Quelque part en Europe, Géza von Radványi (1948)

Les Marseillais

Note : 3 sur 5.

Quelque part en Europe

Titre original : Valahol Európában

Année : 1948

Réalisation : Géza von Radványi

Assez décevant pour un classique hongrois. C’est assez peu subtil, avec une musique particulièrement agaçante et envahissante, censée orienter le récit.

On enfonce pas mal les portes ouvertes : les sauvageons ne font que se défendre face à la cruauté de la guerre nazie, et d’ailleurs, qui l’a fait la guerre sinon les adultes ? (…)

Bel hommage en tout cas à La Marseillaise. C’est une habitude au milieu du XXᵉ siècle, on avait déjà vu ça dans un film japonais des années 50 (oui quand même) à la Maison du Japon cette année, et là, je crois avoir jamais vu un aussi bel hommage de ce qui apparaissait encore à cette époque, et pour beaucoup d’étrangers, l’hymne officiel de la liberté. On raconte ainsi merveilleusement bien comment elle serait née et aurait éveillé les cœurs et les consciences (sortons les violons), ou comment elle apparaissait alors comme un langage universel appelant le peuple entier à crier sa soif de liberté… Alors, vas-y que je te sifflote La Marseillaise tout au long du film comme un ralliement et pour se donner du courage. Faut arrêter les classes d’instruction civique où on fait la morale aux gosses en cherchant à leur expliquer trop frontalement pourquoi qu’on doit la respecter La Marseillaise (sales mioches)…, et leur montrer des films à la place. Il n’y a jamais meilleur compliment que celui qu’on évite de se faire à soi-même et qu’on entend plutôt chez le voisin. De quoi se sentir Français tout à coup. Car La Marseillaise, ça parle bien des rageux qui veulent foutre un doigt à l’autorité. Ce n’est pas en vomissant à la figure de nos petits mioches ou de nos footeux qu’ils sont irrespectueux et qu’ils feraient mieux de rentrer dans le rang, lever la main droite en l’air, le menton haut, et chanter La Marseillaise, qu’ils le feront. Faut que tout ça comprenne que La Marseillaise, c’est ça, un doigt d’honneur à l’autorité…

Le film est scénarisé par le théoricien du cinéma Béla Balázs.

Bref. Pour voir un bon film pendant la guerre avec des mioches martyrisés mais avec subtilité, émotion, justesse, faut aller du côté de la Pologne et de Certificat de naissance.


Quelque part en Europe, Géza von Radványi 1948 Valahol Európában | MAFIRT


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Les Indispensables du cinéma 1948

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2001, L’Odyssée de l’espace (1968)

Parodie, le film vu par un fan de Nolan

Note : 5 sur 5.

2001, L’Odyssée de l’espace

Année : 1968

Réalisation : Stanley Kubrick

Il aurait eu les Boulle, Pierre, en découvrant ce que Hollywood avait fait de son histoire, en particulier dans la scène finale, magnifique raccourci résumant en une image toute la tragédie de cette histoire. Eh bien, C. Clarke, Arthur, aurait eu dans l’os quand il le vit se transformer en vaisseau spatial.

Ce sont encore les vieux singes qui font les meilleures histoires.

Un monolithe. C’est quoi un monolithe ? Une grosse porte sortie de ses gonds et qui n’ouvre rien sinon de nouvelles possibilités à ceux qui s’y cassent les dents. Le monolithe reste de marbre, et c’est le monde qui est censé tourner autour pour s’entrouvrir vers un ailleurs, une nouvelle étape.

Un monolithe est une clef. Une borne, un étalon.

2001 ne résout rien. Il suppose. Si le monolithe est une clef, c’est surtout un grand point d’interrogation. Quand la majorité des hommes sont dans la prétention, la résolution ou l’idéologie, Kubrick prend de la hauteur et donne une forme à toutes nos interrogations. Si Alice peut entrer dans un terrier et y découvrir le monde intérieur de ses désirs refoulés, l’Humanité se trouve prise au piège en face d’un grand totem que nul ne peut prétendre connaître la signification ou le dieu qu’il est censé représenter. L’odyssée, elle est là. Putain, c’est quoi ce monolithe ?! Celui qui pourra prétendre avoir les clefs de cette énigme, qu’il jette la première Pierre à Clarke.

