Opération Scotland Yard, Basil Dearden (1959)

De l’intérêt des énigmes au cinéma

Note : 3 sur 5.

Opération Scotland Yard

Titre original : Sapphire

Année : 1959

Réalisation : Basil Dearden

Avec : Nigel Patrick, Yvonne Mitchell, Michael Craig

Présenté dans le cadre de la rétrospective british noir de la Cinémathèque, il s’agit plutôt d’un classique whodunit sans caractère avec comme seule particularité, peut-être, celle de traiter le sujet du racisme à la fin des années 50 en Angleterre. On y retrouve d’ailleurs la même astuce à peine crédible que dans Mirage de la vie ou dans La Couleur du mensonge. Bref, l’occasion de dire à quel point j’ai assez peu d’intérêt pour le genre (le whodunit).

Les énigmes, c’est bien gentil, sauf à la fin. Quant au principe de devoir jouer les apprentis devins ou inspecteurs en levant le doigt pendant le film afin de désigner le coupable, je trouve ça particulièrement stupide comme petit jeu. Le spectateur suit le déroulement de l’enquête en même temps que le détective, parfois avec des séquences supplémentaires censées nous mettre sur de fausses listes ou nous éclairer sur le criminel recherché… Je ne crois pas une seconde qu’on puisse rationnellement deviner la résolution de l’histoire avant les enquêteurs et avant la fin : tous ceux qui prétendent le contraire sont des imbéciles qui font confiance à leur instinct ou à une déduction purement narrative (le but du récit consiste à soulever des pistes, surtout les plus insoupçonnées) et quand ils viennent juste de gagner une manche de bonneteau. Cela amuse donc peut-être certains spectateurs de jouer les détectives pendant un film et à « trouver » le coupable, moi je n’y vois strictement aucun intérêt.

Que ce soit chez Agatha Christie ou chez Conan Doyle, il me semble que l’intérêt est le plus souvent ailleurs. C’est un peu le cas ici, mais pas suffisamment (les répliques liées aux sujets antiracistes du film sont les bienvenues, mais disons que ça ne peut être qu’un angle accessoire qui rend un film encore meilleur quand il est déjà bon). Ce qu’avaient les films noirs en plus par rapport à cette veine des récits policiers britanniques, c’est que leurs détectives sont toujours un peu coupables à leur manière. De parfait antihéros.


Opération Scotland Yard, Basil Dearden 1959 Sapphire | Artna Films Ltd.


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Un Président, l’Europe et la guerre, France Télévisions (2022)

Ne pas politiser la guerre

Note : 3 sur 5.

Un Président, l’Europe et la guerre

Année : 2022

Réalisation : Guy Lagache

À la limite parfois de l’hagiographie : on imagine mal le président et son équipe accepter la présence ainsi de journalistes dans les coulisses du pouvoir sans exiger le contrôle total sur ce qui apparaîtra au montage final. Ce qu’on fait alors passer pour une exigence de sécurité nationale ne serait alors en fait qu’une exigence de communication personnelle. Le tout c’est d’en être conscient. Et pour ce que l’on peut en juger, et au-delà du profond irrespect que je peux avoir pour le personnage, il faut reconnaître qu’à l’international, au sens diplomatique j’entends (car pour ce qui est du soutien effectif militaire et logistique de l’Ukraine, j’ai comme un doute), il fait le job. Du moins, il le fait, dans les limites très restreintes de ce qu’on a accepté de nous montrer, soit.

Beaucoup de petites séquences pour nous montrer que c’est le président qui mène le jeu, je veux bien le croire, mais c’est essentiellement du cirque et de la communication. Pour le reste, je reconnais à ce traître professionnel certains choix pourtant discutés qui me semblent être les bons : continuer à discuter avec poutine, cela me paraît être essentiel, surtout si la France est le dernier en Occident à faire ce choix (ne serait-ce que psychologique, ce lien est indispensable pour que le psychopathe d’en face ne s’autorise pas encore plus d’excès). Même chose pour la volonté affichée de Macron de ne pas « humilier » la Russie : il s’en est expliqué, et au pire, on peut imaginer une faute de communication car sortie de son contexte et de sa logique, la phrase perd tout son sens, mais aussi parce que ce n’est pas vraiment le moment de parler de la fin de la guerre après à peine 100 jours de conflit…

