Danny Balint (The Believer), Henry Bean (2001)

Danny Balint

The Believer Année : 2001

Réalisation :

Henry Bean

5/10  IMDb

Le petit frère de American history X. Ou comment vouloir avec des grosses ficelles faire passer un message gnangnan, comment enfoncer des portes ouvertes, comment utiliser un fait divers pour faire avaler une histoire peu crédible, ou comment ajouter des effets visuels pour dire que c’est aussi un film, ou comment expliquer l’inexplicable.

On n’explique pas tout. Expliquer, c’est lourd. Expliquer, ce n’est pas du cinéma. Il y a sans doute plus de profondeur dans le nouveau Toy Story, et en tout cas plus de plaisir et de maîtrise…


Danny Balint (The Believer), Henry Bean 2001 | Fuller Films, Seven Arts Pictures


Les Implacables, Raoul Walsh (1955)

Les Implacables

The Tall MenThe Tall Men Année : 1955

Réalisation :

Raoul Walsh

6/10  IMDb

Liste sur La Saveur des goûts amers :

Les 365 westerns à voir avant de tomber de sa selle

Western noyé parmi les autres grands films de ce genre de cette époque. Terriblement conventionnel. Parfois ça peut être excellent, là, il manque un truc, c’est trop prévisible, trop entendu.

Triangle amoureux, la femme tiraillée entre son désir de luxe et son amour véritable, la mission de conduire un troupeau à travers une partie de l’Amérique, face aux Indiens…

C’est fait un peu trop de stéréotypes pour faire un bon film, d’autant plus qu’on ne cherche jamais à sortir véritablement des sentiers battus.

Au final, ça marche, les acteurs sont bons, la mise en scène est propre, la photo magnifique, il y a de l’action, mais on a l’impression d’avoir vu ce film cent fois sans autre contribution majeure au genre.


Les Implacables, Raoul Walsh 1955 The Tall Men | Twentieth Century Fox


Sabotage à Berlin, Raoul Walsh (1942)

Sabotage à Berlin

Desperate journey Année : 1942

Réalisation :

Raoul Walsh

7/10  IMDb

De l’action et encore de l’action. Ça n’arrête pas.

Un groupe d’aviateurs part d’Angleterre pendant la Seconde Guerre mondiale pour lancer une bombe sur une voie ferrée à l’est de l’Allemagne. Ils se font repérer et leur avion se crashe. S’ensuit alors une longue course-poursuite avec les Allemands. Au fil des aventures, ils perdent leurs amis et rencontre « une bonne allemande ». Seuls arrivent à s’échapper en héros Errol Flynn, Ronald Reagan (excellent acteur franchement, en tout cas, son personnage l’est), et Arthur Kennedy (acteur de western et le reporter bien plus tard dans Lawrence d’Arabie).

Vraiment divertissant.


Sabotage à Berlin, Raoul Walsh 1942 | Warner Bros.


Un lion dans les rues, Raoul Walsh (1953)

Un lion dans les rues

A lion is in the streets Année : 1953

Réalisation :

Raoul Walsh

6/10  IMDb
 

Film inspiré de la vie d’un homme politique populiste de la Louisiane ayant lui-même inspiré d’autres films à travers l’adaptation du roman, Prix Pullitzer : Les Fous du roi.

Ici James Cagney en homme politique commençant de rien, profitant des événements pour sa gloire personnelle, etc. Globalement, la satire tire à blanc ou force un peu le trait sans que je puisse affirmer que ce serait plutôt la faute de Walsh ou de James Cagney. Certains films de Capra ou de Kazan sont plus justes sur le sujet, ou plutôt possèdent des caractéristiques plus universelles.


Un lion dans les rues, Raoul Walsh 1953 | William Cagney Productions


American Gigolo, Paul Schrader (1980)

American Redemption

American Gigolo

Note : 3.5 sur 5.

Année : 1980

Réalisation : Paul Schrader

Avec : Richard Gere, Lauren Hutton

Pourquoi ce film a-t-il si mauvaise réputation ? Ce n’est sans doute pas un chef-d’œuvre, mais c’est Schrader, et ce n’est pas mal du tout.

Assez simple, parfaitement construit et mis en scène, idem pour l’interprétation de Richard Gere. Les 80’s seront pleines de films bien plus mauvais. On pourrait croire que c’est un film racoleur, mais c’est loin d’être le cas. Surtout quand on pense au film qui a servi de modèle à Schrader… Pickpocket. On est dans le minimalisme et la sobriété. Peut-être qu’il faut apprécier le film de Bresson (et c’est bien sûr mon cas) pour en faire autant avec celui-ci. Si je viens de m’amuser à trouver les ressemblances et les influences d’un film comme Yakuza, écrit par Schrader, avec Blade Runner, on peut aisément le faire tout autant entre celui-ci et Pickpocket.

Schrader suit la qualité première selon moi du film de Bresson, ce que j’appelais « le cinéma de l’obstination ». À savoir prendre un métier, une activité, un contexte, et s’attacher à décrire un processus intérieur en en décrivant toutes les évolutions. Au niveau de l’unité d’action, c’est presque d’une pureté sans faille. Bien sûr, il faut y ajouter l’élément féminin qui est la seule voie possible de rédemption pour le personnage, son seul avocat, lui qui a tout contre lui (un peu moins dans American Gigolo où il est victime d’un coup monté) ; sinon ce serait terriblement austère (oui, on pourrait faire encore plus désincarné que ne l’a déjà fait Bresson dans ses films…). Je prenais à l’époque comme exemple Taxi Driver, en ignorant que Schrader avait la même fascination pour ce film de Bresson.

