Un jouet dangereux, Giuliano Montaldo (1979)

Il giocattolo

Note : 3 sur 5.

Un jouet dangereux

Titre original : Il giocattolo

Année : 1979

Réalisation : Giuliano Montaldo

Avec : Nino Manfredi, Marlène Jobert, Arnoldo Foà

Western des villes cubiste, anti-réaliste voire absurde et nihiliste. Une sorte de cauchemar cinéphile où on ferait jouer à l’infini Dillinger est mort à un comptable surmené et naïf.

C’est aussi les amours un peu étranges, parfois homosexuelles refoulées (ou ironiquement suggérées), entre un homme (décrit volontiers comme peureux et impuissant) et son calibre. Ça ne ressemble à rien, et ça ne s’encombre souvent pas de cohérence psychologique (la femme est particulièrement robotique, répondant toujours favorablement aux comportements de plus en plus étranges de son mari, jamais agressive, toujours à l’écoute, compréhensive, alors même qu’elle est en train de mourir devant son homme indifférent à sa souffrance…).

Et que dire de tout ce passage aux rapports pour le moins suggestifs entre notre comptable et son nouvel ami beau gosse et flic de profession ?… Montaldo les dirige comme s’il était question là de séquences d’amour, et on ne voit pas beaucoup ce que ça pourrait être d’autre, tant l’amitié semble être poussée vers des limites ridicules dont on ne sait au juste si ces séquences tendres et joviales sont des parodies de buddy movies ou si elles ont été réellement tournées au premier degré. L’allégorie initiatique qui se joue entre les deux hommes quand l’un amène l’autre au stand de tir comme s’il l’emmenait chez les putes pour le dépuceler est révélatrice de ces rapports. Comment s’imaginer que tout cela soit fortuit ? L’un des profs de tirs a d’ailleurs beaucoup plus des manières homosexuelles que ces deux-là sans que s’en émeuve plus que ça nos protagonistes. On y trouve tout l’avantage des bordels : on tire un coup, on prend soin de son joujou, on compare les objets, leur efficacité, on regarde son tableau de chasse, sans jamais avoir affaire à des femmes. Un vrai paradis homosexuel. Le plus mignon, c’est que tout cela est montré comme si tout était parfaitement normal (à moins que j’aie l’esprit mal placé).

La tonalité du film est ainsi encore une fois très étrange en jouant de tous les genres, de la comédie à la tragédie. Il faut peut-être y lire une forme de satire à l’italienne mais qui pour le coup m’échappe un peu. Si la morale liée au danger des armes, en particulier concernant des individus fragiles fascinés par le mirage sécuritaire qu’elles leur inspirent, tout le développement et la manière d’arriver à cette fin, me laisse plutôt rêveur. Ces incohérences psychologiques presque volontaires, puisqu’elles apparaissent peut-être moins dans le scénario que dans des comportements stéréotypés jusqu’à l’excès ne peuvent être que le fruit de la volonté d’un réalisateur se refusant à tout réalisme. En dehors de Ferreri, au rayon des affinités, on pourrait citer Moretti parfois, ou Deville en France voire certains Resnais. Plutôt baroque au fond…


Un jouet dangereux, Giuliano Montaldo 1979 | Alex Cinematografica, Rafran Cinematografica


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The Square, Ruben Östlund (2017)

Note : 3.5 sur 5.

The Square

Année : 2017

Réalisation : Ruben Östlund

Ça alterne le bon et le moins bon. Après Snow Therapy, Östlund confirme sa bonne direction d’acteurs, un goût presque hanekien à l’exposition de situations censées faire sens, voire celui de la provocation froide et distante. Le hic, c’est que le plus réussi dans le film, c’est l’humour, le cynisme qu’on peut deviner mais qui n’a rien de bien profond. Et heureusement. Parce que le fond du film, celui qui est tenté de sens, on n’y comprend rien, et ça semble même se perdre, se confondre, comme ça arrive très souvent avec les films à idées, avec le sujet qu’il dénonce. On voit trop bien qu’en faisant le lien entre un point, puis un autre et encore un autre, on nous mène à un but, sauf qu’on n’y arrive jamais et on sent trop la supercherie et la volonté de nous perdre. Le discours au cinéma est toujours creux parce qu’inintelligible. On n’accepte de comprendre que ce qui est paradoxalement laissé à notre interprétation. Ici on voudrait trop nous faire passer quelque chose de mou et d’indéfini pour quelque chose de carré et de profond.

