Thé et sympathie, Vincente Minnelli (1956)

Tea and Sympathy

the-et-sympathie-vincente-minnelli-1956Année : 1956

Réalisation :

Vincente Minnelli

9/10 lien imdb 7,3 lien iCM

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Avec :

Deborah Kerr
John Kerr
Leif Erickson
Edward Andrews
Darryl Hickman
Vu le : 25 Août 1996

Journal d’un cinéphile prépubère (25 août 1996)

Simplement merveilleux.

Un scénario du tonnerre. Un drame en utilisant tous les procédés du suspense. À aucun moment le cheminement de l’histoire ne devient complaisante avec le spectateur. Tout est fait pour frustrer et émerveiller, car le spectateur aimerait qu’un véritable amour puisse s’installer entre Laura Reynolds et Tom Lee. On attend on espère, mais cela n’arrivera jamais car au fond on sait que le scénariste ne doit pas relâcher l’élastique, au contraire, il faut le tendre de plus en plus sans se laisser à la facilité heureuse. À la fin c’est plutôt le spectateur qui suffoque et attend la libération qui ne viendra jamais. C’est lui qui craque à la place des personnages. Il sent que ça ne se terminera pas, que la tension, au lieu de redescendre dans un dénouement traditionnel, se renforce car les événements frustrants pour le spectateur et tragiques pour les personnages se multiplient. On aimerait alors qu’ils s’échappent tous les deux, mais c’est impossible, leur amour est impossible.

Quand à la fin Tom lit la lettre de Laura qui a quitté son mari, qu’elle ne sait plus aimer, et qu’on apprend que Tom est marié, et qu’on lit sur son visage qu’il est heureux ainsi, on ne peut qu’être dégoûté de voir que « l’amour » passé n’est plus qu’un bon souvenir pour lui, alors que nous sommes toujours dix ans plus tôt, avec Laura, qui en assume les conséquences : « quand un caillou tombe dans l’eau, il fait des cercles jusqu’à l’infini et les conséquences sont infinies. » On comprend alors que le personnage qui était en fait le plus en danger, c’est Laura. Tom, lui, avait droit à une seconde chance, celle-là même que Laura avait eu avec lui.

Un drame de ce type montre bien que le fameux « happy end » n’est pas ce qu’il y a de plus beau. Ici la fin (comme dans Autant en emporte le vent) est tragique (surtout pour Laura dont le spectateur s’identifie à ce moment) et la tension ne s’est toujours pas détendue comme un véritable dénouement, bien sûr il y a la morale avec la nouvelle situation de Tom mais pour elle la tragédie continue.

Une œuvre qui restera dans les cœurs comme un poids dont on ne se serait pas délaissé. Un chef-d’œuvre.

Il faut noter aussi que cet amour transparaît derrière un sujet brûlant, celui du manque de virilité (perçu possiblement comme la marque d’homosexualité de Tom). Derrière la description psychologique et des mœurs, c’est toujours l’amour ou l’amitié qui prévaut (une amitié qui entretient des rapports mystérieux avec la pitié comme le fait remarquer vers la fin Tom à Laura). Cette situation n’est pas un prétexte à la romance mais plus une cause. Il est évident aussi que le drame est aussi profondément psychologique : Laura est la mère que Tom n’a jamais eu, comme son professeur (« depuis, j’aime toutes les femmes avec des décapotables »), et ce complexe d’Œdipe explique peut-être tout le mystère et le secret qui tournent autour des relations des deux personnages. Un amour maternel plus que charnel.

Comment arriver à une identification aussi parfaite ? Sans doute que les acteurs et la mise en scène y est aussi pour quelque chose (en plus de l’histoire). Et la photographie, presque la peinture, chez Minnelli est toujours splendide.