They Might Be Giants (Le Rivage oublié), Anthony Harvey (1971)

They Might Be Giants

Note : 4.5 sur 5.

Le Rivage oublié

Titre original : They Might Be Giants

Année : 1971

Réalisation : Anthony Harvey

Avec : George C. Scott, Joanne Woodward

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Les fous au pouvoir !… Qui est fou ? Les doux rêveurs ou la société ?

Quelques moments de “bravoure” d’anthologie, du théâtre filmé, des dingues en pagaille, de cette folie plus proche de la raison que certains hommes sages ne le seront jamais (on est chez Shakespeare, Cervantès ou chez Érasme) et la plus savoureuse entre tous, l’une des comédiennes les plus phénoménales du monde plat, à l’imagination débordante et à la maîtrise totale, au charme unique… Joanne Woodward. Difficile de croire que c’est la même qui l’année suivante tournera De l’influence des rayons gamma… Temps écoulé avant le quasi-coup de foudre : 5 minutes. Chaque mimique, chaque geste, chaque moue boudeuse, chaque interrogation, chaque sourire est une caresse. Watson, je vous aime.

Mais il faut aussi voir le film pour George C. Scott, tellement improbable en Sherlock, et donc forcément fascinant et crédible dans ce personnage où malgré les apparences, lui seul fait preuve de finesse, d’intelligence et de sagesse. Jusqu’à ce que lui aussi succombe, à la plus douce des folies, l’amour.

Et puis surtout… « There’s no more westerns! ». L’acte de mort d’un genre qui se déclare dans un film censé être complètement dingue. La vérité sort de la bouche des fous.

Ce qu’on pourrait appeler un vrai film pour cinéphiles. Un éloge des tordus, des battants luttant contre les faux-semblants, et de l’amour. De la douce folie aussi.


They Might Be Giants (Le Rivage oublié), Anthony Harvey 1971 | Universal Pictures, Newman-Foreman Company


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The Host, Joon Ho Bong (2006)

Host tel

Gwoemulthe-host-joon-ho-bong-2006Année : 2006

4/10 IMDb iCM

Réalisation :

Joon Ho Bong

Avec :

Kang-ho Song, Hee-Bong Byun, Hae-il Park

C’est amusant. L’humour est à la fois la seule consolation de ce nanar mouillé et une de ses plus grandes faiblesses. La tonalité générale, plutôt baroque pour un film de ce genre, ne fait jamais mouche : à quelques reprises seulement, on sourit, des images furtives, des gags, des expressions, tout ça pour rehausser un scénario qui frise l’écriture automatique et le papier mâché.

C’est que le film aborde énormément de sujets et ne va finalement jamais au bout d’un seul. Le scandale écologique ? Oublié. Les mutations rigolotes ? Oubliées. La manipulation des autorités ? Oubliée. La farce ? Oubliée. C’est du free style en permanence, ça ressemble à rien, c’est laid, c’est con ; et pire que tout, c’est affreusement mal fichu techniquement.

De la conscience (ou la peur) de faire un nanar à la résignation de se moquer de ce qu’on est en train de faire pour donner le change, il n’y a qu’un pas. « Oui, oui, c’est nul, ah ah, mais c’est parfaitement voulu. »

Pour faire un film, même une comédie, il y a une règle à respecter, au moins, celle de croire en ce qu’on voit. Et là, on ne peut y croire une seconde. La comédie est ratée, le thriller aussi, la satire aussi.

Ça commençait pourtant bien… avant que le monstre pointe le bout de son nez. Imaginons le requin des Dents la mer faire du streaking sur la plage, levant les nageoires, remuant ostensiblement sa queue, riant à pleines branchies, et retournant aussi vite à l’eau… Du grand n’importe quoi.


The Host / Gwoemul, Joon Ho Bong 2006 Chungeorahm Film, Boston Investments, CJ E&M Film Financing & Investment Entertainment & Comics 


Le Charlatan, Jerzy Hoffman (1982)

Coups de tête

Note : 4 sur 5.

Le Charlatan

Titre original : Znachor

Année : 1982

Réalisation : Jerzy Hoffman

Avec : Jerzy Binczycki, Anna Dymna, Tomasz Stockinger

Après une trépanation miraculeuse, un dénouement tiré par les cheveux. Logique.

« De ton trépas, je serai la négation ! Ah, ah, ah !… J’invoque… La trépanation ! »

« Mais quel charlatan ! »

Et la fille ainsi déflorée se réjouit de retrouver après tant d’années son papa. C’est beau comme du Cosette Madeleine.

