Marker a un but et n’est pas un simple exercice de style) ou la folie de Eternal sunshine of the spotless mind.


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La Honte, Ingmar Bergman (1968)

La guerre est nôtre

La Honte

Note : 4 sur 5.

Titre original : Skammen

Année : 1968

Réalisation : Ingmar Bergman

Avec : Liv Ullmann, Max von Sydow, Sigge Fürst

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La guerre transforme nos vies, notre intimité, même quand on cherche à se préserver de toute idée politique, même quand on se retire dans le trou du cul du monde.

L’histoire, si on peut appeler ça une histoire, évolue simplement : Max von Sidow et Liv Ulman se sont retirés à la campagne pour vivre heureux en dehors des tumultes des villes. La guerre civile les rattrape, et les insurgés, se réfugiant, pas loin de chez eux, leur maison se retrouve bientôt au centre de bombardements. Ils ont le choix entre le pouvoir en place (une dictature probablement) et les insurgés (qui ne sont pas des saints non plus). Choisir l’un ou l’autre camp, ça revient finalement à la même chose, les deux amoureux voudraient rester en dehors de tout. Mais la politique est binaire et la désertion idéologique prohibée. Et la guerre civile entre alors dans le lit conjugal (au propre comme au figuré). Après bombardements et exécutions en masse, les deux amants s’en tirent finalement pas trop mal et retournent chez eux.

C’est là que compte mettre en place Bergman son champ de bataille. La guerre change les hommes, et les sépare surtout. Même ceux qui la refusaient.

La Honte, Ingmar Bergman 1968 Skammen | Cinematograph AB, Svensk Filmindustri (SF)

Ils ne s’accordent plus sur l’attitude à adopter, s’il faut rester neutre, et s’il faut prendre le parti de quelqu’un, pour lequel… Les deux camps se serviront de leurs incertitudes, de leurs contradictions, de leurs doutes. Et c’est ainsi que l’indifférence, la peur, le refus de s’engager, engendre la docilité (donc la servitude — et dans d’autres circonstances, la collaboration). À l’égard des deux camps. Dans une guerre, il y a les abrutis qui ont des convictions (et ceux-là décident de s’affronter) ; et les autres, qui parce qu’ils n’en ont aucune, subissent la logique des premiers. La majorité silencieuse, qu’on dit. Elle se prostitue à l’officier qui les a laissés en vie (ce n’est même plus le cas après les désaccords avec son mari) ; ils ont en retour des petits cadeaux. Par ailleurs, les insurgés viennent se servir chez eux (c’est toujours un moindre mal). Jusqu’au jour où militaires et insurgés viennent à se rencontrer chez eux…

Malgré la détestation profonde qu’ils éprouvent désormais l’un pour l’autre, ils continuent de vivre ensemble…

Voilà. Une guerre sans nom, dans un pays sans nom, dans une époque indéfinie, le tout pour mieux mettre en évidence un autre conflit, celui, quotidien, de la vie conjugale. Et encore, malgré les désaccords, les conflits, malgré la fuite du désir et la disparition de l’amour, on reste ensemble, parce qu’on préfère vivre mal avec l’autre, que vivre seul et mourir. Le seul courage, c’est celui de vivre avec l’autre. Vivre, c’est renoncer à ses certitudes, renoncer à les imposer aux autres. La paix, c’est une guerre qu’on renonce à se faire. Et donc la guerre, c’est la lutte permanente pour la paix qu’on a décidé de perdre. Peace and love, docteur Ingmar.

Le début est beau. Jamais Liv Ulman n’aura été aussi belle. Par la suite, ça se gâte évidemment. Quelque chose d’étrange se produit alors. Un peu comme si nous aussi, on commençait à ne plus les supporter et que malgré tout on avait du mal à nous séparer d’eux. Si seulement le monde, la guerre, le chaos, ne les avaient pas rattrapés.

