La Mort en direct, Bertrand Tavernier (1980)

Vallée de l’étrange

Note : 3 sur 5.

La Mort en direct

Année : 1980

Réalisation : Bertrand Tavernier

Avec : Romy Schneider, Harvey Keitel, Harry Dean Stanton, Max von Sydow

C’est beau comme du Stephen King : une bonne idée de départ qui appâte et qui se révèle vite stérile.

Deux vérités ici. Contradictoires. D’abord, celle que l’on peut réaliser parfaitement des films de science-fiction avec peu de moyens. Enfin, celle qu’il est extrêmement difficile de convaincre en SF sans tout un attirail high-tech, décoratif, voire contemplatif (d’un futur fantasmé prenant forme de manière crédible dans un film), au service d’un sujet qui, il faut se l’avouer, nous laissait alors indifférents.

La Mort en direct navigue entre Le Prix du danger et La Honte (déjà avec Max von Sydow). Le côté apocalyptique fait froid dans le dos, et la satire sur les médias est pleine de cruauté. Elle est même prémonitoire : ce qui est dit sur les programmes auxquels le public n’adhère pas tout en les regardant vaudra pour la TV poubelle des années 90 jusqu’à l’avènement de la téléréalité, voire pour l’explosion des chaînes privées devant fournir pour légitimer leur antenne du contenu toujours plus racoleur (ça vaut par exemple aujourd’hui pour les chaînes d’information en continu qui taisent le factuel et le décryptage au profit des bavardages de remplissage et de mise en lumière d’éditorialistes spécialistes de rien mais sûrs de tout).

Le problème, comme avec tous les films de SF, c’est qu’on pourra nourrir autant qu’on veut les personnages, leurs relations, c’est comme si le sujet, et surtout le monde parallèle ou futur proposé, finissait par accaparer l’essentiel de notre attention. Le spectateur se trouve un peu placé dans la situation d’un lecteur d’une fable de La Fontaine dont il ne saurait ce qui prime entre la morale de l’histoire et le « conte » qui précède… La fin, le moyen… Cela me semble un écueil difficile à surmonter pour les cinéastes qui osent s’attaquer à la SF et qui n’ont plus qu’à espérer en un miracle pour avoir la chance de réaliser un bon film… On sait qu’ils existent en SF : invoquer Harry Dean Stanton permet de s’attirer les faveurs des dieux du genre. La SF, parfois, se résume à être tenté par deux cornets de glace dont on nous dit que l’un d’eux est empoisonné. Choisir le bon garantit de s’en sortir et de se faire plaisir, mais même si l’on échappe à la mort immédiate, on risque encore la lapidation par le public.

D’ailleurs, si le récit s’essouffle aussi assez vite (au-delà de cet embarrassant « effet Stephen King »), toutes les diverses actions secondaires nécessaires à achever l’histoire font gentiment sourire ou hausser les épaules. J’ai peur que sans le maquillage high-tech et décoratif habituel du genre, et en dehors de très rares occasions (ces fameux miracles de la SF), ces défauts finissent toujours par nous sauter à la figure. Dans La Mort en direct comme dans n’importe quel film d’anticipation. Une sorte de vallée de l’étrange apparaît, non pas appliquée à la supposée ressemblance d’un robot humanoïde avec un humain, mais appliquée à la ressemblance d’un monde parallèle et futuriste avec la réalité (ou la crédibilité) du monde connu. C’est amusant un robot, mais moins on y croit, plus on prend plaisir à sa présence. Faites-en un objet trop ressemblant à ses créateurs, et ces derniers nourrissent pour lui un rejet immédiat. L’univers SF, procède de la même manière : s’il est trop conforme à notre réalité et que seuls quelques éléments nous ramènent à un ailleurs (tant temporel que spatial), et l’étrangeté devient trop malaisante pour que l’on y adhère. Ce qui reviendrait à la contradiction évoquée en début de commentaire : certes, il suffit d’un rien pour embarquer le spectateur dans un univers fictionnel parallèle ou futur, mais cette vallée de l’étrange nous oblige à être attirés bien plus par les propositions de SF à haute valeur ajoutée high-tech plus que par des univers ressemblants. (Citons toutefois deux contre-exemples des années 2000 : Les Fils de l’homme et The Man from Earth.) Un rapport compliqué avec une certaine forme de réalité altérée qui n’est pas sans rappeler les difficultés de la satire : une satire révèle des réalités acceptables quand elles visent « les autres ». Si elles dévoilent quelque chose de nous-mêmes, on préfère détourner les yeux.

Ça reste un Tavernier, jamais de chefs-d’œuvre ni de francs navets. En revanche, Romy Schneider, à l’image d’une Marlene Dietrich — sans lien avec leur nationalité —, j’avoue faire partie de ce public qu’elle a toujours laissé indifférent. Si cela peut se révéler utile dans des rôles à fonction, à pouvoir, dans des rôles plus passifs, l’actrice joue sur la corde sensible, l’apitoiement, et je ne rentre jamais en empathie avec une telle systématisation des sentiments… Autre vallée de l’étrange : voir que certaines actrices arrivent à plus toucher un public féminin que masculin.


 

La Mort en direct, Bertrand Tavernier 1980 | Films A2, Gaumont International, Little Bear


Sur La Saveur des goûts amers :

Top des films de science-fiction (non inclus)

Listes sur IMDb : 

Une histoire du cinéma français

Liens externes :


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

L’Ange blanc, William A. Wellman (1931)

Star system

Note : 4 sur 5.

L’Ange blanc

Titre original : Night Nurse

Année : 1931

Réalisation : William A. Wellman

Avec : Barbara Stanwyck, Ben Lyon, Joan Blondell, Clark Gable

Avoir de bons acteurs, ça vous change tout de même la face d’un film…

On sent que le film a été tourné exclusivement en studio: aucune scène, aucun plan en extérieur, ne serait-ce qu’une vue dans un coin de fenêtre filmée par une seconde équipe. Et malgré cela, grâce aux acteurs, l’illusion prend forme et l’on y croit. On ne serait pas ainsi saisis par l’intensité du jeu, pris par l’enjeu et séduit par l’allure et la personnalité de tels personnages sans des interprètes à la hauteur.