Ce qui change dans American Gigolo, c’est qu’on n’est plus dans la description comme on peut l’être dans Pickpocket : on tombe réellement dans un film policier. Ce sera le virage que prendra essentiellement Schrader en écrivant des thrillers. D’ailleurs, le début de Pickpocket commence par une mise en garde « ceci n’est pas un film policier ». Pour faire passer la rampe, un Bresson, le faire accepter du grand public, il fallait bien l’avilir en le faisant passer du côté obscur. Cette seconde partie du film où Richard Gere est victime d’un coup monté et cherche à s’en sortir n’est pas bien inintéressante : on arrête le film descriptif et celui de la romance (qui restera le fil rouge jusqu’au bout) pour un thriller à la After Hours. Le film n’est finalement ni un film à la Pickpocket, ni une romance, ni un véritable thriller (pas assez poussé dans le ton, c’est seulement la seconde partie du film qui le devient et sans jamais multiplier des situations tendues propres au genre). Sans doute la raison pour laquelle le film n’est pas apprécié… (autre possibilité, j’ai des goûts de chiottes ou je suis secrètement envoûté par le charme de Richard Gere)

Pourtant, le thème du solitaire qui reste dans son coin à faire un doigt à la société prenant l’argent où il est, aimé de personne (le mac noir lui fait bien comprendre) et qui finalement sera sauvé par la femme la plus improbable qui soit… ça reste fascinant comme histoire. C’est le mythe de La Belle et la Bête revisité, l’homme sauvé par la femme… Les hommes aussi ont le droit de rêver à leur princesse charmante !

Schrader a poussé la ressemblance jusqu’à inverser les noms des personnages : Michel, devient Michelle, et Jeanne devient Julian. Petit vicieux… Et une petite musique de Mozart à la fin rend hommage une dernière fois à Bresson (qui n’employait pas que du Mozart, mais souvent ce genre de musique de salon très pète-cul).

Certains se contenteront du générique chanté par Blondie, Calle me, Oh yeah !

Et si en plus ça ne suffit pas, il faut parler du producteur qui n’est autre que le très vénérable et talentueux Jerry Bruckheimer. (Grand silence).


Bel exemple dans le film de montage-séquence.


American Gigolo, Paul Schrader 1980 | Paramount Pictures, Freddie Fields Productions


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L’Esclave libre, Raoul Walsh (1957)

Mirage de la liberté

L’Esclave libre

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Band of Angels

Année : 1957

Réalisation : Raoul Walsh

Avec : Clark Gable, Yvonne De Carlo, Sidney Poitier, Carolle Drake

Magnifique film. Dommage qu’il soit difficile de le trouver… Il semble être apprécié en France par les cinéphiles et les critiques alors qu’il est un peu ignoré aux USA. Il faut dire que le film accumule les boulets : échec commercial, sans doute un style un peu tard pour l’époque (quoique, 1957…, on a vu pire, il y aura encore des films de ce genre dans les 60’s, même si c’est vrai qu’on ne peut s’empêcher de penser à Autant en emporte le vent tourné vingt ans avant), Gable en vieillard (mais ça va parfaitement avec son rôle, Yvonne de Carlo, dépassant les trente ans pour un personnage tout juste sorti de l’adolescence, ça fait plus mal…, et on ne pouvait pas mettre dans les pattes de Gable une gamine…).

La photo est magnifique, tout comme les décors. La maison à la Nouvelle-Orléans ressemble pas mal à celle que l’on voit en noir et blanc dans Un tramway nommé Désir… Des petits coins sympas pour des drames du Midi (Roméo et Juliette, Cyrano de Bergerac…).

L’histoire est un drame romantique peu crédible, mais vu qu’on frise le mélo, ça n’a pas trop d’incidence. Yvonne de Carlo est censée être une métisse qui s’ignore, ne l’apprenant qu’à la mort de son père, perdant ainsi tous ses droits, et découvrant alors la vie d’esclave (on retrouve le même principe dans Mirage de la vie deux ans plus tard). Yvonne manque d’être violée par un négrier puis est vendue au marché d’esclaves de la Nouvelle-Orléans : Gable doit flairer là qu’il y a un bon sujet de film. À sa grande surprise elle est bien traitée. Et se laissera séduire. Seulement la Guerre de Sécession commence et pour ne pas céder toutes ses plantations aux Yankees, Gable y fait mettre le feu. L’un de ses esclaves, qu’il a élevé comme son fils (Sidney Poitier) le hait parce que, dit-il, c’est pire d’avoir été éduqué et de se savoir toujours esclave. Ce fils rejoint l’Union et le traquera jusqu’à la fin. Gable rend la liberté à Yvonne, mais celle-ci est tombée amoureuse de lui… Alors Gable lui raconte son histoire, d’où lui vient toute cette fortune… Après des patati et des patata, Poitier retrouve Gable pour bénéficier de la mise à prix qui court sur sa tête. Gable lui raconte son passé (il aime raconter des histoires, il est vieux, il peut plus faire que ça, quand les jeunes, on le sait, détestent qu’on leur gâte le poil), qui a commencé en Afrique alors qu’il venait de naître et lui avoue le lien qui les unis. Tout est bien qui finit bien, Gable retrouve sa belle et Poitier va pouvoir “régner” sur la région…

