The Host, Joon Ho Bong (2006)

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Gwoemulthe-host-joon-ho-bong-2006Année : 2006

4/10 IMDb iCM

Réalisation :

Joon Ho Bong

Avec :

Kang-ho Song, Hee-Bong Byun, Hae-il Park

C’est amusant. L’humour est à la fois la seule consolation de ce nanar mouillé et une de ses plus grandes faiblesses. La tonalité générale, plutôt baroque pour un film de ce genre, ne fait jamais mouche : à quelques reprises seulement, on sourit, des images furtives, des gags, des expressions, tout ça pour rehausser un scénario qui frise l’écriture automatique et le papier mâché.

C’est que le film aborde énormément de sujets et ne va finalement jamais au bout d’un seul. Le scandale écologique ? Oublié. Les mutations rigolotes ? Oubliées. La manipulation des autorités ? Oubliée. La farce ? Oubliée. C’est du free style en permanence, ça ressemble à rien, c’est laid, c’est con ; et pire que tout, c’est affreusement mal fichu techniquement.

De la conscience (ou la peur) de faire un nanar à la résignation de se moquer de ce qu’on est en train de faire pour donner le change, il n’y a qu’un pas. « Oui, oui, c’est nul, ah ah, mais c’est parfaitement voulu. »

Pour faire un film, même une comédie, il y a une règle à respecter, au moins, celle de croire en ce qu’on voit. Et là, on ne peut y croire une seconde. La comédie est ratée, le thriller aussi, la satire aussi.

Ça commençait pourtant bien… avant que le monstre pointe le bout de son nez. Imaginons le requin des Dents la mer faire du streaking sur la plage, levant les nageoires, remuant ostensiblement sa queue, riant à pleines branchies, et retournant aussi vite à l’eau… Du grand n’importe quoi.


The Host / Gwoemul, Joon Ho Bong 2006 Chungeorahm Film, Boston Investments, CJ E&M Film Financing & Investment Entertainment & Comics 


She Creature, Edward L. Cahn (1956)

Jaws sous hypnose n’est que bruine de l’âme

Note : 3.5 sur 5.

She Creature

Titre original : The She-Creature

Année : 1956

Réalisation : Edward L. Cahn

Avec : Des monstres mouillés ⋅ Des femmes mouillées ⋅ Des hommes qui louchent

Il faut bien qu’il y ait certaines bonnes âmes pour se dévouer à voir des curiosités dont on sait d’avance qu’elles ne viendront pas perturber le haut de nos tops, et je préfère largement suivre les bobines de fil des « classiques » plus ou moins obscures parce que c’est encore le plus souvent la garantie de se trouver au plumard avec un machin pas trop laid. Je tentais donc l’aventure, pour une fois, avec cette chose dont l’affiche et le titre étaient à peine racoleurs, pensant au moins me fendre la poire, du moins ne pas me laisser avoir aussi facilement comme un bleu. Et au final, si je me suis bien marré certes, il faut aussi avouer que j’ai eu du mal à ne pas apprécier les sous-entendus hautement sexuels qui transpirent de partout sur la pellicule dès que la She en question se trouve chaudement hypnotisée. Je suis faible, les symboles trop subtils ça me gave, je n’aime pas faire l’effort et je suis nul aux mots croisés ; en revanche, je dis pas, les symboles bien gras avec les tétons qui crissent sous la mousseline, je ne résiste pas, j’ai l’imagination qui s’enflamme d’un coup et les poils du nombril qui se dressent… I Human.

C’est que c’était censé être un film d’horreur !… Hein, hé, hé !… Certes, les seins de la créature (celle de gauche sur l’affiche) sont très réussis, et ça pousserait plutôt à la clémence, voire à la tendresse, mais redevenons sérieux, un bon film d’horreur, c’est un film où la créature se fait attendre, voire où elle descend des lapins… Un bon film d’horreur, c’est en principe un peu comme regarder un film porno des années 70 avec 90 % de scènes érotiques et des préliminaires bucoliques, avant de se rincer l’œil, et le reste, dès que les monstres apparaissent…

On peut rire, certes, de ce machin au poitrail XXL, sorte de fœtus lépreux jeté tel un Œdipe à la mer, revenant 800 millions d’années après voir sa maman pour lui montrer ses miches, à moins que ce soit son moi reptilien jaillissant des profondeurs de l’océan à chacun de ses coïts télépathiques… Reste qu’au-delà du côté grotesque, il y a bien quelque chose de savoureux à déchiffrer les relations plus ou moins symboliques, plus ou moins psychanalytiques, de ce petit jeu à trois.

La psychanalyse, si elle a un génie, c’est de pouvoir s’appliquer à tout, d’avoir toujours raison, et de faire des interprètes les véritables stars d’une démarche hautement improbable. Je me lance donc génialement dans l’interprétation de certains de ces signes (sexuels, on pense rarement à autre chose) qui me sont très subtilement apparus pendant le visionnage de ce film. Toute ressemblance avec une interprétation existante ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.

Je pose mes lunettes, compte les tâches laiteuses dans le flou opaque de mes pensées, et les paupières lourdes, me tourne vers mon esprit… La lampe frottée entre les cuisses, c’est à lui enfin que se révéleront les bijoux jaillissant de ses profondeurs endormies. Sa coquille se craquelle et c’est tout un passé qui s’agite entre ses doigts étiques. Viens ma belle… Tu n’obéis qu’à ma voix, seulement à ma voix. Est-ce que tu la sens ? Là, oui ?… Maintenant, parle-moi, où te trouves-tu ?…

— Entre tes bras…

Hum… On s’égare.

