La Maison dans l’ombre, Nicholas Ray (1951)

Lumière sur le noir

La Maison dans l’ombre

Note : 4 sur 5.

Titre original : On Dangerous Ground

Année : 1951

Réalisation : Nicholas Ray

Avec : Ida Lupino, Robert Ryan, Ward Bond

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On retrouve le même attachement à la psychologie que dans les autres films de Ray. La mise en scène aime bien s’attarder pour exprimer autre chose que ce qui est dit par les dialogues. Ray aime prendre son temps, faire des parenthèses à l’intérieur du récit ; il cherche à montrer autre chose. On voit bien qu’avant la trame, ce sont les personnages qui passionnent Ray, leur destin, leur devenir, plus que leurs actions… Comme dans Le Violent, comme dans Les Amants de la nuit, et comme plus tard dans La Fureur de vivre ou Johnny Guitare.

Ça commence comme un film noir, bien noir, en ville, avec un flic qui se bat avec ses états d’âme. Et puis on l’envoie dans le trou du cul enneigé de l’Amérique. Dépaysement total, l’anti-film noir (voir également Nightfall de Tourneur). Le film se ralentit, le nombre de séquences diminue ; elles se rallongent et gagnent en intensité, en réalisme. La trame n’a plus la sophistication et la densité souvent incompréhensible des films noirs, on se rapproche du western country pépère qui reprend les principes d’une unité d’action, de lieu et de temps de la tragédie. Fini les ellipses, les flashbacks, la grande sophistication des films noirs, seul reste, le flic perdu dans ce « calme » blanc. Pas d’enquête : juste une poursuite, qui s’éternise et qui nous amène… dans cette maison dans l’ombre…

La Maison dans l’ombre, Nicholas Ray (1951) | RKO Radio Pictures

Pourquoi dans l’ombre ? Parce qu’Ido Lupino y cache son frère crétin-criminel, et qu’elle est aveugle. Une rencontre presque mythologique pour notre flic accompagné par le père de la victime… On est bien à la campagne, pas de civilisation, pas de loi, pas de sirène… C’est Œdipe se rendant à Thèbes, mais le Sphinx est remplacé par Jocaste, et c’est Jocaste qui est déjà aveugle… De la mythologie passée au mixeur.

Quand on met toute sa mise en scène sur les rapports entre personnages, il faut des acteurs capables d’assurer… Est-ce qu’on peut rêver mieux que Robert Ryan en salaud-tourmenté-gentil et la belle Ida Lupino en hôtesse-tourmentée-aveugle ? Ah… Ida Lupino, la vampe au visage ordinaire dont le nom évoque la fumée de cigarette qui s’élève jusqu’à disparaître… Ou comment une femme à la beauté ordinaire peut vous envoûter par sa seule présence, son intelligence, son humanité…

Peut-être pas un chef-d’œuvre, mais un film singulier. C’est bien le mot, car le récit va toujours plus vers la simplicité, l’unicité…


Into the Wild, Sean Penn (2007)

C’est la gastro qu’il nous faut

Into the Wild

Note : 3.5 sur 5.

Année : 2007

Réalisation : Sean Penn

Avec : Emile Hirsh, Vince Vaughn, Catherine Keener, Kristen Stewart, Zach Galifianakis

OK, c’est un bon film…, mais ce n’est pas trop mon truc, ce genre de trip.

Un type qui n’est pas bien dans sa peau, avec ses parents, avec l’hypocrisie du monde en général, avec la société de consommation… Les Ricains ne font rien comme les autres : soit ils consomment comme des porcs, soit ils deviennent des hippies. Le type ne se sent donc pas bien chez lui, il part sur la route et finit en Alaska.

