Chez les femmes, Mikio Naruse (1955)

Onna doshi

Onna doshi Année : 1955

Réalisation :

Mikio Naruse

Avec :

Hideko Takamine
Ken Uehara

9/10 IMDb iCM

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Hideko jalouse l’infirmière qui travaille avec son mari de médecin. Après avoir lu son journal intime, elle décide de trouver un bon parti pour l’infirmière : le marchand de légumes qui vient les livrer tous les jours. Elle arrange le coup, faisant croire qu’ils sont mutuellement intéressés à l’un et à l’autre. Heureusement, ils finissent par s’entendre, au plus grand bonheur de Hideko. Son mari, qui comprend ses manigances, lui dit qu’il n’y avait rien entre eux. Tout est bien qui finit bien, sauf qu’il faut désormais au médecin trouver une nouvelle infirmière… Et celle-ci est bien plus belle et jolie que la précédente.

Comédie légère et subtile comme une fable. La force du détail comme toujours. L’interprétation de Hideko Takamine est splendide : il faut la voir rayonner quand son mari lui propose le marchand de légumes comme prétendant à l’infirmière, ou la voir, souriante, faire l’entremetteuse.


Jean qui rit… Chez les femmes, Mikio Naruse 1955 Onna doshi | Toho Company


La Bête blanche, Mikio Naruse (1950)

« L’Étranger à l’intérieur d’une femme »

La Bête blanche

Note : 5 sur 5.

Titre original : Shiroi yajû / White Beast

Année : 1950

Réalisation : Mikio Naruse

Avec : Mitsuko Miura, Sô Yamamura, Eiji Okada, Chieko Nakakita, Mayuri Mokushô, Noriko Sengoku

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Magnifique huis clos « carcéral ».

Habituellement, Mikio Naruse montre la société des femmes dans les bordels ou les bars. Ici, c’est la face sombre des quartiers des plaisirs. On est avant l’interdiction de la prostitution, et sans que cela soit bien expliqué pour des questions de décence compréhensible, on regroupe dans cet institut tenu à l’écart de la société des anciennes prostituées (je vous laisse imaginer ce que représente la bête blanche du titre). Elles doivent accepter d’y travailler un an sans quoi elles iront en prison (la vraie, cette fois).

L’une d’elles prétend ne pas avoir fait le tapin, mais avoir fait ça pour le plaisir… nymphomane. Menteuse ou non, arrogance probable ou dignité refoulée, peu importe, on la voit arriver de loin, et on va la suivre jusqu’à la fin. Éduquée et pouvant passer pour une femme du monde sans son insolence de fille des rues, elle tranche avec les autres pensionnaires, et très vite, comme pour convaincre le personnel traitant de la réalité de sa nymphomanie, va vouloir séduire à la fois le directeur et le docteur (qui est en fait une jeune femme).

La Bête blanche, Mikio Naruse 1950 Shiroi yajû / White Beast | Tanaka Productions

Le récit décrit les autres personnages de cette prison pas comme les autres, et on découvre au fur et à mesure leur histoire. Une des plus jeunes, atteinte de syphilis comme beaucoup, se découvre enceinte et se trouve en face d’une décision délicate quand il faut décider de garder l’enfant. Une autre, elle aussi atteinte de syphilis, voit son ancien prétendant revenir de la guerre, ignorant que sa famille a été tuée et qu’elle a dû se prostituer pour survivre. C’est peut-être dans ces retrouvailles que se situent les scènes les plus remarquables du film, avec une musique pesante et un rythme lourd, comme un thriller ou une scène d’enterrement. Bien sûr ici le dilemme est que l’homme est totalement naïf et qu’elle n’a aucune envie de lui révéler sa condition…

Un chef-d’œuvre à part dans la filmographie du maître japonais, mal compris, peut-être, mal aimé et méconnu, sans doute plus.

(Audie Bock précise que le film était pratiquement achevé en 1947 quand la grève des employés du studio a commencé. L’actrice principale en a donc profité pour se barrer aux États-Unis, et le film n’a été achevé que deux ans plus tard.)



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Une femme indomptée, Mikio Naruse (1957)

Arakure (Untamed Woman)

Arakure
Une femme indomptée mikio naruse 1957 Arakure (Untamed Woman) Année : 1957

Réalisation :

Mikio Naruse

Avec :

Hideko Takamine, Ken Uehara, Masayuki Mori

8/10 iCM IMDb

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Naruse retrouve son trio de Nuages flottants (Takamine, Mori, et Mizuki pour l’adaptation). Les thèmes chers à Naruse sont aussi de la partie : la transition du Japon traditionnel à une société plus occidentalisée (l’époque du début du XXᵉ siècle est propice à ce sujet avec l’arrivée des inventions occidentales multiples et la mode importée des vêtements occidentaux qui va permettre au personnage de Takamine de s’enrichir) et la lâcheté (ou la frivolité et l’incompétence) des hommes.