Ménage à trois donc. Classique. D’un côté, l’homme d’âge mûr, hypnotiseur, savant forcément fou capable presque de réanimer les morts, amoureux de sa créature, de sa chose, de sa Galatée, ayant une emprise totale sur elle, ou presque, parce que si « tu as mon corps et mon esprit…, tu n’auras pas mon cœur ! » ; de l’autre, le jeune médecin sceptique, donc ignorant des mystères de l’amour (« Tu as déjà vu un reptile avec des gros lolos ? » « Non ! Je ne te crois pas ! Je suis sceptique ! » « Je te mets au défi…, espèce de scientiste ! »), d’abord acoquiné avec une femme blonde (forcément frigide au monstre refoulé) mais qui viendra à point sauver notre belle des griffes de son gros vicieux d’hypnotiseur. Et en face d’eux… la femme. She’s a Lady whoa whoa whoa…, et ce n’est pas Delilah qui me contredira. Rousse enflammée, torturée, ligotée, qui n’attend qu’à être affranchie de ses pulsions meurtrières (par-devant, par-derrière…). La castratrice en somme. Ève la pécheresse, la fatale, celle qu’il faut remettre à sa place, et qui traverse l’écran comme une ombre en restant immobile, qui s’évapore comme la sueur froide sur un téton rompu… Le désir personnalisé, la femme convoitée, inatteignable, qui pourtant s’offre à vous mais réserve son cœur à un autre qui n’existe pas… Lascive, chaude et moite. La prostituée qu’on imagine tour à tour consentante quand elle est dans nos bras, et prisonnière quand on la voit aux bras d’un autre… La vénéneuse, dont on ne sait si ce petit regard mouillé qui nous invite à mêler notre sueur à la sienne est celui de la jouissance tendre ou de l’opium abêtissant… Con, cul, piscente, tout y passe. S’enlace et se rétracte. S’enlise et s’envenime…

C’est du classique. Triangle amoureux (l’amour radote, je n’y peux rien). La femme abandonnée qui rêve d’un amant hypothétique qui viendra jaillir de son placard ; l’affreux monstre qui lui a fait un enfant dans le dos et qui l’y tient fermement attachée ; et le candide Adam, pauvre pomme qui perd tout sang froid quand on le chatouille et qui trouvera en lui les ressources pour libérer sa belle (et se débarrasser de son monstre par la même occasion).

Tout est sexuel. La psychanalyse s’évertue à dévoiler les mystères refoulés de nos passions dansantes ?… Eh bien, c’est ça. Rien d’autre qu’un petit machin tout mou qui ressort tout dur une fois trempé dans un liquide… The She-Creature, c’est de la psychanalyse en celluloïd. Plongez-y le doigt, mouillez-y les lèvres, et c’est tout une pyrolyse qui opère en douceur. Comme la langue suave et traînante d’un hypnotiseur : « Ce monsieur te dit, trempe-la dans l’eau, trempe-la dans l’huile : ça fera un escargot tout chaud… »

Je m’écarte. Reprends mon souffle, essuie la sueur. Et je replonge.

La femme de série B se caractérise moins par l’épaisseur de son encéphale que par la profondeur de son bonnet et par sa ferme docilité. Elle est un peu fatale, mais serait plutôt la cadette de celle qu’on rencontre dans les films noirs : c’est un peu comme si l’une avait déjà vécu ce que l’autre était justement en train de subir. C’est un fantasme de petit garçon. Freud dirait qu’éconduit par sa môman, et pas encore résolu à aller tâter le terrain auprès des jouvencelles de son âge, le garçonnet passe son temps à se tripoter les méninges devant la fille next door, la copine à môman, qui porte d’affreux talons qui font ricocher son cœur, porte une de ces robes qui semblent autant empatter le corps nu que le dévoiler à la moindre brise ou lumière indiscrète… Son cerveau n’a alors que très peu d’importance, et d’ailleurs, comme le sien (au petit garçon), c’est bien le cerveau reptilien qui s’exprime. Le candide de l’histoire, le grand naïf, c’est bien lui, le petit garçon. Nous (tous les hommes sont des petits garçons car solubles dans la psychanalyse).

Seulement, bien que désirable, la femme reste pour le petit garçon un monstre étrange et inconnu. Ses hanches le fascinent, sa poitrine l’opule, sa tignasse l’enlise ; ses yeux lui charbonnent les doigts, sa bouche l’englue de miel, ses oreilles lui bouclent la bouche, ses griffes le froissent ; et ses tétons l’hypnotisent pour l’achever enfin dans des profondeurs inavouables… She’s a lady wow wow… but she’s not mine.

Elle est bien à ce scélérat, à ce cruel manipulateur, vicieux et méchant monsieur ! Il la tripote et elle se laisse faire, mais son corps tout entier dit non. Consentante malgré elle. Quand l’hypnotiseur la plonge dans une hypnose pour éveiller en elle la bête des profondeurs, elle frissonne, sa jambe se relève. On devine qu’en dessous de cette robe taillée d’une seule pièce, elle ne porte pas de petite culotte… On n’en peut déjà plus. On sue avec elle. On s’agite tout comme elle pour refuser cet affreux moustachu qui vient lui susurrer des mots à la bouche, qui lui commande d’aller encore plus profond dans ses souvenirs, qui viole et déterre ses monstres enfouis. Des monstres dont on devine qu’il pourrait tout autant en être le père.

