La nuit nous appartient, James Gray (2007)

La nuit nous appartient

We Own the Night Année : 2007

Réalisation :

James Gray

8/10  IMDb

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Avec :

Joaquin Phoenix, Mark Wahlberg, Robert Duvall, Eva Mendes

On reste dans les mêmes ambiances que ces deux précédents films. C’est lent, obscur et sacrément bien filmé.

On retrouve les deux acteurs de The Yards (Wahlberg et Phoenix) et il continue de choper un acteur de Coppola (après James Caan, voici Robert Duvall).

C’est vrai que c’est assez ressemblant au Parrain… Là, le film est très bien, mais il passe sept ans pour écrire un scénario et il y a je ne sais combien d’approximations dans celui-ci. Pas sérieux ça James. Fais-toi aider, mince ! Ton truc, c’est la mise en scène.

Wahlberg, il a tout de même une chance incroyable. Ce n’est pas le meilleur acteur dont on puisse rêver et au bout du compte, le voilà qui aura tourné avec deux des cinéastes les plus exigeants actuellement : Gray donc mais aussi Paul Thomas Anderson. Pour un petit nouveau gars du quartier, c’est plutôt pas mal…


La nuit nous appartient, James Gray 2007 | Columbia Pictures, 2929 Productions, Industry Entertainment


Funny Girl, William Wyler (1968)

Une étoile est nez

Funny Girl

Note : 4 sur 5.

Année : 1968

Réalisation : William Wyler

Avec : Barbra Streisand, Omar Sharif, Kay Medford, Anne Francis, Walter Pidgeon

Dernier succès de William Wyler, peut-être le cinéaste le plus récompensé à Hollywood. C’est un peu un symbole que ce soit un vétéran qui mette en scène l’une des dernières comédies musicales… À la même époque, le western hollywoodien et la comédie musicale flamboyante vont tomber en désuétude. Grand spectacle, Technicolor, mélange de comédie et de drame…, c’est la comédie musicale, genre propre au système des studios qui s’évapore sous nos yeux.

Peu importe, c’est un bonheur. Le film est porté par le talent et la personnalité, de Barbra Streisand. Elle sait tout faire : chanter, danser comme une poire, et surtout, faire rire ! On aura rarement vu une fille jouer aussi bien les petites idiotes. C’est qu’il en faut du génie pour jouer avec spontanéité et sincérité l’étonnement éberlué de son personnage quand elle croise Omar Sharif pour la première fois. Elle a un sens du rythme qu’elle arrive à manier avec une certaine forme de spontanéité. Il y a un charme, une intelligence qui ressort de tout ça, c’en est presque troublant. Parce que oui, Barbra Streisand est belle. On en vient à adorer cet énorme nez, à être hypnotisés par ce regard louche. Une telle vitalité, ça donne de l’énergie (et dans la vie les gens comme ça, ça épuise plus qu’autre chose, mais c’est cinégénique).

Le scénario n’est pas d’une grande perfection. L’histoire semble un peu être calquée sur celle d’Une étoile est née, avec son mari boulet vivant avec les plus grandes difficultés la réussite de sa star de femme. L’addiction au jeu de Omar Sharif remplace en quelque sorte l’alcoolisme de Frederic March ou de James Mason. Sergio Leone semble aussi avoir emprunté la scène finale des retrouvailles dans les loges pour Il était une fois en Amérique. C’est vrai que ça fait de belles scènes, pourquoi se priver.


Funny Girl, William Wyler 1968 | Columbia Pictures, Rastar Productions


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Dans la vallée d’Elah, Paul Haggis (2007)

Crise améroïdaire

Dans la vallée d’Elah

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : In the Valley of Elah

Année : 2007

Réalisation : Paul Haggis

Avec : Tommy Lee Jones, Charlize Theron, Jonathan Tucker, Susan Sarandon, James Franco, Josh Brolin, Jason Patric

Un militaire est porté disparu dans une caserne américaine. Son père, lui-même ancien militaire, est prévenu et part à sa recherche. Le corps de son fils, ou ce qu’il en reste (il a été découpé en morceaux, puis brûlé dans une vaine tentative de dissimulation du corps), est retrouvé près d’une route sur un terrain appartenant à l’armée. L’enquête est disputée par la police locale (une femme flic au grand cœur, interprétée par Charlize Theron) et par la police militaire américaine. Le père (Tommy Lee Jone) poursuit sa propre enquête.

Le film suit alors le schéma d’un film policier banal : les doutes des enquêteurs, les fausses pistes, les revirements intempestifs… Mais ce n’est pas tant le cadre d’une simple enquête à résoudre qui importe. Le film dépasse sa nature première et nous dévoile un malaise profond. Le malaise de l’Amérique tout entière, comme l’illustre symboliquement la dernière image du film avec un drapeau américain hissé à l’envers pour signifier la détresse d’une nation en péril. Et plus particulièrement, le malaise de l’armée US, l’armée censée apporter la liberté et la démocratie dans le monde, en Irak, et qui se révèle être une immense usine à fabriquer des psychopathes, comme l’avait déjà démontrée par le passé la Guerre du Vietnam.

