Tueurs nés, Oliver Stone (1994)

Thèse-antithèse-foutaise

Tueurs nés

Natural Born Killers

Note : 2 sur 5.

Titre original : Natural Born Killers

Année : 1994

Réalisation : Oliver Stone

Avec : Woody Harrelson, Juliette Lewis

C’est l’époque où les scénarios de Tarantino remuent tout Hollywood. Il a déjà tourné, mais on ne lui fait pas confiance pour tourner ses propres scénarios : Reservoir Dogs étant culte, mais n’ayant pas cassé la baraque au box-office… — Bref, les studios ne veulent pas laisser les clés d’un film à un cinéphile…

Résultat : True Romance est très moyen et Tueurs nés, ne vaut pas mieux.

Non seulement, l’histoire de Tarantino ne vaut pas un film. Il s’en est sans doute rendu compte trop tard (ou pas) et Oliver Stone n’a pas modifié la chose. C’est mieux pour le Quentin qui aura compris la leçon en incorporant ces deux personnages de cinglés dans une histoire, celle de Pulp Fiction (les deux amoureux dans le fast-food), au lieu de tenter de faire une histoire de violence autour de ses deux personnages et en voulant dénoncer la violence des médias alors que lui-même en est fasciné (dans Reservoir Dogs il trouvait le bon ton pour mettre la violence en scène, pas en parler…). C’est la première erreur d’Oliver Stone : il veut faire un film sur la violence, mais aussi en faire un film à thèse, et la violence n’est jamais rien de plus qu’une ambiance, une sauce qui accompagne une histoire — elle n’est jamais l’histoire…

Tueurs nés, Oliver Stone (1994) | Warner Bros., Regency Enterprises, Alcor Films

En plus, le cinéma n’est pas un discours. Donc on ne peut pas faire dire des choses à un film, on ne peut pas faire une réflexion sur un thème en particulier, aucun message possible, ou ceux des éternelles mêmes évidences — le cinéma n’est rien d’autre qu’un spectacle. Quoique, on peut, bien sûr…, mais il faut accepter de n’être jamais compris. (Aucun message possible, quand il est visible, tandis qu’il peut passer quand il est suffisamment « invisible », cf. le « message invisible » chez Ken Loach.)

Qu’il prenne la violence comme thème de fond, soit, mais s’il n’y a que ça sans rien d’autre derrière, son film ne devient rien d’autre qu’un de ces objets télévisuels violents que Stone semble vouloir condamner. Ça ne sert à rien de vouloir faire des films à thèse parce que les trois quarts du temps, on se retrouve au milieu d’un malentendu. Jouer des milliers de rôles humanistes dans des films avec une incroyable crédibilité et sincérité n’a, de la même manière, jamais empêché John Wayne d’être un républicain affirmé tendance extrême-droite.

En plus, Stone semble vouloir reprendre un ton décalé, pour ne pas cautionner la violence, comme le fait Tarantino, mais il se fourvoie totalement.

Seconde erreur : ce n’est pas du cinéma, c’est un clip vidéo.

Même si on veut dire quelque chose dans un film, si le cinéma avait un quelconque don pour passer des messages à la société, ce n’est pas avec un rythme sous amphétamine qu’il va convaincre qui que ce soit. Il a compris qu’il fallait de l’ironie pour faire passer la violence des personnages de Tarantino, mais d’une part, comme dit plus haut, chez Tarantino, la violence n’est pas tout à fait gratuite parce qu’il y a avant tout une histoire qui pourrait très bien être racontée sans elle. D’autre part, Oliver Stone fait une grave faute de goût en manquant de subtilité. L’humour de Tarantino est très théâtral, absurde. Le ton, et surtout le rythme, est cool, contemplatif et seulement parfois surexcité… Alors que là, on vire totalement à la farce, voire au Grand-Guignol : le jeu est exagéré, rapide — tout le contraire du style de Tarantino qui aime en bon amateur de westerns spaghetti, accentuer ses effets, prendre son temps. En plus, Stone, ce n’est pas vraiment le cinéaste de la farce, c’est plutôt un réalisateur qui aime d’habitude le sérieux et le réalisme. Tout le contraire de l’esprit tarantinesque. Tarantino, c’est tout le contraire du réalisme : il prend des clichés et joue avec. Tandis que Stone, en bon cinéaste réaliste, veut donner une cohérence, une vérité à ses personnages. Difficile avec un scénario comme celui-ci…

Le seul qui ne s’en tire pas trop mal dans ce grand n’importe quoi, même si totalement hors sujet, parce qu’il est celui qui y va le plus dans l’outrance (mais ça, c’est la faute de Stone qui s’est trompé dans le ton du film), c’est Tommy Lee Jones. Avant ça, il jouait des flics sérieux, durs et qui là, montre son talent pour la farce. Parce que lui a compris que Tarantino écrivait des farces… Un talent qu’il montrera à nouveau dans un Batman si je me souviens bien, mais aussi, dans un style plus contenu, plus… “tarantinien”, dans Men in black.

