The Liberation of L.B. Jones, William Wyler (1970)

Le chant du maître

On n’achète pas le silence

On n'achète pas le silence

Note : 2.5 sur 5.

Titre original : The Liberation of L.B. Jones

Année : 1970

Réalisation : William Wyler

Avec : Lee J. Cobb, Anthony Zerbe, Roscoe Lee Browne, Yaphet Kotto

Curieux et ultime opus de William Wyler tourné en 1970, assez symptomatique de certains films méconnus, et à juste titre, des vétérans d’Hollywood à cette période.

Adapté d’un bouquin, le film retrace l’histoire d’un fait divers survenu dans le sud du Tennessee. Le hic, c’est que si le sujet n’est pas le racisme, ça n’a plus grand intérêt. Et le problème est là : ce n’est pas parce qu’un Noir se fait sauvagement buter par un policier blanc que c’est un crime raciste, même dans le sud des États-Unis. Le racisme est bien sûr omniprésent. Le flic est bien poussé par son pote qui lui est bien raciste ; mais lui ne l’est pas et il a un mobile expliquant son geste. Il le bute parce qu’il couche avec la femme de la victime, parce qu’il est envieux de sa réussite. Les remords surviennent très vite. Un raciste à cette époque et dans ce contexte aurait assumé.

C’est donc déjà bien bancal. On aurait pu se gaver avec de la morale antiraciste, et on repart avec pas grand-chose. Wyler a peut-être trouvé un intérêt à cette histoire dans l’ambiguïté de ce personnage. Mais tourné comme ça, ça n’a plus d’intérêt… Au final, on se retrouve avec des enjeux assez peu définis et une trame ultra-molle. La mise en scène vieillotte de Wyler n’arrange pas les choses. Travellings d’accompagnement dans les commissariats de police, plan sur la porte avec l’enseigne « police departement »… Et le must du plan ringard utilisé au premier degré (que Tarantino utilisera au second lui), avec ces scènes de voitures tournées en studio, la toile projetée en arrière-plan pour suggérer le défilement du paysage… 1970, le Nouvel Hollywood donne de l’air aux studios et certains vétérans ne sentent pas le vent tourner.

Que ce soit la mise en scène ou l’histoire, rien n’est bien convaincant (la critique semble avoir dit qu’un sujet comme ça en 1970, c’était un peu comme arriver après la guerre, les sujets étaient déjà traités en mieux — sauf que de toute façon ce n’est pas un film sur le racisme).

Reste une chose à sauver dans le film : la composition d’acteur et la direction d’acteurs. Parfois un peu trop dirigés d’ailleurs, parce que certains trouveraient ça théâtral ou pas assez naturaliste. Mais entre choisir une interprétation naturaliste et une autre où l’acteur peut habilement jongler avec les contradictions de son personnage, mettre des nuances de ton, faire jouer son imagination et donc la nôtre, je signe tout de suite pour la seconde. Je m’en fous du réalisme, je veux qu’on me raconte une histoire. Je préfère les acteurs précis, inventifs, qui savent où ils vont et qui me racontent plus qu’ils ne se la racontent.

Lee J. Cobb campe ici un avocat plus ou moins raciste. Yaphet Kotto, futur passager d’Alien : un acteur plein de nuances, au corps imposant. Anthony Zerbe joue le personnage de flic ambigu ; sa gueule est familière, vue dans d’innombrables films ou séries ; et il est parfait dans ce rôle de tordu. Même Lee Majors, aka Steve Austin, aka L’homme qui valait beaucoup de pépètes, aka L’Homme qui tombe à pic, est très convaincant… — il aurait pu avoir une belle carrière si on lui avait écrit des rôles sur mesure celui-là.

À oublier.


The Liberation of L.B. Jones, William Wyler 1970 | Liberation Company


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Men in War (Côte 465), Anthony Mann (1957)

Carrousel pour le mort

Côte 465

Note : 4.5 sur 5.

Titre original : Men in War

Année : 1957

Réalisation : Anthony Mann

Avec : Robert Ryan, Aldo Ray, Robert Keith

— TOP FILMS —

Excellent film de guerre antimilitariste.

Unité d’action : durant la guerre de Corée, un détachement de quelques soldats menés par un lieutenant interprété par Robert Ryan et cherchant à rejoindre leur division, se retrouve bloqué devant une colline tenue par l’ennemi. Ils essayeront de la contourner en vain : un à un les soldats de cette unité vont disparaître comme dans les meilleurs films d’élimination (du type Dix Petits Nègres, Alien…).

Unité de temps : l’action se déroule sur à peine une journée et montre toute l’absurdité de la guerre, le désespoir des soldats, leurs craintes, leurs folies… Tout tend à montrer dans ce jeu d’élimination où l’ennemi est invisible, que la guerre est absurde. Tant de morts en si peu de temps, pourquoi ? Rien. Tenir une position, retrouver les siens qui ne sont qu’à quelques mètres…

Men in War (Côte 465), Anthony Mann 1957 | Security Pictures

Unité de lieu : énorme paradoxe. Ils cherchent à rejoindre leur unité, à contourner cette colline, à éviter le feu de l’ennemi, donc ils avancent, mais au fond ils sont comme dans un carrousel : ils ont beau avancer, marcher, ils n’avancent pas d’un iota, puisqu’ils continuent de se faire canarder, un à un.