Sur le plan formel c’est bien fait, le récit alterne entre son dernier passage en Alaska et le comment il en est arrivé là. C’est parfois passionnant, mais… ça me gênera toujours… Une histoire vraie ? Pas mon problème. Je vois ça d’une manière purement formelle, et pour moi, le point de départ qui est à la base de tout n’est pas assez fort pour justifier un tel besoin d’aventure. Si c’était si banal comme point de départ, il ne fallait pas en faire tout un plat, or les récits de la sœur de type sont là sans cesse pour nous rappeler qu’il fuit quelque chose, sa famille, ses parents… Affreusement banale… Je préfère encore quand le récit se concentre sur son « parcours initiatique », sinon au final, ça ne devient qu’un fait divers : un type retrouvé mort empoisonné dans son camp en Alaska entouré de ses écrits introspectifs qui permettront à un livre de naître, puis un film… Même s’il y a plein de scènes attachantes, si la technique est parfaitement maîtrisée… What’s the point?! Quand on fait un film, on veut faire une œuvre, un truc accompli, on ne cherche pas à faire un témoignage ou je ne sais quoi… Et ça ne m’étonne vraiment pas que ce soit le film d’un acteur. Eux qui sont toujours à la recherche de « l’authenticité véritable »… et qui parlent pour ne rien dire. Ça m’écœure légèrement, c’est se prendre la tête pour pas grand-chose, à part pour se faire mousser, parce que c’est cool d’avoir l’air d’être plus vrai que son voisin. Probable que cette recherche initiatique ratée puisse trouver un écho dans nombre de petits soldats du consumérisme tout-puissant, mais justement, à mon goût, ça manquera toujours d’authenticité, de simplicité, en rapport, en cohérence, avec le sujet abordé.

Bon film toutefois… À voir comment vieillit le film, parce que s’il agace légèrement aujourd’hui, il faut reconnaître qu’il correspond assez bien à une certaine crise de conscience propre à notre époque, celle de l’individu qui se sent perdu au milieu d’un grand barnum et qui préfère renoncer au monde. Mais le gros problème du film, à mon sens, c’est bien ce rapport faussé à la réalité qui affaiblit sa portée potentiellement universelle. Le fait divers ramène la fable à peu de chose.


Into the Wild, Sean Penn (2007) | Paramount Vantage, Art Linson Productions, Into the Wild


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Collision, Paul Haggis (2004)

Les Dix Engeances

Collision

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Crash

Année : 2004

Réalisation : Paul Haggis

Avec : Don Cheadle, Sandra Bullock, Karina Arroyave, Thandie Newton, Matt Dillon, Michael Peña, Ryan Phillippe

(Crash en anglais… Merci encore aux distributeurs, obligés de traduire un titre déjà existant pour éviter les confusions… Le film de Cronenberg est connu aux USA, l’auteur du film sait ce qu’il fait…).

Un peu déçu. Ça commence très bien. La volonté de proposer un film sur les apparences, ça semble être une intention louable et prometteuse. Sauf que bien vite, les pseudos méchants deviennent des bons gentils… Tout le monde, il est beau tout le monde il est gentil, on ne froisse personne, on donne à ces destins croisés un semblant de point commun, comme s’il y avait un sens caché derrière tout cela, une même morale. C’est surtout d’une grande maladresse, parce que si morale il y a, ce n’est pas celle présentée au début du film, c’est-à-dire « attention aux apparences » ; ce seraient plutôt, « les méchants, ils sont méchants, mais ce n’est pas leurs fautes, et au final, il leur arrive parfois aussi d’être bons ; d’ailleurs aux gentils aussi, ça leur arrive de faire des conneries… » Une morale de pleurnichard, une réserve qui contente tout le monde. En voulant dénoncer les idées reçues, les clichés, le film ne fait que les accentuer et en créer de nouveaux. Vouloir ne froisser personne, tendre la main aux Noirs pour leur dire avec la voix du bon Blanc : « ce n’est pas de votre faute, si vous êtes des criminels, d’ailleurs je sais bien qu’il y a beaucoup de Noirs gentils et des Blancs méchants », c’est au choix hypocrite ou d’une grande maladresse.

L’auteur du film voulait peut-être donner à réfléchir. Pour ça, il a réussi, mais le problème c’est qu’il ne donne pas à réfléchir sur la société, les ségrégations, le comportement de chacun, la discrimination positive… il donne surtout à réfléchir sur les imperfections de son film, et là, ça devient ballot.

