Coup de chaleur

Ça commence vers 7h. D’habitude, quand il fait chaud, je suis debout avant le lever du soleil pour rafraîchir un peu la chambre. Alors qu’il faisait 40° la veille, j’avais 26 à l’intérieur.

En aérant trop tard, j’ai tout de suite vu passer la température monter à 30°. Elle n’augmentera pas de la journée, pourtant il semblerait que j’ai commencé à souffrir de la chaleur sans m’en rendre compte avant le gros coup qui viendra plus tard.

À 17h, je me dis qu’il fait pas trop chaud pour remuer ma vieille carcasse de sédentaire. Je bois un bon verre d’eau et, au lieu d’aller marcher sous 40°, je me dis que je ferai un peu d’exercices de gym. Je mets le souffleur d’air devant moi, et je commence à m’agiter. Je prévois de boire. Mais au bout de quelques minutes, j’ai sans doute forcé un peu trop (je sautillais avec un poids spécial crevette de cinq kilos), et brusquement, ma vision se brouille, je me sens lourd, juste le temps de comprendre que je vais m’évanouir parce que j’ai déjà eu cette sensation avec des grippes notamment. Et donc, je tombe dans les pommes.

Aucune idée de combien de temps je suis resté inconscient, mais je me réveille allongé dans le machin qui sert à étendre le linge à deux doigts du coin de la margelle de la douche (si j’ai amorti ma chute et me suis couché, ça va, si je suis tombé comme un sac, la tête aurait pu se fracasser contre ce bord de douche, et ç’aurait fait une belle mort : quoi de mieux que de clamser inconscient ; ç’aurait été moins drôle pour les voisins qui auraient commencé à sentir l’odeur six mois après).

Aucune force pour me relever, j’ai la tête qui tourne, et je pisse la sueur comme il m’est arrivé rarement de le faire (je pense qu’il y a que les crises d’angoisse qui m’ont fait autant suer, sans doute pour les mêmes raisons, l’hyperventilation, sauf là, je respire sans doute pas à fond pour rien). Je suis conscient, je panique pas, je laisse couler la sueur, je cherche pas à bouger parce que ça m’accapare des forces que je n’ai pas, et je comprends que j’ai encore fait une connerie avec mes limites donc je fais profil bas (je fais des sprints parfois dans le bois, comme ça, pour rien, parce que j’aime bien la sensation presque de voler quelques instants, je sais que c’est dangereux et que j’ai l’air con, mais je le fais quand même).

J’ai même pas la force de me traiter de couillon, dans ces moments, on écoute son corps, et on attend.

Au bout de quelques minutes, j’arrive à m’asseoir contre le mur. Je sue encore un max, mais ma respiration semble être moins profonde. Le pouls, lui, n’a pas arrêté de monter les escaliers. Je peux toujours pas me lever, ça servirait à quoi d’ailleurs.

Après quelques instants où je perds manifestement la notion du temps, je rampe vers un fauteuil, et je vois l’heure : si on imagine que j’ai gigoté vingt minutes ma graisse, je suis resté couché plus d’une heure parce qu’il était 18h45 passé.

Après m’être reposé quelques secondes, je grimpe sur le fauteuil, je lève les jambes sur une chaise de bar parce que je me dis qu’il vaut mieux que le sang aille vers le cerveau, et je me repose. Je suis dans les vapes, je m’endors peut-être, me réveille quelques fois. Et puis je crains d’être en hypoglycémie, donc je me dis qu’il serait peut-être pas idiot d’aller bouffer un sucre (c’était idiot, mais je ne le savais pas encore). Il doit être un truc comme 20h, j’arrive à marcher, j’ai pas faim, pas mal à la tête, juste aucune force.

Je retourne m’asseoir. Je mets bien dix minutes à avaler le morceau de sucre. Je me rendors sur le fauteuil (ou tombe dans les vapes, mais je suis pas sûr de faire la différence, contrairement à ma chute, je ne me “sens” pas perdre conscience).

21h et des poussières, ça semble aller mieux. Avec toute la sueur que j’ai perdue, je me dis qu’il serait sage de boire un peu. J’ai toujours pas mal à la tête, et j’ai aucun problème musculaire (ce qui m’étonne parce que j’ai des troubles musculo-squelettiques, et il faut pas grand-chose pour que mes muscles s’enflamment). Je vais boire, aucune soif. Je commence à avoir des nausées, des vertiges. Je connais ça encore bien, ça ressemble à une migraine… sans mal de tête.

Je vais dans la salle de bains : première série de vomis. Je me vide pas mal, et en voyant tout mon déjeuner passer à peine digéré, je commence à comprendre que le coup de chaud n’est pas venu d’un coup : à une époque, manger par fortes chaleurs, ça me provoquait des migraines. Et quand j’ai des migraines… je ne digère pas.

Vomir a comme conséquence de me sentir mieux (avec effet immédiat comme pour les migraines). Je comprends encore pourquoi je n’ai ni faim, ni soif : avec la chaleur, je digère au ralenti, donc à 17h, c’était comme si j’avais tout juste commencé mon repas. Le sucre servait à rien.

Je pense que c’est fini, je prends une douche, et retourne me reposer.

Quelque temps après, j’essaie de boire à nouveau et rebelote : nausée, vertiges, nouvelle série de vomis. Toujours un plaisir de voir un déjeuner vieux d’une dizaine d’heures à peine digéré. Mais c’est bien, l’occasion une fois encore de me rendre compte que je ne mâche pas assez et me demander pourquoi le vomi trouve un moyen de passer par les narines. Je suis mal fichu ou c’est pareil pour tout le monde ?

La prochaine fois, je prends des photos et je fais un catalogue de morceaux.

Dernière chose. Quand je me balade à 35° dans un air ultra-sec, j’ai aucune sensation de soif (ça, c’est pas nouveau), mais surtout il semblerait qu’il fasse tellement chaud et sec que je ne sue pas : en réalité, je sue, mais la sueur sèche de suite. Conséquence, je dois perdre plus d’eau que je l’imagine, et le manque de sueur n’aide pas à m’alerter sur les premiers signes de coup de chaleur. À savoir pour la suite. Parce que ça ne va pas aller en s’améliorant.