Dernier Amour, Dino Risi (1978)

La fin du jour

Note : 3.5 sur 5.

Dernier Amour

Titre original : Primo amore

Année : 1978

Réalisation : Dino Risi

Avec : Ugo Tognazzi, Ornella Muti

Dernier amour pour un des derniers grands films de Risi et, c’est presque habituel, un dernier acte qui jure légèrement avec ce qui précède. Un dernier coup au ton résolument satirique, mais une satire tendre, voire mélancolique. Jusqu’à ce dernier acte au-dessous du reste qui nous propose de suivre ce couple mal assorti, le vieux Ugo (lui, pour son dernier amour, le titre français du film) et la jeune Renata (elle, pour son Primo amore, le titre original), dans son escapade vers Rome, le style était acerbe mais enjoué. Risi trouvait toujours le bon mot pour nous faire sourire, surtout quand Ugo faisait la cour à Renata. Un vieillard qui n’a pas renoncé à séduire les jeunes filles, ça peut prêter à sourire, surtout quand la fille en question a de la repartie. Peut-être pense-t-on à tort que lorsque l’on s’installe dans un hospice pour anciennes vedettes du théâtre, c’est pour ne plus en sortir, sinon pour prendre occasionnellement l’air de la mer… Dino décidera de leur faire prendre le large.

Avant cela, comme Ugo, on ne peut résister au charme de la jeune Renata, et l’on voudrait peut-être continuer à la séduire sans réussite comme Ugo tout au long du premier acte. Car séduire, c’est peut-être vivre… ou survivre. Rêver peut-être. C’est que Renata est interprétée par Ornella Muti dans sa prime jeunesse. Si l’on dit que pour certains rôles il faut avoir la chance de disposer de l’acteur idéal, Dino Risi qui vient de la croiser sur les Derniers Monstres, a probablement eu la bonne idée d’écrire ce rôle pour elle.

S’il a fallu à Greta Garbo passer par le muet et par les mélodrames, puis par une série de films faisant leur publicité avec le slogan « Greta Garbo parle » pour la voir enfin rire dans un Lubitsch écrit par Wilder, quelques minutes ici suffiront à Dino Risi pour nous montrer Ornella Muti, habituée aux moues boudeuses et tristes, d’abord sourire, et enfin rire. Si certaines beautés froides restent imperturbables et ne se dévoilent jamais, le secret du charme d’Ornella Muti, il est de s’illuminer d’un coup au moment parfois où l’on s’y attend le moins. D’une beauté d’abord mystérieuse et secrète, inaccessible, qui vous toise de ce regard plein de dédain, Ornella est un mur qui, quand elle sourit, fait trembler la terre à vos pieds. La barrière qu’elle dresse entre elle et ceux qui lorgnent derrière sa carapace disparaît, et une petite fille timide pleine de joie éclot enfin devant nous.

Quand son personnage part avec Ugo, Ornella semble prendre dix ans d’un coup : moins froide, moins naïve. Le voile des apparences, une fois tombé, en révèlera un chouïa trop… On craint qu’elle soit devenue calculatrice, intéressée. La petite fille qui dédaignait le monde pour mieux s’en protéger se transforme en femme fatale, en séductrice, et c’est encore là un registre où excelle Ornella Muti, parfaite dans ce registre de la comédie en parvenant à ne jamais sombrer dans le premier degré. La distance et la connivence, deux ressorts subtils de la comédie. Regard fixe par le dessous, léger sourire en coin : elle sait envoûter son partenaire (et le spectateur avec lui) en dodelinant lascivement de la tête. Un signe qu’on prendrait presque pour une invitation… à lui servir d’apéritif : de ses yeux de chat prêt à vous bondir dessus et de ce grain de beauté sur le nez placé comme une mire lançant des rayons cosmiques, on ne peut s’en défaire, comme hypnotisé. Ugo d’ailleurs ne s’en remettra pas.

Pourtant, si cette escapade d’amour consommée entre le vieux et la jeune produit un certain déséquilibre avec ce qui précède, la satire, beaucoup plus féroce, moins drôle, n’en est pas pour autant moins réussie. Si l’on rit facilement du ridicule d’un vieil homme qui fait la cour à une jeune fille, on rit jaune, et l’on s’attend à ce que ça devienne plus cruel, même si ces deux-là arrivent à s’entendre. L’exploit de Dino n’est pas de nous faire croire en cette amourette, mais de parvenir à ne pas nous rendre ces personnages que tout oppose antipathiques. Si Ugo reste ridicule dans son audace et dans ses espoirs, il aurait été plus aisé de faire de Renata une fille intéressée. Or, si sa panoplie vestimentaire et ses activités ne font pas de doute sur ce qu’elle est devenue, en comprenant son parcours et en suivant ce qu’en ont fait Dino Risi et Ornella Muti, on ne peut réellement jamais en vouloir à cette fille. D’abord, parce qu’on sait que c’est Ugo qui l’a incitée à le suivre alors qu’elle n’avait aucune vocation artistique (certaines femmes, souvent belles à se damner, se laissent ainsi influencer par les fausses promesses d’hommes mûrs attirés par leur jeune âge) ; Renata, en quelque sorte, est une fille facile, mais facile dans le sens où elle peut trop facilement se laisser imposer les désirs que d’autres projettent à sa place. Dans la dernière scène où elle fait face à Ugo, on voit qu’elle est sincèrement attachée à lui. Autant que peut l’être une femme corrompue attendrie par le souvenir de son premier amant…