Dans la seconde séquence du film, quand elle sort de l’hôpital par les portes-tambours, un passant fait tomber son sac à main : dans cette situation, et encore aujourd’hui, la femme s’excuserait et s’accroupirait pour récupérer ses affaires. Barbara Stanwyck se comporte tout différemment. La demoiselle qui a à peine vingt ans reste stoïque et laisse l’homme se baisser à sa place : pleine d’assurance et d’audace, elle le regarde de haut, une main négligemment posée sur la hanche. On appelle ça l’autorité. À deux doigts de l’insolence. On peut dire qu’elle va lui donner un sacré coup de pied aux fesses à l’image stéréotypique de la gentille infirmière… Je n’ose pas dire « coup de vieux ». Cette image, celle de l’asservissement (ou au mieux de dévotion), persiste aujourd’hui. Ce personnage de Barbara Stanwyck, c’est celui d’une rebelle. (Le cinéma, quand il est bon, s’intéresse d’ailleurs rarement à autre chose. Aux rebelles.)

Autour d’elle, il faut avouer qu’elle trouve à qui parler. Joyeuses années 30… Joan Blondell aura sans doute beaucoup joué les seconds rôles lors de ce début de carrière pour la Warner et à l’époque du « grand remplacement » des acteurs du muet, et Wellman l’utilisera d’ailleurs la même année dans L’Ennemi public. Une autorité différente de celle de la Stanwyck, plus désinvolte et souvent plus comique (c’est son rôle en tout cas ici). Dommage qu’on la perde un peu de vue par la suite.

Mais quand on perd Joan Blondell au profit de Clark Gable… Voilà le niveau de la production… et des surprises de casting. Une production toutefois qui donne le rôle du gentil malfrat à un acteur sympathique, alors qu’il aurait tout aussi pu convenir à un jeune Clark Gable.

Le futur acteur de la MGM tient un rôle mineur (il finit d’ailleurs par se faire tuer, Docteur Spoiler), pourtant, dans les deux ou trois séquences où il apparaît, on ne voit que lui. Un maintien exceptionnel (un corps d’athlète qu’on devine derrière son costume de chauffeur, et le haut du corps qui ne fléchit jamais) : la tête bouge, les bras peuvent bouger, la démarche est assurée et franche, mais le buste, lui, demeure en toutes circonstances large et impassible… On sent les heures passées en cours de maintien…

Dans son face-à-face, avec Barbara Stanwyck, il la mangerait presque. Et voir deux acteurs prêts à se bouffer des yeux (ou autre chose) parce qu’on ne sait encore s’ils finiront par s’entre-tuer ou par se tomber dans les bras, c’est en général ce qui provoque de bons films d’acteurs. Le sujet du film devenant ainsi accessoire (et il vaut mieux parce qu’on a des relents de films muets dans ces excès mélodramatiques ; étrangement ou non, il est probable qu’on se rendra compte que le son offrira au spectacle beaucoup plus d’impression de réalité et que ces excès à peine croyables ne passeraient plus auprès du public).

Et c’est sans doute pour ces mêmes raisons que le code Hays, en plus d’annihiler toute possibilité de subversion, toute image licencieuse ou toute morale supposée favorable aux criminels aurait tué le mélodrame après son âge d’or au temps du muet. Des projets d’assassiner des gosses, on ne doit voir ça que dans la réalité, dans cet espace où tous les extrêmes sont possibles, l’impensable aussi, pas au cinéma. Ce que les films pré-Code permettaient encore.

Hommage également à la longue carrière posthume de Lon Chaney : probablement ici dans sa meilleure composition dans le rôle de la gouvernante…

Wellman, qui ne pouvait pas ignorer le potentiel de Clark Gable, tournera avec lui quatre ans après dans L’Appel de la forêt, et vingt ans plus tard Au-delà du Missouri. Deux films qui, contrairement à ici, prendront un peu l’air. Recommandation sanitaire de votre bonne infirmière personnelle. Le cinéaste travaillera d’ailleurs par la suite beaucoup plus souvent en extérieurs, signe peut-être qu’il s’y trouvait plus à l’aise qu’en studio.

De son côté, Barbara Stanwyck continuera à donner au spectateur une image de la femme libre et indépendante : deux ans plus tard, son personnage intéressé et cynique dans Baby Face participera sans doute un peu à provoquer la mise en place d’un code de bonne conduite dans les majors. Et pour l’émancipation de la femme, il faudra désormais regarder ailleurs qu’à Hollywood. La contre-réforme conservatrice pourra toujours se poursuivre quelques décennies encore, il aura fallu moins de vingt ans grâce au pouvoir phénoménal de représentation du cinéma pour laisser entrevoir aux femmes un monde où elles ne seraient pas cantonnées aux rôles d’infirmières… Stanwyck (et les autres) avait mis un pied dans la porte ; les spectatrices ont vu la lumière, et ne se sont pas gênées pour entrer.


 

L’Ange blanc, William A. Wellman 1931 Night Nurse | Warner Bros


Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1931

Listes sur IMDb : 

MyMovies : A-C+

Liens externes :


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

Abre los ojos, Alejandro Amenábar (1997)

Odyssée post-mortem

Note : 4 sur 5.

Ouvre les yeux

Titre original : Abre los ojos

Année : 1997

Réalisation : Alejandro Amenábar

Avec : Eduardo Noriega, Penélope Cruz

Je n’étais pas bien pressé de le découvrir. Je suis pourtant un grand amateur de son remake avec Tom Cruise… Et j’aurais sans doute inversé l’ordre de préférence si j’avais vu l’original à sa sortie. L’intrigue semble arrachée de la tête d’un Tod Browning sous hypnose, c’est follement tiré par les cheveux, mais étonnamment le film d’Alejandro marche parfaitement.

C’est le genre de scénarios qui sort des essais d’étudiants de cinéma. On va de twist en twist (très à la mode dans les années 90), de fausses révélations en fausses révélations. Et tous les clichés y passent : musique qui copie ce qui se fait ailleurs pour bien diriger les émotions du spectateur ; abus des possibilités narratives et de mise en abîme du rêve ; contexte mal défini avec des personnages secondaires tout dévoués au premier (et pour cause) ; jeune héritier opportunément sans attaches ni travail ; personnage qui finit défiguré dans un accident de voiture (rappelant Le Visage d’un autre qui choisissait, lui, une approche plus distante et expérimentale) ; coup de foudre pur et sans arrière-pensées qui intervient comme par magie ; cliché du double féminin (positif/négatif) ; scène du réveil qui n’en est pas une, suivie d’un montage-séquence de préparation au départ du nid ; portrait dessiné qui servira de planting à un autre moment du récit, etc. Un vrai catalogue des poncifs du genre.

Mais voilà, l’étudiant Amenábar maîtrise son sujet : il fait tout ce qu’il faut éviter, il se tend à lui-même piège sur piège, et pourtant, à l’image de son héros, par sa virtuosité, son bon goût (indispensable dans un thriller psychologique et d’anticipation), il parvient toujours à s’en relever. Le plus surprenant, c’est qu’on y croit. Cette expertise à masquer les défauts originaux d’un scénario se manifeste de diverses manières (les astuces de dissimulation chères aux escrocs ou aux magiciens) : le rythme du film ; la musique qui nous tient captifs ; une structure narrative capable de relances (ou de retours en arrière) ; le recours à ces bons vieux montages-séquences, histoire de nous refiler quelques somnifères et nous empêcher de penser, etc.