Bref, un film raté et vulgaire. Et au même titre qu’American history X, il manque totalement son but en voulant jouer aux intelligents… Le cinéma n’est pas là pour faire des leçons de moral, et si on tente le coup, on prend le risque du malentendu.

La seule morale de l’histoire, et le paradoxe, c’est que ces films sont ensuite appréciés, vénérés par des détraqués, fascinés par la violence contenue dans ces films sans rien comprendre au message ou au second degré (qui là, n’existe pas donc).

Il y a une seule chose à comprendre au cinéma : c’est qu’il n’y a rien à comprendre ou que tout est ré-interprétable par chaque spectateur. Chacun son film : on voit ce qu’on veut bien voir, et très souvent c’est très éloigné de la version qu’aurait voulu transmettre un cinéaste. Tout n’est que malentendu… Il ne vaut donc mieux rien vouloir dire de bien sérieux, à cause du risque de n’être pas compris. Ou sinon, au lieu de vouloir faire une thèse, il faut savoir garder ses distances, avec un récit neutre, une mise en scène brute, distanciatoire, pour donner à réfléchir (à la Brecht), comme l’a fait Kubrick dans Orange mécanique (le film d’ailleurs semble vouloir s’en inspirer avec une référence explicite de « la scène du passage au tabac avec musique et chorégraphie », et cela, pour délimiter les deux parties du film, pour accentuer la référence du film découpé en deux ou trois longues séquences, à la Kubrick…), ou encore Haneke dans Funny Games ou Gus van Sant dans Elephant (même si dans ce dernier l’aspect parfois purement esthétique est comme une tâche sur la « pureté » de ton du film).

Si un film devait être quelque chose, ça se résumerait à une expérience. Et à chacun de tirer les leçons qu’il veut. On ne peut pas prendre le spectateur par la main et lui expliquer ce qui est bien ou mal, beau ou laid… Ça, c’est à lui de le décider.


 


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La Flibustière des Antilles, Jacques Tourneur (1951)

Pirates, pirates, ah ah ah !

La Flibustière des Antilles

Note : 4 sur 5.

Titre original : Anne of the Indies

Année : 1951

Réalisation : Jacques Tourneur

Avec : Jean Peters, Louis Jourdan, Debra Paget

Qualité Tourneur : densité de l’action, mais avec… peu d’action. 80 minutes de film : on ne s’ennuie pas, et on a l’impression de faire le tour du monde. Tourneur coupe les instants de bravoures obligés dans les films de pirates, parce qu’au fond, la baston, c’est toujours un peu la même chose… Donc tout est centré sur une évolution rapide de la trame. Une histoire simple mais bien ficelée — que du bonheur.

Ce serait intéressant de produire de tels films aujourd’hui, qui ne se prennent pas au sérieux, qui ne se compliquent pas la vie en voulant faire du grandiloquent et en prenant le risque de se casser la gueule. Ça manque. Les fantaisies doivent forcément être de grosses machines publicitaires. Aujourd’hui, les petits films (tournés pour des centaines de millions de dollars) rêvent de casser la baraque et ça s’en ressent, ça pète dans tous les coins, c’est forcé, prétentieux…, et ce que Tourneur se permet ici d’éviter pour se concentrer sur la trame et les personnages, on ne pourrait pas le faire de nos jours où chaque scène est pensée pour devenir un grand moment d’anthologie.

Peut-être que certaines séries TV justement ont ce rôle aujourd’hui : on met le paquet sur l’histoire, les personnages, et ensuite, on évite de donner les clés à un réalisateur qui se la joue trop perso…

On sait ce qu’il en est advenu des pièces romantiques et bourgeoises du XIXᵉ siècle ; tous ces excès finiront au cabinet. Le sucre et les cris ne durent qu’un moment. La simplicité d’un page Tourneur, ça marque toute une vie.