Abonnée aux rôles de femmes qui tiennent tête, Hideko Takamine est une nouvelle fois bien servie. En revanche, pour une fois, elle ne joue pas une femme de la classe moyenne japonaise, mais une servante de la campagne, adoptée, et qui va chercher à élever son statut. La vulgarité du personnage, son audace, son tempérament presque masculin n’est jamais antipathique parce qu’elle y apporte une touche de nuance et d’humour.

Comme c’est une habitude, les événements s’enchaînent à une rapidité folle ; à chaque scène une nouvelle situation, et les scènes font parfois moins de trente secondes. Ce personnage féminin, c’est une sorte de Scarlett des campagnes. Sauvage, comme l’indique son titre.


Une femme indomptée, Mikio Naruse 1957 Arakure (Untamed Woman) | Toho Company

Et qui voilà pour un de ses premiers rôles ?


Angry Street, Mikio Naruse (1950)

La Rue en colère

Note : 4 sur 5.

Titre original : Ikari no machi

Année : 1950

Réalisation : Mikio Naruse

Avec : Jûkichi Uno, Yasumi Hara, Yuriko Hamada, Yoshiko Kuga, Takashi Shimura, Setsuko Wakayama

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Juste avant l’adaptation du Repas en 1951 qui scellera Naruse dans le shomingeki jusqu’à la fin de sa carrière, et la même année que l’excellent White Beast, voici donc Angry Street. Probablement encore un film de propagande, ou en tout cas un film qui doit donner le ton à un Japon qui doit se relancer et ne pas s’égarer. Si White Beast mettait le doigt sur la prostitution et les problèmes sanitaires que cela engendrait, ici le film cherche clairement à dissuader le spectateur qui serait encore tenté par le marché noir ou l’escroquerie. Une sorte de film noir bourgeois ou moral. Et c’est encore très réussi.

Deux amis d’enfance, des étudiants, gagnent leur vie en escroquant des gamines de leur âge. L’un est vétéran de la guerre et imagine tous les “coups” ; l’autre est un fils de bonne famille qui exécute les plans en séduisant les jeunes filles. Dès le premier coup, la cruauté est palpable. La première victime n’est pas la première venue, mais Yoshiko Kuga (qui la même année tourne Until We Meet Again, chef-d’œuvre multirécompensé). Victime idéale donc (pour un spectateur qui aurait vu le film d’Imai, qui est un mélo très noir, lui infliger en plus une escroquerie, on comprend le message…).

L’arrogance, la vile satisfaction des deux petits cons après leur coup, donne très vite le ton : ces deux-là sont parfaitement méprisables. À partir de ce moment, leur trajectoire ne cessera pas de prendre des chemins différents. On prend le temps de planter le décor d’un jeu dont ils ne seront très vite plus maîtres. Le fils de bonne famille prend de l’assurance et veut miser sur deux chevaux en même temps. Rien ne se passera comme prévu, et à chaque désillusion, il ne fera que s’enfoncer jusqu’à flirter avec les vrais méchants, les durs de la rue avec qui le message du film dit clairement qu’il faut éviter de se frotter (si ce sont des étudiants, ce n’est pas pour rien).

Angry Street, La Rue en colère, Ikari no machi Mikio Naruse 1950 | Tanaka Productions

Si l’un s’enfonce donc dans ses certitudes en voyant arriver de l’argent vite gagné, l’autre, celui qui imaginait les coups au départ et qui semblait le plus rude, va faire complètement volte-face. La ficelle est grosse et pourtant ça marche comme il faut. Les remords, il commence à en avoir quand il rencontre par hasard un ami des tranchées qui lui parlait de sa fiancée au pays… Le monde est petit, dit-il, et bien sûr, cette fille se révèle être une des filles qu’ils veulent escroquer. On ne s’attarde pas sur cette coïncidence, le sujet est ailleurs. C’était utile pour déclencher chez lui ces remords, il demande à son ami d’arrêter qui va refuser. On est chez Naruse, donc si les ficelles sont grosses, ce n’est pas grave, on tire dessus, et on en fait du mélo. Ainsi, le garçon revoit les étudiants qui eux doivent faire des tas de petits boulots ingrats pour se payer leurs études quand eux ont la belle vie. Le coup de grâce arrive quand il revoit la sœur de son compagnon. On comprend vite qu’il l’aime, et en repensant à son passé, il sent tout le déshonneur sur ses épaules. On n’est pas loin des critiques faites aux samouraïs où bien souvent, ce sont les petites gens qui se montrent plus honorables que ceux qui sont censés suivre des principes d’honneur. C’est bien lui qui fait volte-face et non le garçon de bonne famille…

