Wonder Bar, Lloyd Bacon (1934)

Note : 3.5 sur 5.

Wonder Bar

Année : 1934

Réalisation : Lloyd Bacon

Avec : Al Jolson, Kay Francis, Dolores del Rio, Dick Powell, Guy Kibbee

Comédie musicale sans grandes prétentions tournée juste après la trilogie à succès de la Warner des Gold Diggers. On profite des chorégraphies kaléidoscopiques de Busby Berkeley, mais bien plus encore des pitreries chantées d’Al Jolson, l’interprète du Chanteur de jazz. Ses numéros de cabaret, typiques du music-hall de l’époque, consistent à proposer différentes vignettes chantées et dansées des cultures du monde (le bar en question possède une enseigne lumineuse écrite en plusieurs langues, ça donne le ton cosmopolite du film).

À noter quelques sketches en russe pleins de jeux de mots malheureusement incompréhensibles (un côté Marx Brothers), un duo sadomasochiste de domination du mâle sur la femme où Dolores del Rio danse et se soumet au fouet avant de poignarder son amoureux… Et surtout un finale où Al Jolson reprend son numéro qui l’a rendu célèbre, dit-on, celui du blackface : les visionneurs contemporains qui ne comprennent rien à cette représentation positive (c’est souvent le cas au cinéma) des Noirs du sud pourront être scandalisés parce qu’on y trouve un numéro rempli de centaines de blackfaces façon Busby Berkeley (disponible ici).

En réalité, ces artistes, dès l’époque du ragtime, puis avec le jazz, n’ont jamais cessé de servir de ponts entre les cultures. Si certains minstrel shows dans le Sud étaient clairement racistes, ragtime et jazz étaient dans un autre registre et ont définitivement cassé les barrières culturelles d’alors : chacun empruntait aux autres pour ne finalement plus constituer qu’une culture commune, qu’une histoire commune. Celle des artistes.

Sur d’autres extraits, Jolson reprend les gants blancs rapportés aux grooms ou aux gentlemen, costume repris quelques années après par Eleanor Powell, puis des années après par Michael Jackson, qui poursuivra et finira d’achever cette tradition de passerelles entre les cultures pour ne constituer qu’une seule communauté, celle des artistes.

Sacré interprète que cet Al Jolson : un formidable chanteur, une autorité certaine.


Wonder Bar, Lloyd Bacon 1934 | First National Pictures


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Le rehearsal movies

The Matinee Idol, Frank Capra

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L’Incendie du Reichstag — Quand la démocratie brûle (2023)

Note : 3.5 sur 5.

L’Incendie du Reichstag — Quand la démocratie brûle

Année : 2023

Réalisation : Mickaël Gamrasni

Le génie du fascisme : lancer des coups d’État qui échouent, tenter alors d’entrer dans la “bergerie” de la démocratie pour la vaincre avec ses propres armes (méthode cheval de Troie), préparer un complot pour s’emparer enfin des pleins pouvoirs tout en criant aux complots de cibles toutes trouvées, de parfaits boucs émissaires. Vous voulez fomenter un complot ? Rien de plus facile : accusez vos adversaires (ou mieux, une masse informe de gens incapable de se défendre : au choix, les juifs ou les étrangers) de les préparer au détriment du peuple.

Les vrais complots existent : ils sont opérés par des manipulateurs qui voient des complots partout.

Le complot est comme une infection : en avoir peur ne signifie pas qu’il existe ; s’il existe, on ne le sait qu’après, car s’il existe, c’est qu’on est déjà touché et qu’il est déjà trop tard.

Les armes du fascisme : le populisme, l’appel à l’émotion, la suspicion, la désignation de faux coupables pour apparaître comme un sauveur.

Il faudrait si peu de choses pour qu’on y retombe. Tous ces ingrédients sont déjà là.

