La Chute d’un caïd, Budd Boetticher (1960)

Note : 4 sur 5.

La Chute d’un caïd

Titre original : The Rise and Fall of Legs Diamond

Année : 1960

Réalisation : Budd Boetticher

Avec : Ray Danton, Karen Steele, Elaine Stewart, Simon Oakland, Robert Lowery, Warren Oates, Jesse White, Joseph Ruskin

— TOP FILMS

Remarquable film noir tardif pendant une majeure partie du film (dernier acte épouvantable). Dans le Rise and Fall, c’est le Rise qui est brillant, avec les qualités habituelles des films de Bud Boetticher (violence qui flirte toujours avec le second degré, et violence précédée toujours de batailles de repartie), et c’est le Fall qui se vautre.

Avant que le film se rétame en même temps que son héros, on peut apprécier comme d’habitude la qualité du choix des acteurs et de leur direction chez Boetticher. Ray Danton fait figure de jolie découverte dans le rôle principal : une certaine beauté latine, l’œil qui frise, l’insolence qui va avec, l’intelligence, la stature olympique, une voix suave… À se demander pourquoi un tel acteur n’a pas plus souvent été employé en tête d’affiche. Un spécialiste des rôles secondaires de composition l’accompagne au générique (et habitué des plateaux de Sam Peckinpah) : Warren Oates. Autre acolyte de contrepoint, féminin, cette fois : Karen Steele, habituée, elle, des westerns de Bud Boetticher, et employée ici, peut-être pas à contre-emploi, mais dans un rôle comique d’écervelée amoureuse et lucide, avant de sombrer en même temps que le film dans l’alcool et l’à-peu-près. Autour de ce trio, une suite affolante de personnages de fortes têtes (et de gueules qui ne s’oublient pas) complète la distribution : Robert Lowery en patron de la pègre locale ; Simon Oakland en détective désabusé ; Joseph Ruskin et ses joues creusées par l’acné dans le rôle de l’impassible et violent garde du corps ; Jesse White en mangeur de choucroute…

Que du beau monde pour articuler de la meilleure des manières des répliques qui fusent comme des balles perdues. En 1960, le code Hays s’essouffle, mais on ne le sait pas encore. Les films noirs se font rares, The Rise and Fall of Legs Diamond doit donc plutôt être perçu comme un hommage ou une simple évocation des prénoirs des années 30 qui avaient brièvement mis à l’honneur les gangsters de ces Roaring Twenties. Si les films noirs aiment les flashbacks (procédé absent ici), on n’en vient généralement qu’à retracer, de manière presque journalistique, des faits récents. À sept ans de Bonnie and Clyde, c’est toute une époque qui se trouve honorée dans les faux décors de ville reconstituée de la Warner : celle de la prohibition et juste avant la Grande Dépression. Difficile d’imaginer malgré tout comment un tel film en 1960 a encore pu être produit. Le ton désinvolte et son humour y sont sans doute pour quelque chose (cette fin désastreuse servait peut-être de contrepartie pour ne pas laisser penser qu’un criminel pouvait s’en sortir autrement…).

Le scénario de Joseph Landon avance à un rythme fou pendant près d’une heure, faisant de chaque séquence une nouvelle aventure pleine de charme et de fantaisie, un nouveau fait d’armes et une nouvelle marche franchie vers le succès de Legs Diamond. Si le personnage est ambitieux, on remarque surtout son audace, voire son insolence et son humour. À l’image des films bien plus tard des films de Quentin Tarantino (ces deux-là ont l’amour des petits truands en costard et des mitrailleurs de repartie), tout n’est qu’un jeu pour Legs Diamond : les morts s’enchaînent sur l’asphalte, mais rien ne semble pour lui dramatique ni même bien réel. Une fantaisie. Ni remords, ni excuses, ni psychologie, ni haine, ni peur. Comme bientôt chez Leone et bien plus tard donc chez Tarantino, c’est à ce prix que le spectateur peut entrer en empathie avec ce type de personnages. On accepte qu’ils soient des criminels, on les voit tuer et se faire tirer dessus. Et si Legs se croit invincible, on le pense aussi. Bien qu’inspiré d’un gangster bien réel, sa représentation est bien fantaisiste. Est-ce que ce ne serait pas cela justement le cinéma moderne ? Jouer du fait que le spectateur ne peut plus se laisser duper. Prendre aussi le contrepoint complet de la nouvelle mode à Hollywood chez les acteurs, héritée des intellos de la côte est : la psychologie et l’investissement personnel dans la construction du personnage. On ne construit plus rien : on s’amuse.

Là où le film bascule, c’est justement quand le jeu prend fin et que tout d’un coup tout semble prendre un ton plus dramatique : arrivé au sommet, à peine après avoir délogé les propriétaires d’un cabaret servant de couverture, en quelques secondes le film sombre dans le n’importe quoi. D’abord, contre toute vraisemblance, Legs refuse de venir en aide à son frère (là encore, je ne peux pas croire que ce soit autre chose que la censure qui ait imposé un tel revirement de caractère). Sa femme devient ensuite alcoolique, le couple part en Europe et passe son temps dans les salles de cinéma, prétexte à y montrer les mêmes séquences d’actualité illustrant la fin de la prohibition et l’arrivée d’une nouvelle forme de pègre plus « syndiquée » et internationale à laquelle Legs sera bientôt exclu. Tout cela est bien trop vite expédié. S’il avait fallu une fin brutale pour le caïd, il aurait été plus avisé de le tuer à son sommet sans nous imposer un quart d’heure de chute laborieuse. Si le parcours de Legs n’est pas sans rappeler celui de Tony Montana, je n’ai pas souvenir que Brian De Palma se vautrait autant en mettant en scène les excès responsables pour beaucoup de sa chute à venir. Réussir un tel tournant dramaturgique dans un scénario qui traite de l’ascension (qu’elle soit criminelle ou non d’ailleurs), c’est probablement un art difficile, mais ni Landon ni Boetticher ne semblent y avoir mis beaucoup de cœur pour traiter ce dernier aspect du personnage… Allez expliquer au spectateur qui s’est amusé depuis une heure des répliques et de l’audace du personnage principal qu’il est temps de lui régler son compte en prenant soin d’abord d’éliminer toute sympathie qu’on pouvait éprouver pour lui…

On va fermer les yeux sur cette fin dispensable. Il ne faudrait pas que ces dernières minutes ratées nous obligent à bouder notre plaisir. Un peu de fantaisie dans le monde des brutes et viva le cinéma.


La Chute d’un caïd, Budd Boetticher 1960 The Rise and Fall of Legs Diamond | United States Pictures


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For All Mankind (2019)

Space Soap Opera

Note : 3.5 sur 5.