Dommage, le début était ambitieux. Les situations étaient intéressantes, les conflits promettaient de belles choses, et finalement tout ça se dégonfle et ça devient creux. Une histoire, elle, doit trouver un dénouement, un climax, à la fin, dans un dernier acte de confrontation ; si tout est dit au bout de vingt minutes, si le reste ne sert plus qu’à faire des images au ralenti avec une musique pompeuse, ça n’a aucun sens.

Collision / Crash, Paul Haggis (2004) | Bob Yari Productions, DEJ Productions, Blackfriars Bridge Films

Reste une belle mise en scène, une galerie d’acteurs en vogue, et des situations qui, prisent séparément, pourraient être, elles, significatives… Par exemple quand une « Asiatique » accourt dans les couloirs d’un hôpital en criant en chinois. Une infirmière vient à elle en lui demandant si elle sait parler autre chose que le chinois, l’autre lui répond : « Mais je ne parle pas chinois ! c’est le nom de mon mari ! » Aïe, aïe, aïe !… Ou dans le même genre quand une autre se fait traiter de Mexicaine et qui rappelle à un Noir que tous les Hispaniques ne sont pas des Mexicains… Ou encore quand le bon Blanc, qui vient toujours à la rescousse de ces pauvres Noirs, ne croit pas un Noir qu’il vient de prendre gracieusement en stop (pour prouver sans doute qu’il n’a pas peur des Noirs) quand celui-ci lui dit aimer la culture des Blancs, et qu’il finit par lui tirer une balle parce qu’il croyait qu’il se foutait de sa gueule… Prises séparément, ces scènes valent le coup. C’est l’ensemble qui forme une sorte de puzzle inachevé, un peu forcé, et plutôt forcé vers le politiquement correct, comme si on était obligé de raboter les pièces pour qu’elles s’emboîtent… Ce qui aurait dû claquer comme une évidence devient finalement suspect. Et c’est là que ça devient embarrassant. Parce que les apparences demeurent.

C’est bien de vouloir faire des films intelligents ; c’est mieux d’en être capable. Certains Ricains (remarquez le « certains » pour éviter le cliché de généralité) ont une fâcheuse tendance à tomber, à se réfugier, à s’engouffrer, dans le pathos à deux balles ou dans les bonnes intentions cramées dès qu’une péripétie malheureuse se produit dans l’histoire… Des Matamore de la manivelle… On ne souligne pas le trait, on le dynamite.



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Silent Running, Douglas Trumbull (1972)

Silent Running

Silent Running Année : 1972

Réalisation :

Douglas Trumbull

5/10  IMDb

Trumbull est surtout réputé pour être un grand maître des effets spéciaux (souvent spatiaux). 2001, c’est lui, Blade Runner, c’est lui… J’avais plutôt bien aimé Brainstorm, mais là ce Silent Running, ce n’est vraiment pas terrible. Le scénario n’est pas si mal que ça, mais la mise en scène est hasardeuse et les effets spéciaux d’un ridicule affligeant… à croire que les effets de 2001, sont à mettre au crédit (unique) de Kubrick et que ceux de Blade Runner aient juste profité des avancées techniques effectuées pour Star Wars par son copain John Dykstra (mais j’en doute aussi parce que Dykstra a lui aussi réalisé un film, avec des effets spéciaux très douteux…).

Le film est sympathiquement écologiste, les deux robots semblent avoir inspiré les droïdes de la Guerre des étoiles… Les idées sont dans l’air stratosphérique.


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La Faille, Gregory Hoblit (2007)

La Faille

Fracture Année : 2007

Réalisation :

Gregory Hoblit

6/10  IMDb
Avec :Anthony Hopkins, Ryan Gosling, Rosamund Pike

Agréable si on n’est pas trop difficile.

Jusqu’au trois-quarts, ça va… On prédit un peu tout, mais ça m’a jamais dérangé ça (parfois, c’est même fait exprès, donc…). Mais à la fin, d’une part, on a vu tellement de films de ce genre qu’on s’attend à un retournement final, et là on est un peu déçu ; surtout la mise en scène passe à côté des effets pour mettre en valeur les moments clés. C’est un peu comme si le type récitait un poème étranger sans en comprendre le sens… La mise en scène est bien, impeccable, formellement excellente, mais elle ne sait pas se focaliser sur des points importants du récit. L’emploi de la musique notamment est lamentable. On attend, les “tindin”, un peu passage obligé dans ce genre de truc, et non ça reste mou, tout est traité de la même manière, aucun relief, du coup on reste en rade en attendant la scène qui nous fera décoller.