Son équipe diplomatique est loin d’être composée de branquignols. Ça joue sans doute aussi sur beaucoup de décisions : la question n’est pas de savoir si la France a été prise par surprise par la guerre, mais en effet, si elle a tout fait pour l’empêcher (et franchement, je veux bien mettre ça au crédit du président et de son équipe, même si c’est un échec), la question c’est la posture adoptée par la suite, et on se souvient notamment de la posture belliqueuse et immature de Bruno Lemaire, heureusement vite recadré par l’exécutif… La diplomatie c’est une chose, les actes c’en est une autre : j’ose espérer, mais je suis loin d’en avoir la certitude, que la France fait tout son possible, et dans ses limites, pour apporter son soutien militaire à l’Ukraine (sans, par conséquent, en faire la publicité).


Un Président, l’Europe et la guerre 2022 | France Télévisions


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Pique-Nique en pyjama, Stanley Donen (1957)

The Company

Note : 3 sur 5.

Pique-Nique en pyjama

Titre original : The Pajama Game

Année : 1957

Réalisation : Stanley Donen

Avec : Doris Day, John Raitt, Carol Haney

Quel dommage de voir Doris Day si mal entourée… ! Ça ne devrait pas être permis de la coupler ainsi avec un tel bellâtre sans charme dans un rôle principal. Il manque singulièrement de fantaisie, de malice et de simplicité, ce bonhomme (des types qui se prennent au sérieux, dans une comédie musicale encore plus qu’ailleurs, le spectateur ne peut pas les piffer).

L’amourette plombe le film, mais l’univers manufacturé proposé, je dois l’avouer, n’est pas beaucoup plus réjouissant. On notera toutefois quelques numéros chorégraphiés (par Bob Fosse) de haute qualité : celui en particulier où les deux amoureux présentent une sorte de parodie des chants et danses folkloriques du Far West.

Carol Haney propose les meilleurs numéros dans un style loufoque et acrobatique très « années 30 » : une précision remarquable, grande inventivité, incroyable gestuelle malgré des segments hors normes, et pour le coup une fantaisie bien présente avec des mimiques à la Pépé le putois, de Tex Avery. Des excès toonesques parfaits pour la scène de Broadway, mais malheureusement pas du tout adaptés pour le cinéma (elle est impressionnante dans ses numéros dansés, mais insupportable dans ses passages « comiques » : à moins de s’appeler James Carey, le jeu excessif à la Tex Avery est loin d’être conseillé au cinéma…).


Pique-Nique en pyjama, Stanley Donen 1957 |Warner Bros.


Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1957

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Decision at Sundown, Budd Boetticher (1957)

Character actor system

Note : 4 sur 5.

Décision à Sundown

Année : 1957

Titre original : Decision at Sundown

Titre français alternatif: Le vengeur agit au crépuscule

Réalisation : Budd Boetticher

Avec : Randolph Scott, John Carroll, Karen Steele, Valerie French, Noah Beery Jr., John Archer

Western avec des tendances gauchistes appréciables à la Le train sifflera trois fois, Victime du destin ou encore La Cible humaine.

C’est assez inhabituel, mais le personnage principal du film, incarné comme souvent par Randolph Scott dans un Boetticher, ne possède pas tous les attributs de l’archétype du héros masculin de western : il poursuit une vaine vengeance, se découvre cocu, se réfugie une bonne partie du film dans une étable en renonçant à affronter directement ses opposants, ne finit pas au bras de la dame, montre une certaine faiblesse psychologique en comprenant qu’il vit depuis plusieurs années dans une illusion, n’achève pas le méchant, et au lieu de remettre de l’ordre dans la ville après son passage, c’est aux habitants eux-mêmes à qui revient cet honneur… Now, it’s a mess at Sundown, deal with it. John Wayne aurait adoré tourner le film… (Ironie.)

