Opération Scotland Yard, Basil Dearden (1959)

De l’intérêt des énigmes au cinéma

Note : 3 sur 5.

Opération Scotland Yard

Titre original : Sapphire

Année : 1959

Réalisation : Basil Dearden

Avec : Nigel Patrick, Yvonne Mitchell, Michael Craig

Présenté dans le cadre de la rétrospective british noir de la Cinémathèque, il s’agit plutôt d’un classique whodunit sans caractère avec comme seule particularité, peut-être, celle de traiter le sujet du racisme à la fin des années 50 en Angleterre. On y retrouve d’ailleurs la même astuce à peine crédible que dans Mirage de la vie ou dans La Couleur du mensonge. Bref, l’occasion de dire à quel point j’ai assez peu d’intérêt pour le genre (le whodunit).

Les énigmes, c’est bien gentil, sauf à la fin. Quant au principe de devoir jouer les apprentis devins ou inspecteurs en levant le doigt pendant le film afin de désigner le coupable, je trouve ça particulièrement stupide comme petit jeu. Le spectateur suit le déroulement de l’enquête en même temps que le détective, parfois avec des séquences supplémentaires censées nous mettre sur de fausses listes ou nous éclairer sur le criminel recherché… Je ne crois pas une seconde qu’on puisse rationnellement deviner la résolution de l’histoire avant les enquêteurs et avant la fin : tous ceux qui prétendent le contraire sont des imbéciles qui font confiance à leur instinct ou à une déduction purement narrative (le but du récit consiste à soulever des pistes, surtout les plus insoupçonnées) et quand ils viennent juste de gagner une manche de bonneteau. Cela amuse donc peut-être certains spectateurs de jouer les détectives pendant un film et à « trouver » le coupable, moi je n’y vois strictement aucun intérêt.

Que ce soit chez Agatha Christie ou chez Conan Doyle, il me semble que l’intérêt est le plus souvent ailleurs. C’est un peu le cas ici, mais pas suffisamment (les répliques liées aux sujets antiracistes du film sont les bienvenues, mais disons que ça ne peut être qu’un angle accessoire qui rend un film encore meilleur quand il est déjà bon). Ce qu’avaient les films noirs en plus par rapport à cette veine des récits policiers britanniques, c’est que leurs détectives sont toujours un peu coupables à leur manière. De parfait antihéros.


Opération Scotland Yard, Basil Dearden 1959 Sapphire | Artna Films Ltd.


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Un Président, l’Europe et la guerre, France Télévisions (2022)

Ne pas politiser la guerre

Note : 3 sur 5.

Un Président, l’Europe et la guerre

Année : 2022

Réalisation : Guy Lagache

À la limite parfois de l’hagiographie : on imagine mal le président et son équipe accepter la présence ainsi de journalistes dans les coulisses du pouvoir sans exiger le contrôle total sur ce qui apparaîtra au montage final. Ce qu’on fait alors passer pour une exigence de sécurité nationale ne serait alors en fait qu’une exigence de communication personnelle. Le tout c’est d’en être conscient. Et pour ce que l’on peut en juger, et au-delà du profond irrespect que je peux avoir pour le personnage, il faut reconnaître qu’à l’international, au sens diplomatique j’entends (car pour ce qui est du soutien effectif militaire et logistique de l’Ukraine, j’ai comme un doute), il fait le job. Du moins, il le fait, dans les limites très restreintes de ce qu’on a accepté de nous montrer, soit.

Beaucoup de petites séquences pour nous montrer que c’est le président qui mène le jeu, je veux bien le croire, mais c’est essentiellement du cirque et de la communication. Pour le reste, je reconnais à ce traître professionnel certains choix pourtant discutés qui me semblent être les bons : continuer à discuter avec poutine, cela me paraît être essentiel, surtout si la France est le dernier en Occident à faire ce choix (ne serait-ce que psychologique, ce lien est indispensable pour que le psychopathe d’en face ne s’autorise pas encore plus d’excès). Même chose pour la volonté affichée de Macron de ne pas « humilier » la Russie : il s’en est expliqué, et au pire, on peut imaginer une faute de communication car sortie de son contexte et de sa logique, la phrase perd tout son sens, mais aussi parce que ce n’est pas vraiment le moment de parler de la fin de la guerre après à peine 100 jours de conflit…

Son équipe diplomatique est loin d’être composée de branquignols. Ça joue sans doute aussi sur beaucoup de décisions : la question n’est pas de savoir si la France a été prise par surprise par la guerre, mais en effet, si elle a tout fait pour l’empêcher (et franchement, je veux bien mettre ça au crédit du président et de son équipe, même si c’est un échec), la question c’est la posture adoptée par la suite, et on se souvient notamment de la posture belliqueuse et immature de Bruno Lemaire, heureusement vite recadré par l’exécutif… La diplomatie c’est une chose, les actes c’en est une autre : j’ose espérer, mais je suis loin d’en avoir la certitude, que la France fait tout son possible, et dans ses limites, pour apporter son soutien militaire à l’Ukraine (sans, par conséquent, en faire la publicité).