Ainsi, Dino Risi tire fort sur les fils de la satire, le point d’arrivée des personnages étant particulièrement cruel, mais le cinéaste sait encore parfaitement faire en sorte qu’ils gardent la sympathie du spectateur. Si pour lui la comédie est un genre irrévérencieux (son humour dans la première partie du film est principalement basé sur une gentille cruauté, donc de l’irrévérence), il sait aussi ici, comme bien souvent, ajouter une grande part d’humanité dans ses films malgré le destin souvent noir qu’il promet à ses personnages. Ce sont des caricatures, ils sont ridicules, le regard porté sur eux est féroce, mais quand ils sont réussis, Dino Risi nous dévoile à travers certaines nuances ce qu’ils ont de plus humain en eux. Quant à Ornella, rien ne serait possible sans sa capacité à s’autoparodier comme dans une de ces séquences finales face à une caméra de télévision où, censée sourire, elle montre ostensiblement, d’un doigt sur les lèvres, qu’elle ne le fait pas. Elle ne sait que trop bien après quoi les hommes courent. Un peu plus de vingt ans et déjà la roublardise d’une vieille chatte.


 

Dernier Amour, Dino Risi 1978 Primo amore | Dean Film


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Il gaucho, Dino Risi (1965)

Faccia a faccia

Note : 3.5 sur 5.

Il gaucho

Année : 1965

Réalisation : Dino Risi

Avec : Vittorio Gassman, Amedeo Nazzari, Nelly Panizza, Nino Manfredi, Annie Gorassini, Maria Grazia Buccella

One-man-show ébouriffant de Vittorio Gassman au milieu d’une palanquée de seconds rôles presque réduits à n’être que spectateurs de l’artiste dans son rôle de capitan moderne. Le déséquilibre est évident, seulement, il n’est jamais bon de tuer la concurrence dans un film en attirant trop la lumière sur un seul élément : le rôle des faire-valoir consiste précisément à mettre en valeur cet élément principal… Quand ils font défaut, la farce peut mal tourner. La prouesse comique de l’acteur du Fanfaron, pour ce détour baroque vers l’Argentine, vaut toutefois le coup d’œil si l’on est fan du personnage (ou curieux des limites théoriques d’une farce construite autour d’un seul homme).

D’ailleurs, la règle se confirme : dans les films de Dino Risi, quand un acteur vampirise toute l’attention, ou qu’au contraire on ne sait pas à quel saint se vouer dans une troupe d’acteurs mal achalandés, le film pourrait être drôle et cruel (ce qui arrive toujours à faire Dino Risi), il manque toujours le petit quelque chose en plus qui fait la marque de ses grands films. Mais Dino peut se contenter à l’occasion de réaliser de bons petits films, on ne s’en plaindra pas.

Comme souvent chez Dino Risi, l’histoire importe moins que la création d’un contexte lui permettant d’insérer des personnages caricaturaux au milieu de situations nouvelles amenées à changer leur nature et la perception que l’on s’en faisait : ceux qui passaient pour de simples caricatures, se révèlent plus humains et attachants qu’annoncés. Ce voyage en Argentine (destination de cette petite bande d’acteurs de cinéma venant présenter un film dans un festival local) permet, dans un premier temps, d’opposer l’exubérance coutumière de Vittorio Gassman à celle quasi similaire d’un riche industriel italien venu faire des affaires en Amérique du Sud et accueillant toujours à bras ouverts ses compatriotes de passage.

La confrontation reproduit un classique de la farce : l’entrepreneur argentin aux racines italiennes incarne la caricature de l’Italien, plus italien que le plus italien des Italiens, un lointain Italien qui ne revendique plus son origine tout en en parlant la langue, nostalgique de ses racines qu’il glorifie à l’envi, l’image aussi de la réussite ostensible et fanfaronne de l’Italie qui s’exporte, un vrai matamore, double grotesque, accentué, du personnage déjà arrogant qu’interprète habituellement Vittorio Gassman. Mais le face-à-face comique entre le pitre crâneur et son modèle plus accentué encore se double d’une autre confrontation : celle avec son clone, l’entrepreneur à l’ambition arrêtée net par une suite de déveines fatales, l’immigré à qui les poches autrefois toujours ouvertes de ses amis ne sont plus accessibles, celle avec son double moins chanceux, devenu moins exubérant et vantard.

L’eldorado et la galère. Les deux faces d’une même pièce que nombre de personnages de Risi (on pense par exemple à celui d’Une vie difficile) regardent tourner inquiets avant d’en connaître l’issue.