Rien de bien original donc, mais c’est parfaitement mis en scène par Raoul Walsh. Comme d’habitude on pourrait dire. Il y a le charme de la Louisiane, l’autorité détachée de Gable, l’insolence de Poitier et une magnifique actrice qui ne tournera semble-t-il que ce film et qui a pourtant une grâce rare, un maintien presque princier (elle ne marche pas, elle glisse), une dignité dans le ton, l’attitude, une assurance, un charme quoi. Son rôle aurait mérité un peu plus d’attention. Quand on cherche Carolle Drake sur le Net, rien que dalle, même pas une photo potable, aucune bio. Certes un seul film, mais quelle présence ! Encore une actrice noire de l’époque qui passe à la trappe…


L’Esclave libre, Band of Angels, Raoul Walsh 1957 | Warner Bros

Bande-annonce méta


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Les Indispensables du cinéma 1957

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Stella Dallas, King Vidor (1937)

La Condition de la femme

Stella Dallas

Note : 3.5 sur 5.

Année : 1937

Réalisation : King Vidor

Avec : Barbara Stanwyck, John Boles, Anne Shirley

C’est assez curieux de voir Stella, sorte de Madame Bovary ouvrière, arriver facilement à ses fins et déchanter presque aussitôt (tiens, ça rappelle le début de Clash by Night quand la Stanwyck revient dans sa ville après avoir échoué en ville). Alors que le personnage de Flaubert se lamente sans cesse de ne pas avoir ce qu’elle désire, Stella parvient tout de suite à se hisser dans la société grâce à un mariage sans trop d’amour. Le pire, c’est que ce ne sera qu’une affreuse désillusion.

Tout est possible dans cette Amérique du début de siècle. Même un mariage entre une simple fille d’ouvrière et un cadre de bonne famille. Stella se marie en une nuit et découvre presque en autant de temps les joies superflues de la haute société. Vient très vite l’ennui. Ce qui importe comme chez Flaubert, ce n’est pas l’ascension, les rêves de gloire, mais la description du personnage pathétique d’une femme de l’entre-deux-guerres.

Elle caractérise un peu cette époque d’après-guerre où les hommes manquent et où les femmes commencent à prendre le pouvoir, à s’émanciper, à avoir de l’ambition. Elles laissent de côté leurs corsets, s’habillent en garçonnes, ce sont même elles qui imposent la prohibition. Comme toujours, c’est le groupe majoritaire qui impose sa loi. Dans les 60’s ce sera les jeunes du baby-boom, ici, ce sont les femmes. L’ascension est tellement facile pour Stella que ça ne pouvait que se casser la gueule par la suite et aller de mal en pis. Une fille d’ouvrière peut le temps d’une nuit voler le cœur d’un homme faible de la haute, mais on restera tout au long de sa vie, fille d’ouvrière, même si on cherche toujours à faire croire le contraire…

Le cinéma est peut-être le meilleur vecteur pour propager les modes, et donc l’évolution des mœurs pendant l’entre-deux-guerres se fait là. Même si le film vient bien après le roman dont il tire l’histoire, on y est encore, en 1937, et il ne fait qu’accentuer cette révolution qui voit de plus en plus les femmes occidentales s’émanciper. Impossible de voir une véritable différence avec le muet, mais dès que le cinéma se fait parlant, les femmes prennent le pouvoir. Une femme ça cause, c’est justement à ça qu’on la reconnaît. Le cinéma parlant était donc fait pour ces dames. Et on peut les voir jacasser à loisir sur la toile. Il y a alors presque autant de stars féminines, voire plus, que masculines. Et ce ne sont plus des personnages mièvres qu’on voit à l’écran. Le plus souvent, que ce soit dans les westerns, les mélos ou les drames, c’est la femme qui est au centre de tout, et c’est elle qui décide de tout (paradoxalement, on aura plus jamais ça, du moins à ce niveau). C’est d’Hollywood que la femme s’émancipe. Cela n’aurait pas été possible sans Mae West, Bette Davis, Barbara Stanwyck, Katharine Hepburn, Ida Lupino et tant d’autres… Toutes des fortes têtes. C’est beaucoup moins vrai avec Greta Garbo par exemple. Indépendante, mais finalement résignée (face à son destin). Si toutes ne sont pas des provinciales, elles ont ce côté (en dehors des vraies femmes fatales, qui sont des femmes accomplies…, qui ont gagné le droit d’être seules, indépendantes, et de pouvoir malgré tout subvenir à leurs besoins), elles ont pour beaucoup ce côté Bovary qui a réussi. Des jeunes filles rêvant de la grande vie à New York, de la haute société, rêvant de gloire, d’argent. Et les hommes ne sont plus des amoureux (même si elles finissent souvent par succomber, mais ça, c’est parce que dans toute histoire, il faut bien pouvoir dire à la fin « et ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants »), mais des faire-valoir, des pantins ou des accessoires au milieu de leur quête.