L’acteur qui joue le jeunot a une vraie gueule de con. Je ne sais plus où je l’ai vu, mais ça ne devait pas être un chef-d’œuvre (Ryan Gosling). Et Hopkins, avec le talent qu’il a, il pourrait faire autre chose de temps en temps…


La Faille, Gregory Hoblit (2007) | New Line Cinema, Castle Rock Entertainment, Weinstock Productions

À noter, Fiona Shaw, qui joue le rôle du juge (c’est noté, merci).


La Folle Ingénue, Ernst Lubitsch (1946)

Délectation des trompes

La Folle Ingénue

Note : 5 sur 5.

Titre original : Cluny Brown

Année : 1946

Réalisation : Ernst Lubitsch

Avec : Charles Boyer, Jennifer Jones

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Bang, bang ! Ça, c’est du chef-d’œuvre ! Aussi parfait que Ninotchka… Et toujours très cosmopolite. Un film américain mise en scène par un Allemand, avec un Français en rôle principal jouant un Tchécoslovaque, tout ça pour une histoire prenant place en Angleterre. On continue les oppositions forcément génératrices de situations irrésistibles. Ici, l’histoire tourne autour des luttes des classes en Angleterre (ou plutôt de la non-lutte, du conservatisme).

Lubitsch partage avec l’humour anglais le goût pour l’absurde, le ton décalé, toujours distingué. Une sorte de non-sens agrémenté d’une petite touche perso : les allusions sexuelles… Jennifer Jones, légèrement bourrée, vautrée sur un canapé qui fait miaou miaou… Le mythe de la vamp qui éclate comme des bulles de champagne… Il serait vain de décrire ce qu’est la Lubitsch touch, parce qu’au fond elle n’existe pas… Le réalisateur n’a pas toujours été l’auteur des histoires qu’il mettait en scène. Une constante, peut-être : des situations impossibles avec pour seul moteur, les mots. Le ton est loufoque sans jamais tomber en plein dans l’absurde le plus cru et gratuit, comme celui d’Hellzapoppin. Pas de slapstick avec ses tartes à la crème, mais des dialogues qui pétillent comme dans une pièce de Feydeau, et la même distance amusée que Guitry. Jennifer Jones est trop distinguée pour être plombier, Charles Boyer est trop désinvolte pour être un réfugié politique, c’est du grand n’importe quoi assumé, tout est dérision.

Un jeu.

Et comme quand on joue aux cow-boys et aux Indiens, l’intrigue importe peu. Eh, oui ! les histoires qui « tiennent sur des tickets de métro » sont souvent les meilleures. La sophistication est une complication laissée aux esprits brouillons. Ninotchka aussi allait droit au but, et ne s’encombrait pas de vraisemblance pour raccorder les scènes entre elles, ou pour rendre crédible les évolutions des personnages. Lubitsch serait prêt à tuer pour un bon mot. Rien d’autre n’a de l’importance. La vraisemblance, elle est au placard, avec l’amant de madame… L’humour, c’est le contraire de la vraisemblance. Ce qui compte c’est la situation « au jour le jour », le plaisir de l’instant présent, la richesse des dialogues, la folie douce des personnages, leur bêtise aussi, parce que la bêtise, c’est l’innocence, et c’est tout le monde. On ne peut que se détendre quand un film dépeint nos travers, et ne fait que s’en moquer gentiment : « regardez, on rit de vous, mais c’était pour le mot d’esprit, le plaisir ». Le rire détourne le regard justement, quand la grossièreté insiste, s’attarde. L’humour doit avoir cette légèreté du papillon qui semble voler de fleur en fleur, innocemment, s’abreuvant du ridicule de toute chose, et passant rapidement à autre chose. Le sucre ne reste pas longtemps en bouche, il s’affadit, devient aigre… Et Lubitsch, bien sûr, papillonne, et sait rester léger. Rien de tout cela n’est sérieux. Pas d’histoire à raconter : la principale est trop… simple ou bizarre. Le plaisir est dans le détail, le rythme de la mise en scène. Imaginez une demoiselle vous offrant généreusement et à l’improviste, un bisou : on en redemande. Et plutôt deux fois qu’une. Eh bien l’humour de Lubitsch, c’est ça. Un bisou, une touch sur la joue, suivie d’une autre et encore d’une autre. Ça ne s’arrête plus, on rougit, on est heureux, et on n’est même pas parasités par quelques idées en dessous de la ceinture, parce qu’évidemment tous ces petits plaisirs sont tout ce qu’il y a de plus innocent. Même quand Lubitsch évoque la sexualité. Ici, on en parle, mais on ne touch pas. Est-ce qu’on jouerait aux cow-boys et aux Indiens avec de vraies flèches et de vraies balles ? On parle donc, plus qu’on n’agit, et ces dialogues sont ceux d’un cinéma non pas parlant, mais beau parleur.