L’opposition comique, amusante, finit toujours chez Dino par la satire. Ici, elle tend même parfois au mélodrame ou au réalisme. Vittorio Gassman peut encore, lui, à la fois tenir des chanceux (il n’est pas riche, mais c’est lui qui mène la troupe, signe qu’il a encore du crédit auprès de ceux qui le suivent) et des malchanceux (il tente sa chance au casino, il tente sa chance avec les femmes, et comme à son habitude, il ne fait pas dans la dentelle, accumulant piteusement les revers comme le rappellera sa nouvelle amie industrielle en le qualifiant d’italissimo). D’autres, en revanche, ont cessé de se situer dans cet entre-deux incertain et penchent plus volontiers du côté des poissards ou des losers. Et celui qui fait ici office de double vautré de Gassman, celui qui lui rappelle à quoi il pourrait ressembler s’il ne s’y prend pas mieux, c’est le personnage qu’interprète Nino Manfredi. Un vieux compagnon à qui le personnage de Gassman espère un temps pouvoir tirer quelques sous…

Dommage que Dino Risi ne parvienne pas à recentrer son film autour du duo que représentent ces vieux complices, amis longtemps séparés, contraint qu’il est de retourner à l’entrepreneur, et donc, à la farce.

On pourrait résumer le film par deux situations qui se répondent et qui illustrent bien la nature du cinéma de Dino Risi :

En guise de courtes séquences de transition pour passer d’un lieu à un autre dans la rue, le groupe rencontre un clochard, ce qui soulève la réflexion suivante à Vittorio Gassman : « il est venu tenter sa chance en Argentine il y a cinquante ans, et voilà ce qu’il est devenu. »

Bien qu’anodine, il y a tout dans cette remarque. La cruauté, l’insolence, la lucidité, mais aussi paradoxalement l’inconscience. Le personnage de Vittorio Gassman sait que le monde se compose de gagnants et des perdants, il en accepte les règles, mais semble oublier, ou se moquer, qu’il pourrait lui aussi sombrer dans la même misère. À moins que ce soit une manière pour lui quasi cathartique de déjouer le sort et d’exprimer sa peur de finir de la même façon. C’est toute la beauté des matamores : ils se croient beaux et tout-puissants quand on ne voit que des misérables qui s’ignorent.

Seconde situation : dans la toute dernière séquence du film, l’ami (Manfredi) que Vittorio Gassman retrouve sur le tard, à qui il avait réclamé de l’argent et qui s’était révélé fauché comme les blés, vient le saluer à l’aéroport, de loin, depuis la passerelle. Vittorio (qui s’est fait offrir les frais d’hôtel par le riche industriel) tente par ses gestes de faire comprendre à son vieil ami que s’il souhaite revenir en Italie qu’il l’appelle : il lui paiera le billet retour. Évidemment, son ami ne peut pas l’entendre… La seule fois où cet égoïste fait preuve de générosité, celui à qui il proposait opportunément son aide ne pourra pas en profiter…

La cruauté de Dino Risi. Toujours. Une forme de tragédie dans la comédie capable de dépouiller les espoirs des hommes ou de ne jamais les autoriser à se retrouver. La comédie ainsi ne fait pas figure de fin en soi, mais de seule alternative possible face à l’implacable férocité de la vie.

Si le film parvient bien malgré tout à alterner les séquences comiques et cruelles, voire mélodramatiques, il souffre toutefois d’un léger manque de rythme dû à un enchaînement trop mécanique, trop frénétique, des séquences. Les respirations (séquences, ou simples plans, plus lentes, plus émouvantes, utiles au développement des personnages) sont quasi inexistantes. C’est qu’avec le nombre de personnages proposés, de petites histoires personnelles, le film aurait pu faire trois heures, si bien qu’il donne l’impression d’avoir été raboté partout où cela était encore possible.

Un Dino Risi mineur, mais un Dino Risi toujours.


 

Il gaucho, Dino Risi 1965 | Clemente Lococo, Fair Film


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Le Veuf, Dino Risi (1959)

Una vita di… avidità

Note : 4 sur 5.

Le Veuf

Titre original : Il vedovo

Année : 1959

Réalisation : Dino Risi

Avec : Alberto Sordi, Franca Valeri, Livio Lorenzon

Le film est d’une drôlerie folle pendant les trois quarts du film grâce au talent ineffable d’Alfredo Sordi, à la fois parfait pour jouer la prétention maladroite et bouffonne, la vénalité obsessionnelle doublée (malheureusement pour son personnage) d’incompétence, la bêtise accablée, la forfanterie matamoresque… bref, pour faire du Alfredo Sordi.

Le point culminant du film et qui aurait dû être son dernier acte, c’est quand la chance se retourne d’un coup pour le personnage de Sordi quand on lui annonce la plus mauvaise nouvelle qui soit dans sa situation… Le film se prolonge alors, peut encore convaincre jusqu’à la retraite monastique de Sordi, et doit trouver un dernier rebondissement, une chute finale, et celle-ci, malheureusement, même si elle fait presque littéralement tomber le film dans la franche satire, patine en réalité en peinant à retrouver le rythme, et n’est pas à la hauteur comique de ce qui précède. Le récit abandonne, par exemple, tout d’un coup le personnage de la maîtresse (ainsi que toute sa famille) après avoir justement essayé de la refourguer auprès du riche industriel, et donne ainsi l’étrange impression de regarder un autre film construit sur les chutes du film idéal n’ayant pu se faire ici.