Pas sûr d’ailleurs que Randolph Scott ait été l’acteur idéal pour ce personnage contrarié et impuissant, même si sa présence ne souffrira jamais la moindre contestation dans un western de Boetticher. Peu habitué à montrer des faiblesses dans ses rôles, acteur plutôt hiératique et parfait dans ce registre, il y est ici assez peu convaincant notamment à la fin. Le protagoniste accapare également moins l’attention que dans la plupart des westerns ce qui en ferait presque un héros d’antiwestern.

On retrouve une fois encore certaines correspondances avec les westerns de la même époque de Allan Dwan qui prenait un soin tout particulier à développer chacun des rôles secondaires et en les attribuant à d’excellents acteurs. Ce sont essentiellement ces personnages secondaires qui font le job.

Symbole de cette réussite : John Carroll. Chez Allan Dwan (comme par hasard), je ne l’avais pas trouvé à la hauteur en tête d’affiche dans La Belle du Montana (tout en pointant du doigt une nouvelle fois la qualité de la distribution du film). Mais en opposant principal, ici, il fait tout à fait l’affaire. Le talent est le même, mais pour assurer les premiers rôles, il faut souvent un petit quelque chose en plus qu’il ne possède pas. En anglais, on parle de character actor, traduction plus ou moins impossible de acteur de composition. Acteur de soutien conviendrait mieux, mais l’expression ne s’applique pas spécifiquement à une certaine classe d’acteurs.

Il faudrait calculer le temps passé à l’écran par Randolph Scott. Il y apparait planqué entre les bottes de paille un bon moment. Plutôt original. Ne dites plus leading actor, mais leaning actor.

Comptez sur la présence de Karen Steele, autre habituée des Buddy movies, pour remettre dans cette distribution de guingois un peu d’élégance et de tenue… 


 

Decision at Sundown, Budd Boetticher 1957 | Producers-Actors Corporation, Scott-Brown Productions



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Behind Locked Doors, Budd Boetticher (1948)

Note : 3 sur 5.

Behind Locked Doors

Titre français : L’Antre de la folie

Année : 1948

Réalisation : Budd Boetticher

Avec : Lucille Bremer, Richard Carlson, Douglas Fowley

Film noir fauché mais bien mené et bref comme l’éclair (à peine une heure).

On n’échappe pas à l’effet boule à neige des productions réduites : une séquence d’intro dans un bureau, une autre tournée dans une voiture en studio, tout le reste est concentré dans ce huis clos à l’intérieur d’un asile à quatre ou cinq patients (donc avec autant d’acteurs de second plan ou de pièces à filmer) semblant être géré par Orpéa.

Le scénario est un peu tiré par les cheveux : l’internement volontaire d’un détective chargé de retrouver un type censé se cacher dans une de ces maisons de repos, l’occasion de révéler la réalité des conditions de vie dans ces établissements (souvent pénitentiaires) psychiatriques (privé en plus ici, même si ce n’est pas le premier sens du film qui reste un thriller, un wherishe ?). Voilà qui apparaît comme un des recours dramatiques (et une des terreurs) récurrents après-guerre : j’ai le vague souvenir que L’Invraisemblable Vérité et quelques autres jouaient sur ce procédé de la peur des abus de l’enfermement. Considérant les faibles moyens évidents, et l’application de Boetticher à se montrer bref et efficace, ce n’est franchement pas si mal.

Budd Boetticher fait un excellent travail en changeant habilement le cadre et la grosseur de plan grâce à des mouvements de caméra qui limitent le temps perdu à réaliser des champs-contrechamp, comme il le fera par ailleurs dans ses westerns, et avec une direction d’acteurs somme toute assez convaincante : l’actrice principale n’est vraiment pas mal du tout (l’acteur, cobaye volontaire aussi, même s’il n’a sans doute pas l’envergure d’un premier rôle). Amplement suffisant pour une série B.


 

Behind Locked Doors, Budd Boetticher 1948 | Aro Productions Inc.


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Alice et le maire, Nicolas Parisier (2019)

Alice partout, Polis nulle part

Note : 3 sur 5.