On doit à ces femmes de l’entre-deux-guerres, l’émancipation de leur sexe, de cette émancipation en jupon. Mais comme toute révolution, le changement s’accompagne de quelques années de tyrannie. Les excès des libertés recouvrées. Donc, cette Stella, dans ce début de film, est prête à tout, égoïste, sans gêne, menteuse… On n’est pas encore sous le code Hays qui impose de décrire dans les films la haute société comme il faut, mais Stella veut en être. Ses manières lui vaudront d’en être rejetée. La différence se situera entre Stella qui cherchera jusqu’au ridicule à « en être », et un autre type de femme popularisé donc par Hollywood. Car dans les années 20 et 30, les studios ont besoin d’amener le public féminin dans les salles. Et pour enchaîner les spectateurs comme Ford enchaîne les automobiles, il faut viser large. Alors le modèle n’est plus celui de la femme dont Stella rêve encore être, mais c’est la femme du coin de la rue… Ce n’est pas un film de King Vidor pour rien. La classe moyenne menée par la ménagère, voilà l’American way of life, et l’image populaire défendue par le cinéaste de la Foule ou de Notre pain quotidien. Où est la haute société désormais ? Elle ne fait plus rêver personne… Stella, même si elle persistera à vouloir jouer les femmes de la haute, le public ce qu’il retiendra d’elle, c’est son audace du début du film. On veut lui ressembler non pas pour les rêves qu’elle poursuit, mais parce qu’elle est volontaire, active, audacieuse. Le même type de femme qui cherchera à développer Naruse dans la seconde moitié des années 50. C’est cette femme-là qui va s’imposer aux yeux de tous et qui va devenir le modèle féminin. Si bien qu’aujourd’hui plus aucune femme ne ressemble ni à l’ouvrière simplette qui rêve de la haute, ni à la femme de la haute… Toutes les femmes sont des Bette Davis, des Kaharine Hepburn, des Barbara Stanwyck… Comme le jean du cow-boy, c’est la vachère et ses manières qui se sont répandues en moins d’un siècle dans tout le monde occidental. Fini les petites filles polies à la Audrey Hepburn. Hollywood, selon les recommandations de la censure, tentera bien de refoutre un peu de flamboyance et d’aristocratie de nouveau riche dans tout ça, mais « le mal » est fait. Toute une génération s’est déjà émancipée, et leurs petites-filles finiront le travail quand les hommes partiront à nouveau à la guerre, achevant ce processus d’égalité entre les sexes, cette fois par leur incapacité à gagner une guerre dont ils ne comprennent même pas les enjeux, et revenant non plus estropiés mais bien comme émasculés.

Il y a certainement pas mal de misogynie dans la présentation d’un tel caractère comme Flaubert se moquait de son Emma, mais les femmes qui voient ces stars veulent leur ressembler. C’est comme la violence des rues, alimentée par des films qui naïvement décrivent et dénoncent cette violence qu’eux-mêmes alimentent. Malgré la restauration des corsets et des moulures dans les films du code Hays, les petites filles ne rêvent plus de devenir princesse, mais des pestes à la Bette Davis ou à la Monroe, des working girls (dans tous les sens du terme : des putes, des femmes fatales, des femmes qui s’assument, des femmes qui travaillent). Dans un monde où tout est possible, rien n’est interdit, même pour la petite fille des rues.


Stella Dallas, King Vidor 1937 | The Samuel Goldwyn Company


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Les Indispensables du cinéma 1937

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The Yakuza, Sydney Pollack (1975)

L’avant-coureur

The Yakuza

Note : 4 sur 5.

Année : 1974

Réalisation : Sydney Pollack

Scénaristes : Paul Schrader & Robert Towne

Avec : Robert Mitchum, Ken Takakura, Keiko Kishi, Eiji Okada, Brian Keith

J’écoute gentiment ce qu’on me dit. On me parle de Paul Schrader, on me dit que ce Yakuza aurait inspiré Blade Runner, je fonce donc le mater pour voir les liens avec le film de Ridley Scott.

Et je n’ai pas été déçu. Non seulement, c’est un très bon film (assez largement méconnu), mais en plus les liens avec Blade Runner sont évidents. D’abord la photo, très colorée, très sombre (sublime travaille de Kôzô Okazaki) ; le rythme (on parle pour les deux films de neo noir, donc forcément : ambiances tamisées, crépusculaires, glauques…), quelques effets de narration (assez librement reproduits par Scott au début du film, mais le pompage est évident — il vaut mieux copier les meilleurs comme on dit en Chine), et jusqu’à la musique de Vangelis, au piano surtout qui ressemble vraiment au style mélancolique composé par Dave Grusin (parfois même, on reconnaît des effets sonores parfaitement identiques qui créent cette atmosphère inquiétante et mystérieuse), voire les lettres rouges du générique sur fond noir.

Bref, Scott avait un peu pompé sur Kubrick pour son premier film avec Les Duellistes, là il fait de même en gardant le meilleur du film et en prenant une autre histoire (l’art d’accommoder les restes). Le génie, c’est aussi de prendre ce qu’il y a de meilleurs chez les autres et d’en faire quelque chose de meilleur que l’original… (en l’occurrence, vu ce que produit depuis Scott, on va plutôt pencher pour un génie inconscient ou pour la chatte du dépendant). Inspiration évidente comme Starwars et La Forteresse cachée, comme Pulp Fiction et Cible émouvante. Tant que ce n’est pas du recopiage, il n’y a aucun problème.