J’avais noté précédemment les correspondances entre Richard III et l’ascension de Poutine dans ce documentaire. Il faut avouer que Brecht ne s’y était très tôt pas trompé avec son mix entre Richard III, Al Capone et le nazisme : Arturo Ui. Le totalitarisme a assez peu d’imagination au bout du compte. Richard III profite d’un pouvoir fatigué et quasi vacant, complote, et papy Hindenburg vaut bien Eltsine pour se faire piquer la place par un nouveau mâle alpha qui ne s’encombrera pas de diplomatie pour asseoir sa tyrannie. On a même ici un épisode avec un coupable idéal, forcément communiste, étranger, qui se révèle finalement être manipulé et stupide. Je suis presque étonné que Poutine n’ait pas eu besoin de son Lee Harvey Oswald pour déclencher toutes les guerres auxquelles il a pris part au sein des anciennes républiques soviétiques. Comme quoi, le totalitarisme nous surprendra toujours…


L’Incendie du Reichstag — Quand la démocratie brûle, Mickaël Gamrasni 2023 | Cinétévé, ARTE


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Woman on the Beach, Hong Sang-soo (2006)

Les Quat’Sang-Soo

Note : 3 sur 5.

Woman on the Beach

Titre original : Haebyonui yoin / 해변의 여인

Année : 2006

Réalisation : Hong Sang-soo

Avec : Kim Seung-woo, Go Hyun-jung, Song Seon-mi, Kim Tae-woo

Voilà ce qui traduit bien ce que je disais concernant les films du bonhomme avant sa rencontre avec Kim Min-hee. Un homme est au centre du récit, et c’est un connard. Difficile alors de s’enthousiasmer pour une telle histoire.

Et souvent, comme toujours, la différence se joue aux acteurs. Je n’aurais pas été contre l’idée d’intervertir les rôles du réalisateur avec celui de son assistant afin de voir si l’autre acteur s’en serait mieux sorti : ça aurait fait, tout du moins, moins ton sur ton. Ici, c’était comme si Hong Sang-soo prenait un malin plaisir à opposer les qualités et les défauts de ses personnages : le cinéaste est odieux, parle mal à tout le monde, baise avec la femme de son assistant sans la moindre honte, baise avec une autre deux jours après alors qu’il envisage de la prendre sur son film, nie plus tard avoir couché avec elle… Et au contraire, l’assistant tient à s’excuser auprès du restaurateur maltraité, traite bien sa femme, tandis que sa femme tombe amoureuse de l’enculé, aime les chiens, emprunte une canne pour son amant, remercie vivement les inconnus qui l’aident à se sortir de la panade avec sa voiture sur la plage…

On sent que tout cela est très bien construit, mais au-delà de la moralité assez douteuse et même revendiquée des personnages, quand c’est trop, c’est trop. Encore une fois, j’aurais aimé voir si ma vision du personnage aurait été lissée avec l’autre acteur. Et puis, le cinéaste à de quoi laisser sur la grève des détails qui ont le don de m’agacer : le cinéaste se barre avec la canne alors qu’elle n’est pas à elle, et qu’est-il advenu de ce chien que le couple semblait avoir tout à coup recueilli ? On laisse les bêtes sur un coup de tête sur la voie publique, on s’en débarrasse sans remords, si l’idée est de forcer une comparaison avec les relations amoureuses, c’est assez bien trouvé, mais c’en est pas pour autant passionnant à voir. Les allégories animales de Hong Sang-soo sont, au mieux, incompréhensibles, au pire, un peu lourdes. Dans le même genre, le cinéaste introduisait La Femme qui s’est enfuie avec des poules…

Reste le talent des acteurs. L’improvisation, toujours, a du bon. Et je retrouve Song Seon-mi rajeunie de quelques années. Assez étonnant de voir combien certaines femmes coréennes peuvent être plus belles à quarante qu’à trente. Pas la même élégance non plus. Mais une élégance dans les gestes et l’attitude.


Woman on the Beach, Hong Sang-soo 2006 Haebyonui yoin / 해변의 여인 | BOM Film Productions


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Nom de code : Shiri, Kang Je-kyu (1999)

Note : 3 sur 5.