Dans la vallée d’Elah, Paul Haggis (2007) In the Valley of Elah | Warner Independent Pictures (WIP), NALA Films, Summit Entertainment

Une œuvre antimilitariste sans doute, qui échappe surtout au manichéisme et aux certitudes toutes faites. L’armée américaine n’est pas présentée comme un démon ; la politique de Bush n’est pas plus évoquée ; même si on prend connaissance des exactions pratiquées par les soldats américains en Irak, ce n’est pas le sujet, l’accent n’est pas porté là-dessus et le film évite l’écueil d’une indignation facile et stérile. Tout est mis en œuvre pour traduire la réalité des exactions en temps de guerre : elles sont inévitables. Une guerre n’est pas propre. Mais cruelle. L’occupation d’un territoire ennemi n’est évoquée que pour rappeler sa futilité et les dégâts qu’elle engendre malgré elle. Malgré l’histoire qui se répète, les occupants voient toujours comme légitime cette présence. Au lieu de résoudre les problèmes, elle ne fait qu’en produire d’autres, plus imprévisibles et plus sournois. Les militaires qui sont pris dans un conflit qui dure et dont ils ne comprennent pas le sens, perdent pied. Il n’y a alors plus que deux issues pour eux : la dépression ou la folie. Et dans tous les cas, le constat est le même, terrible et implacable : la guerre participe à la destruction de ceux qui la font. Il n’y a pas de gagnant ; la guerre profite à ceux qui ne la font pas.

Le film pourrait être résumé en deux scènes. La première, quand l’un des trois meurtriers du fils du personnage de Tommy Lee Jones révèle toute son histoire durant un interrogatoire. On apprend pourquoi son fils était surnommé Doc (il s’amusait à planter ses doigts dans les plaies des Irakiens qu’ils ramassaient) et le militaire n’éprouve aucun ressentiment par rapport à son acte. Il reste pourtant lucide : ça aurait pu être lui un autre soir. Pour eux, cette violence est simplement devenue leur lot quotidien, une routine née en Irak pour tuer les principaux ennemis du soldat : l’ennui et la peur. La seconde scène, quand Tommy Lee Jones revient à la fin du film, dans la chambre de son fils, à la caserne. Il y croise un rookie venant s’installer. Ce soldat, qui n’a encore rien vu, rien vécu, n’échappera pas au futur que les démons de la guerre ont préparé pour lui… Comme le fils de Tommy Lee Jones, comme les amis de son régiment, comme l’armée US dans sa totalité, comme les idéaux et les illusions de l’Amérique… Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort nous nous vîmes vains mille en amenant la mort…

Le film ne dénonce pas, il constate. Et il n’en est que plus efficace. Efficace, la mise en scène l’est également. Elle colle à son sujet, adopte un ton approprié, digne, se refusant les effets de style… Le ton, c’est celui, grave et morne, adopté en respect du deuil des victimes de cette guerre qui s’est officiellement achevée en 2003 : ennemis et victimes des soldats, soldats eux-mêmes. Et leur famille.

J’avais tort d’être méfiant après avoir vu Collision, qui se perdait trop vers la fin dans le pathos. Là, même si l’émotion est encore au centre de tout (à cause du personnage de Theron surtout), la mise en scène parvient à la garder contenue et à épurer ses effets.

Le cinéma américain prouve une nouvelle fois qu’il est prompt et efficace à mettre en scène ses propres démons. La qualité de la culture américaine tient aussi et surtout dans cette capacité à être honnête avec elle-même. Elle ne se cache pas, au contraire, en n’hésitant pas à démystifier la part d’ombre de son rêve (américain). On n’a peur que de ce qu’on ne connaît pas (à l’instar de ces soldats US qui sont envoyés à l’aventure dans un pays qu’ils ignorent, ne comprennent pas, et qu’ils ne peuvent appréhender que par la peur). Et si la culture us est si omniprésente, c’est qu’en dévoilant les contours de sa réalité, côtés obscurs compris, on la cerne dans son ensemble. Et la connaissant mieux, on peut s’autoriser à l’aimer. On n’apprécie que ce qu’on connaît. Difficile pour une culture qui ne sait pas faire son autocritique de se faire apprécier. Ce sentiment d’amour-répulsion que cette culture inspire dans le monde, c’est de l’amour. ─ La France elle, attend toujours un film efficace sur la Guerre d’Algérie, sur le scandale du sang contaminé, sur le scandale des banlieues, sur ses syndicats pourris, sur les magouilles financières, sur l’impuissance chronique et la puérilité de ses dirigeants, sur le fonctionnement et le mode de promotion dans les entreprises. Pour elle donc, ni amour, ni répulsion ; mais de l’indifférence.