Une structure modèle donc pour cette histoire. Après, il reste le ton du film. On est très loin de la propagande de certains films où le soldat est la figure moderne du héros : courageux, inventif, intelligent, investi pour sa patrie. Là, les simples soldats sont apeurés et bientôt fous. Le général et son « fiston » sont des personnages de théâtre, semblant sortir des no man’s land de Beckett : le génie de ces personnages qui arrivent dans un second temps, un peu comme Pozzo et Lucky dans En attendant Godot, c’est qu’ils ont un vécu fort, ils portent en eux, dans leur comportement, les blessures et les traumatismes du passé. Pourtant, on ne saura rien des raisons de ces traumatismes. Ce qu’on imagine en voyant ça — toujours le pire — c’est qu’ils réchappent du cauchemar que vont maintenant vivre ceux qu’on suit depuis vingt minutes. — Ça rappelle un peu dans le principe, l’imaginaire de Cube : « Tu crois que tu es dans la merde parce que tu es bloqué ? Non, tu n’as encore rien vu ! ». Ils sont comme des personnages revenant de l’enfer, aidant ceux qui plongent : ils en sont sortis, ils y retournent, mais s’ils en réchappent, c’est aussi parce que le « fiston » se méfie de tout et flingue tout ce qui bouge. La morale est claire : ceux qui réchappent à cet enfer ne peuvent être que des salauds ou des fous. La réussite, c’est de ne pas faire de ce « fiston » un cinglé total ou un salaud conscient de ses actes : il passe pour un rusé, un roublard qui se méfie de tout et de tout le monde. Et bien sûr les roublards, le public adore ça.

C’est un théâtre d’ombres et de carcasses fumantes, d’antihéros, ou des héros désabusés, indisciplinés, las. Personne n’obéit aux ordres. Parce que seule la mort gouverne sur ce seuil. Tout le monde se plaint. Mais le lieutenant s’en fout. Il a le sens des responsabilités et aime ses hommes, mais il ne se fait guère d’illusions sur l’issue de leur voyage. En enfer, chacun roule pour sa pomme.

Un plaidoyer efficace, mais désespéré, contre la guerre et son absurdité.

Je ne suis pas fan des westerns d’Anthony Mann. Je préfère de loin ce Côte 465 un peu en marge.



Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1957

— TOP FILMS —

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Les antifilms

les-antifilms

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Hara-kiri, Masaki Kobayashi (1962)

Un seul bras les tua tous

Hara-kiri

Note : 4 sur 5.

Titre original : Seppuku

Année : 1962

Réalisation : Masaki Kobayashi

Avec : Tatsuya Nakadai, Akira Ishihama, Shima Iwashita, Tetsurô Tanba, Kei Satô, Masao Mishima

Magnifique film sur la manipulation de l’histoire. Ou comment la vengeance d’un ronin miséreux a ébranlé une grande maison en forçant certains de ses membres à se faire hara-kiri après le déshonneur de la perte de leur « chignon » (ouille).

Le récit de cette vengeance se fait en deux temps : d’abord celle des samouraïs qui ont été au plus près d’une manœuvre pour obliger le beau-fils du miséreux à se faire hara-kiri (quelque chose de déshonorant pour certains ronins devant survivre en ces temps de paix). Ensuite la vengeance au sein même de la maison seigneuriale pour tuer quelques samouraïs de plus. Au final, le ronin miséreux, qui n’avait plus rien à perdre (toute sa famille ayant péri), y laissera la vie, mais il aura démontré par le récit de son histoire que l’honneur des samouraïs ne signifie rien, qu’il n’est là que pour servir la grandeur feinte d’une maison. Et cette idée se confirme quand le doyen demande qu’on trafique les archives pour cacher ce déshonneur de voir un simple ronin vaincre la moitié de leur maison. Il faut toujours sauver les apparences, la grandeur de la coutume et d’un nom de maison…

Le récit avance pas à pas, mélangeant les temps de récit pour dévoiler au fur et à mesure tous les pans de cette histoire de vengeance désabusée. On se prend au jeu, en restant attentifs aux différents récits, pour comprendre ce qu’a à cacher ce ronin miséreux, comprendre ses intentions et la manière dont il va s’en tirer.

La mise en scène de Kobayashi alterne les rythmes. On est presque chez Sergio Leone avec des temps d’appesantissement, de suspension, où les personnages se jaugent, s’épient ; puis tout à coup un jaillissement. Le noir et blanc est magnifique (voir les captures du duel plus bas), tout comme les décors. Tout contribue à une utilisation parfaite de l’écran, à travers notamment le jeu des contrastes. Les mouvements de caméra ponctuent souvent le récit au début d’une scène. C’est magnifique, sauf quand on a droit à des panoramiques un peu trop prononcés avec un grand-angle…, là, ça donne un peu la gerbe. Bien mieux que Rébellion en tout cas…

(On retrouve cette même idée d’histoire trafiquée dans le chef-d’œuvre d’Okamoto, trois ans plus tard, Samouraï.)


