Johnny Eager, Mervyn LeRoy (1941)

Johnny Eager

Johnny Eager Année : 1941

Réalisation :

Mervyn LeRoy

7/10  IMDb

Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1941

Transparences et représentation des habitacles dans le cinéma américain

Liste IMDb  :

MyMovies: A-C+

Un film noir assez méconnu.

La beauté fraîche et glaciale de Lana Turner (mon Dieu qu’elle est jeune), l’autorité d’un Robert Taylor en prince du crime qui, tel Batman, monte dans sa batmobile, heu… son taxi, pour cacher ses activités douteuses. On se croirait dans Le Parrain parfois, avec ce repaire de bandits, se retrouver tout à coup dans le Saint des Saints, le repère secret de Zorro.

Van Heflin est remarquable en meilleur ami (amant ?) et conseillé de Taylor (ce rôle d’alcoolique romantique lui vaudra l’Oscar du second rôle). Vu en VO intégrale, donc pas mal de subtilités m’ont échappé, surtout les dialogues entre Taylor et Heflin sur son immoralité (mais le méchant sera ironiquement puni à la fin…, code Hays oblige — on est même à la limite durant tout le film).

Dommage aussi de voir autant de disparité dans le jeu d’acteur : Van Heflin et son jeu très moderne et d’autres comme la poule de Taylor qui semble sorti d’un mauvais vaudeville au sortir du muet.

Amis du glamour, bonjour :

Johnny Eager, Mervyn LeRoy 1941 | Metro-Goldwyn-Mayer (MGM)


Rio Conchos, Gordon Douglas (1964)

Une baraque dans le ciel

Rio Conchos

Note : 3 sur 5.

Année : 1964

Réalisation : Gordon Douglas

Avec : Richard Boone, Stuart Whitman, Anthony Franciosa

Pas le western le plus connu, des acteurs habitués aux seconds rôles mais tous excellents, et un réalisateur pas vraiment considéré comme un grand cinéaste (il suffit de voir les titres de certains films : Zombies à Broadway, La Revanche des gueux, la Femme en ciment, et bien sûr son film le plus connu… Them !, plus connu sous le titre français Des monstres attaquent la ville).

Revenons à ce Rio Conchos. Une histoire passionnante qui n’est pas sans rappeler La Forteresse cachée, Sierra Torride ou Apocalypse Now (lui-même inspiré d’Au cœur des ténèbres, de Conrad) : le côté traversée d’un lieu sauvage, au milieu des ennemies pour atteindre un but, un groupe composé de personnages improbables qui s’entendent malgré leurs différences, et enfin le trésor caché (ici en l’occurrence des barils de poudre pour faire sauter le repère d’un ancien général sudiste qui vend des armes aux Indiens depuis son camp au Mexique pour essayer de rêver au retour d’une armée sudiste).

Quand les personnages arrivent finalement au bout de leur quête, ils ne sont pas déçus : le repère de l’ancien général sudiste est une grande villa de type Greek revival…, sauf que la baraque n’a ni toit, ni mur. Le symbole d’un monde recomposé au milieu de nulle part, la démesure et le guide autoproclamé. On est vraiment chez Conrad. Image, en tout cas, sublime, subliminale, idée de génie visuelle qui vaut mille discours, digne d’un Kubrick, surtout dans un désert où on peut jouer avec la profondeur de champ et la poussière. Rien que pour cette scène, ça vaut le détour. Parce que pour le reste, les références et les intentions ne font pas un film, et la maîtrise de Gordon Douglas est plus que limitée.

En revanche, on comprend le sens du romancier qui a adapté ici son travail pour les jeux d’apparences, vu qu’il a comme prénom Clair, et pour déjouer toute méprise son patronyme est un joli Huffaker…

Bref, le Greek inacheved palace :

rio-conchos-1eb16b7

Colonel Pardee 1-0 Colonel Kurtz

Comme dans toutes les bonnes productions conscientes de ne pas disposer du meilleur, on soigne l’éclairage, les décors, et souvent les filles. Si tu n’es pas un rio manchos, tu sauras tout seul trouver les jambes de Wende Wagner quelque part sur le Net. Moi j’en reste à ma décapotable.


Sur La Saveur des goûts amers :

Les 365 westerns à voir avant de tomber de sa selle

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The Thin Man, W.S Van Dyke (1934)

Screwball whodunit

The Thin Man

Note : 4.5 sur 5.