Le film donc. À l’origine, il s’agit semble-t-il d’une histoire de Leonard Schrader, vite scénarisée par le frangin Paul. C’est Pollack qui est choisi pour la mise en scène, et c’est là qu’il fait intervenir un second bonhomme pour retravailler le script : Robert Towne (Bonnie and Clyde, Chinatown, Missouri Breaks, Greystoke, Frantic, La Firme et les deux Mission impossible). Schrader semble être plutôt nippophile : il s’agit de son premier travail de scénariste et il vient de sortir un bouquin sur les rapports stylistiques entre trois réalisateurs aussi différents que Bresson, Dreyer et Ozu. Ça semble très bien documenté, la société spécifique de cette mafia japonaise étant bien décrite (faudrait peut-être approfondir un jour le genre « yakuza eiga »).

On en ressort finalement avec un scénario assez classique (tous les cinéastes et scénaristes sortis durant les 70’s n’ont fait que reproduire les vieilles méthodes en y ajoutant leur goût et leurs connaissances des cinémas hors us, notamment japonais, italiens et français — on pourrait même dire qu’il s’agit d’une seconde vague d’influence dans le cinéma us après la première durant les 30’s qui a produit l’âge d’or d’Hollywood et tous ces immigrés européens).

Harry Kilmer est un ancien policier à la retraite et est appelé par un ami qui possède une entreprise d’import-export. Celui-ci a fait commerce avec une mafia japonaise et n’ayant pu honorer un contrat de livraison d’armes, sa fille a été capturée et prise en otage. Kilmer connaît bien le milieu de la mafia au Japon pour avoir côtoyé la sœur de l’un d’entre eux durant l’occupation. Il se propose donc d’aller sur place pour voir s’il peut faire jouer ses relations… Il y retrouve la femme qu’il avait quittée, qu’il aime et qui n’avait jamais accepté de se lier à lui pour une raison encore inconnue… Il prend contact avec son frère pour lui demander de l’aide avant qu’il apprenne qu’il s’est retiré de la mafia. Et c’est là que commence le petit jeu du chat et de la souris entre ces deux personnages, l’entrepreneur américain, les yakuzas…

La singularité du film tient dans cette découverte de la société très réglée du Japon, les codes d’honneur des yakuzas vu par les yeux d’un Occidental. Mais contrairement à d’autres films qui ont tenté cette rencontre et s’y sont cassé les dents (Soleil rouge, Rhapsodie en août), c’est ici plutôt réussi. Le problème du film, qui explique sans doute son échec commercial, c’est la présence peu évidente de Robert Mitchum. Si l’acteur est la personnification du film noir à l’écran, le cœur de sa carrière se situe surtout dans les 40’s 60’s. Bien sûr, il fallait un personnage de son âge, aucun autre possible, il était donc parfait pour ce rôle. Seulement, voilà, Mitchum n’est plus à la mode. Le film est donc en total décalage avec son époque. C’est un film de vieux. Sur la mémoire, le bon temps passé révolu… Tout ce qu’on retrouvera comme ambiance crépusculaire dans Blade Runner avec un acteur au sommet de sa gloire, Harrison Ford. C’est dommage parce qu’en dehors de ça, Mitchum est parfait, la mise en scène excellente, très léchée comme souvent chez Pollack… Ce qui n’a pas plu non plus, c’est peut-être aussi le malentendu. On pourrait s’attendre à voir un film d’action inspiré de ce qui se fait au Japon avec des films de yakuzas alors très en vogue. Mais le paradoxe c’est que ça traite des yakuzas avec le rythme des films des 40’s (note 2016 : en fait certains films de yakuzas, en particulier avec Ken Takahura, ont cette même ambiance). Il s’agit bien d’un neo noir plus que d’un film de yakuza. En plus, si Schrader a donné des indications sur le rythme qu’il voulait insuffler à cette histoire… quand on voit ses références : Bresson, Dreyer, Ozu…, franchement, ce sont peut-être les trois cinéastes avec Kubrick, Antonioni et Tarkovski les plus lents. Nul doute que Pollack s’est senti vite à l’aise dans ce rythme, lui qui aime bien le thème de la nostalgie, de la romance, et qui a un style assez lyrique. On se retrouve donc avec des scènes de duels à la fin avec un rythme très lent qui a dû un peu dérouter le public (comme les mêmes scènes « d’action » pendant tout Blade Runner et en particulier la fin, dérouteront le même public). Peu importe, parce que ça fait un film maîtrisé, un peu ovni, qui a ouvert la voie à un autre chef-d’œuvre du genre neo noir. Un plaisir.

Note 2016 : on retrouve ces mêmes ambiances, dans des films opusculaires, comme je les appelle, avec le même Ken Takahura dans les années 60, La Pivoine rouge par exemple. Quant au petit jeu des influences pour Blade Runner, un autre film a soulevé mon intérêt (ou mes fantasmes), Cutter’s Way. On retrouve également la même sophistication dans les choix audacieux d’angles de prise de vue que dans le duel final de La Vie d’un tatoué, de Seijun Suzuki (1965).