Nom de code : Shiri

Titre original : Swiri

Année : 1999

Réalisation : Kang Je-kyu

Avec : Han Suk-kyu, Choi Min-sik, Yunjin Kim, Song Kang-ho

Thriller qui lorgne pas mal à la fois sur les codes du genre à Hollywood et sur le style violent et sensible des films hongkongais. On est même peut-être à un tournant, le cinéma d’exploitation coréen prenant à l’occasion du nouveau siècle la place laissée vacante par le cinéma chinois désormais tourné à Hong Kong.

Le film aurait eu, en son temps, un énorme succès, et on veut bien le croire, tous les ingrédients y étant réunis pour plaire au public. Il emprunte par ailleurs pas mal, semble-t-il, à Une journée en enfer (le scénario multiplie les astuces et les passages obligés d’un thriller américain) : des plantings à foison (décidément, après les films de Hong Sang-soo, et même dans The Spy Gone North, c’est une spécialité coréenne), des revirements obligés, des histoires d’amour contrariées, une amitié mise à l’épreuve par les circonstances, la perte des êtres chers, la révélation sur la nature de ceux que l’on aime, la découverte élémentaire et surprenante qui nous oblige à revoir ce qui précède autrement, le personnage idiot qui fait la preuve de son courage, les objets fétiches capables de vous soutirer quelques larmes, etc.

Y sont aussi reproduits certains excès ou clichés qui font la spécialité des films hongkongais : le personnage féminin innocent, l’opération de chirurgie esthétique, le mariage opportun, la sensiblerie, les gunfights peu crédibles…

Malheureusement, le film ne tutoie jamais les sommets et, dans sa réalisation (ou ses excès), il n’arrive pas beaucoup plus à la cheville des films de John Woo, notamment. Pour le public coréen, je veux bien croire que la démonstration ici soit faite qu’une production de films commerciaux et de genre dans la péninsule peut être crédible. Le public français a connu la même fierté avec Luc Besson à la fin du siècle dernier. On retrouve dans le film beaucoup des acteurs qu’on retrouvera par la suite dans diverses productions coréennes.


Nom de code : Shiri, Kang Je-kyu 1999 | CJ Entertainment, CJ E&M Film Financing & Investment Entertainment & Comics, Frontier Works Comic


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In Another Country, Hong Sang-soo (2012)

Isabelle en quête d’auteur

Note : 3.5 sur 5.

In Another Country

Titre original : Da-reun na-ra-e-seo / 다른 나라에서

Année : 2012

Réalisation : Hong Sang-soo

Avec : Isabelle Huppert, Yoo Joon-sang, Kwon Hae-hyo, Moon So-ri, Moon Sung-keun, Jeong Yu-mi, Yoon Yeo-jeong

De la légèreté et de l’inconséquence, toujours, mais elles ne font pas de victimes, cette fois. Au mieux, des déçus. (Je n’ai aucun doute sur le fait qu’Isabelle Huppert sache se défendre, en somme, l’âge et surtout la renommée aidant. Aucun doute non plus donc sur le type de légèreté proposé ici : une fantaisie.)

On retrouve, dans la forme, le Hong Sang-soo que j’aime le plus, à savoir un cinéaste qui s’amuse avec la structure du récit (ici, la réécriture de différentes histoires courtes à partir d’un même lieu, quelques personnages en commun, et un personnage chaque fois différent mais interprété par la même actrice), qui utilise des plantings qui « mettent la puce à l’oreille » parfois pour rien, mais les plantings, c’est comme les jolis décors, pourquoi s’en passer (ici, le planting de la bouteille sur la plage, du parapluie), et enfin le Hong Sang-soo qui reste plein de frivolité, mais qui évite la vulgarité d’un regard très « masculin » (comme Haewon et les hommes).

Celle qui est parfois assez frivole, en fonction du personnage qu’elle joue, c’est bien aussi Isabelle Huppert : qu’elle soit follement amoureuse d’un cinéaste coréen qu’elle attend désespérément dans sa chambre en rêvant de flirter « en douce » avec lui loin des regards indiscrets ou qu’elle cherche à voir de plus près le “phare” du sauveteur en mer du coin. Isabelle Huppert peut être drôle aussi parce qu’elle n’a aucun problème à jouer la bêtise (l’étonnement ou la crédulité, plus précisément).