Reste ces séquences prises les unes séparément des autres. La magnifique suspicion de l’homme refusant d’abandonner le préservatif à la femme qu’il vient de « transpercer », scène à laquelle répondra la gênante explication entre la femme qui dit éprouver des sentiments et l’homme ayant profité de la situation d’une tout autre façon (le cynisme, s’il est réussi ici, c’est de s’être servi de la nationalité de la protagoniste : inévitablement on suspecte, ou on craint, avec lui, qu’elle l’ait poussé dans un piège procédurier) ; la performance du môme s’en prenant à l’employer de notre « homme » lui expliquant qu’il a été puni après « sa » lettre de menace ; la répétition de notre homme machinant l’interruption de son propre discours pour le rendre soi-disant moins formel (idée révélatrice des astuces de communication à vomir) ; la Tesla perdue dans un quartier chaud ; les différentes expositions absurdes mais plus vraies que « nature » dans le musée (dont une, faite de gravier démoli par le service d’entretien). En fait, tout serait bien plus réussi si on tournait moins autour de ce Square insignifiant, de la thématique de la confiance ou de l’inhumanité supposée des sociétés, et de leurs individus, modernes face aux petites injustices courantes de la vie. Même la polémique très hanekienne de la vidéo conçue pour être virale, on comprend ce que ça dénonce en creux (ou en cône de gravier), mais on ne peut pas y croire ou y adhérer comme dénoncé (d’autant plus qu’on a le mauvais goût de nous la montrer : non pas que ce soit terrible à voir, on sait que c’est du cinéma, mais bien parce qu’elle n’atteint jamais son but supposé, à savoir choquer).


The Square, Ruben Östlund 2017 | Plattform Produktion, Film i Väst, Essential Filmproduktion GmbH


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Max mon amour, Nagisa Ôshima (1986)

Prends les bananes et tire-toi

Note : 1.5 sur 5.

Max mon amour

Année : 1986

Réalisation : Nagisa Ôshima

Avec : Charlotte Rampling, Anthony Higgins, Victoria Abril

Jean-Claude Carrière dans ses œuvres. Ce n’est pas assez de foutre le boxon dans la filmographie de Buñuel, il faut qu’il fasse de même avec Ôshima. Carrière doit être aussi peu talentueux qu’il est sympathique. Effrayant.

C’est quand même foutrement affligeant et sans le moindre intérêt. On change le singe pour un vrai amant et on voit, là, le ridicule, ou la nullité, de la structure du récit. Il ne suffit pas de prendre un sujet… absurde. Sinon on fait n’importe quoi. Demande à Beckett, Jean-Claude.

Ce qu’il y a de plus épouvantable (ah et encore je me tâte avec la photo horrible de Raoul Coutard digne d’un Sacha Vierny), c’est le casting. L’absurde est là peut-être aussi. Prendre des acteurs français (ou espagnole pour Victoria Abril) pas si mal pour des seconds rôles face à un acteur britannique jouant phonétiquement en français, dirigé par un réalisateur japonais et donnant la réplique à un singe… Au milieu de tout ça, Charlotte Rampling semble venir d’une autre planète : des éclairs de génie, et puis forcément, sans direction d’acteurs, les égarements un peu coupables et fainéants des génies qui ne se foulent pas trop.

Pierre Étaix, Fabrice Luchini et Sabine Haudepin, ces trois-là à sauver. Les autres, le bien sympathique Carrière en tête, à la poubelle.

Une réplique résume assez ce qu’on éprouve en regardant le film : « Tu veux nous voir faire l’amour, Max et moi ? Eh ben regarde par le trou de la serrure si tu y trouves un quelconque intérêt ! » Ben oui, ça n’en a aucun.

Le problème avec la zoophilie, ce n’est pas que c’est subversif (ça ne l’est pas), c’est juste que c’est dégoûtant. Ça ne pose même pas question. « Mais tu n’as pas compris le film, c’est absurde ! » Non, non, le point de départ est absurde, seulement le problème c’est qu’il est justement trop attaché au monde réel, petit bourgeois, et qu’il masque mal son côté amateur et son artifice grossier. De l’absurde, c’est quelque chose qui glisse inexorablement et parfois imperceptiblement vers un monde qui ne peut plus être le nôtre, on essaie de comprendre, on s’interroge, on est fasciné, et on rit aussi. Bref, c’est Buffet froid. Je n’ai jamais compris l’intérêt qu’on pouvait avoir pour les histoires de Jean-Claude Carrière, qui sont d’un vide absolu. On dirait un diplomate sortir une vanne à l’anniversaire de son fils. « Oh, oh mon Dieu, Monsieur le diplomate, comme vous y allez ! »

 

Max mon amour, Nagisa Ôshima 1986 | Serge Silberman, Greenwich Film


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Break-up, érotisme et ballons rouges, Marco Ferreri (1965)

Scènes de la vie conjugale

L'uomo dei cinque palloni

Note : 4 sur 5.

Break-up, érotisme et ballons rouges

Titre original : L’uomo dei cinque palloni

Année : 1965

Réalisation : Marco Ferreri

Avec : Marcello Mastroianni, Catherine Spaak

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Film rare et ce que j’ai vu de plus digeste du bon Marco jusque-là.