Aka : L’Introuvable

Année : 1934

Réalisation : W.S. Van Dyke

Avec : William Powell, Myrna Loy

TOP FILMS

Assez déroutant au début. À cause du mélange des genres. On croit voir un film policier pur et dur en voyant le nom d’Hammett au générique (Le Faucon maltais, La Clef de verre), et en fait, le film tourne à cent à l’heure comme une comédie. Les balles fusent, mais ce sont celles des répliques de screwball

Au bout de quelques minutes, un premier meurtre, suivi d’une disparition. On est alors dans le roman noir, avec faux coupables, fausses pistes, enquête de détectives, etc. Mais pendant tout le film, l’humour est toujours là, accompagnant ce couple impossible et amoureux : l’ancien fameux détective, et sa femme audacieuse qui voudrait le voir reprendre du service pour cette affaire. Le couple n’arrête pas de se chamailler gentiment. C’est un peu Spencer Tracy et Katharine Hepburn sous marijuana. On est plus dans un jeu d’enquête plein de distance et d’ironie comme chez Agatha Christie, Conan Doyle, voire pour rester so british, comme chez Hitchcock. Ce n’est même plus de la distance que prennent ces deux-là à ce niveau. On frise le surréalisme ou l’absurde. Chaque situation étant prétexte à un nouveau jeu. Ça se titille, ça se chamaille, et… c’est souvent raide bourré — elle, n’étant pas la dernière à se saouler. Au contraire souvent de l’image du détective alcoolique vécu comme un fardeau et véhiculé dans les films noirs qui viendront après, ici, c’est une fête… Ils sont pépètes la moitié du film. Le couple n’est pas sans rappeler d’ailleurs les couples d’enquêteurs qu’on trouvera plusieurs décennies plus tard à la télévision dans des séries comme Chapeau melon et botte de cuir ou Remington Steele. Ce sera même un genre qui reviendra à la mode dans les années 80 : le budddy movie. Parce qu’ici, l’avantage de ce couple, c’est qu’ils sont déjà ensemble. Nul besoin de se séduire (le principe de la screwball à venir se fera souvent sur une nécessité de se séduire à nouveau, c’est pour cela qu’on appelle ces comédies parfois comédies de remariage). Ce sont donc deux potes (ce qui reste un fantasme, parce que si les hommes rêvent d’être pote avec leur femme, ça arrive assez rarement). Et la gageure quand une femme accompagne ainsi son mari, c’est de ne pas tomber dans la vulgarité. Ça ne peut marcher que quand on a la classe. Aucun ton sur ton. Malgré leur apparence distinguée, bien comme il faut, ils sont d’une insolence rare. Mettez-y James Cagney et ça le fait déjà moins.

Tout le film tient donc dans ce mélange d’humour, de légèreté et de crime. Parce qu’il y a tout de même des enquêtes que notre détective, dans sa nonchalance, devra résoudre. Avec la facilité du héros à comprendre les nœuds qui se profilent devant lui, on pourrait penser que ce n’est plus tout à fait un whodunit, mais plutôt un whodunit ? whocares ?… Ce qui compte ce n’est pas l’enquête (on n’y comprend que dalle comme d’hab’ — Chandler, Hammett, même combat) mais les ambiances, les confrontations, les revirements, et bien sûr l’attitude des deux personnages principaux… Un polar qui part dans tous les sens, où le crime est ludique. À l’époque où les romans noirs et les screwball comedies mijotent encore avant de s’imposer dix ans plus tard, ce Thin Man fait de la résistance en gardant une inspiration très britannique. Le dénouement par exemple, où le détective réunit tous les suspects dans un dîner chez lui pour confondre le meurtrier, n’a rien du roman noir. C’est un jeu à la Agatha Christie. Le plaisir de l’énigme, et le prétexte de l’énigme. Aucune ambiance glauque, aucun malfrat qui se rebelle une fois démasqué. C’est comme un sudoku avec des rires. « On a réussi ! Buvons un verre ensemble ! »

Étonnant de voir que ce récit baroque et hybride est l’adaptation de ce qui sera le dernier roman d’Hammett. 1934, c’est l’année des débuts du code Hays. Hammett aurait-il senti le vent de la moralisation tourner ? S’est-il amusé avec ce dernier récit à imiter ses compères anglais pour tirer sa révérence ? Le film noir, héritier direct de ces romans de truands qu’on appellera plus tard romans noirs, naîtra de toute cette période de moralisation du cinéma. Mais Nick et Nora Charles s’ils n’ont rien des gangsters de l’époque sont encore moins des personnages dont Hammett a lui-même contribué en en créant les archétypes ; ils ont l’apparence de ce que le code voudra voir à l’écran, à savoir des représentants de la haute société. Il y a dans le film noir une renonciation, une fatalité. L’impertinence est celle des héros qui n’ont plus rien à perdre. Et les Charles sont impertinents, eux, parce qu’ils s’amusent comme dans une screwball comedy.

Hammett sera plus tard victime de la chasse aux sorcières. Pourquoi a-t-il arrêté d’écrire des romans ? Pourquoi précisément après celui-ci qui paraît si anachronique ? Mystère. Quoi qu’il en soit, ça a fait un film sublime, pétillant (forcément, même si ce n’est pas du champagne qu’on y boit), lumineux et rythmé. De nombreuses suites viendront se greffer à celui-ci.

À signaler l’excellente performance des acteurs pour incarner ces personnages à la fois pleins de classe et de fantaisie. William Powell n’a pas aujourd’hui la renommée qu’il mériterait. Cette présence, ce détachement, ce charme… Et le minois de Myrna Loy est intemporel…


L’Introuvable The Thin Man, W.S Van Dyke 1934 | Cosmopolitan Productions, Metro-Goldwyn-Mayer (MGM)

Kids, Larry Clark (1995)

Dégénération sida

Kids

Note : 2.5 sur 5.

Année : 1995

Réalisation : Larry Clark

Avec : Leo Fitzpatrick, Justin Pierce, Chloë Sevigny, Rosario Dawson

Suivre une bande de petits connards qui pensent qu’à baiser, fumer, boire et accessoirement lyncher un mec dans la rue (tandis que Chloé-la-raison les recherche sans jamais pouvoir les rattraper), très peu pour moi.

Les gosses ne sont pas des victimes, ce sont des petits cons n’ayant aucun respect pour rien. On peut comparer ça aux timbrés qui prennent la route en étant bourrés. Qu’ils se tuent en bagnole, c’est leur problème, mais qu’ils embarquent avec eux d’autres qui n’ont rien demandé, et ce sont des criminels. Il ne faut pas se tromper sur la responsabilité et la victimisation : un type qui se bourre la gueule, il est responsable de sa gueule de bois, et des conséquences de sa cuite. Si boire, c’est se rapprocher du criminel qui est en nous, ici, s’amuser, l’est tout autant. Le respect de la dignité de l’autre, de son intégrité physique, ce n’est pas un truc qu’on apprend à la majorité. Ces petits cons jouent à être adultes, ils veulent être adultes ? Qu’on les regarde alors comme des criminels, pas des victimes. Ils savent parfaitement ce qu’ils sont en train de faire, et n’en ont strictement rien à foutre tant qu’ils s’amusent et se sentent libres. Vingt ans après, ils reviendront nous dire que la vie n’a pas été facile avec eux, qu’ils étaient inconscients ou victimes de la société. C’est juste des petits cons qui n’ont aucun respect pour la vie. Des déchets. Aucune sympathie pour ces mecs, et par conséquent pour le film.

Le chassé-croisé tout au long du film entre la vision d’abord féminine et masculine de la chose se resserre finalement à la vision là de la vraie victime, féminine qui cherchera tout le film le connard qui l’a contaminée pour le prévenir dans sa grande bonté. Tout ça tendrait à nous dire, dans son échec, qu’il n’y a pas d’issu à cette tragédie que vit cette génération pendant les années sida, et tend donc à en faire de saintes victimes d’un contexte. J’y verrais plutôt l’échec des victimes à pouvoir raisonner leurs bourreaux (et dans n’importe quel contexte) et l’impasse de cette génération (impasse dont elle seule est responsable). Ce n’est pas la faute de la société, ni la faute d’un contexte épidémique. La société, ce sont eux qui la font, et ce sont eux qui la rendent malade, sida ou pas. Si les années sida ont succédé aux années frics, ce n’est pas innocent : les 90’s, c’est la gueule de bois de vingt ans de fêtes non-stop.

La Sevigny, il n’y a pas à dire, elle est dans tous les sales coups. Là, au moins, elle a le beau rôle. À peine déflorée qu’elle chope le sida. À peine, l’apprend-elle, qu’elle se fait violer. Vive la vie.


Kids, Larry Clark 1995 | Guys Upstairs, Independent Pictures (II), Kids NY Limited


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La Rivière d’argent, Raoul Walsh (1948)

Bienvenue sur le fleuve Ambition

La Rivière d’argent

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Silver River

Année : 1948

Réalisation : Raoul Walsh

Avec : Errol Flynn, Ann Sheridan, Thomas Mitchell, Bruce Bennett

Le parcours d’un homme lassé d’être loyal après avoir été mal jugé et suspendu par l’armée à l’issue de la Guerre de sécession et qui décide alors de n’être plus jamais loyal qu’envers lui-même.

Plus qu’un western, c’est un peu une autre version de Naissance d’une nation à travers l’ascension d’un homme venu de l’Est qui va faire fortune dans les mines d’argent du Grand Ouest, puis sa déchéance et sa rédemption.

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McComb (Errol Flynn), après cette histoire avec l’armée (servant d’hamartia, de “faute” originelle), décide donc d’être égoïste, ambitieux, et il n’hésitera pas à jouer des coups les plus tordus pour arriver à ses fins. Il est sans scrupule, du moins en apparence — car tout ce qu’il fait est une réaction à cette injustice initiale. Il fait fortune le jour même où il est libéré par l’armée, se jouant habilement d’un arnaqueur qui opérait dans le camp militaire. Il développera sa richesse grâce à son opportunisme, durant son parcours qui le mènera vers l’Ouest. Arrivé en Californie (Silver City se situe en fait à la frontière dans le Nevada), il réussira de la même manière, grâce à son mépris des autres et à son opportunisme. La morale semble évidente, ceux qui réussissent sont ceux qui se comportent le plus mal.

Il a maintenant fait fortune, contrôle tout dans la région. Le Président en personne visite la ville pour exprimer son intérêt pour une telle industrie. Les mines d’argent ont selon lui, et selon McComb, un intérêt stratégique pour les USA pour devenir une grande nation… McComb n’y voit là encore que son intérêt personnel.

À ce moment, il n’a pas la même réussite sur le plan amoureux. Il emploie les mêmes moyens. Il sait ce qu’il veut, et il est prêt à tout pour l’acquérir, même laisser le mari de la femme qu’il aime partir dans une région remplie d’Indiens… Un tournant s’amorce : pour la première fois, il ressent un sentiment de culpabilité. Le même tournant s’opère dans son travail, même s’il peine encore à le comprendre. Une sorte de voyage initiatique à l’envers en quelque sorte.

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Sa réputation se dégrade, le cours de l’argent s’effondre suite à une manœuvre d’un de ses ennemis, et il est contraint de fermer ses mines. Avec elles, c’est toute l’économie qui vacille dans la région. Ruiné, lui qui possédait un peu tout dans la ville, se retrouve avec peu de choses.

C’est une critique amère et sévère d’un capitalisme froid et éloigné du peuple. Dans le film, la morale est sauve car lui le grand profiteur, le grand capitaliste saura mettre son énergie au service du peuple, mais qu’il lui en aura fallu du temps pour comprendre les conseils de son ami avocat… (assassiné par des ploucs qui croyaient qu’il prendrait le parti de McComb alors qu’au contraire il voulait dénoncer toutes ses pratiques — le sacrifice des braves, ça paie toujours au cinéma).

Une vision fantasmée de l’histoire probablement. Si on imagine qu’il y a du vrai sur la manière dont s’est construite la richesse de l’Amérique (la révolution industrielle arrivant à point dans une nation alors en pleine construction) ; on imagine mal en voyant l’état du capitalisme aujourd’hui qu’il ait pu un jour songer à une quelconque rédemption. La crise de 29 n’y avait rien changé, au contraire, le capitalisme allait bientôt se trouver un ennemi tout désigné pour éviter à nouveau la crise : le communisme. L’utopie d’un peuple ne vaut rien si elle égratigne la règle numéro un de la nation du cow-boy solitaire : la liberté de réussir (accessoirement de profiter des autres comme montré dans le film). C’est aussi la liberté d’échouer. Aujourd’hui, le système n’a rien changé, devenu incapable de se moraliser ou de se fixer un objectif plus concret que cette quête, à la fois mirage et vaine, du profit. On fait toujours plus de fric sur le dos des petits, qu’importe la manière. La realpolitik, le monde, comme le dit McComb, c’est une jungle. L’important, c’est d’en être le roi. À la fin de l’histoire, on sent poindre une morale, une rédemption. En vrai, on n’en voit pas le bout de cette histoire.

Le film se présente comme une grande fresque sur l’ambition. Le récit est concis (trop peut-être : une grande histoire comme celle-ci aurait peut-être mérité un film plus long, notamment pour gagner en vraisemblance, dans le fil amoureux, parce que là le retournement de Mrs Moore est vraiment limite). Le personnage de Flynn, plein de contradictions, est fascinant. Et Flynn est parfait dans ce rôle de misanthrope sans limite. La grande gueule, il n’y a que ça de vrai au cinéma. Aimer sur l’écran, ceux qu’on ne pourrait pas sentir dans la vie…


La Rivière d’argent, Raoul Walsh 1948 Silver River | Warner Bros.



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Les 365 westerns à voir avant de tomber de sa selle

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La Ville abandonnée, William A. Wellman (1948)

La « Miche » abandonnée

La Ville abandonnée

Yellow Sky

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Yellow Sky

Année : 1948

Réalisation : William A. Wellman

Avec : Gregory Peck, Anne Baxter, Richard Widmark

Voilà un western bien à mon goût. Pourtant ce ne sont pas les stéréotypes du genre qui manquent. L’histoire, c’est celle d’une bande de voleurs de banque emmenée par Gregory Peck et Richard Widmark (on sait tout de suite qui joue le gentil bandit et le méchant), obligée de traversée la Vallée de la mort pour échapper à une garnison partie à leur trousse.

Le récit de la traversée est parfaitement épique, on se croirait dans Lawrence d’Arabie, et surtout, c’est un peu dans le récit, un symbole, comme un monde qu’on n’atteint pas facilement et pour lequel il faudra faire des sacrifices ; c’est l’épreuve de départ dans beaucoup de récits. Ils arrivent donc assoiffés à l’autre bout de la vallée, mais ils ne trouvent là qu’une ville abandonnée, fantôme… Surgit alors notre Séphora de l’ouest, venue « secourir » nos bandits tel Moïse après sa traversée du désert. Sauf qu’ici, elle les accueille le fusil à la main. Magnifique apparition d’Anne Baxter (ironiquement, Cecil B. Demille la prendra huit ans plus tard pour jouer non pas Séphora, mais la femme de Ramses Nefertari) qui leur montrera où s’abreuver. La fille vit seule avec son grand-père dans une bicoque isolée et a tout du garçon manqué (se faisant même appeler Mike — savoureusement transcrit en français par « Miche », pour Micheline sans doute). Les bandits ne mettront pas longtemps à comprendre qu’ils ont une mine d’or…

La suite est tout aussi prévisible, vue mille fois mais parfaitement efficace, avec les deux bandits luttant pour savoir comment se partager le magot… La morale est sauve, Peck gagnera la belle (Widmark a trop peur pour ses miches) et ira rembourser dans une scène d’épilogue l’argent volé dans une banque au début du film (si ça, ce n’est pas du spoiler).

Le film serait une adaptation de La Tempête de Shakespeare… J’avoue qu’il faudrait que je relise la pièce parce qu’en dehors du naufrage, je ne vois pas bien la correspondance. Si dès qu’il y a quelque chose qui ressemble à un naufrage on parle de La Tempête… C’est juste comme j’ai dit un procédé narratif habituel, le fait d’entrer violemment dans un autre monde. On parle aussi pas mal de Planète interdite pour l’adaptation de La Tempête…, bah oui, mais pourquoi pas non plus Ulysse ? Le mec passe son temps à s’échouer sur des îles pour retrouver Ithaque et rencontre des princesses qui lui cassent les pieds avant de tomber amoureuses de lui… Et dans ce cas, Star Wars aussi commence par un échouage, Alice au pays des merveilles aussi… Bref, ce n’est pas une référence à Shakespeare ni même à Homère, c’est juste un archétype d’introduction…

La mise en scène est très efficace, audacieuse même. Wellman n’hésite pas à étirer certaines scènes, ralentir le rythme pour accentuer le suspense. Un procédé de mise en scène que je ne me rappelle pas avoir vu beaucoup dans des westerns à cette époque et qui était plutôt employé par Hitchcock ou les réalisateurs de films noirs. Autre procédé intéressant, c’est l’utilisation de la profondeur de champ (à la Greg Toland) avec le visage d’abord de Widmark en très gros plan, coupé, et de l’autre côté de l’écran les autres personnages bien plus loin. Voilà deux procédés que Leone réutilisera abondamment pour ses westerns.


La Ville abandonnée, William A. Wellman 1948 Yellow Sky | Twentieth Century Fox


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The Naked Kiss, Samuel Fuller (1964)

Le Baissé du tueur, ou le Mascara chié, un film audacieux de Stanley Foulé

Police spéciale

Note : 2.5 sur 5.

Titre original : The Naked Kiss

Année : 1964

Réalisation : Samuel Fuller

Avec : Constance Towers, Anthony Eisley, Michael Dante

La critique française peut s’émerveiller devant les films de Samuel Fuller…, c’est un beau rigolo. Moi, ça me fait penser à du Jean-Pierre Mocky.

Vouloir dénoncer des trucs, mais être incapable de tenir un récit, n’avoir aucun sens des proportions et du bon goût, voilà ce que fait Fuller dans The Naked Kiss. Ce n’est pas seulement mauvais, c’est parfaitement risible.

L’audace n’est pas signe de génie ; encore faut-il savoir mener sa barque et respecter un minimum de convention pour raconter une histoire.

Le thème principal du film est obscur (on passe de la rédemption d’une prostituée au début du film au thème de la pédophilie – à peine avoué en plus, bonjour le courage – en passant brièvement par celui du faux coupable…). Les personnages, des stéréotypes : la pute qui se révolte et devient une grande dame au grand cœur ; un bellâtre milliardaire asexué, un flic séducteur à la fois enquêteur, juge, gardien de prison…

Fuller nous embarque dans des scènes sans intérêt, digressions stupéfiantes : pourquoi la pute décide-t-elle d’aller travailler dans une clinique pour enfants handicapés (oui, dit comme ça, on croirait un cliché et c’en est un) ? Le rapport avec le récit ? Qu’elle le devienne OK, mais on a droit à plein de scènes dans la clinique, comme celle où pendant cinq minutes on les regarde chanter (surréaliste, oui c’est mignon mais bon il y a un film à faire Sam, non ?). Il faut voir aussi la gueule des infirmières…, que des canons. Pas étonnant que la maquerelle du coin vienne y faire son marché. La pute tombe donc sous le charme du riche bellâtre du coin, une gueule à mourir de rire : une sorte de David Hasseloff latino, petits yeux et mâchoire de requin, les sourcils peignés à la manière d’Audrey Hepburn ; le mec lui récite du Lord Byron et du Baudelaire (qu’il prononce comme un prince chinois), il lui parle de Venise au coin du feu !

Pourtant, le film avait bien commencé. La scène d’introduction du générique est plutôt réussie. On se croirait presque chez Cassavetes. La pute en question se bat avec son souteneur ; et dans la bagarre, elle perd sa perruque : on apprendra plus tard qu’il lui avait fait raser la tête pour avoir convaincu un certain nombre de putes comme elle d’arrêter le job… On retrouve la pute quelques mois plus tard, ses cheveux ont repoussé, elle sourit comme dans les magazines, c’est une femme respectable désormais… Enfin bon, une dernière passe avec le flic de la ville où elle veut s’installer, ça peut toujours aider pour faciliter son intégration… Le reste, c’est une sorte de rêve. Non pas que tout réussisse à l’ancienne pute, c’est que ça n’a tellement ni queue ni tête qu’on se croirait bel et bien dans le développement incertain d’un rêve.

Dans la dernière partie du film, le récit prend un virage : la pute et le milliardaire vont se marier (mince résumé comme ça, c’est encore plus ridicule, pourtant c’est tout à fait ça), elle rentre dans le manoir, un disque tourne (l’enregistrement des chants des gamins handicapés…), puis elle entre dans le bureau de son amoureux… d’où s’échappe une gamine de dix ans. On ne voit rien, tout est suggéré (enfin je ne sais pas si c’est le terme le plus approprié dans un film de Fuller…) : elle regarde son homme avec de grands yeux, lui s’excuse, lui dit que s’ils s’entendent si bien c’est qu’ils sont tous les deux des monstres, des pervers… Et elle le tue. Arme du crime Cluedo : un combiné de téléphone… C’est dangereux un téléphone on n’a pas idée ! Vient ensuite l’interrogatoire… que va faire son ami flic. On ne s’embarrasse pas de psychologie : le flic change d’avis sur elle en deux minutes, sans explication, d’abord croyant qu’elle l’a tué pour des raisons crapuleuses, puis l’aidant à retrouver la petite, témoin qui pourrait confirmer ses dires (on ne parle pas de pédophilie, on dit qu’il la “molestait”… ; il n’a pas de couilles le Fuller, il n’ose pas appeler un chat un chat). On retrouve la gamine, mais la pute peine à lui faire entendre raison et elle ne dit rien. Le flic (qui joue également le rôle d’avocat à cet instant) lui conseille de lui parler comme si elle était sa mère… Donc en gros, on a eu trois heures de film où on la voit particulièrement efficace en infirmière avec les enfants, et là hop, alors que ça pourrait lui servir à ce moment… le flic ne s’en sert pas. C’est comme s’il ne s’était rien passé. Et puis, maintenant que la pute sait qu’il faut lui parler comme une mère (!) la gamine dit toute la vérité (sérieux, il n’y a aucune crédibilité dans la psychologie : les personnages changent d’intention, d’humeur, en fonction de ce dont a besoin Fuller). C’est la fin du film, la gamine a parlé…, plus fort que tout : aucun procès, la pute est relâchée et devient un héros dans la ville, pouvant reprendre son sourire de magazine et s’émerveiller devant un bébé dans son landau quand elle lui redonne sa tétine (landau complètement oublié au milieu de la rue, crédible). Surréaliste… Non, mais là il y a eu un crime, elle doit tout de même être jugée ! Ah, oui, mais non ce n’est pas grave, c’était un pédophile, les tueurs de pédophile ne sont pas poursuivis par la justice, elle a bien fait !… N’importe quoi, Samuel.


The Naked Kiss, Police spéciale, Samuel Fuller 1964 Allied Artists Pictures, F&F Productions


Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1964

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Manpower, L’Entraîneuse fatale, Raoul Walsh (1941)

They Drive by Day

ManpowerL'entraineuse fatale, raoul walsh Année : 1941

Réalisation :

Raoul Walsh

6/10 IMDb  iCM
Avec :

Edward G. Robinson
Marlene Dietrich
George Raft

Le film ressemble à s’y méprendre à They Drive by Night, tourné l’année précédente par le même Raoul Walsh. La Dietrich reprend le personnage d’Ida Lupino (en moins salope), George Raft (avec ses sourcils taillés à la Dietrich) reprend son rôle d’homme brave et intègre, plutôt mou sexuellement, et Edward G. Robinson reprend le rôle de l’homme fragile tenu par Bogart.

Assez curieux ces correspondances. Le mythe de la vamp intéressée par un mec et qui miaule devant son petit frère comme s’il pouvait y changer quelque chose… Ça reste un film mineur.

Curieux aussi ce George Raft, il en a eu à cette époque des premiers rôles, et il reste aujourd’hui assez méconnu, à côté des autres stars avec qui il partageait l’affiche. Apparemment, il aurait refusé tous les rôles qui feront d’Humphrey Bogart une star ; passablement illettré, ça devait rendre difficile la lecture de script… 1941, c’est tout de même l’année de naissance du film noir avec le remake du Faucon maltais avec Bogart, que Raft aurait donc refusé pour tourner celui-ci. Une carrière parfois…, ça se fait à pas grand-chose.


Manpower, L’Entraîneuse fatale, Raoul Walsh 1941 | Warner Bros


L’Odyssée de Charles Lindbergh (The Spirit of Saint Louis), Billy Wilder (1957)

The Pschitt of Saint-Louis

The Spirit of Saint LouisThe Spirit of Saint Louis, Billy Wilder (1957) Année : 1957

6/10

Les Indispensables du cinéma 1957

IMDb  iCM

Réalisation :

Billy Wilder

Avec :

James Stewart
Murray Hamilton
Patricia Smith

Qu’est-ce que ce film vient faire dans la filmographie de Billy Wilder ? OK, pas une comédie, mais on peut faire des films, en particulier Billy, en sortant de son registre qui se révèlent très bons. Là, on se demande ce que Wilder est allé chercher avec ce récit de l’aventure de Lindbergh en traversant l’atlantique en monoplan…

On pourrait dire la même chose de Stewart mais au moins lui est un habitué des « biopics » hagiographiques… ou des films consensuels (Tom Hanks de l’époque…, son Harvey est par exemple parfaitement mièvre et stupide), et son utilisation n’a jamais été meilleure que quand il servait de contrepoint (ou d’innocent) dans les films de Hitchcock.