Cluny Brown… Cluny Brown, c’est quoi ce titre ? On dirait la marque de petits gâteaux anglais. Cluny, comme clunky, maladroite, comme loony, timbrée. Brown, comme clown. Brown… qui ruisselle. Une fille timbrée qui se répand en gestes maladroits et amusants ?… Ah oui, c’est charmant. Surtout pour un plombier. L’humour, c’est aussi l’alliance des improbabilités… Invraisemblable ? Eh bien, Dieu merci ! C’est aussi impertinent. Lubitsch mettait en scène à une autre époque Ossi Oswalda. En voilà une autre fofolle ! Va trouver de l’humour dans de l’ordinaritude… Non, non, l’humour, c’est l’inversion des genres, des classes, des robes, des porte-monnaie.

Cluny Brown, donc, reste insaisissable… On pourra toujours essayer de le définir, on n’y arrivera jamais… Comme ce papillon qui souffle la vie et le bonheur, et qui toujours, nous échappe quand on cherche à s’en approcher. Alors d’accord, c’est peut-être ça finalement la Lubitsch touch… Un humour insaisissable qui vous accroche comme rien d’autre. Un de ces plaisirs rares qui sait durer.

Il y a l’humour lourd, sensible à la pesanteur, et il y a les films de Lubitsch.

La Folle Ingénue, Ernst Lubitsch (1946) | Twentieth Century Fox


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American Gangster, Ridley Scott (2007)

La Chute du gangster noir…

American Gangster

Note : 3 sur 5.

Année : 2007

Réalisation : Ridley Scott

Scott a fait son film de gangsters, il est content. Le film navigue toujours dans un même rythme : pas de points forts, pas de points faibles, tout est au même niveau avec des scènes sans grand intérêt. Ça manque de grandeur, d’épopée, c’est super sage et paresseux. Le scénario a un énorme défaut au départ, il ne présente pas bien le et les personnages, cette introduction est vraiment mal fichue, et tout au long du film on a droit à des clichés de scènes vus mille fois sans apporter réellement quelque chose de nouveau. Pas d’enjeux bien définis, on ne sait pas ce qu’on regarde, ça va dans tous les sens sans vraiment savoir où ça va, ça se cherche pendant tout le film. Il y a des moments intéressants, on ne voit pas non plus les deux heures trente du film parce que vers le milieu, le scénario est bien meilleur.

Encore une bonne fausse idée de départ : faire un film sur le premier chef mafieux noir : à première vue, ce n’est pas mal, c’est bien pour la pub et on est sûr de gagner déjà tout un public pas trop difficile (c’est sûr que ce film passe pour un chef-d’œuvre à côté des merdes que doit voir la racaille…), mais quand il n’y a rien derrière, quand on s’appuie juste sur des anecdotes « étonnantes » (comme ce truc où le flic qui a trouvé un million de dollars est allé le rapporter au commissariat au lieu de le garder pour lui…), bah, ça ne sert à rien de faire un film, ou sinon on trahit l’histoire et on essaye d’en faire un truc plus épique, moins sage. Tout aussi inutile que La Chute du faucon noir… Scott veut faire comme Kubrick en testant un peu tous les genres, mais ce serait sans doute mieux s’il cherchait à faire du Ridley Scott avant tout, c’est-à-dire s’il se concentrait sur la mise en scène. Là, ce serait peut-être mieux (quoique, le scénario est bien vide et mal fichu) si la mise en scène n’était pas aussi pépère… Allez au placard Ridley, Fincher t’a piqué tout ton talent.