For All Mankind 

Année : 2019

Création : Ronald D. Moore, Ben Nedivi, Matt Wolpert

Première saison pleine de promesses avec une idée de départ qui vaut le détour : revisiter l’histoire de la conquête spatiale si le premier homme sur la Lune avait été soviétique. À partir de là, on imagine que le bloc soviétique ne se serait pas effondré et que la course à la Lune ne se serait pas arrêtée aux premiers pas (curieusement, le fait que les Soviétiques envoient la première femme sur la Lune est l’occasion d’aborder efficacement l’angle de la féminisation dans la série), ce qui aurait boosté la recherche technologique et l’innovation (la série est distribuée par Apple et dans les saisons suivantes, on voit notamment que la firme à la pomme a pu bénéficier de ces innovations, puisque tous les foyers américains possèdent une sorte de Mac perfectionné — Sony qui la produit se montre plus discrète, car on en est encore à la saison 3 aux disques à microsillons alors que son lecteur CD est censé avoir déjà été inventé, allez comprendre… ; on parle aussi de voitures électriques et de fusion, alors que la propulsion nucléaire devient un enjeu dans un monde n’ayant pas connu Tchernobyl…). Si la série était partie pour une dizaine de saisons, on aurait pu tout autant appeler ça Uchroniques martiennes

Sur le principe, en prenant un peu de hauteur, on peut être amenés à se demander (comme je l’avais évoqué dans cet article) ce qui compte le plus dans la conquête spatiale et ce qui apparaîtra comme réellement important dans des décennies ou des siècles, entre le premier être dans l’espace, celui sur la Lune ou sur Mars… Si aujourd’hui, la Lune fait office de symbole, c’est peut-être aussi parce que l’on n’est pas allés ailleurs et que l’on n’a aucun autre référentiel disponible… Si l’humanité va un jour plus loin dans le système solaire, l’approche historique en sera forcément transformée.

Passé la surprise initiale de la proposition au cœur de la série, les deux premiers épisodes sont parfois un peu pénibles à voir, mais tout change quand il est question de réintégrer un équipage féminin au projet Apollo. Cet angle audacieux est l’occasion de mettre en avant certaines réalités de l’histoire. Car la série fonctionne le plus souvent de la même manière : elle ne crée pas des faits historiques à partir de rien, elle fait tomber la pièce du hasard d’un côté plus que de l’autre. Les femmes du programme Mercury ont par exemple bien existé. On sait également qu’il y avait des femmes ingénieurs à la NASA et qu’elles n’y ont probablement pas trouvé les promotions méritées. La série permute aussi habilement les conséquences des attentats sur Jean-Paul II et sur John Lennon.

La grande réussite de la série, surtout, au-delà de ses fantaisies historiques, ce sont ses acteurs. Les séries ces vingt dernières années ne se sont pas améliorées non seulement dans l’écriture ou dans la réalisation, mais aussi dans la qualité de leur direction d’acteurs. Ce n’est pas forcément toujours homogène, et la série s’attarde un peu trop à mon goût sur les relations familiales, professionnelles et amicales, alors pour éviter le soap, on ne peut faire l’économie d’acteurs à la hauteur…

C’est malheureusement le grand défaut, aussi, de la série dans la saison 2 : au lieu de poursuivre un programme en introduisant de nouveaux personnages et en en mettant d’autres, principaux sur la première saison, éventuellement à des rôles subalternes, ils choisissent de reprendre les mêmes personnages et de pousser jusqu’à l’excès certaines relations. On aurait espéré pour cette nouvelle saison dont l’enjeu consiste à construire une base lunaire et à se disputer un minuscule territoire avec les Soviétiques que la série tourne au space opera. Au lieu de ça, on fonce droit dans le soap opera… (quel intérêt y a-t-il à développer une histoire amoureuse entre la femme d’un astronaute et le fils d’un autre ?) Mettre l’accent sur les acteurs et leurs relations, ça coûte moins cher que des séquences d’action sur la Lune, mais on finit esclave de ses propres personnages, voire de ses acteurs vedettes à qui il faudra sortir le carnet de chèques pour les maintenir au programme… Sans compter que vous pouvez faire vieillir de dix ou vingt ans n’importe quel bon acteur, il ne pourra pas éviter le ridicule une fois affublé d’un maquillage grotesque (ils ont aussi le bon goût de faire mourir probablement les deux meilleurs acteurs de la série).

L’autre grand défaut, et à la fois la qualité de la série, c’est qu’elle coche peut-être un peu trop toutes les cases de l’inclusivité. La féminisation de la société à travers les exploits des femmes envoyées sur la Lune, c’était bien. Intégrer dans la série des personnages de couleur qui ne sont pas réduits à des seconds rôles, c’est bien aussi. Faire d’une astronaute un personnage lesbien obligé de masquer sa nature en s’alliant avec un ingénieur, également homosexuel, c’est bien aussi. Mais tout empilé sur une poignée d’épisodes, on ne voit plus que cet angle, et il manque de la place pour le reste : l’essentiel, la trame principale… Il y a une autre manière de se montrer inclusif : donner des rôles à des personnages importants qui se trouvent être des femmes, des personnages de couleur ou des homosexuels, on n’en fait pas des tonnes, et ça passe pour des évidences auxquelles on finit par ne plus prêter attention (alors qu’ici, ces trois sujets proposent trois axes narratifs différents à la série ; ça limite d’autant le nombre d’axes disponibles pour traiter en d’autres, et l’on évite le plus souvent les grossièretés comme le passage des clandestins à la frontière mexicaine…). Trop de soap opera, pas assez de space opera… J’espère qu’ils auront le bon goût pour les saisons suivantes de ne pas réincarner Spock ou JR Ewing quand ils en viendront à la conquête de Titan…

Un autre défaut de la série, c’est qu’on se demande parfois s’il y a un seul pilote dans l’avion. Quand le scénario semble vouloir parler de zones grises, pour reprendre le titre d’un épisode, au niveau politique et international, paradoxalement on n’échappe pas à certaines séquences patriotiques neuneues. Que les soldats américains fredonnent du Wagner lors de l’attaque d’une mine soviétique, ce n’est pas un problème (c’est pour appuyer le fait que c’est justement eux qui jouent le rôle d’agresseurs). Mais quand la musique d’accompagnement devient entraînante, glorifiante, c’est à se demander si le réalisateur ou la production qui commande le choix de la musique a compris le sens de la séquence… Une autre séquence ridicule au début de la série laisse croire que bien que le premier homme sur la Lune ait été soviétique, l’ensemble de la planète manifeste, oui manifeste, pour exprimer leur amour de l’Amérique… Les Américains ignorent encore que même dans un univers parallèle où ils auraient perdu la course à la Lune, il est assez peu probable que de telles manifestations en leur faveur puissent voir le jour à travers le globe… Les États-Unis ne sont pas les leaders d’un hypothétique monde libre, ça leur semble difficile à intégrer. On remarque aussi que si les séries et les films américains ont arrêté de laisser aux Noirs les rôles de cadavres utiles, cette fonction s’applique désormais aux Européens : le Hollandais « volant » de l’ESA s’écrabouille piteusement sur la Lune, forçant « la première Américaine sur la Lune » à venir le secourir (et se sacrifier). Une fois de retour sur Terre, s’il ne finit pas mort, il choisit de venir bien tranquillement chez lui loin du pays des héros de la Terre, l’Amérique… L’Europe, cinquième roue du carrosse galactique.