Un Président, l’Europe et la guerre 2022 | France Télévisions


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Pique-Nique en pyjama, Stanley Donen (1957)

The Company

Note : 3 sur 5.

Pique-Nique en pyjama

Titre original : The Pajama Game

Année : 1957

Réalisation : Stanley Donen

Avec : Doris Day, John Raitt, Carol Haney

Quel dommage de voir Doris Day si mal entourée… ! Ça ne devrait pas être permis de la coupler ainsi avec un tel bellâtre sans charme dans un rôle principal. Il manque singulièrement de fantaisie, de malice et de simplicité, ce bonhomme (des types qui se prennent au sérieux, dans une comédie musicale encore plus qu’ailleurs, le spectateur ne peut pas les piffer).

L’amourette plombe le film, mais l’univers manufacturé proposé, je dois l’avouer, n’est pas beaucoup plus réjouissant. On notera toutefois quelques numéros chorégraphiés (par Bob Fosse) de haute qualité : celui en particulier où les deux amoureux présentent une sorte de parodie des chants et danses folkloriques du Far West.

Carol Haney propose les meilleurs numéros dans un style loufoque et acrobatique très « années 30 » : une précision remarquable, grande inventivité, incroyable gestuelle malgré des segments hors normes, et pour le coup une fantaisie bien présente avec des mimiques à la Pépé le putois, de Tex Avery. Des excès toonesques parfaits pour la scène de Broadway, mais malheureusement pas du tout adaptés pour le cinéma (elle est impressionnante dans ses numéros dansés, mais insupportable dans ses passages « comiques » : à moins de s’appeler James Carey, le jeu excessif à la Tex Avery est loin d’être conseillé au cinéma…).


Pique-Nique en pyjama, Stanley Donen 1957 |Warner Bros.


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Les Indispensables du cinéma 1957

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La Chute d’un caïd, Budd Boetticher (1960)

Note : 4 sur 5.

La Chute d’un caïd

Titre original : The Rise and Fall of Legs Diamond

Année : 1960

Réalisation : Budd Boetticher

Avec : Ray Danton, Karen Steele, Elaine Stewart, Simon Oakland, Robert Lowery, Warren Oates, Jesse White, Joseph Ruskin

— TOP FILMS

Remarquable film noir tardif pendant une majeure partie du film (dernier acte épouvantable). Dans le Rise and Fall, c’est le Rise qui est brillant, avec les qualités habituelles des films de Bud Boetticher (violence qui flirte toujours avec le second degré, et violence précédée toujours de batailles de repartie), et c’est le Fall qui se vautre.

Avant que le film se rétame en même temps que son héros, on peut apprécier comme d’habitude la qualité du choix des acteurs et de leur direction chez Boetticher. Ray Danton fait figure de jolie découverte dans le rôle principal : une certaine beauté latine, l’œil qui frise, l’insolence qui va avec, l’intelligence, la stature olympique, une voix suave… À se demander pourquoi un tel acteur n’a pas plus souvent été employé en tête d’affiche. Un spécialiste des rôles secondaires de composition l’accompagne au générique (et habitué des plateaux de Sam Peckinpah) : Warren Oates. Autre acolyte de contrepoint, féminin, cette fois : Karen Steele, habituée, elle, des westerns de Bud Boetticher, et employée ici, peut-être pas à contre-emploi, mais dans un rôle comique d’écervelée amoureuse et lucide, avant de sombrer en même temps que le film dans l’alcool et l’à-peu-près. Autour de ce trio, une suite affolante de personnages de fortes têtes (et de gueules qui ne s’oublient pas) complète la distribution : Robert Lowery en patron de la pègre locale ; Simon Oakland en détective désabusé ; Joseph Ruskin et ses joues creusées par l’acné dans le rôle de l’impassible et violent garde du corps ; Jesse White en mangeur de choucroute…

Que du beau monde pour articuler de la meilleure des manières des répliques qui fusent comme des balles perdues. En 1960, le code Hays s’essouffle, mais on ne le sait pas encore. Les films noirs se font rares, The Rise and Fall of Legs Diamond doit donc plutôt être perçu comme un hommage ou une simple évocation des prénoirs des années 30 qui avaient brièvement mis à l’honneur les gangsters de ces Roaring Twenties. Si les films noirs aiment les flashbacks (procédé absent ici), on n’en vient généralement qu’à retracer, de manière presque journalistique, des faits récents. À sept ans de Bonnie and Clyde, c’est toute une époque qui se trouve honorée dans les faux décors de ville reconstituée de la Warner : celle de la prohibition et juste avant la Grande Dépression. Difficile d’imaginer malgré tout comment un tel film en 1960 a encore pu être produit. Le ton désinvolte et son humour y sont sans doute pour quelque chose (cette fin désastreuse servait peut-être de contrepartie pour ne pas laisser penser qu’un criminel pouvait s’en sortir autrement…).