Arthur fait table ronde et Stanley l’érige en totem. Si le Rubik’s cube est un hexaèdre parfait composé d’une matrice engoncée superposant à la vue de celui qui le regarde tous les mystères, et les clefs, qu’il contient, le Kubrick’s object est un hexaèdre interrogateur qui se dresse vers son énigme sans jamais la résoudre. Autrefois, c’était l’Homme qui se dressait sur ses pattes pour libérer ses mains et s’emparer des outils. À présent, ce sont les outils qui se dressent pour libérer l’Homme de sa pesanteur.

Un autre se jouera bientôt des symboles pour illustrer le devenir incertain de l’humanité, c’est Spielberg dans Rencontres du 3e type. L’outil se façonne d’abord entre les mains d’un seul homme répondant à une vision, pour se manifester bientôt concrètement devant ses yeux sous la forme d’une colline, un cylindre elliptique trop parfait pour être vrai. Spielberg, de l’allemand, « colline ludique ».

Où est passé 2001 ? Il s’est perdu. L’odyssée continue, sans son auteur, sans résolution. On ne finit plus de l’avoir dans l’os, Pierre. Mais l’Humanité continue de rouller, elle.

Alors roulle, mémère. Jusqu’à la prochaine borne. Et au-delà.


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Fabulations kubrikiennes



Inception (2010)

Parodie, le film vu par un fan de Nolan

Note : 5 sur 5.

Inception

Année : 2010

Réalisation : Christopher Nolan

Inspection des univers latéraux : Christopher Nolan nous tend la matière graphique de son subconscient aviné.

La somme de la lumière et du chaos. Insomnia, c’était l’étrangeté d’un monde prétendument réglé comme un papier à musique, qui pris sur le bord, devenait opaque, incertain, et dangereux. Inception produit la même impression, à la différence près que ce monde en équerre, c’est celui qu’on se construit à l’intérieur. Et le chaos qu’on y trouve a cela d’opaque, d’incertain et de dangereux, que le vent qui y souffle y est produit par une voix extérieure.

Christopher Nolan n’a plus qu’à nous servir son Rubik’s cube sur un plateau d’argent, tourner la tête, souffler, et regarder dans quel sens sa matière se réagence.

Ce qui titube chez Nolan, c’est ce qui devrait être libre et droit. Ce qui s’érige en certitude ne peut être que le frisson du mensonge.

Erratique chaos. Hiératique représentation d’un univers qui se compose en même temps qu’il se décompose.

Hérétique, celui qui renonce à voir ce qui ne peut être vu. Nolan suggère l’insondable en lui retroussant les guêtres, parce qu’il n’y a qu’en le prenant aux maux qu’on asservit le chaos.

D’Insomnia à Interstellar. Bientôt, Nolan prendra de la hauteur. Et le Rubik’s cube s’érigera tel le totem de Kubrick.

Monolithe mouvant.

C’est ça le cinéma de Nolan. L’imposture protéiforme de la posture. Nolan, insaisissable. Unsubversif. Inceptionnel.



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Commentaire (sérieux) sur Inception


Memento (2000)

Parodie, le film vu par un fan de Nolan

Note : 5 sur 5.

Memento

Année : 2000

Réalisation : Christopher Nolan

Puzzle de l’oubli

Opus Zéro.

50ko, NOLAN.

Christopher, réveille-toi.

Nom : ma parole, mes mots.

Adresse : où je suis, aléatoirement.

Christopher ? Réveille-toi maintenant…

Je suis las. Je vais commencer par recomposer ma mémoire.

Impossible.

Système. Trouver la solution.

Christopher ?

C’est bon, je l’ai. The Pillow Book. Split screen en guise de gommage intégral.

Chapitre 1. Commence par la fin.
Je suis le maître du temps. L’insomnie me guette. Les concepteurs publicitaires, les vendeurs à la sauvette, les vendeurs de bagnole, les assureurs véreux : tous veulent ma peau. Alors je la colore des maux qu’ils voudraient me tendre.