Alice et le maire

Année : 2019

Réalisation : Nicolas Parisier

Avec : Fabrice Luchini, Anaïs Demoustier

Correct. J’ai du mal à saisir le message du film s’il existe, et par conséquent à comprendre l’enjeu d’une telle rencontre (celle du titre). Est-ce une occasion perdue de faire selon l’auteur du film de la vraie politique au service des citoyens ? Le but est-il seulement d’illustrer la perte de sens des politiques et la déconnexion avec le monde réel, l’emprise du carriérisme et des communicants ?… Je l’ignore. C’est un peu confus, et je ne suis même pas sûr que l’intérêt du film réside là-dedans. D’ailleurs, je doute que la fonction de la philosophie consiste à livrer des « idées » aux politiques… Voilà ce qui pourrait être une idée de lycéen. De mon côté, j’aurais plutôt tendance à penser que les propositions politiques doivent naître de la volonté de régler des problèmes. Vision presque de plombier : pas besoin d’avoir lu Rousseau pour chercher à régler les problèmes de sanitaires dans les universités de sa ville… Tu identifies un souci, t’arrêtes le blabla et l’idéologie : tu adoptes la méthode la plus efficace pour traiter ce problème. Point. Je n’ai pas apprécié du coup la caricature faite de l’écologiste névrosée, bourgeoise et soucieuse du grand effondrement… Les amish de Macron ne sont pas loin. On pourrait deviner le penchant socialiste de l’auteur, ce qui placerait son film dans le registre de la critique de son parti et ne manquerait pas ainsi de produire ce que la gauche ne fait jamais mieux que personne : tirer sur les concurrents du même bord. L’aggiornamento se fait attendre, alors le voir à l’écran…

Saluons la sobriété dans l’exercice du film politique grâce à un renoncement clair et appréciable, par exemple, aux artifices qui visent à intégrer les acteurs dans des postures publiques de personnages politiques avec images de foule, de discours, de débats, de passage télé, etc. Tout ce qui fait vite en général qu’on ne croit plus à un film a été habilement ici évité. Mis à part cela, la seule chose réellement positive du film, c’est sa direction d’acteurs. En dehors de quelques regards enamourés étranges demandés à Anaïs Demoustier, l’actrice est parfaite tout du long. Si l’on ne s’ennuie (ou s’agace) pas trop, on le doit essentiellement à sa présence. Et Luchini incarne à l’écran ce qu’il doit être dans la vie : un mec gentil, volubile, parfois habité par des pensées venues d’ailleurs, et… un peu épuisant (en droite de ligne avec le Rohmer sur la bibliothèque, l’arbre et le maire). Il reste cependant loin du personnage histrionique des médias (et encore, je ne serais pas contre quelques envolées, mais ce n’était probablement pas le bienvenu dans ce type de film) ou de certaines de ses déclarations publiques. L’homme doit être séparé de l’artiste, et Luchini, à la mode française « quand il fait du Luchini » produit sur le spectateur une certaine curiosité. On peut regretter alors que le film n’ait pas été plus centré sur cette relation en appuyant sur un style ouvertement théâtral, voire philosophique, conforme à cet esprit bien français de drame sans problèmes ou de comédie sans humour, parfois qualifié de « comédie dramatique ». C’était sans doute au-dessus des capacités de son auteur. Un homme de la gauche caviar préférera toujours réaliser un film sur lui-même en lui donnant la forme (souvent involontaire, mais révélatrice) d’un épisode de Louis la Brocante plutôt qu’un dialogue (exigeant, ambitieux) du Neveu de Rameau.


 

Alice et le maire, Nicolas Parisier 2019 | Bizibi, Arte, Scope Pictures, Les Films du 10


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Poutine, l’irrésistible ascension, Vitaly Mansky (2018)

Un cheval… !

Note : 4 sur 5.