En prime, une interview où Pollack évoque brièvement ses difficultés à travailler avec Paul Schrader qui était alors un critique cinéma (tout en louant son travail) :


Respect, monsieur Pollack


The Yakuza, Sydney Pollack 1975 | Warner Bros


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L’obscurité de Lim

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Aventures en Birmanie, Raoul Walsh (1945)

L’Enfer, maintenant.

Aventures en Birmanie

Note : 4 sur 5.

Titre original : Objective, Burma!

Année : 1945

Réalisation : Raoul Walsh

Avec : Errol Flynn, James Brown, William Prince

Un bon film de guerre est le plus souvent antimilitariste. Ce n’est pas aussi criant que dans un Kubrick ou dans Men in War par exemple, mais comment ne pas ressortir d’une telle expérience avec encore plus de dégoût pour la guerre ?

Comme tout film de pure propagande, il a ses élans lyriques voire épiques, mais ce n’est que pour mieux montrer la barbarie de la guerre. Le lyrisme tend parfois à la tragédie. En l’occurrence, il ne faut pas se cacher qu’il n’y en a que pour la violence des Japonais.

Dans cette guerre, on y entre de plain-pied. Pas la guerre frontale et déshumanisée avec tranchées, chars, etc. Non la guerre d’infiltration où on cherche une cible et où on évite soigneusement l’ennemi. La cible est une station radar japonaise située en pleine jungle birmane qui permet aux Japonais de surveiller les mouvements des positions alliées jusqu’en Chine. Le personnage qu’interprète Errol Flynn prend donc le commandement d’un bataillon de parachutistes pour s’infiltrer pendant la nuit dans la jungle et partir à la rencontre de ce radar à faire exploser.

À ce niveau, pour un enfant des années 80, on pense inévitablement au Retour du Jedi. Même ambiance, même mission, mêmes personnages (mais qui ne font que de la figuration chez Lucas), parfois même type de dialogues (qu’on retrouve plus dans les autres volets de la trilogie paradoxalement, preuve peut-être que le film était une référence pour Lucas). Bien sûr tout est bien plus propre dans le Retour du Jedi : c’est une histoire pour les enfants, un conte beaucoup plus positif, avec la simple volonté de distraire. Aventures en Birmanie est un film de propagande de fin de guerre : la volonté est sans aucun doute de mettre en scène les soldats, ne pas mentir sur leurs conditions de vie, sur le danger, mais ainsi faire d’eux des héros, des soldats capables de se sacrifier pour leur nation (chose qui ne passera plus vingt ans plus tard).

Il est passionnant de relever les différences de rapports à la guerre à cette époque, sans doute bien retranscrit dans le film, et notre époque actuelle. La mentalité n’est pas du tout la même. Si en France, le sens du devoir patriotique a laissé place à une sorte de combat universel contre les désastres apportés par les guerres (avec la bonne conscience et l’esprit interventionniste des « French doctors ») ; aux États-Unis, sans doute porté par la culture rock, nihiliste, consumériste et irrévérencieuse de la nouvelle jeunesse du baby-boom, on voit la guerre désormais comme un jeu, où il est facile de vaincre face à une armée ennemie forcément arriérée.

Il y a donc une différence majeure de contexte et de comportement entre la génération qu’on trouve dans le film et celle qui sera plus tard mise en scène dans les films sur le Vietnam par exemple. Ça donne à ce film une atmosphère un peu de « guerre à papa ». On ne retrouverait plus aujourd’hui le même rapport à l’autorité, au patriotisme, ou au même sens du devoir. Même si cinq ans après en Corée, les soldats pouvaient encore se poser des questions sur l’utilité d’une telle guerre, c’était encore une génération liée à celle ayant gagné la Seconde Guerre mondiale, on n’y trouvait pas tout à fait encore l’esprit qui commencera à poindre dans les années 60.

Ainsi, ici, tous les personnages sont empreints d’une certaine gravité, d’une retenue, d’une maturité aussi, face au contexte difficile de la guerre (ce qui n’empêche pas bien sûr les comportements de peur, etc.). Ce qui est le plus marquant, c’est l’extrême sérieux, la dignité et un sens assez peu développé de l’égoïsme (les Américains avec les Trente glorieuses se rattraperont, à moins que ce soit un aspect qu’on s’autorise plus volontiers à montrer dans les films plus récents). Ils ne pensaient qu’à survivre, mais étaient rarement en défiance avec leur propre pouvoir : restait en tête l’idée bien présente d’une guerre juste. Le caractère antimilitariste du film perçu aujourd’hui n’était sans doute pas volontaire à l’époque où la cruauté est toujours celle de l’ennemi. Tandis que les soldats actuels, sont des mômes, qui bien vite, en perdant leurs illusions de petits soldats, cherchent un moyen détourné pour s’amuser, prendre du bon temps et se défouler. Curieux de voir ce changement de mentalité. Et ce n’est pas seulement dû à l’évolution d’écrire des histoires et de les représenter à l’écran. On sent réellement un changement de mentalité, entre ceux qui ont toujours su qu’ils pouvaient être envoyés à la guerre comme leurs parents qui ont connu les atrocités sur les champs de bataille durant la première guerre mondiale ; et ceux qu’on envoie à la guerre dans des conflits dont on comprend mal le sens, et alors qu’on commence toujours plus tard à rentrer dans l’âge adulte, parfois même en n’y rentrant jamais (phénomène qui est encore plus spécifique à nos générations élevées aux dessins animés, Starwars et autres jeux vidéo).

Bref, après une longue digression, Errol Flynn retrouve son chemin et se faufile dans la jungle avec son bataillon à ses ordres. Très vite, l’objectif est atteint. Le radar est détruit. Mission accomplished. Ils n’ont plus qu’à rejoindre leur point de ralliement, là où un avion devrait venir les récupérer. Jusque-là tout va bien, le film pourrait se terminer et on en est qu’à vingt minutes. Seulement les Japonais rappliquent et les avions sont obligés de repartir.

Technique efficace, quand on introduit au début du récit un objectif qu’on ne pense atteindre qu’à la fin du film, et qu’on prend très vite des chemins inattendus.

Le groupe se retrouve sans moyen de subsistance, sans possibilité de passer les lignes ennemies, livré à lui-même. Ils pourront compter sur le lancement de vivres, mais une fois leur radio HS… ils seront seuls dans une jungle hostile où n’importe quel « jap » peut venir leur éclater la gueule. À ce moment, le film exploite au mieux le mythe de l’individu perdu au milieu de nulle part, rappelant au spectateur ses peurs les plus primaires.

Leur seule porte de sortie : un dernier rendez-vous, situé plusieurs centaines de kilomètres plus au nord. Ils ne savent pas ce qui les y attend mais n’ont pas le choix.

Au fil du récit, on en élimine forcément. Et après des rencontres avec des indigènes, des batailles sanglantes face à l’ennemi, après le manque de vivres, la fatigue, la maladie, les embuscades, les crises de folie, de peur, ils retrouveront le chemin du retour, non sans avoir affronté une dernière fois, dans la nuit, nos ignobles soldats japonais.

Le film est servi par des dialogues et des personnages dans le ton. On ne s’ennuie pas une seule seconde, passant d’une scène à une autre sans le moindre temps mort. Et Flynn est convaincant dans la peau de cet officier pour qui ses soldats feraient n’importe quoi.

Superbe film.

On peut lire sur le Net que la trame a été inspirée du film de Vidor, Le Grand Passage avec Spencer Tracy. Il y a des similitudes, c’est certain, mais je ne me rappelle pas suffisamment du film pour y voir des correspondances frappantes. En revanche, Walsh aurait fait avec Distant Drums un remake de ce film. Je viens de le voir. Et si on peut là encore y voir pas mal de similitudes, on peut aussi s’amuser à noter ce qui ne correspond pas. Si Aventures en Birmanie est purement un film de guerre, au sens strict (sur le front), Distant Drums, avec l’ajout d’un personnage féminin, est également plus une romance (dans le ton de ce qu’on faisait dans les années 30), voire purement un film d’aventures ; les atrocités de la guerre n’y sont pas montrées comme ici. Ce n’est pas le même contexte : le premier est un film clairement de propagande pour exalter l’élan patriotique des Américains face aux atrocités commises par le camp ennemi (le film a été produit avant la fin de la guerre et projeté huit mois avant la capitulation japonaise), le second est un divertissement racontant les faits d’une… distante histoire qu’on s’est déjà chargée d’écrire pour l’avoir gagné, la guerre.


Aventures en Birmanie, Raoul Walsh 1945 Objective, Burma! | Warner Bros


Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1945

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Dark command, Raoul Walsh (1940)

Le Spoiler noir

L’Escadron noir

L'Escadron noir

Note : 4 sur 5.

Titre original : Dark command

Année : 1940

Réalisation : Raoul Walsh

Avec : Claire Trevor, Walter Pidgeon, John Wayne

(Pas une critique, mais des notes sur l’intrigue, donc gros spoiler.)

John Wayne est Bob Seton, véritable « cow-boy » du Texas, rustre, bagarreur mais inflexible et incorruptible. Bref, l’archétype du héros us moderne. Il arrive dans une ville du Kansas, Lawrence.

Deux choses à savoir ici pour nous qui n’avons pas étudié l’histoire des États-Unis : le Kansas semble avoir été un État clé dans la guerre de Sécession, tiraillé par les deux camps. Et Lawrence est une ville où se sont déroulés des massacres perpétrés par une bande de pilleurs se réclamant d’abord des Confédérés (Sudistes) profitant du chaos de la guerre, appelée Quantrill’s raiders. Pour le spectateur américain, dès qu’il entend ce nom de Lawrence au Kansas, ça doit lui évoquer quelque chose et se douter qu’on est avant les massacres. Ce serait un peu comme faire un film sur Pompéi : le calme avant la tempête. Le titre du film fait donc directement référence à cette guérilla.

Après l’incertitude d’un vote qui doit rallier le Kansas à la réforme qu’implique l’élection de Lincoln, la ville de Lawrence doit voter pour élire un nouveau marshal. Bob Seton (John Wayne donc) se laisse convaincre de se lancer dans la campagne pour gagner les faveurs de la petite-bourgeoise du coin qu’il a essayé de séduire sans réussite. Mais celle-ci n’a d’yeux que pour l’instituteur de la ville qui se présente lui aussi à élection. Son nom évoque tout de suite le chef de la guérilla qui mettra quelque temps après le feu à la ville : Cantrell (Quantrill dans les livres d’histoire). Il se croit presque assuré de gagner l’élection face à un cow-boy sans éloquence et inconnu dans le coin. Cantrell surtout en a assez de voir malgré, sa « grande intelligence », n’être qu’un instituteur (Walter Pidgon est excellent dans le film au passage). Ce poste devrait lui apporter le respect et la reconnaissance qui lui est dus. Dans le langage du western, un personnage avec autant d’ambition et autant de culture, c’est de la graine de salaud.