Hara-kiri, Masaki Kobayashi 1962 Seppuku | Shochiku

Le Secret de Térabithia, Gábor Csupó (2007)

Le secret derrière l’affiche

Le Secret de Térabithia

Bridge to Terabithia

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Bridge to Terabithia

Année : 2007

Réalisation : Gabor Csupo

Avec : Josh Hutcherson, AnnaSophia Robb, Zooey Deschanel

Et un film pour enfants, un ! Eh ben, c’est vachement bien ! Parfois, c’est un peu tiré par les cheveux, parce qu’en fait, c’est un peu l’histoire des deux gosses qui se réunissent dans une forêt et qui y imaginent un monde enchanté…, donc c’est moyennement crédible. Mais le film tient surtout par les relations entre la jeune fille qui est une sorte de fée qui à l’air de savoir tout sur tout et le garçon qui apprend tout d’elle. Deux marginaux en fait. Forcément attachants, et comme d’habitude, c’est la fille qui sait toujours tout…, un peu comme dans la vraie vie (et comme dans Shakespeare… — normal, c’était une fille : personne n’a vu… hum).

Ça me fait penser un peu à Man in the Moon de Mulligan avec la craquante Reese Weetherspoon (devenue casse-pieds avec l’âge). C’est un peu la même atmosphère, les joies et les découvertes de l’adolescence, l’envie d’apprendre et de découvrir des choses sans se laisser corrompre par le monde des adultes…, et déjà avec un drame à la fin…

Les deux acteurs principaux, sont excellents. On peut même y ajouter la toute petite actrice qui doit avoir six ou sept ans, qui joue la sœur du garçon et qui a une présence hallucinante… Le garçon est toujours juste et la fille est incroyable aussi de maturité et de charme. C’est le sosie de Keira Knightley (avec un peu plus de viande).

Pas un chef-d’œuvre, peut-être pas non plus un grand film, mais un excellent film pour enfants, qui ne les prend pas pour des crétins… Dommage pour tout le côté « merveilleux » qui foire un peu le film. C’est plus un film sur l’amitié à l’âge où on ne pense pas encore à se rouler des patins et où on a fini de se tirer les couettes… Un âge qui ne dure pas longtemps, mais pour ceux qui ont connu ça, c’est sans doute le meilleur âge de la vie — là où il y a le moins de tension (justement parce qu’on fait la paix avec le sexe opposé et qu’on n’est pas encore l’esclave de ses hormones…

Le film est aussi un hommage aux bouseux : les pauvres gens de la ville n’y comprendront rien parce qu’il faut avoir erré dans les bois, avoir grimpé aux arbres, fabriqué des cabanes, être tombé dans la boue, pour apprécier ce film.

Note : Le film n’a rien à voir avec l’affiche ou la bande-annonce… C’est bien un drame de l’adolescence, un film sur les rêves, un mélo peut-être. C’est un vrai film, pas un gros marshmallow pourri par les effets spéciaux. Disney préfère vendre un faux film et faire des entrées à travers une bande-annonce trompeuse, plutôt que d’envoyer les bons spectateurs dans les salles… Heureusement que le film vaut mieux qu’eux…


Le Secret de Térabithia, Gábor Csupó 2007 | Walden Media, Hal Lieberman Company, Lauren Levine Productions Inc.


Paréidolie ou porte vers l’imaginaire ?


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Madadayo, Akira Kurosawa (1993)

Bernard et Minet

Madadayo

Note : 3.5 sur 5.

Année : 1993

Réalisation : Akira Kurosawa

Avec : Tatsuo Matsumura, Hisashi Igawa, Jôji Tokoro

Je ne vois pas trop où il veut nous mener le bon vieux Kuro avec ce film. Il y a certainement des références à connaître et qui m’échappent, notamment l’évocation de la fin de la vie de ce professeur-écrivain sur lequel l’histoire est basée (un personnage connu au Japon, que personnellement j’ignore). Le film trouve ensuite sans doute un écho dans sa propre vie de vieux professeur proche de la fin ; mais pour moi, spectateur, je ne vois rien qui puisse me toucher.