Poutine, l’irrésistible ascension

Titre original : Svideteli Putina

Année : 2018

Réalisation : Vitaly Mansky

On dirait l’ascension de Richard III : Eltsine obligé de lui céder le pouvoir pour qu’il le blanchisse, l’amertume le soir de l’élection quand Poupou oublie de lui passer un coup de fil, jusqu’au « ça sent le rouge » lâché au réveillon 2001 quand il entend la resucée de l’hymne soviétique. Eltsine avale toutes les couleuvres que Gloucester avait fait avaler aux futurs « fantômes » qui hanteront son sommeil la nuit de la bataille de Bosworth. Il n’y avait qu’une crapule pour le blanchir, il l’a compris bien trop tard.

Il y a même en arrière-plan tous les autres coups tordus de Gloucester, comme les tentatives pour amadouer les médias et le peuple (« Regardez, il a un livre de prières à la main ! ») ou le FSB qui planque des bombes (manipulation grossière comme l’emprisonnement, puis le meurtre des enfants à la Tour). On remarquera par exemple aussi toutes les futures « disparitions » des alliés de Poutine le soir de son élection : tous les alliés de Gloucester assassinés méthodiquement une fois qu’il se sera attaché leurs services. Après l’agression de l’Ukraine, il n’y a plus qu’à se demander qui tiendra la vedette dans le dernier acte et viendra charcuter les jarrets de ce salopard.

Le soir même où Eltsine passe le relais à Poutine, la femme du réalisateur a déjà tout compris. Un soir du réveillon. Shakespeare n’aurait pas fait mieux. Le roi abusé offre un cadeau empoisonné au peuple à qui il avait, dix ans auparavant, rendu la liberté. Du grand art.

Ce qui est fou aussi, c’est de percevoir les fragilités de Poutine. On est dans la même classe des Zemmour, Goebbels et compagnie, de tous ces mâles complexés avec des rêves de puissance. Le réalisateur a presque pitié pour lui quand il cherche à obtenir sa sympathie ou de le convaincre que le retour de l’hymne soviétique c’est une bonne chose, que le peuple a besoin de se rattacher à la fierté du passé. On sent un petit garçon déçu, pas très sûr de ses opinions, mais follement aussi contrarié de voir qu’un « intellectuel » dont il essaie de gagner le respect trouve ce qu’il fait parfaitement idiot, voire dangereux. Ces épisodes révèlent un gamin, un personnage avec un gros problème d’ego. Et avec zéro empathie pour les gens : le passage fabriqué chez son ancienne prof où on le voit presque aussi timide et froid qu’une Lady Di, puis faussement touché quand il se rend à l’anniversaire d’un attentat… C’est de la communication au ras des pâquerettes, pas encore de la propagande pure parce que l’on devine que les médias gardent un esprit critique. Mais la population n’est pas armée pour apprécier l’exercice. Les larmes de crocodile, là encore, rappellent Richard III. Le type joue tellement grossièrement l’émotion qu’il ne peut pas être pris au sérieux. Et pourtant si, un peu comme si l’on décelait déjà dans cette émotion feinte le tyran impossible à contredire qui se développera peu à peu.


 

Poutine, l’irrésistible ascension, Vitaly Mansky 2018 | Vertov SIA, GoldenEggProduction, Hypermarket Film


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Sicario, Denis Villeneuve (2015)

Traffic

Note : 3.5 sur 5.

Sicario

Année : 2015

Réalisation : Denis Villeneuve

Avec : Emily Blunt, Josh Brolin, Benicio Del Toro, Victor Garber, Daniel Kaluuya, Jon Bernthal

Mise en scène convaincante. C’est rythmé sans forcer sur l’accélérateur. Quelques réserves. J’ai du mal à suivre la logique des enjeux de l’histoire. Je reste donc dans l’obscurité une bonne partie du film, et ce n’est pas un compliment (comme le spécifie le type de la CIA, ou je ne sais quoi, je dois avoir peur du noir). Ces enjeux sont mal exposés : une séquence de recrutement en suit une première d’action, et le tout combiné peine à trouver sa crédibilité (des décideurs véreux au-dessus des lois qui semblent agir sans aucun contrôle). Certains liens tissés entre les protagonistes paraissent par ailleurs bien étranges : on ne connaît rien de l’histoire ou des motivations qui unissent le personnage féminin principal et son pote par exemple. Il ne suffit pas de dire qu’elle est divorcée et sans enfants, quand la question de la déontologie se pose, il importe de savoir à qui l’on a affaire.