American Gangster, Ridley Scott (2007) | Universal Pictures, Imagine Entertainment, Relativity Media


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Ridley Scott est-il un auteur ?


Ice Storm, Ang Lee (1997)

Avant Marvel

Ice Storm

Note : 4 sur 5.

Année : 1997

Réalisation : Ang Lee

Avec : Kevin Kline, Joan Allen, Sigourney Weaver, Tobey Maguire, Christina Ricci, Elijah Wood

Ice Strom, de Ang Lee… avec Spiderman, Frodon, lieutenant Ellen Ripley, Otto, Mercredi Adams, Joey Potter… Ce n’est pas les quatre fantastiques, mais ça y ressemble.

Je préfère de loin ce Ang Lee là, celui qui fera plus tard Le Secret de Brockeback Montain, que celui de Hulk ou de Tigre et Dragon

Comme souvent dans les bons films, il y a un savant mélange des genres. Un petit côté doux amer… On rit beaucoup (en repérant dans ces familles de banlieue des comportements qu’on connaît chez nous…) et bien sûr, on est ému — pas aux larmes parce que ce n’est pas un film tire-larmes.

C’est le genre de films intimistes dont a la réputation de faire le cinéma français. Une mauvaise réputation, parce que le cinéma français, c’est souvent un cinéma parisien basé sur l’individu seul, sur la misère (humaine le plus souvent, sociale aussi). Les vrais bons films intimistes, ils se font encore aux USA (là aussi) ou ailleurs, finalement. Que ce soit pour les films à la psychologie lourde comme Des gens comme les autres, de Redford, le premier film de Clint Eastwood, Un frisson dans la nuit, et plus certainement pour les films « intimistes » à valeur ajoutée avec des sujets moins creux, moins masturbatoires, en recherche de moins de naturalisme. La famille comme thème au lieu de l’individu (ah, du Rastignac, on en bouffe dans la culture française et pourtant il n’y a rien de plus antipathique…), la banlieue (celle d’American Beauty, de Desperate Housewives) au lieu des ghettos (riches, le plus souvent, si, si). Il n’y a rien à dire, même dans ce type de film les Ricains sont plus forts que nous pour raconter des histoires… Quelle misère. (Je ne suis pas un fan de Truffaut, mais lui, il savait faire ça ; heureusement qu’il y a parfois quelques films qui sortent du lot — avec tout ce qu’on produit, c’est sûr que ce serait étonnant qu’il n’y ait jamais rien de bon, mais bon, nos films moyens sont des daubes).

C’est tout de même étonnant que pour revoir ce que j’ai vécu en gros dans ma banlieue, qu’il faille trouver ça dans un film ricain et non français… La banlieue (la vraie, pas celle des cités qui ne représente finalement pas grand-chose dans les banlieues françaises), on n’en parle pas en France. C’est soit Paris, soit les autres villes, soit la campagne perdue, jamais la banlieue (si, il y en a eu deux : Série noire et Buffet froid, deux des meilleurs films français).


Ice Storm, Ang Lee (1997) | Fox Searchlight Pictures, Good Machine, Canal+ Droits Audiovisuels


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Barfly, Barbet Schroeder (1987)

VF partage appartement

Barfly

Note : 3.5 sur 5.

Année : 1987

Réalisation : Barbet Schroeder

Avec : Mickey Rourke, Faye Dunaway

Avec Mickey Rourke, Faye Donaway et… Frank Stallone !