L’histoire du chat, version nippone du Chacun cherche son chat, est d’un ennui à mourir. On a du mal à trouver un peu de sympathie pour ce vieux bonhomme décrépit, limite gâteux, et qui redevient un bébé à la disparition de son chat… Bah oui, les chats sont des opportunistes. Ils errent de maisons en maisons quand ça leur chante. Ils ont bien sept vies et n’ont aucune loyauté envers ceux qui les nourrissent. Si le vieux sensei voulait un peu de loyauté, il fallait qu’il prenne un clebs. Là encore, il doit y avoir un rapport avec la vie même de l’auteur dont s’inspire la vie du personnage, vu qu’il a écrit sur les chats (Je suis un chat). Mais bon, s’il faut connaître toutes ces références pour comprendre un film, je ne vois pas l’intérêt ; même avec, je ne suis pas persuadé que l’histoire en soit plus émouvante…

Pour émouvoir, il ne faut pas simplement faire dire à travers la dévotion des élèves que le sensei est un homme exceptionnel. Il faut aussi nous le faire sentir par ses actions ou ses paroles. Parce que c’est peut-être une chose entendue pour les Japonais qui connaissent l’écrivain, mais pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est une chose à prouver. Et rien dans ce que fait ou dit le personnage, ne peut nous émouvoir ou montrer que c’est un grand sage… Si on repense à Barberousse par exemple, il suffit d’un ou deux dialogues pour être convaincu du talent particulier du personnage, qui est plus qu’un médecin. Là, on voit un vieux bonhomme avec une cour d’élèves qui le vénèrent, mais jamais il ne fait la preuve de ce pour quoi il est vénéré.

Le seul plaisir du film, c’est la présence presque fantomatique, voire potiche, du personnage de la femme de vieux sensei, joué par Kyōko Kagawa, la merveilleuse actrice aperçue chez Naruse, l’actrice des Amants crucifiés, et qui, là, ne sert à rien… Pendant tout le film, je n’ai regardé qu’elle, présente dans pratiquement tous les plans, mais qui ne fait qu’écouter… C’est sûr l’écoute pour un acteur, c’est très dur, donc autant prendre une grande actrice pour ça… C’est comme si Resnais demandait à Catherine Deneuve de faire de la figuration…

Reste la rigueur de la mise en scène du maître, les couleurs, le rythme… Mais ce qui compte, c’est l’histoire et ce qu’on nous raconte. Et là, si l’histoire ne nous raconte rien, j’ai peine à comprendre ce qu’on veut nous dire…


Madadayo, Akira Kurosawa 1993 | DENTSU Music And Entertainment, Daiei, Kurosawa Production Co., Tokuma Shoten


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Les Fils de l’homme, Alfonso Cuarón (2006)

Séquence ça finit ?

Les Fils de l’homme

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Children of Men

Année : 2006

Réalisation : Alfonso Cuarón

Avec : Julianne Moore, Clive Owen, Chiwetel Ejiofor

Film d’anticipation plus ou moins anglais avec Clive Owen. Ça change des trucs formatés ricains. On sent l’influence, d’une part de Kubrick (ou de Welles si on remonte à plus loin), et même de certaines ambiances de jeu vidéo en vue subjective (il y avait un jeu qui s’appelait Stalingrad je crois…).

Le scénario n’a aucun intérêt : le roi mage qui joue les sages-femmes avec la mère du dernier (ou premier depuis longtemps) bébé et qui fuit les méchants (un petit côté Terminator…). C’est surtout dans la mise en scène, et il faut le dire sur l’ingéniosité de quelques plans-séquences hallucinants, que repose tout l’intérêt du film. C’est peut-être un peu élitiste pour certains qui ne trouveraient pas ça assez formaté ou qui seraient un peu déboussolés par le rythme et la mise en scène en plan-séquence. Mais quand on regarde comment c’est fait, c’est vraiment impressionnant.

Il y a des plans-séquences célèbres où on se dit « mais comment il a réussi à faire ça », avec des illusions d’optique, des objets au second plan qui arrivent au bon moment juste quand la caméra pivote. Là c’est un peu ça, sauf que c’est pratiquement toutes les séquences du film qui sont ainsi. Bien sûr, ça fait « exercice de style », c’est purement formel, mais en même temps l’histoire est tellement bidon, qu’on fait ce que tout le monde fait quand l’histoire est nulle : on regarde les décors… Non seulement donc, c’est réalisé comme ça tout le temps, mais souvent aussi, le plan conjugue des dizaines d’effets (spéciaux ou pyrotechniques) forcément invisibles… enfin visibles, mais un peu comme avec les magiciens, on ne comprend pas comment c’est fichu, et on s’écrit : « Mais comment il a fait, bordel ! »

Il y a notamment la scène (un plan-séquence donc) dans une bagnole où ils vont en voir de bien belles… Un peu comme si on avait droit à la séance de poursuite sur l’autoroute de Matrix, mais version naturaliste, comme si on y était… Il faut le voir pour le croire, parce qu’il y a des cascades, vraiment… qu’on ne peut pas faire en plan-séquence…, sinon, la moitié des cascadeurs y passeraient… Bref, je ne veux pas savoir comment c’est fait, mais c’est impressionnant…

Il y a aussi des longues scènes dans la ville avec des balles qui pètent dans tous les coins, un peu comme dans Il faut sauver le soldat Ryan (moins spectaculaire dans le récit, parce que c’est naturaliste, en temps réel, mais au final plus impressionnant parce qu’on y est totalement).