La suite est entre film noir, mélo familial, drame de l’amitié à la Il était une fois en Amérique. La naïveté des personnages féminins est touchante, comme la dignité de la mère. La morale est sans détour. Si tu veux être Scarface, tu vas être “scarface” : qui s’y frotte s’y pique.

Encore un Naruse inhabituel donc, mais il faut l’accepter comme on voit Hawks toucher à tout. Le savoir-faire de Naruse est là : il va droit à l’essentiel et sait utiliser avec intelligence une petite touche de mélo. Comme d’habitude, tous les acteurs sont formidables. Beaucoup d’acteurs d’à peine la vingtaine. La particularité du système de studio japonais… On peut avoir un jour un premier rôle et jouer ensuite les utilités.

Loin du niveau et de la grâce de White Beast, mais très réussi.



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Anzukko, Mikio Naruse (1958)

Anzukko

Note : 3.5 sur 5.

Année : 1958

Réalisation : Mikio Naruse

Avec : Sô Yamamura ⋅ Kyôko Kagawa ⋅ Isao Kimura ⋅ Keiju Kobayashi

Naruse a participé lui-même à l’adaptation de cette histoire de Saisei Muroo (Frère aîné, Sœur cadette). On commence par un film à la Ozu où il faut marier la fille. Les prétendants se succèdent et il faut croire qu’ils ne feront pas le bon choix. Le film prend alors un nouveau tournant où le récit se concentre sur une confrontation entre le beau-fils et le père, souvent par l’intermédiaire de la fille, qui était pourtant le personnage principal au début, mais qui ne sert plus ici que de messagère entre les deux. Le sujet est devenu le parallèle entre la réussite du père écrivain et la volonté du fils de réussir dans le même domaine mais sans succès. Incapable de subvenir aux besoins de sa famille (alors que la fille se refuse à avoir des enfants, comme pour montrer qu’elle a fait une faute en faisant ce choix ; jamais on ne les verra vraiment comme des amants ou même un couple, mais plutôt comme des adolescents qui n’ont rien en commun) le père les héberge, accentuant du même coup la confrontation entre les deux hommes, et les comparaisons…

Le fils est malheureusement trop antipathique et la fille est plus ou moins inactive. Ce qui faisait la force des films de Naruse, ce sont bien sûr ces hommes lâches, mais ils sont relégués au second plan, c’est le plus souvent pour montrer à quel point les femmes sont fortes, entreprenantes et dignes. Ici, elle reste digne, mais elle ne va pas se séparer de son mari comme elle le pourrait et comme Setsuko Hara le faisait dans Le Repas pour affirmer son caractère par exemple. Elle reste une petite fille, qui a besoin de son papa. Difficile de comprendre quel est le principal sujet de cette histoire et d’avoir de la sympathie pour tous ces personnages.

Anzukko, Mikio Naruse 1958 | Toho Company

Le ton du film est à l’opposé de celui de Ma mère ne mourra jamais[1]. Ici, c’est le désespoir qui règne, et le fils a beau travailler, il n’arrive jamais à rien. Si on sait que la fille s’évertue à travailler chez elle pour gagner un peu d’argent, on ne l’y voit pas trop forcer le destin pour faire avancer sa famille ; elle préfère se réfugier chez papa. C’est un peu comme voir un funambule avec un filet, on a peine à croire qu’ils sont réellement en danger puisqu’ils peuvent à tout moment retourner sur la rampe.


[1] Ma mère ne mourra jamais dans notes de visionnages


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Les Vicissitudes de la vie I et II, Mikio Naruse (1937)

Les Vicissitudes de la vie

Titre original : Kafuku I

Note : 4 sur 5.

Titre original : Kafuku II

Note : 4.5 sur 5.

Année : 1937

Réalisation : Mikio Naruse

Avec : Minoru Takada, Takako Irie, Chieko Takehisa

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Mélo conventionnel mais parfaitement exécuté. On retrouve Naruse là où il est le plus à l’aise : le mélo.