Et le plus gros trou dans la raquette de toute cette agitation pourrait s’illustrer à travers une simple interrogation : pourquoi la recrutent-ils ? À part servir à un moment d’appât (pas très crédible), de caution (impliquer le FBI dans leurs conneries), son rôle est mineur, voire inutile, dans « l’enquête », et la « quête » est en réalité celle du « vengeur ». Ça rend le film pour le moins bancal. « Mecs, on va avoir besoin de recruter quelqu’un du FBI qui ne fera que de la figuration. Mais ce sera sympa, Denis pourra raconter notre histoire comme si c’était Training Day. Nous, on est les véreux, elle, c’est l’héroïne droite et sans reproche. Évitons d’aller jusqu’à en faire une avocate cependant : son pote, non merci. Et puis finalement, c’est Training Day, mais elle perd quand même. Et nous, on échafaude toute une organisation avec plein de monde de la CIA pour nous débarrasser d’étrangers surarmés pour s’opposer à des méchants inoffensifs, mais quand il faudra abattre le Ben Laden des cartels mexicains, on se contentera d’un seul type pour s’infiltrer dans la villa du boss au risque qu’il soit buté à l’interphone et que nous n’ayons plus personne pour finir la mission. » Ça n’a pas beaucoup de sens.

Bref, certains films donnent l’impression d’être réalisés à la sauce Soderbergh (montage resserré à la Traffic, caméra à l’épaule façon journaliste embarqué, casting pléthorique, la moue patibulaire en prime de Benicio Del Toro dans toutes les occurrences du genre, etc.). Masquer les approximations d’un scénario en s’agitant beaucoup et en densifiant ce que le spectateur peut voir à l’écran… Après tout, ça peut parfois faire mouche les histoires abracadabrantes qui ne tiennent que par leur mise en scène : l’effet Le Grand Sommeil. Mais on ne va pas systématiquement nous faire le coup.

Malgré ces réserves, j’ai globalement marché, c’est l’essentiel.


 

#Sicario, Denis Villeneuve (2015) | Lionsgate, Black Label Media, Thunder Road Pictures


 

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The Power of Nightmares: The Rise of the Politics of Fear (2004)

Les apprentis sorciers

Note : 4 sur 5.

The Power of Nightmares

Année : 2004

Production : BBC

Une jolie illustration de ce que je développais dans « les totems de l’idéologie ».

Le meilleur moyen de s’attirer le suffrage des « siens », c’est de prétendre combattre un ennemi commun. Quand cet ennemi vient alors à disparaître (URSS), on explique que cette disparition résulte de nos efforts. Et quand on n’a plus d’ennemi, on s’évertue à en inventer un autre pour se présenter comme le(s) seul(s) capable(s) d’en repousser la menace.

Avant la chute de l’Union soviétique, on avait profité de la fin de la guerre pour le désigner comme ennemi (avant-guerre, les USA se moquent bien des rouges). Après la victoire contre le nazisme, l’empire naissant américain mena ainsi une chasse aux sorcières qui désignaient les Soviétiques comme les ennemis à la fois de l’extérieur et de l’intérieur, jusqu’à finalement, à force d’y croire, donner réellement corps à cet ennemi fantasmé (les réseaux d’espionnage soviétiques pouvaient certes être très vivaces dans le pays de l’Oncle Sam, comme ailleurs, mais de là à interférer fortement dans la politique domestique et représenter une menace pour l’Amérique…).

Le documentaire décrit bien le processus de désignation d’un ennemi d’abord mal défini, son instrumentalisation, qui à force d’être identifié, nommé, finit par prendre corps. Et comme les politiques se servent de ces menaces pour asseoir leur pouvoir et travailler finalement contre l’intérêt de leurs administrés ou l’intérêt commun. L’axe du mal… il commence en bas de chez soi.