La Flibustière des Antilles, Jacques Tourneur (1951) | Twentieth Century Fox


Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1951

Listes sur IMDb :

MyMovies: A-C+

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La Dernière Séance, Peter Bogdanovich (1971)

La Dernière Séance

The Last Picture Show

La dernière séance, Peter Bogdanovich (1971)Année : 1971

Réalisation :

Peter Bogdanovich

7/10 IMDb  iCM

Liste :

MyMovies: A-C+

Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables de 1971

Vers le Nouvel Hollywood

Avec :

Timothy Bottoms
Jeff Bridges
Cybill Shepherd
Ellen Burstyn

Je crois que c’est le premier film que je vois de Bogdanovich (également acteur droopien — il joue le psy de la psy de Tony Soprano).

C’est vraiment pas mal du tout. Histoire cent fois racontée sur la vie des jeunes adultes dans des coins perdus des USA, et encore une fois, c’est différent (c’est comme ça qu’on crée des mythes : avec une histoire qu’on peut prendre par tous les bouts, qu’on peut retourner dans tous les sens, et avec à chaque une nouvelle découverte).

American way of — no — life

Pour le plaisir aussi de voir des acteurs qui confirmeront par la suite : Jeff Bridges (mille fois plus beau aujourd’hui), Cybill Shepherd (connue surtout pour avoir joué le rôle de la petite amie de Robert dans Taxie Driver) et l’acteur “irréel” de Johnny s’en va-t-en guerre.

De mémoire, on peut lire certaines anecdotes croustillantes dans Le Nouvel Hollywood de Peter Biskind, concernant Bogdanovich (et sa femme Polly Platt notamment, présentée un peu comme l’antithèse de son mari, à la fois sans talent et coureur de jupons).


Lettres d’Iwo Jima, Clint Eastwood (2006)

Lettres d’Iwo Jima

Letters from Iwo JimaLettres d'Iwo Jima, Clint Eastwood (2006)Année : 2006

7/10

IMDb iCM

Vu le : 16 septembre 2007

Réalisation :
Clint Eastwood

Avec :

Ken Watanabe
Kazunari Ninomiya
Tsuyoshi Ihara

Second volet de sa fenêtre « guerre du pacifique : la guerre c’est pas bien ».

Ce n’est pas si mal que ça. Contemplatif, comme du Eastwood, mais avec des acteurs japonais. Surprenant toutefois, comment un metteur en scène peut-il diriger des acteurs qui parlent une autre langue que la sienne ? Le résultat a toujours donné — en tout cas en français, pour ce que je peux en juger — des catastrophes. Le japonais n’était pas ma langue maternelle, difficile de juger du résultat… Il n’y a finalement aucun recoupement avec le premier film, et c’est sans doute pas plus mal — cela aurait été un peu gadget. Mais on a du mal à s’attacher à ces personnages enfermés dans leur trou. Malgré le savoir-faire, dans le rythme surtout d’Eastwood, on finit par se moquer de leur sort, sans doute parce que Clint s’en moquait aussi. Pas de scènes références, longues comme dans Un monde parfait par exemple. Chez Eastwood, c’est souvent à la fin qu’il nous tient — là rien.

Un coup pour rien malgré la bonne tenue générale, mais on attend toujours du vieux Clint quelque chose qui fasse mouche. Chez lui, c’est souvent le sujet qui importe, et c’est bien là où le film peine à nous intéresser. Encore une fausse bonne idée (je parle du diptyque).


Lettres d’Iwo Jima, Clint Eastwood (2006) | DreamWorks, Warner Bros., Malpaso Productions


Scandaleusement célèbre, Douglas McGrath (2006)

Infamant

Infamous
InfamousAnnée : 2006

6/10 IMDb iCM

Réalisation :

Douglas McGrath

Avec :

Toby Jones
Daniel Craig
Sandra Bullock

Infamous est traduit comme ils peuvent par Scandaleusement célèbre… C’est bon les gars, vous pouvez laisser le titre original avec son jeu de mot au lieu de nous faire un titre tout juste bon pour une comédie lourdingue ?…

C’est le récit de l’époque de la vie de Truman Capote quand il a écrit son œuvre la plus connue. J’avoue que j’y connais rien en capote (pas rire !), mais là ça fait franchement pas envie. C’est une sorte de Proust revu par Austin Power : mondain, homo (version cage au folle), cherchant une nouvelle forme d’écriture (entre roman et reportage puisque Capote s’intéresse à un fait divers et vient en prison rencontrer les coupables de meurtres multiples pour alimenter son « roman »).