Pourtant, face au grand orateur qu’est Cantrell, c’est Seton qui va l’emporter. En mettant l’accent sur son honnêteté. Cantrell l’a mauvaise et l’érudit se fait bandit en se lançant dans la contrebande. Seton prend ses fonctions et la belle Mary McCloud qu’il courtisait au début, se rapproche de lui. Intéressée plus par sa situation que par son charme…

C’est alors que son frère Fletch (qui avait aidé Seton dans son entreprise de « séduction » envers sa sœur), après une altercation dans un commerce, tue l’homme avec qui il se chamaillait.

Ici, magnifique interprétation d’acteur qui à elle seule peut expliquer les revirements soudain et les actions terribles dont on peut se rendre coupable sans en mesurer les conséquences immédiates. Le jeune homme, habituellement gentil et doux, comprend tout de suite son coup de folie et ne cherche pas à fuir. Toute l’ambiguïté et la difficulté de juger les hommes sont ici exprimées en une scène, en une seconde, quand Flech lâche son arme et comprend la folie de son geste. Il n’a rien d’un monstre, pourtant il est bien un meurtrier… Par la suite, on comprendra qu’on se laisse facilement corrompre dès qu’il s’agit de sauver sa peau, car il n’assumera en fait jamais son acte et deviendra un petit con. (Ce qui montre sans doute qu’on devrait chercher plus à juger le comportement après les crimes, pas les crimes en eux-mêmes.)

Sa sœur Mary supplie Seton de le libérer. Il refuse, fidèle à l’implacable intégrité du héros. Alors même que c’était son ami. Cantrell voit donc là l’occasion de se rapprocher de Mary. Il lui propose son aide et lui jure qu’il ne sera pas condamné. Cantrell intimide les jurés en leur rendant visite avec toute sa bande… Fletch est acquitté. Le renard a la voie libre pour se faire la poule.

La Guerre de Sécession éclate. Cantrell part immédiatement vers les plaines pour profiter de l’occasion de se faire un nom et du blé. Suite aux nombreuses exactions et pillages perpétrés dans la région par Cantrell et sa bande, la panique s’empare de la population qui croit son argent peu en sécurité dans les banques et qui veut le retirer. (On reconnaît ici un épisode de Silver City). Et qui est propriétaire de la banque à Lawrence ? Le père McCloud… Il prend la parole au milieu de la foule, leur assure qu’ils seront payés, mais pas tous en même temps le même jour…, et on le tue. Cantrell apprend les malheurs de sa belle, part la rejoindre et la demande en mariage. Elle lui dit qu’avec les derniers événements, elle n’est plus vraiment un bon parti, même que si elle le considère comme un ami fidèle, elle n’est pas amoureuse de lui. Il répond qu’il a de quoi les faire vivre (et pour cause…). Et la naïve colombe, toujours attirée par ce qui brille, accepte.

Cantrell et Mary n’ont même pas le temps de consommer leur mariage : le pilleur apprend l’existence d’un convoi de ravitaillement de l’armée (laquelle, peu importe : Confédérés sans doute). Il part pour l’intercepter. Seton était à sa tête, et il réchappe de justesse à l’attaque de Cantrell.

Cantrell ne revient pas auprès de sa femme et continue de mener ses atroces pillages dans toute la région. Pourtant à Lawrence, on commence à se poser des questions sur lui et la rumeur enfle selon laquelle il ne serait d’aucun des deux camps mais qu’il courrait pour lui-même. La population commence à venir se plaindre devant la riche demeure de Mary, et il faut l’intervention de Seton fraîchement débarqué de son poste (je l’ai vu en VO intégrale, pas compris le détail, je crois que l’État est passé dans le camp de l’Union quand lui roulait pour les Sudistes) pour les calmer. Seton lui propose de la tenir loin des dangers du Kansas en la ramenant auprès de son mari, tandis que lui compte rentrer au Texas. Sur le chemin, il lui dit qu’il l’aime toujours et qu’il sait qu’elle l’aime aussi (le cow-boy a presque autant de flair pour ces choses-là que ses bêtes). Mais elle se refuse toujours à lui… Il la laisse rejoindre son mari…

Mary retrouve son homme dans un camp qui compte plusieurs centaines d’hommes dont son frère Fletch qui a rejoint Cantrell. Elle découvre que loin de vivre comme un commandant d’armée, il vit comme un pacha. Elle comprend alors que toutes les rumeurs sur son compte, sur les pillages, sont vraies.

Seton se fait alors capturer sur le chemin du retour au Texas et est amené à Cantrell. Sa femme réussit à ce qu’il considère Seton comme son hôte, mais Cantrell prend plaisir surtout à lui montrer sa réussite.


Dark Command, Raoul Walsh 1940 | Republic Pictures