Le ton du film flirte en permanence avec l’absurde et la futilité d’une obsession qui finira par tuer Marcello. Une de ces morts inéluctables, plus symboliques, voire paradoxalement nécessaires, que réellement tragiques. La satire, la farce, permet cette distance avec la mort.

La preuve encore que c’est rarement la finalité d’une quête qui importe, ni même parfois son sens, mais bien le parcours emprunté jusque-là. Car le plus étrange, c’est moins l’intérêt que Marcello porte à ses ballons (et à l’air qu’ils peuvent contenir) que les rapports qu’il entretient avec sa jeune mariée. Tout peut être prétexte, ou matière, à discussion. On peut regarder le comportement des animaux dans un zoo en étant fascinés, et on éprouve un peu la même fascination ici pour cette vie de couple, plus faite de petits gestes, d’attentions, de jeux, de bisbilles, que de grandes envolées dramatiques.

Il y a ici certaines des séquences les plus belles et les plus justes décrivant les relations entre amoureux. Beaucoup d’ingéniosité (de Mastroianni essentiellement), de tendresse et de jeux entre deux acteurs magnifiques (la femme de Marcello est jouée par Catherine Spaak, quelques années après Le Fanfaron).

Le film est en noir et blanc en dehors d’une séquence ajoutée plus tard et plutôt inutile dans une boîte de nuit où Mastroianni se trouve perdu au milieu d’une orgie de ballons multicolores…


 

Break-up, érotisme et ballons rouges, Marco Ferreri 1965 | Compagnia Cinematografica Champion, Les Films Concordia


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Le Soleil blanc du désert, Vladimir Motyl (1970)

Huit femmes à abattre

Beloe solntse pustyni

Note : 4 sur 5.

Le Soleil blanc du désert

Titre original : Beloe solntse pustyni

Année : 1970

Réalisation : Vladimir Motyl

Avec : Anatoliy Kuznetsov

Plutôt intriguant. Les deux premières minutes provoquent un petit choc esthétique comme seuls les films russes peuvent en produire. Évocation d’un pays verdoyant et d’une femme à laquelle le personnage principal écrit une lettre. Ces évocations lyriques reviendront souvent ponctuer le récit. L’opposition entre les deux univers est si marquée qu’on comprend l’empressement de Fyodor à vouloir quitter ce paysage désertique pour rejoindre cette femme qui pourrait tout autant n’être qu’un rêve. On pense à cet instant au Quarante et Unième, tourné 14 ans plus tôt par Grigoriy Chukhray, à la différence notable que, là, la romance était bien réelle et le sujet principal.

Le film en fait révèle peu à peu sa nature protéiforme, baroque, absurde, et surtout pince-sans-rire, désabusée. Après cette magistrale introduction (qui se révélera n’être donc qu’une sorte de contrepoint ou de fausse piste, à la limite de la parodie), et un générique original, l’absurde apparaît aussitôt quand Fyodor tombe en plein désert sur un homme ensablé jusqu’au cou (on n’est pas loin d’El Topo, mais là où Jodo bifurquera vers le surréalisme, on glisse plutôt ici vers l’humour, qui là ferait alors plutôt penser à Kin-dza-dza !). Fyodor qui entamait tout juste son retour au pays se voit alors contraint d’aider quelques femmes locales que les rouges viennent de libérer de leur mari (au singulier). On est dans le théâtre de l’absurde : on comprend tout de suite, à l’empressement de l’officier à lui refourguer la mission, à quel point la tâche ressemble plus à un travail de Sisyphe pour un homme œuvrant pour la cause révolutionnaire, car au fond, loin de mener ces femmes à bon port, et les sauver de l’emprise de leur « maître », le plus dur sera surtout d’arriver à leur faire comprendre que grâce à la révolution, elles sont désormais libres. Or ces femmes n’y comprennent rien, et c’est là que l’humour pointe timidement déjà son nez. Ces femmes sont voilées et présentent l’étrange allure des Jawas : une capuche laissant entrevoir un gouffre béant en place du voile ou du visage, ne manquait alors que les petits yeux rouges… Une situation, et une troupe improbable, propices aux situations cocasses, c’est certain, mais toujours avec la subtilité de ceux qui prennent soin de pas y toucher. « Drôle, moi ? Jamais. » C’est sans doute à ce prix que le mélange des genres réussi. Les gags sont rares et jouent sur le hiératisme, un peu comme le lyrisme des évocations de la femme de Fyodor joue sur les images immobiles, mais la comparaison s’arrête là. Tout se joue alors sur le contrepoint, l’humour, ou le cocasse, s’immisçant toujours en s’opposant au silence, au vide, à l’immobile. (La scène la plus hilarante toutefois, est la plus osée, quand pour ne pas dévoiler leur visage, les femmes remontent leurs “jupes”, laissant ainsi, nue leur petit ventre, parfois jusqu’aux seins… Absurde, mais tellement amusant.)