Le scénario de Joseph Landon avance à un rythme fou pendant près d’une heure, faisant de chaque séquence une nouvelle aventure pleine de charme et de fantaisie, un nouveau fait d’armes et une nouvelle marche franchie vers le succès de Legs Diamond. Si le personnage est ambitieux, on remarque surtout son audace, voire son insolence et son humour. À l’image des films bien plus tard des films de Quentin Tarantino (ces deux-là ont l’amour des petits truands en costard et des mitrailleurs de repartie), tout n’est qu’un jeu pour Legs Diamond : les morts s’enchaînent sur l’asphalte, mais rien ne semble pour lui dramatique ni même bien réel. Une fantaisie. Ni remords, ni excuses, ni psychologie, ni haine, ni peur. Comme bientôt chez Leone et bien plus tard donc chez Tarantino, c’est à ce prix que le spectateur peut entrer en empathie avec ce type de personnages. On accepte qu’ils soient des criminels, on les voit tuer et se faire tirer dessus. Et si Legs se croit invincible, on le pense aussi. Bien qu’inspiré d’un gangster bien réel, sa représentation est bien fantaisiste. Est-ce que ce ne serait pas cela justement le cinéma moderne ? Jouer du fait que le spectateur ne peut plus se laisser duper. Prendre aussi le contrepoint complet de la nouvelle mode à Hollywood chez les acteurs, héritée des intellos de la côte est : la psychologie et l’investissement personnel dans la construction du personnage. On ne construit plus rien : on s’amuse.

Là où le film bascule, c’est justement quand le jeu prend fin et que tout d’un coup tout semble prendre un ton plus dramatique : arrivé au sommet, à peine après avoir délogé les propriétaires d’un cabaret servant de couverture, en quelques secondes le film sombre dans le n’importe quoi. D’abord, contre toute vraisemblance, Legs refuse de venir en aide à son frère (là encore, je ne peux pas croire que ce soit autre chose que la censure qui ait imposé un tel revirement de caractère). Sa femme devient ensuite alcoolique, le couple part en Europe et passe son temps dans les salles de cinéma, prétexte à y montrer les mêmes séquences d’actualité illustrant la fin de la prohibition et l’arrivée d’une nouvelle forme de pègre plus « syndiquée » et internationale à laquelle Legs sera bientôt exclu. Tout cela est bien trop vite expédié. S’il avait fallu une fin brutale pour le caïd, il aurait été plus avisé de le tuer à son sommet sans nous imposer un quart d’heure de chute laborieuse. Si le parcours de Legs n’est pas sans rappeler celui de Tony Montana, je n’ai pas souvenir que Brian De Palma se vautrait autant en mettant en scène les excès responsables pour beaucoup de sa chute à venir. Réussir un tel tournant dramaturgique dans un scénario qui traite de l’ascension (qu’elle soit criminelle ou non d’ailleurs), c’est probablement un art difficile, mais ni Landon ni Boetticher ne semblent y avoir mis beaucoup de cœur pour traiter ce dernier aspect du personnage… Allez expliquer au spectateur qui s’est amusé depuis une heure des répliques et de l’audace du personnage principal qu’il est temps de lui régler son compte en prenant soin d’abord d’éliminer toute sympathie qu’on pouvait éprouver pour lui…

On va fermer les yeux sur cette fin dispensable. Il ne faudrait pas que ces dernières minutes ratées nous obligent à bouder notre plaisir. Un peu de fantaisie dans le monde des brutes et viva le cinéma.


La Chute d’un caïd, Budd Boetticher 1960 The Rise and Fall of Legs Diamond | United States Pictures


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For All Mankind (2019)

Space Soap Opera

Note : 3.5 sur 5.

For All Mankind 

Année : 2019

Création : Ronald D. Moore, Ben Nedivi, Matt Wolpert

Première saison pleine de promesses avec une idée de départ qui vaut le détour : revisiter l’histoire de la conquête spatiale si le premier homme sur la Lune avait été soviétique. À partir de là, on imagine que le bloc soviétique ne se serait pas effondré et que la course à la Lune ne se serait pas arrêtée aux premiers pas (curieusement, le fait que les Soviétiques envoient la première femme sur la Lune est l’occasion d’aborder efficacement l’angle de la féminisation dans la série), ce qui aurait boosté la recherche technologique et l’innovation (la série est distribuée par Apple et dans les saisons suivantes, on voit notamment que la firme à la pomme a pu bénéficier de ces innovations, puisque tous les foyers américains possèdent une sorte de Mac perfectionné — Sony qui la produit se montre plus discrète, car on en est encore à la saison 3 aux disques à microsillons alors que son lecteur CD est censé avoir déjà été inventé, allez comprendre… ; on parle aussi de voitures électriques et de fusion, alors que la propulsion nucléaire devient un enjeu dans un monde n’ayant pas connu Tchernobyl…). Si la série était partie pour une dizaine de saisons, on aurait pu tout autant appeler ça Uchroniques martiennes