Plongée dans un rêve hypnotique, faisant déjà jaillir la bête sur la plage d’où elle viendra, pleine d’une fureur jalouse, tuer les innocents amants, on ne voit que sa peau diaphane. Ce cou étrangement dévoilé, point trop gracile mais peau-telé, laiteux, par-dessous, parce qu’elle est couchée. A-t-on jamais vu un cou nu plus joli ? A-t-on jamais vu de cou sous cet angle sinon dans les bras d’une femme ? Par-dessous, mais que fait la police ?… Il y a des corps qu’on dévoile à peine et qui font deviner tout le reste… La blancheur de la peau, offerte comme vierge à celui qui la regarde, déjà chaude, moite et rougie de l’intérieur… est-ce bien raisonnable ?… Et toute cette sensualité, ces viols plus ou moins consentis par la force des choses hypnotiques, cent fois répétés, entre l’hypnotiseur et sa captive, pour en arriver à quoi, avant que la créature tueuse ne vienne de son plasma océanique se venger des hommes ? À une vapeur moite, un brouillard ectoplasmique censé transmuter de la femme esclave vers la bête. Celle-ci jaillit autant d’un lointain passé (traumatisant) que des eaux profondes. Freud en rougit aussi dans sa tombe… Si toutes les femmes, libres, sont des blondes frigides, typiques de la haute société californienne, dures à marier, exigeantes, éduquées et impossibles à satisfaire…, cette rousse, elle, a le feu au cul, et le brouillard alerte. Comme toutes les femmes violées, si elle éprouve du plaisir, c’est bien malgré elle ; parce qu’elle est la cadette de la femme fatale du film noir, ou la cousine de l’Ayako Wakao de Masumura : sa beauté (ou ses capacités sexuelles, ses dons transmutationnels) est une tragédie pour elle. À la fois prisonnière de l’homme qui pénètre son passé le plus refoulé, de ses pulsions tant sexuelles que meurtrières, mais aussi désireuse de s’en affranchir au plus vite, et pire que tout sans doute, la honte de se livrer ainsi à un homme capable de commander ses pulsions intimes et archaïques. C’est Andromède* enchaînée à son rocher, attendant qu’on vienne la percer, enfin je veux dire… attendant que Persée vienne la trouer, enfin je veux dire… attendant que Persée vienne la trouver…

Là, notre Persée national n’étant qu’un vulgaire sceptique et n’ayant pour épée qu’un petit scalpel penaudement décalotté, vite émoussé par les pollutions de sa belle, il laissera son fantôme matérialisé (ou son affreux rétrofœtus à la poitrine de pierre) se retourner contre son créateur… Les pinces de langoustine dans la tronche, ça fait mal : petit filet de sang à la bouche shyménique en prime avant de plonger dans un dernier rêve tellurique. Le symbole est épais et peut coaguler dans la vase avant qu’on en finisse avec le monstre, étrangement immolé sur la plage, façon feu de camp, mitraillé par les balles de policiers qui arrivent décidément toujours trop tard (zont absolument rien vu dans ce qu’il y a de plus torride dans le film, tant pis pour eux). She’s a Lady, for sure, et la psychanalyse l’a sauvée.

Ou presque. L’hypnotiseur fou est assassiné par le reptile aux nibards tueurs. Et une fois libérée, notre belle captive, sans doute bientôt un peu moins rouquine, se retrouvera dans les bras du sceptique. Il va en apprendre des jolies auprès de sa chaudasse. L’éjaculateur précoce et la femme fontaine, voilà qui promet un beau spectacle. C’est que j’en aurais bien repris en rab de ce petit cou suintant l’ivoire des plaisirs défendus…

PS : parlons technique deux secondes. Le film propose certainement le premier, et le seul, champ contrechamp entre un homme et une poitrine.

— Les yeux, petit, les yeux !

— J’peux pas ! Ils me regardent fixement ! Je suis comme hypnotisé !

— Mais voyons, Persée, ressaisis-toi et coupe-lui la tête !

— J’peux pas !!!… La tête, je pourrais, mais ce sont ces tétons, là ! Voyez ! Ils me regardent fixement !

— Mais comment espères-tu la libérer de ses chaînes si tu ne vois que…

— Oh non…

— Gros dégueulasse ! Gros dégueulasse !

— Faut mettre du sel à c’qui paraît…

— La ferme ! fallait lui couper la tête, imbécile heureux !

— Mais ses tétons dansaient… Comment résister ?

— Ah, tu parles d’un héros ! La gorgone aux sept seins peut se rhabiller…

— Sept seins vous avez dit ?! Je veux la voir ! Je veux la voir !

—… Quand tu seras grand, tête de nœud…

She’s a lady… oh oh oh oh… She’s a lady… oh oh oh oh.

Oh-oh…

pss : Le film compte aussi un petit chef-d’œuvre de réplique d’escroc lâché à un collège de sceptiques : « Si vous ne voyez rien c’est que vous ne voulez pas le voir !!! » Eh ben oui, c’est un peu ça…

*Andromède :andromede


She Creature, Edward L. Cahn 1956 Golden State Productions, Selma Enterprises (10)

She Creature, Edward L. Cahn 1956 | Golden State Productions, Selma Enterprises 


Le film est ici :
http://dai.ly/x22eif3

Liens externes :


Camp 731, Tun Fen Mou (1988)

Camp 731

Men Behind the Sun Année : 1988

Réalisation :

Tun Fen Mou

5/10  IMDb

Film de guerre et d’horreur… pour dénoncer un crime reconnu depuis comme crime contre l’humanité mais finalement assez peu connu (reconnu tardivement, c’est loin…). En matière d’atrocités et de nombre de morts, on bat pourtant des records. En tout, c’est près d’un millier de morts quand on compte les victimes des camps ou ceux de la peste qui a suivi les expérimentations.

Le film est hongkongais, il n’est pas inutile de le préciser.

On y voit donc toutes sortes d’expériences menées par les médecins de l’un de ces camps en vue de créer de nouvelles armes bactériologiques, établir des données sur la résistance humaine. La fin fait encore plus tourner de l’œil : pour ne pas être poursuivi pour crime contre l’humanité, le responsable de ces camps passe un deal avec les Américains. Ils le laissent tranquille et il leur remet l’ensemble des données des travaux. Tout un “savoir” dont les USA se serviront pendant la guerre de Corée…

Bon appétit.