Un ovni à voir si on aime les expériences au cinéma…


Les Fils de l’homme, Alfonso Cuarón 2006 Children of Men | Universal Pictures, Strike Entertainment, Hit & Run Productions


Sur La Saveur des goûts amers :

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Garçon d’honneur, Ang Lee (1993)

Garçon d’honneur

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : The Wedding Banquet / Xi yan

Année : 1993

Réalisation : Ang Lee

Ang Lee, toujours à la croisée des cultures ; pas toujours pour le meilleur d’ailleurs. Son film réussit l’exploit d’être à la fois une comédie sentimentale, une comédie douce-amère, une comédie de mœurs, tout en gardant une unité cohérente. Tout est dans la retenue. Et c’est ça qui rend le film sympathique.

Le thème de l’homosexualité n’est pas traité de manière lourde et stéréotypée. Pourtant, le mensonge qui est le moteur du film est bien présent. La légèreté avec laquelle le sujet est abordé, le range finalement dans la normalité des ennuis quotidiens. La fin va dans ce sens : ce que craignait le personnage principal ne se réalise pas ; mieux, Ang Lee échappe à la grosse scène de dénouement où tout se dit. La malice du père est passée par là, et il accepte son… “bru” sans peine, et dans le secret. Il construit ainsi une connivence solide avec l’ami de son fils, quelque chose qui fait croire que c’est bien une réelle acceptation plutôt qu’une posture polie qu’il aurait pu prendre dans une scène de dénouement où tout le monde montre une tolérance feinte ou non. Tout repose sur cinq personnages. Le vaudeville n’est pas loin. On échappe à la lourdeur d’un récit intimiste si l’histoire s’était concentrée sur le fils.

Garçon d’honneur, Ang Lee 1993 Xi yan | Ang Lee Productions, Central Motion Pictures, Good Machine

Une autre qualité du film, c’est qu’une fois l’enjeu compris (et sur quelle voie on va aller pour tenter d’échapper à la catastrophe : faire croire aux parents à un mariage parfait sans rien laisser transparaître de l’homosexualité de leur fils), le rythme des scènes s’emballe. Le film est comme sur des rails. C’est comme dans un grand huit, peu importe de savoir où on va, on prend du plaisir parce que ça va vite. On ne s’attardera que dans la séquence du mariage — une sorte de condensé du choc des cultures et des langues, un peu comme dans le chef-d’œuvre de Feydeau, Le Dindon, avec le personnage so british de Maggy.

Ang Lee reste concis dans sa mise en scène, parfois à l’excès. Quand Simon a besoin de quelque chose, il l’a toujours à portée de main. « Tiens au fait j’ai un cadeau pour toi, et justement il est juste là ». « Papa fait tomber de la vaisselle ? Pas grave, j’ai mon balai juste là ! ». Des petites introductions en début de scène pour ponctuer le récit, et puis on entre dans le vif du sujet.

Curieux cinéaste en tout cas que ce Ang Lee. Avec des films aussi différents que Ice Storm, Raisons et Sentiments, Tigre et Dragon, Brokeback Mountain, Hulk… Mais j’ai une préférence pour celui-ci et Ice Storm. Des films sans prétentions, justes et légers, même quand les sujets sont dramatiques. C’est parfois si compliqué de faire simple.



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John Adams, Tom Hooper (2008)

La série racontée en trois lignes

John Adams

Note : 4 sur 5.

Année : 2008

Réalisation : Tom Hooper

Avec : Paul Giamatti, Laura Linney

L’histoire : La vie, l’œuvre, les poux, de John Adams, second président des États-Unis.

Après le premier épisode :

Ça semble prometteur. On reconnaît le savoir-faire et le style HBO…

J’espère que la série retracera fidèlement l’histoire du second président d’Amérique. Je ne sais pas du tout s’ils ne vont traiter que l’époque qui précède la guerre d’indépendance ou après ou je ne sais quoi…

C’est l’occasion de voir le Berléand américain, souvent abonné au second rôle à cause de sa tête de petit joufflu et qui avait enfin accédé à la gloire (si on peut dire) avec l’excellent Sideways.

Puis au final :

Mini-série de dix heures sur la naissance de la nation américaine.

Dans le premier épisode, l’avocat John Adams défend des militaires anglais accusés d’avoir tiré sur la foule. Il s’efforce de démontrer qu’ils y ont été forcés par des indépendantistes… Après cette histoire, l’un de ses amis lui dit que grâce à cette affaire (qui montre son intégrité) il ferait le candidat parfait pour représenter Boston au congrès secret qui se réunit à Philly… Adams n’est pas chaud pour la politique. Ce n’est pas un grand orateur et après cette affaire, il ne s’est pas fait que des amis (sauf auprès du roi d’Angleterre qui lui propose un poste…). Il décide finalement de se lier aux Patriots.