Le film perd malheureusement un peu de son souffle initial, et malgré les 80 minutes, on finit par trouver le temps long. De la guerre entre immobilisme et jaillissements intempestifs, c’est le premier qui a trop vite gagné la partie.

La musique est formidable, surtout pour accompagner ces évocations, non pas d’un passé révolu, mais d’un futur espéré. Et dans ces mêmes scènes, la photo, le montage, tout y est parfait et conforme à ce que les Soviétiques pouvaient alors proposer et qu’on ne voyait que trop peu ailleurs (Visconti, Kubrick, Nichols ou Trumbo utilisaient ce même procédé). L’art de la virgule, ou du contrepoint, c’est bien, mais on aimerait aussi pouvoir s’enthousiasmer sur l’essentiel.


Le Soleil blanc du désert, Vladimir Motyl 1970 | Beloe solntse pustyni / Белое солнце пустыни Lenfilm Studio, Mosfilm, Eksperimentalnoe Tvorcheskoe Obedinenie 


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L’obscurité de Lim

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P’tit Quinquin, Bruno Dumont (2014)

Grimace de l’assassin

Note : 4 sur 5.

P’tit Quinquin

Année : 2014

Réalisation : Bruno Dumont

Avec : Alane Delhaye, Lucy Caron, Bernard Pruvost

Absurde et grotesque. Derrière le rire, la nature de l’humanité dévoilée…

L’humour, c’est parfois aussi le grain de sable qui nous ramène à la réalité du postérieur. Celui qui fait tomber les masques, avec la bienveillance ou l’immunité du fou. La caricature dévoile le réel, inverse les rôles, se moque des usages et des positions pour pointer du doigt, avec douceur et subtilité, les petits maux qui nous accablent, nous agacent, nous chagrinent ou nous révoltent.

L’humour a encore un sens. Celui, littéralement, de dédramatiser, de démystifier, le mal, la peur, la haine, peut-être pour nous aider à mieux appréhender ce qui nous tend. Comme c’est étonnant, le rire détend de tout.

P’tit Quinquin, en somme, c’est Tati déconstruit, remâché, vomi par David Lynch. C’est une savonnette qui se fait la malle (le désordre) et qui ne cesse de rebondir, en jonglant de paume en paume, sans jamais tomber à terre (l’ordre).

Parce qu’il y a de la grâce dans ces gueules cassées. Une grâce touchante, évidente, simple. Celle des gens simples, celle qui ne s’encombre pas de semblants, celle des enfants qui s’étreignent par amour et un peu par une sagesse que leurs parents ignorent, ou celle encore d’un commandant de gendarmerie tout heureux de réaliser un rêve d’enfant en montant sur le canasson d’un suspect.

La grâce des petits riens, oui. Et un bel hymne à la bêtise — pour ne pas dire à la contemplation de la bêtise. La fin des exigences d’un monde sans humanité. L’humanité, c’est l’empathie à l’égard du prochain, en particulier des plus faibles, des plus stupides, des plus incompétents et des plus cons. Oui, on peut être un brin con, incompétent, bizarre, et peut-être même totalement dingue… et alors ? On n’en reste pas moins un homme. Le ou les criminels courront toujours, parce que le mal, c’est un peu celui qui rôde en chacun de nous, celui qui juge, qui exige, qui fraude, qui trompe, qui profite… La menace est là, alors peu importe qu’il y ait un coupable et que l’on trouve une résolution finale à ces histoires. Parce que tuer le mystère ferait en quelque sorte que l’on soit soulagés d’y trouver un coupable. Et forcément, à travers sa salle gueule de bon coupable, on l’aurait juré « ça ne pouvait être que lui, le salaud », et l’on se serait alors détournés de l’empathie que forcent le film et son humour. Pour faire preuve d’intelligence, il faut parfois se forcer, mais parfois aussi, pour rester simple et un peu con, voire béat, naïf face au monde, c’est tout aussi dur. Le droit à la connerie.

L’adjoint y trouverait la plus simple et la plus évidente des philosophies. Une sorte de contemplation béate, et vide, de l’instant qui passe… ou du criminel qui fuit. Comme une forme de renonciation molle à comprendre l’inexplicable, l’inexcusable. L’esprit français en somme, l’autre côté résigné du Français qui s’égosille de tout. La traduction absurde du mono no aware japonais, comme le cérémonial qui tout à coup se détraque, comme un chat serein qui pète, comme une bouilloire qui siffle… et qui tout à coup bégaie et se tait. Dumont parle de tragique-comique, je préfère y voir la beauté, la fausse cruauté, la dérision poétique du théâtre de l’absurde.