 


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La Clé de verre, Stuart Heisler (1942)

La Clé de verre

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : The Glass Key

Année : 1942

Réalisation : Stuart Heisler

Avec : Alan Ladd, Veronica Lake, Brian Donlevy

Que du beau monde ! Alan Ladd, Veronica Lake et tous les meilleurs seconds rôles de l’époque. Un pur film noir. Alan Ladd en parfait antihéros, limite masochiste, aimant se faire casser la gueule (on dirait Nicholson dans Chinatown). Une garce, un mafioso romantique, et une histoire incompréhensible. Il n’y a rien à y faire, les Hammett et les Chandler, je n’y comprendrais jamais rien, et c’est tant mieux. Une bonne histoire, c’est une histoire qui fait semblant et qui arrive à nous faire oublier qu’on regarde un film. Et là, une seule règle, la bienséance, pas de celle qui choque, mais de celle qui quand on en manque nous laisse sur le quai.

L’intrigue vaut que dalle, mais il faut faire comme si et se débrouiller pour éviter les incohérences ou les facilités qui peuvent même troubler les spectateurs appliqués à regarder autre chose. Un bon film, c’est comme un bon papier peint : ça doit faire joli, ça doit présenter une unité, créer une ambiance, mais surtout, ça doit s’effacer derrière la pièce pour mettre en valeur l’essentiel : la cohérence d’ensemble. Rien ne doit attirer le regard, ce n’est plus un papier peint, on doit se sentir comme chez soi. Et même la Veronica, elle pourrait passer chez le coiffeur qu’on n’y prêterait plus attention. Si ça colle à l’esprit. C’est tout un art, la transparence. Arriver à pondre des intrigues qui donnent à voir, avec le bon nombre de scènes à faire, avec la bonne partition et le nombre de personnages qui s’affrontent dans une même pièce. Le reste, c’est du polissage. Les intrigues se valent toutes. Ce qui compte, c’est de savoir si les motifs, les couleurs, si tout ça est accordé.

La Clé de verre, The Glass Key, Stuart Heisler 1942 | Paramount Pictures

La mise en scène laisse parfois un peu à désirer, pas forcément à cause du cinéaste (totalement inconnu) mais peut-être aussi parce que c’est l’époque qui veut ça, ou le genre. Et ce n’est pas non plus du Howard Hughes aux commandes. Un bon petit film de série B en somme.

C’est étrange, je n’aimais pas beaucoup Alan Ladd avant ça… Je m’y fais, il a sacrément la classe. Le genre de personnages qui reste quoi qu’il arrive imperméable à ce qui se passe autour de lui, limite insolent dans sa désinvolture et dans ses piques — les beaux types ne sont jamais meilleurs que quand ils ne sourient pas… ils passent pour des bellâtres sinon. (Quoique…, pour moi, pas plus grand que Ladd, acteur beau comme un bœuf, ça n’a jamais rien changé à ma carrière.)


Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1942

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À la recherche de Garbo, Sidney Lumet (1985)

La Colline d’une femme perdue

Garbo TalksÀ la recherche de Garbo, Sidney Lumet (1985) Année : 1985

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Cent ans de cinéma Télérama

IMDb  iCM

6/10

Réalisateur : 

Sidney Lumet

Avec :

Anne Bancroft, Ron Silver, Carrie Fisher

Anne Bancroft va mourir (en vrai, elle est morte en 2005). Elle est fan de la Garbo et voudrait la voir avant de crever. Mais c’est la Garbo, elle vit pratiquement recluse depuis qu’elle s’est retirée prématurément du cinéma… Son fils mène l’enquête alors que ça femme (princesse Carrie Fisher, sans son solo) et qu’il tente de garder son boulot (il quittera finalement les deux, finissant au bras de la ravissante Catherine Hicks, qui joue la mère dans la série Sept à la maison ou chez pas quoi…). Il finit par la trouver (elle ressemble plutôt à la mère d’Anthony Perkins dans Psychose), elle vient au chevet de la mère du héros à sa maman…

Tout ça est bien intéressant, comédie rythmée avec une musique pompière des plus kitschs (j’adore),… j’ai rarement vu la Garbo aussi peu expressive dans un film. Quoi qu’il en soit ça vaut surtout pour sa fin (on croirait que tout est fait pour elle). Le fils se trimballe dans un parc avec son amoureuse (qui a décidé elle aussi de laisser tomber son job pour devenir comédienne) et il rencontre par hasard la Garbo… « Tu sais pourquoi je t’adore, Gilbert ?! Parce que tu es un garçon plein de surprises… Oh, mais c’est Greta Garbo ! Non je ne le crois pas ! Oh, mais elle vient vers nous ! » La Garbo : « Bonjour Gilbert, comment allez-vous ? » « Bien merci. » Et elle se barre. La petite amie n’en revient pas, et nous, on est mort de rire. Mince la Garbo quoi ! la star recluse qui a dû parler à trois personnes en trente ans ! (Une autre fois, c’est quand elle est allée visiter les anciens studios suédois où elle avait travaillé : Bergman qui la rencontrait alors raconte qu’il la trouvait bien jolie… avant de voir son visage altéré par une ride. Une ride qui vous tranche la poire, et c’est la face du monde qui en est chamboulée…)

Au-delà de ça, un Lumet dispensable.