On repart pour un tour avec la Chine et la Russie que les USA ne cessent de vouloir se représenter sous un angle maléfique. À force de s’inventer des ennemis, ils finissent par devenir réels. Ça ne légitime pas leur politique oppressive, voire expansionniste ou impérialiste des nouvelles puissances mentionnées, mais si l’on avait cherché à les incorporer plus tôt dans le jeu des nations sans avoir à craindre pour son hégémonie, ceux-là auraient pu se positionner autrement. La coopération appelle la coopération, la violence, appelle la violence ; le libéralisme économique, on n’en approuve pas toutes les règles que quand on en est le principal bénéficiaire ; on essaie de mener une politique étrangère juste et respectant un droit international et un multilatéralisme. Si l’on préfère les confrontations, attention à ne pas trop jouer avec le feu parce qu’arrivera un jour où les USA finiront par perdre à ce petit jeu morbide en trouvant plus fort qu’eux.

Évidemment, se créer des ennemis de toutes pièces permet aussi de ne pas lutter contre les menaces réelles qui planent au-dessus de nos têtes (réchauffement climatique, extinction massive des espèces, appauvrissement des populations, pandémies et détériorations de la qualité de vie, etc.).


 

The Power of Nightmares: The Rise of the Politics of Fear (2004) | BBC


Listes sur IMDb :

MyMovies : A-C+

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Après la noce, Suzanne Bier (2006)

Mads Movie

Note : 3 sur 5.

Après la noce

Titre original : Efter brylluppet

Titre international : After the Wedding

Année : 2006

Réalisation : Suzanne Bier

Avec : Mads Mikkelsen, Sidse Babett Knudsen, Rolf Lassgård

Le retour du bon vieux mélodrame à l’ancienne (façon cinéma muet) :

– un milliardaire-entrepreneur sans entreprise, ni employés, ni travail (c’est beau les facilités scénaristiques).

– la révélation d’une paternité cachée depuis vingt ans.

– une maladie foudroyante diagnostiquée six mois à l’avance.

– un beau-fils intéressé que par l’argent du beau-père et qui feint d’aimer sa femme tout en la trompant (un tel machiavélisme ne se rencontre que dans les mélos, dans la réalité, les gens sont probablement cyniques, mais pas au point d’en arriver à ces extrêmes, et la naïveté de la fiancée facilite le tout).

– un bienfaiteur danois sans profession et au passé trouble exilé en Inde pour s’occuper des petits orphelins on ne sait comment (le Danemark n’est pas un ancien pays colonial, mais le film en aurait presque la couleur).

– un don bienvenu qui tombe du ciel pour régler par magie tous les conflits…

Je ne pensais pas de tels excès scénaristiques possibles au vingt et unième siècle sinon dans l’esprit d’une gamine de quinze ans qui écrit ses premières histoires.

Dans la réalisation, ce n’est pas beaucoup mieux, les inserts ou cuts de remembrances presque subliminaux sont insupportables.

Le film évite le ridicule en fait un peu grâce à son montage (à l’exclusion des cuts donc), à ses deux ou trois acteurs principaux, et à cette manière très Arte de réaliser les films pour ce qui est donc un mélodrame de bas étage (à la Lars von Trier, pourrait-on dire, lequel produit le film à travers sa boîte habituelle, et le bonhomme s’y connaît également en mélo, mais lui, il lui est arrivé à le faire avec génie, c’est-à-dire en osant toutes les audaces et n’ayant pas peur des outrances, tout le contraire ici puisque ça reste somme toute très sage et conventionnel).

À croire que Mads Mikkelsen participe à tous les films danois depuis quinze ans maintenant et que rien ne peut se faire sans sa gueule impassible et sa carrure d’athlète incongrue et faussement débraillée… J’ai dû voir trois ou quatre de ses films ces trois dernières semaines… Rarement des réussites. Druk étant sans doute le pire entre tous : moins mélo, mais à la morale franchement suspecte. (La Chasse par exemple, qui par son sujet, à la fois audacieux et resserré, unique, avait, lui, su bien plus me convaincre.)


 

After the Wedding, Après la noce, Suzanne Bier 2006 | Zentropa Entertainments, Sigma Films


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