 

John Adams | HBO Films High Noon Productions Playtone Mid Atlantic Films

Le second épisode (le plus passionnant sans doute sur le plan historique) est presque entièrement dédié à ce congrès (le film narre aussi la vie personnelle du futur président, en montrant l’importance qu’avait sa femme dans ses choix). On est au début de cette guerre qui n’a pas encore de nom et dont on ne verra que peu d’images (tout se passe dans les salles de réunion). On voit les divergences entre ceux qui désirent simplement montrer leur désaccord avec les taxes imposées sur les Colonies et ceux comme Adams qui comprennent qu’il n’y a plus la place pour la négociation et qu’il est temps de proclamer son indépendance. Et là tout se joue un jeu subtil non seulement où il faut arriver à convaincre les représentants des autres colonies, mais aussi déterminer quand sera la meilleure période pour déclarer cette indépendance.

On découvre alors les personnages récurrents de la série (et de l’Histoire) : Franklin, qui a l’expérience de la politique à Londres et qui prodigue des conseils à Adams ; Jefferson, l’âme de la révolution, l’idéaliste et le poète ; le général Washington, représentant peu bavard de Virginie, une gloire militaire, et que Franklin et Adams choisissent pour diriger l’armée des Patriots uniquement parce qu’il a beaucoup de prestance (il est immense…, ça tue le mythe).

Adams arrive à persuader tout le monde qu’il faut une déclaration d’indépendance. Et une fois qu’il l’a, il demande à celui qui semble le plus doué pour une telle tâche de s’exécuter : Jefferson. C’est là que Jefferson en fait plus qu’une déclaration d’indépendance mais un texte sur l’égalité des hommes, etc. Seulement, c’est un peu trop osé pour Franklin et celui-ci décide d’y enlever les passages traitant de l’esclavage pour ne pas froisser les États du Sud… Dont est originaire pourtant Jefferson… Quand on sait qu’ils auraient pu là éviter une future guerre civile qui viendra un peu moins d’un siècle plus tard…

Dans l’épisode 3, John Adams se rend à contrecœur en France pour y demander l’aide du Roi ; sa femme insiste pour qu’il ne parte au moins pas seul : il embarque avec son fils (lui aussi futur président).

Il découvre la vie de la cour à Versailles. Alors que Franklin, lui, est tout à fait à l’aise au milieu des orgies et des dorures, Adams se demande un peu ce qu’il fout là et n’a pas la diplomatie de son ami pour arriver à ses fins. Il passe même pour un imbécile devant le roi de France, un extraterrestre, parce qu’il ne parle pas français (les Français sont présentés comme les Américains d’aujourd’hui : ils sont le centre du monde, l’Amérique est toute petite, et la langue de la diplomatie ─ et le restera jusqu’à la Seconde Guerre mondiale ─ est le français). Adams n’appréciant pas d’être traité comme un provincial et de devoir sucer la queue de « sa majesté de France », il rejoint le Royaume de Hollande, également ennemi de l’Angleterre, mais y tombe malade. Il devra envoyer son fils accompagné un autre émissaire américain à Saint-Pétersbourg pour rencontrer la Grande Catherine… parce qu’on y parle le français et que le petit Adams a eu le temps de l’apprendre à Paris.

Dans cet épisode, la cour française est vraiment montrée comme un truc complètement à côté de la plaque. Le contexte est sans doute bien retraduit, parce qu’on comprend bien qu’une telle société ne peut pas durer…

Dans l’épisode suivant, Adams toujours à Paris fait venir sa femme (à vue de nez, il est déjà parti depuis quatre ou cinq ans ! ─ un autre temps… on est loin du Concorde). Jefferson aussi le rejoint. Les Adams (leurs enfants sont restés aux États-Unis, ils sont grands maintenant) profitent des manoirs français, des opéras, des jardins… la vie parisienne quoi… Jusqu’à ce qu’Adams reçoive une lettre lui demandant d’aller en Angleterre, pour être le premier ambassadeur à la cour du roi. Juste avant ça, il y a une scène assez hallucinante ou trois des grands hommes qui sont à l’origine de la Déclaration d’indépendance (Franklin, Jefferson et Adams) se retrouvent coincés dans des jardins à Paris alors qu’on est en train de rédiger la Constitution aux États-Unis.

Adams part donc pour l’Angleterre et la scène avec le Roi George III est un vrai régal. D’un côté l’Américain qui rechigne à faire les courbettes d’usage et de l’autre le souverain qui tire la tronche face à bonhomme qui a décidé en somme de ne plus être son copain…

Très vite, les Adams se lassent de Londres où ils ne sont pas les bienvenues (ils sont loin les palais français…). Et Adams demande qu’il soit remplacé. Ce qui sera finalement accepté. Et à sa grande surprise, il est accueilli comme un héros à son retour. Il retrouve également ses enfants, qu’il n’avait pas vus depuis… bien dix, quinze ans !

Il arrive juste à temps en fait pour les premières élections (ah, ah peut-être que Londres ce n’était pas si mal que ça). Il se présente et est battu par… Washington, le grand gaillard, qui est incapable d’aligner deux mots. Son investiture est presque comique : personne ne l’entend (grande carcasse, petite voix). Adams devient vice-président.