C’est donc un mélo, tourné comme un film intelligent. Excellent sens du rythme et de l’à-propos. Que demander de plus.

À souligner tout de même une interprétation exceptionnelle de l’acteur principal. Une justesse sans accroc tout en subtilité. L’art de faire le plus avec le moins. Ça s’appelle du génie. (Je suis sincère, là.)

Et l’essentiel : le joli minois de la fillette avec un sourire à faire tomber les murs : « Silence… Souris ! » Et là, boom, tout s’écroule. Parce qu’un sourire, on ne l’a pas « à la bouche », mais sur tout le visage. Des yeux d’un vide sidérant (qui même quand ils ne vous regardent plus vous fixent encore) et des cernes sous les yeux comme d’étranges fossettes pour souligner le plissement complice du regard délicieusement frisé. Il y a du génie aussi là-dedans, mais on appelle ça plus communément du charme. Les acteurs sont parfois si rétifs à sourire de peur de paraître idiots qu’on peut appeler ça aussi du talent. D’autant plus qu’elle et son beau ne font pas semblant pour nous convaincre de leur amour. « Ton espace vital est le mien : ta bouche, ma source, tes yeux, mon foyer. » Hum… Des bécoteurs comme ça, j’en veux tous les jours sur mon écran.


Le Charlatan, Jerzy Hoffman 1982 Znachor | Zespół Filmowy


(Ayant bien connu la belle, je partage une photo tirée de mon carnet de « notes » personnel : Rinçons-nous l’œil pendant que Charles attend.)


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Dear Zachary: A Letter to a Son About His Father, Kurt Kuenne (2008)

Le trou du cul des anges

Dear Zachary: A Letter to a Son About His Father

Note : 1.5 sur 5.

Année : 2008

Réalisation : Kurt Kuenne

Ce n’est pas un documentaire, mais une hagiographie qui empeste les bons sentiments. La partialité est insupportable. Où va-t-on si désormais les victimes peuvent faire un documentaire en exprimant leur point de vue forcément pas très objectif ?… Faut-il s’attendre à voir un autre type de documentaire, celui fait par des criminels pour plaider leur cause ? Joli précédent en tout cas.

Certains apprécient le côté sympathique de l’affaire, l’hommage à un type décédé, adressé à son fils qui ne le connaîtra jamais… J’ai rarement vu un procédé aussi gerbant. Jusqu’à l’indigestion le film nous abreuve de « meilleur ami possible » « une personne fantastique » « il avait tant d’amis qui l’aimaient », etc. Qu’est-ce qu’il faut avoir dans la tête pour raconter de telles conneries. C’est bien américain de balancer des “fantastic” à toutes les sauces… Quel manque de mesure et de pudeur…

– Il était tellement…

– Ouais, ta gueule ! Arrête le miel, merci.

Et la version de la vilaine sorcière, on pourrait y avoir droit au moins, histoire de comparer les versions, histoire de sortir du trou du cul des anges, du vomi de guimauve ?

Les victimes, elles sont bien gentilles, mais elles n’ont pas grand-chose à apprendre à la société. Les monstres, les coupables, les déviants, si. Toujours. Parce qu’ils nous poussent à regarder plus loin, nous forcent à l’intelligence, à la compréhension. Le langage sirupeux des victimes, il doit rester dans l’intimité des victimes, il ne pose jamais question, oblige à une empathie stérile.

Et seulement sur un point de vue légal, on peut comme ça rendre publics des enregistrements d’une personne qu’on accuse de tous les maux ? J’en doute.


Dear Zachary A Letter to a Son About His Father, Kurt Kuenne 2008 MSNBC Films (2)

Dear Zachary A Letter to a Son About His Father, Kurt Kuenne 2008 MSNBC Films (1)

Dear Zachary A Letter to a Son About His Father, Kurt Kuenne 2008 | MSNBC Films


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L’Arche russe, Alexandre Sokourov (2002)

Lâche ruse

L’Arche russe

Note : 2.5 sur 5.

Titre original : Russkiy kovcheg

Année : 2002

Réalisation : Alexandre Sokourov

Avec : Sergey Dreyden ⋅ Mariya Kuznetsova ⋅ Leonid Mozgovoy

Quand on ne sait pas raconter une histoire, on se tripote la nouille pendant 90 minutes en faisant le pari de ne pas éjaculer avant la fin.

Pari réussi.