La troisième saison semble continuer vers cette voie un peu ridicule du recyclage des personnages des saisons précédentes (de mauvais effets spéciaux en prime), et traite cette fois de la conquête de Mars avec l’entrée dans le game du new space (avec une sorte de mélange réussi entre SpaceX et Google), voire de la Chine (ou de la Corée du Nord ; sans compter que l’Union soviétique n’a pas été disloquée). On suivra ça, ou pas. Le même constat que d’habitude avec la science-fiction : ce n’est pas forcément toujours bien brillant, mais on regarde par curiosité du lendemain ou des possibles…


For All Mankind | Sony Pictures Television, Tall Ship Productions


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Le tueur s’est évadé, Budd Boetticher (1956)

Veuf mollet

Note : 3.5 sur 5.

Le tueur s’est évadé

Titre original : The Killer Is Loose

Année : 1956

Réalisation : Budd Boetticher

Avec : Joseph Cotten, Rhonda Fleming, Wendell Corey

Noir tardif basé sur une sorte de suspense simple mais efficace, et prenant à rebours le principe hitchcockien selon lequel il ne faut jamais appeler la police. La police est déjà là : un homme cherche à assassiner l’un de ses membres pour une sombre histoire de vengeance (le policier interprété par Joseph Cotten a abattu sa femme accidentellement). Alors que la logique voudrait que le couple déguerpisse le plus loin possible pour échapper à leur destin funeste, Joseph Cotten et Rhonda Flemming restent bien sagement à portée de main du criminel… Ce qui ne manque pas de provoquer quelques aberrations et bonnes tranches de fous rires incrédules.

La fin tombe dans certaines outrances de travestissement qui annoncent celles de Psychose et autres joyeusetés psychiatriques des années soixante. La dernière scène de poursuite pourrait même être perçue comme les prémices de La Nuit des masques avec une séquence de terreur dans ce territoire étrange et paradoxal, typique des banlieues américaines, perdu entre vie publique et vie privée, où les propriétés connaissent ni clôture ni portail, où les oreilles coupées poussent sur de beaux gazons et où les assassins masqués courent derrière les pom-pom girls à gros seins… La scène s’étire plus qu’un épisode d’Olive et Tom, ce qui aurait presque pu faire passer Boetticher pour un précurseur du western spaghetti s’il était question ici de western. Ce qui n’est pas loin d’être le cas d’ailleurs : les personnages répondent relativement assez bien aux stéréotypes du genre (le brave shérif et sa femme dévouée, ses adjoints, et le tueur vengeur échappé du pénitencier…).

Comme à son habitude, Budd Boetticher se fait surtout remarquer par sa mise en scène élégante et bon marché. Ses plans sont vite rentabilisés en de nombreux mouvements d’appareil d’ajustement et sa mise en place des acteurs dans le cadre toujours aussi raffinée. Les interprètes sont uniformément convaincants : beaucoup de seconds rôles de qualité (la justesse des acteurs de second plan permet parfois à elle seule de rendre crédible le monde reproduit sous nos yeux) ; un Joseph Cotten flegmatique comme à son habitude, qui met ici sa nonchalance et son intelligence au service d’un rôle de policier intègre ; et surtout, une Rhonda Flemming à l’autorité naturelle, image paradoxalement parfaite (mais trompeuse) de la femme dévouée (souvent à ses fourneaux) et au caractère décidé, à la limite de la désobéissance, donc de la subversivité (stéréotype conservateur de l’American way of life si bien dépeint dans les westerns ou les sucreries hollywoodiennes bien obéissantes des années 50). Sans la présence de ces deux-là, et sans la mise en place de Boetticher, le film aurait sombré vers la série B. En deux ans, Flemming semble avoir tourné l’essentiel de ses grands films… : Le mariage est pour demain, Deux Rouquines dans la bagarre (pas étonnant de la retrouver chez Boetticher et Allan Dwan, ces deux-là partagent un même savoir-faire dans le choix et la direction d’acteurs), La Cinquième Victime et Règlement de compte à OK Corral.

À 3, je vous montre mes mollets poilus : 1… 2…


 

Le tueur s’est évadé, Budd Boetticher 1956 The Killer Is Loose | Crown Productions


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Les Indispensables du cinéma 1956

Listes sur IMDb : 

MyMovies : A-C+

Noir, noir, noir…

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Chronique d’un amour, Michelangelo Antonioni (1950)

Les téléphones noirs

Chronique d’un amour

Note : 3 sur 5.

Titre original : Cronaca di un amore

Année : 1950

Réalisation : Michelangelo Antonioni

Avec : Lucia Bosè, Massimo Girotti

En Italie, il y avait avant-guerre les téléphones blancs, après, il y a eu les comédies, le néoréalisme (qui, à mon sens n’est, pour une bonne part, qu’une perception impersonnelle, voire erronée, des critiques, comme la « modernité », mais c’est une autre histoire), et il y a… les « téléphones noirs ». Non, ce n’est pas un faux numéro de ma part, c’est ma propre perception, ma propre histoire donc, ma vision « critique » de ces films d’après-guerre italien mêlant intrigue criminelle et sentimentalisme plein de vice.

Il n’est pas question des canons supposés du néoréalisme, mais sans doute parce qu’on y dévoile des extérieurs de nuit sous la pluie, des intérieurs bien réels, et qu’on y retrouve Massimo Girotti, l’acteur d’Ossessione, la Cinémathèque française nous vend le morceau comme un élément du néoréalisme. Peut-être aussi parce qu’effectivement avec cette trame criminelle et sentimentale, Ossessione n’est pas loin. Sauf que, pour le coup, le film de Visconti avait tous les aspects typiques du genre (et pour cause, il est le maître étalon en quelque sorte, le premier ayant servi de référence, pour son style, aux autres films).

Ce qui ne se faisait plus à Hollywood, on s’étonnait de pouvoir alors le retrouver dans les polars français ou italiens. Là où le code Hays imposait de ne plus diffuser à l’écran que la vie trépidante et pleine de misère sentimentale de la haute société, il était encore possible de traiter dans le cinéma européen la réalité du monde et, par conséquent, les vices de ses habitants. Un génie, sans doute biberonné au cinéma hollywoodien, s’est émerveillé de voir cette « fraîcheur » qui jurait avec les grands films américains tournés en studio sur des gens bien comme il faut, et c’est ainsi que le néoréalisme est né. À Hollywood, il était tout aussi mal vu de montrer les pires tendances criminelles chez les personnages principaux. Ce qui était valable avec Ossessione, l’est ici avec Chronique d’un amour.