À la recherche de Garbo, Sidney Lumet 1985 | United Artists


Funny Games U.S., Michael Haneke (2007)

Tape le replay

Funny Games U.S.

Note : 3 sur 5.

Titre original : Funny Games US

Année : 2007

Réalisation : Michael Haneke

Avec : Naomi Watts, Tim Roth, Michael Pitt

La version autrichienne est un petit chef-d’œuvre de cruauté. Là, c’est pareil, puisque c’est le même film. Le Haneke il ne faut pas le faire chier. Hollywood, il n’en a rien à cirer. « Vous voulez un remake ? OK, bah, je vais le refaire à l’identique alors, avec d’autres acteurs. »

À la Psycho, version Gus van Sant, donc. Exercice de style. Sauf que là, c’est Haneke qui s’y colle. Et c’est le cas de le dire, parce qu’il colle plan par plan au film original. Quel intérêt ? Le même que celui au théâtre de voir une même pièce jouée par d’autres acteurs. Suffisant pour moi, même si l’intérêt en est certes assez limité. En dehors des bêtises « mise-en-abîmiques » (regard caméra ou retour rapide…), il doit y avoir un sens caché derrière tout ça. Pourtant, pas la peine d’une morale pour qu’on comprenne que la violence gratuite, ce n’est pas bien et que c’est la TV qui en est responsable — voire lui Haneke… Même problème et même idée que pour Benny’s Vidéo. Pas sûr que le Haneke soit jugé pour ce qu’il dénonce vraiment…

Funny Games U.S., Michael Haneke 2007 | Celluloid Dreams, Halcyon Pictures, Tartan Films

L’actrice principale, Naomi Watts, (que je ne peux pas — ou ne pouvais pas — blairer) est productrice exécutive. J’imagine donc que c’est une idée à elle de vouloir faire un remake… C’est très oscorisant d’avoir un rôle de victime, qu’on vous voit en train de pleurer pendant une heure à moitié à poil… Mais Haneke, soit ne s’est pas foulé pour la direction d’acteurs, soit les acteurs ne sont pas aussi bons que les acteurs autrichiens de l’original (en passant, ce n’est pas sympa de faire un remake sans penser à eux…, tout est pareil, sauf eux…, c’est quoi cette idée des Ricains de vouloir tout refaire eux-mêmes… Est-ce que les Vénitiens avaient comme intention de reproduire les soieries d’Orient ? un Racine qu’on remonte à envie d’accord, on ne peut pas faire autrement, mais l’intention est assez douteuse, même si au fond, je m’en moque un peu…).

J’ai rarement vu Tim Roth aussi mauvais (quoique, dans Hulk, il n’était déjà pas terrible — les metteurs en scène étrangers ne lui réussissent pas beaucoup). Et le fils est vraiment très mauvais… — je n’ai pas le souvenir que le jeune acteur autrichien était aussi insupportable.

Michael Pitt en revanche est excellent. On croirait que le rôle a été écrit pour lui… C’est vrai, il a toujours fait des rôles comme ça, des ados pervers, des détraqués.

Bref, ce n’est pas pareil, mais un peu tout de même…, donc l’histoire est là. Crue et cruelle. Un film indispensable, mais je préfère tout de même l’original.



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The Strawberry Blonde, Raoul Walsh (1941)

Blind Color Test

La Blonde framboise

Note : 4 sur 5.

Titre original : The Strawberry Blonde

Année : 1941

Réalisation : Raoul Walsh

Avec : James Cagney, Olivia de Havilland, Rita Hayworth

J’ai beau aimer les blondes et les fraises, j’ai l’aptitude peu enviée de confusionner les couleurs qui se trouvent ainsi perdues systématiquement dans la traduction. C’est donc seulement après coup que j’ai découvert que Rita Hayworth interprétait une Vénitienne et non une grande fraise charmante pourtant bien assortie avec son Cagney, prince des agrumes.

Derrière les persiennes au beurre noir, c’est un vulgaire film de cul sec qui se dessine.

Cagney doit pour son grand malheur choisir entre la fraise et la chantilly. C’est bien couru, tout homme voudrait pouvoir selon sa volonté assortir les deux sans avoir à répondre de cette impardonnable bigamie. Mais au détour du grand dessert des passions, la morale guette, et James se voit contraint de réviser sa recette. Le dilemme entre le cœur et la raison, entre le corps et l’esprit. L’impulsivité qui anime notre homme à l’œil cagneux le porterait naturellement à lorgner le cœur, mais le cœur a ses raisons et Rita s’envole vite au frais d’une bouche moins balbutiante. Son avide palais glottique se contentera donc de l’esprit de sainte Olivia. D’abord légère et fade comme une chantilly sans sucre, elle se révèle au fil du temps moins vilaine que prévu. D’autant plus que la saison des blondes vénitiennes s’achève. Partie sous d’autres papilles, la fraise tournera carie.

