Duel sans merci / The Duel at Silver Creek, Don Siegel (1952)

Duel sans merci

Note : 3 sur 5.

Duel sans merci

Titre original : The Duel at Silver Creek

Année : 1952

Réalisation : Don Siegel

Avec : Audie Murphy, Faith Domergue, Stephen McNally, Susan Cabot

Malgré quelques trouées dans le scénario, l’histoire tient la route. Pourtant Siegel, s’il est déjà bon au découpage et à la direction d’acteurs pour ce quatrième film, peine à mettre du relief et du cœur dans l’affaire. On est trois ans après l’excellent Ça commence à Vera Cruz, et je ne m’explique pas cette si longue absence à la mise en scène.

Quoi qu’il en soit, on se rend compte ici une nouvelle fois qu’une tête d’affiche, ça peut parfois faire la différence. Siegel a beau être un très bon directeur d’acteurs, tout le monde n’est pas Robert Mitchum, et rares sont les bons acteurs capables de jouer sur différents tableaux et tonalités dans un film. Le charme, l’ironie, l’aisance tranquille, ça ne s’invente parfois pas. Alors si tous les seconds rôles sont comme d’habitude, on pourrait presque dire parfaits, le rôle principal, ainsi que son principal opposant, jouent leur rôle au pied de la lettre, avec le sérieux et la rigueur de deux courtiers en assurances, et ne sont clairement pas à la hauteur pour faire passer cette production à un niveau supérieur. Stephen McNally est un très bon acteur, il a l’autorité qu’il faut pour le rôle, mais aucune fantaisie, aucune prise de risque pour s’écarter à minima des lignes de dialogues ou de la situation, et par conséquent aucun charme, aucune nuance notable dans son jeu.

Le scénario offrait pourtant des pistes à Siegel pour faire de ce shérif un personnage intéressant, et si l’un ou l’autre, réalisateur ou acteur, avaient pris un peu plus le temps d’offrir ces nuances, ou si Siegel avait hérité d’un acteur capable de jouer sur les failles du personnage proposées dans le scénario, ç’aurait vraiment pu donner quelque chose d’intéressant.

On est à la limite du western noir, du moins, c’est ainsi que c’est écrit puisqu’on y retrouve pas mal d’éléments propres aux films policiers de l’époque, à savoir la voix off du détective (ce qu’est un shérif) et une figure américaine d’anti-héros (sur beaucoup de plans, le shérif est crédule, voire aveugle, un effet renforcé par le fait qu’on connaît tout de suite qui sont les coupables recherchés, et que pendant tout le film, il se fait rouler par eux sans le voir, en particulier par la femme fatale et son soi-disant frère, chef de la bande).

Ce qui brouille peut-être les pistes, ce sont les deux rôles beaucoup plus affiliés aux stéréotypes du western : le jeune à la gâchette facile cherchant à se venger des brutes qui ont tué son père et la jeune fille à papa amoureuse du vieux héros et habile, elle aussi, de la gâchette (un modèle de la femme républicaine : une main sur le fusil, une autre sur le rouleau à pâtisserie). L’opposition était pourtant intéressante entre le jeune blanc-bec qui se révèle vite à la fois plus intelligent (ou lucide) que son patron et plus habile (le shérif a été blessé à l’épaule et cherche à cacher qu’il ne peut correctement tirer : c’est cette faille qui est mal exploitée par Siegel), et peut-être que Siegel n’a pas compris cet aspect du scénario et a préféré jouer sur le charisme mou de son acteur principal, allez savoir. On le verra souvent diriger par la suite de grandes carcasses à contre-emploi, et c’était sans doute ce qu’il fallait ici. Même John Wayne, avec sa nonchalance légendaire, aurait suffi pour en imposer dans ce personnage et jouer en quelques notes immédiates et compréhensibles la faille qui était celle de ce shérif. Même si, à y réfléchir de plus près, on imagine mal John Wayne accepter de jouer un personnage aussi naïf et trimbalé autant par ses ennemis… Alors, mettons… Gary Cooper, plus adéquate, certes, plus antihéros, le Gary Cooper du Train sifflera trois fois, tourné la même année, et qui est un western qui prend beaucoup plus son temps que celui-ci (c’est le moins qu’on puisse dire, preuve s’il en est, que le rythme, la concision, ce n’est pas toujours ce qu’il y a de mieux, même dans un western — ce qui deviendra une évidence avec les westerns spaghettis).