On doit cette maîtrise aussi tout simplement aux acteurs. Vous me mettez Tom Cruise dans n’importe quel film et, j’y suis pour rien, cet escroc pourrait presque me faire croire en la scientologie… Eh ben, ici, c’est pareil. Eduardo Noriega est solide, quant à Penélope Cruz, on peut difficilement espérer mieux dans ce rôle. Loin d’être un grand admirateur de l’actrice (contrairement au Cruise), force est de reconnaître qu’il y a dans ce film comme une évidence. Il ne suffit pas d’être jolie. Elle possède ce quelque chose d’impalpable, ce mélange de mystère insaisissable et de poigne. Cette autorité, cette force, cette intelligence, cette conviction, c’est aussi ce qui caractérise ces actrices repérées très jeunes qui peuvent surfer toute une carrière sur la grâce d’une première apparition remarquée. Elles continuent sur leur élan en enchaînant les navets, et parfois, elles ont la chance d’être choisies pour un film qui correspond parfaitement à leur personnalité. C’est dommage sans doute que des actrices à la fois plus belles ou plus talentueuses n’aient jamais ce petit truc en plus. C’est peut-être ça que l’on appelle le male gaze. Mais c’est bien là, à l’intersection entre talent, intelligence et beauté. Juste ce qu’il faut des trois. Et le spectateur (mâle) ne s’en remet jamais. Des actrices superbes, il y en a des tas, trop, mais parce qu’elles n’ont pas l’intelligence et le talent au même niveau de leur physique, elles font pschitt. D’autres, avec un grand talent, n’ont pas non plus ce qu’il faut ailleurs, etc. Et quand on est donc bien pourvu dans ces trois qualités premières sans être au max dans l’une des trois, ça fait les stars imparables qu’on connaît : de Louise Brooks à Barbara Stanwyck, d’Ayako Wakao à Jennifer Lawrence, d’Isabelle Adjani à Isabelle Huppert, de Sophia Loren à Audrey Hepburn, de Nicole Kidman à Penélope Cruz (en passant par Tom Cruise, what else).

Il n’y a pas forcément de grands secrets pour faire un bon film. On peut suivre tous les meilleurs cours du monde expliquant comment écrire le scénario parfait, définir ce qu’il faut éviter, le talent, c’est peut-être aussi arriver à nous plonger dans une torpeur proche du rêve, nous enlever une part de notre conscience, de notre jugement, nous faire oublier tout le reste, et nous faire croire aux histoires les plus saugrenues. Le savoir-faire en somme. Celui d’un escroc, d’un magicien, d’un alchimiste, ou d’un artisan touché par la grâce le temps d’un film. Les miracles (ce qu’on peut définir comme événements inexplicables), on ne les rencontre que provoqués par les mains expertes ou chanceuses de quelques artistes. Des rencontres le plus souvent assurément. Des adéquations inespérées intervenant au bon moment avec les bonnes personnes.

Alejandro Amenábar avait vingt-cinq ans en réalisant ce film. Les Autres et Mar adentro suivront vite. Beaucoup moins convaincants. La grâce du débutant s’estompera plus vite que celle de son actrice qui servira de muse à un autre cinéaste… Comme d’habitude, j’avais commencé par la fin (Tésis encore à voir). Étrange ou non, certaines cinématographies ne peuvent décoller sans acteurs : on connaît l’exemple du cinéma italien qui a cessé d’exister, pas seulement par manque de financements ou par le non-renouvellement de ses auteurs, mais bien à cause sans doute d’un manque d’acteurs de haut niveau. Étrange ou non, à travers mon prisme déformé, j’ai comme l’impression que le cinéma italien est mort aux pieds d’Ornella Muti, juste avant que le cinéma espagnol émerge à l’international grâce notamment à Almodovar et à Penélope Cruz.

Sinon, sérieusement, Internet en 1997 ?! Je n’ai eu Internet qu’en 2005. C’est dire si j’ai souvent un train de retard…


 

Abre los ojos, Alejandro Amenábar 1997 | Canal+ España, Las Producciones del Escorpión, Les Films Alain Sarde, Lucky Red, Sogetel


Liens externes :



Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

L’Épouse de la nuit, Yasujirô Ozu (1930)

Menaces dans la nuit

Note : 3.5 sur 5.

L’Épouse de la nuit

Titre original : Sono yo no tsuma

Année : 1930

Réalisation : Yasujirô Ozu 

Avec : Emiko Yagumo, Tokihiko Okada, Tôgô Yamamoto, Tatsuo Saitô

Mélodrame resserré sur trois ou quatre séquences (l’action, comme le titre du film peut l’indiquer, est concentrée sur une douzaine d’heures). Cela pourrait être ridicule, ou tiré par les cheveux, et en dehors de quelques mouvements de caméra pas très utiles, c’est tout à fait touchant.

La fascination d’Ozu pour le cinéma américain transpire à chaque plan, mais l’intérêt est ailleurs. Si sur une heure de film, l’action est réduite, cela signifie que le cinéaste préfère jouer sur la tension, et la confrontation quasi muette, qu’implique une telle situation : le mari fait un casse, se faufile dans la nuit jusque chez lui où l’attendent sa femme et sa petite fille malade pour qui il a volé, mais le taxi qu’il a récupéré était un policier. Ce dernier se présente chez eux afin d’interpeller le père, mais un moment d’inattention profite à la femme qui s’empare du pistolet de son mari et de celui du policier pour le mettre en joue. Image frappante qui inaugure les femmes badass, populaires trois décennies plus tard.

L’action traîne, Ozu est déjà appelé à filmer le rien, à meubler tables, murs, portes et chaises, même la bouilloire y est. Elle n’y tient cependant pas encore tout à fait le premier rôle. En rodage, la bouilloire, la dure vie de figuration, de nature morte et silencieuse à laquelle on ne prête même pas encore attention… Pff ! (Je fais bien la bouilloire.)

Bref, je m’égare, et le policier en a profité pour, à l’aube, s’emparer des pistolets : la femme s’était endormie. On inverse les rôles : la justice pourra être rendue. Ou pas. On attend le médecin, le policier s’attendrit et quelque chose d’inimaginable pour un policier se produit : le voilà qui a des remords (c’est un mélo, pas la réalité).