Un homme promet à une fille de se marier avec elle, mais il accepte d’ici là de rejoindre sa famille dans la difficulté. Son père lui demande de se marier avec une jeune fille de bonne famille pour régler leur problème d’argent. Il hésite d’abord puis rencontre la jeune fille, une vieille connaissance qui le convainc de se marier avec elle en lui disant qu’elle ne s’opposera pas à ce qu’il ait une maîtresse… Déjà la lâcheté des hommes et l’opposition entre société traditionnelle et occidentale (dans les films futurs ce sera surtout l’ombre de l’occidentalisation assombrissant peu à peu la société traditionnelle japonaise, ici c’est une opposition plus visible, car les personnages évoluent chacun dans un de ces mondes).

La seconde partie est encore meilleure. Le récit prend une tournure inattendue, réunissant les trois protagonistes, et surtout liant la femme et l’ancienne petite amie, mère du fils du marié…

L’enchaînement des scènes est extrêmement rapide, avec chaque fois une évolution qui paraît juste, jamais pour chercher à faire le coup fort de suite, mais au contraire placer les pièces pour — on le comprend tout de suite — un dénouement qui ne fait que se rapprocher. Du grand art.


Les Vicissitudes de la vie, Mikio Naruse 1937 | Toho Eiga



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Okuni et Gohei, Mikio Naruse (1952)

Okuni et Gohei

Okuni to Gohei

Année : 1952

Réalisation :

Mikio Naruse

7/10  IMDb

Avec :

Michiyo Kogure ⋅ Tomoemon Otani ⋅ Sô Yamamura ⋅ Eiko Miyoshi

Mikio Naruse évolue ici plutôt dans le registre de Mizoguchi, celui des Amants crucifiés.

Le point de départ est intéressant mais l’exécution beaucoup moins. Pas vraiment la faute de Naruse, mais des faiblesses du scénario. Le premier acte est trop court : l’exposition de l’amour impossible entre le samouraï et la jeune fille, le refus du père d’accepter cette union et le mariage avec un autre, tout ça vient trop vite, on n’a pas le temps de croire en leur amour, et on n’a pas assez le temps de sympathiser avec ce personnage féminin, ni de croire en son caractère pugnace vu qu’elle accepte sans trop de difficulté la décision de son père. La suite est tout aussi précipitée : aussitôt mariée, son mari est assassiné. Elle le sait déjà, par son ancien prétendant. Aussi, pour racheter son honneur, selon le code du bushido, le jeune samouraï au service de la famille doit partir sur les routes avec la veuve de son maître pour se venger. La relation entre les deux personnages est cette fois réussie mais l’intervention de l’assassin de son mari est trop tardive. Elle donne presque immédiatement le dénouement, aucun autre détour, ça paraît trop évident. La fin manque de caractère, c’est un peu trop roman photo : ce samouraï, on le connaît à peine, on ne peut pas sympathiser ou comprendre son conflit intérieur (son amour pour elle contrarie sans cesse sa voie du samouraï).


Okuni et Gohei, Mikio Naruse 1952 | Toho Company


Avalanche, Mikio Naruse (1937)

Avalanche

Nadare Année : 1937

Réalisation : Mikio Naruse

7/10  
 Avec : Hideo Saeki ⋅ Ranko Edogawa ⋅ Noboru Kiritachi

Que du beau monde à la mise en scène : Mikio Naruse donc, Honda premier assistant, Kurosawa en second (celui-ci louant d’ailleurs ce qu’il avait appris lors de ce tournage).

Histoire très simple, courte. Mais sans grand intérêt. L’introduction pourrait être celle de tous les meilleurs films de Naruse : des personnages pris tout à coup dans une avalanche de sentiments qu’ils ne maîtrisent pas. Le reste est assez inintéressant.

Tout le charme réside dans le montage. Les fondus pour passer d’une séquence à une autre, parfois des fondues « à la vague » (comme on dit « au noir »), et une proposition audacieuse en ces premiers temps du parlant : la possibilité d’entendre les pensées des personnages. Un panneau descend en fondu, et la pensée « défile » en off. Deux ou trois séquences bien montées également en flash-back et surimpression. Pas bien brillant.


Nadare (Avalanche) 1937, Mikio Naruse | P.C.L. Eiga Seisaku-jo


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Désir meurtrier, Shôhei Imamura (1964)

Imamura, 100% pur porc

Désir meurtrier

Note : 4 sur 5.