 


Duel sans merci, The Duel at Silver Creek, Don Siegel 1952 | Universal international 

Ex Machina, Alex Garland (2015)

L’Ex-Fiancée de Frankenstein

Note : 2.5 sur 5.

Ex Machina

Année : 2015

Réalisation : Alex Garland

Avec : Alicia Vikander, Domhnall Gleeson, Oscar Isaac

Bien pâlot pour un film qui est censé fournir une histoire de haute volée. Rien de neuf sous le soleil SF rayon IA. La problématique n’a pas évolué depuis Asimov, voire depuis Frankenstein, en pire.

L’IA progresse, en vrai, mais de tout ça, on ne saura rien. On prend du vieux, et on le sert à la mode 2015. Le savant fou n’est plus inspiré des personnages de Jules Verne (reste le côté “entrepreneur” dans sa tour d’ivoire), mais du yuppie (c’est comme ça qu’on dit ?) : forcément intelligent avec un QI hypertrophié (à la sauce anglo-saxonne, sorte de mythe de l’intello touche à tout, capable autant de créer sa boîte à treize ans, que de citer Oppenheimer), forcément cool et adepte de la gonflette. Musk en must. Le personnage est insupportable, mais les autres ne font pas mieux.

Depuis vingt ans, on ne peut plus voir un film sans l’indispensable twist. Il a au moins le bon goût de se pointer assez tôt et de réserver le dernier acte à une séance de facepalm fatiguée. Avant ça, la manière dont les deux “amoureux” sont amenés à s’intéresser l’un à l’autre se fait en un claquement de doigt. J’ai même peiné à comprendre l’intérêt d’illustrer le test de Turing. C’est à la fois incompréhensible et pas franchement susceptible de provoquer des situations dramatiques. On cause, on cause, et on cause. Le tout derrière une vitre… C’qu’on s’emmerde. Le film est d’ailleurs censé être un thriller en lieu clos, et rarement j’aurais vu une telle idée aussi mal exploitée. Faut dire que si le rythme est plutôt lent (façon « on va faire un film pesant, avec du mystère »), le montage est un gros bordel insupportable. Difficile dans ces conditions de jouer avec un lieu clos. (Un choix par ailleurs parfaitement gratuit. Disons que ça fait beau pour la cave postale.)

Pour montrer à quel point l’illustration du problème IA paraît un peu aujourd’hui rétrograde, il suffit d’y voir comment le corps de la femme y est systématiquement exploité. On se croirait replongé tout d’un coup dans les années 50, avec un vague assaisonnement cronenbergien (période post-porno oblige). Une IA, les mecs, c’est top, mais parlons plutôt des pin-up aux viscères électriques, aux ovaires stroboscopiques, au poil juvénile, et aux yeux de toutous dociles… Attention toutefois, les mecs, c’est un jouet pouvant se révéler castrateur !… Ouais, tu sais, comme toutes les femmes…

Bref, une horreur. Rien de mieux sur le sujet, que de se replonger dans Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? K Dick était déjà passé au niveau supérieur, la question n’était plus de savoir si une IA était possible, mais quel regard porterions-nous sur eux, et comment eux-mêmes se regarderaient-ils, et considéreraient-ils leurs “créateurs” ? Voilà un sujet plus bien profond qu’un vulgaire « Aurai-je un jour une copine avec des hanches chromées qui fait tchou-tchou quand je lui tire le sifflet… ? Oh, mais attends, suis-je vraiment le mécanicien ou la machine est-elle vouée à se révolter contre son créateur ?… » Allô, Mary Shelley ? On a retrouvé votre machin, ça fait deux siècles qu’il se balade dans nos coursives à fantasmes…


Ex Machina, Alex Garland 2015 | A24, Universal Pictures, Film4


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Le Convoi de la peur, William Friedkin (1977)

Boom

Le Convoi de la peur

Le Convoi de la peur

Note : 2.5 sur 5.