Je crois avoir rarement autant ri, cela dit, avant cette chute ratée, en voyant les bêtises de ce faux-cul d’Alfred Sordi jusqu’à ce que son personnage accède d’une manière inespérée à ces rêves de veuvage précoce et se croie propulsé d’un coup roi du pétrole.

Peut-être également que Franca Valeri n’était peut-être pas l’actrice idéale pour jouer ce rôle d’héritière sans illusions, sans amour, et moins stupide que son mari. Excellente actrice de second rôle, elle me paraît surtout plus efficace en idiote et victime, notamment dans un film pour lequel elle avait participé au scénario : Le Signe de Vénus (tourné par Dino Risi quatre ans plus tôt et où elle était parfaite aux côtés de Sophia Loren). Difficile toutefois de trouver une actrice avec suffisamment de classe aristocratique et de second degré pour s’opposer à ce pitre de Sordi (la même année, Silvana Mangano prouvait qu’elle pouvait être crédible dans une comédie, La Grande Guerre ; et c’est sans doute Lea Massari qui aura été son meilleur pendant féminin dans Une vie difficile). Rendons néanmoins hommage à Franca Valeri qui vient de nous quitter (en août de l’année dernière), une semaine après avoir fêté ses cent ans.

Par toutes ses qualités et ses défauts, ou par les thèmes développés (Alfredo Sordi en homme cupide rejeté par la haute société), Le Veuf rappelle Il boom, de De Sica, tourné quatre ans après. C’est une constante dans la comédie italienne, ce n’est pas le tout de disposer de quelques-uns des meilleurs acteurs de comédie de l’histoire du cinéma, pour faire de grands films, il faut leur trouver des acteurs, plus vraisemblablement des actrices, capables de leur faire face. Les meilleures séquences du film, les plus amusantes, sont celles dans lesquelles Alberto Sordi fait, seul, le show. Cela fait d’excellentes comédies, mais ne fait pas culminer le film à la hauteur des grands chefs-d’œuvre de la comédie italienne. Ceux-ci parviennent presque toujours à proposer une dimension supplémentaire à la comédie. Qu’elle soit dramatique ou satirique.


Le Veuf, Dino Risi 1959 Il vedovo | Cino del Duca, Paneuropa

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Le Chemin de l’espérance, Dino Risi (1952)

L’omnibus des désillusions

Note : 2.5 sur 5.

Le Chemin de l’espérance

Année : 1952

Titre original : Il viale della speranza

Réalisation : Dino Risi

Avec : Cosetta Greco, Marcello Mastroianni, Liliana Bonfatti, Piera Simoni

Dino Risi pour son second film a probablement plus l’œil tourné vers les comédies américaines des années trente qu’une volonté déjà (ou la possibilité) de réaliser des satires à l’italienne. Si l’ode au cinéma qu’on devine dans le titre ne ment pas sur les désillusions produites à la chaîne dans l’usine à rêves qu’est Cinecittà, le spectateur ne trouvera ici aucun humour acerbe, aucune satire, juste le portrait plein de tendresse pour ces acteurs et techniciens qui n’accéderont jamais à la lumière ou à la reconnaissance.

On sent peut-être la volonté chez Risi de calquer les films de coulisses américains sur Broadway (les films de troupes d’acteurs comme Pension d’artistes), mais ça ne prend pas, ou ça prend mal avec un premier acte qui fait plutôt penser au spectateur que le film tournera principalement autour de deux personnages, un cameraman et une jeune actrice. À moins que ce soit un biais d’apparition affectant les spectateurs du vingt et unième siècle. En 1952, Marcello Mastroianni n’est pas encore la star qu’il deviendra, si bien que notre regard de spectateur, à son apparition, imagine tenir son personnage principal. Il n’en est rien… L’affiche du film pourtant ne trompe pas, elle. Malgré cela, le premier acte de présentation semble hésiter entre films de coulisses et films de couple : Marcello disparaît alors un long moment, le récit se recentre sur les actrices, puis il revient, et au final on ne sait plus trop à quel film on vient d’assister.

En dehors de la direction d’acteurs, du goût de Risi pour les petites phrases amusantes en arrière-plan pour ponctuer une scène, l’acidité future du cinéaste n’y est pas encore décelable. Pas non plus de personnages caricaturaux sur le devant de la scène (ils apparaissent, mais plutôt dans les seconds rôles) : Marcello est jeune et beau, plein de classe comme dans les futurs Fellini (avec moins d’assurance, mais avec ce petit quelque chose de nonchalance aristocratique qui hypnotise ; un vrai jeune premier), les hommes mûrs sont respectables ou presque (les mauvais caractères, encore une fois, sont laissés aux seconds rôles), et les demoiselles sont délicieuses et, fait rare dans le cinéma de Dino Risi, occupent les premiers rôles. À se demander si l’on est encore dans une comédie… Parlons plutôt de chronique douce-amère et désenchantée, d’une photographie d’une époque aux studios Cinecittà, ou d’une ode bienveillante dédiée à ces petites gens du cinéma. La véritable comédie à l’italienne, acide et bouffonne, viendra plus tard pour Dino.