Titre original : Akai satsui

Année : 1964

Réalisation : Shôhei Imamura

Avec : Masumi Harukawa ⋅ Kô Nishimura ⋅ Shigeru Tsuyuguchi ⋅ Yûko Kusunoki ⋅ Ranko Akagi ⋅ Tomio Aoki

Des personnages borderlines. Des bêtes plus que des hommes. Impulsifs, névrosés, odieux, égocentriques, malsains, menteurs et brutaux. Chacun d’eux cherche à imposer ses désirs aux autres sans considération aucune pour leur existence. Le désir peut bien être meurtrier pour être rassasié. Car le désir est une faim impérieuse, un démon, une divinité qu’il faut honorer à travers des offrandes sacrificielles. Tout le reste, n’est qu’artifice, du consommable. Chez Imamura, la société n’existe pas. Il n’y a qu’une jungle où les porcs et les loups sont les maîtres. Des prédateurs en quête de proies faciles. La femme est donc une victime sans possibilité d’évasion. Tantôt objet sexuel devant assouvir les pulsions des hommes, tous les hommes ; tantôt une mère, une pondeuse. Le seul répit, elle le trouve en jouant les bonniches. Il faut que la couche resplendisse et que le bain soit prêt à temps.

Cruel, injuste, cynique, vain, et sans issue. Et finalement, terriblement humain. Il est là le génie d’Imamura. Il ne fait que gratter le vernis. Montrer les hommes, et la société, tels qu’ils sont derrière des prétentions et des sophistications fumeuses.

L’homme, cette bête. Ce fou. Ce meurtrier.

Imamura mourra, et le reste est silence : après la faim, la fin.


Désir meurtrier, Shôhei Imamura 1964 Akai satsui  | Nikkatsu


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Les Indispensables du cinéma 1964

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The Chase, Yoshitarô Nomura (1958)

Noir rosée

The Chase

Harikomi

Note : 4.5 sur 5.

Titre original : Harikomi

Année : 1958

Réalisation : Yoshitarô Nomura

Avec : Hideko Takamine, Minoru Ôki, Takahiro Tamura, Seiji Miyaguchi

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Difficile à cataloguer. Je le répète assez souvent, j’adore particulièrement les « antifilms ». Antiwesterns, antifilms de samouraï, films antimilitaristes, et donc ici quelque chose qui s’apparenterait à un antifilm noir. C’est doux, c’est frais, c’est fragile…, alors allons-y pour une définition de « noir rosée ».

« Voici le trou, voici l’étiquette, savourez.

Tandis qu’à l’étage deux cops de garde jouent aux dés

En épiant en face la matrone bourrue, savourez… »

Nous voilà comme dans un Hitchcock. Le sujet fait penser à Fenêtre sur cour : un criminel est en fuite et deux flics sont chargés de guetter son retour en face de la maison de sa maîtresse. Seulement rien ne se passe. Dans le film d’Hitchcock, le personnage de James Stewart remarque rapidement des scènes intrigantes, la tension ne fait que monter ; on est comme dans un mauvais rêve. Ici au contraire, tout est clair, lumineux : petit village de campagne, la chaleur moite de l’été, la blancheur des ombrelles, le calme et l’ennui des soirées où rien ne se passe. Tout semble pur, ordinaire, comme le caractère de cette femme dont on imagine mal qu’elle puisse être liée à un dangereux criminel. Forcément, c’est Hideko Takamine.

Le film joue avec les codes du film à suspense en proposant un contexte et un environnement plutôt inattendus pour un tel sujet. Hitchcock disait que le choix des acteurs était la plus grande part de son travail de directeur d’acteur. Et que l’utilisation des stars avait un avantage : en plus d’attirer la sympathie immédiate du spectateur, on profitait du souvenir qu’on avait d’eux dans les autres films. Ici, c’est évident : le choix d’Hideko Takamine doit ne laisser aucun doute sur la probité de son personnage, et donc accentuer l’impression que si rien ne se passe, c’est que les détectives ont été envoyés sur une fausse piste. Pourtant, sachant cela, on sait bien que ça ne prépare qu’à un renversement spectaculaire où les masques tomberont enfin, sinon il n’y a pas de film.