Happy end. Et éclat de rire : Ozu n’a pas pu s’en empêcher. Tous ses films probablement cachent des comédies. Ici, ça ne manque pas. Au moment de saluer son papa qui file au commissariat en compagnie du policier comme d’autres font signe au leur en partance pour le travail, le policier répond au signe de la fille. L’esprit d’Ozu transpire à chaque séquence du film : l’humour tendre et un peu pince-sans-rire, l’espièglerie.

Le scénario a tout jusque-là du thriller, mais le génie d’Ozu consiste à ne jamais jouer, sinon dans sa réalisation, sur la dureté du genre. Sa direction d’acteurs prend le contre-pied de l’attendu angoissant d’un film policier qui réclamerait des gueules rugueuses et suppliantes. Si le rôle du père, avec son petit air de bellâtre, peut à la limite s’inscrire dans ce registre (mais Ozu semble bien le restreindre en le cantonnant à ce qu’exige un mélodrame appuyant plus sur la fibre sentimentale que misérabiliste et criminelle), celui de la mère est clairement un choix pesé et assumé : pas question de montrer un personnage antipathique, indigne, véhément ou grimaçant. C’est Emiko Yagumo qui s’y colle. Beauté honnête et force intérieure, on avait pu la croiser dans Perle éternelle de Shimizu l’année précédente (d’autant plus belle qu’elle ressemble à mon ex, mais cela est une autre histoire). Ainsi, paradoxalement, quand elle pointe les deux pistolets vers le policier pour le mettre en joue, on y croit. Elle le fait par désespoir, et l’on sait que ça n’a rien de naturel pour elle. Ces deux parents ne ressemblent en rien aux criminels ordinaires rencontrés dans les films à l’autre bout du Pacifique. Ozu insiste là-dessus, alors qu’il aurait été tentant de jouer, même subrepticement, sur des vices cachés. Le Japon connaît, comme toutes les sociétés, des faits divers crapuleux, mais l’ambition d’un tel petit film (déjà si proche des shomingeki) ne consiste pas à montrer des événements exceptionnels à l’échelle de la nation. On y dévoile plutôt les tragédies de la vie de tous les jours. Cette tragédie, au regard de la culture du pays, peut encore se régler sans violence.

Et si l’on peut y croire, c’est bien aussi parce que le policier n’est pas autre chose : un bon gars. Malgré la présence que les armes pourraient dans un premier temps le laisser craindre, la tension dans ce thriller n’est ainsi pas liée à la menace criminelle. Elle naît surtout des dilemmes moraux qu’on sent poindre derrière les carapaces que se forgent les personnages : sauver son enfant au prix de la mort d’un policier ou risquer des années de prison ; et pour le policier, risquer des blessés ou des années de prison à un homme qui selon toute vraisemblance a agi par désespoir. Les parents sont dignes et honnêtes (si l’on omet le craquage originaire du casse, le père acceptera de suivre le flic), et le policier aurait pu si facilement devenir un personnage insignifiant sans insister comme Ozu le fait sur ses remords et son absence de brutalité. Air de faux dur, son visage ne fait pourtant qu’inspirer la confiance et l’humanité.

Pas de place pour les mecs virils, les crapules ou les cabotins chez Ozu. Allez savoir pourquoi maintenant il était aussi fan des films américains de l’époque…

À ranger possiblement dans les antifilms. Un mélodrame, certes, mais un thriller qui joue beaucoup plus sur la corde sensible que sur une exaltation ou même une simple illustration de la violence, du gain, de l’ambition, du vice, etc. Avec, je le rappelle, cette dernière note audacieuse d’humour qui ne dit pas son nom.

L’année suivante, Yasujirô Ozu tourne avec les deux mêmes acteurs principaux Le Chœur de Tokyo, une comédie légère, sociale et triste plus conforme à ce qu’on attend du style d’Ozu. On y remarquera par ailleurs la présence de quelques acteurs familiers : Hideko Takamine, en petite fille malade ; Chouko Iida, habituée aux personnages d’aubergistes que l’on retrouvera surtout quinze ans plus tard dans Récit d’un propriétaire du même Ozu ; Takeshi Sakamoto, surutilisé dans les seconds rôles au cours des décennies de l’âge d’or du cinéma japonais dont l’apparition la plus fameuse interviendra en 1934 dans Histoire d’herbes flottantes. Le cinéma japonais de cette époque est une petite famille…


L’Épouse de la nuit, Yasujirô Ozu 1930 Sono yo no tsuma | Shochiku


Sur La Saveur des goûts amers :

Top films japonais

Les Indispensables du cinéma 1930

Listes sur IMDb : 

MyMovies : A-C+

Limeko — Japanese films

Liens externes :


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

Control, Anton Corbijn (2007)

Garage et panier à linge

Note : 2.5 sur 5.

Control

Année : 2007

Réalisation : Anton Corbijn

Avec : Sam Riley, Samantha Morton, Craig Parkinson, Alexandra Maria Lara

Les biopics réussis, respectueux de leur sujet, n’existent pas. Il n’y a que des biopics qui nous évoquent des éléments de notre propre histoire qui savent nous brosser dans le sens du poil. À côté de ça, des biopics s’avèrent être autre chose que de vulgaires biopics apologétiques en parvenant à s’écarter de la réalité et de l’hagiographie. Leur sujet devient un sujet fictionnel comme un autre. On parlera alors moins de biopics justement parce que trop de libertés y ont été prises. Le Casanova de Fellini par exemple correspondrait ainsi plus à un antibiopic.

(Manifestement, les antibiopic, c’est pas automatique.)

J’avais accueilli celui (le biopic) sur Freddy Mercury avec une certaine bienveillance : je peux y adhérer mollement parce que Queen, ça me parle. On reçoit d’autant mieux ce type d’hommages que nos attentes n’atteignent pas les sommets. Certains spectateurs acceptent l’idée d’un simple objet évoquant l’histoire d’un personnage connu qui ne tendra pas vers le chef-d’œuvre. C’est purement illustratif. On peut évidemment être ennuyé par la manière dont un film peut dépeindre nos icônes favorites, mais cela ne changera pas grand-chose à la valeur essentiellement illustrative d’un biopic. (Certains diraient « opportuniste ».)

Joy Division, en tant qu’icône du rock ne me parle pas. Leur musique me fait l’impression d’un tambour de machine à laver lancé à pleine vitesse, et la voix du chanteur au brame d’un renne en rut. Pire, avec l’évocation de sa vie de poète maudit, on plonge dans les pires clichés du genre qui laissent les petites filles en adoration. Elles tombent sous le charme de ces idoles tragiques pour ce qu’elles représentent, le mythe qu’elles incarnent, plus que pour ce qu’elles accomplissent. Et je ne suis plus une petite fille.