Titre original : Sorcerer

Année : 1977

Réalisation : William Friedkin

Avec : Roy Scheider, Bruno Cremer, Francisco Rabal

Pas peur de me faire exploser…

J’ai du mal à comprendre l’unanimité pour cette adaptation. Celle de Clouzot était pourtant un chef-d’œuvre, il fallait oser offrir autre chose et ne pas avoir peur de la comparaison.

Je n’ai pas lu le roman original. J’imagine que Friedkin est plus respectueux de la trame initiale. Peu importe. Pour moi, ça ne marche pas. Impossible de me laisser embarquer dans cette histoire louche. Il y a une règle majeure à laquelle peu d’histoires arrivent à se soustraire, c’est celle de l’unité d’action. Pour cela, il faut un sujet clair et parfaitement défini, du moins le premier acte achevé.

Dans le Clouzot, c’est évident : il faut aller d’un point A à un point B en chargeant de la dynamite sans se faire péter la tronche. C’est simple, et c’est efficace. (Il paraît que c’est pas tout à fait ça ; je veux bien le croire ; j’irai pas revoir le film pour m’en assurer[1].)

Ici, ce premier acte dure des plombes. Et tout ça pour nous mener où ? L’intérêt, il est dans le transport, alors donne-nous la marchandise, vérifie les freins, la jauge à caramel, et en route Germaine ! Une heure pour expliquer comment les personnages sont arrivés dans cette galère… Explique pas ! Jamais. Montre ! Alors bien sûr, on peut faire un très long premier acte, comme dans Voyage au bout de l’enfer ; mais il faut qu’il y ait un but. Là, soit il n’y en a pas, soit je n’ai pas eu envie de le comprendre. Dans le Cimino, c’est utile pour créer une opposition, le paradis et l’enfer… Là, je cherche (ou pas).

Une fois que le film est parti (enfin), Friedkin nous torture encore en s’attardant vingt minutes sur un seul obstacle, un seul pont… Obligé de nous refourguer cinquante fois le même plan sous la pluie… C’est bon, j’ai compris l’idée, passe à autre chose !

Les acteurs sont bons. J’adore Bruno Cremer (excellent dans La 317ᵉ Section). Quelques choix douteux pour créer une ambiance : des effets un peu lourds, la musique, le travail sur le son, le montage. Tout ça semble en fait un peu ringard et à côté de la plaque. Le film de Clouzot était centré sur les personnages, sur leur peur, sur l’enjeu absurde de leur quête, un peu comme dans Marche ou crève de Stephen King. Sans le laisser paraître, Le Salaire de la peur, en plus d’être un thriller, avait bien ce petit côté dystopique : le rétrécissement du récit autour de cette seule quête lui permettait de gagner une certaine valeur universelle car détachée de tout contexte et de toute explication. En insistant sur le contexte politique, sur les origines qui ont vu les personnages atterrir dans cette jungle, on perd de ce caractère universel. On retrouve la même chose dans Apocalypse Now ou dans Aguirre. Si les questions du pourquoi ou du comment sont sans cesse posée (plus que dans le Clouzot, de mémoire), on se fout de connaître les réponses. Parce qu’elles ne seront jamais meilleures que celles qu’on peut craindre. Mettre au centre d’un film des peurs primitives, celle de survivre face à un danger permanent, plonge le spectateur dans une tension, un suspense, qui n’a pas besoin d’une heure d’introduction. Les intérêts de la compagnie pétrolière, les petites crapuleries dans un coin perdu, on s’en balance pas mal.