Film curieux. Parce que ce n’est pas un drame. Plutôt une parabole dystopique, une chronique avec des « scènes de la vie conjugale » mises à l’épreuve du temps. Au lieu de chercher à montrer comment un conflit se noue et se dénoue, Bergman préfère l’exposer simplement. Sans début ni fin ; c’est là. Il en ressort une étrange impression d’inachevé où c’est à chacun de tirer les leçons. Bergman explore les étapes de la vie d’un couple, mais son unité se fait sur une base thématique et non dramatique. Le sujet n’est pas un conflit en particulier, mais “le” conflit, donc il peut prendre différentes formes. Le tout est de creuser le même sillon. D’un point de vue dramatique, c’est comme s’il ne s’était rien passé. Parce que l’intérêt est ailleurs. Dans l’analyse personnelle que chacun fera de ces relations (qu’on ne vienne donc pas me dire que je déflore l’histoire…). Et au manque d’objectif défini, nécessaire à tout récit dramatique, s’ajoute la soumission des personnages. Un héros classique prend son destin en main et cherche à être maître de l’environnement qui l’entoure, c’est la pleine puissance de l’homme qu’on célèbre depuis que l’homme raconte des histoires. Ici, c’est le contraire, puisque Bergman rappelle son impuissance, sa volonté de rester en dehors du temps, en dehors de l’histoire, en dehors de la vie et de l’environnement. Au lieu de chercher en dehors, la quête se fait en dedans, on voit ça depuis Œdipe. Les personnages veulent tout sauf être des héros. Bergman s’applique à nous montrer les hommes tels qu’ils sont, non tels qu’ils devraient être ou tels qu’ils ont été racontés selon les légendes. À nous de nous forcer à nous interroger sur nous-mêmes, plutôt que de nous émouvoir et de nous divertir avec le récit captivant de héros embarqués dans des histoires extraordinaires. On a alors le film qu’on mérite : si on est incapable de tirer des leçons de tout ça, les forces évocatrices du film échoueront à trouver un écho en nous. Mais ça n’interdit pas de tirer du plaisir devant une telle démonstration. Comme la limace qui tombe en extase devant son reflet dans une flaque… sans comprendre que c’est son propre reflet qu’elle est en train de voir. C’est beau, on ne sait pas pourquoi, et parfois c’est suffisant. C’est toute la réussite de Bergman comme d’un Tarkovski. Réussir à adopter une posture de distanciation pour forcer le spectateur à se rapprocher de lui-même, sans oublier la poésie. C’est-à-dire la possibilité de s’abandonner à ce qui nous échappe.


Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1968

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Liens externes :


Boom, Joseph Losey (1968)

L’île blanche

Boom Année : 1968

Vu le : 4 mai 1997

6/10 iCM IMDb

Cent ans de cinéma Télérama

Réalisation :

Joseph Losey

D’après Tennessee Williams


Avec :

Elizabeth Taylor, Richard Burton, Noël Coward

 

4 mai 1997

L’intérêt du film, je dois l’avouer, c’est sa valeur esthétique : son décor, sa pellicule Technicolor, son Cinémascope, et l’ambiance du huis clos style « île perdue » ou « vaisseau à la dérive dans l’espace ». On peut s’amuser à y voir une sorte de 2001, Odyssée de l’espace, seulement dans Boom, seule la forme compte, le fond doit sans doute avoir son petit intérêt, mais il éprouve trop la bienséance et le spectateur que je suis s’est senti choqué de voir une pièce de Tennessee Williams ainsi projeté dans un tel cadre.

La comparaison avec le film de Kubrick peut sembler surprenante, mais cette clarté de l’image (dominance d’un blanc étincelant), la simplicité et la mise en évidence des décors et des accessoires (simples mais fascinants, comme « anthropomorphosés » ou « caractérisés », l’impression de claustrophobie dans un espace ouvert (Kubrick arrive à rendre cela pour chaque scène alors que le décor change – peut-être grâce à un choix de différents objectifs).

Boom, malheureusement, s’attarde trop, ça devient oppressant par manque de diversité, et force ainsi l’ennui. Tout est basé sur la relation des personnages, or cette relation…

La photo n’est pas sans rappeler Satyricon, ou même Pulp Fiction (voire Le 5e Élément, que Besson avait voulu volontairement à l’opposé d’un Blade Runner).