Sur le principe, en prenant un peu de hauteur, on peut être amenés à se demander (comme je l’avais évoqué dans cet article) ce qui compte le plus dans la conquête spatiale et ce qui apparaîtra comme réellement important dans des décennies ou des siècles, entre le premier être dans l’espace, celui sur la Lune ou sur Mars… Si aujourd’hui, la Lune fait office de symbole, c’est peut-être aussi parce que l’on n’est pas allés ailleurs et que l’on n’a aucun autre référentiel disponible… Si l’humanité va un jour plus loin dans le système solaire, l’approche historique en sera forcément transformée.

Passé la surprise initiale de la proposition au cœur de la série, les deux premiers épisodes sont parfois un peu pénibles à voir, mais tout change quand il est question de réintégrer un équipage féminin au projet Apollo. Cet angle audacieux est l’occasion de mettre en avant certaines réalités de l’histoire. Car la série fonctionne le plus souvent de la même manière : elle ne crée pas des faits historiques à partir de rien, elle fait tomber la pièce du hasard d’un côté plus que de l’autre. Les femmes du programme Mercury ont par exemple bien existé. On sait également qu’il y avait des femmes ingénieurs à la NASA et qu’elles n’y ont probablement pas trouvé les promotions méritées. La série permute aussi habilement les conséquences des attentats sur Jean-Paul II et sur John Lennon.

La grande réussite de la série, surtout, au-delà de ses fantaisies historiques, ce sont ses acteurs. Les séries ces vingt dernières années ne se sont pas améliorées non seulement dans l’écriture ou dans la réalisation, mais aussi dans la qualité de leur direction d’acteurs. Ce n’est pas forcément toujours homogène, et la série s’attarde un peu trop à mon goût sur les relations familiales, professionnelles et amicales, alors pour éviter le soap, on ne peut faire l’économie d’acteurs à la hauteur…

C’est malheureusement le grand défaut, aussi, de la série dans la saison 2 : au lieu de poursuivre un programme en introduisant de nouveaux personnages et en en mettant d’autres, principaux sur la première saison, éventuellement à des rôles subalternes, ils choisissent de reprendre les mêmes personnages et de pousser jusqu’à l’excès certaines relations. On aurait espéré pour cette nouvelle saison dont l’enjeu consiste à construire une base lunaire et à se disputer un minuscule territoire avec les Soviétiques que la série tourne au space opera. Au lieu de ça, on fonce droit dans le soap opera… (quel intérêt y a-t-il à développer une histoire amoureuse entre la femme d’un astronaute et le fils d’un autre ?) Mettre l’accent sur les acteurs et leurs relations, ça coûte moins cher que des séquences d’action sur la Lune, mais on finit esclave de ses propres personnages, voire de ses acteurs vedettes à qui il faudra sortir le carnet de chèques pour les maintenir au programme… Sans compter que vous pouvez faire vieillir de dix ou vingt ans n’importe quel bon acteur, il ne pourra pas éviter le ridicule une fois affublé d’un maquillage grotesque (ils ont aussi le bon goût de faire mourir probablement les deux meilleurs acteurs de la série).

L’autre grand défaut, et à la fois la qualité de la série, c’est qu’elle coche peut-être un peu trop toutes les cases de l’inclusivité. La féminisation de la société à travers les exploits des femmes envoyées sur la Lune, c’était bien. Intégrer dans la série des personnages de couleur qui ne sont pas réduits à des seconds rôles, c’est bien aussi. Faire d’une astronaute un personnage lesbien obligé de masquer sa nature en s’alliant avec un ingénieur, également homosexuel, c’est bien aussi. Mais tout empilé sur une poignée d’épisodes, on ne voit plus que cet angle, et il manque de la place pour le reste : l’essentiel, la trame principale… Il y a une autre manière de se montrer inclusif : donner des rôles à des personnages importants qui se trouvent être des femmes, des personnages de couleur ou des homosexuels, on n’en fait pas des tonnes, et ça passe pour des évidences auxquelles on finit par ne plus prêter attention (alors qu’ici, ces trois sujets proposent trois axes narratifs différents à la série ; ça limite d’autant le nombre d’axes disponibles pour traiter en d’autres, et l’on évite le plus souvent les grossièretés comme le passage des clandestins à la frontière mexicaine…). Trop de soap opera, pas assez de space opera… J’espère qu’ils auront le bon goût pour les saisons suivantes de ne pas réincarner Spock ou JR Ewing quand ils en viendront à la conquête de Titan…