Tout y passe au rayon des stéréotypes de connards instables érigés en victimes de leur génie : beau gosse ténébreux au regard perdu dans la fumée de cigarette, grand dadais qui émeut les filles parce que tu vois les grands, c’est viril, c’est réconfortant. Grand dadais qui émeut les filles parce que tu vois… un homme viril qui pleure, c’est touchant et beau. Et puisque le grand dadais plaît aux filles, la première fille qu’il convoite lui tombe dans les bras, et il croit que c’est ça l’amour. La vie est toujours facile pour les grands ténébreux, alors il pense qu’on se marie sur un claquement de doigts, et décide de faire des gosses sur un coup de tête. Puis la réalité sort du brouillard. Bonjour, papa. Le grand ténébreux se rappelle que ce n’est encore qu’un gamin et qu’il voudrait tant profiter de la vie. Alors, il profite. Un jeune homme avec une voix caverneuse, ça attirera toujours les filles. Dure, la vie est trop dure avec lui ! Car voilà qu’il en aime une autre à présent ! C’est la vie, quand on en cherche une autre et qu’on est beau garçon, on se crée forcément des opportunités qui cachent de vrais problèmes. Grave dilemme : comment prendre son pied avec une fan du band et ne pas faire pleurer la femme qu’on a épousée ? Quelle sensibilité, quel écorché vif, il pense à sa femme ! Ah, oui, mais il y a pensé quand à sa femme en fait ? En plus, elle s’acharne sur lui la vie ! Comment un si bel homme peut-il être touché par la maladie ? Pas une maladie innocente. Non, une maladie sur laquelle tu es vulnérable, sans control. Freddy Mercury succombait au sida, Claude François était malade des ampoules, eh ben, le Ian se situera entre les deux. Il ne mourra pas de l’épilepsie, parce que les muses qui avaient pris Molière sur scène ne veulent pas de lui. Alors pour échapper à la mort disco, il essaie de mourir comme Jim Morrinson et quelques autres : en se saoulant. Qui ne se suiciderait pas après avoir vu La Ballade de Bruno sur la BBC 7 ? Mais voilà, Ian, il n’est pas assez bourré, ni pour mourir élégamment dans son vomi ni pour succomber à une crise qu’il a provoquée. Il aurait pu partir en héros, affronter la maladie en face, la défier. Mais non, ça ne marche pas. Lui reste la méthode Claude François. Pas très rock’n’roll, ça. Pas grave, la postérité se chargera d’en faire quelque chose de réellement punk. Après tout, quoi de plus naturel que de se pendre dans la buanderie quand on fait de la musique de garage…

Non, désolé, cette histoire sordide ressemble à des millions d’autres tout aussi tragiquement banales. Ce genre de types gâtés par la vie tout en n’y trouvant jamais leur place m’indiffèrent. Si les bons biopics ne marchent qu’à travers les évocations qu’elles insufflent à la pellicule, les poètes maudits procèdent de la même logique : je n’y crois pas. Je ne crois pas aux histoires personnelles qui parasitent, souvent a posteriori, le prétendu génie d’un artiste. Je ne crois qu’au talent, à la production. De ce que j’en ai vu, les artistes se montrent toujours, dans leur intimité, des connards égocentriques. Le mieux qu’on pourrait en faire serait ainsi de dégommer cette part d’ombre, illustrer ce décalage entre la vie des artistes et la perception qu’a d’eux-mêmes leur public ou l’héritage supposé qu’ils laisseraient après leur passage éclair sur terre. Je sépare l’homme de l’artiste : je ne m’intéresse qu’au second. L’artiste fait le biopic : l’artiste est mauvais, le biopic l’est tout autant.

Restait la possibilité de s’écarter du sujet réel pour en faire un objet purement fictionnel, pleinement irrespectueux du héros construit par la postérité. Heureux, les artistes maudits, car le royaume des biopics leur appartient.


 

Control, Anton Corbijn 2007 | Becker Films, CINV, Claraflora


Liens externes :


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

La Forêt des pendus, Liviu Ciulei (1965)

Sur le front. Et la joue.

Note : 4 sur 5.

La Forêt des pendus

Titre original : Padurea spânzuratilor

Année : 1965

Réalisation : Liviu Ciulei

Avec : Victor Rebengiuc, Liviu Ciulei, Stefan Ciubotarasu

J’avoue ne pas comprendre tout des enjeux et des références politiques de ce faux film de guerre plus psychologique qu’autre chose. Comment un aristocrate roumain peut-il se retrouver officier dans l’armée impériale austro-hongroise et ainsi lutter contre son peuple ? Mystère. Pas besoin de saisir les subtilités propres à une époque et à une histoire spécifique à partir de l’instant. Ses états d’âme, ses velléités de désertions, cette manière de multiplier les petits airs contrits et impuissants qui le feraient plus passer pour un objecteur de conscience qu’un véritable officier, tout cela est fort cinématographique. On saisit l’essentiel, le dilemme psychologique : le bonhomme est ailleurs, et y a sa conscience qui voudrait se faire la belle. Et quand il la voit, sa belle, la vraie, sa blonde, on comprend plus aisément qu’il ait des envies d’ailleurs…

Ce qui impressionne le plus peut-être, c’est la forme. Conforme à ce qui se produisait dans les pays de l’Est au début des années 60 : du lyrisme retenu, c’est la caméra qui bouge, les cuts sont nombreux, parfois répétitifs, c’est du beau noir et blanc avec de la boue qui tache et des rayons de soleil qui éblouissent.

La direction d’acteurs au poil (le metteur en scène tient un des rôles principaux) réclame une tonalité poétique, presque évanescente, absente même, ailleurs, qui est sans doute renforcée par la postsynchronisation. Un parti pris jamais gagné d’avance ; encore faut-il que tout le monde soit au diapason. Cette volonté d’écraser la réalité derrière des sonorités finalement assez plates et unidimensionnelles (celles du studio) me semble toutefois évidente. Les films soviétiques de l’époque n’y sont pas étrangers, on connaît ça dans L’Enfance d’Ivan notamment.

Le film contient de rares moments purement poétiques, mais l’ambiance générale flirte bel et bien avec cet irréalisme poétique, ce détachement froid, qui lui apporte une unité et une tonalité forte. Une forme de distanciation en somme. Et qui ne peut qu’attirer favorablement mon intérêt (ça va finir par se voir que le rapport distanciation/identification me passionne). De sorte qu’on peut certes trouver le temps long parfois (le film s’étale sur plus de 2h30), mais tant que le film parvient à garder un peu de cette atmosphère poétique en dehors du réel, on ne rêve pas encore de nous retrouver sur un autre front.

