Propagande antiallemande plutôt lourdaude, flashbacks digressifs sans fin et mélodramatiques. Belle exécution.
À noter un travelling d’accompagnement arrière en plan américain (les mouvements de caméra en dehors des panneau étant inexistants, ça surprend et l’effet est magnifique). Des raccords dans l’axe très bien exécutés, et un découpage efficace. Des intérieurs rares, donc on prend l’air frais du midi.
Judex
De ce que je me rappelle des précédents serials, celui-ci est mieux maîtrisé dans son découpage, encore qu’on est souvent étonné dans ce domaine. Si l’histoire est pour le moins rocambolesque, avec une flopée de coïncidences heureuses qui ne passeraient plus aujourd’hui (ou pour le Judex hommage de Franju), l’intérêt est à trouver moins dans les personnages de Judex (ou de son frère, particulièrement transparent), que dans le personnage opposant de Musidora, peut-être plus présente encore que dans Les Vampires, et surtout l’incarnation typique (et fantasmé) du mal féminin. La vamp. Les deux personnages humoristiques de la série ne sont pas en reste : Cocantin et môme Réglisse sont d’autres atouts merveilleux pour le film.
Moguy parle peut-être plus de notre époque que de la sienne, et bien plus que nombre de films actuels. Des hommes malhonnêtes avec du pouvoir qui profitent des actrices pleines de rêves et d’espoir… Comme un air familier. Michelle Mercier est adorable en petite brune potelée, et Nadine de (future) Rothschild moitié nue et déjà bien comme il faut, pour ceux qui rêvent de voir ce que ça ferait de se retrouver propulsé deux générations avant la sienne pour voir ses ancêtres quand ils n’avaient pas vingt ans…
Action in Arabia / Sabotage à Damas, Léonide Moguy (1944)
Ça pourrait être du Hitchcock ou du Spielberg, mais la faute à quelques coupes étranges sur des acteurs aux réactions semblant presque poussés à jouer n’importe comment, on rate le divertissement parfait. Sans compter qu’avant que l’aventure folle prenne forme dans le désert, les intrigues politiques à l’hôtel international patinent un peu.
Et puis, George Sanders est toujours parfait… dans des seconds rôles, mais je l’imagine mal dans un rôle à la James Bond (journaliste, son personnage aurait plutôt l’habilité d’un agent des services secrets). Il a toujours le mot qu’il faut, la petite astuce pleine de flegme lui servant à se sortir de la catastrophe, mais on peut difficilement trouver un acteur avec si peu le sens de l’urgence. C’est un acteur de salon, pas Cary Grant, capable de sauter du salon, au jardin et dans un avion, le tout avec le peignoir de sa femme sur le dos s’il le faut. Bref, Sanders, c’est James Bond, sans Martini et sans permis de tuer. Qu’il puisse se tirer de situations aussi périlleuses peut laisser sceptique.
Moguy, malgré ces quelques écarts de montage, et avec un budget sans conteste bien ridicule, s’en sort comme il peut.
Charles Vanel est formidable en entrepreneur et en père tyrannique, mais le film ne fait qu’effleurer les choses. L’air du temps sans doute, il faut que ça reste léger. On croirait presque voir un David Golder à l’envers, la même incompréhension entre un père riche, sa femme et sa fille. Renée Devilliers est magnifique mais pas aussi bien dirigée qu’elle le sera dans Les amoureux sont seuls au monde.
Du Petit Fugitif aux Quatre Cents Coups, du Vieil Homme et l’Enfant à De bruit et de fureur, en passant par Kes et Le Petit Garçon qui viendront l’année suivante, l’errance enfantine reste une valeur sûre du cinéma réaliste… Mais Pialat y installe aussi, grâce aux techniques de cinéma direct, un réalisme brut encore rare pour l’époque, un réalisme le plus souvent improvisé par des acteurs amateurs (quand ils ne jouent pas tout bonnement leur propre rôle), et qui pose les bases de son cinéma futur. Plus héritier d’Antoine, finalement, que de Truffaut qui produit le film. Pialat, comme d’autres, finira par faire appel à des stars, dénaturant un peu le dispositif radical mis en place dans ce premier film. À la même époque, et de manière plus éphémère, on a connu ça avec Eustache, si je me souviens bien. Le film possède surtout aujourd’hui une valeur documentaire indéniable, un regard sur les enfants de l’assistance publique au cœur des années 60, et un autre, tout aussi bienveillant, sur ceux qui les accueillent (des vieux magnifiques).