Man on a Tightrope, Elia Kazan (1953)

Le Cirque en révolte

Man on a TightropeAnnée : 1953

Vu le : 29 novembre 2018

7/10 iCM TVK IMDb

 

Réalisation :

Elia Kazan


Avec :

Fredric March, Terry Moore, Gloria Grahame, Adolphe Menjou, Richard Boone


Listes :

MyMovies: A-C+

Film de paranogande. Kazan joue les funambules en dépeignant des artistes sans convictions politiques, ballottés entre Est et Ouest. Le pouvoir de l’indécision, la seule liberté possible…

La même année, dans La Nuit des forains, de Bergman, on retrouve les mêmes personnages (le patron de cirque en prise avec la quasi-faillite de sa troupe et une femme trop jeune, trop belle, trop citadine pour lui). Curieux. D’ailleurs, si ce personnage féminin (encore et toujours interprété par l’une des meilleures parmi les seconds rôles habituels à Hollywood, Gloria Graham) a quelque chose de symbolique pour Kazan (elle est la tentatrice, celle qui pousse son mari, à passer à l’Ouest, celle que d’autres voient du mauvais œil), elle a surtout un petit quelque chose de typiquement féminin : la détestation des hommes faibles, faisant de leurs doutes, de leurs indécisions, de leur respect pour autrui, de leurs précautions maladroites, une forme de lâcheté, ou le signe de leur manque de virilité, et qui, à la première baffe de cet homme, se plongera dans ses bras, ayant enfin eu ce qu’elle attend d’un homme, d’un vrai (sic), de la brutalité. Pas grand respect pour ces femmes qui forcent au premier coup d’œil une indépendance affichée, quand elles ne recherchent que la soumission à un mâle. Et c’est pas le cinéma qui entretient une culture : certaines femmes sont réellement aussi névrosées, voire schizophrènes, que ça. Gloria Graham, au moins, est parfaite dans ce registre.

Honor Among Lovers, Dorothy Arzner (1931)

Claudette avant Capra

Honor Among Lovers

Année : 1931

Réalisation :
Dorothy Arzner
7/10 lien imdb lien iCM

 

Avec :

Claudette Colbert
Fredric March
Monroe Owsley
Charles Ruggles
Ginger Rogers
Pat O’Brien
Vu le : 30 mars 2017

Comédie très convenue mais à côté du désastre mélodramatique de Sarah and Son[1], on sent du mieux dans la production.

La Paramount réunit un beau casting pour celui-ci à commencer par Claudette Colbert. Tout est déjà là, le jeu classique hollywoodien du parlant : vitesse, écoute ostensible, réactions et détours affirmés, imagination, pensée, aisance, autorité, tempérament, fantaisie, compréhension de la situation… Le génie saute aux yeux et Fredric March, tout comme son personnage, finit vite par ne plus savoir où donner de la tête. Le film a d’ailleurs la bonne idée de les opposer très rapidement tous les deux, histoire de donner le rythme.

Les autres acteurs ne sont pas forcément au diapason. Monroe Owsley n’est pas mauvais mais indéniablement sans génie parce qu’il n’évite pas les écueils d’un rôle qui se révèle très vite antipathique. Dorothy Arznel comme ce qui semble désormais une certitude ne l’aide pas beaucoup, s’attardant bien trop longtemps sur une scène alcoolisée plutôt embarrassante cassant le rythme là où les grands films finissent par rehausser encore le niveau. Toute la différence entre un cinéaste de génie et une employée de studio très habile quand il est question du découpage technique (et en ce début de l’ère du parlant, avec la nécessité d’instaurer ce qui deviendra très vite un classicisme, c’est pas une mince affaire), mais inefficace quant à la direction d’acteurs ou la dramaturgie (un cinéaste, oui, son rôle c’est avant tout de raconter des histoires, pas forcément les siennes, mais il doit le faire au mieux quitte à en changer certains aspects, et ça, c’est pas le fort de Dorothy Arznel).

Charles Ruggles en revanche est tout à fait délicieux et confirmera par la suite avec une jolie carrière de second rôle (toujours me semble-t-il dans cet emploi de brave type distingué).

Et s’il fallait encore une preuve de la qualité de la distribution, on retrouve même Ginger Rogers en parfaite idiote rappelant qu’avant de croiser Fred Astaire sur Carioca[2] et que la RKO décide de les réunir en têtes d’affiche, elle était d’abord une actrice comique et de composition (ce qu’elle retrouvera parfois par la suite, avec Stage Door[3] ou The Major and the Minor). C’est l’âge d’or pour les actrices… il ne faut plus de sex appeal ou du tempérament, il faut que la langue soit bien pendue et que l’actrice ait du répondant. Si Ginger Rogers ici se fait plutôt mal traiter, on retrouve bien ce qui sera typique des films des années 30 et ce même souvent après l’instauration du code, à savoir que c’est bien les femmes qui portent la culotte. En l’occurrence ici, il n’y en a que pour Claudette Colbert.