Alors, tout n’est pas parfait. La maîtrise d’un genre que Dumont découvre déraille elle aussi. Si une grande part de la réussite du film, du ton et de son humour, tient de son casting, certains personnages, féminins notamment, peinent à convaincre. Les moins grotesques sont les moins bien lotis. Si les personnages grimaçants opèrent une transformation bénéfique, comme ceux de la commedia dell’arte avec leurs masques, les plus normaux se retrouvent ironiquement mis à nu dans un délire grotesque qui n’est pas le leur et, tout à coup, ce sont eux les intrus, les monstres avec leur masque de quasi-normalité. Avec des acteurs professionnels, ou avec une plus grande maîtrise dans l’art de la comédie, on n’y aurait peut-être pas vu tant de décalage, mais on y voit surtout ici des acteurs mal à l’aise dans une sorte d’entre-deux (entre grotesque et réalité) qui sonne faux. Le tragique-comique dont se réclame Dumont, c’est sans doute une alternance entre l’un et l’autre, et ça marche essentiellement parce qu’il ose. Or la chef majorette ou la journaliste par exemple, voire le maire et le procureur, s’ils ne sont que des faire-valoir, leur normalité sonne tout à coup bizarrement dans ce monde. Dumont a peut-être jugé bon d’offrir un contraste normatif à ses gueules cassées. Peut-être n’a-t-il pas trouvé le ton ou les acteurs pour cela, quoi qu’il en soit, leurs apparitions font chaque fois un peu flancher la tonalité générale du film. (Dans la comédie italienne, on retrouve parfois ces personnages « normaux », pour contraster, avec Cabiria par exemple, ou le Fanfaron de Gassman, mais le plus souvent ce sont des bourgeois, et c’est presque alors toujours l’occasion de tirer vers la satire ; sans compter que la postsynchronisation offrira la possibilité de glisser à nouveau vers un étrange qu’on ne trouvera jamais avec des acteurs amateurs jouant comme dans un film fait maison.)

Il a été beaucoup question de caricature pour définir le film, comme si c’était un défaut. Oui, on n’est pas dans le réalisme, c’est de la bouffonnerie, du burlesque, et tout ça, c’est de la caricature. En quoi est-ce que ça devrait être un problème ? Parce que le film caricature les gens du Nord, les pauvres, les cons, les fous, les handicapés, les racistes ? Ça pourrait être détestable, c’est vrai, si des acteurs professionnels et des dialoguistes parisiens étaient venus y fourrer leur nez. Mais ici, on a affaire à des acteurs qui se moquent d’eux-mêmes. Ils n’ont pas l’intention de se moquer l’autre, ils se moquent de leur propre bêtise, de leurs excès, ou en tout cas, de ce qu’ils peuvent avoir en eux de caricatural. Ce qui est détestable (et encore), c’est de moquer l’autre, surtout quand il est « petit » ou « faible ». Or, tout ce qu’on retient ici de cette capacité de certains à se moquer d’eux-mêmes quitte à chercher en eux des excès qui pourraient être les leurs, pas ceux des autres, c’est qu’ils sont beaux et sympathiques, aimables et attachants dans leurs bassesses. La caricature sert à faire tomber les masques, mais d’abord ceux qu’on porte soi-même. Se caricaturer soi-même, c’est se mettre à nu, dire à celui qui nous regarde : « Je sais que c’est ainsi que vous me percevez, je ne suis pas dupe, mais vous, êtes-vous bien certains de pouvoir voir au-delà de ce masque ? » Les plus grotesques dans le film, ce sont aussi les plus attachants. Et dans un monde où une bonne part du mépris porté à l’autre tient à la peur ou à la méconnaissance que l’on a de lui, eh bien, cet humour ne peut avoir qu’un effet bénéfique.

Maintenant qu’il semble acquis que Dumont nous propose une autre saison, et vu que l’aspect raciste a plutôt été évoqué de manière tragique (et juste), osera-t-il caricaturer les migrants, voire les passeurs, les activistes ou de vrais (pas un mirage) criminels… ? P’tit Quinquin et ses amis, par exemple, sont clairement racistes, et ça n’empêche en rien, pourtant, de les trouver sympathiques. L’humour démystifie. Certains pourraient y voir un danger. Alors, est-ce qu’on trouverait de bon goût de caricaturer migrants, passeurs, activistes et criminels ?… Est-ce qu’on aurait ri si P’tit Quinquin était grand et bastonnait un Noir ? On peut se poser la question, au moins : on juge peut-être à tort qu’un « p’tit nègre » se faisant lyncher comme n’importe quel gosse de son âge, ce n’est pas si grave… On minore facilement les conséquences de ces « chamailleries ». Or fort justement, le film nous rappelle que cette cruauté, ce mépris de l’autre, n’est pas moins indolore pour un gosse. Il serait intéressant de voir si la caricature est acceptable dans l’autre sens. On admet l’incompétence des gendarmes parce que l’assassin reste un mirage (la non-élucidation de l’intrigue était très juste) et que les morts s’enchaînent comme dans un jeu absurde sans conséquences, comme Michel Serrault se regardant se vider, impassible, dans les couloirs du métro de Buffet froid, un couteau dans le ventre.