Mais si le vice des amants criminels d’Antonioni constitue bien le sujet du film, toute une autre frange du film ne colle pas avec les exigences ou les « attendus » du néoréalisme : en lieu et place du mari qui se tue à la tâche dans une station-service (Antonioni se rattrapera sur ce point dans Le Cri), le mari ici se présente sous les traits d’un riche industriel. Ce qui change beaucoup de choses : dans Ossessione, le vice animal suit une logique de survie et de misère (c’est même quasiment un western). Ici, rien ne fonctionne par instinct. Cela colle mal au néoréalisme (le luxe peut certes servir du sujet tout en revendiquant d’une approche néoréaliste, mais disons que c’est probablement plus difficile à faire avaler…), et ça nous empêche aussi de nous identifier à ces deux personnages d’amants maudits. Si lui est assez passif (ce qui n’est pas non plus un gage que le spectateur ait la moindre sympathie à son égard…), elle, en étant plus offensive et sans scrupule, est tout bonnement insupportable. Et comme Antonioni peine à nous faire croire en une passion dévorante qui lierait les deux personnages (on pourra difficilement faire croire que lui se montre particulièrement amoureux de sa belle), et que le film présente quelques longueurs (monsieur expérimente peut-être la pesanteur à venir et découvrira que ce sera plus efficace sur un temps diégétique court, la nuit, dans des déserts ou sur une île…), eh bien, on ne peut pas dire que le film soit plaisant à voir, ni même réussi pour une première réalisation.

Les acteurs n’y sont en revanche pas si mal dirigés. Rien à voir avec l’improvisation supposée du néoréalisme ou ses placements aléatoires : comme dans Le Cri, le découpage technique est précis et l’emplacement des acteurs dans le cadre reste encore très codifié avec des principes hérités du théâtre (ce qui n’est pas pour me déplaire). La même année, Lucia Bosè tourne dans l’excellent Pâques sanglantes et on la retrouvera un peu plus tard dans Mort d’un cycliste qui possède, ironiquement ou non, certaines connexions avec le dernier acte de cette Chronique d’un amour. À à peine vingt ans (plus jeune que son personnage), elle montre une certaine facilité devant la caméra (d’une beauté froide ici assez peu avenante, elle est plus lumineuse dans le film de De Santis). Mais il lui aurait été difficile de sauver un tel personnage et de nous intéresser à son sort de petite parvenue criminelle et gâtée. Quant à Massimo Girotti, il n’a souvent qu’à se contenter de regarder ses partenaires, avec sa présence, son aisance sans forcer, son autorité néo-naturelle, et le tour est joué (il sort, lui, d’Au nom de la loi, présenté par la Cinémathèque, là encore, dans cette rétrospective sur le néoréalisme, et qui serait plutôt un western à la sauce sicilienne). Reste que cette sobriété, si elle passe pour du charisme quand on hérite seul du haut de l’affiche, devient vite de la passivité ou de l’apathie quand un autre personnage, forcément féminin, joue les tentatrices et dicte ce qu’il doit faire (il ne montre pas beaucoup d’entrain non plus à contrarier ses plans). On aurait presque envie de botter les fesses de l’un et de filer des claques à l’autre. Le spectateur est une brute au cœur pur : même les criminels, il veut pouvoir les aimer. Elle est bien là la magie (et le rôle social) du cinéma.

Pour trouver de bons « téléphones noirs », chers Sancho Panza, je suppose qu’il faudrait lorgner du côté de Cottafavi, avec par exemple Une femme a tué, ou de Giuseppe De Santis, avec une veine moins urbaine, avec Chasse tragique ou Riz amer, mais j’avoue ne pas être spécialiste de ces mélos criminels et sentimentaux dans l’après-guerre italien, ni même souhaiter le devenir.

PS : le plus amusant dans l’histoire (divertissons-nous un peu), c’est que si le mari n’avait pas engagé un détective pour se mêler de ce qui ne le regarde pas, sa femme serait restée loin de son ancien amant.

 

Chronique d’un amour, Michelangelo Antonioni 1950 Cronaca di un amore | Villani Film


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L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot, Serge Bromberg, Ruxandra Medrea (2009)

Les bonnes intentions

Note : 3.5 sur 5.

L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot

Année : 2009

Réalisation : Serge Bromberg, Ruxandra Medrea

Avec : Romy Schneider, Bérénice Bejo, Serge Reggiani, Jacques Gamblin

Belle autopsie d’un désastre. La démarche est originale : réaliser un documentaire-enquête sur un film inachevé longtemps resté une légende en en expurgeant des rushes devenus aujourd’hui célèbres.

Rater un film pour un cinéaste de génie n’est pas inhabituel. Ce qui l’est déjà plus, c’est de se révéler incapable de le finir, et de voir plusieurs décennies après un distributeur chercher à en recoller certains morceaux… Netflix avait précédemment golemisé le film inachevé d’Orson Welles, The Other Side of the Wind, avec un résultat contrasté. L’occasion en tout cas de découvrir pourquoi certains projets peuvent tourner à la catastrophe. Ces produits présentent une valeur plus historique que réellement artistique.

Ayant pris la grosse tête après quelques succès, Clouzot voit les choses en grand pour un film psychologique. Au milieu des années soixante, la psychologie, du moins les troubles psychologiques, fonctionne comme les effets spéciaux d’aujourd’hui : son recours facile, souvent racoleur, coûte moins cher que la technologie ou les décors exotiques, et beaucoup de cinéastes, y compris des vétérans, se lancent dans cette mode.

Le projet semble avoir pris des dimensions disproportionnées quand un studio américain s’en est mêlé. On sait ce que l’argent des studios a fait de cette décennie à Hollywood… Le paradoxe, c’est que Clouzot cherchait quelque chose d’innovant avec de gros moyens.

De ce qu’on peut voir de ces séquences en couleurs, « cinétiques », c’est plutôt réussi, reste à savoir si ça peut avoir sa place dans un film narratif. En 1964 (année de tournage du film), Teshigahara tourne La Femme des sables : on devine qu’autant sur le plan sonore que sur le plan des séquences d’hallucinations, c’était vers quoi Clouzot aurait sans doute voulu aller. Cela fonctionne dans La Femme des sables parce que les effets sont peu soulignés (rien que l’usage intermittent de la couleur aurait probablement proposé une accentuation trop marquée dans le film de Clouzot). Les émotions que cherche à partager Teshigahara sont quasi primaires : le désir, l’incompréhension, l’inconfort, l’ennui, la peur… En revanche, la jalousie (thème de L’Enfer), je n’ai pas beaucoup d’exemples en tête qui pourraient me laisser penser ou me convaincre que ce soit un sentiment particulièrement facile à rendre au cinéma. Primaire, oui, mais foncièrement antipathique.

La jalousie, d’une manière générale au cinéma, elle est éprouvée par les personnages, et le spectateur s’y identifie assez peu. Ce n’est d’ailleurs pas forcément toujours plaisant à suivre, puisqu’il s’agit d’un sentiment antipathique largement connoté négativement… C’est peut-être placé face à cette difficulté que Clouzot se trouve incapable de donner corps à ses personnages. On le constate avec les plans préservés : si Clouzot pense peut-être réinventer l’eau chaude avec ces séquences psychédéliques (alors qu’il ne fait que réinventer des effets quarante ans après de l’avant-garde), et si ces séquences prises séparément valent le détour (si personne ne peut savoir ce que ç’aurait pu donner, monté dans un film, peut-être même en en gardant que des fragments infimes), le problème se situait ailleurs.