Men Behind the Sun, Camp 731, Tun Fen Mou 1988 | Sil-Metropole Organisation


2 Sœurs, Kim Jee-Woon (2003)

La cerise-est

2 Sœurs

Janghwa, Hongryeo

Note : 4 sur 5.

Titre original : Janghwa, Hongryeo

Année : 2003

Réalisation : Kim Jee-woon

Il n’y a pas que les Japonais qui aiment les histoires de fantômes. Les Coréens aussi.

Bon, alors je n’ai pas tout compris… C’est un peu dur de remettre toutes les pièces du puzzle dans l’ordre, surtout tard dans la nuit. De toute façon il reste plein de détails incompréhensibles… C’est presque l’éloge de l’absconcitude, un peu comme si en traversant la frontière, le confucianisme était devenu le confusionnisme… Mais c’est bien parfois de ne pas tout comprendre. Un esprit aussi peu futé que le mien peut en tout cas bien s’en satisfaire, de temps en temps. Je peux apprécier quand un cinéaste nous laisse avec toutes les bobines des fils de l’intrigue encore complètement emmêlées et qu’on essaye d’y mettre de l’ordre. On n’est plus spectateur abruti ; le cinéaste nous fait la fête, il part, et c’est à nous de tout ranger. (Sauf chez Nolan où cet art de laisser le soin à l’autre de tout faire est pathologique.)

En dehors du récit, « un peu » incompréhensible, il y a aussi et surtout le talent, voire le génie de ses acteurs. Les trois rôles féminins, sont hallucinants. On voit rarement une telle efficacité dans un film de genre dans la direction d’acteur, l’interprétation. Le détail des jeux de regard qui révèlent les intentions infimes, éphémères des personnages, les attitudes, le rythme…, c’est presque parfait ça ! Une seule scène révèle à elle seule la qualité des actrices du film. Quand la fille comprend qu’elle « joue » le rôle de sa belle-mère dans une sorte de dédoublement presque incestueux de la personnalité, et donc quand la mise en scène doit nous faire transparaître sur la même image cette idée de dualité, de trouble, de la personnalité de la fille, on voit l’actrice qui joue le personnage de la belle-mère, habituellement dans le registre femme austère, autoritaire, digne, suggère ici par son interprétation qu’elle est en « réalité » sa belle-fille… Elle emprunte la même expression de visage que l’actrice qui interprète ce rôle de la gamine. C’est fait de manière subtile pour qu’on ne se dise pas « ah, ouais, là, elle joue la gamine… » : on s’approche de son écran, les yeux grands ouverts et on se pince presque pour être sûr de ce que l’on voit, si on n’est pas fou. L’actrice est excellente, alors qu’elle l’était un peu moins dans la scène du repas où elle doit avoir un fou rire (le genre de truc impossible à jouer).

2 Sœurs, Kim Jee-Woon 2003 | B.O.M. Film Productions Co., Masulpiri Films, iPictures

À noter encore une actrice sublime (toujours la même), avec une voix cristalline, des décors à l’européenne (style classique, mais… neuf, propre, bien rangé), une langue agréable à écouter (très proche du japonais à mon avis, bien plus que du chinois) et une mort stupide comme on peut en voir parfois racontée sur le Net ou ailleurs : la mère se pend dans l’armoire de la chambre de sa fille cadette, cette dernière la découvre et, en tentant de la détacher, fait basculer l’armoire en avant, sur elle donc ; s’ensuit une lente agonie, écrasée par le poids de l’armoire et sans doute en panique de rester enfermée avec sa mère… Faut oser.



Sur La Saveur des goûts amers :

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Chambre 1408, Mikael Håfström (2007)

1408Année : 2007

Réalisation :

Mikael Håfström

5/10  IMDb

Du Stephen King tout craché. L’idée de départ est très alléchante, comme d’hab’, et on se demande comment il va sortir de cette chambre sans passer pour un nul.

La première demi-heure est très intéressante, et puis on tombe dans du grand-guignol. On multiplie les effets pour remplir le vide et l’impasse de l’histoire, et dans ce train fantôme sans destination finale, on se lasse très vite de la succession de tous ces « booh ! ».

Alors Stephen, cette fin ? « bah non je me suis encore viandé ». C’est peut-être bien la première fois que j’ai failli m’endormir devant un thriller… voire un rêve. Ou un cauchemar, parce que c’est bien ce que c’est, une histoire sans queue ni tête, une succession d’images affolantes sans structure, sans but. Non décidément, on n’en est pas sortis de cette chambre, on s’y est même bien assoupis. Appelez la réception, qu’on me réveille à la fin du film…

Ah, j’oubliais la morale de l’histoire : « Les fantômes, il faut y croire, vraiment, ils existent, je les ai vus… S’il vous plaît, ne cessez pas d’y croire, sinon je ne vianderai plus mes histoires ! »

Bref, je comprends que King n’en a tiré qu’une nouvelle. Au moins, dans d’autres, il a su garder un peu plus de mystère sur la fin.

Pour l’accroche du film j’aurais bien mis : « Cusack dans un cul-de-sac ».


Cloverfield, Matt Reeves (2008)

Combler le trou de la sécu

Cloverfield

Note : 3.5 sur 5.