The Strawberry Blonde La Blonde framboise, Raoul Walsh 1941 | Warner Bros

Après un ou deux coups tordus, on a déjà plus d’yeux que pour Olivia, alors que Jimmy le cagneux ne la voit toujours pas… Comme le dit le dicton, on ne touche que ce qu’on voit, et les saintes on n’y touche que ce qu’on ne saurait voir. James Cagney et Olivia de Havilland sont ainsi comme forcés de s’assortir. Mariage de raison… Raison contrainte. Étreinte sauvage.

Ils se suient, se semblent, se chiffonnent, se dénoyautent, se défont, et se refont. S’engueuler, c’est encore la meilleure façon de s’attacher l’un à l’autre : les minous, avant de s’embrasser, se miaulent dessus comme des mammouths. Le prince de l’agrume ne se presse encore pas feulement d’y voir dans le noir. Mais quand l’engueulade se mue enfin en bouche-à-bouche, miss chantilly inonde façon coulis de mûres noires notre agrume en rut. Et voyant la ronce-n’y-touche sortir ses griffes de couguar acérées, Jimmy se sent soudain myrtille mi-raisin et son cœur passe à droite. Il fallait avoir le nez rond pour savoir qu’Agrippine décrocherait la timbale. C’est la partie la plus intéressante du film, rappelant certains moments de Sourires d’une nuit d’été ou les amours entre Han Solo et sa princesse joufflue.

Bref, s’il n’y avait pas la possibilité de mélanger acide et liqueur de fraises, franchement, ce serait comme voir un daltonien traduire Titien dans le marc des doges. Une torture.

Parce que quand on a peur de s’ennuyer pendant la bringue, mieux vaut prévoir son manger. Notons qu’en dessous de 8, mieux aura bu de choisir une bouteille à degrés. Il n’y a pire ami qu’un film durant lequel on ne pourra s’absinther. Un verre ça va, deux blancs passe encore, mais trois rouges, un demi, et une croche, au revoir les regards, c’est une musique qui n’est plus de ma composition. Entre le corps et l’esprit, gardons une place pour les spiritueux. Sur table, la carte des vins est bonne à tout. Et contre l’ennui, buvons jusqu’à la lie le calice d’Havilland… Alors blonde, brune, rousse, vénitienne, ou prussienne, qu’importe le flocon, pourvu que n’ai-je ma Rose-Bud à Noël.


 


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Les Indispensables du cinéma 1941

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La Femme au portrait, Fritz Lang (1944)

Noir teuton

La Femme au portrait

The Woman in the Window

Note : 4 sur 5.

Titre original : The Woman in the Window

Année : 1944

Réalisation : Fritz Lang

Avec : Edward G. Robinson, Joan Bennett, Raymond Massey

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Je ne vais pas tourner autour du pot. J’ai été tout le film distrait par la scène du meurtre. Pourquoi ? Parce que l’ami Fritz ne pense à rien d’autre que de déjouer la censure en nous dévoilant pendant pas moins d’un quart d’heure la poitrine de Joan Bennett derrière un chemisier en mousseline noire. Pas de soutien-gorge, rien que le galbe parfait et hypnotisant de ces deux magnifiques pamplemousses aux tétons bien irlandais, bien sournois, bien clairs, qui semblent vous dire « est-ce que c’est bien moi ? mais oui, mais oui ! regarde de plus près… tu n’as pas bien vu ? regarde encore sous cet angle… » L’actrice est pratiquement topless… On remarque même la marque de bronzage dans le dos d’un maillot de bain qui cachait sans doute bien plus que ce qu’on voit là ; et on remarque presque l’étiquette sur le côté qui dit : « fabriqué en Floride ».

Que fait la police ? Sur grand écran, on ne remarque que ça ! Les producteurs, les censeurs étaient-ils tous subjugués par le jeu et la beauté de Bennett pour ne pas remarquer cette poitrine nue ? Est-ce que c’était un moyen pour le studio de s’assurer que les jeunes garçons viennent voir et revoir le film ? Comment l’actrice a-t-elle pu accepter de porter un tel chemisier qu’on n’oserait plus mettre aujourd’hui ? On avait sucré à la même époque des plans du Banni d’Howard Hughes pour la poitrine de Jane Russell, on zieutera plus tard les lolos de Martine Carol (Caroline Chérie) et là rien ? Alors qu’on voit tout ! On a le droit de mâter à envie ? — Eh bien, tant mieux !… Dieu que c’est beau, et que c’est long !… Ah, Joan, je te kiffe… J’adore ta recette des pamplemousses derrière un nuage de mousseline noire.

Hum, le film.

La Femme au portrait, Fritz Lang 1944 | Christie Corporation, International Pictures

La même équipe que La Rue rouge qui viendra un an plus tard. Les trois mêmes acteurs. Seul Edward G. Robinson joue le même nigaud ; les deux autres jouent des rôles différents. C’est d’ailleurs assez embarrassant… Je pensais au début, influencé par La Rue rouge, à une manipulation du personnage de Joan Bennett ; mais il se révèle vite qu’elle est bien honnête avec lui… L’histoire est donc très intéressante jusqu’à cette scène de meurtre. Ensuite, c’est plus ennuyeux. Très bien, le suspense est là, on craint pour eux, mais disons que ça manque sérieusement de mousseline tout ça… On sent la tension, mais c’est un peu comme si elle était restée trop haute trop longtemps, et que plus grand-chose ne pourrait être capable de la remonter (je parle de la tension). Lang, fait du très bon travail, la musique est aussi très bien utilisée, mais quand le film ne repose que sur deux choses (le nœud qui se resserre sur les deux meurtriers et sur un jeu de chantage, et surtout que ces deux aspects se chevauchent sans réellement arriver à leur terme) c’est trop mince pour en faire un chef-d’œuvre. Bennett et Robinson ne se rencontrent plus jamais (une fois seulement, dans une scène sympa : il ne faut pas qu’on les voie ensemble, donc ils jouent un peu les amants-agents-secrets…). Fini les scènes sensuelles, fini le fantasme de voir Bennett au bras de Robinson, donc du nôtre. Ça devient très sage, les deux ne font que se parler au téléphone… Reste une scène entre le maître chanteur et le rouge-gorge, où Lang met encore une fois Bennett dans une position des plus inconfortables. Plus de mousseline noire aux tétons de neige, non, une bonne vieille robe de grand-mère, mais bien moulante, sur un corps parfait, avachi dans un fauteuil, tout prêt à s’offrir à nous… Coach potato, on dit là-bas… Une telle patate, j’en prendrais bien encore un peu. Et bien chaude. C’est du film qui donne bien la gaule à papy.

Il faut repenser à ce que disait Hitchcock à propos des scènes d’amour et des scènes de crime, qu’il fallait tourner l’une comme on mettrait en scène l’autre. C’est bien respecté ici. La scène du crime est sensuelle (on aura compris), et toutes les autres scènes sont tournées ainsi. Même sans une scène d’amour, on a l’impression d’une grande sensualité, de quête du plaisir, d’envie de l’autre… C’est fascinant, bravo à Fritz, même si l’histoire manque de cœur et que la fin est un brin ridicule. Les « tout ça pour ça ! », servent généralement d’échappatoire quand on se retrouve coincé dans une histoire. Là, il y avait matière à ne pas finir par une pirouette. Curieux (et en faisant des recherches, j’ai découvert que dans le roman original, le personnage de Robinson se suicidait, bref, qu’on n’avait pas cet épilogue… Pour le coup, je ne dis plus bravo…). Si au moins il nous avait laissés finir avec un téton de Joan. Même pas… on croirait la fin d’Eyes Wide Shut… « Ouh là là, que je suis un gros pervers quand je rêve ! »


« Vieux cornichon, tu me dégoûtes ! »


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Les Indispensables du cinéma 1944

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L’École du crime (1938), Lewis Seiler

Bogie Night

L’École du crime

Note : 3 sur 5.

Titre original : Crime School

Année : 1938

Réalisation : Lewis Seiler

Avec : The ‘Dead End’ Kids, Humphrey Bogart, Gale Page

Sympa de retrouver les Dead End Kids, après They Made Me a Criminal et Les Anges aux figures sales. Ils ont cette fois le beau rôle.

L’histoire suit un cheminement archétypal reproduit cent fois depuis cette époque, et en particulier dans les séries américaines. La punition, le Bon Samaritain qui prend sous son aile un gamin, qui lui propose de l’aider ; l’enfant refuse par défiance ou par fierté ; puis il finit par se ranger de son côté après que le bon tombé du ciel lui a prouvé sa valeur et gagné sa confiance. Tout se passe parfaitement pendant un temps, mais le jeu de manipulation commence, et les « méchants » ouvrent les yeux du gamin sur les mauvaises intentions, réelles ou supposées du bon Bogart envers sa sœur ; retournement brutal de comportement, le petit monstre redevient le monstre qu’il était avant et veut se venger… Bien sûr, il échoue, Bogart camoufle ce qui a débordé. Tout est bien qui finit bien.

C’est bien huilé, mais cela a été tellement repris depuis, qu’il est difficile d’y trouver un réel plaisir. Le film est court ; son message aussi : « Il ne faut pas être dur avec les sauvageons, sinon on finit par y tuer tout espoir de tendresse ». Hum… Ou bien : « Personne n’est irrécupérable ». D’accord… Ou enfin : « Ce n’est pas le libre arbitre de l’homme (encore moins de l’enfant) qui fait l’homme, c’est son environnement ». Pourquoi pas. Et juste, finalement, mais un peu timide. À quand un School Crime avec des sauvageons bien de chez nous ? Peu probable. On en est pourtant en plein dedans, et si le cinéma avait quelque chose à dire sur son temps, en 1938 ou aujourd’hui, le message pourrait être le même. Ce qui a changé, c’est le cynisme, sans doute. L’individualisme aussi. On veut bien lâcher un impôt comme autrefois on donnait pour les pauvres, et ça nous donne droit à ce qu’on traite ce petit peuple à la dure et qu’on ne lui laisse rien passer. En gagnant du confort, on gagne aussi une certaine intolérance à ce qu’on y soit dérangés. Alors non, une telle œuvre de nos jours reste improbable. Et le paradoxe, comme j’ai dit, c’est que c’est un schéma souvent répété dans les fictions que l’on regarde. Il était déjà difficile d’y croire ou d’en faire un bon film en 1938, là au moins non plus rien n’a changé puisqu’on cantonne ça à la télévision. Pourtant, faire des bons films avec de bonnes intentions, c’est possible. Peut-être que ce qui compte, ce n’est pas justement qu’elles soient bonnes, mais qu’elles soient délivrées avec justesse. Mystère.

La dimension sociale aurait pu être intéressante si elle avait été au centre du récit. On a plus affaire à une histoire à la Joséphine, Ange gardien plutôt qu’un réel réquisitoire contre les mauvais traitements des jeunes délinquants dans les maisons de correction. Le sujet du film devient vite la vengeance et les magouilles de l’ancien directeur du centre pour récupérer son poste et rendre la vie dure à Bogart. Autant de péripéties qui brouillent le message en question. Le message, est plus d’être bon au lieu d’être juste, en devient donc obscur. Difficile de convaincre dans ces conditions.

Quelques similitudes au début avec le film de Barry Levinson, Sleepers. Des gosses issus du même quartier de New York (Hell’s Kitchen), la même maison de correction.

Et il est toujours étonnant de voir un film avec Humphrey Bogart, avant la naissance du film noir. Il jouait souvent les types biens (et justes), une sorte de Tom Hanks des débuts, attendant son heure en emmagasinant le plein de sympathie du public. Seulement Hanks, finalement, n’a jamais pris de risques, ou n’a pas eu la chance de proposer à ce public des rôles qui offriraient une nouvelle palette à cette personnalité sympathique. Bogart l’a fait, sans doute malgré lui, mais le capital sympathie qu’il traîne avec lui dans ces crime films pré-noirs sera un atout majeur dans ses rôles à venir. Qu’on ait vu ou non ces films précédents d’ailleurs, car il en reste aussi toujours un peu chez un acteur qui joue avec sa véritable nature ou qui garde une partie souvent de la peau des personnages qu’il a interprétés. Il pourra ainsi jouer des rôles de durs avec subtilité, une autorité simple, celle des gars à qui on sait qu’on peut faire confiance. Aux personnages de James Cagney, on savait qu’on pouvait tout leur demander, mais c’était une tornade, c’était un peu tout ou rien, les Années folles. Avec Bogart, la confiance au boss, on lui offre parce qu’on sait, qu’au fond, il a un regard bienveillant sur nous (que ce soit un boss, un détective, ou un criminel d’ailleurs) comme un supérieur militaire qu’on respecte pour son grade, mais aussi et surtout parce que c’est un frère (d’armes). Et si l’âme du film noir à venir n’était pas justement là ? Une sorte de calque de la guerre : une menace qui rôde, une quête qu’on poursuit plus par devoir que par nécessité, un dévouement sans failles à sa condition ou son travail, la résistance suspecte (et souvent jugée un peu vite en en faisant une thématique psychanalytique) aux femmes (qui pourraient tout autant être des agents du mal), une constance malgré les doutes, voire une certaine désillusion, et souvent aussi, une obéissance à une forme d’autorité bienveillante (même si parfois criminelle).

Celui qui fait son apprentissage ici, ce ne sont pas les Dead End Kids, mais bien Bogie. See you – soon.


L’École du crime 1938, Lewis Seiler | Warner Bros


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L’Étrange Incident, William A. Wellman (1943)

C’est à eux qu’il faut penser

L’Étrange Incident

Note : 5 sur 5.