Friedkin prouve ici qu’on n’améliore pas une œuvre en lui apportant du nouveau matériel. Surtout à un chef-d’œuvre. La simplicité sonne comme une évidence, et cette évidence rend illusoire toute tentative de développement. Mettons que Spielberg apprécie Persona de Bergman (c’est une hypothèse), pourra-t-il améliorer le film en y ajoutant des effets spéciaux, de nouveaux personnages, en y multipliant les scènes et les décors ? Approche typique américaine quand il est question de refaire des films. J’aurais pensé que Friedkin aurait échappé à cet écueil.

À la même époque, le cinéma voit débarquer des chefs d’œuvre aussi différents que Aguirre, Les Dents de la mer, Voyage au bout de l’enfer ou Apocalypse Now. Ce sont tous des films qui ont été nécessaires, et qui sont marquants pour cette période. Friedkin y a participé également à ce renouvellement de ton, mais ce n’est en tout cas pas avec ce film qu’il y est parvenu. C’est une belle sortie de route. Eh oui, Willie ! Reste sur la piste ! un seul sujet ! Attention, Willis !

« Non, non… c’est bon, Lim ! T’inquiète pas, je gère ! »

— Boom.


[1] Finalement revu en 2017, et même si ce n’est pas le cas, le film de Clouzot me semble trouver un meilleur équilibre.


Le Convoi de la peur, William Friedkin 1977 Sorcerer | Film Properties International N.V., Paramount Pictures, Universal Pictures


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L’Homme qui n’a pas d’étoile, King Vidor (1955)

Le Barbelé

L’Homme qui n’a pas d’étoile

Note : 3 sur 5.

Titre original : Man Without a Star

Année : 1955

Réalisation : King Vidor

Avec : Kirk Douglas, Jeanne Crain, Richard Boone, Claire Trevor

Je ne me rappelais pas bien de ce western et pour cause, rien de bien original dans cette histoire. C’est construit comme il se doit, j’ai notamment remarqué un début au film, un milieu et une fin, mais ça m’a paru un peu court. Un bon film, c’est un film dans lequel on commence à trouver le temps long (traditionnellement durant le milieu de l’histoire, mais certaines techniques soporifiques permettent d’initier l’ennui chez le spectateur bien avant), puis, en insistant et en produisant à l’intérieur du récit (au milieu de film plus généralement) un nouveau départ, on procède ainsi à un retournement spectaculaire des attentes du spectateur. Celui qui retourne sa veste aura toujours tendance à se révéler plus royaliste que le roi. La tiédeur est le fait des petits films ; les grands ennuient avant de nous conquérir pour de bon.

L’Homme qui n’a pas d’étoile, King Vidor 1955 Man Without a Star | Universal International Pictures (UI)

(Relecture :) La même année (1955), D.D Beauchamp, adaptateur ici d’un roman avec un scénariste plus aguerri (Borden Chase), scénarise Le mariage est pour demain, pour Allan Dwan (avec qui il avait déjà travaillé pour La Belle du Montana ; et qui pourtant — Le mariage — est plus court de deux minutes — preuve aussi qu’avec une idée simple et sans parenthèses inutiles, en allan dwan à l’essentiel, on peut faire de grands films). Eh bien, D.D, ça manque de densité dans les péripéties et de complexité dans les rapports entre les personnages. Pas moyen dans tout ça de trouver le temps long, et au bout du compte ça ressemble à une tranche de vie toute simple : Kirk Douglas qui s’arrête dans une ville, qui chope un boulot (début) ; on apprend qu’il n’aime pas les barbelés, il prend sous son aile un type qui lui rappelle son jeune frère (milieu) ; et puis basta (fin prématurée). On ne sait pas trop de quoi ça parle d’autre, quel est l’enjeu, le réel sujet de tout ça. Pour un roi du spoiler comme moi qui aime reproduire les évolutions du récit, je me sens bien démuni. Le rapport avec le gosse est d’une banalité effrayante, vu et revu mille fois. Le personnage de Kirk Douglas était plein de promesses, mais l’archétype du « cow-boy » intelligent, viril, solitaire, séducteur, qui ne cherche pas les embrouilles et qui les trouve, flirte tendrement avec le stéréotype. Le rapport avec la patronne est déjà plus singulier, mais comme le reste, ça manque de retournements et de péripéties. On n’est pas loin de la fin bâclée de Jumper… quand le personnage de Douglas dit simplement « au revoir » sans raison… D’accord, au revoir, moi aussi j’ai une autre séance qui m’attend…

Il y a des westerns plus longs que celui-ci… et je suis loin de penser que de s’imposer une relecture décennale aide en quoi que ce soit à l’appréciation du film. Rendez-vous dans dix ans peut-être.