Année : 2008

Réalisation : Matt Reeves

Un brin de Godzilla, un autre du Projet Blair Witch, le tout saupoudré d’Alien, des Monstres attaquent la ville ou des Dents de la mer ou encore de Starship Troopers. La dramaturgie est bien sûr réduite au minimum. On voit rarement le monstre dans son intégralité. On a droit au début à une scène pour présenter les personnages qui, un à un, mourront (ce n’est pas un spoiler ça, c’est le principe de tous ces films). Le seul fil conducteur étant de rejoindre une amie à l’autre bout de Manhattan en essayant de survivre aux monstres… Bref, tout est basé sur le « naturalisme » et la linéarité des événements. En cela, c’est vraiment semblable à Blair Witch. Après l’horreur, le film catastrophe donc joue avec les différents niveaux de réalité.

On avait déjà vu ce que les effets spéciaux étaient désormais capables de faire en matière de réalisme dans Le Fils de l’homme, dans la scène du débarquement d’Il faut sauver le soldat Ryan et dans la scène de bataille spatiale du dernier volet Star Wars. Comme dans le Fils de l’homme, l’idée est la transparence des effets pour accentuer le réalisme, la peur. C’est la technique qui se met au service du récit. Alors parfois, c’est un peu surfait. Le paradoxe, c’est que les moins crédibles, ce ne sont pas les images mais les acteurs, même si sur ce point, ils s’en sortent vraiment pas mal vu la difficulté d’être crédible et juste dans ce genre de truc qui se veut ultra-naturaliste.

Cloverfield, Matt Reeves 2008 | Pictures, Bad Robot, Cloverfield Productions
Si on ne voit rien, c’est que c’est produit par J.J. Abrams

On peut aussi penser que c’est un film directement issu du 11 septembre. Si les vieux films de science-fiction mettaient en scène les peurs contemporaines des Américains, à savoir la peur de l’invasion des Rouges, là c’est pareil, le danger vient de l’extérieur et s’attaque à la ville. La différence, c’est qu’il est moins défini, plus insaisissable. On ne sait pas s’il s’agit de monstre marin, d’extraterrestre, de créatures issues de la folie des hommes…, peu importe, l’Amérique est attaquée ! (D’ailleurs, ce n’est pas une coïncidence si Invasion est là encore comme une énième version de LInvasion des profanateurs de sépultures… Hollywood n’a pas cessé d’adapter cette histoire, avec dernièrement, une version télévisée en série et donc ici aussi avec le film avec Kidman.)

Après le 11 septembre, les Américains avaient cessé de faire ce genre de films par respect pour ce qui s’était passé. Mais l’Amérique digère ses démons en les imprimant sur pellicule et les digère vite. Des films comme Independance Day ou Armageddon, en dehors de leur (manque de) qualité, sont la véritable identité de l’Amérique. Un pays basé sur le mythe de l’Eldorado, fait de bannis, d’exilés, de persécutés, et s’isolant du reste du monde pour s’en protéger. Et donc, paranoïaque face aux menaces extérieures.

Il serait intéressant de comparer la culture américaine avec les deux autres civilisations qui ont une histoire d’isolationnisme. On remarque dans la culture nippone une même peur de l’apocalypse, de l’étranger venant d’un ailleurs inconnu (cf. Godzilla). Le Japon a connu deux catastrophes nucléaires sur son sol. La Chine, elle, n’a pas vraiment cette culture, alors même que son voisin l’a bel et bien envahie (et d’autres depuis deux siècles). C’est un peu comme si la Chine se suffisait à elle-même, qu’elle était trop imposante pour servir de cible aux monstres et aux catastrophes. Tu peux attaquer la Chine, mais c’est si vaste, si dense, que tu ne fais que lui bouffer deux ou trois feuilles de mûrier — le mûrier, lui, dans l’imaginaire collectif, est immuable. Sa culture est basée surtout sur des conflits à l’intérieur même de son territoire ; jusque dans sa culture, la Chine est restée très refermée sur elle-même. Même la culture issue de Hong-Kong reste très axée sur elle-même, voir vers la Chine et quand Wong-Kar Wai s’expatrie dans le Sud-Est asiatique ou en Argentine, ce n’est évidemment pas pour montrer l’étranger sous un mauvais jour (d’ailleurs il ne les montre pas, ce n’est qu’un décor). Il y a peut-être une culture similaire en Corée, influencée par le Japon ou par mimétisme par la Corée du Nord… avec l’arrivée de quelques films catastrophe avec des grosses b-bêtes qui tuent la ville (donc la nation).

Chaque culture met en scène ses propres démons. L’Amérique met en scène ses peurs de l’étranger. Ça se traduit soit par des récits remplis de violence urbaine, soit par de récits métaphoriques à travers tout le cinéma de genre. Le Japon tente de vivre après l’apocalypse d’Hiroshima, la Chine revisite son époque médiévale pour échapper à la censure ou traduit l’oppression des communautés de quartiers, du communisme en général à travers la mise en scène de truands qui ont tout pouvoir dans un monde sans justice, sans police.

Et l’Europe dans tout ça ? Les Allemands ne sont jamais aussi bons que quand ils revisitent leur histoire (Goodbye Lenine, La Vie des autres). Les délires de Visconti et surtout de Fellini ont été les fossoyeurs du cinéma italien ; Nanni Moretti et Benigni émergent de temps en temps, mais le néoréalisme et la comédie italienne n’ont pas eu de suite. La culture aujourd’hui, en Italie, elle est sur les chaînes de Berlusconi…

En Espagne, on semble se tourner rarement vers le passé, ou sinon l’époque franquiste n’est qu’un décor. Le meilleur film sur cette époque est sans doute anglais avec Land and Freedom de Ken Loach. Seul Almodovar a émergé. Ses délires étant le signe d’une liberté nouvellement acquise. Il s’est depuis assagi, mais ses films restent des farces intemporelles, d’excellents films qui pourraient être aussi bien japonais ou français ; c’est un peu de la world culture

L’Angleterre n’a pas à se trouver une culture, elle n’a pas de démons à affronter (à part du côté de l’Irlande peut-être…) car elle n’est finalement devenue qu’une sous-culture de la grande Amérique. Elle est après Hollywood, le centre cinématographique américain : une très grande partie des stars us sont en fait britanniques, ainsi que ses techniciens, une partie du phénomène pop musique est née là-bas ; le seul démon qu’elle pourrait avoir, c’est l’Amérique elle-même… sinon, qui irait se plaindre de la Reine ? (À noter toutefois qu’on peut voir James Bond comme le fantasme ou la nostalgie de la puissance de l’empire britannique).

