L’île de la terreur, King Vidor (1924)

Une orange à l’amère

Wild OrangesL'île de la terreur (1924) King VidorAnnée : 1924

8/10 IMDb  iCM

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Réalisateur

King Vidor

Avec  :

Frank Mayo ⋅ Virginia Valli ⋅ Ford Sterling

On trouve déjà dans ce film de Vidor tout de certains films qui feront le succès des grands classiques hollywoodiens : une romance, un environnement exotique pour échapper à l’emprise d’une réalité pas très brillante et répondre au contraire à l’appel de l’aventure, un méchant bien identifié, pas d’effets « artistiques » ou expérimentaux (on s’adresse à un large public et on cherche à divertir), du réalisme populaire (on reste dans la transparence du style, donc pas de pantomime mais une recherche du beau plan et de la crédibilité dans la restitution des espaces, de l’intrigue et des personnages). Et puis de l’action : pas de temps mort jusqu’au final épique, notamment grâce à l’utilisation en permanence du montage alterné pour décrire une situation en montrant les divers protagonistes qui ne sont pas forcément dans un même lieu et pour instaurer une forme de suspense permanent (l’opposition des plans successifs entre ces personnages en conflit, ou au contraire attirés l’un par l’autre, ce jeu d’opposition entre « amour et danger », entre des personnages se trouvant donc dans un même lieu mais pas au même endroit et qui doivent forcément se rencontrer : l’attente, l’espérance ou la crainte de la rencontre crée le suspense). Et il y a même un chien qui joue les héros… c’est Hollywood !

Pour le reste, le découpage technique est étonnement précis et juste pour un film de 1924 (sublime scène d’introduction). Le récit est là encore parfaitement maîtrisé d’un bout à l’autre du film, dans la concision et l’étirement du temps, dans les choix de détails pertinents, jusque dans l’utilisation des panneaux présents pratiquement à chaque scène de transition pour mesurer le temps écoulé et définir les nouveaux enjeux… On appelle ça le savoir-faire.

Frank Mayo, lui aussi, a ce côté très « Classic Hollywood », à tel point qu’il ressemble à s’y méprendre au Gary Cooper des années 50 (Gary Cooper qu’il croisera plus tard d’ailleurs dans Sergent York ou L’Homme de la rue, Mayo ayant poursuivi semble-t-il une carrière de second rôle très prolifique à l’arrivée du parlant). Quant à Virginia Valli, elle tient le rôle principal la même année dans le sympathique L’Homme du rail (un autre thriller romantique, chez les aiguilleurs de train, l’exotisme en moins — comme quoi les codes des thrillers étaient déjà bien établis à Hollywood avant l’arrivée du « maître du suspense »).