Direction d’acteurs exceptionnelle, récit parfaitement mené et une romance qui s’achève sur un attentat historique. Respect Max. Mais il est temps de filer à l’anglaise si tu veux être libre. Allez, ouste !
La Tendre Ennemie
Scénario en carton mais maîtrise impressionnante d’Ophüls. Les petits effets sonores ou visuels rappellent ceux employés par Clair ou Capra dans leurs histoires de fantômes, et les mouvements de caméra sont toujours aussi impressionnants : pas forcément toujours ostensibles mais des mouvements d’appoints donnant du relief au récit avec une efficacité assez redoutable
La Dame de tout le monde
Scénario affligeant, convenu, sans audace. Ophüls s’amuse comme il peut, Isa Miranda aussi.
L’Exilé
Des décors magnifiques, même si l’obligation de passer parfois par des plans d’ensemble pour Ophüls l’oblige à travailler un arrière-plan qui fait un peu trop penser à du carton-pâte. L’élégance d’Ophüls, elle passe par les décors en studio, mais aussi par l’utilisation, quand nécessaire, d’extérieurs. Et là, ça fait méchamment défaut. Un Exilé qui sent un peu le renfermé.
Si Fairbanks est un bon acteur, il est ridicule à vouloir singer les sauts de cabri de son père. Et Op(h)uls ne semble pas bien concerné pour le convaincre de cesser ses pirouettes ridicules (le fils Fairbanks est producteur du film).
Encore un film d’espionnage baroque. Gary Cooper joue un scientifique (fonction rare au cinéma) à qui on demande de jouer les espions en Europe afin de débusquer les activités suspectes des nazis que l’on suspecte de mener, parallèlement à ce qui se passe en Amérique avec le projet Manhattan, un projet identique pour arriver à produire une bombe nucléaire.
Le film pendant un moment paraît assez bien documenté (j’y ai reconnu les quelques rares bribes de connaissances que j’ai du sujet, notamment sur la nécessité de détenir certaines mines spécifiques en Europe, seules capables de délivrer des produits indispensables à la construction de la bombe), et puis tout prend un tournant romantique avec le personnage de Lilli Palmer. Le générique du film prétend que c’est son premier rôle (« introducting… »), ce n’est pas tout à fait exact. Ce qui l’est en revanche, c’est qu’elle tient tête à Gary Cooper. Elle y parle en plus italien, à se demander combien de langue elle a pu parler la demoiselle… Et quelle actrice fabuleuse ! (Elle enchaînera avec Sang et Ortout de suite après.) Cooper, lui, s’essaie à l’allemand, mais on peut imaginer qu’il a bien été coaché dans l’affaire…
Loin d’être du grand cinéma, un peu baroque à force de prendre ses distances avec le sujet principal du film, mais assez appréciable.
La Femme au gardénia
Le director’s cut n’était pas encore à la mode dans les 50… 10m de trop.
La Femme au portrait, Fritz Lang 1944 | Christie Corporation, International Pictures
Haneke, il n’y a pas à dire, c’était quand même mieux avant. Radicalité dans l’austérité et le minimalisme, les non-dits, la distanciation. Mais aussi radicalité dans le discours (si tant est qu’on puisse y comprendre réellement quelque chose au-delà d’une vague critique de la société de consommation et d’apparences) et la violence. La prise de distance est tellement premier degré qu’on en rit presque, alors que par exemple, celle au second degré presque similaire d’un Roy Andersson ou d’un Aki Kaurismaki aurait plus tendance à me donner envie de mourir. La fin est peut-être moins réussie : montrer les difficultés du passage à l’acte, sans doute, mais les apitoiements, ça me semble au contraire perdre en radicalité. Et en art, il faut être radical.
Une seule chose à retenir de ce film très moyen sur un plouc turc venant rejoindre un cousin à Istanbul pour trouver du travail… Les deux sont paumés… Le stambouliote est fan de Tarkovski, comme le cinéaste semble-t-il, et pour obliger son cousin à aller au lit parce qu’il se ferait bien un film de cul, il lui met Stalker. Une autre fois, il regarde seul le meilleur film de Tarko, Le Miroir… il semble apprécier le cinéaste soviétique mais la lenteur ne fait pas tout, ce qui fait le charme de Tarko c’est la qualité visuelle et poétique des images… Là, pas grand-chose à part deux ou trois sourires et l’ennui.
À force de ne qu’effleurer les choses, on finit par ne plus rien toucher. C’est bien la délicatesse, refuser de tomber dans le pathos, ne montrer que les coulisses, ou les conséquences comme dirait Bresson, d’événements tragiques, mais il y a un moment où il faut rentrer un peu plus dans le dur. C’est quasiment un film muet, une chronique des rendez-vous manqués. Le vieux et le jeune se croisent à peine, et l’on finit par se dire à force de ne rien voir que le sujet est ailleurs. Ailleurs, comme le personnage du vieux qui finit par perdre la raison.
Das Tagebuch einer Verlorenen, Georg Wilhelm Pabst (1929) Pabst-Film, Hom-AG für Filmfabrikation Tamasa Distribution
Louise Brooks dans Loulou, Georg Wilhelm Pabst (1929) Nero-Film AG
Commentaires simples :
Paracelse (1943)
Film historique expurgé de toute tentation propagandiste, mais pas de ses aspects ludiques un peu mièvres sur un précurseur de la médecine, à mi-chemin entre ésotérisme et médecine expérimentale. Décors gothiques fabuleux.
Le Procès (1948)
Le cinéma d’après-guerre allemand use autant de finesse à combattre l’antisémitisme qu’il le faisait pour attaquer les juifs sous le pouvoir nazi. C’en est presque risible de voir à quel point les caricatures ont changé de camp.
Die 3 Groschen-Oper (1931)
J’ai raté la version française, mais je m’en passerais bien après avoir vu celle-ci. Pabst digère mal l’arrivée du parlant, c’est lent sans aucun sens du rythme. Pour une opérette, c’est plutôt un problème. Les décors et les tours de chant valent le détour, le principe en tableaux avec l’utilisation de narrateur, rappelant Shakespeare ou le théâtre grec, est typique du théâtre de Brecht, mais le principe (forcer la distanciation et donc la réflexion) ne marche absolument pas. Désolé Bertold, ta pièce, c’est une opérette qui vaut pour son argument (qui vaut bien Underworld de Josef von Sternberg) mais qui vaut surtout pour ses deux ou trois morceaux chantés. Le discours politique et la critique sociale sont totalement noyés derrière tout ça.