Et en France ? Elle est schizophrène. Autrefois sa culture était au centre de toutes les attentions ; aujourd’hui, elle déprime en se sentant peu écoutée. Surtout, elle ne cesse de vouloir se comparer à la culture dominante qu’est la culture américaine, parce qu’elle ne connaît rien d’autre qu’être le centre de toutes les attentions. Jalouse, elle essaie d’imiter, mais ça ne marche pas (et pour cause, on n’intéresse pas grand monde quand on parle des démons des autres). Reste des genres peu appréciés du grand public qui ne voit que par la culture américaine, ne cesse de réclamer des chewing-gums aux G.I venus les délivrer, et qui en en ayant honte se reporte vers la découverte des autres cultures du monde (au lieu de se tourner vers sa propre histoire, ou ses propres mythes, comme on le fait donc en Chine par exemple). Comme l’Angleterre, si la culture française avait un démon ce serait la culture américaine, la peur de devoir se comparer à elle, la peur d’être oubliée et de ne plus être jugée à sa juste valeur telle une grand-mère qui rappelle à ses enfants qu’elle aussi était belle autrefois. La culture française a pourtant des démons qu’elle met souvent en scène mais qui attirent peu l’attention de son public. Nos démons d’aujourd’hui sont la peur de la précarité, le conflit social ou familial. Bienvenue chez ceux qui n’ont pas de problèmes. Problèmes de riches, de gens heureux (qui ne le savent même pas). Les gens heureux n’ont pas d’histoire. C’est parce qu’on ne vit pas mieux dans aucun pays du monde qu’il est difficile de se trouver des démons à combattre. Les nôtres sont minuscules, donc risibles. Parfois. Surtout quand le pays de l’existentialisme hésite entre la Maman, et la Putain. Chez Maupassant, chez Flaubert non plus il n’y a que des conflits de genre « minimes », mais ils ont été portés par le rayonnement d’une culture à son apogée. S’ils vivaient aujourd’hui, ils seraient dépassés. Ce qui intéresse chez eux, c’est l’environnement bien français de la fin du XXᵉ siècle. Un environnement déjà décrit dans d’innombrables récits ; même s’ils nous décrivent un petit village de campagne sans intérêt ou une chambre à Paris, ça nous paraît déjà fantastique rien qu’à leur évocation ; parce qu’il y a derrière tout ça une culture qui nous est familière, qui est familière au monde entier. Difficile d’avoir été quand on est plus, on ne sait quoi faire… Copier, réinventer ? On se cherche…

Le plus ironique dans tout ça, c’est que, souvent, en dehors de la culture us qui n’a jamais de peine à mettre en scène ses démons. Freud s’il n’avait pas été Viennois aurait été quelques décennies plus tard Américain ─ d’ailleurs ses « théories » ne sont pas plus populaires ailleurs qu’aux USA, partout ailleurs, sauf en France, il est dépassé), les cultures elles-mêmes ne sont pas toujours les mieux placées pour parler de leurs propres démons. Du moins, de les affronter directement. Le meilleur film sur Hiroshima, le plus explicite, c’est un film français, Hiroshima mon amour. Le Tombeau des lucioles par exemple aurait pu traiter le sujet, mais a glissé timidement sur autre chose, une autre catastrophe (mais un démon tout à fait identique. Le meilleur film sur la part d’ombre de l’histoire française a été réalisé par Kubrick, avec les Sentiers de la Gloire et ses « fusillés pour l’exemple » durant la grande guerre. Les films sur la résistance ont été nombreux, mais sur la collaboration, sur le régime de Pétain, finalement, c’est timide. On préfère encore se souvenir des héros, plutôt que des monstres, or les héros sans monstres ne sont rien, et là, c’est comme si ces héros ne faisaient jamais face à leurs démons, comme si c’était du vent. Les collabos ? En dehors de Lacombe Lucien, je n’en vois pas beaucoup, sinon des crapules juste bonnes à glorifier les autres qui eux sont des héros. Et puis, il y a La Bataille d’Alger… forcément, un film italien.

Il y a un domaine que les Français devraient donc aussi creuser, au lieu de vouloir imiter la violence urbaine américaine (totalement inexistante en France ou presque), c’est le film catastrophe ou de science-fiction sur la peur des envahisseurs, de l’intrus, de l’étranger. On cherche parfois à imiter leur violence urbaine alors qu’on habite sans doute dans un des pays les plus sûrs au monde, où il fait le plus bon vivre, alors qu’on a un point commun avec eux, même si notre approche est sans doute encore plus schizophrène, c’est la peur de l’autre, de l’intrus, de l’infiltré. La série V aurait dû être française (elle tire d’ailleurs son inspiration de la résistance française pendant l’occupation), toute la gamme de films sur le thème des Envahisseurs auraient sans doute une crédibilité. Restera ensuite bien sûr de ne pas aller vers le sens de cette peur… « On va vous faire peur, et vous avez raison d’avoir peur !!! »