Un autre défaut de la série, c’est qu’on se demande parfois s’il y a un seul pilote dans l’avion. Quand le scénario semble vouloir parler de zones grises, pour reprendre le titre d’un épisode, au niveau politique et international, paradoxalement on n’échappe pas à certaines séquences patriotiques neuneues. Que les soldats américains fredonnent du Wagner lors de l’attaque d’une mine soviétique, ce n’est pas un problème (c’est pour appuyer le fait que c’est justement eux qui jouent le rôle d’agresseurs). Mais quand la musique d’accompagnement devient entraînante, glorifiante, c’est à se demander si le réalisateur ou la production qui commande le choix de la musique a compris le sens de la séquence… Une autre séquence ridicule au début de la série laisse croire que bien que le premier homme sur la Lune ait été soviétique, l’ensemble de la planète manifeste, oui manifeste, pour exprimer leur amour de l’Amérique… Les Américains ignorent encore que même dans un univers parallèle où ils auraient perdu la course à la Lune, il est assez peu probable que de telles manifestations en leur faveur puissent voir le jour à travers le globe… Les États-Unis ne sont pas les leaders d’un hypothétique monde libre, ça leur semble difficile à intégrer. On remarque aussi que si les séries et les films américains ont arrêté de laisser aux Noirs les rôles de cadavres utiles, cette fonction s’applique désormais aux Européens : le Hollandais « volant » de l’ESA s’écrabouille piteusement sur la Lune, forçant « la première Américaine sur la Lune » à venir le secourir (et se sacrifier). Une fois de retour sur Terre, s’il ne finit pas mort, il choisit de venir bien tranquillement chez lui loin du pays des héros de la Terre, l’Amérique… L’Europe, cinquième roue du carrosse galactique.

La troisième saison semble continuer vers cette voie un peu ridicule du recyclage des personnages des saisons précédentes (de mauvais effets spéciaux en prime), et traite cette fois de la conquête de Mars avec l’entrée dans le game du new space (avec une sorte de mélange réussi entre SpaceX et Google), voire de la Chine (ou de la Corée du Nord ; sans compter que l’Union soviétique n’a pas été disloquée). On suivra ça, ou pas. Le même constat que d’habitude avec la science-fiction : ce n’est pas forcément toujours bien brillant, mais on regarde par curiosité du lendemain ou des possibles…


For All Mankind | Sony Pictures Television, Tall Ship Productions


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Decision at Sundown, Budd Boetticher (1957)

Character actor system

Note : 4 sur 5.

Décision à Sundown

Année : 1957

Titre original : Decision at Sundown

Titre français alternatif: Le vengeur agit au crépuscule

Réalisation : Budd Boetticher

Avec : Randolph Scott, John Carroll, Karen Steele, Valerie French, Noah Beery Jr., John Archer

Western avec des tendances gauchistes appréciables à la Le train sifflera trois fois, Victime du destin ou encore La Cible humaine.

C’est assez inhabituel, mais le personnage principal du film, incarné comme souvent par Randolph Scott dans un Boetticher, ne possède pas tous les attributs de l’archétype du héros masculin de western : il poursuit une vaine vengeance, se découvre cocu, se réfugie une bonne partie du film dans une étable en renonçant à affronter directement ses opposants, ne finit pas au bras de la dame, montre une certaine faiblesse psychologique en comprenant qu’il vit depuis plusieurs années dans une illusion, n’achève pas le méchant, et au lieu de remettre de l’ordre dans la ville après son passage, c’est aux habitants eux-mêmes à qui revient cet honneur… Now, it’s a mess at Sundown, deal with it. John Wayne aurait adoré tourner le film… (Ironie.)

Pas sûr d’ailleurs que Randolph Scott ait été l’acteur idéal pour ce personnage contrarié et impuissant, même si sa présence ne souffrira jamais la moindre contestation dans un western de Boetticher. Peu habitué à montrer des faiblesses dans ses rôles, acteur plutôt hiératique et parfait dans ce registre, il y est ici assez peu convaincant notamment à la fin. Le protagoniste accapare également moins l’attention que dans la plupart des westerns ce qui en ferait presque un héros d’antiwestern.

On retrouve une fois encore certaines correspondances avec les westerns de la même époque de Allan Dwan qui prenait un soin tout particulier à développer chacun des rôles secondaires et en les attribuant à d’excellents acteurs. Ce sont essentiellement ces personnages secondaires qui font le job.

Symbole de cette réussite : John Carroll. Chez Allan Dwan (comme par hasard), je ne l’avais pas trouvé à la hauteur en tête d’affiche dans La Belle du Montana (tout en pointant du doigt une nouvelle fois la qualité de la distribution du film). Mais en opposant principal, ici, il fait tout à fait l’affaire. Le talent est le même, mais pour assurer les premiers rôles, il faut souvent un petit quelque chose en plus qu’il ne possède pas. En anglais, on parle de character actor, traduction plus ou moins impossible de acteur de composition. Acteur de soutien conviendrait mieux, mais l’expression ne s’applique pas spécifiquement à une certaine classe d’acteurs.