Franchement insupportable pendant toute la première moitié, mais dès qu’on entre dans le réel sujet du film, la passion de Capote pour l’un des deux meurtriers, leur relation tendue (voire bandante) et ambiguë, ça devient plus intéressant. Parce que le sujet n’est plus la folle Capote, mais bien un sujet qui tient la route, le même sans doute que celui du roman : il faut se garder de juger les gens avec passion. Sujet qui rappelle les meilleurs films de Lang (lui n’avait pas besoin de Capote) sur l’injustice, les lynchages, les apparences, etc. En fait, Capote intitule son roman De sang froid et ce n’est pas relier au meurtre de sang froid pour lequel les deux assassins se sont rendus coupables, mais au contraire, le meurtre « de sang froid » dont ils seraient les victimes si on les mettait au milieu de la foule avide de « justice ».

La forme est plutôt discutable, mais le film mérite finalement qu’on s’y arrête. Sinon on peut lire le livre (et moi, je ne lis pas Capote).


Hôtel Rwanda, Terry George (2004)

De la nécessité d’étiqueter

Hôtel Rwanda

Note : 3.5 sur 5.

Année : 2004

Réalisation : Terry George

Avec : Don Cheadle, Sophie Okonedo, Joaquin Phoenix

Un peu tire-larmes, mais c’est pour la bonne cause. Pour en savoir un peu plus sur ce qui s’est passé pendant le génocide…

Au début, on est un peu agacé par l’accent de Don Cheadle, et puis finalement, on n’a pas le choix, on s’y fait.

On apprend donc très vite que la rivalité entre Hutu et Tutsi a été créée de toutes pièces par les colons belges qui ont décidé de délimiter les Rwandais en deux camps. Un peu comme ce qui s’est passé avec l’Inde et le Pakistan, sauf que là-bas, on les a différenciés sur des identités religieuses. Au Rwanda, les Belges, les ont différenciés sur des critères physiques : les grands d’un côté et les petits de l’autre, pour former les Hutus puis les Tutsis, ces derniers étant les préférés des colons belges… Et voilà comment du racisme, engendre de l’injustice et à nouveau engendre… du racisme…

En fait, c’est un peu comme si on séparait ceux qui ont les cheveux bouclés et ceux qui les ont lisses… Les enfants n’ayant pas forcément les mêmes critères esthétiques que leurs parents, impossibles de déterminer qui est quoi, vu qu’ils ont la même langue et ont la même culture, bref, c’est à l’origine une ethnie identique…

Voilà pour la première phase absurde. Ensuite, c’est une phase surréaliste, où comme le personnage principal, on voit venir, mais on n’y croit pas. En fait, tout est parti d’un animateur radio qui lançait les ordres à travers son émission, sa voix était comme une sorte de voix tombant du ciel (ou d’outre-tombe) qui animait le désir de revanche des Hutus, attisait la haine, et même donc, donnait les ordres d’exécution, parfois avec une précision diabolique ! La voix du diable… Dans un film, ça aurait été gros, mais non, c’est la vérité…

Hôtel Rwanda, Terry George (2004) | United Artists, Lions Gate Films, Industrial Development Corporation of South Africa

Le film prend le parti de s’attacher au destin de ce « juste » Hutu, directeur d’un hôtel de haut standing, qui est un peu contraint, au moins au début, de réfugier des Tutsis. Lui, tout ce qu’il veut c’est protéger sa femme tutsie, mais elle ne veut pas laisser sa famille…

Le plus ignoble, c’est de voir le désintérêt des pays occidentaux dès que les massacres commencent, puisque très vite, ils décident de partir, ne laissant plus qu’un ou deux casques bleus… — Bien sûr, pas de pétrole au Rwanda, ni même de café, de chocolat, d’or, rien.

Les scènes surréalistes et tire-larmes se succèdent, avec la super musique en toile de fond et un dénouement des plus heureux — pour nos héros (morale bien américaine où dans les films catastrophe le labrador à la fin de nos héros est retrouvé, et où en Afrique, deux ou trois enfants, valent bien un chien… — le plaisir cathartique du spectateur est sauf !).

Bref, tout ça est tout de même bien flippant.

C’est bien gentil de vouloir mettre des étiquettes sur chacun, comme si on était des pots de yaourt. C’est pratique, c’est sécurisant, on a l’impression comme avec un yaourt que puisqu’on sait que c’est un yaourt à la fraise, on aura moins de chance d’avoir de mauvaises surprises que s’il n’était pas étiqueté et qu’on ne savait pas à l’avance sur quoi tomber.

