Un été 42, Robert Mulligan (1971)

À nous la petite anglaise

Summer of 42Un été 42, Robert Mulligan (1971)Année : 1971

 

Réalisation :

Robert Mulligan

9/10  lien imdb
Listes IMDb :

 

Limguela top films

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Vu le : 29 mars 2007

Pendant une heure le film est faussement nostalgique. La ritournelle de Michel Legrand est usée à fond et Mulligan se sert du premier degré pour mieux rire de la stupidité des ados qui chassent les filles sur la plage. Puis comme dans Du silence et des ombres, un autre film commence dans la dernière demi-heure.

Cette fois Mulligan n’utilise plus la musique de Legrand. Plus besoin, il se souvient (façon de parler) ce que disait Guitry à propos de la musique de Mozart : « Ce qu’il y a de merveilleux dans la musique de Mozart, c’est que le silence qui suit est encore du Mozart. » Legrand n’est pas Mozart, mais il faut avouer qu’on en a bouffé pendant tout le film de cette ritournelle, et quand elle s’arrête, on a encore les oreilles qui chantent. Pendant toute une longue séquence muette (et sans musique donc), qui dure plus de dix minutes, l’émotion est là jusqu’à la fin comme un silence pesant et chantant. Pas besoin de parler, pas besoin de musique : c’est beau, tendre, émouvant, simple et triste.

Et la fin marche, bien sûr, parce que tout ce qui précède tend parfaitement vers ce final. Drôle et touchant, du Mulligan quoi.


 

Un été 42, Robert Mulligan 1971 | Warner Bros.


Loin d’elle, Sarah Polley (2006)

Loin de nous, près de lui

Loin d’elle

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Away from Her

Année : 2006

Réalisation : Sarah Polley

Avec : Julie Christie, Gordon Pinsent

Un film qui se regarde avec beaucoup de plaisir. Même si je ne suis pas sûr que le mot « plaisir » soit le plus approprié… On est happés du début à la fin par cette histoire d’amour. On pourrait croire au début que c’est un film sur la maladie d’Alzheimer avec une description étape par étape de la lente descente vers la fin et l’oubli. Le film nous laisse d’ailleurs le croire pendant quelques minutes. En fait, la maladie, n’est qu’un contexte autour duquel se mettront en œuvre des événements rarement traités au cinéma (on peut penser à Amour de Haneke par exemple). Ce qui y est décrit toutefois serait assez éloigné de la réalité de la maladie. Chaque époque a ses tabous. Aujourd’hui, il semblerait que certaines maladies communes comme celle-ci, le cancer ou tout simplement la vieillesse sont des sujets qu’on préférerait éviter. On les traite sérieusement quand il serait plus judicieux pour les démystifier de les attaquer sur tous les fronts.

Loin d'elle, Sarah Polley (2006) Foundry Films, Capri Releasing, HanWay Films

 Loin d’elle, Sarah Polley (2006) | Foundry Films, Capri Releasing, HanWay Films

Dès le début du film, quelques indices nous suggèrent qu’il ne sera pas tout à fait ce qu’on attendait. Le montage présente en parallèle deux ou trois époques. À différents stades de la maladie. Seulement, on ne sait pas encore où et quand on est et pourquoi on nous montre certaines scènes. Ce mystère permet à Polley de faire avancer l’action comme un magicien présentant les différents éléments de son tour avant de l’exécuter. Un mystère qui demeurera finalement jusqu’à la fin. Des indices, mais aucune certitude. La position du spectateur est celle du mari, obligé à ne pouvoir donner aucune réponse à ces interrogations provoquées par le comportement de sa femme. Le film reste donc dans l’incertitude, faute de pouvoir partager avec elle des souvenirs rongés par la maladie.

On suit d’abord Julie Christie au premier stade de sa maladie. Pas d’annonce mélodramatique, elle le sait dès le début. L’introduction est tout juste utile à tisser les liens entre les deux mariés : une relation presque fusionnelle pour mieux la détruire par la suite. Elle décide qu’il vaut mieux qu’elle aille dans une institution spécialisée. Le mari la prie de ne pas le laisser seul. À cet instant, c’est encore lui qui est dans une position de faiblesse (comme beaucoup d’hommes suspendus aux décisions de leur femme). C’est possible tant qu’elle est en capacité de décider. Le drame suggéré ici, c’est la perte du contrôle de soi ; une perte d’autant plus grande que la femme avait un contrôle total sur sa vie (même principe pour ces secrets qui donneront l’impression de se perdre sans trace comme une carte au trésor jeté au feu).