Chapitre 2. Bientôt le renouveau.
Injections diverses. Aronofsky le passage. Greenaway l’étendard. Noir film. Fatale femme. Ton dernier film sera le premier réussi. Applique-toi. Articule. Compose. Indispose. Saccharose.

Chapitre 3. La vie bucolique.
Qu’il est beau le monde quand chacun vient vous porter main forte. Je n’aurais bientôt plus besoin d’écrire. Les autres me porteront. Je n’aurais plus qu’à jouir, et à ne plus penser à demain. Ou à hier.

Bug.

C’est toujours plus tentant de jouer au Rubik’s cube en commençant par la fin.

De l’ordre naîtra le chaos.

De Memento naîtra tout le reste. Abracadabra : tournez !


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Interstellar (2014)

Parodie critique, le film vu par un fan de Nolan

Note : 5 sur 5.

Interstellar

Année : 2014

Réalisation : Christopher Nolan

Avec : Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Jessica Chastain, Matt Damon, Michael Caine, Casey Affleck

entre les murs du temps

Succombez aux étoiles, maudits prophètes de l’apocalypse, car je serai votre bourreau,
Laissez-vous engloutir, princes de l’obscurantisme, car Christopher sera votre Voyager.
Maudissez le héraut qui vous sourit, c’est entre ses dents que vous goûterez au labyrinthe
Putride du temps. Du bouseux viendra la lumière. Le corn-flake est son étendard. Sa fille, son fourreau.

Là-haut, entre les montagnes stellaires, la plaine est un éther sans fin et Christopher fait gicler
En filament lacté son génie de part l’univers. Les naufragés écument l’espace et le temps,
Ébouriffent les étoiles, pour y tringler la matière, la chair, et y ensemencer l’ultime espoir
Des hommes.

Oh oui, de par les étoiles, Christopher nous envoie sceller le sort de l’humanité.
De sa moissonneuse, il avale les années et dans son trou opaque et ferme s’insère
L’abondance féconde de sa logique stellaire. Il est le Voyager, l’épitomé, de l’Homme
À destination de l’Autre. Sa seule issue. Son achèvement.

Kubrick menait au surhomme, et ce surhomme, c’était lui :
Christopher. Le Nouveau Voyager.

Matthew, épître de La Nouvelle Genèse.



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Commentaires (sérieux) sur Interstellar

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Le Gamin au vélo, les frères Dardenne (2011)

L’échappée inachevée

Note : 3.5 sur 5.

Le Gamin au vélo

Année : 2011

Réalisation : Les Dardenne

Avec : Thomas Doret, Cécile De France, Jérémie Renier

Il y a quelque chose de frustrant chez les Dardenne. On reste toujours plutôt émerveillés par la manière dont ils arrivent à diriger leurs acteurs, mais les histoires ne vont jamais au bout des choses et donnent une étrange impression d’inachevé.

Le procédé est répété à l’infini, film après film (semble-t-il) : un objectif très ancré dans la réalité, on s’y fixe, on montre les à-côtés, puis on ouvre sur autre chose censé être le négatif de ce qui précède (comme une résolution).

C’est habile, sauf que pour illustrer cette simplicité apparente du récit, les Dardenne n’offrent toujours que des séquences bien fichues sur le simple plan formel puisqu’on y est, le savoir-faire naturaliste est indéniable, mais on ne fait jamais que survoler sans prendre le risque de se poser et d’offrir du relief, de la profondeur, du cœur. C’est presque trop clinique, il en faut pour poser des constats, mais si on ne transcende pas son sujet, si on ne le bouscule pas, on reste de bons élèves, on convainc une bonne partie des spectateurs, mais le constat au final sonne creux parce qu’il ne débouche sur rien.