Encore faut-il avoir des auteurs disponibles et écoutés (on peut avoir des auteurs, mais ils ne sont pas toujours pris au sérieux… Ainsi entre mille exemples on peut citer La Planète des Singes de Pierre Boule, Papillon de Henri Charrière, Le Salaire de la peur de Georges Arnaud également adapté par Friedkin alors que le film pour le coup de Clouzot était une grande réussite ; et nos auteurs populaires, le plus souvent, faute de culture d’adaptation cinéma, iront voir du côté de la BD). On pourrait traiter la Guerre d’Algérie, les attentats de la fin des années 90, le déploiement d’armée ou d’ONG dans le monde… Même ça, on ne fait pas, on préfère laisser faire par les autres. Quand la femme (française) de Richard Pearl sort un bouquin, ce sont les Américains qui l’adaptent…

On n’aime pas mettre en scène nos peurs ? Et donne des leçons de morale au monde entier et on n’est pas capable d’apporter un jugement critique sur nos propres démons. S’il y avait à définir l’esprit français, le voilà. Et si par hasard un type prenait le risque de parler de ses peurs, on crierait tout de suite (en j’en ferais probablement partie) au balourd. À défaut d’avoir encore des loups pour nous faire peur, on tire sur les balourds (oui, je suis lourd). Ce n’est pas ce qui est arrivé à Kassovitz avec L’Ordre et la Morale ?

Au fond, on peut se rassurer autrement. Si on n’a pas (ou plus) d’auteurs français qui influencent la culture du monde, au moins, on peut être fier d’avoir une économie (grand paradoxe) qui fait vivre une bonne partie du cinéma du monde (hors USA). Sans Canal+, ou Arte, et sans les redistributions sur recette à la production française (qui produit une très grande part dans le cinéma hors France), certains cinémas étrangers n’existeraient pas. L’influence de la culture française, elle est là. Pas d’auteurs, mais des producteurs. Une sorte de grand programme pour l’aide au développement cinématographique… Un vrai paradoxe (une autre schizophrénie) pour cette culture qui met en avant autant « la politique des auteurs »… sans en avoir, ou plutôt qui refuse de voir les siens… Ou qui considère qu’un cinéaste qui met en scène nos peurs contemporaines n’est pas un auteur (nouvelle ironie, un film comme Cloverfield n’aurait pas du tout été possible en France à cause de son aspect purement commercial, pourtant les Cahiers adorent le film…). De David Lynch à Almodovar, en passant par Wim Wenders, Nanni Moretti, Wong Kar-wai, Aki Kaurismaki ou Theo Angelopulos, les fonds français sont partout. Et tels les bons marchands, il n’y a pas mieux que nous pour mettre en valeur les produits venant de ces ailleurs, à travers une quantité impressionnante de festivals sur tout notre territoire. La France, c’est ni Florence, ni Vienne, mais c’est déjà Venise, et ce n’est déjà pas si mal. Mais faisons en sorte maintenant de ne pas couler… En acceptant de produire nos merdes sidérales, nos films qui font peur. Il y a des vertus cathartiques à regarder un film qui s’attaque à nos peurs. On ne prend plaisir qu’en face des peurs des autres, on ne nous met jamais en danger… Tu m’étonnes ensuite qu’on se bourre de médocs. Le monstre de Cloverfield pourrait bien résorber le trou de la sécu ! Mais oui…

Heu, oui Cloverfield… He ben, j’ai été dévoré par le monstre du hors sujet. Zavez pas vu ma main trembler ? Voilà une capture que j’ai pu préserver dans la pagaille :


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Les antifilms

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Braindead, Peter Jackson (1992)

Braindead Année : 1992

Réalisation :

Peter Jackson

5/10  IMDb

Culte ? Mouais… Je fais la même chose dans ma salle de bains avec du Tahiti douche, deux ou trois élastiques et de l’huile de moteur… et ce ne sera tout autant pas drôle.

Le début du film (je parle que du début, après ce n’est que du gore donc aucun intérêt autre que de la “tranche” de poillade) est grossier, avec des effets lourds… Je veux bien que ce soit à petit budget, mais ce que je n’aime pas c’est le côté « fait comme à la maison », ou « à la main », totalement assumé. Et le ton général du film… C’est rigolo quand on fait ça entre copains, mais pour un film, se farcir ça pendant une heure et demie, c’est un peu lassant, un peu comme s’enfiler cinq épisodes de suite de Mr Bean ou de Contes de la crypte. Le ton sur ton, le perpétuel second degré… moi je préfère le ton subtil, l’humour caché des films d’horreur sérieux ou des Hitchcock. Bref, c’est un peu lourd.

Et puis, j’ai eu la bonne idée de manger pendant le film (je sais je suis con) et là, l’une des premières scènes gore, celle de la crème anglaise… j’en ai ri de dégoût… les “hooooohhh” et les “heurghhhhh” me sont sortis de la bouche. Après, y a peut-être le côté digestion qui fait que j’ai pas supporté… Autant, j’ai appris à aimer les films de Romero ou de zombies en général, autant quand ça tourne au gore, à l’humour tomatoketchup, je n’aime plus du tout.


Dawn of the Dead, Zack Snyder (2004)

Dawn of the Deaddawn-of-the-dead-zack-snyder-2004Année : 2004

 

Réalisation :

Zack Snyder

6/10  lien imdb
 

Vu en 2007

Et là j’avoue que ce remake (je n’ai pas vu l’original, ce qui ne va pas tarder) est pas mal du tout. C’est tout le temps la même histoire, on la connaît par cœur ; donc l’intérêt réside uniquement dans la mise en scène, les ambiances. Le piège étant de vouloir utiliser trop (et mal) des codes déjà existants et qui à la longue finissent par lasser. Plus c’est minimaliste, mieux c’est.