The Chase, Yoshitarô Nomura 1958 Harikomi | Shochiku

Regarder sans être vu, c’est déjà être dans la suspicion. Plus on attend, plus on doute, plus ce qui apparaissait anodin commence à devenir suspect, et plus ce qu’on croyait être sans reproche finit, faute d’éléments concrets, faute de preuves ou d’indices, par être sujet à nos fantasmes (aux deux détectives comme pour nous, puisqu’on adopte le point de vue des voyeurs). Si on ne voit rien, c’est forcément qu’il y a quelque chose !… Un suspense déterminé non pas par l’action, mais par l’absence d’action, par la déraison, le fantasme et les apparences. C’est la puissance du cinéma : montrez un personnage qui en suit un autre et immédiatement la suspicion naît. Et l’utilisation constante du montage alterné en champ contrechamp entre le voyeur et sa cible donne à chacun de ces contrechamps une forte impression de subjectivité (le contrechamp n’est jamais neutre, on cherche comme le voyeur à repérer le détail qui viendra tout d’un coup confondre la cible). Feuillade avait déjà utilisé le procédé dans Fantomas : la poursuite sans être vu, ce fantasme parmi les fantasmes, est particulièrement cinématographique et fera toujours recette. Même sans menace réelle, il suffit donc d’utiliser ce qui est devenu un code, pour suggérer le danger. Et retarder toujours plus longtemps l’échéance d’un dénouement. Mieux, plus qu’un simple suspense où on ne se questionne pas sur la nature de l’événement redouté mais plutôt sur l’instant où il va se produire, ici, non seulement on craint l’instant de ce dénouement, mais la crainte est en plus renforcée par le fait qu’on ne sait pas réellement ce qu’il faut craindre. On n’a jamais aussi peur que face à un danger dont on ignore la nature exacte.

Le film possède un autre procédé de suspense détourné. Hitchcock s’amusait à dire qu’il filmait les scènes d’amour comme des scènes de crime et les scènes de crime comme des scènes d’amour. Si tant est que ça veuille bien dire quelque chose, on pourrait appliquer ce principe au film. Les scènes dédiées à la détente, aux souvenirs et aux conflits amoureux, se passent dans l’obscurité de la nuit. La nuit n’inspire aucune méfiance. Les scènes de poursuite, elles, sont en plein jour : au lieu de voir un détective suivre un criminel, on a plutôt l’impression de voir un type suivre une jolie fille qui lui plaît… Le dénouement aussi se fera en plein jour. Et surtout, la nature des relations entre les deux « amants », la dangerosité supposée du fugitif, tout ça se révélera bien désuet éclairé par la lumière du jour. En adoptant alors le point de vue des fuyards, tout comme le détective qui les épie, on comprend leur situation, leurs motivations, et ce qui les relie. Une histoire banale. Comme l’amour. Au lieu d’avoir une fin de film noir, on retrouve un finale de mélo. Un noir à l’eau de rose. Dans Fenêtre sur cour, on avait devant les yeux le pire de la nature humaine ; ici, on ne regarde finalement qu’une tragédie banale de la vie. Il était terrible de penser dans le film de Hitchcock que des crimes pouvaient se produire à deux pas de chez nous et qu’il suffisait de se planter à la fenêtre pour les voir ; ici, il est terrible de penser que deux amants inoffensifs doivent se retrouver dans les collines, au plus loin de la civilisation et derrière les buissons, pour échapper à leur triste sort…

Alors, on paie pour voir un bon gros thriller, avec un bon gros méchant, et le criminel se révèle être un jeune homme sans envergure, attachant et désespéré. Les codes du film noir sont pris à contre-pied. Même les traditionnels flashbacks sont utilisés pour exprimer les difficultés de couple du détective — une manière de préparer son empathie (donc la nôtre) envers ces deux amants crucifiés modernes. À travers ces deux idylles parallèles et avortées, le message est clair et s’adresse à tous les amants : profitez tant qu’il est possible de l’amour que vous éprouvez l’un pour l’autre, ne vous laissez pas distraire par des obstacles finalement assez futiles, et entretenez autant que vous le pouvez cette chance qui vous est offerte d’être ensemble. Être ensemble ? Tant qu’on s’aime, oui.

Alors ? Un film noir, un thriller ? Non. Un noir bien rosé.

« On approche, et longtemps on reste l’œil fixé

Sur ces deux amoureux, dans la bourbe enfoncés,

Jetés là par un trou redouté des infâmes,

Sans pouvoir distinguer si ces deux mornes âmes

Ont une forme encor visible en leurs débris,

Et sont des cœurs crevés ou des guignards pourris. »

(Huguette Victor)


Regarder sans être vu, l’effet Koulechov appliqué au principe du voyeurisme : tout ce qui est anodin devient, par le simple fait de le dévoiler, suspect. Catalogue :


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