On applaudit le petit roi pour son joli popo ! Hein, qu’il est joli ! mais oui, mais oui ! Il est bien sage, mais oui !… Messieurs dames, on félicite Soukourov pour avoir eu une idée et l’avoir menée à son terme, le tout emballé dans un bel étui d’ivoire et d’or. Notez les beaux rubans de soie tout juste arrivés d’Italie !

Bravo, un sommet de bêtise, de prétention, et de vide.

J’ai connu meilleur plan cul.


Franz Kafka’s A Country Doctor, Koji Yamamura (2007)

A Country Doctor : Par deux fois, la mouche a volé

Kafuka: Inaka isha

Kafuka: Inaka ishaAnnée : 2007

Réalisation :

Koji Yamamura

7/10 IMDb iCM

 

 

 

Vu le : 23 septembre 2013

Il faut reconnaître la grande maniabilité du propos derrière la dextérité froide du dessin. Yamamura nous propose ici un voyage dans le cercle rouge des volutes intemporelles de l’esprit circadien d’un garde-malade-champêtre.

La distillation des couleurs à travers l’éclosion de bulles synergiques, faites d’ocres et de fusains, montre une habileté évidente dans l’art circonflexe et n’a rien à envier aux aînés surréalistes dont le cinéaste se reflète sans abandon et sans mal.

Il faudrait toutefois noter la pataude interprétation de l’enfant malade dont les blessures trop fuyantes et gauches ne pourraient convaincre un interprète averti qui en vaut deux. Chacun appréciera par sa foi et percevra l’étrange dignité du canasson à la fenêtre oblongue qui s’était déjà fait remarquer dans un Guernica, et qui se faisait depuis bien trop rare à mon goût. Yamamura aura au moins eu le mérite de lui mettre le nez à la fenêtre et de l’y faire monter parfois à cul-tête.

Les décors naturels sont à pâlir. La mise en terre est focalisée sur la niche du chien, et c’est pas plus mal. La musique est chienne. Comme une chose qui vous renifle le visage après le reste. Et le récit à l’équerre par deux benshi ventriloques donnerait la migraine à un mulet.

Gare aux gaffes cas et kojite dans ta face.


Une avenue au matin, Mikio Naruse (1936)

Une avenue au matin

Ashita no namikimichi Année : 1936

Réalisation :

Mikio Naruse

7,5/10  IMDb

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Limeko – Japanese films

On ne peut pas dire que le scénario soit de la plus grande subtilité (Naruse est seul aux commandes), mais on a déjà tous les thèmes futurs du réalisateur. Quelques effets de mise en scène un peu osés (il a été jeune aussi le Mikio), le reste est maîtrisé, tout est déjà là : du découpage, à l’utilisation de l’espace. Seuls les décors sont sensiblement différents (on trouve souvent dans ses films des années 30 de grands immeubles et un mélange troublant entre design occidental et japonais).

Et comme toujours ces acteurs formidables. Il fallait bien l’être, parce que d’après Hideko Takamine, Naruse ne donnait aucune indication… Sachiko Chiba y est tout aussi rayonnante, touchante, délicieuse que dans Ma femme, sois comme une rose. Elle arrêtera de tourner un peu moins de dix ans plus tard pendant la guerre. Mystère…

Et il me fait rire Naruse à utiliser la même musique de transition dans ses films des années 30 : deux trois violons qui hoquettent, et le tour est joué.


Une avenue au matin, Mikio Naruse 1936 Ashita no namikimichi | P.C.L. Eiga Seisaku-jo


The Land Beyond the Sunset, Harold M. Shaw (1912)

Le champ des possibles

The Land Beyond the Sunsetthe-land-beyond-the-sunset-harold-m-shaw-1912Année : 1912

Réalisation :

Harold M. Shaw

9/10  IMDb

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Le silence est d’or

Les films muets de la première époque souffrent pour beaucoup de l’utilisation des décors clos façonnés sans quatrième mur. On est au théâtre, et c’est un peu l’effet « Tournez manège » : toujours de face, c’est toujours le même angle qui est proposé. On en a d’ailleurs ici un exemple dans une scène unique. Pour le reste, et en dehors du début assez moyen avec un vendeur de journaux se faisant battre par sa mère, le film prend tout à coup son envol dans cette longue séquence de pique-nique. Profondeur de champ maximale, composition des plans, une discrète surimpression, et un finale grandiose.