Si aucune des séquences dialoguées n’est intégrée au montage par Bromberg (probablement parce qu’il manquait la piste sonore des séquences), il reste les séquences en noir et blanc de la vie quotidienne que Clouzot aurait sans doute voulu monter en plans-séquences : muettes, le cinéaste y aurait peut-être ajouté une musique. Et le problème, c’est que ces séquences sont mal dirigées. Je veux bien croire que Clouzot était un réalisateur pointilleux qui préparait tout méticuleusement, il éprouvait manifestement des difficultés non seulement pour s’attirer la confiance de ses acteurs, mais aussi tout simplement pour les diriger. Que ce soit les premiers ou les seconds rôles. Tous surjouent affreusement là où, pour des séquences de la vie quotidienne, il faut en faire le moins possible. Plus encore, quand il s’agit de suggérer un sentiment naissant fait de suspicion, de peur de l’abandon, et de solitude. On ne montre pas tout ça avec si peu de délicatesse.

Je juge peut-être durement Clouzot à faire la critique d’un film qui n’existe pas, mais après tout, le film a suivi le même sort que celui d’Orson Welles, inachevé et monté des décennies plus tard, avec là encore une particularité : pouvoir faire non seulement la critique d’un film inachevé, mais aussi affirmer que le film dans le film, réalisé, là encore en couleurs, par la femme du réalisateur, était beaucoup plus intéressant que le film du réalisateur lui-même. Faire la « critique » d’un film inachevé, s’amuser à en deviner les faiblesses (quitte à se demander si le réalisateur lui-même, voire toute l’équipe, n’était pas tout aussi conscient des mêmes faiblesses), ça devrait rester possible. Comme à mon habitude, je prends mes aises avec les films des autres (et c’est d’autant plus facile si le réalisateur n’a pas fini son film et n’est plus de ce monde) : le spectateur a tous les droits.

Voilà donc une étrangeté historique, pleine d’informations, qui diffère sans doute du film inachevé de Welles par la volonté d’en faire un film à part entière sur le film en question (et non prétendre achever l’œuvre ratée d’un cinéaste qui manifestement avait souhaité faire chier son monde plutôt que de faire son travail).


 

L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot, Serge Bromberg, Ruxandra Medrea (2009) | Lobster Films, France 2 cinéma, Canal +


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Au nom de la loi, Pietro Germi (1949)

Sicile : Si cille, ci-gît

Note : 4 sur 5.

Au nom de la loi

Titre original : In nome della legge

Année : 1949

Réalisation : Pietro Germi

Avec : Massimo Girotti, Charles Vanel

 

La mise en scène au cinéma n’est pas faite que de mouvements de caméra ou de découpage technique. Mettre en scène consiste aussi à diriger des acteurs, c’est-à-dire à les mettre en situation dans le cadre. Pietro Germi en donne le parfait exemple ici. On aura rarement vu des acteurs jouer aussi bien leur partition des premiers aux seconds rôles dans une montée constante de l’intensité.

Au nom de la loi est un western de Sicile, un film de mafia obéissant plus aux logiques épurées, mythologiques et brutales d’un récit situé dans le Far West qu’à celles d’un film policier. Tous les archétypes du western s’y retrouvent. Un élément essentiel du genre tout particulièrement : la menace sauvage, directe, physique (en face à face ou derrière une colline, au coin de la rue), qui explose rarement dans le champ de la caméra. Si les meurtres sont montrés à l’écran, les coups de feu restent hors-champ. Ce refus de la violence exposée de face accentue l’impression que les tirs peuvent provenir de partout. Et à tout moment.

Pietro Germi met donc parfaitement en scène cette menace permanente par le biais de ses acteurs : les regards se font face sans jamais se baisser, c’est encore par le regard qu’on jauge son adversaire, qu’on lui tient tête ou que l’on cherche à l’intimider. Jusque dans les seconds rôles, les jeux de regards servent à créer cette ambiance pesante et inquiétante. Par exemple, quand l’un des chefs mafieux suspecte la femme du baron d’un double jeu, il lui jette rapidement un regard en coin révélant explicitement par là au public ses suspicions. Ces petits coups d’œil qui ne durent qu’une fraction de seconde servent à ponctuer un plan ou une séquence (tandis que les regards insistants apparaîtraient probablement plus au premier plan et au cœur d’une séquence). Ils produisent les mêmes conséquences et effets sur le spectateur qu’un aparté au théâtre : une certaine connivence avec le spectateur et l’addition à la scène d’une information que l’on pourrait suspecter de ne pas être totalement diégétique (en réalité, dans la vraie vie on ne laisse jamais apercevoir de telles expressions, elles pourraient trahir nos pensées).

Preuve, encore une fois, que diriger des acteurs, que jouer au cinéma comme au théâtre, ce n’est pas « faire comme dans la vraie vie ». Un jeu bien dirigé se révèlera beaucoup plus riche en informations qu’un jeu qui se contenterait d’être « vrai » (sans pour autant que cela fasse « moins vrai »). Jouer, c’est une illusion, tout est connivence et aparté avec le public. Les acteurs qui croient pouvoir donner à voir en étant naturels s’illusionnent eux-mêmes sur le pouvoir d’évocation ou d’expression de leur « nature ». On peut bien sûr décider de procéder sans ces informations apportées au public, mais on le fait alors dans une logique de distanciation, car « naturellement », en « cherchant le vrai », on rend plus difficile l’accès à ces informations que le public est alors invité à imaginer. Le tout est de savoir ce que l’on fait : adopter un style de jeu naturaliste en tentant par ailleurs de multiplier les effets d’identification aux personnages, c’est probablement se casser la gueule, même si on le sait l’équilibre entre identification et distanciation permet a priori certaines combinaisons n’allant pas de soi. Au cinéaste alors à trouver la bonne formule, la cohérence, la faire adopter à ses acteurs, s’y tenir tout au long du tournage, et convaincre le public qu’il a adopté la bonne formule… (Public qui d’ailleurs aura rarement conscience de ces enjeux de mise en scène. Surtout s’il ne conçoit la mise en scène qu’à travers le jeu avec la caméra, le montage et les autres éléments techniques du film…)

C’est toute la subtilité de jouer un sous-texte qu’aucun acteur ne proposera sans la direction d’un metteur en scène. Hitchcock avait raison : l’intensité des regards chez ceux qui s’aiment ressemble à celle des regards de ceux qui se sentent menacés, qui sont aux abois ou qui jaugent un adversaire. On voit bien ici une sorte de continuité d’intensité des regards entre les séquences de confrontation entre la mafia et la justice et entre les séquences entre le jeune juge et la baronne.