Contrairement à Haewon et les hommes, la distribution est aussi beaucoup plus à mon goût. Jung Yu-mi dans le rôle de la réceptionniste a ce petit air idiot mais charmant qui sied parfaitement au comique et à l’absurde de répétition des séquences. Youn Yuh-jung, dans celui d’une amie au chevet d’Isabelle Huppert, offre toujours une touche particulière, fantaisiste, aux films de Hong Sang-so dans lesquels elle apparaît (même si je la préfère lumineuse et naturelle comme ici plutôt que grincheuse comme dans d’autres films, car elle y manque alors un peu de justesse). Le personnage du sauveteur est savoureux : lui aussi parfaitement idiot à force de répéter cent fois les mêmes situations. Et enfin, je dois l’avouer, je dois avoir un petit faible pour le charme pour le coup bien grincheux de Moon So-ri (déjà parfaite dans Ha ha ha) : une intelligence dans le regard, souvent porté en coin, jaloux, suspicieux. Elle a une manière (elle comme d’autres Coréennes) d’exprimer la défiance en faisant des gros yeux et en prenant une posture bouche ouverte, je dois être un peu sadique parce que ce mauvais caractère (souvent exagéré puisqu’il a pour but, par l’excès, de montrer à l’autre qu’il nous exaspère), je lui trouve quelque chose de tout à fait charmant (c’est du vécu). Évidemment, dans le film, ces petits yeux en coin, souvent proposés en arrière-plan, ne font qu’ajouter au ton “léger” du film. Des actrices comiques, ce n’est pas si fréquent dans le cinéma coréen, et je crois que c’est encore elles que je préfère jusqu’à présent chez Hong Sang-soo.


In Another Country, Hong Sang-soo 2012 Da-reun na-ra-e-seo / 다른 나라에서 | Jeonwonsa Films


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La Nuit des espions, Robert Hossein (1959)

Note : 4 sur 5.

La Nuit des espions

Année : 1959

Réalisation : Robert Hossein

Avec : Robert Hossein, Marina Vlady

Jolie allégorie de l’incommunicabilité entre amoureux. L’un se fait une idée de ce que l’autre pourrait être, s’il a l’intention de le tromper ; l’autre pense la même chose. L’un se fait passer pour quelqu’un qu’il n’est pas, mais qu’il pourrait être ; l’autre joue un jeu similaire et craint de l’autre la même chose sans pouvoir lui dire… « Va, je nœud te hais point. »

Le film est peut-être un peu répétitif lors de deux ou trois échanges, mais l’idée de départ (et ce n’est pas toujours le cas avec les bonnes idées de départ) tient la route jusqu’à la fin.

Les deux acteurs sont parfaits et arrivent remarquablement à nous faire croire à un coup de foudre lors des premiers échanges de regards. La mise en place dans un espace restreint de Robert Hossein (en parfait homme de théâtre qu’il est) est d’excellente composition.

À la réalisation (tout l’aspect technique que je sépare de la mise en place des acteurs dans le champ), Hossein se débrouille pas mal pour un novice et un théâtreux avec une certaine inventivité : un bon choix des angles de caméra, ainsi que quelques mouvements de caméra assez élégants. Manque peut-être dans ces jeux de caméra une plus grande audace et une plus grande prise de risques dans le lyrisme amoureux après que les deux espions ont fait l’amour (Hossein propose une mise en place des acteurs tête-bêche assez mal exploitée visuellement).

Par certains aspects, le film évoque Le Silence de la mer, de Jean-Pierre Melville.


La Nuit des espions, Robert Hossein (1959) | S.N.E. Gaumont, Film Costellazione Produzione


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Le Secret du ninja (Shinobi no mono/Ninja, a Band of Assassins), Satsuo Yamamoto (1962)

Note : 4 sur 5.

Le Secret du ninja

Titre original : Shinobi no mono

Titre international : Ninja, a Band of Assassins

Année : 1962

Réalisation : Satsuo Yamamoto

Avec : Raizô Ichikawa, Shiho Fujimura, Yûnosuke Itô, Katsuhiko Kobayashi, Tomisaburô Wakayama

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Réalisation, atmosphère, musique, photo, décors intérieurs comme extérieurs… : la grande classe du début des années 60 au Japon.