Épisode 5 : Là, on entre dans la politique. Je n’avais pas de sous-titres, donc je n’ai pas tout compris… Bref, en gros, il y a lutte de pouvoir entre tous ces bonshommes. Washington veut affirmer et assumer ses idées, Adams est frustré de son rôle (nul) de vice-président. Jefferson vante les mérites de la révolution française, pour lui c’est dans l’ordre des choses. On apprend même que c’est lui qui est à l’origine de la Déclaration des droits de l’homme… Et tout le monde se bagarre pour la position à adopter face à cette révolution qui les embarrasse au plus haut point. Il y a un risque d’expansion dans toute l’Europe et la guerre avec l’Angleterre risque de s’intensifier. Or, les Français ont aidé les Américains dans leur indépendance. Ils devraient tout naturellement les aider en cas de souci. Seulement, les Américains ne peuvent s’engager… et Washington (qui n’apprécie pas les Français) décide contre l’avis du peuple (très pro français ─ c’est un peu le monde à l’envers aujourd’hui), contre l’avis de Jefferson, de signer un traité de non-agression avec l’Angleterre. Une excuse toute trouvée pour le premier président : « Hé oh, on a passé un accord avec Louis XVI, pas avec la République… et vous lui avez coupé la tête ! » Bref, le joli coup de pute. Bienvenue en politique…

Le double mandat de Washington s’achève et un peu à la surprise générale (alors qu’entre-temps on a appris aussi que la première élection avait été bidouillée ─ c’est donc une vieille habitude), Adams se fait élire Président. Jefferson jouera les « inutilités » au poste de vice-président.

Épisodes 6 : après des agressions de certains vaisseaux français dans les caraïbes (donc le fait qu’on ait jamais été en guerre, c’est du flanc, pas de guerre déclarée, mais des bateaux coulés de part et d’autre : « Hé, je croyais que t’étais mon copain, mais tu t’es bien défilé quand j’ai eu besoin de toi ! Tiens prends ça dans la gueule ! ─ E4, touché coulé ! »), les Américains se voient dans l’obligation de se créer une armée sur les cendres de l’ancienne armée continentale. On désigne Washington pour la forme mais en réalité c’est son second, le premier faucon déjà on pourrait dire, parce que l’ancien président est HS… Ce second (dont j’ai oublié le nom) se plaît à jouer au petit soldat d’abord en s’amusant à créer la garde-robe de son armée (« des jolies rayures jaunes sur le côté, ça ferait classe !), mais le bonhomme est un peu trop belliqueux au goût d’Adams… Faut dire qu’il voulait s’emparer de la Floride, de la Louisiane et de la Californie. Et là Admas qui sort la phrase de Chirac : « Il n’y a pas de guerre propre… La guerre est toujours la plus mauvaise des solutions ».

Pendant ce temps, Adams rejoint la nouvelle capitale (un peu à l’image de la Chine médiévale, un nouvel empire crée une ville nouvelle…)… Washington. Et là, c’est très symbolique encore, parce que la Maison blanche est à peine achevée. Elle est perdue au milieu d’un immense champ de boue, au milieu de nulle part, bâtie par des esclaves noirs… Finalement Adams perd la nouvelle élection et Jefferson s’installe à la Maison-Blanche (« Non, non pas la peine de t’essuyer les pieds partout Thomas… C’est aussi propre à l’intérieur qu’à l’extérieur… ce n’est pas encore vraiment le palais des glaces »).

Le dernier épisode est presque exclusivement dédié au rapport avec sa famille, sa vieillesse (il s’était un peu brouillé avec son grand copain Jefferson à cause de cette histoire d’accord avec l’Angleterre. Ils renouent contact et finiront tous les deux par mourir le même jour… L’ironie, le 4 juillet, cinquante ans après leur déclaration d’indépendance.


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A Serious Man, Joel Coen et Ethan Coen (2009)

Coen épaisse

A Serious Man

Note : 2.5 sur 5.

Année : 2009

Réalisation : Joel Coen et Ethan Coen

Depuis Fargo, ont-ils fait un film intéressant ? Je ne crois pas. Toujours bien écrit, bien construit, mais il manque un petit quelque chose qui donne de la chair aux bons films. Toujours le même problème, ça ne va pas assez loin.

Le héros principal a des emmerdes, OK, mais ça ne semble pas être insurmontable, c’est le quotidien de beaucoup de gens. Les enchaînements d’emmerdes c’est assez commun. Ce qui fait la force d’un film comme After Hours par exemple, c’est qu’on est fixé sur un personnage, on s’identifie beaucoup mieux ainsi, et ses ennuis montent crescendo. La restriction temporelle permet paradoxalement de prendre son temps, car on n’a pas à se familiariser après chaque ellipse avec une nouvelle situation. Et le cinéma des frères Coen picore de plus en plus, à vouloir condenser une action dans un temps long, on ne comprend pas et on ne s’identifie plus à rien (c’est le problème de beaucoup de productions pseudo-indépendantes d’ailleurs).

