L’Impératrice, Alice Guy (1917)

La fin de l’alternance, ou pas.

The Empress

 

Année : 1917

Réalisation :

Alice Guy

6/10 IMDb  iCM

 

Avec :

Doris Kenyon
Holbrook Blinn
William A. Morse
Vu le : 23 avril 2017

Un des derniers films de la pionnière de Fort Lee. Le petit mélodrame qui se joue là n’a aucun intérêt (chantage photographique), mais techniquement y a de quoi se mettre sous la dent.

On est en pleine mode du montage alterné semble-t-il. À force de ne voir que des films jouant sur ce procédé lors des projections de films de 1917 à la cinémathèque, c’en finit par être lassant. À la longue, il faut bien reconnaître que quand le rythme et la structure ne tournent qu’autour de ce seul principe, et sans grande autre inventivité, on comprend que Griffith finalement ait fait long feu au-delà des années 20 et que d’autres réalisateurs plus créatifs finissent part déboulonner les pionniers qui avaient compris le « truc ». Parce qu’un « truc », c’est bien que ça finit par être. On installe une situation avec divers personnages, on les place à différents endroits et on découpe tout ça artificiellement pour augmenter la tension. Sauf que dans un film d’action, un thriller, un western, ça passe très bien, dans un drame, un mélo, beaucoup moins. On a l’impression d’avoir un six coups, de balancer tout son chargeur, de prendre une autre arme, recommencer, reprendre la précédente qu’un autre a rechargé, et comme ça pendant des séquences entières. Au final, au lieu de créer de l’intensité, on la perd, parce qu’au moment du climax, on continue sur le même rythme alors que tout devrait se concentrer, tendre, vers une seule scène à faire et en se reposant cette fois sur l’intensité dans le champ (Tarkovski a finalement bien raison quand il dit que le rythme du montage est un rythme artificiel…).

Particularité cette fois bien plus intéressante (enfin, ce n’est pas non plus bien original mais c’est bien exécuté), c’est l’usage quasi systématique (on reste dans la facilité créatrice tout de même) des plans américains (coupés aux mollets, à mi-cuisses). C’est évidemment pour se coller au mieux aux interprètes et à l’action, surtout qu’Alice Guy y adjoint en permanence des mouvements de caméra panoramique d’accompagnement. Du classique… télévisuel presque, mais pour l’identification à l’action, c’est idéal, parce que le saut vers le plan rapproché se fait plus naturellement.

Doris Kenyon est tout à fait épatante. Son jeu est très réaliste, son visage d’une grande fraîcheur, ses expressions toujours pleines de spontanéité. Un vrai bonheur de la regarder évoluer.