Reconnaissons au film toutefois quelques manquements : trois fois rien, quelques coups de génie qui le feraient passer dans une autre dimension. Un héros qui subit moins et qui s’apitoie moins sur son sort : les conflits intérieurs, pour le coup, même si c’est cinématographique, sur plus de deux heures, ça tourne inévitablement en rond, et les péripéties annexes ne sont pas toutes du même calibre et peinent à servir de respiration au récit (le rapport avec son ami et confident, officier tchèque, est peut-être développé au détriment des autres).

La dimension manquante, c’est peut-être d’ailleurs paradoxalement l’aspect visuel du film. Liviu Ciulei met parfaitement en scène, il illustre les choses en les dévoilant à notre regard sans jouer avec notre appétit, notre mémoire ou notre incompréhension. Si l’on tend vers des séquences lyriques et poétiques, on peut difficilement faire l’économie d’un lyrisme passant par les images et par une certaine pesanteur censée nous suggérer une autre réalité au-delà de ce qu’elle nous offre, sinon ce ne sont que des cartes postales, des images sans profondeur et sans charme. Les échanges oraux, le velours des voix qui caresse l’oreille, les mouvements de caméra pour structurer les échanges et donner du souffle aux situations ou aux mots, la jolie pellicule, c’est parfait ; mais un poème long de 2h30, on tourne les pages, et l’on cherche les illustrations qui tout à coup nous font sortir du cadre, la petite musique qui ébranle nos habitudes et nos attentes au point de nous rendre ivres de bonheur devant un film qui nous dépasse. Pour cela, on ne peut pas se contenter de reconstituer une époque, un décor, une allure… Sortir du cadre, ça veut dire sortir du carcan des relations interhumaines exposées à l’intérieur du plan. Cela veut dire jouer sur le regard d’un personnage attentif à un élément hors de notre champ de vision, hors du temps présent, pour porter à voir ce qu’il y a au-delà des images, des mots, des situations, au-delà de l’urgence du temps, puis pour évoquer, révéler cet élément étranger ou invisible à travers le montage ou le laisser imaginé seulement par le spectateur. Ce sont ces petites notes en plus de mystère, de souffle, d’étrangeté, d’incertitude, de flou, de pesanteur, qui font basculer les très bons films dans la dimension des chefs-d’œuvre.


 

La Forêt des pendus, Liviu Ciulei 1965 Padurea spânzuratilor | Romania Film, Studioul Cinematografic Bucuresti


Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1965

Top films roumains

Listes sur IMDb : 

L’obscurité de Lim

MyMovies : A-C+

Liens externes :


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

La Vie d’Adèle, Abdellatif Kechiche (2013)

Adèle et le Mulet

Note : 4 sur 5.

La Vie d’Adèle

Titre international : Blue Is the Warmest Colour

Année : 2013

Réalisation : Abdellatif Kechiche

Avec : Léa Seydoux, Adèle Exarchopoulos, Salim Kechiouche

En dehors du ratage complet de La Vénus noire, j’admire le travail de Kechiche qui reste une valeur sûre. Avec La Vie d’Adèle, le cinéaste retrouve la méthode de direction d’acteurs qui permet une emprise forte avec le réel. Le film arrive cependant moins à me convaincre que ses deux premiers : L’Esquive et La Graine et le Mulet.

Le montage impressionne, je suppose que Kechiche tourne beaucoup et qu’avec cette matière, il pioche ensuite le plus intéressant à la table de montage.

Adèle Exarchopoulos donne beaucoup à voir. Souvent dans ce registre de la personne perdue, le regard fuyant (sorte d’aparté cinématographique quand la caméra gravite autour de l’acteur), mieux vaut des expressions redondantes justes que des échanges de plans dans lesquels rien ne transparaît de ce que « pensent » les personnages.

Le scénario, en revanche, est moins convaincant. Si l’on a rarement vu un film sur l’homosexualité féminine aussi bien décrit (citons peut-être le film de John Sayles, Lianna, qui décrivait déjà aussi une même sorte de dépendance amoureuse qui devient problématique quand tout à coup elle n’est plus réciproque, l’amour, quoi), je ne retrouve pas le type d’enjeux bien définis et l’urgence qui m’avaient fasciné dans L’Esquive et surtout dans La Graine et le Mulet (sans en faire non plus un impératif à retrouver chez un cinéaste d’un film à l’autre ; la politique d’auteur, peu pour moi). La Vie d’Adèle est une chronique. Découper ainsi le récit à chaque « reboote » chronologique relance certes la machine, mais on y perd quelque chose dans l’intensité. Après une heure, une heure et demie, quand le premier cap chronologique est franchi, alors que jusque-là le film avançait sur un rythme linéaire, alors que l’on attendait le hiatus qui, dans cette dernière année de lycée, allait faire capoter la situation, le film galère à se relancer. Ce changement de rythme intervient au cœur du développement, et au lieu d’être submergé par l’intensité au moment où tous les conflits doivent avoir été bien introduits et prendre corps, paf, on est projeté trois ans après, et l’on comprend qu’on a affaire à une chronique. C’est assez brutal, et je n’avais alors pas vu le film ainsi. Une chronique, on y entre par petites touches. C’est d’autant plus désarmant qu’on retrouve les deux femmes passablement embourgeoisées. La durée du film joue sans doute ici, parce qu’à une heure et demie, c’est en général à ce moment qu’on sent le dénouement poindre son nez. Et une résolution (avec la morale qui va avec) petite-bourgeoise, ça crispe un peu les attentes placées au début du film. Non pas que les homosexuels n’auraient pas le droit à gagner un peu de normalité, mais… bof, quoi. Bobof. Le basculement vers la vie adulte, tranquille et responsable ne produit jamais rien de bon à l’écran. Elles finirent heureuses et n’eurent pas beaucoup d’enfants.

Ça repart légèrement par la suite, grâce à leur séparation, et au désarroi d’Adèle (c’est son histoire après tout, comme l’indique le titre), puis aux occasions manquées. Mais le goût d’arrière-chronique un peu boiteuse m’aura en définitive assez gâché la fête. Espérons que Kechiche en revienne à des histoires plus resserrées et plus intenses (intenses dans le suivi narratif, moins dans le jeu des acteurs : ce n’est souvent pas bon signe quand les acteurs sont dans l’intensité du moment, forcent, manquent de confiance, et franchissent les limites de la justesse ou cassent le lien d’empathie avec le spectateur).