Les grandes limites de l’improvisation dirigée. Parce qu’on ne peut pas demander à un acteur, encore moins un enfant ou un acteur non professionnel, de nous sortir tout d’un coup une bonne réplique, de proposer une interprétation plus nuancée provoquant la fascination chez le spectateur. C’est comme la vraie vie, et c’est bien là le problème. La vie n’apporte pas ce petit plus qu’offrent les excès d’une tragédie ou d’une fable. Les Dardenne semblent réinventer la peinture en utilisant un appareil photo et réclament qu’on s’extasie devant l’authenticité de la reproduction. D’accord, on s’y croirait, mais le propos, le sujet, le fond, ça devient quoi ? On montre une réalité difficile, on est les témoins du monde dans lequel on vit, et après, qu’est-ce que nous, spectateurs, pouvons en faire ? Rien. Il y a des films qui sont lourds à chercher à nous orienter vers une morale, une conclusion, et il y en a d’autres qui par facilité se réfugient dans le refus permanent d’offrir un regard sur ce qui est montré. L’art est toujours question de choix : il y a les choix qu’on nous impose, et ça fait de mauvais films ; les choix qu’on nous présente, ou suggère parfois seulement, et avec lesquels on laisse les spectateurs libres ; et puis il y a l’absence de choix, la facilité du constat timide et bienveillant, et ça, c’est le cinéma des Dardenne.



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Enlevez-moi, Léonce Perret (1932)

Note : 4 sur 5.

Enlevez-moi

Année : 1932

Réalisation : Léonce Perret

Avec : Jacqueline Francell, Roger Tréville, Jean Devalde, Arletty

Que du bonheur ! La joie de vivre à la française et de la screwball pailletée d’opérette dans une boucle certes plus courte que dans le film de Capra mais qui rappelle furieusement la belle escapade de New-York-Miami.

C’est déjà les femmes qui mènent la danse. Avec Jacqueline Francell qui rappelle qu’à une époque certaines femmes parlaient uniquement en voix de tête (merci les oreilles), et avec son exacte opposée (quoi que), en tessiture mais pas seulement, façon titi parisien, la voilà, c’est elle, qui déménage tout sur son passage, un tempérament qui mourra avec son cul international et avec la collaboration pour de bon avec les cow-boys dont on adoptera tous les usages…, c’est elle, Arletty, symbole de toute une France qui s’évapore, et qui ici seulement commençait. Viens là mémère que je t’embrasse !…

« Rahé maié non, coquin ! t’exagères ! Roh… ! puisque t’insistes, alors j’veux bien ! Tiens, céktula pavolé, mon limounet… J’tadore. Allez, encore. Encore j’te dis. Maié tu vas v’nir, andouille !… Là, comme ça. Hein, c’est-y pas merveilleux, c’qu’on est bien tous les deux. »

De la comédie musicale ? Que nenni ! De l’opérette, et de la bonne. Dans la screwball, il y a un peu de vaudevilles à la française, eh bien tout est là. Certes, Léonce Perret ne trouve pas forcément toujours le ton parfait dans le burlesque, il tire parfois un peu sur la corde, et c’est surprenant malgré tout de le voir si à l’aise avec sa caméra ou le sonore, mais que c’est bon. Parce que surtout, c’est bien écrit, et que c’est parfaitement idiot. Tout un art.

Une vraie perle que je ne serais pas allé chercher tout seul. Merci la Cinémathèque…

(On sent aussi beaucoup de cette atmosphère dans les films japonais des années 30 de Hiroshi Shimizu : la joie de vivre, la petite musique, et les passages d’opérette en moins bien sûr.)


 


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La Cage aux rossignols, Jean Dréville (1945)

L’autorité du chœur

Note : 4 sur 5.

La Cage aux rossignols

Année : 1945

Réalisation : Jean Dréville

Avec : Noël-Noël, Micheline Francey, René Génin

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Marrant de voir qu’avec le succès du remake (Les Choristes), certains se sont mis à rêver à un retour des blouses et de l’autorité des maîtres. Parce que le film en fait illustre la nécessité du contraire. La réplique qui dit tout ici, c’est : « Tiens, prends un gâteau avant ». C’est celle du nouveau directeur à l’attention d’un môme qu’il s’apprêtait à punir. Pour avoir le respect d’un enfant, ça marche comme avec les adultes, il faut d’abord lui donner des signes de son propre respect. Les mômes imitent, c’est curieux n’est-ce pas ?… On les punit, on ne les aime pas ; et en retour, ils punissent leurs bourreaux et ne les aiment pas. Alors le mythe du retour à l’autorité du maître et du retour à l’ordre à travers la brutalité…