Honor Among Lovers, Dorothy Arzner (1931)

1931, il faut souligner l’exploit. Malgré les défauts du film, toutes les années 30 et l’art du parlant sont déjà là. On flirte encore souvent entre les genres et on est parfois un peu plus dans le drame que dans l’humour, mais la romance, la rencontre de deux stars et d’une brochette d’excellents acteurs, tout ça, c’est l’âge d’or de Hollywood qui est en train de prendre forme. Et contrairement à Sarah and Son ou aux Endiablés, on est loin du muet (de son rythme et surtout de ses actrices).

 


 

[1] Sarah and Son

[2] Carioca

[3] Stage Door

Sarah and Son, Dorothy Arzner (1930)

Mélo dramatique

Sarah et son filsAnnée : 1930

Réalisation :

Dorothy Arzner

5/10  lien imdb
Avec :
Ruth Chatterton, Fredric March

Vu le : 29 mars 2017

Il y a ce qu’on peut faire au temps du muet et ce qui ne passe plus au parlant. Et les mélodrames grossiers de ce type laisseront très vite place à des mélos bien plus sophistiqués dans les années 30, avec usage de la musique et acteurs à la hauteur.

Le scénario semble reprendre les grosses lignes du roman, et on ne s’embête pas de nuances ou de cohérences. Les raccourcis sont risibles, les procédés dramatiques cousus de fil blanc, les dialogues affligeants. Bref, c’est consternant.

Au milieu de cette fondue informe, Dorothy Arzner fait ce qu’elle peut. Aucun sens de la direction d’acteurs ou du rythme (le film dure une heure vingt mais avec un style de jeu qu’on retrouvera systématiquement par la suite basé sur la vitesse, il aurait tenu vingt minutes, c’est dire qu’on y trouve peu de matière dramatique), mais un sens certain cette fois pour le montage (un paradoxe quand on est incapable de demander à ses acteurs de jouer plus vite) et une connaissance parfaite d’où placer sa caméra.

Le pire est encore ailleurs. Ruth Chatterton est si mauvaise qu’on a probablement imaginé un accent hollandais pour elle (dans Paramount on Parade elle prenait le même accent censé être français). L’ironie, c’est qu’elle sait plutôt bien chanter… pour une actrice sans doute plus à l’aise pour le muet. Parce qu’elle a une intelligence, une présence, une autorité, ça y a rien à redire, mais dès qu’elle ouvre la bouche, c’est le néant (preuve encore une fois qu’un acteur intelligent peut être plus mauvais qu’un imbécile). Je crois même avoir rarement vu pire récemment en terme de jeu d’acteur sinon Clara Bow dans un autre film de la rétro Arzner où on n’avait qu’une envie, lui dire à l’oreille : « This is It ! » pour en finir.

On se demande encore comment Fredric March arrive à surnager avec autant de médiocrité autour de lui. Au moins, on ne voit que lui, c’est vrai que c’est un filon comme un autre pour faire éclater son talent aux yeux des patrons du studio, et l’installer plus tard dans les productions du parlant… Le point pour éviter le 1/10 est pour lui.

Ça devait être la panique à l’époque pour redistribuer les cartes et trouver les futures têtes d’affiche… Au moins là y a cette évidence.

Sarah and Son, Dorothy Arzner (1930) Paramount Pictures

Ma femme est une sorcière, René Clair (1942)

Ma sorcière s’appelle revient

I married a witchI Married a Witch
9/10  Ma femme est une sorcière (1942) on IMDb

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Limguela top films

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Lim’s favorite comedies

Réalisateur René Clair
 Année  1942
 Avec Fredric March, Veronica Lake
 Vu en janvier 2008 (B- rehaussé B en avril 2010, puis 9 sur IMDb)

 

77 mètres de film, 1cm51 de Lake…

Un bonbon ! Une pure comédie comme en faisaient les studios ricains à cette époque. Que du bonheur… Le film a la « qualité » du code Hays où tout est strictement « épuré », emballé. À se demander comment certaines scènes ont passé la censure. La robe en mousseline de Veronica Lake où on voit poindre ses tétons, l’auréole en prime. Ou ses jambes nues au-dessus des genoux… Arrêtez ! ce que c’est sexy ! C’est suave, c’est bon…

Bon, bon bon…

Le film a inspiré Ma sorcière bien aimée. Seule différence notable, mais elle a son importance, le couple n’est pas marié, mais c’est papa et sa fifille. C’est tout le moteur de film de Clair. Ensuite… une voiture volante qui s’écrase sur un chêne magique… tiens, tiens, ça rappelle JK Rowling — un hommage sans doute, ou un vieux chocogrenouille collé sous une table.

Veronica Lake jouera plus tard dans l’excellent Dahlia bleu, et enchaînera en quelques mois Le Voyage de Sullivan, Tueurs à gage et la Clé de verre. Trop acide en bouche la Veronica… Dommage qu’on ne l’ait pas vue plus souvent derrière son écran cellophane. Quelle bombe ! 1m51 à sucer ! Quel magnifique bonbon !

À noter aussi l’apparition de Susan Hayward en caramel mou. Une autre bombe acidulée qui sera plus savoureuse en couleur… Parce que la Lake, par sa seule présence (minuscule), elle met de la couleur à la pellicule. Parfaitement éclairée par René Clair, il est vrai.

Vous entendez ce petit crissement derrière l’écran ? J’ai rouvert la boîte. J’en redemande. Veronica Lake fond trop vite en bouche…