Il faudrait calculer le temps passé à l’écran par Randolph Scott. Il y apparait planqué entre les bottes de paille un bon moment. Plutôt original. Ne dites plus leading actor, mais leaning actor.

Comptez sur la présence de Karen Steele, autre habituée des Buddy movies, pour remettre dans cette distribution de guingois un peu d’élégance et de tenue… 


 

Decision at Sundown, Budd Boetticher 1957 | Producers-Actors Corporation, Scott-Brown Productions



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Le tueur s’est évadé, Budd Boetticher (1956)

Veuf mollet

Note : 3.5 sur 5.

Le tueur s’est évadé

Titre original : The Killer Is Loose

Année : 1956

Réalisation : Budd Boetticher

Avec : Joseph Cotten, Rhonda Fleming, Wendell Corey

Noir tardif basé sur une sorte de suspense simple mais efficace, et prenant à rebours le principe hitchcockien selon lequel il ne faut jamais appeler la police. La police est déjà là : un homme cherche à assassiner l’un de ses membres pour une sombre histoire de vengeance (le policier interprété par Joseph Cotten a abattu sa femme accidentellement). Alors que la logique voudrait que le couple déguerpisse le plus loin possible pour échapper à leur destin funeste, Joseph Cotten et Rhonda Flemming restent bien sagement à portée de main du criminel… Ce qui ne manque pas de provoquer quelques aberrations et bonnes tranches de fous rires incrédules.

La fin tombe dans certaines outrances de travestissement qui annoncent celles de Psychose et autres joyeusetés psychiatriques des années soixante. La dernière scène de poursuite pourrait même être perçue comme les prémices de La Nuit des masques avec une séquence de terreur dans ce territoire étrange et paradoxal, typique des banlieues américaines, perdu entre vie publique et vie privée, où les propriétés connaissent ni clôture ni portail, où les oreilles coupées poussent sur de beaux gazons et où les assassins masqués courent derrière les pom-pom girls à gros seins… La scène s’étire plus qu’un épisode d’Olive et Tom, ce qui aurait presque pu faire passer Boetticher pour un précurseur du western spaghetti s’il était question ici de western. Ce qui n’est pas loin d’être le cas d’ailleurs : les personnages répondent relativement assez bien aux stéréotypes du genre (le brave shérif et sa femme dévouée, ses adjoints, et le tueur vengeur échappé du pénitencier…).

Comme à son habitude, Budd Boetticher se fait surtout remarquer par sa mise en scène élégante et bon marché. Ses plans sont vite rentabilisés en de nombreux mouvements d’appareil d’ajustement et sa mise en place des acteurs dans le cadre toujours aussi raffinée. Les interprètes sont uniformément convaincants : beaucoup de seconds rôles de qualité (la justesse des acteurs de second plan permet parfois à elle seule de rendre crédible le monde reproduit sous nos yeux) ; un Joseph Cotten flegmatique comme à son habitude, qui met ici sa nonchalance et son intelligence au service d’un rôle de policier intègre ; et surtout, une Rhonda Flemming à l’autorité naturelle, image paradoxalement parfaite (mais trompeuse) de la femme dévouée (souvent à ses fourneaux) et au caractère décidé, à la limite de la désobéissance, donc de la subversivité (stéréotype conservateur de l’American way of life si bien dépeint dans les westerns ou les sucreries hollywoodiennes bien obéissantes des années 50). Sans la présence de ces deux-là, et sans la mise en place de Boetticher, le film aurait sombré vers la série B. En deux ans, Flemming semble avoir tourné l’essentiel de ses grands films… : Le mariage est pour demain, Deux Rouquines dans la bagarre (pas étonnant de la retrouver chez Boetticher et Allan Dwan, ces deux-là partagent un même savoir-faire dans le choix et la direction d’acteurs), La Cinquième Victime et Règlement de compte à OK Corral.

À 3, je vous montre mes mollets poilus : 1… 2…


 

Le tueur s’est évadé, Budd Boetticher 1956 The Killer Is Loose | Crown Productions


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Les Indispensables du cinéma 1956

Listes sur IMDb : 

MyMovies : A-C+

Noir, noir, noir…

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La Chasse tragique, Giuseppe De Santis (1947)

Note : 4 sur 5.

La Chasse tragique

Titre original : Caccia tragica

Année : 1947

Réalisation : Giuseppe De Santis

Avec : Vivi Gioi, Andrea Checchi, Carla Del Poggio, Massimo Girotti

Nouvel exemple de « téléphone noir » (films criminels sentimentaux que j’ai évoqués dans Chronique d’un amour) dans une variante ici plus rurale.