Quelques mouvements de caméra que l’on qualifiera « d’encerclements » parfaitement merveilleux, car subtils et toujours utiles à façonner une atmosphère. Des stars à toutes les sauces (on peut croiser l’actrice de La Femme des sables et l’acteur de Baby Cart, entre autres). Un complot diabolique et machiavélique bien réel digne des meilleurs romans-feuilletons. Des trappes en veux-tu en voilà : au plafond, sous le plancher, dans un mur. Des passages et des cabinets secrets, des intrusions nocturnes, des échappées sur les toits, les façades, les poutres et les arbres. Des assassinats camouflés en accident. Des prostitués qui semblent sortir du couvent. Des intrus cachés dans la nuit. Des combats expéditifs (avec une musique tragique, non héroïque, parce que, oui, tuer des opposants, même très méchants, ce n’est jamais anodin). Des mèches explosives, du poison qui suinte sur un fil, des étoiles de ninja qui sifflent comme des balles, des chausse-trapes lancées au sol pour préserver sa fuite, des grappins qui se faufilent entre les branches ou sur le rebord des façades. Voilà un catalogue non exhaustif qui explique que je me régale.

On y retrouve aussi, dans le parcours du personnage principale, une certaine filiation avec le destin de Miyamoto Musashi (le soldat brillant, un peu trop attiré par le côté obscur de la Force avant de suivre, après ces premiers échecs, la voie de la lumière…). Assez peu convaincu par les prestations de Raizô Ichikawa en général, il l’est ici tout à fait dans un registre qu’on qualifierait en France de « jeune premier » (c’est dès qu’il doit jouer l’autorité ou la comédie qu’il est moins à mon goût).

La suite est à voir assurément.


Le Secret du ninja (Shinobi no mono/Ninja, a Band of Assassins), Satsuo Yamamoto 1962 | Daiei Studios


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La circoncision, Arte (2022) & Tronche en biais

Double programme

Arte toujours fâchée avec la science en faisant passer la question de la circoncision pour une question d’opinion.

On prétend que la pratique pose plus de problèmes que de bénéfices (à en croire le doc, il n’y en aurait aucun). Et on ne sait rien finalement de ce qu’en dit la science aujourd’hui. Tout acte médical pose potentiellement un risque. Alors je veux bien qu’en prophylaxie ou que pour des raisons religieuses, c’est peut-être superflu, qu’il y a le risque de se créer plus de problèmes, mais c’est quand l’acte est pratiqué pour raison médicale que le doc pose problème, car il prétend que là encore, ça ne sert à rien… Aucune source, aucune donnée. Et un peu comme quand on tire sur BigPharma, on tire gratuitement sur l’OMS qui selon le doc promeut la pratique dans le monde. Ben, désolé, Arte, mais entre un doc orienté qui affirme sans preuve, et l’OMS, j’ai plus confiance en cette dernière pour adopter des mesures qui vont dans le sens de la science et des patients. (Même si l’organisation a aussi montré ses limites dans la pandémie.)

Accessoirement, si un gland exposé est moins protégé et donc moins sensible, ça signifie aussi du plaisir plus longtemps. La moyenne d’un acte sexuel en France, c’est cinq minutes. Avec vos prépuces, les mecs, vous êtes des champions. Vous arrivez à faire quoi en cinq minutes ? On n’arrivera pas à me faire croire qu’un machin caché dans une poche à microbe sorti tous les quatre printemps, c’est propre. Opinion contre opinion. Faute de mieux. C’est mieux l’ignorance, merci Arte.

