Note de frais

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Rugy : couvert

Il y a une manière assez simple en fait de déterminer si dîners, déjeuners, rencontres, rendez-vous de travail sont organisés à titre professionnel ou privé : regarder la liste des convives.

On verra rarement des gens du bas peuple y être invitées afin que son royal organisateur puisse y maintenir le lien avec le « vrai monde » : y a-t-on déjà vu des ouvriers reclassés, des retraités, des routiers en colère, des chômeurs en fin de droit, des ingénieurs, des rats de laboratoire, des enfants d’immigrés, des repris de justice (et pourquoi pas ?), des infirmières, des urgentistes, des parents de djihadistes, des CRS ou des gilets jaunes dans ces rencontres « républicaines » ? Probablement pas. Au moins d’être le 14 juillet. Il y aurait pourtant un intérêt à faire dialoguer tout ce petit monde aux frais de la princesse, à soigner leur réseau à eux, à les sortir de leur zone de confort pour les inciter à sortir de leur logique revendicatrice, à les écouter, etc.

Et si les convives, ne sont que des « influenceurs », des journalistes, des éditorialistes, des écrivains, des acteurs, des danseurs de claquette, des directeurs de quoi qu’est-ce ou des homologues… on est dans la professionnalisation du réseautage à seul but personnel. Les gens de la haute font ça depuis des millénaires, mais le plus souvent à leurs frais. La courtisânerie entre puissants, affairistes, arrivistes et intrigants.

Le problème, c’est bien quand ce beau monde où le tout Paris se retrouve « entre soi » est nourri, blanchi (sans jeu de mots), logé aux frais du contribuable. Et là c’est simple, pour moi, aucune rencontre, aucun rendez-vous, aucun déjeuner ou dîner n’a légitimité à être réglé autrement que par l’organisateur-même : à ses frais. Toute rencontre utile peut se faire dans un bureau de ministère : chaque convive, intervenant, paie de sa poche son déplacement. Tu veux déjeuner ? Tu profites de ta prime panier monsieur le ministre et on arrête la logique de la note de frais. Celui qui demande « audience » auprès du ministre ou du roi, il a un intérêt à le rencontrer, donc il paie tout de sa poche ; s’il vient à la demande du serviteur de l’État, il le fait pour l’intérêt général et il n’accepte pas de se faire payer son déplacement ou de bouffer « aux râteliers du roi ».

Dans la même logique, un ministre, ça peut très bien bosser depuis le bureau de son ministère. Les déplacements dans le territoire devraient être à sa charge. Pourquoi ? Parce qu’il n’est pas un employé de l’État, il est maître de son agenda. Quand une boîte dit à un employé d’aller à tel ou tel endroit, il lui paie le déplacement, il lui paie la bouffe et l’hôtel. Tu veux montrer ta tronche en province, au mieux, c’est de la communication, au pire, c’est de l’opportunisme courtisan (toujours bien de développer son réseau en province). Reste donc sur ton trône, parade dans la capitale quand on te demande de le faire, monsieur le serviteur de l’État ; pour le reste, tu devrais tout payer de ta poche. Quitte à ce qu’on augmente les salaires de ces serviteurs de l’État, hein. Mais qu’en échange les frais de fonctionnement, de représentation, de communication soient réduits à que dalle. Parce que faudrait arrêter de se foutre de la gueule du monde : un ministère, c’est actuellement avant tout un communicant qui bosse pour sa paroisse. Dans le meilleur des cas, il prend des décisions conforment à la ligne gouvernementale fixée par d’autres. Dans les autres, il parade. Si un ministre veut être plus pro-actif, faire des propositions, étudier ses sujets (hein ?), cesser de n’occuper qu’un poste honorifique avant d’en chasser un autre, eh bien, il pose ses fesses sur sa chaise, et travail dans son bureau : il potasse ses dossiers, il se fait conseiller, il reçoit. Besoin ni de homard ni de sèche-cheveux pour cela. Et laissons aux ambassadeurs le soin de jouer à la dînette pour le « prestige » français à l’étranger.