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Cinéma en pâté d’articles

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Apocalypse Now, Francis Ford Coppola (1979)

Coppola peut utiliser ce procédé de montage pour ponctuer des séquences séparées dans le temps ou l’espace, utilisant comme dans le Parrain par exemple un montage alterné, mais dans Apocalypse Now comme dans Dracula, il se sert surtout du procédé pour montrer à la loupe une scène. Dans cette fameuse intro, il n’y a pas que les plans, le son, la musique qui sont en surimpression, c’est tout le récit. Parfois utilisé comme un flash-back, une digression temporelle, ici Coppola s’en sert pour illustrer les pensées, le passé ou l’avenir peut-être, tout ce que le personnage ignore. Le récit est ainsi monté en une succession d’images fondues au napalm, broyées, coupées à la pale, suggérant déjà que la fin forcément inéluctable du Colonel Kurtz est aussi celle de son bourreau. Le temps du récit pourrait évoquer les éclatements narratifs chers à Conrad, mais on y retrouve aussi la précision au scalpel du début de la Condition humaine.

Napoléon, Abel Gance (1927)

Les exemples sont nombreux chez Abel Gance (les passages sur la révolution notamment si je me souviens bien). Ici la séquence du rêve :

La Roue, Abel Gance (1923)

On est à la limite du montage des attractions d’Eisenstein dans la séquence de la « vision » quand le personnage voit sa vie défiler devant lui en un éclair. Le terme « montage » utilisé dans cette expression US viendrait de là, et le théoricien soviétique l’aurait lui-même piqué au français.

Dans cette séquence, la tension est d’abord provoquée par un dialogue de plans en montage alterné à la Griffith (procurant un effet de suspense), et s’achève par « l’explosion » du flash-back final.

Tout dépend de ce qu’on définit derrière cette expression de « montage-séquence » : dans un cas, l’ensemble de la séquence peut être considérée comme étant tel procédé, dans un autre, seul le dernier défilement d’images en est un mais de manière très spécifique parce qu’il est utilisé comme un point et non comme une virgule (c’est la finalité de la scène, le climax, pas un moyen d’y parvenir). Certes on retrouve l’idée de condensation du temps, mais c’est condensé à un point que ce n’est plus du domaine du récit, mais de la sensation, une sorte de fragment impressionniste. Pour cela certains pourraient y préférer l’extrait plus conforme de Pretty Woman.

On en trouve aussi dans Un amour de Beethoven :

Ou le réveil des morts dans J’accuse :

Fight Club, David Fincher (1999)

David Fincher emploie beaucoup le procédé, notamment ici. Normal : nouvelle adaptation d’un bouquin à succès, donc récit condensé. Écriture presque épileptique. Eisenstein avait presque raison, sauf que c’est MTV qui s’est emparé du procédé. Et le procédé marche beaucoup mieux, avec de la musique et avec une voix off pour réunir le tout dans une même logique et une même continuité. L’image et le montage comme simple illustration du discours. Les facilités d’un montage par ordinateur ont même permis d’aller plus loin avec la fameuse scène Ikea, qui est un montage-séquence en soit, mais ils sembleraient qu’ils aient baptisé ce nouveau procédé (très largement repris aujourd’hui) « spatial montage ».

Butch Cassidy et le Kid, George Roy Hill (1969)

Sur le site http://www.elementsofcinema.com/editing/montage.html on trouve un exemple extrême. L’auteur distingue le « montage » (attention les ricains abrègent, nous on peut pas, ça prêterait à confusion) lent comme dans ce film, au montage rapide, comme dans les films de Don Hertzfeldt :

Chez George Roy Hill, on commençait déjà à s’ennuyer à force de répétition, mais quand tout un film est basé sur un tel principe ça en devient insupportable. L’impression de voir une bande annonce pendant 2 heures (et c’est bien l’impression rendue d’un film de Nolan). Le procédé étant un procédé de transition, il est difficile de concevoir toute une histoire autour de ce procédé (les séquences ne sont pas forcément condensées, mais les plans d’une même scène eux oui, comme pour remplir le vide…).

La Nuit du chasseur, Charles Laughton (1955)

Le film noir est sans doute le genre a avoir le plus utilisé le procédé. Ça fait presque partie du cahier des charges, et cela s’imposait souvent par souci de concision (maximum d’actions en 1h30).

Il y a la version du récit en voix off (ou pas d’ailleurs), l’intro explicative (sorte d’info dump* en images), le flash-back, le bon vieux montage alterné, et donc comme dans cet extrait, la transition, la pose poétique dans le récit, la suite tranquille de plans descriptifs non essentiels mais reposants, servant parfaitement son rôle de ponctuation :

*http://www.oxforddictionaries.com/definition/english/info-dump

Scarface, Brian De Palma (1983)

La musique fait office de voix off narrative.

 

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