Commentaire suite à l’émission de la Tronche en Biais :

https://www.youtube.com/watch?v=HB9YcyY5AJI&t

Merci à Vled pour sa petite note de nuance absolument indispensable à la fin. L’occasion de rappeler combien ce sujet est plus difficile à appréhender qu’on pourrait le laisser penser. Le recours au témoignage personnel est dans ce cas malheureusement très utile. J’ai peur que sans, on en vienne parfois un peu trop à des idées arrêtées sur ce qui est bon ou non. C’est paradoxal, mais il semblerait que le vécu de certains permette d’apporter ces notes de nuance. Des nuances indispensables, car bien souvent, il faut aussi songer que pour évoquer différentes pratiques, différentes expériences, les conséquences ne seront pas identiques. Dire que la circoncision est une pratique barbare comme dire qu’elle ne pose aucun problème, c’est prendre le sujet par le mauvais bout si j’ose dire. Chaque acte médical (je ne parle ici que de la circoncision pratiquée dans ce cadre) est différent, chaque corps est différent, et chaque pratique exécutée à un moment t’aura des conséquences spécifiques.

Je remercie également le gendarme qui est intervenu dans le fil de commentaires et qui apporte une grosse nuance cette fois sur les propos de Fantine. Car là, oui, concernant certaines pratiques, il pourrait y avoir une notion d’agression sexuelle à revoir. On ne peut pas condamner des pratiques exercées par des charlatans ou des praticiens sur des femmes leur proposant des massages vaginaux thérapeutiques ou profitant que d’autres, au bloc, soient endormies pour faire pratiquer à des internes des touchers rectaux ou vaginaux, en appelant ça logiquement des viols, et s’interdire dans le même temps de le faire que cela concerne la circoncision.

Pour en revenir au témoignage final de Vlad et à la nuance qu’il y apporte, j’y ai à peu près vécu la même chose à la différence qu’à l’occasion d’un décalottage, le prépuce s’est retrouvé coincé. Je me moque qu’on ait tort ou raison d’appeler ça « psoriasis », quand un enfant panique et ressent une gêne, qu’il ne peut plus replacer son prépuce à sa position initiale, c’est un problème qui nécessite une consultation en urgence. Qu’on appelle ça « psoriasis » abusivement est un faux problème. C’est de la sémantique qui interdit de se poser la bonne question : est-ce que dans la plupart des cas, on opère en urgence trop facilement avec les risques inhérents à toute intervention, ou est-ce qu’avec la pommade magique de Vlad, les choses « prépuciales » seraient revenues à leur forme initiale ? Je n’aurais probablement, personnellement, jamais la réponse à cette question, mais s’il y en a une à se poser, c’est bien celle-ci (si on en reste plus spécifiquement au psoriasis). Parce que je suis assez agacé par l’intervention de l’association qui me semble sérieusement manquer de nuances.

Cela étant dit, faisant partie des personnes opérées pour qui cela s’est très bien passé et pour qui l’opération n’a en réalité eu que des conséquences positives (il y a le sujet d’imposer des décalottages à des garçons sans que cela soit nécessaire, sans quoi, je ne me serais peut-être pas retrouvé le gland à l’air et aurais eu une expérience encore plus semblable quelques années après à celle de Vlad), l’émission m’a permis de nuancer ma position concernant la circoncision pour raisons médicales. J’étais forcément biaisé parce que pour moi cela n’a été que du positif, je n’avais pas du tout été convaincu par le documentaire Arte (qui manquait tout autant de nuances). Mais là où il faut insister, c’est peut-être que toutes les opérations ne sont pas pratiquées de la même manière. Il est ainsi montré dans l’exposé de l’association au début que la circoncision fait disparaître le frein sous le gland, or ce n’est pas le cas pour tout le monde. Le manque de nuances toujours… Comme pour beaucoup de choses malheureusement, on pose sur des pratiques en apparence identiques des mots uniques qui ont pourtant des conséquences physiologiques (et tout le reste) bien différentes.

Dommage en tout cas que plus généralement, le sujet ne fasse pas l’objet de débats (éclairés et nuancés). Il est vrai que c’est beaucoup plus important de légiférer sur un sujet comme l’immigration dont les experts disent que c’est un non problème (en tout cas pas tel qu’il est instrumentalisé par les partis et les médias)… Merci encore. Et bon courage aux personnes mutilées, agressées, qui en subissent encore les conséquences dans leur vie de tous les jours.


Les Belles de nuit, René Clair (1952)

Note : 3 sur 5.