Réclamez à votre grande surface la mise en place de yaourts-surprises : ce qu’on veut c’est manger du yaourt, au fond le parfum on s’en moque… (sauf pour les yaourts goût cerise, ceux-là, on peut les exterminer — faire un génocerise vite et massif).



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Flags of Our Fathers (mémoires de nos pères), Clint Eastwood (2006)

Flags of Our Fathers

Mémoires de nos pères

Note : 4 sur 5.

Titre original : Flags of Our Fathers

Année : 2006

Réalisation : Clint Eastwood

Avec : Ryan Phillippe, Barry Pepper, Joseph Cross

Sans doute le plus gros film d’Eastwood, en matière de production. Aidé ici par Spielberg, il fallait bien.

Le Clint élargit sa palette de manière étonnante… Après avoir fait des westerns, des films de complot, des thrillers, des comédies douces-amères, des road-movies, des chroniques, le voilà maintenant avec un film « historique », façon Il faut sauver le Soldat Ryan. Le plus étonnant encore, c’est qu’on reconnaîtra toujours sa patte : sans corrompre son talent dans de grands effets de mise en scène, il colle au plus près de l’histoire et va à l’essentiel. Ce qui offre au récit une structure dense et transparente.

On accroche moins parce que c’est beau ou parce qu’il y a « matière à voir ou à regarder », mais parce qu’on entre toujours de la meilleure des manières dans l’histoire, en collant au plus près des personnages. Les enjeux sont simples et clairement définis, on sait où il veut en venir, et cela procure à la vision une certaine confiance, un abandon, parce que sachant qu’il nous mène quelque part, on le sait aussi capable de résister à la tentation d’une scène à faire parce que « tiens, ce serait intéressant de faire ça… »

C’est un auteur à la Howard Hawks, capable de s’adapter à son sujet avec la même maîtrise. Malheureusement, c’est sans doute avec le recul qu’on s’apercevra qu’il est l’un des réalisateurs les plus importants du cinéma, parce qu’il a touché à tout. Pour beaucoup, il reste encore l’Inspecteur Harry ou l’acteur de western spaghetti… Il n’y a guère qu’en France où il passe pour un excellent réalisateur. Étonnant pour un style si académique. Honkytong Man, Un monde parfait, Sur la route de Madison, Impitoyable (que personnellement je n’aime pas), et bien d’autres westerns, ça tient souvent la route (c’est le cas de le dire). Jamais le même film, mais un thème qui pourrait être récurrent : qui sommes-nous derrière les apparences ? On y retrouve souvent un certain dépit, une mélancolie, et cette ironie qu’il avait quand il faisait l’acteur et qu’on décelait à peine derrière le masque…

Sinon, le film ? Il est bien. (Je fais des progrès, je ne spoile pas).

(Commentaire sur Lettres d’Iwo Jima)


Flags of Our Fathers, Clint Eastwood (2006) | DreamWorks, Warner Bros., Amblin Entertainment


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Diner, Barry Levinson (1982)

Si on ne fait plus de rêves, on fait des cauchemars

Diner

Note : 3.5 sur 5.

Année : 1982

Réalisation : Barry Levinson

Avec : Steve Guttenberg, Mickey Rourke, Kevin Bacon

Premier film de Barry Levinson, et premier sur la jeunesse de Baltimore — un thème qu’il reprendra souvent par la suite. Une chronique sur cette jeunesse dans les 50’s… Et Levinson a l’idée de nous montrer cette évolution par le biais bien souvent de rencontres au snack du coin. D’où le titre.

C’est très plaisant à regarder parce que c’est bien foutu tout simplement. Les dialogues sont très bien écrits (à la limite pourtant parfois de l’improvisation sans doute — donc énorme travail au montage…) ; avec des acteurs jeunes qu’on reverra tous par la suite : Mickey Rourke et Kevin Bacon pour les plus connus, les autres, on les a déjà tous vus, mais on ne mettra pas forcément de nom sur leur bouille.

Quelques scènes résument le film. Celle du cinéma et de la queue plantée dans le cornet de pop-corn (qui sera reprise plus tard dans je ne sais plus quel film*). Un autre où l’un des garçons fait passer à sa future femme un quiz sur le foot us : si elle rate à un certain nombre de questions, le mariage est annulé (idéal pour rester célibataire). Une autre, juste et pathétique, où le jeune marié engueule sa femme (avec qui il s’est juste marié parce qu’elle était canon, alors qu’ils n’ont jamais rien à se dire et absolument rien en commun) parce qu’elle a rangé un disque de James Brown à la lettre J et non à la lettre B et qu’elle a rangé un disque dans la section R’n’B alors que c’est du JAZZ… Tout est dans le détail, Barry.