Victime du destin, Raoul Walsh (1953)

La Cible humaine 2, ou l’art du renoncement

Victime du destin

The Lawless Breed

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : The Lawless Breed

Année : 1953

Réalisation : Raoul Walsh

Avec : Rock Hudson, Julie Adams, Mary Castle

gâchoterie

Film sympathique à la morale inattendue. Une sorte de western basé sur la vie (et l’autobiographie) d’une des plus fines gâchettes du Texas qui passa seize ans de sa vie dans un pénitencier.

Le film se révélera être un film militant contre le port d’arme. Assez inattendu pour un western où on cause rarement de cet aspect des choses surtout quand il s’agit d’un homme qui a souvent usé de son « droit » de se défendre.

Wes est le fils d’un homme pieux et dur, mais il ne partage pas ses idées religieuses. Il ne partage finalement qu’une seule chose avec lui : l’amour de sa sœur, recueillie dès son enfance par son père alors qu’elle était orpheline. Wes compte bien se marier avec elle, un jour, fonder une bonne petite famille avec un ranch, tout ce dont rêve un Texan. Mais pas avant d’avoir gagné suffisamment d’argent. Battu par son père qui n’apprécie pas son penchant pour les jeux d’argent et le goût des armes, Wes s’enfuie. Il gagne souvent à la table de jeu mais cela lui vaut pas mal d’inimitié. Et dans l’Ouest, quand on apprécie pas, ça se termine souvent par un duel. Là, la règle est simple, c’est celui qui dégaine le premier qui a tort ; si on dégaine en second, on est en légitime défense. D’où l’utilité d’être rapide et précis. Ce sera le tort de Wes pendant tout le film. Il finit par se faire une réputation de fin tireur et se met à dos une fratrie après avoir liquidé l’un deux. Ils y passeront tous. Et à chaque fois, Wes dégaine en second. Seulement cela commence à lui attirer de plus en plus de souci, notamment la flicaille corrompue pour qui les circonstances semblent un peu trop souvent favorables au garçon. Wes, s’estimant dans son bon droit, refuse de se rendre à la police. Il se laisse enfin convaincre quand il est question de son mariage avec sa belle. Il se sert de l’argent qu’il a gagné aux jeux pour payer les « frais » de justice, et il demande que son procès soit remis à un peu plus tard, le temps qu’il choisisse une robe de mariée pour sa sœur et qu’il l’épouse. Un shérif d’une autre ville ne l’entend pas de cette oreille, et lui ordonne de se rendre sur le champ. Wes refuse et le shérif lui tire dans le dos. Wes n’est que blessé, se retourne et alors qu’on le croyait désarmé, sort une arme de son veston et tire sur le shérif. Il se réfugie chez son père, mais là aussi, on commence à trouver douteux cette manière qu’il a toujours de s’en tirer et même sa rouquine de sœur se demande s’il n’est pas juste un assassin. Pas le temps de s’expliquer, une milice vient le chercher jusque chez son père, il n’a pas levé son arme que la milice tire déjà sur la maison… Wes parvient à s’enfuir, mais sa rouquine de sœur est tuée. Dans le dos.

Dès lors commence une course poursuite et un jeu de cache-cache qui durera plusieurs années, durant lesquelles il se pacse avec la fille de saloon qui l’avait, elle, toujours soutenu et aimé (magnifique Julie Adams). Finalement, il accepte son amour, lui demande sa main et lui fait un gosse (on est rapide ou on l’est pas). Mais toute la région est sur sa trace et attend un signe de sa part qui trahira sa présence. C’est chose faite quand il enverra une lettre à son père pour lui signifier la naissance de son fils (« On ne me l’a pas fait dans le dos, p’pa. »). Plusieurs rangers lui tendent un piège, et il est finalement arrêté, puis jugé. Faute de témoin pour l’accabler le jour du procès pour le meurtre du shérif qu’il a tué, il écope finalement que de vingt ans de pénitencier.