 
Le Chemin de l’espérance, Dino Risi 1952 Il viale della speranza | Mambretti Film

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Fantôme d’amour, Dino Risi (1981)

L’acteur et ses fantômes

Note : 2 sur 5.

Fantôme d’amour

Année : 1981

Titre original : Fantasma d’amore

Réalisation : Dino Risi

Avec : Romy Schneider, Marcello Mastroianni

Le souci avec les films jouant sur le mystère, c’est que si on a compris la nature de ce mystère dès la première séquence, et si le récit joue, lui, sur le secret non dévoilé au premier degré, spectateur et réalisateur risquent très vite de ne plus être sur la même longueur d’onde. C’est ce qui se passe avec Fantôme d’amour, si la première apparition du personnage de Romy Schneider peut encore laisser ouvertes toutes les possibilités sur la nature, la suite fait peu de doute… Le récit ne s’embarrasse pas de fausses pistes et ne fait que marteler, séquence après séquence, indice après indice, la même évidence. Si dans les films d’horreur, les portes claquent, le pire qui puisse arriver dans un film sur le « mystère », c’est d’enfoncer des portes ouvertes.

Avec un scénario aussi tristement prévisible, il n’y a, pour mettre un peu de piquant à ce qu’il faut bien nommer un thriller psychologique, que la mise en scène pour forcer à travers quelques effets le mystère, le doute, la peur, l’émotion, etc. Or, ça n’aura échappé à personne, Dino Risi est plutôt un cinéaste de comédie, avec un style sec, épuré, son talent étant surtout celui d’un grand directeur d’acteurs. Ce n’est donc pas sur lui qu’il faut compter pour épicer cette histoire de fantôme. Les séquences oniriques avec filtre cotonneux et grands sourires forcés sont par exemple aujourd’hui tristement risibles.

Si le film est un désastre complet, c’est bien chez les acteurs qu’on peut y trouver quelques frêles éléments de satisfaction : si Romy Schneider ne me convainc guère, j’avoue rester estomaqué devant la performance de Marcello Mastroianni… Dans un rôle pourtant assez largement mutique (là où par exemple un Alain Delon se serait contenté d’être impassible et beau), Marcello, tout en laissant supposer qu’il en livre le moins possible, parvient à nous montrer ce qu’il pense ou ressent comme dans un livre ouvert. C’est dans les gestes ou les réactions les plus simples qu’il démontre son génie : un téléphone sonne qu’il s’apprête à décrocher avant d’y renoncer ; une sonnette de porte vers laquelle il tend le bras avant de se rendre compte qu’elle a disparu ; tout ça, c’est peu de chose, mais c’est ce qu’il y a de plus difficile à faire pour un acteur.

Il faut dans cet exercice de la spontanéité sans qu’elle paraisse feinte. Et beaucoup de simplicité : un visage souvent impassible mais sur lequel tout un monde intérieur se dévoile à travers l’expression du regard ; le regard qui se baisse pour réfléchir en réaction à ce qu’il vient d’apprendre, qui remonte aussitôt, un peu perdu, tandis que la voix tente encore de feindre une expression incrédule ; et si la voix ne suffit pas, y ajouter un sourire, et c’est toujours le regard qui, par le discours en contrepoint qu’il offre par rapport au reste du corps ou de la voix, révèle la nature des sentiments et de la pensée du personnage.

Arrivé à ce niveau de précision et de pseudo-authenticité pour un acteur est rare. Marcello y est un grand habitué (il donnera en 1987 avec Les Yeux noirs le même type de prestation). De ce que j’en sais, cette qualité, on ne les trouve que chez les acteurs qui acceptent de se laisser regarder, chez ceux qui disposent d’assez de générosité pour offrir leur imagination toute nue au public, et enfin chez ceux qui ont accumulé suffisamment d’expérience pour ne pas avoir à forcer leur performance, rongés par le doute ou l’angoisse de mal faire.

En d’autres occasions, Mastroianni sait aussi ajouter à sa palette d’acteurs un peu de fantaisie, ici, il n’y est évidemment pas question. On se contentera de sa simplicité, de son authenticité, de son humilité, car tout ça, c’est déjà, et suffisamment, même dans un nanar, un privilège à voir quand on est spectateur. Quel acteur de génie… Tout le reste n’est qu’écran de fumée. Même Romy ne fait pas le poids.

Marcello Mastroianni et Dino Risi n’auront collaboré que quatre fois au cours de leur carrière, et malheureusement, jamais pour un grand film.


 
Fantôme d’amour, Dino Risi 1981 Fantasma d’amore | Dean Film, AMLF, Bayerischer Rundfunk, Cam Production

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Éclipse, Hiroshi Shimizu (1934)

Note : 4 sur 5.

Éclipse

Titre original : Kinkanshoku

Année : 1934

Réalisation : Hiroshi Shimizu

Avec : Mitsugu Fujii, Hiroko Kawasaki, Michiko Kuwano, Shiro Kanemits

— TOP FILMS

Merveilleux sac de nœuds amoureux (au demeurant, assez peu crédible, mais que seraient les mélodrames sans deux ou trois de ces rencontres fortuites et sans ces entrelacements savants tenant bien souvent du miracle ou du mauvais œil).