Le film est présenté comme appartenant à une mouvance néoréaliste, les critiques auront vite fait de placer le film dans cette catégorie en y voyant les décors naturels et les quelques acteurs amateurs du film. En réalité, loin du naturalisme, donc du néoréalisme, le récit évoque davantage le western ou la tragédie (ce qui n’est pas loin d’être la même chose). Il n’est pas étonnant d’ailleurs de voir que d’autres équipes d’écritures en Italie produiront dès la décennie suivante les chefs-d’œuvre que l’on connaît (Fellini et Monicelli ont participé au scénario, si le premier est sans doute un peu loin du western, le second, sans n’avoir jamais réalisé de western spaghetti à ma connaissance, s’en rapproche avec des films plutôt picaresques).

Au nom de la loi, Pietro Germi (1949) In nome della legge | Lux Film


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L’Ennui et sa diversion, l’érotisme, Damiano Damiani (1963)

Le présent nu

Note : 3 sur 5.

L’Ennui et sa diversion, l’érotisme

Titre original : La noia

Année : 1963

Réalisation : Damiano Damiani

Avec : Bette Davis, Horst Buchholz, Catherine Spaak

Le sujet n’est pas inintéressant, mais il manque toujours chez Damiano Damiani un petit quelque chose qu’il lui permettrait de mettre en valeur les histoires qu’il adapte. En dehors de quelques musiques diégétiques par exemple, il semble ne pas vouloir, ou ne pas savoir, utiliser la musique pour rehausser la tension dans ses films. Si avec la caméra, il se débrouille, sa direction d’acteurs paraît inexistante et son sens dramatique suspect. Dans un drame sexuel et psychologique, voire social, comme ici, sur la durée, Damiano Damiani échoue à instaurer un ton et une harmonie propices à l’émergence d’une curiosité chez le spectateur ou d’un suspense. Dans la construction d’un récit, et dans la mise en scène, avec les acteurs, à travers les regards ou les silences, il faut arriver à faire peser sur l’instant, le moment présent de l’action, dans la situation, le poids du passé (parfois inconnu, caché, mais suggéré) et celui de l’avenir (incertitude sur les relations, conflits futurs, résolution des conflits à travers des compromis ou achèvement d’un but). Quand sur le présent ne pèse jamais ni le passé ni l’avenir, si l’on attend de chaque séquence qu’elle trouve son propre rythme, sa propre logique, sa propre intensité, le film rame. Et l’on s’ennuie. C’est exactement ce qui arrive ici.

Si Catherine Spaak ne s’en sort pas trop mal, c’est à la fois parce que l’insouciance qui définit beaucoup son personnage n’est pas le trait de caractère le plus compliqué à rendre pour une actrice, parce qu’elle a beaucoup de talent, et parce que c’est essentiellement le type de personnage qu’elle incarnait à l’époque. Mais les conflits intérieurs, les incertitudes morales, les détours psychologiques reposent sur l’acteur masculin. Impossible pour lui d’adopter le ton requis sans l’aide d’un grand directeur d’acteurs ou sans reproduire instinctivement les pulsions qui animent le personnage. Je doute d’ailleurs qu’un acteur puisse arriver à rendre un tel personnage sympathique… Pas convaincu non plus que de disposer de trois interprètes principaux de nationalités différentes contribue à la cohérence de jeu…

Dommage que Damiano Damiani ne se soit pas aventuré plus souvent vers des sujets personnels comme pour Les Femmes des autres : adapter les histoires des autres (ici, Alberto Moravia), a fortiori des romans, réclame un savoir-faire, en particulier une certaine audace à s’approprier un sujet, à ne pas le respecter. Au contraire de Damiano Damiani, Lattuada, par exemple, disposait de ce sens de l’adaptation (la « qualité italienne »).


 

L’Ennui et sa diversion, l’érotisme, Damiano Damiani 1963 | Compagnia Cinematografica Champion, Les Films Concordia



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Rocky II, Sylvester Stallone (1979)

La revanche de Bambi

Note : 3.5 sur 5.

Rocky II

Année : 1979

Réalisation : Sylvester Stallone

Avec : Sylvester Stallone, Talia Shire

Il n’est jamais trop tard pour voir ses vieux classiques.

J’ai vu Rocky, premier du nom, assez tardivement (je ne retrouve même pas la date), probablement dans les années 90, lors de soirées solitaires, scotché sur M6 ou la 5. Bien avant avoir vu Rocky Balboa au cinéma. Les deux opus ne m’ont pas laissé un souvenir impérissable. Je suis un enfant des années 80, j’ai grandi avec autour de moi de vagues personnes citant les films de la série pour en dégager les meilleurs… Ça me passait par-dessus la tête : j’étais plutôt de l’école des Cités d’or et de Bruce Lee (je n’ai même jamais vu Rambo, et personne dans mon entourage ne regardait en réalité ces films gonflés à la testostérone). Certains adolescents de cette époque possédaient une forme d’appétence conscientisée pour la virilité affichée de Rocky, en tout cas pour les promesses de testostérones garanties par tout ce qui virevolte autour du film. Et à l’adolescence, mon identité ne s’est absolument pas portée sur ce genre de représentations… Je vivais chez les ploucs, des ploucs petits-bourgeois, à la fois loin et proche de la ville, un esprit provincial sans l’être vraiment, et pour moi, le cinéma était une porte ouverte vers des mondes exotiques. Pas des miroirs dans lesquels j’espérais puiser des éléments identitaires (j’aimais les films, les histoires, je me foutais des stars ou des personnages). Bruce Lee cependant avait quelque chose de plus fin, de plus dansant, de plus étrange et de folklorique. Et dans la famille Stallone, mon intérêt allait plutôt vers le frère, Franck, musicien et auteur de quelques chansons de la suite de La Fièvre du samedi soir, que Sylvester réalisera par la suite : Staying Alive. Car en plus d’être amateur de Bruce Lee ou de « l’enfant du soleil », je bougeais mon popotin au rythme du disco ou de Michael Jackson… Chacun sa croix.

Je découvre donc sur le tard l’idole des « amis » de ma jeunesse (l’idole des années 80, devrais-je plutôt dire), et au-delà du fait que Stallone nous a manifestement servi la même recette à chaque film, il faut toutefois reconnaître à l’acteur-réalisateur-scénariste certaines qualités qui expliquent l’immense succès de la franchise à l’époque. Des qualités auxquelles paradoxalement je ne suis pas insensible. Aujourd’hui en tout cas.

Rocky II, Sylvester Stallone 1979 | Chartoff-Winkler Productions

On parle beaucoup, d’après ce que j’ai compris, du fait que le film (ou la série) soit un conte de fées. Je pense surtout que rien n’aurait été possible sans la personnalité de Sylvester Stallone. Souvent moqué ou déconsidéré pour son jeu d’acteur, limité pour certains, je crois au contraire que sa présence et son talent, son intelligence aussi, sa sensibilité évidente, voire sa vulnérabilité, ne trompent pas. Quand un phénomène est si démesuré, il est rarement immérité. Les idiots sont à la fois les plus durs à interpréter et les plus ingrats parce qu’on reconnaît moins volontiers votre talent. Et plus qu’un film de muscles, je vois en Rocky un film sur un naïf et gentil garçon, un Forest Gump avant l’heure.