Il en ressort une quinzaine d’années plus tard, part directement déposer un manuscrit au premier éditeur venu : l’histoire de sa vie. C’était ainsi que commençait le film. On retrouve l’éditeur à la fin de sa lecture. Les yeux encore mouillés d’émotion, on entend sa femme lui prier de venir prendre son goûter, lui demande ce qu’il a lu, comment l’histoire se finit. Et l’éditeur de dire : « Je ne sais pas, parce que l’histoire n’est pas encore achevée. »

Et en effet, le véritable intérêt du film tient dans cet épilogue.

Wes rejoint sa femme dans le ranch où il l’avait laissée quinze ans plus tôt. Il découvre son fils de seize ans pour la première fois. C’est presque un homme désormais. Et Wes pète les plombs, comme son père autrefois, quand il voit que son fils a repris le relais en portant fièrement son arme à la ceinture (ah, les familles monoparentales…). Wes, lui, a changé, il semble avoir compris que même s’il était à chaque fois dans son bon droit durant ses duels, il était coupable par le simple fait de porter une arme, même si la loi lui autorisait… Quels que soient les hommes, les conflits et les querelles sont légion. Mais toutes ne se régleraient pas en duel si les armes n’étaient pas aussi répandues, si on ne possédait pas une arme aussi radicale à la ceinture…

Wes retrouve son fils dans un saloon où un inconnu reconnaissant le fils du fameux Wes lui cherche des noises (un peu comme on en cherche à Gregory Peck dans la Cible humaine), le gamin est tout près de dégainer son arme, mais son père arrive à temps pour l’y en empêcher. Toutefois, en partant, Wes est blessé alors que l’homme qui lui a tiré dessus (toujours de dos) le menaçait. Pour se justifier, l’homme regarde autour de lui pour trouver des alliances, en disant qu’il l’avait vu tirer son arme… Il est maîtrisé par les hommes présents. Wes n’est que blessé. Il fait promettre à son fils de ne plus porter d’arme.

Naïf, mais c’est pour la bonne cause.


Victime du destin, Raoul Walsh 1953 The Lawless Breed  | Universal International Pictures


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Les Fils de l’homme, Alfonso Cuarón (2006)

Séquence ça finit ?

Les Fils de l’homme

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Children of Men

Année : 2006

Réalisation : Alfonso Cuarón

Avec : Julianne Moore, Clive Owen, Chiwetel Ejiofor

Film d’anticipation plus ou moins anglais avec Clive Owen. Ça change des trucs formatés ricains. On sent l’influence d’une part de Kubrick (ou de Welles si on remonte à plus loin) et même de certaines ambiances de jeu vidéos en vue subjective (y avait un jeu qui s’appelait Stalingrad je crois…).

Le scénario n’a aucun intérêt : le roi mage qui joue les sages-femmes avec la mère du dernier (ou premier depuis longtemps) bébé et qui fuit les méchants (un petit côté Terminator…). C’est surtout dans la mise en scène, et il faut le dire sur l’ingéniosité de quelques plans-séquence hallucinants, que repose tout l’intérêt du film. C’est peut-être un peu élitiste pour certains, qui ne trouveraient pas ça assez formaté, qui seraient un peu déboussolés par le rythme et la mise en scène en plan-séquence. Mais quand on regarde comment c’est fait, c’est vraiment impressionnant.