Comme avec Ossessione (auquel De Santis avait participé), et à l’image de Riz amer et de Pâques sanglantes, l’influence des films criminels américains des années 30 et des films noirs qui suivront est évidente. Influence à laquelle il faudrait peut-être ajouter les films soviétiques, la direction d’acteurs manquant parfois ici d’une certaine forme de lyrisme, voire de théâtralité, plus commune en URSS à la même époque.

Mais le plus frappant, c’est sans doute pour moi la manière dont De Santis utilise une nouvelle fois les espaces et les décors : mur éventré caché derrière un rideau dans un appartement du second étage laissant voir l’horizon ; bric-à-brac permanent ; douche prise tout habillée (!) et à même le sol dans une pièce commune ; danse improvisée sur le wagon d’un train à l’air libre ; place de bâtiments en ruine accueillant des centaines de vélos attendant leur propriétaire ; et l’impression générale de suivre une sorte de road movie dans un grand bazar. Bientôt, on en fera même un genre à part entière : ce que j’appelle les « films de grenier », beaucoup plus minimalistes, voire expérimentaux, en se contentant d’une trame maigre comme un fil et d’une distribution a minima.

J’avais déjà fait remarquer l’utilisation des espaces exceptionnels dans Pâques sanglantes, l’effet est purement décoratif, mais spectaculaire. Tant que l’effet se met au service d’une histoire à raconter, ça me va.


 

La Chasse tragique, Giuseppe De Santis 1947 | Associazione Nazionale Partigiani d’Italia (ANPI), Dante Film


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Chronique d’un amour, Michelangelo Antonioni (1950)

Les téléphones noirs

Chronique d’un amour

Note : 3 sur 5.

Titre original : Cronaca di un amore

Année : 1950

Réalisation : Michelangelo Antonioni

Avec : Lucia Bosè, Massimo Girotti

En Italie, il y avait avant-guerre les téléphones blancs, après, il y a eu les comédies, le néoréalisme (qui, à mon sens n’est, pour une bonne part, qu’une perception impersonnelle, voire erronée, des critiques, comme la « modernité », mais c’est une autre histoire), et il y a… les « téléphones noirs ». Non, ce n’est pas un faux numéro de ma part, c’est ma propre perception, ma propre histoire donc, ma vision « critique » de ces films d’après-guerre italien mêlant intrigue criminelle et sentimentalisme plein de vice.

Il n’est pas question des canons supposés du néoréalisme, mais sans doute parce qu’on y dévoile des extérieurs de nuit sous la pluie, des intérieurs bien réels, et qu’on y retrouve Massimo Girotti, l’acteur d’Ossessione, la Cinémathèque française nous vend le morceau comme un élément du néoréalisme. Peut-être aussi parce qu’effectivement avec cette trame criminelle et sentimentale, Ossessione n’est pas loin. Sauf que, pour le coup, le film de Visconti avait tous les aspects typiques du genre (et pour cause, il est le maître étalon en quelque sorte, le premier ayant servi de référence, pour son style, aux autres films).

Ce qui ne se faisait plus à Hollywood, on s’étonnait de pouvoir alors le retrouver dans les polars français ou italiens. Là où le code Hays imposait de ne plus diffuser à l’écran que la vie trépidante et pleine de misère sentimentale de la haute société, il était encore possible de traiter dans le cinéma européen la réalité du monde et, par conséquent, les vices de ses habitants. Un génie, sans doute biberonné au cinéma hollywoodien, s’est émerveillé de voir cette « fraîcheur » qui jurait avec les grands films américains tournés en studio sur des gens bien comme il faut, et c’est ainsi que le néoréalisme est né. À Hollywood, il était tout aussi mal vu de montrer les pires tendances criminelles chez les personnages principaux. Ce qui était valable avec Ossessione, l’est ici avec Chronique d’un amour.

Mais si le vice des amants criminels d’Antonioni constitue bien le sujet du film, toute une autre frange du film ne colle pas avec les exigences ou les « attendus » du néoréalisme : en lieu et place du mari qui se tue à la tâche dans une station-service (Antonioni se rattrapera sur ce point dans Le Cri), le mari ici se présente sous les traits d’un riche industriel. Ce qui change beaucoup de choses : dans Ossessione, le vice animal suit une logique de survie et de misère (c’est même quasiment un western). Ici, rien ne fonctionne par instinct. Cela colle mal au néoréalisme (le luxe peut certes servir du sujet tout en revendiquant d’une approche néoréaliste, mais disons que c’est probablement plus difficile à faire avaler…), et ça nous empêche aussi de nous identifier à ces deux personnages d’amants maudits. Si lui est assez passif (ce qui n’est pas non plus un gage que le spectateur ait la moindre sympathie à son égard…), elle, en étant plus offensive et sans scrupule, est tout bonnement insupportable. Et comme Antonioni peine à nous faire croire en une passion dévorante qui lierait les deux personnages (on pourra difficilement faire croire que lui se montre particulièrement amoureux de sa belle), et que le film présente quelques longueurs (monsieur expérimente peut-être la pesanteur à venir et découvrira que ce sera plus efficace sur un temps diégétique court, la nuit, dans des déserts ou sur une île…), eh bien, on ne peut pas dire que le film soit plaisant à voir, ni même réussi pour une première réalisation.