 

La Vie d’Adèle, Abdellatif Kechiche 2013 | Quat’sous Films, Wild Bunch, France 2 Cinéma


Listes sur IMDb : 

MyMovies : A-C+

Liens externes :


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

Les Anges de Boston, Troy Duffy (1999)

Pull Friction

Note : 2 sur 5.

Les Anges de Boston

Titre original : The Boondock Saints

Année : 1999

Réalisation : Troy Duffy

Avec : Willem Dafoe, Sean Patrick Flanery, Norman Reedus

Nouvel ersatz, stupide et laid, tentant de reproduire (volontairement ou non) la touche de Tarantino ou de John Woo de la fin du vingtième siècle…

Regardons le bon côté des choses : confronter le style bas de plafond à son modèle, ça permet d’apprécier ce qui fait le sel et la singularité de ces deux amoureux du geste et des mots. (J’ai vu récemment que Johnny To pouvait verser aussi à sa manière dans la violence décalée, avec plus de réussite que bien des amateurs.)

Pour faire simple, Tarantino et John Woo sont des poètes, des chorégraphes, des sentimentaux, des amoureux des jolies lignes de dialogues et des acteurs. Je ne retrouve rien de tout ça ici. Seule reste la violence gratuite. Et elle le sera d’autant plus que les assassins n’ont aucune raison justifiable de sombrer dans cette violence. Ils sont aussi à mille lieues de porter sur leurs épaules le poids de tous leurs péchés. Contrairement à ce que l’on raconte des assassins de Tarantino et de John Woo, ils ne tuent pas par plaisir ou par intérêt. Leur objectif, souvent obsessionnel, résulte d’un drame originel. Et cet objectif apparaîtra d’autant plus légitime aux spectateurs (souvent à tort, pourtant, même si l’on peut au moins leur accorder le bénéfice du doute) qu’il s’agit d’une vengeance hautement personnelle, sentimentale. Une fois cette finalité atteinte, rien pour eux ne sera plus comme avant. Des truands romantiques en somme… N’ayant rien à perdre, ils se satisferaient bien d’un dernier coup d’éclat pour se libérer du poids de leur conscience, venger ou aider un ami, une femme, réparer un traumatisme dont ils pourraient se sentir coupables, etc.

Rien à voir avec ces deux Irlandais à côté de leurs pompes. Leurs objectifs n’apparaissent pas aussi déterminants et ils semblent tout prendre à la légère, y compris les conséquences de leurs actions.

Dirty Dancing

On retrouve en revanche le même côté ludique et esthétique de la violence, mais sans comprendre que chez les deux cinéastes phares des années 90, cette violence n’est qu’un vernis, voire une conséquence psychologique des traumatismes passés. Pas une finalité. Encore une fois, ce sont des romantiques, des sentimentaux. Leurs assassins finissent en général blasés de ce qu’ils font ou ont déjà subi. Il s’agit pour eux, à travers ce déchaînement de violence qu’ils déclenchent, de jeter leurs dernières forces dans la bataille. Les balles tirées seront les dernières avant leur fin certaine. Eux-mêmes en sont conscients, c’est ce qui les rend si impassibles et indifférents à la douleur (et à toute autre chose, sinon, ils ne seraient pas aussi obsessionnels dans leur objectif). C’est la conséquence d’être toujours acculés.

Les frères Irish décident au contraire après une vision nocturne de buter tous les méchants de la ville : crédibilité et adhésion à leur « quête », zéro. L’origine de la quête ne sert ici que de prétexte à un déferlement de violence gratuite, procès souvent intenté à Tarantino et à John Woo en ignorant que dans leurs meilleurs films, si cette violence est chorégraphiée, désabusée, c’est qu’elle contient déjà en elle les tonalités tragiques du dénouement : si vous savez que vous allez mourir en accomplissant votre vengeance, tout porte à croire que vous ne serez plus tout à fait réceptif de la même façon aux objets et plaisirs du quotidien, et que vous accueillerez la mort elle-même avec indifférence. La légèreté chez Tarantino et Woo, c’est la nonchalance de celui qui se sait condamné et tient à partir en beauté.

Pour le reste, les séquences d’actions sont péniblement filmées, les acteurs ne font pas rêver, jouent sans retenue et excès comme dans un épisode de Benny Hill (aucun n’apparaîtra dans de grosses productions futures, un signe que le charisme gesticulatoire ne paie pas, et l’on se console à peine avec la présence de Willem Dafoe). Chez Tarantino et chez John Woo, on ne gesticule pas, on danse.


 

Les Anges de Boston (The Boondock Saints), Troy Duffy 1999 | Franchise Pictures, Brood Syndicate, Fried Films


Sur La Saveur des goûts amers :

Les indispensables du cinéma 1999

Liens externes :


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

Nanjing ! Nanjing !, Lu Chuan (2009)

Les Chuan

Note : 2.5 sur 5.

Nanjing ! Nanjing !

Titre international : City of Life and Death

Année : 2009

Réalisation : Lu Chuan

Avec : Ye Liu, Wei Fan, Hideo Nakaizumi, Lan Qin, Yuanyuan Gao

J’avoue ne pas avoir bien compris l’angle proposé. L’introduction, assez chaotique, censée exposer les enjeux finaux, présente un certain nombre de personnages dont la plupart mourront presque aussitôt. Le film se poursuit par un « catalogue à la pervers » des atrocités perpétrées par les Japonais : le récit se concentre alors sur le personnage d’un traducteur chinois détaché auprès d’un diplomate nazi et de sa famille, et en parallèle, un autre personnage prend peu à peu plus d’épaisseur : le soldat japonais mièvre et humain.

Le traducteur voit sa famille et sa sécurité se réduire à peau de chagrin, et après une intervention bien intrépide digne du Chinois de l’année, c’en est fini de ce côté de la distribution. Le film s’achève sur deux gestes de bravoure du soldat japonais, et un dernier radical, dont on ne sait trop s’il est censé marquer le courage, le dépit ou l’espérance…

Bref, ce n’est pas très clair, et m’est avis qu’au scénario, on a voulu retracer le parcours de personnages réels des massacres (à en croire le générique qui nous dévoile les années de décès des protagonistes) en essayant de réduire tout ça en sauce compacte en espérant que ça prendra par le plus heureux des hasards.