Le mari est obligé de la laisser un mois dans cette maison sans la voir — règle étrange —, et quand il revient, elle s’est entichée d’un homme devenu muet après un petit séjour dans le coma. On ne peut qu’imaginer la souffrance de ce mari obligé de constater que sa femme s’est éloignée de lui. Il vient tous les jours pour essayer de recréer le lien perdu, mais sa femme s’accroche au bras de son amoureux légumineux. À travers diverses conversations avec elle, il commence à suspecter sa femme de lui avoir caché une aventure lointaine avec cet homme et doit la regarder sans broncher à la voir tous les jours heureuse auprès de son nouvel (ou ancien) amant.

Loin d'elle, Sarah Polley (2006) Foundry Films, Capri Releasing, HanWay Films 2

La femme de Monsieur Légume décide de le reprendre auprès d’elle ; le personnage de Julie Christie se retrouve désemparé. Comprenant sa souffrance, son mari prend contact avec Madame Légume. Et les deux amoureux malades sont à nouveau réunis… La réelle nature de cette relation restera une énigme. Comme le raconte le personnage d’Anthony Hopkins dans les Ombres du cœur (oui ça va, chacun les références qu’il peut) : on ne dissocie pas le personnage de l’intrigue, le personnage, c’est l’intrigue. Et alors, on ne se perd pas en pourquoi, on ne fait que suivre un personnage à travers un parcours, ses actions (il décide, il agit, on ne saura jamais pourquoi). Les origines de cet amour, donc, sont hors propos. Seules les conséquences comptent. Les différentes époques permettent une différente approche et peuvent laisser croire à une résolution, un dénouement, mais c’est mieux pour nous perdre. Une structure épique légitimée bien sûr par le sujet. La description chronologique d’une maladie, à la Love Story, tend naturellement au mélodrame larmoyant, facile et forcé. C’est donc aussi un moyen de prendre une distance nécessaire pour échapper à cet écueil d’un récit linéaire.

Bref, c’est drôlement bien monté. La mise en scène est épurée, simple, non intrusive, non directive. Sarah Polley a bien suivi les leçons de son maître, Atom Egoyan. Si le scénario n’a rien d’un Egoyan, la mise en scène se rapproche du style du cinéaste canadien.

Julie Christie est à tomber. Au fil du film bien sûr, on est un peu moins sous le charme, non pas parce que la maladie est plus présente, mais simplement parce qu’on s’éloigne d’elle, comme le titre l’indique, en adoptant le point de vue du mari.

Tous les acteurs sont parfaits. Ce n’est pas une surprise, être dirigé par une actrice est un gage de réussite à ce niveau. Honneur au muet Michael Murphy qui sait rester convaincant dans son rôle de Monsieur Légume. Sans trop en faire — bluffant.


Loin d'elle, Sarah Polley (2006) Foundry Films, Capri Releasing, HanWay Films 3


Liens externes :


La Vie des autres, Florian Henckel von Donnersmarck (2006)

Das Leben der AnderenLa Vie des autres (2006), Florian Henckel von DonnersmarckAnnée : 2006

Vu le : 20 mars 2007

Réalisation :

Florian Henckel von Donnersmarck

9/10  lien imdb

— TOP FILMS

Top films allemands

Listes sur IMDb :

Limguela top films

MyMovies: A-C+

Excellent (Oscar du meilleur film étranger). Jusqu’aux dernières séquences, le film est sérieux, appliqué (austère, diraient certains), et puis les multiples épilogues apportent chaque fois quelque chose de nouveau et de très émouvant. Pourtant le style reste toujours très dépouillé ; il en ressort quelque chose de digne qui émeut silencieusement.

Ça fait plaisir de voir de bons films allemands contemporains. Goodbye Lenine était plus un film gadget basé sur une bonne idée de départ parce qu’après la mise en scène ne laissait pas présager le meilleur. Il y avait du bon dans Cours Lola, — film techno qui donne mal à la tête. Il y a tellement de bons metteurs en scène ailleurs en Europe (hormis en Italie où c’est un peu le désert aussi) qu’on peut espérer qu’un nouveau Fassbinder apparaisse, ou du moins, que les meilleurs n’aillent pas pervertir leur talent aux USA.


