A Single Man, Tom Ford (2009)

A Single Man

A Single Man Année : 2009

6/10 iCM  IMDb

Réalisation :

Tom Ford

Avec :

Colin Firth, Julianne Moore, Matthew Goode

Une entrée en matière élégante qui présage le meilleur jusqu’à ce qu’on comprenne ce que nous réserve ce Mr Falconer. Là, ça devient aussi passionnant et gênant que d’écouter les menaces au suicide des grands déprimés.

Les jump cuts (à la Lars von Trier avec des sauts narratifs plus qu’à la JLG), les montages-séquences, tout ça est follement joli, surtout quand c’est couplé, comme au début, à la voix intérieure de ce professeur d’université. Malheureusement, à la longue, quand c’est employé dans des moments plus dramatiques, ça frôle la sensiblerie facile, et c’est déjà moins élégant. Ce Tom Ford semble si attentif aux choses du paraître qu’il faudrait lui dire qu’il y a bien une certaine forme de goût à appuyer certaines séquences difficiles avec de tels effets. Même chose pour la musique, un peu trop directrice à mon sens.

Pour le reste, vu ce qui était proposé au début, une grosse déception. Un Feu follet sans génie ou le récit de la dernière journée (quasiment fantasmée, je vais y revenir) d’un homme n’étant pas parvenu à retrouver le goût de vivre après la mort accidentel de son amoureux. Le problème, c’est que si on suit Mr Falconer tout au long de la journée, on en sait pas beaucoup plus sur lui malgré les divers flashbacks ou discussions plus ou moins profondes qu’il peut tenir avec les rares personnages qui parsèment ces quelques heures. Difficile de s’attacher à lui, ou de comprendre ses (morbides) aspirations. Ce ne sont pas ses rencontres qui le rendront plus sympathiques : sa voisine anglaise et amie de longue date (Julian Moore, insupportable comme d’habitude) lui balance des saloperies sur le couple qu’il formait avec son ami disparu ; il a le temps de s’enticher brièvement d’un bellâtre espagnol semblant droit sorti d’une pub Levis, et d’un éphèbe aux yeux de bébés, qui malgré la place qu’il prend dans sa vie pour les dernières heures de son existence, n’a foncièrement rien à lui dire ou même à lui proposer de bien original (à part une virée sur la plage — l’équivalent pour les films romantiques aux fleurs offertes à l’anniversaire de mamie).

C’est là qu’on voit que les fantasmes des hommes homosexuels ne divergent aucunement des hétéros. Un homme mûr et respecté, sorte de stéréotype vieilli du gendre idéal, ne rêve que de jeunes hommes aux yeux bleus, à la carrure parfaite et au cerveau allégé. Très bien au fond, pourquoi les homos devraient-ils avoir des fantasmes différents des autres ? Ben, peut-être que c’est un film justement, pas un fantasme. Et que ça, ça en rajoute encore au caractère gênant du film. On échappe pourtant au pire, Colin Firth inspirant probablement à chacune de ses apparitions une certaine forme d’empathie chez le spectateur ; un tout autre que lui n’aurait pas autant aidé le film à tendre vers la bonne direction. Imaginons Kevin Spacey à sa place, et ça deviendrait tout de suite autre chose (quoi que, ce serait amusant).