Aucune des facéties habituelles du réalisateur, tant sur le sujet (il faut dire qu’on est relativement tôt dans sa carrière et que les comédies de groupes éphémères partis en villégiature — de ce qu’on peut en voir — n’arriveront qu’avec Monsieur Merci en 1936 : avant ça, ce sont les mélodrames qui dominent avec Perle éternelle, Voici les femmes du printemps qui pleure ou Un héros de Tokyo par exemple) que sur le plan formel : à peine Hiroshi Shimizu nous gratifie-t-il ici une ou deux fois de ses travellings chéris.

Le mélodrame est donc tout ce qu’il y a de plus conventionnel avec des amours toujours contraires et impossibles, des personnages presque obstinés à poursuivre une voie qui les détourne du bonheur. Au niveau de la direction d’acteurs (pour ce qui n’est encore qu’un film muet), ce qu’en fait Shimizu est un modèle de précision. L’interprétation tout en retenue et en non-dits est à la hauteur des autres grandes interprétations de l’époque du muet et du début du parlant au Japon. Je crois ne pas avoir retrouvé une même tension dans les rapports amoureux, une telle volonté de sacrifier son amour pour celui de l’autre, depuis Le Printemps d’une petite ville (1948).


Éclipse, Hiroshi Shimizu (1934) Kinkanshoku | Shochiku


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Perle éternelle, Hiroshi Shimizu (1929)

Convenances et passions éteintes

Note : 3.5 sur 5.

Perle éternelle

Titre original : Fue no shiratama

Année : 1929

Réalisation : Hiroshi Shimizu

Avec : Emiko Yagumo, Minoru Takada, Michiko Oikawa

Comme Un héros de Tokyo, tourné six ans plus tard, Perle éternelle est un mélo de bonne facture, sentimental plutôt ici, et là encore assez similaire à ceux que Naruse réalisera au début du parlant (Ma femme, sois comme une rose, Les Vicissitudes de la vie) quand Shimizu aura définitivement abandonné le genre pour la comédie. Il adapte ici un roman de Kan Kikuchi, créateur du prix littéraire Akutagawa et futur directeur de la Daiei, auteur, justement, des Vicissitudes de la vie, la même année de La Marche de Tokyo, ou plus tard de La Porte de l’enfer (produit par la Daiei).

Le film repose en grande partie sur l’expressivité, tout en retenue et en regards fuyants et dignes, de son actrice principale : Emiko Yagumo. L’homme qu’elle aime s’éprend de sa sœur et la demande en mariage, et ce nigaud se rend compte trop tard qu’il l’aime aussi et que la frangine ne vaut pas grand-chose. 

Dilemme passionnel on ne peut plus classique. Le dilemme, dans le mélodrame japonais, est un admirable moteur d’action (ou plus précisément d’inaction, voire d’action avortée, impossible, interdite ou retardée), car en phase avec le principe du « mu » qu’on pourrait relier à celui du « non-agir » taoïste, et loin des mélodrames tout en débordements et en péripéties, le mélodrame japonais ira probablement plus vers ce statu quo des passions non consommées, vers une tension de l’indécision et du non-dit, ou vers des reproches rarement exprimés (conforme là encore à l’esprit japonais de n’exposer ses sentiments qu’à de rares occasions, principe du tatemae). L’aveu d’une telle passion serait déjà une forme d’action, alors on s’échine surtout à observer les conséquences de ses erreurs passées plutôt qu’à agir pour tenter d’y trouver une solution au risque de braver ses obligations sociales.

On se regarde ainsi en chien de faïence, et on constate le tour tragique des événements en acceptant de ne rien pouvoir y changer et de ne rien laisser paraître. Pour mettre en évidence ces rapports impossibles (et qui constitue tout le sous-texte envahissant du film), le récit s’applique surtout à opposer ces deux amoureux platoniques à la sœur vers qui la préférence de l’homme avait été dans un premier temps : ses manières libérales très occidentales, présentées d’abord comme une qualité, finissent par poser problème, et c’est en tentant, ensemble, de la ramener dans le droit chemin (des convenances) qu’on mesure le poids des erreurs passées pour ces deux amoureux impossibles. Il y a déjà là tout des mélodrames fins et sans heurts de Mizoguchi ou de Naruse, voire un peu aussi d’In the Mood for Love.

Shimizu semble encore s’inspirer beaucoup du cinéma expressionniste allemand en multipliant les mouvements de caméra expressifs dans les séquences de studio et de ville. Le cinéma japonais à cette époque souffre de ces séquences filmées en intérieur, et on le voit ici lors des quelques scènes tournées loin des studios, c’est tout de suite plus naturel, plus réaliste, plus dépaysant, plus frais et plus simple…

Le cinéma japonais des années 30 deviendra beaucoup plus itinérant et abandonnera presque totalement les séquences tournées non seulement en studio, mais aussi celles censées se dérouler dans des intérieurs peu réalistes, des bars à l’occidentale, bien trop citadins. De nombreux aspects encore présents au muet s’effaceront petit à petit : la place de l’automobile, des portes, de tout ce qui fait moderne ou nouveaux riches à l’écran, tout cela changera du tout au tout pendant l’âge d’or du shomingeki en s’appliquant à décrire minutieusement la vie de la classe moyenne japonaise, évitant ainsi les grands écarts mélodramatiques du muet et ses oppositions (ou ses dégringolades/ascensions) de classes.