Adieu Cuba, Andy García (2005)

Lost CityAdieu Cuba (2006), Andy García The Lost CityAnnée : 2005

 

Réalisation :

Andy García

5/10  lien imdb
 

Vu en mars 2007

En tout point raté. Quand pendant tout le film on se creuse la tête à comprendre ce qu’on regarde, il y a comme un hic. Ça parle bien de la période où l’île est passée aux mains des castristes mais aucun angle ne ressort véritablement derrière le contexte historique. Le film adopte le point de vue de ce patron de music-hall, seulement il n’a l’air de s’intéresser qu’à ses spectacles quand dehors gronde la révolution. L’angle aurait pu être là, l’obstination d’un manager à préserver ses spectacles en dépit de la crise, mais Andy Garcia met tellement peu d’entrain à ce qu’il fait qu’on peine à suivre ses non-aventures. C’est qu’il est impassible le Andy. Comme dans tous ses rôles d’ailleurs. Cette fois ça ne prend pas, il y a une grosse impression de vide quand on regarde sa trogne gominée et comme cette impassibilité transparaît jusque dans sa mise en scène, multipliant les scènes inutilement lentes, le film ne décolle jamais.

La présence de Bill Murray représente le seul intérêt du film. Sorte de confident fantôme. À l’image du film, on se demande à quoi sert son personnage sinon à faire le Murray dans son coin et à nous égayer un peu l’existence…


The Machinist, Brad Anderson (2004)

21 grammes

The Machinistthe-machinist-brad-anderson-2004Année : 2004

 

Réalisation :

Brad Anderson

5/10  lien imdb
 

Vu en 2007

Christian Bale fait peur en “gros” maigrichon (50 kg !!!).

La parano, la culpabilité… Un tout petit film, très intéressant. Un peu glauque aussi. D’ailleurs, il y a un filtre gris-vert…, mais mon Dieu qu’il est maigre…

En dehors de la « maigreur de l’automobiliste au moment de se sentir coupable », Bale est certes particulièrement impressionnant. Je n’aime vraiment pas l’acteur. Déjà dans L’Empire du soleil de Spielberg, à 12 ans il paraissait toujours arrogant ; dans Equilibrium, American Psycho et même Batman Begins, c’était toujours le même personnage froid, pervers… Plus de nuances ici. On voit que c’est un bon acteur dans les scènes où il est seul (et pas torse nu, maigre à gagner l’oscar du régime Dukan), il a une manière d’oublier la caméra, d’avoir un jeu spontané qui est vraiment impressionnant.

Après, je ne parle pas anglais assez bien pour juger du reste de la performance, mais de toute façon je l’ai vu en français, vu que l’autre version était en espagnol (bah…, c’est un film espagnol, et dans ce cas c’est comme les films de Leone, les vraies versions originales, ça n’existe pas, même s’il n’y a pas tant que ça d’acteurs espingouins dans le film).

Reste qu’aujourd’hui le film me laisse un mauvais souvenir… trop glauque quoi.


Le Grand Couteau, Robert Aldrich (1955)

Le Grand Couteau

The Big Knife
Le grand couteau (1955)Année : 1955

Réalisation :

Robert Aldrich

Avec :

Jack Palance
Ida Lupino
Rod Steiger

9/10 IMDb iCM

— TOP FILMS

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L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Huis clos – behind locked doors (or almost)

Noir, noir, noir…

Huis clos (adapté d’une pièce de théâtre) où un acteur en fin de cycle est pris entre sa femme, son agent et les studios… Lui veut arrêter parce qu’il est mal dans sa peau, alcoolique ; les autres veulent le forcer à reprendre du service sans se soucier de sa santé… Avec Jack Palance (Aldrich avait aussi déjà tourné avec lui pour Attaque !). Et ce Palance n’a jamais été aussi bon que quand il jouait des rôles de grands tendres. Un mec de deux mètres, sensible comme un gamin, c’est bô. (Voilà un film qu’il faudrait revoir…)

Le Grand Couteau (The Big Knife) Robert Aldrich 1955 The Associates & Aldrich Company


L’Histoire d’Adèle H., François Truffaut (1975)

Le meilleur film de François T.

L’Histoire d’Adèle H.

Note : 5 sur 5.

Année : 1975

Réalisation : François Truffaut

Avec : Isabelle Adjani, Bruce Robinson, Sylvia Marriott

— TOP FILMS

Ce n’est pas un film, c’est une fulgurance. Une unité d’action parfaite, un seul personnage et un récit qui fuit jusqu’à une issue prévisible et fatale.

Pour moi, le meilleur film, et de loin, de François Truffaut (dont je suis loin d’être fan). À la fois, le premier film révélant le génie d’Isabelle Adjani en tant qu’actrice adulte, et aussi sans doute encore son meilleur film également (elle reviendra un peu plus de dix ans après avec un film assez similaire, Camille Claudel).

L’histoire retrace une époque de la vie d’Adèle Hugo, fille du poète, follement amoureuse d’un lieutenant anglais qu’elle suit jusqu’en Nouvelle Écosse alors que lui ne veut plus la voir. Amour impossible, à sens unique, qui se transforme petit à petit en obsession et en folie. Tout le film, Adèle est au centre de tout. Quand on la quitte brièvement, ce n’est que pour montrer les conséquences de ses actes et de ses audaces folles. Le sujet, c’est Adèle, son obsession pour son homme, et rien d’autre.

My father is Hugo, Victor Hugo

Le sujet a un côté littéraire, voire théâtral, qui a dû bien plaire au cinéaste en bon fan de Balzac qu’il était, car Adèle occupe ses journées et ses nuits à écrire son journal (journal réel qui sert de base au film). L’occasion pour Truffaut d’utiliser des effets baroques qu’il a rarement utilisés, mais qui donnent un côté romanesque, romantique, au film. C’est le Taxi Driver de Truffaut, son Apocalypse Now. Pas besoin de voix off cependant. Les « monologues », c’est Adèle qui les produit en direct en écrivant son journal ou ses lettres. L’effet aurait pu tomber dans le ridicule avec une actrice ordinaire, seulement, c’est peut-être la meilleure actrice qu’ait connue le cinéma français (avec Isabelle Huppert, Jeanne Moreau ou Catherine Deneuve). Adjani a vingt ans dans ce film, et je n’ai pas le souvenir d’avoir vu une performance d’acteur aussi parfaite, aussi pleine d’imagination, de folie, de création, de sensibilité, de justesse, à cet âge… Un véritable génie qui déjà à 17 ans interprétait le rôle d’Agnès dans L’École des femmes à la Comédie française (il y a des images assez connues de son « le petit chat est mort »[1]).

Un film que je revois pour la quatrième ou cinquième fois avec toujours autant de plaisir.


[1] Pas trouvé la représentation filmée, mais des extraits sur le site de l’INA : http://www.ina.fr/art-et-culture/arts-du-spectacle/video/CAF90050388/l-ecole-des-femmes.fr.html

L’Histoire d’Adèle H., François Truffaut (1975) Les Artistes Associés, Les Films du Carrosse, Les Productions Artistes Associés

Elle et Lui, Leo McCarey (1957)

Elle et Lui

An Affair to Rememberelle et lui Année : 1957

Réalisation :

Leo McCarey

Avec :

Cary Grant
Deborah Kerr

9/10 IMDb

Listes :

Les Indispensables du cinéma 1957

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MyMovies: A-C+

Journal d’un cinéphile prépubère : 9 décembre 1996

L’histoire est parfaite, les idées merveilleuses, seulement cela me semble pâlement mis en œuvre. On le voit par exemple dans la scène finale dans laquelle l’accent ne me paraît pas suffisamment mis sur la sensibilité, l’attente, l’incertitude. Quand Cary Grant rentre dans cette chambre où sont exposés des tableaux, on lit bien une forme de dénouement sur son visage mais McCarey ne l’exploite pas assez. Le spectateur n’est ému qu’une fraction de seconde. Même chose quand il retourne vers Deborah Kerr, on ne fait qu’effleurer les choses et finalement on se détache de leurs préoccupations, de leurs envies. Ce que Minnelli était parvenu à faire selon moi, avec la même Deborah Kerr, dans Thé et sympathie. Les situations fortes du film, surtout à la fin, ces moments de flottement, d’incertitudes qui doivent faire planter le doute dans l’esprit du spectateur, mais un doute salutaire, l’amenant à s’interroger sur les différentes voies qui vont bientôt s’offrir à eux, tout cela était parfaitement exploité. Au-delà du texte, de la situation, il y a une sensibilité, des états d’âme qui doivent apporter de la profondeur aux personnages ; quelque chose dans les silences. Allez à l’essentiel oui, mais l’essentiel se trouve justement derrière les mots et la compréhension d’une situation. Si on ne prend pas son temps dans les moments forts d’une pièce, si on ne décide pas que cet à cet instant-là précisément qu’il faut mettre du relief par rapport au reste, on ne le fait jamais.


Paris, Texas, Wim Wenders (1984)

Paris, Texas

Note : 5 sur 5.

Année : 1984

Réalisation : Wim Wenders

Avec : Harry Dean Stanton, Nastassja Kinski, Dean Stockwell

TOP FILMS

Journal d’un cinéphile prépubère : le 30 mai 1997 (non revisité)

(Les scénaristes du Rain Man semblent s’être inspirés de la situation du début entre les deux frères. Bref.)

Tout se limite aux séquences finales : retrouvailles émouvantes, filmées simplement sans sophistication. L’essentiel du génie se trouve dans la transparence, l’humilité et l’intelligence de la mise en scène qui axe le propos sur la relation entre les deux personnages, leur psychologie, et la situation mélodramatique.

Le brut d’une situation extraordinaire dans un style réaliste doit être transmis avec des artifices esthétiques peu essentiels (?!). Rarement un film est parvenu à un tel degré d’émotion. Le style réaliste y est pour quelque chose, il trouve sa réelle valeur dans ce genre de situations rendues paroxysmiques par sa lenteur, sa langueur, et uniquement là. C’est un(e) apogée remarquable qui ne nécessite aucune intellectualisation. C’est une magie dont les coulisses nous sont inaccessibles pour rester émus. C’est le but de cet art, sa portée inconsciente et humaniste est bien plus efficace que la recherche intellectuelle d’un sens quelconque. Le sens n’est là qu’anecdotique, l’émotion c’est toujours une forme, quelque chose d’imperceptible, d’inexplicable, une ambiance, une impression, un état d’esprit : ce n’est pas la rencontre en elle-même qui est émouvante, sinon on serait émus rien qu’en lisant les pages du script, mais c’est la manière, la réaction des personnages placés l’un en face de l’autre et amenés à se redécouvrir. Assez de Freud qui tue la magie ; hourra à l’invisible !

Paris, Texas, Wim Wenders (1984) | Road Movies Filmproduktion, Argos Films, Westdeutscher Rundfunk (WDR)

C’est un film plus spectaculaire (regardable), et plus populaire, et par conséquent meilleur qu’Au fil du temps. Le thème du film est concret : thème éternel et donc clair, amenant l’identification immédiate, celui de l’amour, ou de l’après amour, il est suggéré durant toute la première partie où Wenders comme Bresson ne montre que les effets ; la transition avec la dernière partie fait naître un suspense, qui est la mère ? Pourquoi le couple s’est-il déchiré ? Et surtout comment s’effectueront ces retrouvailles s’ils ont lieu ? Les réponses à ces questions explosent dans la séquence du peep-show. Mimétisme incroyable quand on cherche à déceler les réactions de la mère, ou la scrute. Et quand s’effectue le dénouement, la libération par le verbe, quand la bombe explose enfin, c’est plus le fait que tout soit libéré plutôt que ce qui est libéré qui importe, et qui alors nous émeut. La preuve, la mère explique tout, mais le spectateur n’y prête pas attention, ce qui l’intéresse c’est de guetter les réactions du personnage vers l’autre, les comprendre, comme disait Kieslowski ; et Wenders et N. Kinski arrivent à ne pas prêter attention au contenu du script en allant droit, le plus simplement du monde : l’interprétation se lit plus sur le visage de l’actrice que sur ce qu’elle dit. Chez Wenders, la bombe explose, elle le peut, car l’explosion dure peut-être vingt minutes, donc être concret dans le scénario, mais pas trop, car on perd toute émotion en inscrivant tout à l’avance.



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Cent ans de cinéma Télérama

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L’Épouvantail, Jerry Schatzberg (1973)

L’Épouvantail

Scarecrow Année : 1973

Vu le : 26 mai 1997

6/10 IMDb

Réalisation :

Jerry Schatzberg


Avec :

Gene Hackman, Al Pacino, Dorothy Tristan

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Cent ans de cinéma Télérama

Les Indispensables du cinéma 1973

Vers le Nouvel Hollywood

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Journal d’un cinéphile prépubère : le 26 mai 1997

Film très agréable et émouvant. Les meilleurs moments sont à mettre au crédit d’Al Pacino, dans ses délires. Par exemple, lors de la scène du vol au magasin. Les rapports entre les deux personnages sont passionnants, ils évoluent considérablement et sont tellement différents qu’on prend plaisir à le savoir déteindre l’un sur l’autre : c’est le réel sujet du film et les différents épisodes ne sont là que pour illustrer ce thème, cette amitié.

La mise en scène passe du comique au tragique, du bruit au silence. Très émouvant.

L’Épouvantail, Jerry Schatzberg 1973 | Warner Bros.