Jongler entre rire et drame, chercher à donner un sens au rire, c’est un exercice plutôt périlleux, et je serais en tout cas curieux de voir si Dumont parvient à renouveler ce petit miracle.


P’tit Quinquin, Bruno Dumont 2014 | 3B Productions, ARTE, Pictanovo Nord-Pas-de-Calais


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Mémoires trouvés dans une baignoire, Stanislas Lem (1961)

Mémoires trouvés dans une baignoire, Stanislas Lem (150)

Pentagone d’Escher

Il ne faudrait pas s’y tromper, plus qu’un roman SF, Lem nous pond ici sans doute plus une sorte de conte métaphilostropique, une fable absurde, voire surréaliste, qui libérée de substance et de matière dramatique n’aurait plus d’autre intérêt qu’elle-même.

Seule l’introduction présente ce qui va suivre à travers le double prisme de la SF et de l’humour (c’est d’ailleurs probablement ce qu’il y a de mieux ici, de parfaitement hilarant), le reste déconcerte, puis fatigue. Le schéma est simple : un type dans un immeuble labyrinthique se voit confier une mission des plus secrètes. Or, la mission en question, c’est en fait pas loin de devoir chercher l’objectif de cette mission… L’Odyssée concentrée dans un verre d’eau ou dans un palais des glaces… S’ensuit un long voyage surréaliste, parfois drôle et surtout répétitif (mais si on le lit légèrement bourré, c’est plus efficace et plus inoffensif que certains psychotropes), durant lequel le narrateur sera confronté à la paranoïa et aux instructions absurdes des chefs, la bureaucratie kafkaïenne, la manipulation, la torture…

Toutes les interprétations sont possibles. D’abord, il semble clair qu’il s’agit plus ou moins d’une critique du système communiste auquel Lem était sans doute confronté. L’introduction désignant, faussement, le Pentagone et l’Amérique comme les cibles de son récit ayant peut-être servi à brouiller les pistes… Pour le reste, plus que Kafka, le ton et la forme feraient probablement plus penser à un Jarry. Les personnages sont des caricatures, des personnages de BD, les mêmes pantins étranges qu’on retrouve à la même époque dans le théâtre absurde. Même l’écriture, bien que le récit soit écrit à la première personne, fait souvent penser à une combinaison de répliques et de didascalies (les introspections et commentaires intérieurs du narrateur ayant également tout des monologues — je pense à la fin du Rhinocéros notamment).

Alors, en tant que lecteurs, on pourrait y trouver assez peu d’intérêt. C’est vrai que ça aurait sans doute eu plus de sens d’en faire une nouvelle. Sauf que de sens, justement, il n’y en a aucun, alors pourquoi pas… C’est encore plus absurde de tenir le procédé sur la longueur. Fatiguant certes, mais on peut aussi y voir la formidable capacité de l’écrivain à réinventer le monde dans un verre d’eau. Une porte se referme, le personnage entre dans une autre pièce, et hop, que peut-il y trouver ? Ce n’est pas qu’un défi à l’imagination (après tout, l’imagination, tout le monde en a), c’est surtout un formidable exercice de style. Il faut voir ça comme un auteur faisant ses gammes. Libéré de la contrainte dramatique, de la logique et de la cohérence, l’auteur peut s’exercer au style et à la mise en scène. Tout ce qui fait finalement un bon écrivain. Le savoir-faire. Le but est d’arriver à composer d’abord des situations, dont la nature importe assez peu, mais qui serviront de support à l’exercice de ces gammes, des techniques propres à l’écrivain. Puis, il faut prêter attention à la description du cheminement intérieur des personnages à travers l’emploi de termes adéquats, significatifs, focaliser le récit sur des éléments plus que sur d’autres, disposer au mieux ses incises, le tout pour illustrer au mieux un décor, une atmosphère, un monde. C’est un vrai travail de mise en scène, car ce n’est pas tout d’imaginer des situations, il faut avoir le talent de doser ses effets, opter pour l’angle et le ton idéal, préférer des éléments par rapport à d’autres… Ensuite, il y a la question purement formelle, celle du style, du vocabulaire, des images, du rythme (il faut noter l’excellent travail de traduction). Et il n’y a pas à dire, tout est parfaitement dosé et ciselé comme dans de la poésie. Si Lem délaye son récit à l’infini comme s’il s’était lui-même perdu dans cet atroce enchevêtrement de couloirs digne d’Escher, à l’échelle du style, la maîtrise est impressionnante. Au machin difforme et indigeste qu’est la fable, s’opposent la cohérence et la rigueur de l’écriture. Un exercice de style que devraient s’infliger tous les écrivains débutants avant de passer aux choses sérieuses. On commence toujours par apprendre ses gammes…

pentagone-descher


Le Plongeon (The Swimmer), Frank Perry, Sydney Pollack (1968)

Le Plongeon

Note : 5 sur 5.