Un spécimen rare et réussi de mélodrame sentimental avant l’émergence du cinéma parlant.


 

Perle éternelle, Hiroshi Shimizu 1929 Fue no shiratama | Shochiku


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Un héros de Tokyo, Hiroshi Shimizu (1935)

Un héros de Tokyo

Note : 3 sur 5.

Un héros de Tokyo

Titre original : Tôkyô no eiyû

Année : 1935

Réalisation : Hiroshi Shimizu

Avec : Mitsugu Fujii, Mitsuko Yoshikawa, Yûkichi Iwata, Michiko Kuwano, Kôji Mitsui, Tomio Aoki

Muet tardif et mélodrame prenant à un moment les allures d’un shomingeki (on retrouve pas mal des thèmes développés par Naruse : des mélodrames citadins sur la classe moyenne essentiellement féminine).

Comme tout bon mélodrame qui se respecte, le temps diégétique s’étale sur plusieurs années, on frise les deux décennies. Puisqu’on conte l’histoire d’une famille recomposée et vite monoparentale, on commence par des bambins semblant sortir tout droit de Gosses de Tokyo, puis intervient très vite l’acte déclencheur du drame familial : la disparition (ou la fuite, plutôt) du père (thème récurrent du mari lâche et irresponsable), qui laisse derrière lui son fils, sa nouvelle femme et ses gosses. C’est à ce moment qu’on pourrait se retrouver le plus dans un shomingeki, la mère devant se creuser la tête pour trouver comment nourrir la famille.

Les années passent, la famille se déchire sous le poids du secret et de la honte. On retombe alors dans les facilités grossières du mélo, chaque gosse finissant par devenir un stéréotype de la réussite ou de l’échec, le tout bien sûr vu à travers les yeux de la mère pleine de remords et d’amour pour cette fratrie en décomposition.

L’un finit par retrouver le père, et disons que ça se passe plutôt comme ça doit se passer dans un mélo, car si tout commence par un même événement tragique ou mystérieux, le mélo réclame souvent un dénouement qui vient répondre directement et rarement avec subtilité avec l’action tragique initiale. Les masques tombent, la vérité aussi, façon deus ex machina, et l’on se quitte dans le deuil et les larmes.

Ce n’est pas bien finaud, mais voir Shimizu s’essayer au mélo, c’est assez curieux, et je dois avouer, du moins pour ce qu’il a à faire, assez efficace. Moins d’une heure trente de films pour raconter une histoire s’étalant sur deux décennies, jolie prouesse. Shimizu expédie rapidement l’affaire, mais sa caméra semble toujours placée au bon moment, les cartons sont en nombre raisonnable et font toujours avancer l’action dans le bon sens : en fait, plus que du cinéma, on aurait presque l’impression de lire une bande dessinée tant le découpage est rapide et précis.

Une bonne mise en jambes. Le premier grand film arrivera dès l’année suivante avec son adaptation sonore et guillerette d’une nouvelle de Yasunari Kawabata, Monsieur Merci.

Le film est également l’occasion de voir l’actrice éphémère Michiko Kuwano, habituée des premiers films de Shimizu et qui sera par la suite employée dans quelques films d’Ozu ou de Mizoguchi, peut-être une des premières actrices japonaises à la beauté moderne, et qui décédera à à peine plus de trente ans des suites d’une grossesse extra-utérine pendant le tournage de La Victoire des femmes.


 

Un héros de Tokyo, Hiroshi Shimizu 1935 Tôkyô no eiyû | Shochiku Kinema


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Spetters, Paul Verhoeven (1980)

Le funambule au volant

Note : 4 sur 5.

Spetters

Année : 1980

Réalisation : Paul Verhoeven

Avec : Hans van Tongeren, Renée Soutendijk, Toon Agterberg, Rutger Hauer

On comprend avec Spetters comment Paulo a pu finir à Hollywood. Tout dans l’écriture et dans sa mise en scène copie les codes de films de studios américains. On pense notamment à American Grafitti, à The Wanderers ou à la série de films bons aujourd’hui pour un karaoké dont tous ceux avec la star, largement épinglée au mur ici : John Travolta. Le film de jeunes adultes concentrés sur une poignée de personnages d’une même bande amenés à vivre des événements tragiques qui auront des répercussions lourdes (et un sens initiatique quasi symbolique) sur leur vie future représente un genre en soi à Hollywood. Le tout, pour Paulo, consiste à rester subversif sans toutefois égratigner la bonne conscience conservatrice du spectateur lassé des outrances libérales des années 70 (les limites ici sont moins repoussées que dans Turkish Delight par exemple, même si certains morceaux restent difficiles à avaler).