Et le hasard ne fait pas bien les choses. Que les faits rapportés soient authentiques ou non, on ne se hasarde pas à mélanger les torchons et les carottes. Raconter l’histoire d’un tel massacre se défend. Je connais en revanche peu d’exemples de films réussis autrement qu’en illustrant des événements tragiques en toile de fond d’une histoire, elle, bien fictive, et par conséquent, construite selon des codes éprouvés en dramaturgie. Les films réussis historiques (a fortiori de guerre) qui parviennent à échapper à la propagande se comptent sur les doigts d’une main. Un exemple récent avec 1987, un film coréen sur la répression du pouvoir alors en place face aux étudiants dans lequel on voit d’abord le meurtre d’un étudiant suite à la torture, les événements s’emballent, on peine à savoir où l’on va, puis une amourette prend corps dans le récit, je commence à douter sérieusement de l’intérêt du film, qui trouvera en fait le sens de sa trajectoire à la fin lorsque le garçon dont était en train de s’éprendre la jeune fille sera un nouvel étudiant tué par les forces au pouvoir, et cela en pleine manifestation. La boucle est bouclée.

Ici, aucune boucle. Rien n’achève les pistes lancées plus tôt. L’angle grossier du film (ce que j’en comprends), c’est de choisir arbitrairement, et un peu comme dans un film choral et macabre, des victimes du massacre. Parmi ces personnages, un « Juste » japonais : on serait tenté d’y voir une certaine maladresse à opposer un peu de nuances à un événement particulièrement meurtrier et sans équivoque possible. Quelle curieuse manière de chercher à vouloir jouer de subtilité par le biais d’un personnage tout en se refusant à le faire à travers l’arme habituelle des cinéastes : la singularité (une petite histoire bien fictive enfermée dans la grande) ! Et cela même alors que la nuance proposée paraît au contraire jurer avec le reste du tableau. Tous les Japonais témoignent de leur cruauté dans le film, sauf ce petit être insignifiant ? C’est de la nuance de lourdaud, ça. On notera jamais assez que la première distance nécessaire dans un film, c’est d’abord celle qu’on prend avec son sujet, surtout quand celui-ci est si fortement attaché à un événement historique dramatique. Manifester trop de déférence à l’égard de l’histoire peut donner l’impression d’aller dans le sens du vent, manquer d’audace, donc d’angle. À juste titre, vous serez suspecté de propagande. Un sujet (aussi tragique et rattaché à la réalité soit-il) doit faire l’objet d’une appropriation et d’une trahison. Tout film historique doit bousculer l’histoire, la trahir, sinon ce n’est plus de l’art, mais une vilaine illustration des livres d’histoire.


Quant au sens à donner à ce happy end tarabiscoté, j’avoue ne pas trop savoir quoi en penser…

Kapo !

Dernière chose agaçante dans le film : la constance dans la dignité des vaincus maltraités. Au milieu des femmes qui pleurent, il se trouvera toujours une poignée de bons Chinois humiliés mais droits qu’on ne manquera pas de montrer en gros plan. On imagine un tel film dans un camp nazi accompagné des mêmes outrances et disposant d’une note ultime de couleur pseudo-subtile afin de sauver le comportement humain d’un conducteur de train, et l’on comprend mieux le malaise. Ce n’est pas le « travelling de Kapo », mais certaines questions éthiques, une approche réfléchie face à des événements historiques et tragiques, cela impose du tact, de la distance et, oui, de la nuance. Tout ce qui manque malheureusement ici.


 

City of Life and Death, Nanjing ! Nanjing !, Lu Chuan 2009 | China Film Group Corporation (CFGC), Chuan Films, Jiangsu Broadcasting System



Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

An Elephant Sitting Still, Bo Hu (2018)

Elephant

Note : 5 sur 5.

An Elephant Sitting Still

Titre original : Da xiang xidi erzuo

Année : 2018

Réalisation : Bo Hu

Avec : Yu Zhang, Yuchang Peng, Uvin Wang

Le film résume presque à lui seul une certaine mouvance du cinéma de ces dernières décennies.

Dans la forme : distanciation et immersion dans la durée. On se situe entre Bela Tarte et Gus van Sant, voire Haneke.

Dans le fond : encore un peu de Haneke pour la violence (souvent hors-champ ou ponctuelle, inattendue quand elle se manifestement physiquement, brutalement) qui jaillit surtout après une souffrance contenue, résultat d’injustices, façon coup de boule de Zidane. Et puis, il y a la violence morale aussi, psychologique, constante, avec ces gens qui s’aboient dessus en permanence, qui vomissent leur mépris sur leurs voisins ou les membres de leur famille. On y reconnaît là la noirceur de Haneke, la même désespérance (« vous pouvez partir, mais vous ne trouverez rien de différent ailleurs » dira finalement le vieux à ses compagnons fatigués, harcelés comme lui par les emmerdes relationnelles).

Enfin, dans la construction, on y retrouve le génie d’Asghar Farhadi par exemple qui s’attache à structurer des histoires autour de leitmotivs et de détails significatifs parfois imperceptibles, et à travers des croisements permanents de tranches de vie qui s’opposent, se supportent, se mêlent, se contredisent même souvent dans ce que l’on croit en comprendre. On pense aussi à la distance crue et lancinante de Jia Zhangke, en particulier pour ce qui est de la violence et de l’incommunicabilité, à la A Touch of Sin.

La recherche de références, c’est peut-être ce qui nous sauve quand on reste béat devant un tel chef-d’œuvre. Ils nous échappent souvent et nous laissent une rare et étonnante impression de finitude, d’accomplissement. On sent (ou l’on sait) que le film (ou son auteur) dépasse (ou ignore, digère) toutes ces références passées, mais on n’a plus que ça pour étalonner, jauger, identifier, ou verbaliser ce qui paradoxalement ne prend jamais aussi bien une forme finie, accomplie, que dans un chef-d’œuvre. On le voit, il est là, il nous assommerait presque, mais c’est comme si notre entendement ne pouvait faire le point sur lui. Alors, on tâche de le regarder et de l’identifier autrement. À travers ce que l’on connaît déjà. D’où les références. Avec la conviction, bien sûr, que ce n’est qu’effleurer l’objet. Le trahir aussi.

Bref, ce portrait du monde, ce constat absolument déprimant de ce que sont aujourd’hui nos sociétés, avec des élites et des institutions défaillantes, faisant régner la loi du plus fort et de l’individualisme sur des populations désorientées et livrées à elles-mêmes, représente à la fois ce que j’ai pu voir de plus juste et de plus désespérant au cinéma ces dernières années… Brillant.


 

An Elephant Sitting Still, Bo Hu 2018 Da xiang xidi erzuo | Dongchun Films


Sur La Saveur des goûts amers :

— TOP FILMS

Top films du sud-est asiatique

Listes sur IMDb : 

Limguela top films

MyMovies : A-C+

Liens externes :


Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !

Unique
Mensuellement
Annuellement

Réaliser un don ponctuel

Réaliser un don mensuel

Réaliser un don annuel

Choisir un montant :

€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00
€1,00
€5,00
€20,00

Ou saisir un montant personnalisé :


Merci.

(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel