Scénario du film Passion, Jean-Luc Godard (1983)

Scénario du film ‘Passion’

Note : 3.5 sur 5.

Scénario du film ‘Passion’

Année : 1983

Réalisation : Jean-Luc Godard

Godard aurait mieux fait toute sa carrière de “montrer” ses scénarios plutôt que de les tourner. Cette sorte de making-of d’un film raté se révèle bien plus intéressante que le film même.

Comme souvent, Godard est bien meilleur personnage/acteur que réalisateur/monteur d’images qui s’intéresse assez peu à l’histoire et qui n’aime rien de mieux que de perdre son public, s’il ne se perd lui-même. Il parle de métaphores d’ailleurs quand je parle d’aphorismes filmiques, et toute mon incompréhension de son cinéma se situe dans cette différence : j’adore l’écouter parler, parce que c’est un poète qui dit souvent n’importe quoi, mais ce n’importe quoi révèle une recherche constante d’un idéal. Et l’artiste qui cherche, ça me fascine. Il cherche comme Picasso cherche, et rate, dans le film de Clouzot ; et un artiste qui rate, là aussi, c’est beau.

Le problème, c’est que traduire ses mots en aphorismes d’images, ça complique déjà la chose, parce que le télescopage des idées est moins évident ; alors quand il dit lui-même, comme pour me répondre, qu’il use de métaphores, ça explique en quoi je suis si hermétique à son approche.

D’ailleurs, tout dans sa méthode de travail avec les acteurs, son sujet, son histoire me rebute. Il n’y a que la technique où il apporte quelque chose, au montage surtout. Mais c’est un peu comme écouter de la poésie russe sans rien y comprendre, ou de la philosophie allemande. Quoi que, je prête bien plus à la philosophie allemande une capacité à dire quelque chose de juste sur le monde, alors que Godard, c’est Godard qui n’est séduisant à voir que dans ses recherches permanentes et vaines.


 
Scénario du film ‘Passion’, Jean-Luc Godard 1983 | JLG Films, TransVidéo, Télévision Suisse-Romande

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Il boom, Vittorio De Sica (1963)

Note : 3.5 sur 5.

Il boom

Année : 1963

Réalisation : Vittorio De Sica

Avec : Alberto Sordi, Gianna Maria Canale, Elena Nicolai

Fable satirique qui aurait gagné à trouver un pendant au génial Sordi. Tout à la fois drôle et touchant, nous n’avons d’yeux que pour lui. La comédie à l’italienne me semble toujours meilleure avec des vis-à-vis efficaces et une satire mordante mais plus fine.

Il faut probablement penser que De Sica et Zavattini aient voulu reproduire la réussite d’Une vie difficile, sorti l’année précédente, et où Sordi réussissait à la fois à nous amuser et à nous attendrir en jouant admirablement les chiens battus en attente d’un sucre ou d’une caresse consolatrice (même si ça doit être une constante dans les films de Sordi quand on ne tombe pas dans le piège des caricatures).

Il boom, Vittorio De Sica (1963) | Dino de Laurentiis Cinematografica

Les péripéties me semblent moins nombreuses ici que dans le film de Dino Risi (le sujet, littéralement anecdotique, limite les possibilités), ce qui laisse un petit arrière-goût d’inachevé, et donc les vis-à-vis sont bien moins réussis que dans le Risi (si le rôle de la femme me paraît assez bien réussi, la focalisation sur la femme cette fois de l’entrepreneur borgne l’est beaucoup moins).

Le plus dur à suivre sans doute dans cette histoire, ce n’est peut-être pas les pirouettes que doit faire Alberto Sordi pour éponger ses dettes et préserver son train de vie ; non, le plus dur à admettre, le plus triste, c’est sa solitude. Or, là encore si on l’oppose à Une vie difficile dans lequel cet aspect était parfaitement exploité, et était même un moteur important du film, Il boom tire plus franchement vers la farce, voire la fable satirique, et peut-être moins vers une comédie dramatique comme pouvait le faire le film de Risi ou nombre de comédies italiennes réussies de la même époque. Si Il boom rate cette dernière marche, c’est peut-être là, sur son humanité. Manque quelques plans ou séquences de Sordi pitoyable, non plus en essayant de feindre et de jouer la comédie, mais pitoyable justement parce qu’il se rend compte de sa solitude, de ses sacrifices, et de sa condition de misérable arriviste prêt à tout pour être accepté d’une classe qui le méprise.


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Les hommes, quels mufles !, Mario Camerini (1932)

Note : 3.5 sur 5.

Les hommes, quels mufles !

Titre original : Gli uomini, che mascalzoni…

Année : 1932

Réalisation : Mario Camerini

Avec : Vittorio De Sica, Lia Franca, Cesare Zoppetti

Une comédie romantique italienne qui n’a rien encore de la critique sociale des comédies italiennes des années 60, à peine peut-on y voir un certain attrait pour les classes populaires des villes, et s’amuse-t-on y voir De Sica avec… une bicyclette.

On sent volontiers une influence de la comédie américaine pas encore screwball mais déjà romantique. Un homme, une femme, et pas grand-chose autour : Camerini sur ce plan pourrait même suivre sur sa lancée de son film muet, Rails, plus romance, pas du tout comédie, mais je ne connais pas assez le bonhomme et suis peut-être influencé par le visionnage récent de ce film, ça pourrait n’être qu’une coïncidence.

Les hommes, quels mufles !, Mario Camerini | Società Italiana Cines

En dehors de quelques effets de montage rappelant le cinéma muet expérimental, c’est plutôt efficace dans son registre, et il faut reconnaître que pour reproduire ainsi à chaque séquence le même type de situation, où deux jeunes pas encore amants qui se tournent autour se rejetant et allant vers l’autre tour à tour, il faut des acteurs admirables.

Je n’avais pas reconnu Vittorio De Sica lors de sa première apparition, et pour cause, je n’ai dû le voir en tant qu’acteur que dix ans plus tard dans I nostri sogni de Cottafavi. Très élancé, et déjà la gestuelle aristocrate pas vraiment faite pour un rôle de mécanicien qu’il interprète ici, mais on se moque de la cohérence. Le génie de l’acteur est déjà là, les mêmes expressions qu’on retrouvera si souvent par la suite : le sourire toujours de mise (même hypocrite, mais courtois — la marque très aristocrate de l’acteur), le petit regard qui flanche généreusement pour montrer qu’il pense, hésite ou s’apprête à mentir, et qui précède toujours une attaque censée cacher une sorte de double jeu constant (le sous-texte est permanent chez lui : il arrive avec cette manière de faire comprendre au spectateur que son personnage joue, ment ou séduit, qu’il cache ses réelles intentions ; le travail du spectateur est alors très simple : essayer de comprendre ce qu’il cache — mise en abîme fascinante qui renforce l’identification : on devrait savoir que c’est l’acteur qui joue, non son personnage qui cache quelque chose…). Et évidemment une vivacité dans le jeu, dans l’œil et les gestes, qui laisse peu de place au doute : un génie de la comédie. Comme tous les génies, il y a une évidence, et ce génie masque tout le reste.

De Sica crée ici un personnage à la fois charmeur et drôle ne disposant pas du moindre geste pouvant le rendre antipathique aux yeux du public. Quand il vient par exemple à gronder des enfants venant klaxonner à sa voiture, il fait mine de venir les frapper, et reprend son sourire charmeur. L’alliance rare de la noblesse et de l’humanité. Son jeu consiste à montrer qu’il séduit, qu’il ment donc, mais on ne sent jamais aucune mauvaise intention dans ce mensonge ; c’est de ces mensonges, ou de ces masques, dont on se pare, non pour tromper, mais à la fois pour être agréable à l’autre et pour masquer sa gêne ou sa timidité. Voilà, je le redis, le génie pour moi, ce n’est pas faire des plans-séquences, c’est ça, un type qui par son humanité, sa luminosité, vous convainc, que malgré tout ce dont est capable l’espèce humaine, elle est capable du meilleur dans ce qui pourrait paraître le plus anodin et le plus dispensable au monde. Un type bien, un peu sensible mais qui fait tout pour ne rien laisser paraître, et sympa. Certainement pas un mufle.


Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1932

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Scandale, Jay Roach (2019)

Note : 1.5 sur 5.

Scandale

Titre original : Bombshell

Année : 2019

Réalisation : Jay Roach

Avec : Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie

Dilemme pour les frêles cervelles de ces Miss America biotoxées de Fox News : crier au loup après l’avoir vu ou s’asseoir sur leur dignité.

C’est donc que consternant. Jay Roach semble expliquer qu’il a filmé la séquence du relevage de jupe avec plusieurs caméras pour éviter à l’actrice de rejouer la scène. Au-delà de l’inutilité de disposer de plusieurs plans, faut déjà se demander si montrer une telle scène a un sens… Cette séquence est peut-être pour moi une des scènes de cinéma les plus vulgaires et les plus inutiles depuis… beaucoup d’autres du Loup de Wall Street(on reste dans les loups et avec cette pauvre Margot Robbie).

Impossible d’adhérer aux déboires de tels personnages. Ces femmes sont antipathiques à un point que j’en ai presque la nausée. Pour paraphraser le titre d’un film où apparaissait également, il y a bien longtemps, Nicole Kidman : de telles femmes Prête(s) à tout, que ça leur retombe sur la figure, j’aurais du mal à pleurer leurs malheurs. Victimes, assurément, d’abord de leur épouvantable vénalité qui les rabaisse plus bas que terre : elles tirent bénéfices des sévices et humiliations dont elles sont victimes, aussi et surtout, pour accéder à des postes que des plus honnêtes et des plus professionnelles auraient décroché si la première d’entre elles avait bien fait comprendre à ces porcs qu’il n’était pas question d’accepter leurs propositions ou leurs remarques déplacées. Et quand on en vient à accéder à des postes par simple promotion canapé, est-ce qu’on peut encore parler de harcèlement ? Si certains des cas rapportés (et réels) à la fin du film relève du harcèlement, ceux présentés dans le film, s’apparentent parfois plus à de la corruption. Même si c’est un supérieur, ton patron, ou le pape qui te demande de baisser ta culotte contre promotion, tu peux encore claquer la porte, ça s’appelle de l’honnêteté et de la dignité. C’est aussi une question de morale : si tu acceptes, ça veut dire que dix derrière toi subiront le même sort.

Et on se retrouve même avec un trésor de cupidité pour des personnages qui n’ont que le fric en vue, à la fin, quand l’une d’elles empoche le chèque contre son silence (elle n’a en plus pas d’honneur puisqu’elle fait bien comprendre qu’elle prend le fric mais ne respectera pas l’accord). Les prostituées sont des victimes beaucoup plus à plaindre que ces dames du petit écran.

Il y a, en retour, trois secondes de rédemption possible pour le personnage (fictif) de Margot Robbie, quand elle décide de faire ce que la première et toutes auraient dû faire à la première allusion graveleuse : se barrer. À une époque où il est beaucoup question de consentement, il faut être clair : un enfant n’est pas disposé à exprimer de “consentement” face à un adulte prédateur. Un adulte contre adulte ? À des degrés divers, le corrupteur et le corrompu sont fautifs. Si le seul préjudice est porté par la victime, elle porte également une responsabilité morale qui porte atteinte à son honneur quand elle accepte des avances présentées comme un deal. Il n’est pas question d’attouchements par surprise, de viols ou de harcèlements, mais bien de deals. Qu’elles disent non et perdent leur job, et elles ont tout mon respect ; qu’elles cèdent aux avances et accèdent à des postes qu’elles n’auraient pas eus autrement, no way.

Tout n’est pas noir et blanc, les gros porcs d’un côté, les fragiles victimes de l’autre. Le regard réellement féministe dans cette histoire, on nous le propose jamais : celui des femmes qui n’ont jamais ce genre de promotion, voire de proposition, parce qu’elles ont dit non, ou parce qu’on ne s’imagine pas qu’elles puissent dire non. Il y a une différence par exemple quand on est une femme à décider de venir en jupe au travail, et de se l’imposer parce que c’est le patron qui le demande. Suffit de dire non. Refuser de mettre une jupe et… se casser, ça n’a jamais empêché personne de manger à sa faim. Ce genre de filles a-t-il appris à dire non ? Non.

Affligeant.


 
Scandale, Jay Roach 2019 | Creative Wealth Media Finance, Annapurna Pictures, BRON Studios 

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Shakespeare Wallah et The Householder, James Ivory

Duet

Note : 4 sur 5.

Shakespeare-Wallah

Année : 1965

Réalisation : James Ivory

Avec : Shashi Kapoor, Felicity Kendal, Geoffrey Kendal

TOP FILMS

Note : 4 sur 5.

The Householder

Année : 1963

Réalisation : James Ivory

Avec : Shashi Kapoor, Leela Naidu, Durga Khote

— TOP FILMS 

Ces deux premiers films de James Ivory me laissent sans voix. Je ne m’attendais pas à ça. De Ivory, je ne connaissais que le cinéma très à la mode dans les années 80 et les années 90 (peut-être un peu oublié aujourd’hui). Pourtant, il a commencé par deux films étranges tournés au Bengale avec une équipe qui lui restera longtemps fidèle (et qui sera donc responsable en partie des films plus connus de son âge d’or).

The Householder est clairement un film tourné à la Satyajit Ray, mais c’est fait avec quasiment le même génie. C’est terriblement conservateur, la morale du film pouvant être « tout finit toujours par s’arranger dans un mariage arrangé », mais voilà, c’est beau, et ça, aucune idéologie ne peut y résister.

Shakespeare Wallah s’ancre peut-être plus dans ce qui deviendra la marque des films futurs de James Ivory : une jeune actrice anglaise officiant avec ses parents acteurs depuis toujours en Inde qui s’éprend d’un Don Juan local (joué par le même acteur que dans le film précédent).

Comme pour le film précité, c’est dans les détails de la mise en scène que Ivory se montre particulièrement doué. Ce n’est pas seulement dans la construction des plans, mais dans la gestion des temps forts. On devine un excellent directeur d’acteurs. Avec pour paradoxe, un phénomène que j’ai rarement rencontré, mais qui peut arriver avec des acteurs faits essentiellement pour la scène : chez certains acteurs, si tout le jeu facial, émotionnel ou de corps est savamment étudié et signifiant (chaque geste semble être pensé pour caractériser son personnage), la diction n’est pas toujours très juste. L’ironie par exemple, c’est que l’actrice jouant une célébrité de Boolywood, jouant par conséquent des scènes ridicules dans ses propres films, joue admirablement bien les séquences “naturelles”. Et cela, alors même que son rôle est à la fois ingrat et difficile à jouer (rôle de femme jalouse, vulgaire et possessive). Celle qui lui fait face, la jeune Felicity Kendal, me paraît beaucoup moins juste dans ses intonations, mais est toujours parfaite dans ses expressions… Le sujet semble d’ailleurs inspiré par ses acteurs, vu que les trois acteurs “européens” de la troupe sont parents dans la vie. Les histoires les plus curieuses prennent parfois leur origine dans la réalité…

Merveilleux.


Shakespeare-Wallah, James Ivory (1965) | Merchant Ivory Productions Cohen Media Group

 

The Householder, James Ivory (1963) | Merchant Ivory Productions


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Top films indiens

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Mon ami le cambrioleur, Henri Lepage (1950)

Note : 2.5 sur 5.

Mon ami le cambrioleur

Année : 1950

Réalisation : Henri Lepage

Avec : Philippe Lemaire, Françoise Arnoul, Pierre-Louis

Un joli vaudeville qui ne passe pas une seconde la rampe. Les soirées bourgeoises dans les théâtres des grands boulevards devaient être amusantes avec de telles pièces. C’est certes amusant, mais il n’y a vraiment rien qui dépasse. Pire qu’une comédie sous la censure du code Hays, où même les voleurs sont de gentils garçons, et où rien n’est jamais dramatique : un suicide ? ce n’est qu’un jeu ? un vol ? ce n’est qu’un jeu… Comment prendre au sérieux des films (ou des pièces) qui ne se prennent jamais au sérieux ?

Manque pour ce genre de choses ouvertement futiles, des acteurs de génie. Foutez-y Cary Grant, et ça devient déjà plus palpitant. Parce que c’est le genre de pièce qui aurait très bien pu faire l’objet d’une adaptation à Hollywood. Du rythme, des situations cocasses, de l’absurdité… C’est du boulevard sans doute plus screwball que vaudeville. Malheureusement, ça parle trop souvent beaucoup trop fort. On ne fait pas beaucoup d’efforts pour masquer l’origine théâtrale au niveau des acteurs, alors que pour le « découpage » (comme il est dit dans le générique), ça ne me semblait pas si mauvais.

Suite de la rétrospective masquée de Françoise Arnoul à la tek en tout cas (on la voit en gros plan, poitrine totalement nue frictionnée par deux hommes… 1950 : faite ça dans une comédie aujourd’hui, aussi… bourgeoise, ça choquerait peut-être plus qu’à l’époque — et j’avoue, j’ai été surpris).

Vous voyez toutes ces comédies françaises qui sortent au cinéma aujourd’hui et qui se font sur des vedettes du petit écran ? Elles auront le même sort que ces comédies invisibles des années 50. Des bobines éphémères du grand écran. Les vedettes qui participent à ces inepties (parce qu’en dehors de celle-ci je doute que les films soient bien écrits) mangent à leur faim, c’est sûr, mais est-ce qu’ils ont conscience, ainsi que le public qui les adule, qu’une fois vus leurs films sont vite oubliés ? Quelle tristesse.


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Les Amants de Tolède, Henri Decoin (1953)

Note : 1.5 sur 5.

Les Amants de Tolède

Année : 1953

Réalisation :  Henri Decoin

Avec : Alida Valli, Pedro Armendáriz, Françoise Arnoul

De bons dialogues, mais une intrigue rocambolesque servie par une direction d’acteurs épouvantable (le casting pléthorique et la post-synchro n’aident pas).

Decoin se défend dans son découpage technique, les extérieurs sont bons, et petite consolation dans la distribution, Françoise Arnoul, dans son rôle de Sancha… Panzo, est pleine de vigueur (vigueur dont le film manque cruellement par ailleurs).

Le film est sans rythme. D’abord parce que le héros disparaît une bonne partie de l’intrigue et laisse tout l’espace laissé vacant à son opposant, qui malgré une tendance sur le tard à vouloir faire le bien pour contenter sa belle, est trop antipathique, trop cruel, et incarné par un acteur à la fois trop fade et outrancier pour arriver à nous faire oublier l’absence du principal héros. Le principal héros, qui est, par ailleurs, le principal boulet du film : un acteur trop vieux, sans charisme et jouant sans panache les rebelles. À ses côtés, Alida Valli est comme à son habitude sans intérêt. Image parfaite de la femme sans volonté soumise aux événements et au destin qui ne manque jamais de l’accabler (quand Roger Gicquel pleurait, petit, c’était toujours en venant s’écraser aux pieds d’Alida Valli). Pas moyen non plus de zieuter du côté de sa toilette : les costumes sont épouvantables (mal fichus comme des costumes de théâtre apprêtés pour d’autres, et incapables ici de masquer le manque de poitrine de l’actrice — pour porter un corset, il faut du volume, si on n’a pas de poitrine, la dernière chose à faire est de tricher et de souligner ce manque de poitrine par des bonnets vides…).

Le film est souvent risible. À se demander si les astuces du roman de Stendhal ne le rendent pas tout aussi risible. L’histoire de la malle est par exemple bien idiote et mélodramatique. Le film, s’il souffre par ailleurs (en plus du manque de rythme qui est pas mal lié à la direction d’acteurs qui oublie qu’on a affaire à un film de cape et d’épées où l’urgence doit régner en maître) d’un manque constant de rythme, c’est aussi parce que la musique ne joue jamais son rôle narratif comme il le fait la plupart du temps dans un récit du cinéma classique. Les ellipses tombent à l’eau, les transitions musicales sont inexistantes, et les musiques d’accompagnement glisse parfois dans l’atmosphère en contrepoint avec la situation jouée à l’écran (musique d’ascenseur pour une scène tendue).

Un désastre.


Les Amants de Tolède, Henri Decoin 1 953 | Films EGE, Lux Film, Atenea Films 

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Le Destructeur, Georg Wilhelm Pabst (1954)

Note : 2 sur 5.

Le Destructeur

Titre original : Das Bekenntnis der Ina Kahr

Année : 1954

Réalisation : Georg Wilhelm Pabst

Avec : Curd Jürgens, Elisabeth Müller, Albert Lieven

Quel est donc ce pays étrange et merveilleux qui n’a pas de nom de ville, de pays, qui même semble ne pas avoir connu la Seconde Guerre mondiale ?

C’est tellement aseptisé que ça ne ressemble plus à rien : un pays imaginaire d’Europe qui pourrait tout aussi bien être une Allemagne d’avant-guerre fantasmée car sans une trace de nazisme, l’Allemagne de l’Ouest, l’Autriche voire la Suède… Quelle étrange impression de nous montrer un pays sans rien savoir de son époque, de son environnement politique, social, culturel ou architectural. Difficile d’avoir des informations sur le roman original, c’en est d’autant plus inquiétant, mais il semblerait bien qu’il s’agisse de l’Allemagne de l’Ouest un peu moins de dix ans après la fin de la guerre. Comment peut-on raconter une histoire, en particulier quand une grande partie de cette histoire se déroule quelques années auparavant dans un long flash-back sans avoir la moindre référence à ce qui se passe autour de soi ?! C’est comme si toute référence contextuelle avait été gommée pour ne plus montrer qu’un pays imaginaire… Une manière pour le moins étonnante de ne pas avoir à évoquer (un regard sur) certains démons pour mieux se concentrer sur une histoire qui en vaut à peine le coup, et probablement assez bourgeoise pour divertir le public allemand à qui il faut à nouveau vanter les vertus de la société de consommation et la supériorité des petits tracas domestiques sur toute autre considération dangereusement politique.

L’argument laisse rêveur. Un homme à femmes qui passe son temps à les tromper (répliques collectors : « Pourquoi m’as-tu trompé ? » « Certainement pas par amour. Par curiosité je pense. » Voilà, l’occasion s’est présentée alors on a fait l’amour…) et que le personnage principal du film (sa femme et sa meurtrière, pourtant) semble défendre en permanence. Même son meurtre (et son suicide raté) passe pour être un service rendu à son salaud de mari. Une morale pour le moins étonnante (j’ai dû écrire dix fois ces mots dans le commentaire). Un goujat de première qui passe pour un séducteur et qui ne voit jamais le mal de ce qu’il fait ; et des gourdes assez abruties pour tomber dans ses bras et le défendre… La femme, même quand elle décide de tuer son mari, elle reste victime de son emprise incompréhensible et prend toute la part de sa responsabilité sans jamais la justifier par le comportement de son mari (des hommes aujourd’hui en rêveraient d’une telle docilité).

Faut dire qu’à part jouer les salauds innocents qui pensent avec leur bite, Curd Jürgens n’a pas grand-chose du séducteur. Comment est-ce que cet acteur (assez bon au demeurant) a-t-il pu développer par la suite une carrière d’icône aristocratique et romantique dans une ribambelle de films internationaux à succès, alors même qu’à la voir dans ce film, on a l’impression qu’il a toujours été vieux… ? Voilà un nouveau mystère. Parce qu’il faut voir ce que c’est que la classe allemande de l’époque, et qui explique pour une bonne part les coupes mulet à venir : Curd Jürgens n’est pas fichu de porter un costard ou un pull à sa taille, rien ne lui va, il est bâti comme une cafetière hottentote. Et c’est moi ou il porte une perruque ? La classe, pour sûr.


 

 


 

 

 

 

 

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La Fin d’Hitler / Le Dernier Acte / Der letzte Akt, Georg Wilhelm Pabst (1955)

Note : 4 sur 5.

La Fin d’Hitler / Le Dernier Acte

Titre original : Der letzte Akt

Année : 1955

Réalisation : Georg Wilhelm Pabst

Avec : Albin Skoda, Oskar Werner, Lotte Tobisch

Une tension permanente et des acteurs phénoménaux : si Albin Skoda réussit l’incroyable défi d’interpréter Hitler, c’est surtout Oskar Werner qui impressionne. Si le premier joue tout en puissance et en vocifération (sans jamais tomber dans la caricature, joli exploit), le second joue plus en subtilité, en charme, avec une écoute et une imagination assez sidérantes, un charisme aussi, une précision, et une capacité à jouer sur différents niveaux ou tonalité qui me laisse sans voix… Un exercice (c’est un quasi-huis clos) à montrer à tous les prétendants acteurs.

La mise en scène de Pabst est également pleine d’inventivités. Les mouvements de caméra et les gros plans arrivent à illustrer la tension de fin de règne qui souffle durant tout le film. Certaines surimpressions sont magnifiques, tout comme les jeux d’ombre (comme ce visage casqué de soldat placé devant la porte du dictateur s’apprêtant à se suicider et qui restera dans l’ombre). La dramatisation en revanche de l’inondation de la station de métro est probablement de trop, laissant penser à une pièce rapportée pour sortir opportunément du bunker (même s’il s’agit d’un fait historique, présenter l’épisode comme un dernier caprice du Führer me paraît bien inutile, le reste parle déjà proprement contre lui).

La musique également est parfois un peu too much, notamment lors du dernier plan : alors qu’ils sentent les troupes soviétiques fondre sur Berlin, les derniers fidèles brûlent en hâte les corps d’Adolf Hitler et d’Eva Braun (cette précipitation était bien assez dramatique pour devoir ajouter une musique sur ce finale). Tout ce qui précède n’en est pas moins un joli tour de force, et ceux ayant le souvenir de La Chute avec Bruno Ganz y retrouveront la même atmosphère à la fois crépusculaire et hystérique. Il faut peut-être aussi apprécier le cinéma tourné comme du théâtre filmé. Difficile de faire autrement. Du théâtre donc, mais également, surprise du chef, un peu de champagne et de danse (plus beau passage du film d’ailleurs).

 


 

 

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Ça s’est passé à Rome / La giornata balorda, Mauro Bolognini (1960)

Note : 4 sur 5.

Ça s’est passé à Rome

Titre original : La giornata balorda

Année : 1960

Réalisation : Mauro Bolognini

Avec : Jean Sorel, Lea Massari, Jeanne Valérie, Rik Battaglia

Excusez du peu : histoire de Moravia, scénario de Pasolini et mise en scène de Bolognini…

Le film est resté longtemps aux oubliettes, et pour cause, la société, à travers la journée d’un jeune père de famille, pauvre, tout juste sorti de l’adolescence, errant d’un notable à l’autre de la ville en recherche d’un emploi, présente un tableau assez peu flatteur de la jeunesse pauvre de la fin des années 50, et des rapports humains dans leur ensemble. D’emploi, notre jeune père errant n’en trouvera pas, du moins d’honnête, et au contraire, il aura le temps et le loisir, si on peut dire, et cela en à peine quelques heures, d’avoir des aventures sexuelles avec trois femmes différentes… La première, sur un toit, amie d’enfance après qui il court un long moment, et dont le harcèlement lourdingue serait de nos jours considéré comme un viol (même si elle ne semble pas bien lui en vouloir après — mais on rappelle que trois hommes sont aux commandes du projet, la vision proposée se mêle donc parfois à certains fantasmes, en l’occurrence ici, celui qu’une femme forcée à faire la mort y trouvera quand même son compte et, autrement, que le fait de dire “non” participe à un jeu de séduction auquel, finalement, elle prendrait toute sa part…). La seconde est une prostituée ramassée sur la route à la sortie de Rome et qui semble tout droit sortir d’un défilé de mode (celle-ci est pourtant sympathique avec lui, mais le goujat partira sans payer — ça, c’est un homme !). Et la troisième, une femme de la haute ou de la grande… escroquerie. C’est avec cette dernière que se passe l’essentiel de l’après-midi, sur la plage, sur la route ou sur le chemin du retour vers Rome (après une escapade coupable, ou maladroite, c’est selon, dans les buissons).

À voir ce magnifique parcours, telle une sorte de voyage initiation de l’absurde ou de la pérégrination sociale en quête de tram capable de ne pas vous laisser sur le bord de la route…, il faut croire qu’aucune issue n’est possible. Le constat est implacable : une seule méthode pour réussir et s’élever dans l’échelle sociale, le vice. Soit en se prostituant aux plus riches que soi, soit en magouillant (le plus certainement en travaillant au service d’un grand magouilleur institutionnel). La société ne se résume qu’en des hommes, des femmes, des bites, des vagins, des exploités, des exploitants, des escrocs, des victimes, des notables et des indigents, des parents et de la marmaille à nourrir… Implacable. C’est noir de chez noir. Et une curieuse resucée du néoréalisme à l’heure des nouvelles vagues européennes.

L’entrée en matière de Bolognini sonne d’ailleurs très surréalisme, mais sa technique n’en est pas moins admirable : travelling en contre-plongée sur une cour d’immeuble où le linge ondule dans le vent et sur leurs fils, mouvement en avant, une pirouette en passant sous une passerelle, puis mouvement arrière… Le tout avec le bruit des habitants le plus souvent indistincts et quelques accords de musique annonçant la tonalité noire du film… Comme une descente progressive dans les enfers (ou les égouts, dirait Hugo) de Rome.

Ça s’est passé à Rome, Mauro Bolognini 1960 La giornata balorda | Euro International Films, Produzioni Intercontinentali, Transcontinental Films

Avec ses faux airs de Christophe Rippert, Jean Sorel, s’il avait croisé le chemin de réalisateurs plus généreux, aurait peut-être eu une carrière à la Alain Delon. Ça se joue à rien parfois. (La même année, il apparaît là encore dans une coproduction franco-italienne, Les Adolescentes. Et cinq ans plus tard à nouveau avec Mauro Bolognini dans Les Poupées. Deux pépites, pourtant.)


 

 


 

 

 

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L’obscurité de Lim

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