Les acteurs n’y sont en revanche pas si mal dirigés. Rien à voir avec l’improvisation supposée du néoréalisme ou ses placements aléatoires : comme dans Le Cri, le découpage technique est précis et l’emplacement des acteurs dans le cadre reste encore très codifié avec des principes hérités du théâtre (ce qui n’est pas pour me déplaire). La même année, Lucia Bosè tourne dans l’excellent Pâques sanglantes et on la retrouvera un peu plus tard dans Mort d’un cycliste qui possède, ironiquement ou non, certaines connexions avec le dernier acte de cette Chronique d’un amour. À à peine vingt ans (plus jeune que son personnage), elle montre une certaine facilité devant la caméra (d’une beauté froide ici assez peu avenante, elle est plus lumineuse dans le film de De Santis). Mais il lui aurait été difficile de sauver un tel personnage et de nous intéresser à son sort de petite parvenue criminelle et gâtée. Quant à Massimo Girotti, il n’a souvent qu’à se contenter de regarder ses partenaires, avec sa présence, son aisance sans forcer, son autorité néo-naturelle, et le tour est joué (il sort, lui, d’Au nom de la loi, présenté par la Cinémathèque, là encore, dans cette rétrospective sur le néoréalisme, et qui serait plutôt un western à la sauce sicilienne). Reste que cette sobriété, si elle passe pour du charisme quand on hérite seul du haut de l’affiche, devient vite de la passivité ou de l’apathie quand un autre personnage, forcément féminin, joue les tentatrices et dicte ce qu’il doit faire (il ne montre pas beaucoup d’entrain non plus à contrarier ses plans). On aurait presque envie de botter les fesses de l’un et de filer des claques à l’autre. Le spectateur est une brute au cœur pur : même les criminels, il veut pouvoir les aimer. Elle est bien là la magie (et le rôle social) du cinéma.

Pour trouver de bons « téléphones noirs », chers Sancho Panza, je suppose qu’il faudrait lorgner du côté de Cottafavi, avec par exemple Une femme a tué, ou de Giuseppe De Santis, avec une veine moins urbaine, avec Chasse tragique ou Riz amer, mais j’avoue ne pas être spécialiste de ces mélos criminels et sentimentaux dans l’après-guerre italien, ni même souhaiter le devenir.

PS : le plus amusant dans l’histoire (divertissons-nous un peu), c’est que si le mari n’avait pas engagé un détective pour se mêler de ce qui ne le regarde pas, sa femme serait restée loin de son ancien amant.

 

Chronique d’un amour, Michelangelo Antonioni 1950 Cronaca di un amore | Villani Film


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Behind Locked Doors, Budd Boetticher (1948)

Note : 3 sur 5.

Behind Locked Doors

Titre français : L’Antre de la folie

Année : 1948

Réalisation : Budd Boetticher

Avec : Lucille Bremer, Richard Carlson, Douglas Fowley

Film noir fauché mais bien mené et bref comme l’éclair (à peine une heure).

On n’échappe pas à l’effet boule à neige des productions réduites : une séquence d’intro dans un bureau, une autre tournée dans une voiture en studio, tout le reste est concentré dans ce huis clos à l’intérieur d’un asile à quatre ou cinq patients (donc avec autant d’acteurs de second plan ou de pièces à filmer) semblant être géré par Orpéa.

Le scénario est un peu tiré par les cheveux : l’internement volontaire d’un détective chargé de retrouver un type censé se cacher dans une de ces maisons de repos, l’occasion de révéler la réalité des conditions de vie dans ces établissements (souvent pénitentiaires) psychiatriques (privé en plus ici, même si ce n’est pas le premier sens du film qui reste un thriller, un wherishe ?). Voilà qui apparaît comme un des recours dramatiques (et une des terreurs) récurrents après-guerre : j’ai le vague souvenir que L’Invraisemblable Vérité et quelques autres jouaient sur ce procédé de la peur des abus de l’enfermement. Considérant les faibles moyens évidents, et l’application de Boetticher à se montrer bref et efficace, ce n’est franchement pas si mal.

Budd Boetticher fait un excellent travail en changeant habilement le cadre et la grosseur de plan grâce à des mouvements de caméra qui limitent le temps perdu à réaliser des champs-contrechamp, comme il le fera par ailleurs dans ses westerns, et avec une direction d’acteurs somme toute assez convaincante : l’actrice principale n’est vraiment pas mal du tout (l’acteur, cobaye volontaire aussi, même s’il n’a sans doute pas l’envergure d’un premier rôle). Amplement suffisant pour une série B.


 

Behind Locked Doors, Budd Boetticher 1948 | Aro Productions Inc.


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