Il faut un talent évident pour faire apprécier du public un idiot. En faire même une icône. Et je crains que, comme souvent, certains critiques aient la bêtise de confondre le personnage et l’acteur. Écrire pour soi un rôle qui n’est pas censé vous valoriser, vous rendre plus intelligent, démontre… une forme d’intelligence. Stallone a su identifier son emploi : les imbéciles aux gros muscles. Mieux, on sent qu’il a en lui cette sorte de complexe d’infériorité ancien (qu’il partage avec d’autres acteurs ou même écrivain, comme Mishima) qui explique sa volonté d’offrir au regard de tous, une fois adulte, une virilité assumée, voire reconstructive. Ces musculeux sont souvent d’anciens gringalets, et ils gardent toute leur vie en eux cette forme de retenue et de crainte, d’assurance feinte, propre aux personnes qui ont dû subir les moqueries et les brimades des plus grands. Ce qu’on décèle chez lui, et qu’on prend plaisir à voir transpirer plus que la sueur, c’est donc cette fragilité issue de ce complexe qu’il a su dépasser et contre lequel il lutte sans doute encore dans ses rêves. Le spectateur perçoit ça, et c’est pour ça qu’il apprécie le personnage. On aime les personnages qui se transcendent et qui possèdent des failles intérieures difficiles à cacher. Les années 80 ne seraient pas seulement les années fric, mais peut-être aussi un peu les dernières années d’insouciance avant les crises : les années où le divertissement puéril (sans connotation négative, ce sont les années Spielberg) explose, comme elles voient émerger un autre gringalet timide et fragile, devenu un quasi-dieu sur terre en façonnant là encore son corps, et sa voix, à ses désirs : Michael Jackson.

Et si la personnalité de Stallone et celle de Rocky se mêlent, c’est au profit du film et de l’icône encore puissante aujourd’hui. Le personnage créé par l’acteur (comme les clowns, Stallone a eu le génie de créer le sien à partir de rien, comme Charlot, comme le mime Marceau) s’apprécie pour les autres qualités qui se voient illustrées dans chacun des films : la gentillesse (joli paradoxe de ne jamais montrer une once d’agressivité pour un boxeur, ce qui colle mal avec l’archétype viriliste que Rocky est censé incarner chez ses plus fervents admirateurs : on apprécie la nuance, même si le musculeux gentil relève également du cliché), la détermination (une des qualités principales reconnues en Amérique surtout dans les années 80 de Reagan), et sa générosité (si son personnage est si photogénique, c’est qu’il ne recule derrière aucune audace, il est sans filtre et donc à la fois expressif et dénoué d’arrière-pensées, autrement dit, il a toutes les caractéristiques d’un enfant — ou d’un imbécile).

L’autre réussite du film, sans doute, c’est qu’à l’image d’autres films sur la boxe de l’âge d’or, ce n’est pas qu’un film sur le succès ou le dépassement de soi, c’est un film sur l’amour. Ces films sur la boxe de l’époque classique souvent étaient également des films noirs, où la mafia, les combines avaient leur part. Rien de tout cela dans Rocky : à l’image des années 80, on baigne continuellement dans l’optimisme. On se relève toujours plus fort. Sly is the limit. Ainsi Rocky pourrait être un mélange positiviste entre Sang et Or et A Star is Born… 

Les films de Stallone ne sont peut-être pas des chefs-d’œuvre, mais ils offrent au public quelque chose qui lui paraît honnête et authentique : Stallone lui raconte simplement une histoire, qui est en quelque sorte la sienne, avec sincérité. Et avec ses excès. On pourra reconnaître au moins que l’acteur aura ces cinquante dernières années imposé son image dès qu’on pense à la boxe au cinéma jusqu’à en éclipser toutes les autres. Ce n’est pas rien. Victoire par K.-O.



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Les Femmes des autres, Damiano Damiani (1963)

François, Paul et Virginie

Note : 4.5 sur 5.

Les Femmes des autres

Titre original : La rimpatriata

Année : 1963

Réalisation : Damiano Damiani 

Avec : Walter Chiari, Francisco Rabal, Letícia Román, Dominique Boschero, Gastone Moschin

— TOP FILMS

Admirable comédie (de caractères) italienne d’un style grinçant comme seuls les Italiens pouvaient en produire à l’époque. C’est aussi une comédie de retrouvailles entre potes, autre genre en soi (vu récemment l’excellent Return of the Secaucus Seven, de John Sayles, mais citons encore Diner, Peter’s Friends, Les Copains d’abord, Les Petits Mouchoirs, Vincent, François, Paul et les autres, etc.).

La bande recomposée d’un soir est menée par une sorte de Casanova au grand cœur, prototype du garçon charmant tout autant apprécié par les femmes que par les hommes. Les premières l’aiment pour son mélange étrange et irrésistible de séducteur invétéré et de sincérité, les seconds, pour sa capacité à rabattre à leur profit de futures victimes consentantes (ou non).

Le charmeur se révèle bien plus respectueux des femmes qu’il côtoie et manipule à l’insu de leur plein gré que ses amis. La bande, composée de petits-bourgeois soucieux de préserver les apparences et leur statut social, montrera moins de considération et de classe en n’hésitant pas à se foutre des conséquences de leurs mensonges sur leurs « conquêtes ».

Rien n’est pour autant blanc ou noir dans ces relations. Le groupe est plus ou moins présenté à travers les yeux d’un des amis (le film en fait d’abord l’introduction pour aller ensuite de retrouvailles en retrouvailles à travers lui). Celui qui retourne dans sa ville natale et vient s’enquérir de son vieux charmeur de pote sera le seul à lui montrer de la considération, à ne pas le voir exclusivement comme un rabatteur de minettes qui n’a pas su prendre le tournant de la vie rangée d’adulte responsable (donc hypocrite, corrompu et volage, malgré l’image livrée à la société). Il sera aussi le seul à conclure parmi les séducteurs de la bande avec un personnage féminin clé pour la réussite du film.

Cette fille, plus jeune qu’eux, déjà sans illusions, semble trouver au sein de cette bande d’amis reconstituée une forme de liberté éphémère, pas seulement sexuelle, pouvant lui faire oublier le temps d’une soirée son statut de femme vouée à être trompée, victime et objets du désir des hommes.

 

Elle a tout compris déjà de l’injustice des codes et des rapports humains entre les hommes et les femmes dans cette société bourgeoise : en tant que femme, elle peut seulement rêver de la même liberté, des mêmes détours, sans jamais avoir à subir les conséquences de ses écarts frivoles, car à moins de partir loin une fois sa réputation faite, si elle profite aujourd’hui des mêmes plaisirs que lui offre sa jeunesse, plaisirs accordés uniquement aux hommes, il sera difficile pour elle de préserver les apparences d’une jeune fille comme il faut. Les hommes volages ne prennent qu’un risque, celui de décrocher un statut de séducteur qui rendra les autres hommes jaloux. Elle, jouer un jeu similaire au leur lui brûlera assurément les ailes.