Il y a des plans-séquence célèbres où on se dit « mais comment il a réussi à faire ça », avec des illusions d’optique, des objets au second plan qui arrivent au bon moment juste quand la caméra pivote. Là c’est un peu ça, sauf que c’est pratiquement toutes les séquences du film qui sont ainsi. Bien sûr, ça fait « exercice de style », c’est purement formel, mais en même temps l’histoire est tellement bidon, qu’on fait ce que tout le monde fait quand l’histoire est nulle : on regarde les décors… Non seulement donc, c’est réalisé comme ça tout le temps, mais souvent aussi, le plan conjugue des dizaines d’effets (spéciaux ou pyrotechniques) forcément invisibles… enfin visibles, mais un peu comme avec les magiciens, on comprend pas comment c’est fichu et on s’écrit : « Mais comment il a fait, bordel ! »

Les Fils de l’homme, Alfonso Cuarón 2006 Children of Men | Universal Pictures, Strike Entertainment, Hit & Run Productions

Il y a notamment la scène (un plan-séquence donc) dans une bagnole où ils vont en voir de bien belles… Un peu comme si on avait droit à la séance de poursuite sur l’autoroute de Matrix, mais version naturaliste, comme si on y était… Il faut le voir pour le croire, parce qu’il y a des cascades, vraiment… qu’on ne peut pas faire en plan-séquence… ou sinon, la moitié des cascadeurs y passeraient… Bref, je veux pas savoir comment c’est fait, mais c’est impressionnant…

Il y a aussi des longues scènes dans la ville avec des balles qui pètent dans tous les coins, un peu comme dans Il faut sauver le soldat Ryan (moins spectaculaire dans le récit, parce que c’est naturaliste, en temps réel, mais au final plus impressionnant parce qu’on y est totalement).

Un ovni à voir si on aime les expériences au cinéma…


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Romance inachevée (1954), Anthony Mann

The Glenn Miller Full Pschitt

Romance inachevée

Note : 2.5 sur 5.

Titre original : The Glenn Miller Story 

Année : 1954

Réalisation : Anthony Mann

Avec : James Stewart, June Allyson

La première partie est bien. On suit Miller dans son évolution vers le succès. C’est un type de récit classique : l’artiste fauché qui va peu à peu se faire sa place dans le monde. Son rapport avec sa femme est singulier, ça fait avancer le film.

Mais une fois qu’ils arrivent au succès on quitte le récit traditionnel pour une simple hagiographie de Miller. L’histoire vraie de Glen Miller… sauf que je ne vois pas ce qu’il y a de particulièrement singulier dans cette histoire… Elle est tragique bien sûr, mais affreusement banale. Et pour une fois le titre français est bien vu et ne manque pas d’humour. Parce que certes, il y a une romance inachevée, comme toujours quand un membre du couple disparaît tragiquement, mais là, c’est le film qui est inachevé. Une demi-heure sans intérêt où on suit la réussite de Miller, sans un brin de conflit, d’obstacle à l’avancée de sa gloire, et puis tout s’arrête d’un coup dans un accident d’avion qui n’est qu’évoqué. On ne prend même pas la peine de mettre en scène son “aventure” durant la guerre, parce qu’il n’y a rien à raconter. Le seul fait d’arme, du « commandant Miller », c’est d’avoir osé jouer sa musique durant un défilé de troupe (hou, la, la ! quelle audace ! quelle impertinence !)… Et là, même pas de problème pour le personnage, puisque le général a aimé. C’est un peu comme si on racontait ce qui se passe après le « et ils se marièrent et eurent tout plein de mioches »… aucun intérêt.

Romance inachevée 1954, Anthony Mann | Universal Pictures

Heureusement qu’il y a cette première partie avec notamment une apparition de Louis Armstrong et la présence de June Allyson (déjà charmante dans Les Quatre Filles du Docteur March). Une manière de prouver une fois encore que derrière chaque « grand homme » il y a souvent une femme pour montrer la voie (c’est souvent valable pour les hommes politiques — cf la femme de John Adams pour citer un exemple qui me vient à l’esprit — mais souvent aussi pour les artistes, donc).

Ce film était peut-être une manière de remercier Miller qui a beaucoup contribué à la musique d’une époque (la bonne vieille musique de papa, qui paraissait si insolente, si “hot” à l’époque). Mais le film ne mérite pas tous les honneurs qu’il a eu à l’époque. C’est un demi film, un film inachevé.


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