Spirit of Saint-Louis, c’est le nom de l’avion avec lequel Lindbergh avait décollé pour entreprendre son périple. Pas la peine d’évoquer le reste, ça ne vole pas bien haut.


L’Odyssée de Charles Lindbergh (The Spirit of Saint Louis), Billy Wilder 1957 | Leland Hayward Productions, Billy Wilder Productions


Men in War (Côte 465), Anthony Mann (1957)

Carrousel pour le mort

Côte 465

Note : 4.5 sur 5.

Titre original : Men in War

Année : 1957

Réalisation : Anthony Mann

Avec : Robert Ryan, Aldo Ray, Robert Keith

— TOP FILMS —

Excellent film de guerre antimilitariste.

Unité d’action : durant la guerre de Corée, un détachement de quelques soldats menés par un lieutenant interprété par Robert Ryan et cherchant à rejoindre leur division, se retrouve bloqué devant une colline tenue par l’ennemi. Ils essayeront de la contourner en vain : un à un les soldats de cette unité vont disparaître comme dans les meilleurs films d’élimination (du type Dix Petits Nègres, Alien…).

Unité de temps : l’action se déroule sur à peine une journée et montre toute l’absurdité de la guerre, le désespoir des soldats, leurs craintes, leurs folies… Tout tend à montrer dans ce jeu d’élimination où l’ennemi est invisible, que la guerre est absurde. Tant de morts en si peu de temps, pourquoi ? Rien. Tenir une position, retrouver les siens qui ne sont qu’à quelques mètres…

Men in War (Côte 465), Anthony Mann 1957 | Security Pictures

Unité de lieu : énorme paradoxe. Ils cherchent à rejoindre leur unité, à contourner cette colline, à éviter le feu de l’ennemi, donc ils avancent, mais au fond ils sont comme dans un carrousel : ils ont beau avancer, marcher, ils n’avancent pas d’un iota, puisqu’ils continuent de se faire canarder, un à un.

Une structure modèle donc pour cette histoire. Après, il reste le ton du film. On est très loin de la propagande de certains films où le soldat est la figure moderne du héros : courageux, inventif, intelligent, investi pour sa patrie. Là, les simples soldats sont apeurés et bientôt fous. Le général et son « fiston » sont des personnages de théâtre, semblant sortir des no man’s land de Beckett : le génie de ces personnages qui arrivent dans un second temps, un peu comme Pozzo et Lucky dans En attendant Godot, c’est qu’ils ont un vécu fort, ils portent en eux, dans leur comportement, les blessures et les traumatismes du passé. Pourtant, on ne saura rien des raisons de ces traumatismes. Ce qu’on imagine en voyant ça — toujours le pire — c’est qu’ils réchappent du cauchemar que vont maintenant vivre ceux qu’on suit depuis vingt minutes. — Ça rappelle un peu dans le principe, l’imaginaire de Cube : « Tu crois que tu es dans la merde parce que tu es bloqué ? Non, tu n’as encore rien vu ! ». Ils sont comme des personnages revenant de l’enfer, aidant ceux qui plongent : ils en sont sortis, ils y retournent, mais s’ils en réchappent, c’est aussi parce que le « fiston » se méfie de tout et flingue tout ce qui bouge. La morale est claire : ceux qui réchappent à cet enfer ne peuvent être que des salauds ou des fous. La réussite, c’est de ne pas faire de ce « fiston » un cinglé total ou un salaud conscient de ses actes : il passe pour un rusé, un roublard qui se méfie de tout et de tout le monde. Et bien sûr les roublards, le public adore ça.

C’est un théâtre d’ombres et de carcasses fumantes, d’antihéros, ou des héros désabusés, indisciplinés, las. Personne n’obéit aux ordres. Parce que seule la mort gouverne sur ce seuil. Tout le monde se plaint. Mais le lieutenant s’en fout. Il a le sens des responsabilités et aime ses hommes, mais il ne se fait guère d’illusions sur l’issue de leur voyage. En enfer, chacun roule pour sa pomme.

Un plaidoyer efficace, mais désespéré, contre la guerre et son absurdité.

Je ne suis pas fan des westerns d’Anthony Mann. Je préfère de loin ce Côte 465 un peu en marge.



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