the-land-beyond-the-sunsetle-champ-des-possibles

Au fond, tout est dans le titre. Certains films sentent la poussière des studios, et même quand il y a des extérieurs, on y voit le plus souvent la ville grouillante de vie, sans relief. Ce qui frappe ici, c’est l’emploi de la profondeur de champ. Il ne suffit pas alors de dire qu’on va aller en extérieur, d’y voir un objet à deux mètres jusqu’à l’horizon, il faut comprendre les possibilités esthétiques et poétiques du procédé, et on compose alors son image, son espace, comme le ferait un peintre. Si parfois le muet peinait à fermer ce satané quatrième mur en nous présentant systématiquement des carrés de décor à trois faces, l’autre solution pour gagner en réalisme, en magie, c’était d’effondrer carrément un autre mur, celui de face, et puis les autres, pendant qu’on y est, histoire de prendre bien l’air et de montrer les possibilités qu’offre un champ infini…

Une ouverture qui n’a rien de nouveau à l’époque, mais qui reste magique.


Ma femme, sois comme une rose, Mikio Naruse (1935)

La femme bafouée

Tsuma yo bara no yô ni Ma femme, sois comme une rose (1935) Année : 1935

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8/10 iCM  IMDb

Réalisation :

Mikio Naruse

Avec :

Sachiko Chiba ⋅ Yuriko Hanabusa ⋅ Toshiko Itô

Les Indispensables du cinéma 1935

Top films japonais

Les perles du shomingeki

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Limeko – Japanese films

Du Naruse déjà « dans le texte ».

Le regard de la femme bafouée (ici la fille), le mari goujat (ici le père), et le drame provoqué par ces maris volages. On est presque dans le Naruse des années 50. L’ironie, c’est qu’on est même sans doute un peu plus chez Ozu.

Dans le jeu des sept familles japonaises, Ozu optera (dans les années 50) presque toujours pour la fille ; ce qui permettra un regard extérieur, distant, face à la volonté de ses parents, même s’il est question souvent de son propre avenir. Naruse quant à lui sera au plus près des drames conjugaux en choisissant dans ce même jeu de sept familles la femme — ou la mère — (autorisant des tournures plus mélodramatiques). On a même droit à un personnage typique de Ozu qu’il utilisera jusqu’à Récit d’un propriétaire : le sale gosse avec ses moues de crétins malpolis et gratteur de nez.

Ça finira comme un bon mélo qui se respecte, avec encore une fois un renoncement dans la dignité, celui de ne plus chercher à convaincre son père de rester avec sa mère et de le laisser retourner dans son autre famille.

La douce sérénité du renoncement…

(Selon Richie, il s’agit là du premier shomingeki de Naruse.)


 

Ma femme, sois comme une rose, Mikio Naruse 1935 Tsuma yo bara no yô ni | P.C.L


Le Portrait de Jennie, William Dieterle (1948)

La Flamme au portrait

Portrait of JennieLe Portrait de Jennie (1948) William DieterleAnnée : 1948

8/10 iCM IMDb

Réalisation :

William Dieterle

Avec :

Jennifer Jones ⋅ Joseph Cotten ⋅ Ethel Barrymore


Les Indispensables du cinéma 1948

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Ce n’est pas sans rappeler Madame Muir ou Vertigo (le côté traquenard en moins). De mémoire, on retrouve les splendeurs visuelles de Quasimodo, tourné l’année auparavant par Dieterle. Et le duo de Love Letters (film assez épouvantable) a été reformé : Jennifer Jones et Joseph Cotten.

L’histoire est un peu surfaite. C’est de la littérature pour grands-mères. On pourrait même être à la limite chez Marc Levy. Seulement voilà, l’exécution est parfaite. Des décors de Central Park au début du film avec tous ces effets de lumière, de clairs-obscurs, de surimpressions fantaisistes donnant du relief à l’image, jusqu’aux brouillards jaunis de Land’s End, la photo, le montage, les cadrages…, tout est parfait, donnant au film cette atmosphère entre noir et gothique, nécessaire à rehausser cette histoire un peu naïve.

La présence de Lillian Gish donne une saveur particulière au film, comme un hommage aux films de Griffith dont l’atmosphère emprunte un peu au Lys brisé.


 

Le Portrait de Jennie, William Dieterle 1948 The Selznick Studio, Vanguard Films (1)_saveur

Le Portrait de Jennie, William Dieterle 1948 | The Selznick Studio, Vanguard Films

Le Portrait de Jennie, William Dieterle 1948 The Selznick Studio, Vanguard Films (2)_saveur