Dans Les Choristes, il y a ce mauvais goût à reproduire une France qui n’existe plus et qui ne peut alors ne plus être que la nostalgie d’une France idéalisée… et blanche. La nostalgie, c’est le Photoshop des mémoires. On retouche les taches sombres par des enluminures et tout paraît merveilleux. Ces petits sauvageons à la française n’existent plus, ou sont pour l’éducation nationale, les cadets de ses soucis. À l’époque, il pouvait y avoir un sens à caricaturer (on flirte encore sur une logique narrative héritée de Jeunes Filles en uniforme) « ceux-là » (les sauvageons), alors que montrer les mêmes aujourd’hui ne pourrait être perçu que comme de la nostalgie envers une France plus rigide et uniforme. Dans une adaptation, il aurait fallu respecter cette très légère mais réelle dénonciation d’une éducation maltraitante et inefficace ; et donc l’adapter aux problèmes actuels. Et les problèmes actuels, on ne les trouve pas parmi les petits chanteurs à la croix de bois (ils ont poussé le vice de la ressemblance jusqu’à prendre un sosie de la “vedette” de ce film de 1945) ; mais parmi les “autres”, ceux qui aujourd’hui sont caricaturés comme les sauvageons d’autre fois. Les petits gars des cités, ou même ceux envoyés dans les « centres de réinsertion », dans les « centres d’éducation fermés » ou les « centres de déradicalisation ». Le mépris pour les petits sauvageons en 1945 devient une jolie enluminure en 2015 envers des personnages qui n’existent plus et qui nous rendent nostalgiques. Et la même jeunesse rejetée, méprisée, qui ne renvoie que ce qu’on lui apprend (mépris et brutalité), elle, n’apparaît pas dans les films, encore moins pour suivre le même message énoncé ici, qu’il faut les aimer, les inciter à vivre, les respecter, leur faire confiance.

Des gâteaux pour les sauvageons de toutes époques, merci. Car elle est là la leçon du film. Qu’il est triste que ce qui dénonçait gentiment à l’époque les pratiques inefficaces et brutales de certaines autorités, reflète la nostalgie du petit raciste d’aujourd’hui pour une France uniforme. Traduire, c’est trahir ; adapter, c’est se vautrer.

En attendant, mieux vaut l’original à la copie. Son message, très clair, reste, lui, intemporel.


La Cage aux rossignols, Jean Dréville 1945 | Société Nouvelle des Établissements Gaumont


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Le Point de non-retour, John Boorman (1967)

Redoublement post-bac

Note : 5 sur 5.

Le Point de non-retour

Titre original : Point Blank

Année : 1967

Réalisation : John Boorman

Avec : Lee Marvin, Angie Dickinson, Keenan Wynn, Carroll O’Connor, Lloyd Bochner, John Vernon

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Mystère, je double la note. Peut-être que l’amorce lancée par John Boorman avant le film pour l’ouverture de sa rétrospective a fait tilt, un peu comme une introduction loupée et nécessaire qui m’aurait manqué au premier visionnage : « Lee Marvin a été traumatisé par son expérience de la guerre dans le Pacifique, ce film, c’est une allégorie de ce qu’il y a vécu. » Il y a tout un côté “métaphysique”, cynique, désabusé et absurde, voire parfois franchement hilare tellement le type qu’interprète Lee Marvin est buté au point de ne plus voir sa vie qu’à travers les 93 000 dollars après lesquels il court.

La construction en puzzle est adroite. Possible qu’en amoureux du classicisme de La Forêt d’émeraude, j’avais trouvé Le Point de non-retour trop « nouvelle vague » (ce ne serait pas loin d’initier plutôt le Nouvel Hollywood : on retrouve de tels procédés dans Conversation secrète).

Vu une première fois en 2005. J’en avais tellement un mauvais souvenir que je n’avais pas prévu de retourner le voir. De mémoire je voyais ça comme un polar qui décollait jamais, avec un rythme lent et bizarre ; je pense aussi que je ne comprenais pas les motivations du personnage et que son comportement était trop incohérent (pour le coup, fort possible que le côté « le type revient de la guerre » ait fait tilt pour lancer l’ambiance, mais ça, c’est peut-être aussi parce que le début du film est trop confus ; on comprend mal la situation de départ avec ses va-et-vient charcutant le récit introductif entre passé et présent. Il y a un côté Comte de Monte-Cristo, avec l’île, la trahison, la vengeance, qui ne marche pas).