Titre original : The Swimmer

Année : 1968

Réalisation : Frank Perry, Sydney Pollack

Avec : Burt Lancaster

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Réponse à Renaud/Morrinson (Je m’attarde) concernant l’interprétation du film :

Je pense que toutes les interprétations sont possibles, c’est l’intérêt de la chose presque. Je ne me rappelle d’aucune idylle par exemple (sauf avec la blonde baby-sitter — qui n’apparaît pas dans la nouvelle, je crois), et je doute que tout cela ne soit qu’un rêve. Je n’ai pas non plus pensé à un récit passé > présent. Pour moi, il s’agit bien d’une journée complète, on ne sait pas d’où il sort, et ce passé auquel il court, ou plonge, il le retrouve à travers ses rencontres, mais bien au présent, après sans doute un traumatisme ou quelque chose de ce genre. Je l’ai vu comme un type qui après une séparation ou une tragédie personnelle, après un séjour à l’asile, serait peut-être sorti, aurait perdu la mémoire, et se repointerait chez lui comme si de rien n’était en ayant oublié les dix dernières années de sa vie, et en devant alors faire face aux réactions médusées des gens qui l’ont connu.

Ça me semble évident, mais c’est peut-être parce qu’il m’est déjà arrivé de rêver ça : me retrouver là où j’avais vécu gosse, comme un point zéro marquant, avec tes habitudes, où tu voudrais bien revenir, mais où tu sais que tu ne pourras jamais.

Il y a un petit côté Alzheimer chez lui et, dans mon interprétation, c’était bien quelque chose de pathologique, une amnésie, liée très probablement à un traumatisme, une dépression, etc. Ensuite, ce n’est qu’une interprétation ; encore une fois, l’intérêt du film, c’est que rien n’est explicité et que chacun peut se créer sa sauce interprétative. Si quelqu’un explique le film en ayant tout compris et en imposant une seule version possible (je ne me rappelle plus très bien de ce que dit Thoret, mais c’est probable qu’il ait envie une nouvelle fois d’expliquer, trouver des symboles vaseux, etc.), ça n’a plus d’intérêt. Ça fait partie de ces histoires, presque mythologiques, qui deviennent universelles en en disant assez sur la vie et le monde tout en gardant une part de mystère. Il est normal alors que ça ne touche pas forcément certains spectateurs puisque c’est comme une boîte vide : si on n’y amène rien, si ce qu’on y voit ne nous inspire rien, ça sonnera… vide. Mais si on s’y laisse entraîner, si on commence à y venir avec ses propres bagages émotionnels, son histoire, ses peurs, ses obsessions, et qu’on y trouve toujours un écho dans le film, la boîte vide s’est remplie, et chacun aura une boîte différente. C’est le génie de l’art, capable de s’adresser à tout le monde, parfois, tout en s’adressant spécifiquement à chacun, comme un effet de miroir. Il suffit que l’angle donné ne soit pas le bon et on ne s’y reconnaît pas.

Thoret s’y est sans doute très bien vu et vu son imagination, sa capacité à voir des symboles, des références ou des révolutions partout (ou des intentions — surtout là où on peut difficilement parler d’auteur), c’est compréhensible qu’il adore le film et le mette au même rang que Le Lauréat. Il n’aurait pas tout à fait tort d’ailleurs. Quelle que soit l’interprétation que lui en fait, on ne peut pas nier que les deux films ont une approche “européenne” du cinéma (influencé par Blow up, je crois surtout). C’est-à-dire que tout à coup, les histoires n’avaient plus peur d’exposer l’ombre des choses, les mystères, l’incompréhensible, ou pour revenir à Antonioni, l’incommunicabilité. Toutes les années 70 seront sur ce même ton jusqu’à ce que Spielberg et Lucas y mettent un terme.

J’apprécie souvent ce genre d’histoires a priori absurdes qui refusent toute explication, sorte de machin existentialiste qui ne ressemble à rien, parce que ça me semble être un regard à la fois particulièrement déformé et pourtant si vrai de la réalité (Shakespeare ne disait pas autre chose, par exemple, déjà, tout comme Calderón avec La vie est un songe ou Cervantès à la même époque). Et ça, au XXᵉ siècle, ça a été pas mal transmis en France en tout cas par le théâtre de l’absurde. En attendant Godot, c’est tout aussi bizarre, existentiel et sans explications possibles. Pour reprendre le titre d’un machin de Peter Brook : tu as un espace vide, et c’est à celui qui regarde de le remplir, grâce aux suggestions de la scène ou de l’écran.