Titre original : The Ox-Bow Incident

Année : 1943

Réalisation : William A. Wellman

Avec : Henry Fonda, Dana Andrews, Mary Beth Hughes, Anthony Quinn, William Eythe, Harry Morgan

— TOP FILMS

Le voilà le chef-d’œuvre du bon William. Un film simple, très court, capable de soulever mille questions. Sur la responsabilité, la justice, la conscience des hommes…

Le western se rapproche de la grandeur tragique des mythes antiques. Ce n’est pas l’histoire de personnages isolés à la frontière mexicaine, c’est celle d’une humanité tout entière. Elle aurait pu se passer n’importe où. L’environnement et la société ne sont en rien les auteurs ou les responsables de cette méprise tragique ; c’est l’homme, seul. On revient aux origines de la société, quand ses règles, ses lois, son autorité, sont encore balbutiantes. Tout est toujours balbutiant dans une société. Même si la sophistication, la rigueur des habitudes, une histoire et une pratique bien établie laissent toujours penser le contraire. On croit rendre justice au nom des hommes quand en fait on ne cesse de la bafouer et de la déshonorer. La certitude, est en Justice comme en science, un état dangereux, un confort dont il faut se méfier. Une civilisation, une société, c’est comme le destin de l’homme, il n’y a pas de finalité, il n’y a pas de posture debout. L’homme droit n’existe pas. On ne fait jamais que l’improviser la civilisation. La réinventer au milieu du désert n’est pas une chose aisée.

L’Étrange Incident, William A. Wellman 1943 | Twentieth Century Fox

Alors, c’est parfois dans le western, là où souvent la cruauté est la plus palpable, la plus brute, qu’on voit naître l’humanité de l’homme. Quand il est confronté à sa propre bestialité. Le thème de la vengeance, parce qu’il est primaire, est idéal pour le western. En face de ces éléments brutaux, primitifs, la figure de l’homme qui se lève, brave, droit, conquérant de la Justice, doit apparaître comme un contrepoint. Les thèmes positifs du doute, de la conscience ou de l’empathie peuvent alors apparaître aux yeux du spectateur comme une évidence. La fable doit être simple à comprendre pour en retenir la leçon, la morale.

Cette fable est un condensé de l’évolution de la société des hommes. Commence le désir de la vengeance brute ; on part lyncher les coupables ; le doute apparaît dans l’esprit de certains, on procède à un vote (la bonne conscience qui se donne des faux airs de démocratie) ; on exécute, et finalement, on se repent (sans jeu de mots) de sa méprise. La faute, provoquée à l’insu de son plein gré, l’hamartia, depuis Œdipe ou le Christ, provoque un nouvel état de conscience qui pousse l’homme à se racheter. Le rêve d’un État de droit en est directement le produit. La Justice des hommes serait-elle née du besoin de rédemption de ceux qui se sont rendus coupables de se croire des juges tout-puissants ? Impossible à dire. C’est en tout cas une vision plus idéaliste, plus belle de la Justice. Une Justice moins « réparatrice » ou moins « punitive ». La Justice c’est aussi le doute, c’est aussi l’acceptation de l’erreur, parce qu’il s’agit de la Justice des hommes et qu’il ne peut en avoir une autre. C’est bien parce qu’elle est unique et faillible que la vigilance est toujours de rigueur. L’humilité en ses capacités aussi. La Justice ne remplace pas Dieu ; on ne peut en attendre « monts et merveilles ». Les fables, le cinéma donc, et le western en particulier, ont cette portée didactique. Les histoires, quand elles s’attachent à nous dévoiler notre côté obscur, opèrent en nous une sorte de conscience cathartique qui nous aide à aller plus loin, en identifiant les maux, les défauts infimes qui parsèment notre médiocrité. Connaître, identifier un problème, l’accepter, pour le contourner. C’est le principe, au départ, de toute société. Et sans ces histoires pour condenser en une seule image toute l’ambition de ce vivre ensemble, le transcender, le démystifier, eh bien nous serions sans doute encore enchaînés dans notre caverne. L’art, le cinéma, les fables, c’est l’âtre, le foyer, le feu du cow-boy où, d’un seul coup, tout est possible, non parce qu’il sert à châtier notre faute, mais parce qu’il illumine nos consciences et nous montre la voie. Sans cinéma, sans image, sans histoires, pas de Justice. L’art est autant un guide qu’un gardien.

Un film humaniste donc, essentiel, qui dit ce qu’est la Justice et ce qu’elle n’est pas. Un film à montrer dans les écoles. Parce qu’on ne peut sans doute pas apprendre à être intelligent à l’école, mais on peut au moins apprendre à y devenir un peu plus un homme, un vrai ; non pas sévère et brutal, aveuglé par ses certitudes, non pas comme ce général lyncheur qui finira par se suicider quand toutes ses illusions s’écrouleront à l’annonce de la révélation tragique ; mais un homme, conscient de ses failles et de sa fragilité. Grandir, c’est apprendre à se faire tout petit.

La scène de la lecture de la lettre du faux coupable est particulièrement émouvante, même si on se rapproche un peu plus d’un idéal presque religieux, en tout cas humain, terriblement humain :

« Ceux qui sont à plaindre sont ceux qui devront porter toute leur vie le poids de leur faute ─ moi je suis déjà mort. C’est à eux qu’il faut penser… »

L’erreur est humaine, comme disait Poncif Pilate… La justice aussi.

À noter du beau monde dans la distribution : Henry Fonda (toujours dans les bons coups quand il s’agit de « faux coupables »), Anthony Quinn et Dana Andrews.