D’habitude, je ne suis pas un fan de ce genre de film à Oscar où les acteurs jouent des rôles bourrés à problèmes, bien glauques, mais là il faut dire qu’on échappe miraculeusement au ton sur ton. L’humour, l’ironie rehausse le tout. Encore et toujours, le nihiliste… Forcément, avec des alcooliques…

L’intrigue évolue doucement. Tout reste simple et d’une grande amplitude. Ça ne cherche pas à faire un chef-d’œuvre. Quelques moments d’anthologie, des scènes barrées, comme celle où le personnage de Faye feint la mort, celui de Rourke appelle une ambulance pour la énième fois en trois jours, les ambulanciers entrent, et en voyant Rourke en caleçon l’un d’eux lui sort : « Vous ne changez jamais de caleçon ?! » Le mélange des genres, ça surprend. L’autre ambulancier va voir la mourante et revient désabusé en disant qu’elle va bien mais qu’elle est raide bourrée, et grosse… Ils se cassent, Faye bondit de son lit avec une pêche d’enfer et regarde Rourke avec des yeux outrés : « Le salaud, il a dit que j’étais grosse ! » Ça claudique comme la marche d’un ivrogne, pas loin du vaudeville, et pourtant, c’est un film au ton plutôt désabusé.

Les performances d’acteurs, elles sont ce qu’elles sont… Toujours compliqué d’être bons et crédibles quand on est censé jouer des personnages sans cesse bourrés ; difficile de jouer sans une continuité théâtrale les différents stades du type bourré… Le plus souvent, au cinéma, ce n’est pas compliqué à jouer, parce que ce sont des personnages secondaires, montrés de manière furtive et stéréotypée. Mais quand on « passe la journée » avec Mickey Rourke et que le style du film se veut naturaliste, c’est inévitable, il y a des enchaînements un peu douteux. Un vrai calvaire pour un acteur de cinéma et pour la script-girl… j’ai l’impression que Mickey Rourke et Franck Stallone se donnant parfois de vrais coups dans leurs batailles derrière le bar qu’ils avaient des blessures réelles au visage et aux mains et du coup, du fait de la non-continuité de la réalisation de scènes, on pouvait se retrouver avec des blessures qui disparaissaient puis réapparaissaient d’une scène à l’autre… Ah, les acteurs, ils veulent tout faire pour de vrais, mais, ils feraient mieux de penser aux résultats… Et le réalisateur français qui laisse passer…, pas bon sur ce coup-là Barbet…

Heureux d’une part de voir Frank Stallone dans un film (parce que j’adore sa musique — il a vraiment la gueule de son frère et apparemment le même goût pour la boxe…) et aussi heureux de voir que la Zoetrope de Coppola a tout de même réussi à faire quelques films… Le pauvre Francis, ce n’est pas avec ce film qu’il a dû ramasser encore beaucoup d’oseille…

Mickey Rourke, c’est toujours mieux que Nicolas Cage dans Livide Las Vegas


Barfly, Barbet Schroeder (1987) | Golan-Globus Productions, Zoetrope Studios


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Un faux mouvement, Carl Franklin, Billy Bob Thornton (1992)

Billy, fais-moi peur

One False Moveun-faux-mouvement-carl-franklin-billy-bob-thornton-1992 Année : 1992

Réalisation / Scénario :

Carl Franklin / Billy Bob Thornton

6/10  IMDb

Un bon film écrit par Billy Bob Thornton (qui joue aussi dedans). Encore un film qui fait très « premier de la classe » : très bien écrit, bien ficelé. Dommage que la mise en scène soit aussi « minimale ». Avec un bon réalisateur, ça aurait été mieux (en même temps, on ne pouvait peut-être justement pas faire mieux avec cette bonne histoire, mais les personnages sont un peu limités tout de même).

Le principe du film, c’est la confrontation entre un flic de campagne qui voit arriver dans son patelin perdu des flics de LA pour attendre des criminels en fuite. Le provincial veut faire ses preuves, il est limite envahissant et c’est ce qui fait au début le charme du film. Ensuite vient se greffer à ça, un lien forcément amoureux, une histoire entre ce flic de la brousse et la fille des fuyards. Un peu tiré par les cheveux, mais si on ne pouvait pas mettre de cul dans un film, on s’ennuierait… Encore une histoire raciale, donc de lutte des classes… les Indiens et les petits Blancs… C’est toute l’Amérique. Quand on vit sur une bombe, ça devient tout de suite plus passionnant… Qui irait regarder un film en provenance de Mongolie ?