On ne sait pas trop si le sujet, ce sont les emmerdes du personnage, les situations loufoques avec les différents rabbins, ou encore la « duplicité quantique » (on dira) des événements. Le personnage principal est professeur en mathématiques et on le voit au début énoncer la fameuse expérience du chat de Schrödinger où la bébête est à la fois morte et vivante dans cette situation (je n’ai jamais rien compris à la mécanique quantique). Et le film semble se terminer volontairement ainsi, si bien qu’on reste un peu sur notre faim ne sachant pas de quoi il retourne… Vouloir illustrer une telle expérience dans un film…, c’est juste maboul, on n’y comprend que dalle. Bref, ils n’ont pas été sérieux sur ce coup-là les frères Coen… Croire que le public puisse comprendre l’allusion, et en plus, comprendre la physique quantique à travers le film, c’est juste heu…, bah tiens, à la fois con et intelligent.

Il n’y a rien de plus chiant qu’une œuvre qui se prend au sérieux, mecs (surtout dans un film qui est présenté comme une comédie — certes à la Coen).

J’attends qu’ils cessent de nous pondre des “parcours” de personnages sans intérêt, et qu’ils reviennent à la mise en scène de faits divers, à des portraits d’hommes perdus dans une situation inextricable. Les Coen, c’est de la série B bien exécutée qui détend là où satire. Je n’ai pas envie de voir autre chose.


A Serious Man, Joel Coen et Ethan Coen 2009 | Focus Features, StudioCanal, Relativity Media

 


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Paranoid Park, Gus Van Sant (2007)

L’Éléphanteau

Paranoid Park

Note : 3.5 sur 5.

Année : 2007

Réalisation : Gus Van Sant

Ça fait je ne sais combien de films que notre gugusse expérimente des images d’ados marchant au ralenti et sous tous les angles. Il avait commencé avec Éléphant. Là, il reprend le procédé et l’adapte pour le mettre au cœur de l’action… (oui bon, l’action descriptive), celle qui est censée révéler dans la longueur un sens caché. Comme avec ces skateurs donc, où on ne retrouve qu’une ou deux fois le procédé, de face. Le reste est plutôt convaincant. Il pourrait même avoir terminé le film qu’il essayait d’achever depuis Éléphant… Avec une différence : le personnage principal se rend coupable d’un « homicide sans volonté de donner la mort ». Un accident stupide donc. La thématique du film est bien plus intéressante. Il peut jouer sur la culpabilité, la solitude. C’est surtout la manière de raconter l’histoire, d’une manière encore une fois anachronique, qui prend tout son sens. Dans Éléphant, c’était une sorte de compte à rebours pour terminer sur la tuerie ; là, le récit joue avec la chronologie des événements pour garder un doute sur sa culpabilité, montrer peu à peu les causes de ses agissements et de ses comportements.

Ainsi, on ne comprend pas certaines scènes du début du film, mais on se doute bien qu’on aura une résolution future. La suite est comme un puzzle ; chaque pièce devant prendre une à une sa place. D’un point de vue narratif, c’est beau, efficace ; le récit se met clairement du côté du personnage, on partage et comprend son trouble. Une approche à l’opposé de ce qui a été fait par exemple dans Secret Sunshine où le point de vue est toujours froid, distant (il y a rarement des gros plans d’ailleurs). L’un juge, pas l’autre, et finalement, le résultat est le même. L’un traite du point de vue du criminel, l’autre de la victime. Preuve que selon le point de vue où on se trouve, on est toujours influencés et capables d’entrer en empathie de la même manière avec les victimes ou les pires criminels. Et que plus que juger des actes, on juge en fait plus des hommes, et c’est tout le dilemme du jugement.

Paranoid Park, Gus Van Sant 2007 | MK2 Productions, Meno Films, Centre National du Cinéma et de l’Image Animée

On pourrait imaginer un peu à l’image de ce qu’a tenté de faire Clint Eastwood avec Mémoire de nos pères, un film adoptant le point de vue du vigile pour Paranoid park et celui du tueur d’enfants dans Secret Sunshine. Nul doute qu’on aurait eu aussi de l’empathie pour les personnages de ce côté-ci, peut-être pas à un même degré, mais au fond, pourquoi pas ? Est-ce que le degré d’empathie se mesure ? Et surtout, passé le cadre d’un récit, est-on capable, a-t-on la volonté, d’offrir la même empathie à un être humain qui n’est plus un personnage ? C’est un des dilemmes du cinéma naturaliste et démonstratif. L’auteur prend le pari de traiter une problématique du monde réel et de se servir de la force des images et de la narration pour convaincre les spectateurs d’adopter un point de vue plutôt qu’un autre. C’est comme envoyer une pièce dans les airs et refuser de voir sur quelle face elle retombe : on accepte d’entrer dans le jeu que si rien ne nous est imposé, pourtant certains auteurs prétendront que les images offriront, d’une certaine manière, la résolution du problème.

En matière d’expérience, le cinéma affine probablement notre compréhension du monde, et donc, participe à la formation de nos convictions, mais cela va bien au-delà d’un simple film.



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