Les Belles de nuit

Année : 1952

Réalisation : René Clair

Avec : Gérard Philipe, Magali Vendeuil, Martine Carol, Gina Lollobrigida

Clair semble vouloir reproduire le succès de Sous les toits de Paris et du Million avec un film de voisins plein de fantaisie. Ponctuellement, le film peut se révéler très drôle, mais il lui manque une attaque capable de donner un sens fort à la quête ou à l’aventure à venir. Il faut donc bien attendre une demi-heure avant de comprendre où René Clair veut en venir : le professeur de musique, compositeur à ses heures (nocturnes), rêve aux femmes qui l’accompagnent le jour, et les y retrouve à diverses époques… Je crois que même avec la meilleure attaque possible, un tel sujet peinerait à convaincre. Les opérettes ou les comédies musicales n’ont parfois besoin que de quelques prétextes pour lancer les fantaisies musicales, seulement ici, il est surtout question de pitreries burlesques, certes parfois drôles, typiques du Clair d’avant-guerre, mais c’est loin d’être assez tordant pour qu’on se contente du rire.

Avec de tels acteurs, comiques et non musicaux, et pas franchement burlesques, on essaie de faire du Clair à la sauce hollywoodienne : de la fantaisie légère, mais axée sur les rapports entre personnages, avec un vrai enjeu. Et le véritable enjeu ici, le même que nombre de films tout aussi romantiques, il est de gagner la belle. Or, on s’écarte bien trop souvent de ce fil directeur pour que cela finisse par être convaincant.

À des années-lumière des meilleurs films de Clair. Dommage, Gérard Philipe est excellent (quel drame qu’il soit parti si tôt ; étrangement, il fut immédiatement remplacé par un autre acteur, moins présent sur les planches toutefois, Alain Delon ; comme quoi, c’est beaucoup une histoire d’emploi). On guette peut-être un sein de Martine Carol sans jamais le voir, mais on soupire d’extase devant le ventre souriant de Gina Lollobrigida. À mon tour de faire de beaux rêves…


Les Belles de nuit, René Clair (1952) | Franco-London Films/Angelo Rizzoli Films


Asako I & II, Ryusuke Hamaguchi (2018)

Soapopero

Note : 3 sur 5.

Asako I & II

Titre original : Netemo sametemo

Année : 2018

Réalisation : Ryûsuke Hamaguchi

Avec : Masahiro Higashide, Erika Karata, Sairi Itô

La passion des Français pour ce cinéma japonais plus proche du soap opera que du cinéma d’auteur m’étonnera toujours autant… Presque plus de notes sur SC que sur IMDb et dix fois plus que sur iCM, c’est dire si c’est un intérêt exclusif (quoique, à force de se faire mousser par la critique française, Hamaguchi semble avoir percé à l’international, on verra ça…).

On fait rarement de bons films avec des personnages exécrables. Ici, la jeune fille est une caricature de fille timide, kawai, adulée par tous les hommes n’appréciant jamais autant les femmes que quand elles sont fragiles et réservées. Le premier jules, un connard, est un beau gosse sur qui on ne peut pas compter, mais qui représente justement le modèle d’homme idéal pour les jeunes filles mièvres parce qu’il est insolent et irrespectueux. Le second a le physique de beau gosse du premier (et pour cause, il s’agit là d’une ficelle surexploitée dans les mélos qui ne pourrait être crédible dans un film sérieux), mais représente l’autre face plus lumineuse des stéréotypes masculins nippons : le gendre idéal.

Le film ne manque pas par ailleurs de surfer sur nombre de clichés japonais pour éveiller l’intérêt des lecteurs de mangas habitués aux mêmes stéréotypes chez le public occidental. Lecteurs nippophiles qui sont sans doute les mêmes qui apprécient ce genre de niaiserie. Les films français s’exporteraient sans doute mieux si les « auteurs » français prenaient soin un peu plus de mettre à l’honneur vins et champagnes ou sacs Vuitton dans leurs films…


Asako I & II, Ryusuke Hamaguchi 2018 | C&I Entertainment, Bitters End, Comme des Cinémas, Elephant House


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