Le Plongeon (The Swimmer), Frank Perry, Sydney Pollack 1968 | Columbia Pictures, Horizon Pictures


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Les Acteurs ambulants, Mikio Naruse (1940)

Absurde

Tabi yakushaTabi yakusha Année : 1940

9/10 IMDb  iCM

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Réalisation :

Mikio Naruse

Avec :

Kamatari Fujiwara
Kan Yanagiya
Minoru Takase
Sôji Kiyokawa
Kô Mihashi
Zekô Nakamura

Une troupe s’installe dans un petit village de campagne pour y présenter une pièce sans prétention. Parmi les acteurs, deux frères interprètent un cheval. Pour l’un et l’autre, mais surtout pour l’aîné pour qui il s’agit là d’un véritable art acquis après de longues années de perfectionnement, tout change quand un ivrogne s’assied sur la tête du cheval. Essayant de la faire rafistoler par un fabricant de lanterne, la tête ne ressemble plus qu’à celle… d’un renard. Tout un art ancestral qui vole en éclats. L’aîné qui interprète le cheval refuse de jouer dans ces conditions et se sent profondément humilié, rappelant à quel point son interprétation dépend du moindre détail. L’humiliation et la déception n’en seront que plus grandes quand, finalement, face à son refus de reprendre son rôle, on décide de faire intervenir un véritable cheval sur scène…

Hilarant, profondément juste, et attachant. Encore une fois, il s’agit d’un monde qui s’effondre pour Naruse, et il arrive à ressortir l’absurdité de la situation, celle de la vie, de la marche du monde et du temps, grâce à deux bricoles. Le cinéma, c’est d’abord l’art d’évoquer. Une tête de cheval écrasée, c’est tout le Japon traditionnel voué à disparaître. Une belle satire du perfectionnisme à outrance.

(On peut lire dans Naruse un cinéaste d’Audie Bock, que c’était une des œuvres préférées du cinéaste.)


Les Acteurs ambulants, Mikio Naruse 1940 Tabi yakusha | Toho Eiga


Barton Fink, Ethan et Joel Coen (1991)

Barton Fink

Note : 5 sur 5.

Année : 1991

Réalisation : Ethan et Joel Coen

Avec : John Turturro, John Goodman, Judy Davis, Steve Buscemi

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Journal d’un cinéphile prépubère : le 19 mai 1997

Scénario, mise en scène, jeu, photo et décors sont géniaux. L’univers de Barton Fink est hyper travaillé, irréel, voire absurde, allant jusqu’au surréalisme presque, en tout cas, à prendre au second degré.

Les couleurs sont ternes, âpres, moites, à l’image du papier peint qui se décolle. On se sent oppressés, séquestrés dans un huis clos (on a rarement des scènes d’extérieurs, et si c’est le cas, rares sont les plans larges ; c’est un univers de studio où il n’y a pas de liberté, d’espoir, où tous les éléments sont contrôlés comme chez Tarantino).

On évite l’exposition d’objets du quotidien pouvant paraître à l’écran trop réaliste, comme une voiture par exemple, pour éviter cela, le sujet est situé dans les années 30 ou 40, improbable, on flirte avec le merveilleux. On ne voit aucun plan de présentation large, extérieur, comme une façade d’hôtel : on va encore une fois à l’essentiel pour coller aux humeurs de Fink.

Barton Fink, Ethan et Joel Coen (1991) | Circle Films, Working Title Films

La réalisation, très sophistiquée, est épatante, surtout dans l’appartement de Fink avec l’emploi du travelling, du zoom, et de la plongée. Le jeu et la mise en scène sont clairs et retenus, et par conséquent, émouvants (surtout à la scène d’embrassades : une lenteur kubrickienne).

Avec un humour noir sous-jacent, parfois difficile à déceler, qui donner une simplicité au film et le rend sympathique.

À noter aussi la grande qualité des dialogues : les scènes étant des huis clos statiques, l’action se fait verbe. Le script trouve des astuces épatantes pour introduire, et surtout conclure, une scène.

Les dialogues permettent de développer des personnages en les rendant de plus en plus clairs et caricaturaux sans pour autant enlever une certaine ambiguïté. Ce qui permet aussi (le huis clos amenant un récit souvent en temps réel dans une même scène comme au théâtre) de créer des ambiances lourdes par une mise en scène lente et suggestive, d’installer des rapports réels, et au présent entre les personnages.

Les Coen sont les Flaubert du ciné (!).



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