Bien sympathique.

*La Boum (1980), donc antérieur.


Diner, Barry Levinson (1982) | Metro-Goldwyn-Mayer (MGM), SLM Production Group


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Brainstorm, Douglas Trumbull (1983)

Brainstorm

Brainstormbrainstorm-douglas-trumbull-1983 Année : 1983

Réalisation :

Douglas Trumbull

6/10  IMDb

Avec Christopher Walken (avec sa gueule de dingue illuminé) et avec Nathalie Wood.

C’est très bien pour ce que c’est (un truc de S.F) réalisé par un fan d’effets spéciaux (ou un spécialiste plutôt) jusqu’au dernier tiers et là il y a une grande ellipse pas très crédible* et la fin est complètement bidon, ridicule. Mais purée pour un film comme ça, les acteurs sont vraiment incroyables.

* on comprend mieux quand on sait que c’est le dernier film de Nathalie Wood et qu’elle est morte (noyée) avant la fin du tournage… Le film est sorti seulement deux ans après sa mort.


Sur La Saveur des goûts amers :

Top des films de science-fiction (non inclus)


Le Marchand de Venise, Michael Radford (2004)

Une histoire de dette qui coûte chair

Le Marchand de Venise

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : The Merchant of Venice

Année : 2004

Réalisation : Michael Radford

Avec : Al Pacino, Lynn Collins, Jeremy Irons, Joseph Fiennes

Al Pacino en Shylock, ça fait rêver.

Ce n’était pas ma pièce préférée du dramaturge anglais quand j’étais adolescent, mais finalement, quand on y comprend quelque chose, c’est passionnant…

Le problème de la pièce, c’est que ça part dans tous les sens, il n’y a aucune unité d’action. Et en fait, on ne comprend qu’à la fin où veut en venir Shakespeare puisque les deux actions principales s’achèvent, et elles ont une thématique commune. En gros, faire des serments, des promesses, prendre des engagements, ce n’est pas bien… Parce que d’un côté, on a Shylock qui a passé un accord avec Antonio, un accord des plus étranges parce qu’il stipule que si Antonio ne rembourse pas une somme due à telle date, l’usurier juif pourra prendre en compensation une livre de chair ; et de l’autre, Portia qui veut éprouver la loyauté de son mari qui lui a… promis de ne jamais se séparer de son anneau de mariage… (L’île de la tentation avant l’heure — ou la crise de la dette, c’est selon).

D’ailleurs, j’émets une hypothèse : on n’a jamais su si Shakespeare avait réellement écrit ses pièces puisqu’on n’a pas de manuscrit et sa biographie est très incomplète… Et là, en voyant encore une fois une femme (Portia) qui a le beau rôle, qui fait tourner en bourrique son mari, et surtout qui mène tout le procès à elle seule alors qu’elle s’est déguisée en homme, on peut réellement se demander si ces pièces ne sont pas écrites par une femme. Ce serait d’ailleurs ironique de voir une Madame Shakespeare elle-même déguisée en homme à cette époque où, au théâtre, tous les rôles de femmes étaient tenus par des hommes… Portia était donc jouée par un homme qui jouait une femme travestie en homme ; mais si en plus, on imagine que Shakespeare elle-même jouait ce rôle de Portia, alors ça reviendrait à supposer qu’une femme jouait un homme interprétant une femme travestie en homme… D’accord j’arrête.

Que ce soit un travesti ou un hermaphrodite que ça ne m’étonnerait pas non plus… Ce serait son côté « ambisexualité »… Oui, on trouve toujours une chose et son contraire dans ses pièces. Tout est toujours extrême mais un même temps, indéfinissable : il est capable de faire des pièces romantiques comme des pièces effroyablement barbares, les personnages ont toujours une dualité qui les laisse dans le flou (Hamlet joue les fous, mais finalement n’est-il pas réellement dingue ? Y a-t-il de l’antisémitisme dans le Marchand de Venise ? Falstaff, gentil ou méchant ?… Et même… Shakespeare a-t-il écrit toutes ses pièces ? Était-il une femme ou un homme ?). C’est ça le génie…

Sinon, le film ? Il est bien.


Le Marchand de Venise, Michael Radford (2004) Movision, Avenue Pictures, UK Film Council


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