L’école de Brighton… et autres pionniers britanniques page 2

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icheckmovies.com L’Attaque d’une mission en Chine (1900)

Attack On A China Mission
Réalisation : James Williamson

Attack on a China Mission

Malheureusement, il ne reste qu’un plan de ce film constitué à l’origine de quatre (ou de sept selon les sources). Le seul plan disponible en lui-même vaut déjà le coup d’œil (l’utilisation du hors-champ grâce à l’arrivée des personnages par le bord gauche de l’image et avançant dans la profondeur). Les autres plans étaient censés proposer un montage en champ contrechamp.

L'Attaque d'une mission en Chine (1900) Attack On A China Mission James Williamson

L’idée du montage alterné impliquant un montage en champ contrechamp commence à poindre. La structure du découpage technique tend à raconter.

icheckmovies.com  Au feu ! (1901)

Fire!
Réalisation : James Williamson

Smith avait cassé les codes (inexistants d’ailleurs) de la représentation spatiale du film grâce à l’intervention d’un plan à l’intérieur d’un autre plan (ce qu’on appellera plus tard les valeurs de plan, le découpage…), mais il restait dans un espace défini unique. Williamson pose la seconde pierre : si on peut bouger la caméra et coller les prises de vue ensemble (ce qui n’est pas là une nouveauté technique, mais l’idée de l’utiliser comme procédé narratif, ça…) pourquoi se limiter à un seul espace qui rappelle le théâtre ? Comme les Lumière, voyons ! Oui mais les Lumière ne raccordaient pas leurs « vues » pour en créer une unité narrative. Au feu, au feu ! donc… Appelez les pompiers ! La maison brûle ! le siècle s’écroule ! — Allô, oui ? un incendie ? On arrive ! (Bon en vrai, il n’y a pas de téléphone). Bref, l’idée est simple : pour chaque étape de l’histoire, un lieu, et il faut filmer ce lieu, avant de le monter dans la continuité. On est bien dans une structure narrative. Et tout est beau. Échange de point de vue, contrechamp, et au final… une forme de montage expressif. Si George Albert Smith invente à la même époque la vue subjective et un début de notion de valeur de plans pour raconter des blagues idiotes, Williamson comprend qu’on est dans le récit et qu’en allongeant ses plans et en changeant pas seulement sa caméra de place, mais de lieu, on pouvait raconter une véritable histoire. On passe du gadget au cinéma, réellement. Le cinématographe est mort, la « vue » est morte, vive le film, en tant qu’œuvre, et donc, en tant que produit de consommation. Les réalisateurs de l’école de Brighton sont des bidouilleurs ; et si l’industrie du cinéma est née en France, ce sera sur la côte est des États-Unis qu’on prendra la relève de Brighton, grâce à Griffith, qui s’intégrera complètement dans cette logique narrative et de montage.

Trois ans plus tard Edwin S. Porter reproduira le même film. Techniquement moins achevé. Pourtant, il restera beaucoup plus dans l’histoire. (Ce sont les Ricains qui ont gagné la guerre de l’histoire et de la culture…) D’ailleurs Porter s’inspirera des chase films pour faire son Great Train Robbery (là encore, en moins accompli techniquement, mais profitant d’une diffusion industrielle inexistante en Angleterre).

> lire le commentaire du film

icheckmovies.com The Big Swallow (1901)

The Big Swallow A Photographic Contortion
Réalisation : James Williamson

Cette fois Williamson reste en studio. Mais pour une idée de génie. On n’a pas idée de se prendre d’aussi près ! Quelle vulgarité ! Ils n’ont décidément pas peur du mauvais goût ces Anglais.

Si bien des années plus tard et encore aujourd’hui on se pâme devant les travellings, Williamson, à l’image de Kubrick, se dit que le montage, c’est bien, mais maintenant qu’il assure dans cet exercice, il peut faire mieux : créer le montage sans ciseaux. Et l’évidence d’un mouvement, non pas de caméra, mais d’un acteur, dans la profondeur. Smith vient tout juste d’inventer les échelles de plan (même s’il ne le sait pas lui-même) et voilà que son collègue s’amuse à en transcender les codes. Edwin S. Porter aurait inventé deux ans plus tard le plan rapproché ? Que nenni ! Williamson en a déjà fait le tour, l’a découpé sans même user de montage, adopte le gros plan, le très gros plan, et finit son film comme un pied-de-nez. L’audace toujours. Le premier primate qui s’est redressé pour marcher sur ses deux jambes a sans doute été beaucoup moqué par ses congénères le voyant ainsi offrir son sexe au vent et aux regards indiscrets. C’est qu’il faut être un peu cabot et inconscient pour avancer. À Brighton, en ce début de siècle, on l’était assurément. Dommage que l’histoire ne retienne que les cow-boys.

The Big Swallow, James Williamson 1901

Cet homme est dangereux. Si deux ans plus tard, un homme se tient face caméra à la fin de The Great Train Robbery, et que certains y ont vu le premier gros plan, Williamson (et d’autres) avaient déjà ce tour dans sa poche. Ce n’est pas De Niro qui talk to me dans Taxi Driver, mais quel cabot !

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