Un homme, avec le temps, finit au pire par gagner une beigne ou deux dans la figure par des maris, des frères, ou comme ici des ouvriers pourtant pas bien méchants. Une femme qui se laisse trop ostensiblement ouvrir aux plaisirs des autres pour contenter les siens finira, elle, par recevoir des coups bas après lesquels on ne se relève pas, oubliée plus vite encore par ceux qui hier disaient l’aimer. Il y a des amours sincères qui peuvent prendre tout de l’apparence des aventures passagères, et il y a des promesses d’amour faites par des hommes donnant toutes les garanties des hommes de bonne famille qui cachent toujours ou presque leurs basses pulsions de mâles coureurs et frustrés. À côté de cela, il y a des hommes sincères aussi, qui ont l’air d’en vouloir à vos fesses, et il y a des hommes, qui avec leur air d’hommes rangés ne s’intéressent réellement qu’à ces fesses. Les apparences sont trompeuses comme souvent.

Tout est gris, comme l’un de ces potes le dira au sortir du premier restaurant pour qualifier sa soirée.

Il faut parfois de bons contrepoints pour faire un grand film, ce personnage féminin (plus un autre, croisé à la fin du film, et représentant en quelque sorte le négatif du premier vingt ans après), dans un film de potes, en est un excellent ici. L’ambivalence (l’hypocrisie surtout) baignant le reste des relations entre les hommes, au milieu de cette bonne humeur de façade, en constitue un autre. Derrière les sourires, les jeux de séduction et les baisers partagés à la nuit tombée, beaucoup de tragédies personnelles. Et la description d’une société malade.


 

Les Femmes des autres, Damiano Damiani 1963 La rimpatriata | 22 Dicembre, Galatea Film, Societa Editoriale Cinematografica Italiana



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La Mort en direct, Bertrand Tavernier (1980)

Vallée de l’étrange

Note : 3 sur 5.

La Mort en direct

Année : 1980

Réalisation : Bertrand Tavernier

Avec : Romy Schneider, Harvey Keitel, Harry Dean Stanton, Max von Sydow

C’est beau comme du Stephen King : une bonne idée de départ qui appâte et qui se révèle vite stérile.

Deux vérités ici. Contradictoires. D’abord, celle que l’on peut réaliser parfaitement des films de science-fiction avec peu de moyens. Enfin, celle qu’il est extrêmement difficile de convaincre en SF sans tout un attirail high-tech, décoratif, voire contemplatif (d’un futur fantasmé prenant forme de manière crédible dans un film), au service d’un sujet qui, il faut se l’avouer, nous laissait alors indifférents.

La Mort en direct navigue entre Le Prix du danger et La Honte (déjà avec Max von Sydow). Le côté apocalyptique fait froid dans le dos, et la satire sur les médias est pleine de cruauté. Elle est même prémonitoire : ce qui est dit sur les programmes auxquels le public n’adhère pas tout en les regardant vaudra pour la TV poubelle des années 90 jusqu’à l’avènement de la téléréalité, voire pour l’explosion des chaînes privées devant fournir pour légitimer leur antenne du contenu toujours plus racoleur (ça vaut par exemple aujourd’hui pour les chaînes d’information en continu qui taisent le factuel et le décryptage au profit des bavardages de remplissage et de mise en lumière d’éditorialistes spécialistes de rien mais sûrs de tout).

Le problème, comme avec tous les films de SF, c’est qu’on pourra nourrir autant qu’on veut les personnages, leurs relations, c’est comme si le sujet, et surtout le monde parallèle ou futur proposé, finissait par accaparer l’essentiel de notre attention. Le spectateur se trouve un peu placé dans la situation d’un lecteur d’une fable de La Fontaine dont il ne saurait ce qui prime entre la morale de l’histoire et le « conte » qui précède… La fin, le moyen… Cela me semble un écueil difficile à surmonter pour les cinéastes qui osent s’attaquer à la SF et qui n’ont plus qu’à espérer en un miracle pour avoir la chance de réaliser un bon film… On sait qu’ils existent en SF : invoquer Harry Dean Stanton permet de s’attirer les faveurs des dieux du genre. La SF, parfois, se résume à être tenté par deux cornets de glace dont on nous dit que l’un d’eux est empoisonné. Choisir le bon garantit de s’en sortir et de se faire plaisir, mais même si l’on échappe à la mort immédiate, on risque encore la lapidation par le public.

D’ailleurs, si le récit s’essouffle aussi assez vite (au-delà de cet embarrassant « effet Stephen King »), toutes les diverses actions secondaires nécessaires à achever l’histoire font gentiment sourire ou hausser les épaules. J’ai peur que sans le maquillage high-tech et décoratif habituel du genre, et en dehors de très rares occasions (ces fameux miracles de la SF), ces défauts finissent toujours par nous sauter à la figure. Dans La Mort en direct comme dans n’importe quel film d’anticipation. Une sorte de vallée de l’étrange apparaît, non pas appliquée à la supposée ressemblance d’un robot humanoïde avec un humain, mais appliquée à la ressemblance d’un monde parallèle et futuriste avec la réalité (ou la crédibilité) du monde connu. C’est amusant un robot, mais moins on y croit, plus on prend plaisir à sa présence. Faites-en un objet trop ressemblant à ses créateurs, et ces derniers nourrissent pour lui un rejet immédiat. L’univers SF, procède de la même manière : s’il est trop conforme à notre réalité et que seuls quelques éléments nous ramènent à un ailleurs (tant temporel que spatial), et l’étrangeté devient trop malaisante pour que l’on y adhère. Ce qui reviendrait à la contradiction évoquée en début de commentaire : certes, il suffit d’un rien pour embarquer le spectateur dans un univers fictionnel parallèle ou futur, mais cette vallée de l’étrange nous oblige à être attirés bien plus par les propositions de SF à haute valeur ajoutée high-tech plus que par des univers ressemblants. (Citons toutefois deux contre-exemples des années 2000 : Les Fils de l’homme et The Man from Earth.) Un rapport compliqué avec une certaine forme de réalité altérée qui n’est pas sans rappeler les difficultés de la satire : une satire révèle des réalités acceptables quand elles visent « les autres ». Si elles dévoilent quelque chose de nous-mêmes, on préfère détourner les yeux.

Ça reste un Tavernier, jamais de chefs-d’œuvre ni de francs navets. En revanche, Romy Schneider, à l’image d’une Marlene Dietrich — sans lien avec leur nationalité —, j’avoue faire partie de ce public qu’elle a toujours laissé indifférent. Si cela peut se révéler utile dans des rôles à fonction, à pouvoir, dans des rôles plus passifs, l’actrice joue sur la corde sensible, l’apitoiement, et je ne rentre jamais en empathie avec une telle systématisation des sentiments… Autre vallée de l’étrange : voir que certaines actrices arrivent à plus toucher un public féminin que masculin.


 

La Mort en direct, Bertrand Tavernier 1980 | Films A2, Gaumont International, Little Bear


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Une histoire du cinéma français

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