Le film est ainsi très nerveux. Dans ses transitions, souvent accompagnées par la musique et quelques brefs mouvements de caméra descriptifs, Verhoeven reproduit ces codes américains bien plus que ce qui se pratique en Europe avec des respirations plus lâches, moins systématiques, et moins stéréotypées. C’est parfaitement exécuté, et le cinéaste, avec son acolyte au scénario, arrive surtout à donner au genre une plus-value libertaire et sexuelle impossible à Hollywood (mais avec les limites décrites plus haut). Un travail d’équilibriste rare qui ne pouvait qu’attirer l’attention de l’autre côté de l’Atlantique.

La direction d’acteurs est de qualité : Paulo sait comment acquérir l’expression souhaitée tout en répondant aux exigences du rythme (et aux codes hollywoodiens où il est censé toujours se passer quelque chose à l’écran). Cela commence souvent par le choix des acteurs : on le verra par la suite avec Showgirl, se planter dans la distribution hypothèque largement la réussite d’un film. Ici, on a beau chercher, tous sont à la fois remarquables et idéaux dans leur rôle respectif.

Paulo, le funambule, lorgne presque toujours vers la satire, au risque de tomber dans le foirage complet. Or, dans une satire, les acteurs, c’est parfois ce qui peut faire basculer le film d’un côté ou de l’autre. Seuls des acteurs suffisamment charismatiques peuvent inciter le public à suivre, malgré leurs travers, des personnages aussi antipathiques. Cela constitue un des intérêts principaux de ce genre de satire : ces personnages imbuvables offrent dans un film une des clés expliquant les raisons qui, dans la vie, poussent certains suiveurs à fermer les yeux sur des leaders ou des personnes dont ils peuvent être conscients de leur perversité, mais dont ils se révèlent incapables de se démarquer ou de condamner les actions. Grâce au travail d’identification, le film illustre une adhésion qui nous serait par ailleurs incompréhensible.

Parvenir à garder cette touche sociale et psychologique au milieu d’une matière ou d’une forme essentiellement rigide, réussir à faire cohabiter ces éléments souvent contradictoires dans un film, c’est ce que Paulo fait ici, et qui n’est pas loin de rappeler la maîtrise de ses glorieux aînés dans quelques-uns des grands films hollywoodiens de la belle époque. À l’époque où déjà, à Hollywood, on devait composer entre volonté d’apporter le sens de ses valeurs européennes et obligation de se conformer à des codes naissants indispensables pour parler à l’ensemble des publics de l’Amérique de la première moitié du XXᵉ siècle (et avant que ces codes finissent par être étouffés par un autre, unique). Peut-être le meilleur film de Verhoeven de sa première période européenne.


 

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Goodbye Paradise, Carl Schultz (1982)

Goodbye Paradise

Note : 3.5 sur 5.

Goodbye Paradise

Année : 1982

Réalisation : Carl Schultz

Avec : Ray Barrett, Robyn Nevin, Guy Doleman

Néo-noir australien plutôt baroque mais plaisant. Le mélange des genres se révèle souvent casse-gueule, ici, il tire un peu la corde de la cohérence sur la fin quand, en moins de dix minutes, le Philip Marlowe de service gagne et perd l’amour de sa vie dans un attentat, finit kidnappé par des putschistes et bientôt secouru par des agents doubles qui ont tout l’air de barbouzes avec effet boule à neige garanti.

Au-delà de ces écarts troublants (et rarement atteints dans les films noirs : l’humour, oui, mais il diffère ici, et pour le côté complotiste, je ne vois guère que En quatrième vitesse, mais je ne me rappelle plus jusqu’où le film pouvait aller dans ce registrecertainement pas un film de guerre réalisée dans un bois avec trois francs six sous), ça fait un joli hommage aux recettes rarement suivies depuis les années cinquante du film noir.

Presque tout y est reproduit : la voix off du personnage principal ; son alcoolisme et sa vie personnelle enfouie six pieds sous terre ; l’humour pince-sans-rire ; la recherche façon « Prisonnière du désert » de la fille d’un politique échappée dans un milieu louche (schéma de western mais pas mal repris dans les néo-noirs, notamment par Paul Schrader) ; la femme fatale (version positive et héritage des personnages féminins troubles de L’Odyssée) ; une bonne brochette de seconds rôles et hommes de main avec qui le personnage principal croise la route à diverses reprises, histoire de lui faire comprendre qu’il se mêle un peu trop de ce qui ne le regarde pas ; le sac de nœuds abscons de la trame dramatique mais encore crédible quand il se limite à des complots mafieux de politiques sans arrière-pensées putschistes ; la fausse piste grossière ; l’aidant un peu trop serviable sur qui le personnage principal (et les autres) passe son temps à s’essuyer les pieds en dépit du bon sens, etc.

Bref, tout à fait charmant. Et dépaysant. (La gamine est d’une beauté à tomber par terre… comme le dit si bien la « femme fatale » quand notre Marlowe lui dit qu’il recherche une fille de dix-huit ans, elle répond : « Comme tout le monde »… Ça devient presque alors une version de La Panthère rose. Un joyau, ces gamines. Bon, pour le talent de la gamine en question, ce n’est pas tout à fait ça, mais ça fait son petit effet sur les pervers de mon triste genre.)

Carl Schultz réalisera l’année suivante l’excellent Careful, He Might Hear You.


 
Goodbye Paradise, Carl Schultz 1982 | Petersham Pictures, New South Wales Film Corporation

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