Ce qui m’a plu dans celui-ci, c’est que ça commence tout de suite, pas d’introduction et on a droit à Sarah Polley… Ça commence fort, par crescendo : un réveil très très dur… Et la mise en scène dans la scène de fuite en auto, avec les actions en arrière-plan, c’est génial. En plus l’image très colorée, rappelle l’horreur claire de Kubrick dans Shining ou des Dents de la mer. La plus efficace sans doute.

Après, comme d’habitude, des survivants se planquent, et parmi eux, il y a des salauds… Et la fin, tout comme l’était déjà La Nuit, est sans happy end.


Hostel, Eli Roth (2005)

Agenouille-toi à l’hostel du nanar…

HostelHostelAnnée : 2005

Liens :
IMDb  iCM
Réalisateur :

 

Eli Roth

5/10

Mince, c’est quoi ce film !

Ça commence comme une comédie avec d’ailleurs les comédiens qu’il faut pour ça (avec l’acteur de Men in trees), on sent que ça va déraper vers un truc louche, mais on ne sait pas encore quoi (le ton est de toute façon donné dans le générique sanglant), et dès qu’on comprend qu’ils (les joyeux Américains venus en Europe pour « baiser de l’Européenne ») vont quitter les Pays-Bas paradisiaques pour la Slovaquie (qui sort de la guerre !^^ première nouvelle !), on sent qu’on ne va pas échapper aux clichés.

Ça ne manque pas. Les gens de l’Est sont bien des dévoreurs d’enfants, et presque tous les gens disparus de la terre se retrouvent charcutés là-bas…

Le scénario est simpliste, mais plutôt “efficace” : une disparition, puis deux, et enfin la troisième en vue subjective du dernier qui forcément en ressortira vivant.

C’est la scène de sodomie dans la cave de Pulp Fiction[1] qui tourne en boucle, sans possibilité de sortie (un peu avec une sorte de principe “sawien” dans lequel tout semble déjà joué), parce que c’est le “sujet” principal du film. (D’ailleurs Tarantino semble avoir participé à la production du film : le mélange des genres lui a certainement plu, ou sinon il a eu une mauvaise expérience avec les big-macs en Slovaquie…).

Dans des films ouvertement de divertissement que sont les films gores comme Saw, au moins c’est clair, on s’embarque dans un bateau fantôme pour se faire peur. Là, il y a la même incertitude que dans Meurtre à la moissonneuse batteuse (ou je sais plus le titre). Mise en scène crue, distante et surtout super réaliste : ce n’est pas une animation dans un parc de Disney land, on est en Slovaquie, on est chez les dévoreurs d’enfants ! C’est donc d’autant plus flippant, mais ça fout aussi mal à l’aise… L’organisation secrète (qui me rappelle le film « 13 »), le fait que rien ne soit jamais expliqué ou si peu, le fait que ce soit dans un autre pays que les USA…, c’est vraiment déroutant. Et en plus, on a toujours jusqu’à la fin ce dernier personnage au départ “comique” qui fait qu’on a toujours du mal à croire toutes les horreurs qui lui arrivent.

Comme quoi le cinéma a encore de quoi nous surprendre… Et pas forcément en bien.


[1] Pulp Fiction


Des serpents dans l’avion (2006)

À qui sont ces six saucissons-ci qui sifflent sur nos sièges ?

Snakes on a PlaneDes serpents dans l'avion (2006)Année : 2006

Liens :
IMDb   iCM

 

Réalisateur :

 

David R. Ellis

 

4/10

Avec  :

Samuel L. Jackson

 

Maintenant, même les séries Z ont des budgets déments, avec des effets spéciaux risibles… Heureusement que les scénarios restent totalement stupides sinon ce ne seraient plus des séries Z…

Ça fait beaucoup de bruit, et c’est bien la seule chose qu’on demande. Mais quand on se surprend à réfléchir pendant le film, ça fait mal : des serpents qui s’attaquent à des fils électriques pour tout faire péter dans le cockpit ? Faut vraiment ne pas avoir peur du ridicule.

Jackson, c’est tout à fait le genre d’acteur génial qui ne peut jouer que dans des séries Z. C’est bien pour ça que Tarantino l’a pris dans Pulp Fiction[1] — un peu comme Charles Bronson habillé avec l’humour cool de Sergio Leone dans Il était une fois dans l’Ouest… ou comme Burt Reynolds dans Boogie Nights… Tout est affaire de second degré. Dès qu’on les fait jouer au premier, ils sont sans âme. Le vrai plus des films en couleur, c’est l’ironie. Bogart et Edward G. Robinson, eux dans les films noirs passaient très bien, mais en couleurs… On le voit bien, l’acteur qui a passé avec le plus de succès le noir et blanc à la couleur, est un acteur plein d’ironie, Cary Grant (John Wayne aussi est marrant dans son genre…). À la fois cool et ironique. Gary Cooper aussi avait ça, avec son air de Droopy. On ne peut pas être pris au sérieux quand on a un habit d’Arlequin sur le dos. Jack Nicholson avait également cette ironie et l’a même mis au profit dans un film noir en couleur, Chinatown. Là le réalisateur de Snake a tellement peur du ridicule de ce qu’il montre qu’il préfère tout mettre dans le noir. Vaine tentative de reproduire une série B des années 50. On n’est pas très crédible à faire une série B avec de gros moyens. Sauf donc si on la joue à l’ironie… Tarantino et Leone, eux les couleurs, ils n’en avaient pas peur, ça flashe !… Arlequin, Leone, tout ça c’est Italien… Le bon goût du « trop » ma non troppo. Fellini quoi…

Comment j’en arrive à parler de Fellini sur ce film… Ok, je me rattrape. À quand Van Damme dans un film bien coloré, bien ironique ?


[1] Pulp Fiction