John Vernon est un des meilleurs acteurs quand il est question de se faufiler dans la peau d’un méchant… jusqu’à ce que Boorman lui enlève son slip. Ça doit être l’effet Troisième Homme : les films noirs revus par l’humour imperceptible et subtil des Britanniques.

Et Angie Dickinson est parfaite. Sa première scène est compliquée, et elle aurait pu se rétamer en beauté ; elle joue à la perfection la fille qu’on oblige à se réveiller et encore sous l’emprise des somnifères… Son personnage sert de contrepoint au mutisme et à l’obsession folle de Lee Marvin, qui, lui, tel le héros classique et frigide du western, ne jettera jamais un regard sur une des plus belles femmes du monde. Il faut des aidants dans toutes les histoires (sauf peut-être dans Le Samouraï ; et encore, il doit y en avoir, j’ai en tête que certaines scènes fameuses). Si on y croit, c’est qu’elle aussi a été chahutée par la vie : elle suit Marvin ni par intérêt ni par amour absurde ; elle se rattache à quelque chose de son passé qui lui semble rassurant et familier. Rencontre de deux solitaires que tout oppose.


Le Point de non-retour, John Boorman 1967 Point Blank | Metro-Goldwyn-Mayer (MGM), Winkler Films


 


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Les Indispensables du cinéma 1967

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Les Plaisirs de la chair, Nagisa Ôshima (1965)

Le Casanova d’Ôshima

Etsuraku

Note : 4.5 sur 5.

Les Plaisirs de la chair

Titre original : Etsuraku

Année : 1965

Réalisation : Nagisa Ôshima

Avec : Katsuo Nakamura, Mariko Kaga, Yumiko Nogawa

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Ce n’est pas aussi subversif qu’on pourrait le penser (ou l’espérer). C’est très sage même. Une sorte de Casanova du pauvre. Le personnage principal commence puceau, puis gagne en quelque sorte au loto en s’appropriant de l’argent sale, et va s’échiner à dépenser tout son fric en se payant des bonnes femmes infréquentables. Comme s’il ne pouvait y avoir au Japon pour un type même fortuné que de la place pour de l’amour tarifé. C’est plus noir, nihiliste, que subversif ou cochon. La trajectoire est un peu la même que dans le Casanova de Fellini : l’un finit avec un pantin mécanique, l’autre avec une prostituée muette, laide et décérébrée. Le seul lien qu’on pourrait faire avec l’Empire des sens par exemple, c’est la quête extrême de la jouissance physique jusqu’à l’absurde et forcément la violence infligée aux autres ou à soi-même ; mais c’est très léger, l’accent est surtout porté sur la vacuité d’une quête qu’on sait dès le départ qu’elle sera sans issue.

C’est encore ailleurs que je trouve mon bonheur : le récit file droit, avec un rythme répétitif comme pour ressasser la même logique absurde et le côté inéluctable et toujours dérisoire d’un pauvre type qui ne cesse de chercher un corps pour combler ses désirs mais qui au fond ne cesse toujours plus de s’éloigner des autres (à la Casanova encore une fois). C’est rempli aussi de montages-séquences* ou des procédés foutrement inventifs qui donnent du relief à l’histoire plutôt que de faire prétentieux et maniéré. La maîtrise narrative est hallucinante (si on arrive à ne pas voir le film comme un film noir), l’utilisation de la musique aide bien, et les surimpressions dans ces montages-séquences laissent rêveur…

On pourra juste regretter un Katsuo Nakamura (l’acteur qui se fait peinturlurer la face dans Kwaidan) peu convaincant (le passage vers l’assurance que lui procure l’argent est trop brutal pour qu’on puisse y croire), et la présence trop rare à l’écran de Mariko Kaga, l’actrice sublime, énigmatique, de Fleur pâle, des Lundis de Yuka, de Silence sans ailes, ou plus tard de la mère dans La Rivière de boue. Une icône à la présence fantomatique qu’il semble bien idiot de ne pas exploiter comme il le faut.


Les Plaisirs de la chair, Nagisa Ôshima 1965 Etsuraku | Sozosha